L'abri sous roche de la Vieille Église, La Balme-de-Thuy (Haute-Savoie), premiers résultats - article ; n°10 ; vol.81, pg 320-342

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1984 - Volume 81 - Numéro 10 - Pages 320-342
Résumé : Les découvertes effectuées depuis 12 années dans l'abri sous roche de la Vieille Église à la Balme de Thuy (Haute-Savoie) nous ont permi de localiser une occupation humaine quasi-continue de l'épipaléolithique à l'actuel. Cette première publication va permettre d'effectuer des comparaisons avec d'autres stations du même type situées dans les Alpes du Nord, le Jura et le Valais Suisse et ainsi de mieux comprendre le processus de peuplement de nos vallées alpines, souvent peu accessibles, telles celles du Pays de Thônes.
Summary : What we have been discovering for twelve years in the rock shelter of the old church at La Balme de Thuy has enabled us to localize a human occupation that hardly syopped from the epipaleolithic age up to now. This first publication will help to make comparison with other stations of same type located in the north of the Alps, in the Jura area and in Swiss Valais and therefore to understand the process of settlement of our alpine valleys, which, like the Thônes valley, are difficult of access.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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Jean-Pierre Ginestet
Pierre Bintz
Louis Chaix
Jean Evin
Claude Olive
L'abri sous roche de la Vieille Église, La Balme-de-Thuy (Haute-
Savoie), premiers résultats
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1984, tome 81, N. 10-12. pp. 320-342.
Résumé
Résumé : Les découvertes effectuées depuis 12 années dans l'abri sous roche de la Vieille Église à la Balme de Thuy (Haute-
Savoie) nous ont permi de localiser une occupation humaine quasi-continue de l'épipaléolithique à l'actuel. Cette première
publication va permettre d'effectuer des comparaisons avec d'autres stations du même type situées dans les Alpes du Nord, le
Jura et le Valais Suisse et ainsi de mieux comprendre le processus de peuplement de nos vallées alpines, souvent peu
accessibles, telles celles du Pays de Thônes.
Abstract
Summary : What we have been discovering for twelve years in the rock shelter of the old church at La Balme de Thuy has
enabled us to localize a human occupation that hardly syopped from the epipaleolithic age up to now. This first publication will
help to make comparison with other stations of same type located in the north of the Alps, in the Jura area and in Swiss Valais
and therefore to understand the process of settlement of our alpine valleys, which, like the Thônes valley, are difficult of access.
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Ginestet Jean-Pierre, Bintz Pierre, Chaix Louis, Evin Jean, Olive Claude. L'abri sous roche de la Vieille Église, La Balme-de-
Thuy (Haute-Savoie), premiers résultats. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1984, tome 81, N. 10-12. pp. 320-
342.
doi : 10.3406/bspf.1984.8595
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1984_hos_81_10_8595320
L abri sous roche de la V îeille Eglise
La Balme~ae-Tnuy (Haute-Savoie)
Premiers résultats
avec par Jean-Pierre la collaboration Ginestet, de Pierre Bintz, Louis Chaix, Jean Evin et Claude Olive
Résumé : Les découvertes effectuées depuis 12 années dans l'abri sous roche de la Vieille Église à la Balme de
Thuy (Haute-Savoie) nous ont permi de localiser une occupation humaine quasi-continue de l'épipaléolithique à
l'actuel.
Cette première publication va permettre d'effectuer des comparaisons avec d'autres stations du même type situées
dans les Alpes du Nord, le Jura et le Valais Suisse et ainsi de mieux comprendre le processus de peuplement de nos
vallées alpines, souvent peu accessibles, telles celles du Pays de Thônes.
Summary : What we have been discovering for twelve years in the rock shelter of the old church at La Balme de
Thuy has enabled us to localize a human occupation that hardly syopped from the epipaleolithic age up to now.
This first publication will help to make comparison with other stations of same type located in the north of the Alps,
in the Jura area and in Swiss Valais and therefore to understand the process of settlement of our alpine valleys, which,
like the Thônes valley, are difficult of access.
L'accès de ces vallées du Pays de Thônes ne peut 1 — SITUATION GÉOGRAPHIQUE s'effectuer que par des cols et des défilés très étroits
creusés par les torrents. Cette situation particulière
nous permettra de mieux comprendre quelques La station de « La Vieille Église » se localise dans
retards observés pour les datations de certaines les Alpes du Nord en Haute-Savoie, commune de la
phases culturelles. Balme de Thuy à 17 km au Nord-Est d'Annecy et à 3
km à l'Ouest de Thônes. La station se développe sous L'eau enfin est très abondante à proximité du site.
un grand abri sous roche naturel de plus de 600 m: de
surface, orienté au Sud à une altitude de 620 m. C'est
2 — HISTORIQUE DE LA DÉCOUVERTE au pied d'une falaise urgonienne, dans les couches de
marno-calcaires du Rhodanien, que les eaux de
ruissellement, l'érosion cryoclastique et les glaciers II n'y a pas d'inventeur du site ; ce sont des
ont creusé la cavité naturelle. Au pied de l'abri, vers découvertes fortuites successives et des tentatives
le Sud, un talus de 22 m de hauteur raccorde le site à infructueuses de fouilles qui ont incité Jean Hubert,
une première plate-forme glaciaire : un talus moins correspondant des Antiquités Préhistoriques, à effec
pentu de hauteur comparable rejoint une seconde tuer des recherches approfondies dans l'abri.
plate-forme occupée par le lit actuel du Fier. Cette Citons brièvement les découvertes fortuites vallée du Fier était occupée aux temps préhistoriques connues (d'autres ont été faites, malheureusement par un lac qui disparut progressivement lors des nous en avons eu connaissance que par oui-dire sans dernières phases glaciaires. avoir de support matériel).
Les environs immédiats sont occupés par la forêt — En 1865, dans une exploration de gravier du
de conifères et de hêtres abritant une faune abon Fier, près du hameau de Charvet à l'Ouest de la
dante composée de sangliers, de chevreuils et de station, découverte d'une hache en bronze à ailerons
cerfs. Plus haut, falaises et plateaux calcaires sont et n° anneau 1. latéral - localisation fig. 1, 2, dessins fig. 2,
peuplés de chamois et de bouquetins. :
:
321
— Le 18 mars 1881 découverte d'un cimetière
Burgonde à 500 m à l'Ouest de l'abri, (fig. I, 1).
Fig. 1 - Plan de localisation. Fig. 2 - Découvertes fortuites : 1 : Hache à ailerons en bronze découverte en
1865 ; 2 : Herminette en serpentine découverte en 1937.
du Moyen Age. Afin de soustraire le site à de
— En 1937 découverte dans un abri en contrebas nouveaux prélèvements de matériaux une demande
de celui fouillé d'une herminette en serpentine polie - de classement fut déposée et acquise le 19 février
fig. 1, n° 3 et fig. 2, n° 2. 1979.
— En 1943 Franck Bourdier effectue un sondage Fig. 3, Plan de la fouille et profil Nord-Sud.
dans le site. Malgré les 3 m de profondeur aucune
couche archéologique n'a été trouvée mais seulement
quelques traces de foyers. 3 — RESULTATS DES TROIS SONDAGES EF
FECTUÉS EN 1970 — En 1970, alors qu'un premier sondage était
effectué par Jean Hubert, « ON » entrepris l'aplanis-
sement du sol de l'abri au bulldozer afin de réaliser Ces trois sondages ont été réalisés sous l'abri, ce
une plate-forme de départ de sentiers touristiques. sont respectivement
Grande fut la déception des archéologues devant ces — Sondage n° 1 : carré L 16 au Nord, travaux : une ligne de foyers était mise au jour, près —n° 2 à l'extérieur du carroyage à de 35 kg de tessons de céramiques allant de la Tène
l'Est, au Bronze final ramassés sur le sol ainsi que de — Sondage n' 3 : carré F 8 à l'Ouest. nombreux os et éclats de silex. Après un tel saccage
Localisation fig. n° 3, dessins fig. n" 4. le site fut clôturé ; d'un simple sondage les r
echerches se transformèrent en fouille de sauvetage.
3.1 - Sondage n" 1 — Enfin, en 1971, un prélèvement anarchique de
« toutvenant » au pied du talus fit apparaître de
1 — Éboulis libre cruoclastique. nouvelles couches archéologiques sous un cimetière 322
10 — Terre jaune (tuf) provenant de suintements
de la voûte et de dépôt de source.
Substratum rocheux non atteint.
3.3 - Sondage n 3
1 — Couche de cailloutis libre issue d'une récente
gélivation.
2 — Humus et apports éoliens.
3 — Terre noire meuble entourant de nombreux
blocs plus ou moins arrondis ; présence de charbon
de bois.
4 — Sédiments jaune clair de décalcification et
cailloutis.
5 — sombres et foyers lenticulaires
avec os brûlés.
6 — Terre noire meuble et très fine. Aucun
vestige.
7 — Terre noire charbonneuse ; présence d'os et
de céréales brûlés.
8 — Terre jaunâtre.
9 — noire stérile. (Entre 8 et 9 mandibule
de suidé).
10 — Terre jaunâtre stérile.
Substratum rocheux non atteint. Fig. 3 - Plan et profil de l'abri sous roche. 1, 2, 3 : sondages préliminaires. Le
profil montre le décapage anarchique fait au bulldozer. Fig. n° 4, A. В. С : objets caractéristiques.
1° 2° 3° 2 — Humus, fragments de tuiles romaines très s épaisses et fragments de bois de cervidés.
3 — Terre noire sans cailloux ; stérile.
4 — Terre noire avec blocs hétérométriques de
gélivation.
5 — Terre jaunâtre ; mélange de sédiments de
décalcification et de dépôts éoliens.
6 — Mélange de terre noire et de cendres ;
support d'habitat stérile.
7 — Argile de décalcification et début de sub
stratum rocheux avec pendage de 25" à 30° Est.
8 — Substratum rocheux s'aplanissant vers un
pendage de 5" Est.
3.2 - Sondage n" 2
1 — Humus provenant de fumier de moutons et
de chèvres parqués dans la période récente.
2 — Cailloutis libre hétérogène cryoclastique.
3 — Cendres et forte quantité de charbon de bois.
4 — Terre brûlée ayant servi de support à un
grand foyer.
5 — Terre noire meuble contenant des fragments
d'os brûlés et des tessons de céramique grossière.
6 — Sédiments gris, fins ; petits foyers lenticu
laires plus foncés. Présence de silex et os.
7 — Zone de foyers : cendres et charbons de
bois ; Os et silex.
8 — Terre grisâtre avec cendres. Pas de charbon
de bois, présence d'os et de silex.
Fig. 4 - Stratigraphie des sondages préliminaires de 1970. 9 — Terre noire sans cailloux ni vestige, seul un A - Ciseau en os de cervidé ayant subi l'action du feu. entassement de pierres formant une sorte de muret В - Partie proximale d'un poinçon.
dans l'angle NE. С - Lame de silex blond à retouches bilatérales et troncature distale. :
323
4 — RÉSULTATS OBTENUS DE 1970 A 1982
Les vestiges ramassés sur le sol après le passage du
bulldozer nous ont montré une occupation allant du
Bronze final à l'actuel ; les trois sondages nous ont
appris que les niveaux sous-jacents étaient bien plus
anciens que prévu. Un plan de travail fut établi : la
partie protégée par le grillage fut divisée en trois
parties ;
— à l'Ouest la zone fouillée où un carroyage
aérien métrique allant de A à M d'Ouest en Est et de
1 à 22 du Sud au Nord fut posé,
— au centre la zone de chantier avec la station de
tamisage,
— à l'Est la zone protégée naturellement par les
avalanches de rochers (fig. n° 3).
Afin de cerner le gisement, deux bandes de deux
mètres de large ont été prospectées : ce sont la bande
8 ; 9 de F à M et la bande M ; N de 8 à 22. Une telle
entreprise nous a permis une bonne progression en
toute sécurité pour les fouilleurs et une bonne
sauvegarde des coupes stratigraphiques peu stables.
4.1 - Stratigraphie générale
La stratigraphie actuellement découverte montre
une occupation du site de l'Azilien terminal à l'actuel (fig- 5). Fig. 5 - Coupe stratigraphique simplifiée Sud-Nord d'une partie de la bande
M.
lidés. Cette brèche présente des lentilles de limon ; Niveaux Périodes Civilisations
son tamisage nous a donné l'occasion de découvrir
1 Actuel, Moyen Age une abondante microfaune (rongeurs et petits mamm
2 Romain ifères) qui est en cours d'étude. Nous pensions que
3 Age du fer Tène III cet éboulis était le substratum stérile. La découverte
4A Bronze Bronze final d'une hémimandibule de marmotte avec traces
4B Chalcolithique Campaniforme d'incisions sur sa partie interne a tout remis en
5A Néolithique moyen Chasséen, Cortaillod, question quant à la non occupation de ce niveau par
Lagozza l'homme... quelques éclats de silex sont même à définir 5B Néolithique ancien présents. Le niveau 9 A est en contact avec le bed
6A Mésolithique Sauveterrien rock à très important pendage Est. Si le Magdalénien l'Épipaléolithique au Méso- 6B, 6C Passage progressif de est présent il doit se situer plus à l'Est. lithique.
7A Épipaléolithique Azilien terminal
4.2.2 - ÉPIPAPÉOLITHIQUE COUCHES 7A ET 7B ?
7B AZILIEN TERMINAL 8A Dryas III
9A Dryas III-Allerôd en cours d'étude La couche 7A a une épaisseur moyenne de 20 cm.
Elle a été fouillée sur 8 m2 et est située de part et Bed rock dans la zone étudiée
d'autre d'un gros bloc d'effondrement de la voûte de
l'abri, antérieur à l'Azilien. Les sédiments sont noirs,
4.2 - Description des divers niveaux et couches fins et peu caillouteux. Une abondante industrie
lithique est présente (voir paragraphe 5) ainsi que des
4.2.1 - NIVEAUX 8A et 9A ossements très fragmentés (voir paragraphe 6). Deux
datations absolues nous permettent d'estimer l'occuUn très important remplissage de plus de 3 m pation de 10 220 BP à 9 160 BP. apparaît sous l'Azilien. Il est constitué de blocs
anguleux de toutes dimensions souvent très La couche 7B située dans la partie supérieure de :
324
l'éboulis sous-jacent offre une moindre quantité de
vestiges.
La découverte de ce niveau 7 comble une lacune
dans la chronologie préhistorique de notre région
puisque la civilisation Azilienne n'avait pas encore
été découverte.
4.2.3 - MÉSOLITHIQUE : COUCHES 6A, 6B ET 6C
SAUVETERRIEN
C'est par une couche de sédiments clairs dus à des
dépôts calcaires de suintement de la voûte et d'une
source, encore présente dans l'abri, qu'apparaît le
niveau Sauveterrien (6A) . Cette couche claire est un
remarquable repère stratigraphique du fait de sa
présence dans toute la zone fouillée. Sa puissance est
variable de quelques décimètres à plus d'un mètre.
Quelques blocs anguleux sont présents. L'étude de
l'industrie lithique montre un passage progressif du
Sauveterrien à l'Azilien (Paragraphe 5). La faune est
abondante (Paragraphe 6) ; certains os ont été
utilisés pour élaborer des outils et des éléments de
parures. Fig. 7, n"s 9. 11. 13, 14, 15 et 16. Les bois de
Fig, 6 - Chutes et ébauches d'outiis en bois de cerf, Sauveterrien. Débitage
par percussion : 1, 2, 3, 5, 8, 9, 10, 11 ; Débitage par sciage : 4, 6, 7, 12.
tait d'élaborer des outils que nous n'avons pas encore
trouvé. Ces chutes nous ont toutefois permis d'obser
ver des bois de massacre prélevés sur le cerf de juillet
à janvier et des bois de chutes ramassés au cours du
mois de février. Nous pensons ainsi que, dès le VIe
millénaire le site était occupé toute l'année. La
couche 6 A a donné un choping tool (fig. 9, 4). Une
seule datation a été réalisée dans la couche supé
rieure 6A Ly 1936 8170 ± 160 BP.
4.2.4 - NÉOLITHIQUE : COUCHE 5A NÉOLITHI
QUE MOYEN ; COUCHE 5B NÉOLITHIQUE AN
CIEN
Deux couches sont présentes : la couche 5A
Chasséen, Cortaillod, Lagozza et la 5B
attribuée à un Néolithique ancien sans céramique.
La puissance de la lrc couche est de l'ordre du Fig. 7 - Aperçu de l'industrie osseuse. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 : perçoirs et mètre. Entre les petits foyers de très importantes poinçons ; 9 : lissoir ; 11 : lame d'émail de sanglier ; 12 : pointe en bois de
cerf ; 16 : perle en bois de cerf ; 13, 14, 15 : craches de cerf percées ; 10 : lentilles de sédiments gris très fortement indurés
aiguille ; apparaissent. Ces couches superposées nous ont lait 10 : La Tène ; 8 : Bronze final ; 1, 3, 4, 5, 6 : Chalcolithique ; 2, 7, 12 : penser à des cendres ou à des litières d'animaux Néolithique moyen ; 9, 11, 13, 14, 15, 16 : Sauveterrien.
domestiques. Une analyse future précisera ce point.
Pour le Chasséen, la céramique est noire, fine, à cerfs ont été abondamment utilisés (fig. 6). Leur
très petit dégraissant. Pas de décors, seulement des débitage par sciage, esquillage et percussion permet- :
:
:
:
:
:
325
éléments de préhension perforés. Pour le Cortaillod.
elle est brune à pâte plus grossière. Elle présente de
petits tétons de préhension situés immédiatement
sous la lèvre (fig. 8).
Fig. 8 - Tessons de céramiques du Néolithique moyen. 2, 3, 6, 9. 10
Chasséen ; 1, 4, 5. 7. 8 Cortaillod.
Fig. 9 - Industrie lithique. l, 2, 3 : herminettes du Néolithique moyen : 4
Choping tool Sauveterrien ; 5 Polissoir ; 6 : Percuteur Chalco.
La faune est abondante et très variée. Le %
d'animaux domestiques augmente au detriment de la C'est la céramique qui a permis de dater cette faune sauvage (Paragraphe 6). couche (fig. n° 10). Les tessons n"s 1, 3, 4, 6, 7 et 9 se
Les outils en silex sont plus élaborés et plus rares rattachent au style international classique avec les
(Paragraphe 5). Les herminettes en serpentine polie décors géométriques réalisés au peigne à dents
(roches extérieures aux unités géologiques de la carrées. Les tessons n " 2 et 8 montrent une influence
région) sont présentes (fig. 9, nos 1, 2 et 3). Cette méridionale. Le tesson n" 5 orné à l'extérieur et à
couche donne une fourchette de date de 6 150 BP à l'intérieur à la cordelette peut appartenir à un vase
5 030 BP. La couche 5B, séparée de la précédente campaniforme ou cordé. La bonne qualité de la pâte
par une zone stérile a la particularité de ne pas nous fait pencher pour le Campaniforme (1).
contenir de céramique. La présence d'un certain L/industrie lithique est peu abondante (Paragraphe nombre d'animaux domestiques parmi la faune 5). Deux outils particuliers ont été trouvés ; un sauvage et les datations 6 500 ± 230 BP et 6 255 ± percuteur en grès local ayant subi l'action du feu 100 (âge calibré 4 950/5 455 ВС) nous permettent de présentant à ces deux pôles des traces d'écrasement penser à un Néolithique ancien. Les futures r et un petit polissoir dans le même type de grès (fig. 9. echerches confirmeront ou infirmeront cette hy nos 6 et 5). pothèse.
Les os ont été utilisés pour façonner après sciage et
4.2.5 CHALCOLITHIQUE CAMPANIFORME - polissage des perçoirs. La matière première est
COUCHE 4B prélevée dans les diaphyses d'os longs de cervidés et
de caprines : un seul est élaboré à partir de Cette couche d'habitat est présente sur toute la
l'extrémité d'une côte (fig. 7. n"s 1, 3. 4, 5 et 6). surface de l'abri. Aucun foyer n'a encore été dégagé
malgré la présence de cendres et de mouchetures de
" Cette couche est datée 4 555 ± 140 BP (2 920/3 655 ВС âge charbons de bois. Quelques trous de piquets sont
calibré). présents au Sud de l'abri. Leur petit nombre ne
permet pas de définir leur fonction. (1) Etude réalisée par Aime BOCQUE1. СОРА Grenoble. :
326
essai de reconstitution a été tenté ; l'ouverture a
environ 30 cm de diamètre et la hauteur évaluée à
une cinquantaine de cm (fig. 6). Pour compléter la
Fig. 10 - Décors des tessons de céramiques Chalcoiithique : Campaniforme.
4.2.6 - COUCHE 4A ; BRONZE FINAL
Malgré le saccage du bulldozer cette couche a été
trouvée en place sur plusieurs m2. Dans la partie
Nord-Ouest un foyer construit est présent. Il est
constitué de blocs anguleux et de quelques galets de
torrent. Beaucoup de ces éléments ont éclaté sous Fig. 11 - Plan du foyer, des fragments de l'urne et du squelette de l'enfant l'action du feu. L'abondante quantité de charbon de datés du Bronze final. Reconstitution de la partie supérieure de l'urne.
bois nous a permis la datation de 2 700 ± 60 BP.
Dans ce foyer et à sa proximité, des tessons de
céramique grossière, des os de bovidés et de caprines description des tessons de céramique il nous faut citer
brûlés sont présents. les tessons décorés découverts en 1970 après le
passage du bulldozer (fig. 12 du n" 1 à 16). Divers Au Sud-Est du foyer la sépulture d'un jeune enfant
types de décors incisés sur les panses et les lèvres sont a été dégagée. Le corps a été enseveli couché sur le
visibles. dos, les bras légèrement repliés vers l'abdomen, la
tête est tournée vers la gauche du corps, le visage Quelques fragments d'objets en bronze et en
vers le Sud-Ouest (fig. 11). Des restes de tissus à cuivre ont été récoltés sur toute la surface prospectée
trame grossière, très calcifié nous donnent à penser montrant une très importante dispersion, ce sont les
que le corps était enveloppé dans un linceul lors de fragments d'une épingle d'environ 10 cm de long, la
son inhumation. Aucun mobilier n'a été découvert moitié d'un petit bracelet, l'extrémité arrondie d'un
dans cette sépulture. couteau, les restes d'une virole et un poinçon de
section carrée. A deux mètres au Nord du foyer les tessons
appartenant à une urne funéraire hémisphérique Le seul témoin du Bronze Moyen est le tesson
décorée sous la lèvre d'un cordon rehaussé de quatre décoré avec des palmettes. Cette couche n'a pas été
retrouvée en stratigraphie (fig. 12, 17). oreilles de préhension torsadées jonchaient le sol. Un 327
Deux laboratoires associés à nos recherches ont
permis de caler les niveaux dans leur chronologie
absolue : Laboratoire du Radiocarbone LYON (J.
EVIN) et Centre de Géodynamique de THONON-
COULES-BAINS (Ph. OLIVE) *.
CHE CULTURE DATATION B.P. MATIERE
4A Bronze final CRG 289 2 700 ± 60 Charbon de bois de bois 5A Néo Moyen CRG 412 5 135 ± 105
5A Néo CRG 290 5 180 ± 150 Os
5A Néo Moyen CRG 302 5 290 ± 70 Charbon de bois
CRG 411 5 384 ± 128 de bois 5A Néo
5A Néo Moyen 5 940 ± 210 Os Ly 1934
5B Néo Ancien 6 500 ± 230 Os Ly 1935
6A Sauveterrien 8 170 ± 160 Os Ly 1936
7A Azilien term. CRG 410 9 485 ± 325 Os
9 820 ± 200 Os 7A term. Ly 2619
5 — ETUDE PRELIMINAIRE DE L'INDUS
TRIE LITHIQUE DE L'ÉPIPALÉOLITHIQUE
AU NÉOLITHIQUE **
L'ensemble des objets recueillis à ce jour s'élève à
3 717 pièces dont 218 outils et 472 objets en quartz
répartis dans six couches s'échelonnant de l'Epipa-
léolithique au Néolithique. Les niveaux inférieurs Fig. 12 - Céramiques décorées : des n"s 1 à 16 : Bronze final ; n" 17 : Bronze (Épipaléolithique au Néolithique) ont fourni à eux moyen. Ces tessons ont été ramassés sur le sol après le passage du
bulldozer. seuls 3 363 pièces. Un premier examen de la matière
première utilisée donne tout de suite une impression
de qualité très médiocre : grossièreté des déchets et
abondance des fragments informes. 4.2.7 - PÉRIODE HISTORIQUE
Trois familles de matières premières ont été Le niveau 3 n'est en place qu'au Nord contre la
débitées : roche. Il est caractérisé par une céramique grise,
tournée sans décors et par des scories ferrugineuses, — Le silex à grain fin de texture homogène
restes d'un four permettant d'élaborer le métal à d'origines diverses mais encore mal localisées.
partir des grès sidérolithiques locaux. Quatre clous et — Une chaille locale qui se présente sous deux un poinçon en fer ont été découverts ainsi qu'une formes : aiguille en os à chas biconique (fig. 7, n° 10).
— une chaille grise ou noire finement cristallisée, Dans ce niveau un habitat Romain est présent. très diaclasée, souvent traversée de filonnets de Cette occupation date du milieu du IIIe siècle lorsque calcite, parfois poreuse pouvant contenir du calcaire les invasions barbares dévastèrent la Gaule et pour résiduel. De très mauvaise qualité ce matériau a notre région Boutae, l'actuelle Annecy. Les textes pourtant été abondamment utilisé pour le débitage anciens nous apprennent que les habitants épou des éclats notamment ; la plupart des éclats informes vantés, après avoir caché tout ce qu'ils avaient de en sont issus. La couche 6A (Mésolithique) a livré précieux, se réfugièrent dans les montagnes de la 420 chailles débitées soit 20 % de l'ensemble du vallée de Thônes et d'ailleurs où les grottes et matériel. Les outils façonnés dans cette matière sont infractuosités de roches leur servaient d'abri. rares ;
Le niveau I correspond au Moyen Age (carreaux — une chaille claire, calcédonieuse à mouchetures d'arbalète présents) et à l'actuel (bergerie tempor blanches, provenant du Valanginien local offre un aire). Un muret atteste de cette occupation ainsi matériau de meilleure qualité mais moins fréquemqu'une couche de fumier récent. ment utilisé.
4.3 - Datations absolues par la méthode du radio-
** Étude réalisée par Pierre BINTZ. LA CNRS n° 69. Institut carbone Dolomien. GRENOBLE. 1
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— Le quartz hyalin ou laiteux abondant surtout B) Débitage du quartz
dans les niveaux inférieurs ; il constitue 25 % de Les objets débités en quartz sont présents dans l'ensemble des objets débités dans la couche 7A. Les toutes les couches du remplissage mais en quantité quelques prismes entiers ou fragments ayant variable. Ils se substituent assez largement au silex conservé les facettes primitives montrent générale dans la couche 7A (Azilien) avec 262 pièces qui ment des arêtes vives, ce qui exclut des récoltes dans représentent 24,6 % de l'ensemble du matériel les alluvions ou les moraines locales. Il est donc débité. Son utilisation décroit au Mésolithique mais probable que les ramassages se soient effectués sur retrouve une certaine faveur au Néolithique. Il les lieux même des gîtes minéraux, que les recherches semble que la mauvaise qualité du silex local ait à venir tenteront de localiser. poussé les préhistoriques à faire des tentatives de
taille du quartz avec des résultats variables. En nous
appuyant sur les quelques données statistiques du
tableau n" 2 on remarquera parmi les produits de 5.1 - Les produits de débitage
débitage une forte proportion d'éclats nettement plus
élevée que pour le silex, mais les lames et lamelles ne A) Étude d'ensemble, description
sont pas absentes.
Nous nous contenterons, en attendant des études
morphologiques et morphométriques complètes, de
classer les pièces dans différentes catégories de
Tableau 2 : Décompte des produits de débitage en quartz dans les différentes débitage à savoir : couches.
— les nuclei et fragments de nuclei,
CHALCO AZIUEN MESOLITH QUE NEOLITHIQUE — les déchets exempts de retouches tels que 7A ~ГбВ 6A 5B 5A 7B NF -\- - 6C Nr — 4- - -^ ~\ ifr i" 1 w~t - TJF Г éclats, lames et lamelles différenciés selon les critères
lei 3 définis par J. Tixier (Tixier, 1963), 93 37 6 2 Ecl ats 229 87 4 2 128 4 » - 0 7 атг es 3 — les éclats informes comprenant les pièces 27 8 5 e .am elles 10 3 dépourvues d'éléments permettant de reconnaître les - (5 Out i liage (151 7) (il
137 38 38 6 3 traces d'un débitage intentionnel. Ces pièces pro Tot aux 262 2 24
Qu artz % viennent principalement du débitage des chailles 1,3 bft âgë~tot. 6,6 14,9 11.6 2V
locales qui se clivent préférentiellement au niveau
des diaclases donnant des débris d'allure polyé
drique. Le décompte de produits est présenté dans le L'écart entre le pourcentage des lamelles débitées
tableau n° 1. Seules ont été retenues les pièces dont la sur quartz et sur silex est moins élevé en 7A que pour
plus grande dimension est égale ou supérieure à un les couches 6.
centimètre. On notera également l'absence, à une exception
près, d'outils sur quartz pour les couches 6 et 5, alors
Tableau 1 : Décompte de la totalité des produits débités dans les différentes que la couche 7 A a fourni 15 outils soit 5,7 % de
couches. l'ensemble des objets débités en quartz, pourcentage
tiLIT AZIL! EN ME iOLITHKJllE NL H QUE CHALCO un peu plus faible que pour le silex. Parmi ces outils,
Couches 7B 6C 6 5 В 5A - Nr" 7A Г" 3 Nr" 6A " 4B Nr une pointe à bord abattu (fig. 13, n° " Г 22) se signale par í N7 "1 "Nr ï Г -.V Nr Г Deb itage la perfection de son façonnage, par la qualité du 4 Nu cl 17 6 4 36 7 91 ,5 Ее la s 2 798 75 7 75 1642 79 3 217 85 ,1 41 36 155 7! matériau et par sa grande dimension qui implique un Ее la mes 46 43 16 j 8: 3 4 ,7 г 12 débitage à partir d'un prisme de grande taille. Le La me 4 37 3 5 2 6 2 9; 3 3 2 0 ,8 9 9 224 69 70 mode de débitage est pour l'instant difficile à préciser La me les 146 13 7 5 22 10 2 10 8 20 7 ,8 i
car il existe peu de nuclei. Les couches 6 n'ont fourni То taux 8 1064 4 206 2071 47 255 53
que des petits blocs de quartz hyalin ou laiteux sans
négatifs d'enlèvements. La couche 7A a livré 3 nuclei
Pour toutes les couches le débitage est orienté à enlèvements lamellaires et parmi les déchets de
principalement vers la production d'éclats. En effet, préparation on compte deux pyramides terminales
l'ensemble des éclats représente de loin le contingent provenant de la fragmentation transversale du prisme
dans le but de créer un plan de frappe avant le le plus important des produits débités ; on observe
une progression des pourcentages d'éclats de 7A à débitage. Au vu de ces quelques constatations et en
5B. L'utilisation de la chaille de très mauvaise qualité attendant une étude plus poussée sur le travail du
quartz lorsqu'on disposera d'un échantillonnage plus en est en partie responsable. Par contre le taux des
lames et des lamelles est dans l'ensemble très bas, abondant, il se dégage l'impression que les aziliens
mais plus élevé en 7A. Cet état de fait est sans doute ont mieux su que leurs successeurs maîtriser ce
à mettre en relation avec le faible microlithisme de matériau qu'ils destinaient à la confection d'outils
variés. Peut-être disposaient-ils d'un quartz de meil- l'outillage comme nous le verrons plus loin.

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