L'Âge des Spirales de l'Art rupestre nord-africain - article ; n°11 ; vol.33, pg 624-638

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1936 - Volume 33 - Numéro 11 - Pages 624-638
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1936
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Raymond Vaufrey
L'Âge des Spirales de l'Art rupestre nord-africain
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1936, tome 33, N. 11. pp. 624-638.
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Vaufrey Raymond. L'Âge des Spirales de l'Art rupestre nord-africain. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1936,
tome 33, N. 11. pp. 624-638.
doi : 10.3406/bspf.1936.5463
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1936_num_33_11_5463624 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
dee Spirales de l'Art rupeetre
nord-africain,
PAR
R VAUFREY
Professeur à l'Institut de Paléontologie Humaine.
Dans le compte rendu d'une conférence, faite, le 27 juin 1935, par
M. Reygasse, à la Société Préhistorique Française (1), sur les pein
tures et gravures rupestres du Tassili des Adjers, publiées depuis
dans L'Anthropologie (2), on peut lire ce qui suit :
« M. Reygasse attire l'attention de ses Collègues sur plusieurs
points qui lui paraissent nouveaux. D'abord la présence de spirales,
découvertes pour la première fois, associées à une faune extrêmement
archaïque, à l'Hippopotame par exemple. . . M Reygasse nous dit qu'il
estime que ces spirales peuvent être absolument indépendantes de la
spirale méditerranéenne. Dans tous les cas, les spirales découvertes
dans le Iloggar et le Tassili des Adjers sont bien plus anciennes que la
spirale classique delà Méditerranée orientale. En effet elles sont asso
ciées dans le Sahara à une faune absolument archaïque, l'Hippopotame
et le Bubale fossile... M, Reygasse indique que ces gravures... sont
bien antérieures aux peintures et gravures reproduisant des chars gara-
mantiques... »
Ces vues appellent quelques précisions, portant d'abord sur la
ponctuation. Dans sa forme actuelle, la première phrase attribuée à
M. Reygasse semble vouloir dire que des spirales, associées à une
faune figurée extrêmement archaïque, sont pour la première fois
découvertes dans l'art préhistorique nord-africain, alors qu'un
simple déplacement des virgules lui restituerait son véritable sens, à
savoir que des spirales sont, pour la première fois, découvertes en
association avec cette faune archaïque.
Il y a, en effet, des spirales déjà connues sur les parois historiées
d'un piton gréseux situé près de l'oued Chreaa(oued Chéria), 15 kil
omètres à vol d'oiseau au Sud-Est du village de Keragda, dans l'a
nnexe de Géryville (Sud-Oranais). Frobenius et Obermaier en ont
publié des relevés dans leur beau livre sur les « pierres écrites » (3).
(1) Bulletin de la S. P. F., t. XXXII, 1935, p. 315.
(2) Reygasse (M.). — Gravures et Peintures rupestres du Tassili des Ajjers.
(L'Anthropologie, t. 45, 1935, pp. 533-571, 3lj ůg.).
(3) Frobenius (L.) et Obermaier (H.). — Hadschra Maktouba. Urzeitliche Feb-
bilder Kleinafrikas. Un vol. in-4° de 62 pages, lW) planches et 11 cartes. Munich
1925. Les relevés de ces auteurs (pi. 113 a 116) montrent une antre spirale située
hors du champ de mes clichés. Deux spirales, à la vérité assez maladroites
se voient également, d'après le même ouvrage (pi. XV), à Taghtania, près
de Taghit, 93 kilomètres au Sud de Golomb-Béchar. Elles sont associées à
des Ruminants de style naturaliste parmi lesquels se trouve eu moins une Anti
lope bubale. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE Qffî)
On voit par les photographies que j'en ai prises l'annécTidèribière
(pi. I à IV) que les spirales de l'Oued Chreaa sont associélès= Ча^еФ
Bovidés, comme sur la figure dont M. Reygasse accompa'sn'é'soni
, ° . i • i i ■í?i')Tďiii1<)řf
resume. Par comparaison, on peut juger des analogies de sty^ç, ■$> ffô
technique qui existent entre l'art sud-oranais et celui du Tafcgyi-.desY
Adjers. Il est très vraisemblable que les deux arts sont l'œuvre des
mêmes Hommes et remontent à la même époque archéologique. r
Les spirales, nous dit M. Reygasse, sont associées, dans
des Adjers, à une faune « absolument archaïque ^l'Hippopotame1 étP
le Bubale fossile. L'un de ces animaux est, en effet, disparusfle'la9
région, aujourd'hui désertique ; l'autre (associé dans les mêmes W
sinon sur les mêmes roches) est éteint. Cependant il est ре
penser que ce recul et cette extinction ne sont pas très a
même au regard de l'Histoire humaine.
On a souvent donné des preuves de la date relativement
du dessèchement du Sahara. Il y a deux ans (1), C. Kilián en énb-
mérait quelques-unes : présence d'une industrie néolithique, riché'ërP
grains de collier de pierres vertes, dans une grotte du Sahara cétí^1
tral; faune soudanaise, précaméline, des gravures rupestres du Hdg-P
gar et de l'Adjer; découverte de fers à Cheval près de Ghat, dans Ле*
remplissage d'un puits très ancien de la piste du Sud; légendes eV
traditions des populations du désert; persistance enfin du Tarout
(Cupressus Duprezianus) dans le Hoggar et l'Adjer.
« Si l'on rapproche ces observations et informations, conclut G. Ki
lián, ainsi que beaucoup d'autres que nous n'avons pu développer ici,
de ce que nous disent les auteurs grecs et latins des Garamantes, de
leurs émeraudes, de leurs Bœufs, du triomphe de Cornelius Balbus,
des expéditions de Septimus Flaccas et de Julius Meternus, et de leur
silence sur l'existence du Chameau ; si Ton y joint l'identification indis
cutable de Djerma avec la Germa antique, on est conduit à admettre
qu'il y a eu un dessèchement progressif du Sahara dans la période his
torique, qui se continue de nos jours, et que l'humidité
y était notamment beaucoup plus considérable avant notre ère que de
nos jours ».
Témoignage plus précis encore, c'est celui des gisements sahariens
de Vertébrés qui ont été découverts, à plusieurs reprises, dans les
lacs fossiles, au sujet desquels M. Th. Monod. écrivait récem
ment (2) :
(1) Kilián (C). — Une variation de climat dans la période historique ; le dessè
chement progressif du Sahara depuis l'époque précaméline et les Garamantes.
(С. Л. sommaire des séances de la Soc. géol. de France, 1934, pp, 110-111. —
Voir L'Anthropologie, t. 45, 1935, p. 215.
(2) La mission Th. Monod au Sahara occidental. [La Terre et la Vie, t. V, 1935,
pp. 183-107).
SOCIÉTÉ PRKHlSTOhlQUE FK*..\ÇA18£. 40 SOCIETE PREbîlSTOftîQttË 626
« J'ai l'impression qu'il sera possible de distinguer dans l'extension
des lacs quaternaires, deux maxima^ d'amplitude décroissante, séparés
par une phase d'assèchement... les industries paléolithiques anciennes
semblent jalonner les bords du premier lac et les marins néolithiques
péchaient avec des harpons en os et des hameçons de pierre ou d'os les
Lates et les Silures qui grouillaient dans le deuxième ».
Ces lacs, M. Monod et ses prédécesseurs en ont relevé la trace au
Sahara soudanais, depuis le Tibesti sud-oriental (Ounianga Kébir],
où l'on a signalé (1) des dépôts limonitiques à Lates, Hippopotame
et Sanglier, jusqu'à l'Azaouad, 250 kilomètres au Nord de la boucle
du Niger, où l'on a recueilli à Arouane et à Guir une faune maréca
geuse (Clarias, Lates, Trionyx, Crocodilas, Hippopotamus, Bos, Lim-
notragus, Cervus, Mellivora, Thryonomys) en association avec un squel
ette humain négroïde, accompagné de haches à tranchant poli et de
hameçons d'os (2).
Points intermédiaires importants : Sounfat, au Nord-Ouest de ГА-
drar des Iforas, d'où proviennent Rhinoceros sp. , Hippopotamus, Pha-
cochœrus, Gazella, Limicolaria Chudeaui Germ., Gastéropode terrestre
qui vit au voisinage des nappes d'eau des régions tropicales 3) ; et
Asselar, 225 kilomètres au Nord de la boucle du Niger, sur le méri
dien de Paris, où Th. Monod a découvert un Homme fossile, dont le
type est peu différent de celui des Bantous actuels, qu'accompagnent
Lates, Siluroïdes, Crocodiles, Phacochères, Gazelles et Antilopes (4).
Plus au Sud, la même faune a été signalée dans l'Azaoua, sous
forme de débris de cuisine recueillis sur l'emplacement d'anciens
villages néolithiques (5). Edifiés sur les dunes consolidées qui encom
brent les anciens thalwegs, ces villages sont donc postérieurs à un
certain dessèchement du Sahel. Pourtant Lates, Crocodilus, Elephas
(t) Joleaud (L.) et Lombard (J.). — Conditions de fossilisation et de gisement
des Mammifères quaternaires d'Ounianga Kébir (Tibesti sud oriental). {Bull, de la
Soc. géol. de I rance, 5e série, t. Ш, pp. 239-243, 1 fig.).
(2) Roman (F.). — Sur une faunule de Vertébrés et sur des pièces néolithiques
du Sahara occidental. [Bull, de l'Association région, de Paléontologie et de Préhis
toire. Lyon, 1935, n° 5, 13 p. et 4 pi.).
; (3) Joleaud (L.) et Menchikoff (N.). — Gisements de Mammifères et de Mol
lusques quaternaires du Tanezrouft au Nord-Ouest de l'Adrar des Iloras (Sahara
soudanais). (C. R. sommaires de la Soc. géol. de France, 1934, pp. 213-215).
(4) Boule (M.) et Vallois (H.). — L'Homme fossile d'Asselar (Sahara). (Archi
ves de l'Institut de Paléontologie humaine, mémoire n° 9, 1932, 92 p., 33 fig. et
8 pi.).
- (5) Joleaud (L.). — Vertébrés subfossiles de l'Azaoua (Colonie du Niger). (C. R.
des séances de l'Acad. des Se, t. CXCVIII, 1334, pp. 599-601). — On trouvera dans
un article du même auteur, intitulé « Gisements de Vertébrés quaternaires du
Sahara», des renseignements complémentaires sur tous ces gisements et d'autres,
moins importants. Bull, de la Soc. d'Hist. nat. de l'Afrique du Nord, t. 26 bis, 1936
[Volume jubilaire], pp. 23-39). Société préhistorique française 627
africanus, Camelopardalis girajfa, Hippopotamus, Phacochœrus, Bos
sp., Antilope sp., y figurent encore (1).
« Sur l'axe du synclinal d'Araouane (où se trouvent les gisements
de l'Azaouad cités plus haut), écrit Th. Monod, et, à un moindre
degré, dans la fenêtre de l'Aouker, se sont étalées de véritables mers
intérieures ; celle du Lemriyé a dû atteindre 300 X 400 kilomètres.
Le Niger supérieur fut longtemps un affluent de ce Tchad géant. .. »
Un géographe égyptien, M. S. A. Huzayyin, conclut de ses études
sur Les épisodes glaciaires et pluviaives du Quaternaire de l'ancien
monde (2) que le Sahara a été le théâtre d'une phase pluvieuse néoli
thique, allant du milieu du 6e millénaire avant notre ère, jusqu'au
milieu du 2e. C'est ce qu'il convient maintenant d'examiner.
Dans les gisements d'Arouane-Guir, figurent des haches à tran
chant poli et des hameçons d'os. Les mêmes objets se trouvent
aussi, avec des harpons à simple ou double rang de barbelures et
des pointes de flèches de types très divers, dans les gisements de
Taferjit et de Tamaya Mellet (3), au Nord-Est de l'Azaoua, situés
respectivement à 160 et à quelques 230 kilomètres à l'Ouest-Sud-
Ouest et à l'Ouest-Nord-Ouest d'Agadès. M. Monod me dit que
l'extension des hameçons s'étend beaucoup plus à l'Ouest que l'Aza
ouad puisqu'il en a recueillis récemment dans l'Aouker (Tichit),
c'est-à-dire en Mauritanie.
Tournons nos regards vers l'Egypte qui, depuis le Néolithique
tout au moins, est à l'aile marchante du progrès en Afrique : les
mêmes hameçons en os y apparaissent dès le début du Néolithique,
chez les Tasiens de la moyenne Egypte. Des harpons se trouvent
au Fayoum, ainsi que de nombreuses pointes de flèches bifaces,
dans des établissements qui semblent dater à peu près de la même
époque, vers 6000 ans av. J.-C.
Ajoutons que tous les types de pointes de flèches présents dans les
(1) II est bon de "noter que des débris de ces faunes néolithiques existent
encore dans le Tibesti où le Colonel Tilho a signalé la persistance de Crocodiles
dans les trous d'eau des canyons gréseux (Dalloni [M.]. Mission au Tibesti. Paléon
tologie et Ethnologie. Académie des Se. de ilnslilut de France, Mémoires, t. LXII,
1935, vol. 2, pp. 93-449, fig. 20 à 153, pi. 2 à 12).— Il y avait aussi, récemment,
des Crocodiles dans l'Oued lherir, au Tassili. Le dernier signalé a été tué par le
Général Nieger. Dans l'oued Djerat,les aguelmans sont encore peuplés de Bar
beaux et de Silures (Perret [R.]. A travers le pays ajjer. Annales de Géographie,
t. XLIV, 1935, pp. 595-613, 3 fig. et 4 pi.).
(2) Huzayyin (S. A.). — Glacial and pluvial episodes of the diluvium of the old
world. {Man, t. XXXVI, 1936, pp. 19-22 [n* 20].— Voir L'Anthr., t. XLVI, pp. 199-
201).
(3) Kelley (H.). — Harpons, objets en os travaillés et silex taillés de Taferjit
el de Tamaya Mellet (Sahara nigérien). (Journal de la Soc. des Africanistes, t. IV,
1934, pp. 135-143, 1 fig.). SOCIETE PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 628
deux gisements de la région d'Agadès sont également représentés
dans celui de Redeyef qui a fourni le type du Néolithique de tradi
tion capsienne, le Maurétanien des auteurs (1). Et c'est par ce détour
que nous revenons aux gravures rupestres et aux spirales. Mon but,
en me rendant, ces années dernières, dans le Sud-Oranais, n'était
pas de constituer une iconographie photographique, mais de réunir
les documents susceptibles de dater archéologiquement les gravures
rupestres naturalistes J'ai déjà exposé brièvement, dans L'Anthro
pologie (2), le résultat de mes recherches. Sur 30 points différents,
j'ai recueilli les pierres taillées du Néolithique de tradition cap-
sienne : localisées autour des roches gravées, elles sont souvent en
assez grand nombre et quelquefois mêlées de cendres et de pierres
brûléeSj restes des anciens gisements détruits par les intempéries.
Et j'ajoute, de suite, qu'aucune autre industrie de type paléolithique
supérieur, mésolithique ou néolithique ne se rencontre dans toute
la région des gravures rupestres, laquelle n'a, par ailleurs, fourni
que du Moustérien — ou de l'Atérien — du reste assez rare.
Voici la liste des stations, à la fois industrielles et rupestres,
dressée de l'Ouest à l'Est, de Figuig à Aflou. Certaines sont déjà
classiques, d'autres sont inédites (3).
Entre Figuig et Ain Sefra : Zenaga, Djebel Youssef*, Beni-Ounif,
Djattou, El Hadj Mimoun (Oued Dermel), Moghrar. Entre Ain Sefra
et la piste Géryvdle-El Abiod : Rocher Garmillé, Tiout, Koudiat Abd
el Hak (Chellala Dahrania), Tazina, Rosfat el Hamra*, Mouchegeug
(Djebel Bès Seba), Ghebka Dirhem*, Garet et Taleb, Gouiret bent
Saloul*, Trik el Beida, Kreloua Si Cheikh*. Au delà de cette piste,
dans l'annexe de Géryville : El Krima, Ksar el Ahmar, Březina*, Oued
Chreaa, Ain Marshal*, Hadjrat Dries*, Hadjar Etteir. Dans l'annexe
ď Aflou : Koudiat Mektouba, Ain Sfassafa, El Hamra et Ain el Kretar
(El Rhicha-Enfouss), El Harhara (plaine*J, Kharrouba.
Les seules roches gravées au voisinage desquelles ne figuraient
point d'industrie sont celles de l'Oued Medsous qui se trouvent sur
un bloc isolé, dans un ravin remblayé depuis l'exécution des gra
vures, celles d'Oued Norham, autour desquelles s'étend de toutes
(1) Vaufrey (R.). — Notes sur le Capsien. {L'Anthropologie, t. XLIII, pp. 457-483,
20 tig.; voir p. 478). — La publication originale du gisement type du Néolithique
de traditiorl capsienne est due au Dc E. Gobert (L'abri de Redeyef. L'Anthr.,
t. XXIII, 1912, pp. 151-168, 11 fig.).
(2) T. XLV, pp. 481-483.
(3) Les roches gravées inédites, tout au moins iconographiquement, sont indi
quées par un astérisque. Dans l'annexe de Géryville, j'ai été dirigé efficacement
par mon ami, Je Capitaine M. Ribaut, auquel je dois d'avoir pu visiter plusieurs
des sites inédits signalés. Avec sa collaboration, je publierai prochainement dans
L'Anthropologie, les beaux Bubales gravés de Gouiret bent Saloul, ainsi que la
paroi sculptée d'Ain Marshal que m'a fait connaître le Médecin-Général P. Del»
mas, auteur des premières fouilles de Brézina (1909). SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 629
parts le roc nu, balayé par les eaux sauvages, et celles des falaises
d'El Harhara et de Fedjet el Khail (Teniet el Kharrouba) qui sont
situées presque au sommet d'une haute falaise et auprès desquelles
aucun établissement humain n'est possible. Quand manquent les
silex du Néolithique de tradition capsienne, c'est donc que les ci
rconstances topographiques n'en ont pas permis le dépôt ou la con
servation.
Voici la liste des silex taillés, recueillis au pied des roches gravées
d'Oued Chreaa (fig. 1).
Fig. 1. — Industrie néolithique recueillie au pied des roches gravées d'Oued
Ghreaa. — 1 à 3; lamelle gibbeuse, lamelle à dos rabattu, segment, de cercle :
4 à 6, flèches à tranchant transversal (trapèzes étirés antéro-postérieurement) ;
11 à 13, trapèzes du même type mais plus courts (trapèzes subrectangulaires);
7 à 9, rectangles allongés ; Í4, microburin ; 10 et 11, lamelles pointues à deux
tranchants abattus ; 15 et 16, tarauds et perçoirs. (Grandeur naturelle).
Lamelles à dos rabattu total ou partiel, souvent irrégulières (n° 2) . . 23
Segments de cercle dont un gibbeux (n° i et 3) 3
Coches sur éclats el raclettes 12
Lamelle à troncature transverse 1
Trapèzes subrectangulaires (n° 12 et 13). . 11
Rectangles allongés (n° 7 à 9) 4
Pseudo-rectangles (n° 11) 4
Pseudo-triangle • 1
Trapèzes étirés antéro-postérieurement (n° 4 à 6) 4 ,
SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 630
Flèche en éventail à tranchant transversal, un peu aberrante 1
Fragment de flèche à relouche néolithique envahissante 1
Lamelles pointues à deux tranchants abattus (n° 10 et 11) 3
Perçoirs ei tarauds (n° 45 et 16) 3
Mi-crcïbnrin (ii° iù) 1
Nucleus n
Fragments de meules en grès. . 2
II va de soi que toutes les stations que j'ai énumérées plus haut
n'ont pas des inventaires identiques (1). Les unes sont riches, les
autres pauvres. Certaines affectionnent des types d'armatures qui
sont ailleurs rares ou mêmes absents. C'est ainsi qu'à l'oued Chreaa,
l'abondance anormale des rectangles de type divers est compensée
par la monotonie de l'inventaire, sa pauvreté en types.
Afin de donner une vue plus exacte du Néolithique de tradition
capsienne, tel qu'on le récolte auprès des gravures rupestres du
Sud-Oranais, en voici un inventaire plus démonstratif, celui de l'i
ndustrie recueillie au pied de la falaise gravée, en partie éboulée, de
la Koudiat Abd el Hak, 8 kilomètres à vol d'oiseau au Sud-Ouest de
Chellala Dahrania, dans l'annexe d'Ain Sefra.
On n'y voit point, comme à l'oued Chreaa, d'animaux vraisembla
blement domestiques, mais uniquement des bêtes sauvages, notam
ment des Éléphants et des Antilopes. Une excellente photographie
de la roche principale a été publiée par Frobenius et Obermaiek
(pi. 88).
Voici la liste des pièces typiques recueillies (fig. 2) :
Lame à retouches marginales (brisée) 1
Lamelles à dos rabattu (n° 7) de types divers, y compris des lamell
es gibbeuses (n° 6) 46
Segments de cercle divers, gros et petits (n° 5 et 16 à 18) 16
Lamelle large à troncature transverse 1 à troncature oblique, atypique 1
Lamelles à retouches marginales о
Coches diverses (n° 15) 17
Trapèzes subrectangulaires (n° Í et 2) dont 2 déjetés 6
Rectangles allongés (nOs 3 et 4) 3 atypiques 2
Trapèze étiré (n° Í4) 1
Pseudo-petits tranchets 5
Flèches à tranchant transversal, en éventail (n° 12) 3
Même flèche avec retouches néolithiques naissantes (n° 13) 1
Pseudo-flèche à tranchant transversal 1
Flèches à retouches bifaciales de types divers (nos 8 à 10) 5
(1) Ici, comme ailleurs, il est sous-entendu que les inventaires publiés résul
tent d'un tri parmi des récoltes qui comptaient généralement plus d'un millier ou
même plusieurs milliers de silex taillés. 2. — Industrie néolithique recueillie autour des roches gravées <le la Kou- Fig.
diat Abd el Hak. — 1 à 4, rectangles courts ou allongés ; б et 7, lamelles ii
6' à 10, pointes de flèches des types néolidos rabattu dont une gibbeuse ;
thiques classiques; il, double pointe à deux tranchants abattus; 12 à Ih,
flèches à tranchant transversal de divers types, celle du centre avec retouche
néolithique envahissante; 15, lamelle à troncature oblique et coches latérales ,"
16 à 18, segments de cercle de types divers ; 19 petit grattoir court ; 20 et 21,
microburins ; 22 et 23, nucleus, le deuxième de type « moustérien » ; 24,
pointe biface ; 25, sorte de taraud à retouche latérale alterne. (Grandeur natur
elle). SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 632
EXPLICATIONS DES PLANCHES
Planche I. — Gravures rupestres de l'Oued Chreaa. — Panneau de gauche (à
l'Ouest). On y voit au centre un Bovidé dont le corps est surmonté d'une fausse
spirale. La partie antérieure du corps — patte, poitrail, cou, tête et corne — est
suivie par une guirlande linéaire qui redescend ensuite en avant et se perd dans le
corps d'un animal tourné à gauche, où l'on reconnaît un Lion par la stylisation
traditionnelle de la tête et par le renflement terminal de la queue, figuré par une
cupule. Un second Lion se voit aussi en haut et à droite. Parmi les autres figures,
on distingue notamment, au-dessus du premier Félin, et juste devant le mufle du
Bovidé, un petit Ruminant qui par son garrot proéminent et ses cornes recour
bées pourrait être un Gnou. Une vraie spirale se voit en haut et à gauche ; d'autres,
imparfaites, en haut et au centre. (1/15 de la grandeur naturelle).
Planche II. — Gravures rupestres de l'Oued Chreaa. — Panneau du centre
gauche. Dans le registre inférieur, deux grands animaux se suivent. Le premier
est un Bovidé, le second, mal défini, a le garrot surmonté d'une grande spirale.
En surimposition sur leurs corps, se voient différents petits animaux, notamment
un Mouflon sur le premier, un Bovidé sur le second. Dans le registre supérieur,
deux Bovidés, l'un plus petit, en arrière, l'autre plus grand, en avant, et juste sous
le mufle de celui-ci, un animal moins visible, dont la tête est tournée vers le spec
tateur et qu'on peut, par comparaison avec le Lion de la planche précédente, iden
tifier comme un Félin. (1/15 de la gr. nat.).
Planche III. — Gravures rupestres de V Oued Chreaa. — Panneau du centre
droit. On voit ici un personnage aux cheveux flottants (à moins qu'il ne s'agisse
d'une fourrure jetée sur les épaules). Il semble assis sur un siège. L'un de ses
bras tendus est relié par une ligne à un animal, dont les pattes sont terminées
par des sabots apparemment uniques, et dont la tête est peut-être entre les pattes
antérieures. Entre les pieds de l'Homme et le train postérieur de l'animal un petit
cercle où s'inscrit une croix. Est-ce l'ultime stylisation d'un char ? (1/15 de la
gr. nat.).
Planche IV. — Gravures rupestres de F Oued Chreaa.. — Panneau de droite (à
l'Est). Un Homme, dans la même position que dans le panneau précédent, tient à
bras tendu un arc (ou un bouclier). De ses pieds s'élève une tige terminée par une
large cupule. Ce personnage est relié par des guirlandes ondulées à un animal
dont on ne voit sur le cliché que la tête et l'encolure, un Cheval si l'on en jugeait
exclusivement par les oreilles et la crinière retombante (mais les sabots pa
raissent bisulques). La tête et l'avant-train sont soulignés par cinq guirlandes
parallèles. Deux d'entre elles s'échappent vers la droite en serpentant. (1/15 de
la gr. nat.).

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