Jean Boisselie :, Manuel d'archéologie d'Extrème-Orient. Le Cambodge - article ; n°1 ; vol.55, pg 253-260

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Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient - Année 1969 - Volume 55 - Numéro 1 - Pages 253-260
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Publié le : mercredi 1 janvier 1969
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Source : Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Mireille Bénisti
Jean Boisselie :, Manuel d'archéologie d'Extrème-Orient. Le
Cambodge
In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 55, 1969. pp. 253-260.
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Bénisti Mireille. Jean Boisselie :, Manuel d'archéologie d'Extrème-Orient. Le Cambodge. In: Bulletin de l'Ecole française
d'Extrême-Orient. Tome 55, 1969. pp. 253-260.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1969_num_55_1_4869COMPTES RENDUS 253
droites dans le sens des fibres sans risquer de fendre les feuilles, ni
perpendiculairement aux qui arrêteraient le stylet et que, pour
ces raisons, les écritures sur les feuilles tendaient à être rondes. Mais
l'examen de l'ensemble des écritures sur feuilles de palmier montre que,
selon les régions et les modes calligraphiques, n'importe quelle sorte
d'écriture peut y être tracée. Il y a tous les intermédiaires entre le birman
arrondi et la nandinâgarï où dominent les angles droits. Les points, il
est vrai, prennent généralement la forme de très petits cercles, plutôt
que celles de points proprement dits, et les lignes très courtes sont
relativement rares dans les écritures indiennes ou d'origine indienne,
mais il en est de même dans ces écritures quand elles sont tracées sur
écorce de bouleau, liber d'agalloche ou papier. La raison principale de
l'emploi du papier pour l'écriture arabe ou persane est plutôt celle
qu'indique aussi M. P., à savoir que l'introduction de l'écriture arabe
a coincide avec celle du papier. Il en est de même dans l'Inde, mais,
ni là ni à Java, le papier (matériau d'ailleurs artificiel plus cher et plus
périssable) n'a aussitôt remplacé la feuille de palmier pour les écritures
du pays. Le choix de l'un ou de l'autre dépend plutôt de l'enseignement
traditionnel dans chaque milieu.
Page 49, M. P. remarque qu'on n'a pas trouvé de texte purement
vishnouite en vieux javanais, quoique Visnu soit fréquemment mentionné
dans la littérature. Ceci montre que, en dehors de l'influence bouddhique,
c'est l'influence çivaïte qui s'est exercée essentiellement, sinon exclus
ivement, à Java et à Bali. Visnu est dans l'Inde une des grandes figures
du panthéon çivaïte et c'est à ce titre qu'il paraît souvent dans la
littérature de Java, sans que sa religion exclusive y ait elle-même joué
un rôle particulier.
L'achèvement de la publication de cet ouvrage magistral sera attendu
avec impatience par tous ceux qui s'intéressent au monde indonésien.
Jean Filliozat.
Jean Boisselier, Manuel d'archéologie ď Extrême-Orient, Le Cambodge,
Éditions A. et J. Picard et Gle, Paris, 1966, in-8° ; 479 pages ; 72 f
igures ; LXIV planches photographiques, 2 cartes et 4 plans hors-
texte.
Une série de volumes va être publiée par les Éditions Picard avec le
concours du Centre National de la Recherche Scientifique, qui présent
era, sous la forme d'un Manuel, l'archéologie de l'Extrême-Orient.
La collection est placée sous la direction générale de M. H. Hierche et
sa première partie — relative à toute l'Asie du Sud-Est — sous la direc
tion de M. G. Cœdès, qui expose l'économie générale de l'entreprise dans
une préface au Tome I.
C'est à M. Jean Boisselier qu'a été confiée l'élaboration du premier
Tome, consacré au Cambodge et qui nous est donné aujourd'hui.
Il se présente comme un ouvrage très détaillé et fortement documenté,
où — après un survol dans le temps qui, sans s'attacher longuement à la 254 COMPTES RENDUS
préhistoire et à la proto-histoire, donne les grandes lignes des périodes
founanaise, pré-angkorienne, angkorienne et post-angkorienne — se
trouvent traités tour à tour l'architecture, le décor architectural, les
dispositions et le mobilier cultuels, la statuaire, l'art des métaux, la
céramique, et des techniques aux témoignages plus réduits (sculpture
du bois, peinture, tissus).
De nombreuses photographies illustrent le texte, 225 au total (en
LXIV planches). Elles sont choisies de façon pertinente et permettront
ainsi, à qui étudiera le Manuel, d'avoir d'excellents exemples de l'archéo
logie khmère. Bien venues de façon générale, elles manquent souvent
de finesse dans les détails, ce qui les maintient au rang de moyens de
connaissance d'ensemble, et n'en font pas des documents permettant
une investigation poussée.
Les dessins au trait (exécutés par M. Boisselier) sont particulièrement
abondants (289 présentés en 72 figures) ; ils sont fort soignés, précis et
très clairs. Ce travail considérable est à la mesure des services qu'il rendra.
Le texte est extrêmement détaillé, apportant ainsi une multitude
d'indications, et assorti de références bibliographiques, fournies au fur
et à mesure des points traités. Une bibliographie d'ensemble est placée
à la fin du volume (ainsi qu'un précieux index multiple) ; elle est copieuse
et judicieusement articulée. Il faudra toutefois se souvenir, en l'utilisant
qu'elle s'arrête au niveau de l'année 1963 (et non 1966, date de parution
de l'ouvrage).
Bien qu'il soit toujours utile de trouver dans un Manuel le plus grand
nombre possible de renseignements, il nous semble que l'auteur se soit
un peu trop laissé aller à la tendance de vouloir trop dire — d'un sujet
qu'il connaît remarquablement. Il nous semble (peut-être à tort ?) qu'il
eût été préférable, dans un ouvrage qui sera pour beaucoup un outil
d'initiation et de conduite d'étude, de plus fortement hiérarchiser les
données, de dégager et marquer plus vigoureusement l'essentiel, en
subordonnant, voire estompant, nombre de traits secondaires ou de détails.
Donnons comme exemple de cette remarque, qui demeure générale, la
manière dont l'auteur traite du gopura, dans ses paragraphes 43 et 45
(p. 73 à 80). Ou encore : nous sont fournis, en dessins, de nombreux plans
de sanctuaires centraux, de gopura, de «bibliothèques», de salles annexes,
etc. — ce qui ne laisse pas d'être fort intéressant — , alors que ne nous
sont donnés (en hors-texte III et IV) comme plans d'ensemble de temples
que ceux de Preah Khan de Kompong Svay et de Preah Khan d'Angkor ;
eut été particulièrement éclairante la présentation de structures d'en
semble, avec exemples pris aux différentes périodes, montrant l'art
iculation exacte, et évoluante, du temple avec ses sanctuaires central et
éventuellement secondaires, ses enceintes, chaussées et voies d'accès,
ses bassins sacrés, etc.
Nous irons plus loin : s'agissant d'un Manuel, nous estimons que
n'eussent point dû être omises des indications de base, qui conditionnent
les connaissances plus détaillées ; nous croyons que des indications de
cette nature exigent, sinon d'être développées, du moins d'être succinte-
ment formulées. C'est ainsi que l'auteur parle, de nombreuses fois (et
pour la première fois p. 52), du « temple-montagne » — si important en COMPTES RENDUS 255
pays khmer — sans d'abord en indiquer la structure (esquissée p. 57), le
but, etc. C'est ainsi que le texte se réfère, tout au long des chapitres, à des
rois, sans qu'un tableau chronologique ait présenté la suite des règnes.
C'est ainsi que souvent le lecteur ne peut suivre les développements du
texte (entre maints exemples : p. 90) que s'il possède des connaissances
préalables concernant les sites, leur appartenance aux « styles » établis
par les spécialistes, etc. C'est ainsi que de nombreuses allusions étant
faites tout au long à des faits religieux, il apparaît qu'il aurait été des
plus utile, comme on a donné un cadre géographique et un cadre histo
rique, de présenter en quelques mots le fonds religieux — dont tous les
vestiges archéologiques ne sont que des manifestations.
De même, et quoi qu'en dise l'auteur en son Avant-propos (p. 5), il
aurait été bon que ceux qui abordent ces études ou qui ne sont pas
encore familiarisés avec les appellations sanskrites, ou locales, puissent
trouver en un lexique succinct, la signification précise de termes tels
que garbhagrha (p. 57), paňcašula (p. 69), prang (p. 69), tïrtha (p. 93),
triratna (p. 185), yantra (p. 209), phtel (p. 344), popil (p. 349), etc.
L'information de l'auteur est très étendue et très sûre. On peut dire
qu'il nous apporte sur tous les points le dernier état des connaissances.
Une large place est d'abord réservée, comme il se doit, à l'architec
ture (§§25-91). Sont examinés en détail les édifices et leur disposition, les
procédés et éléments de construction (à l'exception des tuiles, qui ne
sont étudiées qu'avec la céramique). Nous ferons quelques observations :
P. 53. Au sujet des sanctuaires groupés qui sont « généralement en
nombre impair, sur un soubassement commun », est signalé Lolei où
« sur deux rangs (...) ils sont exceptionnellement au nombre de quatre ».
Aurait dû être aussi mentionné l'important groupe de Preah Ko qui,
sur deux rangs, en compte six.
P. 62-64. Les termes mandapa, antagrha, antarâla, ardhamandapa,
sont employés sans être explicitement définis (ni éclairés par un renvoi
précis au dessin). La référence à l'ouvrage de Percy Brown sur l'archi
tecture indienne ne suffît pas à compenser l'utilisation de ces termes
sanskrits techniques, non usités dans les ouvrages relatifs à l'art khmer
(sauf pour mandapa, d'ailleurs avec impropriété), ni dans les inscriptions
locales.
P. 66. Quand l'auteur écrit : « aucun des modes de couverture pré-
angkoriens n'est conservé dans l'architecture angkorienne », cette façon
de voir nous paraît excessive car la toiture à corps réduits (décrite p. 66,
fig. 5 à l'appui) des sanctuaires angkoriens n'est pas foncièrement diffé
rente de la préangkorienne (décrite p. 58, ligne 29 sqq., fig. 6, b à l'appui) ;
si certains éléments se sont transformés, l'articulation, la structure sont
les mêmes.
P. 69. « La toiture s'achève par un motif circulaire (...) surmonté, au
moins à partir du xne s., d'un trišula ou d'un paňcašula métallique. »
A notre connaissance, dès le xe siècle des inscriptions (de Tu'k Cum, COMPTES RENDUS 256
G. Cœdès, Inscriptions du Cambodge, VI, p. 121 ; de Ta Kév, Inscrip
tions du Cambodge, IV, p. 154) attestent cet élément terminal de la tour.
P. 69, ligne 14. Les tours à visages ne sont pas classées par M. Stern
à la « fin du style du Bàyon » mais dans la seconde période du style, qui
en comporte trois (comme il est d'ailleurs indiqué p. 78, ligne 9).
P. 97. L'utilisation, à propos du stupa, de la terminologie du Kriyâ-
samgraha ne paraît guère s'imposer, l'insuffisance des informations
(notamment par des inscriptions ou des textes) concernant le stupa
khmer incitant, dans l'état actuel de la question, à rester sur la réserve.
P. 99. L'auteur dit des petits monolithes avec niches enfermant des
divinités auxquels on donne le nom de « caitya », que leur rôle « demeure
inconnu ». N'eut-il pas été intéressant de rappeler qu'en Inde, des monol
ithes (réductions de stupa, de prâsàda) également décorés de niches sont
des objets de culte, des ex-voto ?
Le décor architectural (§§ 92-133), si important pour l'étude stylis
tique, est analysé largement et apporte toute une série d'indications
précieuses.
Avant d'en considérer l'examen, nous ne pouvons éviter de faire une
triple remarque :
a) Les linteaux (§ 97) sont essentiels pour la connaissance de
tout l'art khmer en son évolution (l'auteur le reconnaît d'ailleurs
quand il écrit, p. 145 : « Les linteaux, dont l'analyse est particulièrement
importante pour l'étude du style d'un monument... »). Or, le Manuel se
borne (p. 146) à renvoyer à un ouvrage spécialisé : « Pour les caractéris
tiques du linteau dans chacun des styles, nous demandons au lecteur de
se reporter à L'Art Khmer..., ch. V, p. 46 sqq., nous contentant d'indiquer
ici quelques précisions nouvelles. » 11 était indispensable, à notre avis,
de présenter ces caractéristiques et d'indiquer comment elles permettaient
de suivre (voire de déceler) une évolution — bien entendu (comme nous
le préconisons plus haut) en hiérarchisant les remarques, en insistant
sur l'essentiel avant de compléter par des détails ou des nuances.
b) En ce qui concerne les pilastres (§ 104), l'auteur écrit (p. 169) :
« AK, p. 73 sqq. donne une bonne analyse du décor des pilastres de la
période angkorienne (...) à laquelle il suffira de se reporter pour les
grandes lignes. Nous n'apporterons ici que quelques compléments
concernant surtout la période préangkorienne (etc.). » Ici encore, il aurait
été préférable, avant tout « complément », d'indiquer le principal des
observations, avec référence, mais non nécessité de report, à un ouvrage
spécialisé (en l'espèce, VArl Khmer de G. de Coral Rémusat) ;
c) M. Boisselier écrit, pour la décoration des fausses portes (p. 174) :
« Nous n'ajouterons au résumé de AK, p. 72 sqq., que quelques remarq
ues... ». Ou bien l'évolution du décor des fausses portes est considérée
comme importante, et on doit alors l'indiquer ; ou bien elle est détail secondaire, et alors le texte, qui n'en traite pas, n'a pas à
inclure des remarques supplémentaires.
Cette triple observation présentée, passons aux détails : COMPTES RENDUS 257
P. 140. Au sujet « des motifs en applique (...) ou de petites bandes-
pilastres interrompant les lignes horizontales des soubassements » dans
les monuments préangkoriens, est affirmée l'influence indienne sans que
soit apporté référence ou exemple justifiant ce rapprochement.
P. 146. Parmi les caractéristiques essentielles des linteaux du style
de Prei Kmeng, l'auteur indique le « développement des guirlandes au
détriment des pendeloques ». Cette caractéristique ne nous semble pas
suffisamment fondée : les pendeloques demeurent aussi importantes dans
le style de Prei Kmeng, que dans le style de Sambor Prei Kuk ; ce qui
change et se développe, c'est le décor à l'intérieur des anses de la guir
lande, les petites feuilles dentelées augmentant de volume (caractéris
tique déjà signalée par M. Stem et G. de Coral Rémusat). D'ailleurs la
fig. 33 с (style de Prei Kmeng) présente un linteau où les pendeloques
sont aussi importantes que sur le linteau de la fig. 33 a (style de Sambor
Prei Kuk).
P. 154. A propos des linteaux du style du Bàphùon, à décor végétal,
il est dit que « le centre de la branche, très fortement infléchi, est occupé
par une tête de monstre (avec mâchoire inférieure, contamination du
simhamukha, et mufle généralement déprimé) » ; mais la fig. 38 b, à
laquelle on est renvoyé, ne présente pas, au centre, de tête de monstre.
P. 156-158. Pour les colonnettes préangkoriennes, l'auteur écrit :
«l'insuffisance des exemples connus ne permet pas la définition comme
pour les linteaux ou la statuaire, d'un style pré-Sambor et beaucoup
d'imprécision pèse encore sur les styles de Sambor Prei Kuk, de Prei
Kmeng et de Kompong Preah (exemples peu nombreux, rarement in
situ...) » et en conclut qu'on ne peut aboutir à un classement chronolo
gique. Nous ne partageons pas cette manière de voir et nous estimons
que les colonnettes de Kuk Preah Theat, Asram Maha Rosei, Sambor
Prei Kuk S I, Vat Co'n Ek (pour ne citer que quelques spécimens) pour
raient être étudiées et situées par^rapport aux formes que l'auteur donne
en fig. 40 a, b, etc.
Considérant linteaux et colonnettes, M. Boisselier ajoute, à la liste
des styles établis par ses prédécesseurs, un nouveau style dit de Pré Rup.
Cela s'impose-t-il vraiment ? Pour les colonnettes, « le style de Pré Rup
observe généralement la composition de Pr. Kraham » (p. 158), c'est-à-
dire du style de Koh Ker. Et pour les linteaux, les caractéristiques
indiquées (p. 152) semblent tout simplement les situer à la fin du style
de Koh Ker ou au début du style de Banteay Strei.
P. 165. Traitant des frontons, l'auteur, à partir du style de Banteay
Srei, ne dit plus comment se terminent les extrémités du rampant. Est-ce,
comme dans les tyles précédents, en makara, en nâga — ou est-ce en
nâga crachés par des têtes de monstre, comme le laisse supposer ce qu'il
écrit plus loin (p. 168) au sujet des frontons triangulaires : « Au début
du style d 'Angkor Vat, Vat Phu montre les derniers frontons trian
gulaires, mais contaminés par le fronton polylobé dont ils adoptent le
rampant (...) et toujours la terminaison en nâga crachés par des têtes de
monstre... » 258 COMPTES RENDUS
P. 169 sqq. Est examiné et suivi le décor des pilastres jusqu'au style
du Kulên ; pour les styles suivants, on se cantonne à celui de la base ;
or le reste du pilastre continue, lui aussi, à se modifier.
P. 175, note 3. Ce n'est pas le monument N 7 de Sambor Prei Kuk
qui est décoré de réductions d'édifices à plusieurs étages et à personnages,
mais le monument N 11.
Abordons les chapitres suivants.
Les §§ 134-154 présentent, en un excellent et précieux résumé, les
dispositions et le mobilier cultuels.
L'examen de la statuaire couvre les §§ 155-243. Très substantiel, il
suscite, de notre part, un certain nombre de remarques :
1) La structure du chapitre, la distribution entre ses différentes
sections, apparaissent comme insuffisamment clarifiées : la section A
est une étude stylistique de la ronde-bosse et des bas-reliefs, В une
étude stylistique de la statuaire bouddhique ; C, consacrée à l'iconogra
phie, contient malgré cela de nombreux détails de morphologie ; D,
réservée aux représentations animales et végétales, est traitée sous les
angles morphologique et iconologique.
2) Un nouveau style, dit de Pré Rup, est établi (§ 171). Pour M. Bois-
selier, un certain nombre d'œuvres « sont si différentes de celles des
styles de Koh Ker et de Banteay Srei que la définition d'un style parti
culier est nécessaire... ». Cependant, les différences indiquées (hiératisme,
sampoi inspiré de celui du style du Bàkheng, ceintures orfévries mult
iples), ne suffisent pas à emporter notre conviction car, d'autre part,
existent de l'aveu même de l'auteur de très appréciables non-différences,
par exemple : « Les visages doux (...) rappellent (...) l'expression du style
de Koh Ker ; « des coiffures restent celles de Koh Ker » ; « Dans le
bas-relief apparaissent parfois quelques-unes des particularités du style
de Banteay Srei... », etc.
Ainsi, le style de Pré Rup ne paraît-il pas, quant à la statuaire, consti
tuer une catégorie vraiment spécifique. Nous avons dit plus haut, qu'il
ne paraissait guère s'imposer pour les linteaux et colonnettes, et nous
devons observer que, dans la partie qu'il a consacré à l'architecture, art
majeur, M. Boisselier ne l'a pas présenté en articulation stylistique.
Ajouter à la classification existante un style nouveau, ne paraît vraiment
utile que lorsque les éléments qu'on dégage et qu'on cerne sont suf
fisamment nets et caractéristiques pour apporter une amélioration efficace
dans la méthode d'étude et de présentation. Bien entendu, dans la
réalité, les formes fluctuent, se transforment, évoluent sans cesse et plus
une étude est poussée, plus s'imposent des nuances. On est donc conduit
à proposer une multiplication des divisions, ou l'emploi de subdivisions.
Mais il semble qu'il y ait tout intérêt à œuvrer dans les cadres déjà
existants (surtout quand il s'agit d'un Manuel), par exemple à introduire
des nuances dans une classification en styles, plutôt qu'à l'allonger (sauf
nécessité absolue) — d'autant qu'une classification de cette nature,
excellent moyen d'étude, reste en définitive toujours arbitraire. COMPTES RENDUS 259
3) P. 256, note 1. « Sans doute pour des raisons iconographiques, les
ajustements et les coiffures des dévala d'Angkor Vat sont d'une variété
exceptionnelle... ». Une telle hypothèse, assez audacieuse, aurait grand
intérêt, si l'auteur nous indiquait sur quoi il s'est fondé pour l'émettre.
4) P. 256 sqq. L'auteur n'insiste pas assez, à notre avis, sur les
coiffures si caractéristiques (orfévries, en aigrettes) des styles d'Angkor
Vat et du Bàyon. Si bien, par exemple, qu'il signale (p. 259), au sujet
des apsaras et dévala postérieures à ces styles, qu'une « coiffure triangul
aire se substitue aux aigrettes (simplification des compositions de la
3e période du style du Bàyon...) » ; alors que ces aigrettes n'ont même
pas été mentionnées dans le style du Bàyon.
5) P. 266. « Les caractères supra-naturels des Buddha amènent
l'adoption d'une « transparence » conventionnelle de Y ullarasaňga »
(c'est-à-dire du vêtement du dessus). Cette affirmation en recouvre deux.
La première, qui est qu'un certain caractère physique répond exacte
ment à une certaine notion métaphysique, est une hypothèse qui exige
rait d'être justifiée. La seconde, qui est que le changement s'est passé
en pays khmer (« Le vêtement du Buddha khmer... » ; « amènent l'adop
tion ») néglige le traitement des indiens gupta, post-gupta et
pâla, où la « transparence conventionnelle » est manifeste.
6) P. 275. Ressort pour Preah Palilay une ambiguïté qui n'est pas
éclaircie. Ce monument est placé ici, par ses frontons, dans le style du
Bàyon, alors que par son soubassement (p. 134), ses colonnettes (p. 160),
ses nâgra-balustrades (p. 202, note 4) on le situait dans le style d'Angkor
Vat.
L'exposé, se continuant, traite des arts des métaux (bronze, fer, or et
argent) (§§ 244-290), de la céramique (§§ 291-303), des autres techniques
(peinture, bois sculpté, tissus) (§§ 304-310) et apporte, à leur sujet, de
nombreuses et très utiles indications.
Signalons un lapsus calami (p. 27, ligne 8 : torsades, au lieu de spi
rales) et quelques erreurs qui affectent les renvois aux figures :
— P. 64, ligne 11 : fig. 4 b, au lieu de fig. 8 с, d.
— P. 64, ligne 17 : fig. 4 b, au lieu de fig. 8 с (et PI. VI, 3).
— P. 202, ligne 8 : PL LVI, 1, au lieu de PI. LV, 1.
— P. 208, note 2 : fig. 47 d, au lieu de fig. 51 d.
— P. 210, ligne 9 : fig. 48 d, au lieu de fig. 52 d.
— P. 219, dernière ligne : PL XXI, 3, au lieu de PL XXI, 1.
— P. 233, ligne 18 : PL XXXVIII, 3, au lieu de PL XXXVIII, 4.
— P. 379, ligne 17 : PL LXIII, I, 1, au lieu de PL LXIII, I, 2.
Signalons aussi le dessin fautif en fig. 26 a : les deux pièces ne peuvent,
ainsi présentées, s'assembler ; la partie droite de la pièce inférieure
n'aurait pas dû être figurée en relief vers le haut. Il semble, aussi, qu'en 260 COMPTES RENDUS
fig. 26 с aurait dû apparaître sur la pièce inférieure le tenon susceptible
de prendre place dans la mortaise de la pièce supérieure.
D'autre part, nous ne pouvons approuver le recours à des abréviations
telles que pie. pour partie (p. 36, etc.), gr. pour groupe (p. 47, etc.), mat.
pour matériaux (p. 46, etc.), cal. pour central (PI. VIII,4 ; p. 98, gie. galerie (p. 176, etc.), trad, tradition (p. 267), pce. pour prove
nance (p. 268), p.-ê. pour peut-être (p. 317, etc.). Ces abréviations,
parfois fluctuantes (mnts. et mts. pour monuments p. 47, etc. ; sanct.
et sre. pour sanctuaire, PI. XIX, p. 141, etc.) et d'ailleurs non expli
citées dans la «Liste des abréviations» donnée pp. 9 à 11, sont
d'une économie douteuse et demandent un effort inutile et qui risque
d'être défectueux.
Nous ne relèverons pas toutes les fautes d'impression ; signalons que
certaines, relatives à la numérotation, se reproduisent trop souvent
(Exemples : p. 15 et, pour les notes, pp. 158, 292, 286, 301) et qu'il
existe, entre le bas de la p. 270 et le haut de la p. 271 une lacune, imposs
ible à restituer.
Les remarques et les quelques réserves que nous présentons sont en
définitive, peu de chose en regard de la masse imposante et de la multitude
d'informations qu'apporte ce Manuel d'archéologie khmère — - qui est
bien, d'ailleurs, le premier ouvrage de ce genre qui soit consacré à ce
sujet.
Et nous sommes particulièrement heureuse de saluer ici, avec sa
parution, le début d'une collection qui, se proposant d'exposer, sous
forme d'un grand Manuel, l'Archéologie en Extrême-Orient, nous
donnera une série d'ouvrages confiés à des spécialistes de chaque domaine,
concernant l'Inde, l'Asie Centrale, la Chine, la Corée, le Japon et l'Asie
du Sud-Est (Cambodge, Viet-Nam, Thaïlande-Laos, Champa-Birmanie,
Indonésie). C'est une magnifique entreprise, dont l'envergure répond
exactement à l'exigence et à l'urgence du besoin.
Mireille Bénisti.
Atlas of South-East Asia, with an introduction by D. G. E. Hall, Londres,
Macmillan and Co Ltd, New York, St Martin's Press, 1964, in-folio,
84 pages et (8) pages d'index.
Cet atlas est le deuxième d'une série d'atlas « régionaux », dont le
premier paru était consacré au monde arabe (Atlas of the Arab World
and the Middle East). Il comprend 64 pages de cartes en couleurs (60
pages exactement, auxquelles viennent s'ajouter les quatre pages de
garde, au début et à la fin du volume), avec un total de 130 cartes, 24 pages
d'un texte introductif, dû à la plume du Professeur D. G. E. Hall, et
illustré de 42 photographies (occupant parfois des pages entières), et
8 pages d'index, non numérotées.
Les auteurs de la préface, MM. H. M. van Randwijk et G. F. Willems,
nous disent que le terme d'« Asie du Sud-est » est relativement récent

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