L'atelier de taille des Sablins à Étaples (Pas-de-Calais) - article ; n°1 ; vol.33, pg 83-135

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Gallia préhistoire - Année 1991 - Volume 33 - Numéro 1 - Pages 83-135
The flint working site of the Sablins in Étaples (Pas-de-Calais) includes mining pits and working areas covered by sandhill deposits.
The pottery presents similarities with the Villeneuve-Saint-Germain, Blicquy and Cerny groups products and the dates 14C indicate an early occupation which is the main one for this part of the site.
The flint artefacts come from the working places dug out over 475 m2. The production is not much specialized and its gives mainly flakes and rarely some roughly manufactured nodules. The technical studies and the reassemblage examinations allow to understand the chaîne opératoire process.
Later, the Middle Neolithic II settlement and then the Beaker-Early Bronze Age ones forsake, in this same place the mining and flint chipping.
(traduction G. Mordant)
Le site de taille du silex des Sablins à Étaples (Pas-de-Calais) est à mettre en relation avec des structures d'extraction en puits et des ateliers de débitage scellés par des dépôts dunaires.
La céramique présentant les caractères des groupes de Villeneuve-Saint-Germain, Blicquy et Cerny ainsi que les dates 14C évoquent une fréquentation ancienne du site correspondant à cet endroit à la principale phase d'exploitation.
L'étude du débitage, réalisée à partir des produits de la fouille des ateliers sur une superficie de 475 m2, permet de définir une production peu spécialisée tournée vers l'obtention d'éclats, plus rarement d'ébauches sur rognons. L'étude technique et les remontages permettent d'en suivre les chaînes opératoires.
Postérieurement, des occupations du Néolithique moyen II, puis du Campaniforme-Bronze ancien ne semblent pas liées à cet endroit du site à une poursuite de l'activité de taille et d'extraction du silex.
53 pages
Publié le : mardi 1 janvier 1991
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jean-François Piningre
Françoise Bostyn
Jean Coupé
Claude Constantin
G. Delibrias
L'atelier de taille des Sablins à Étaples (Pas-de-Calais)
In: Gallia préhistoire. Tome 33, 1991. pp. 83-135.
Abstract
The flint working site of the "Sablins" in Étaples (Pas-de-Calais) includes mining pits and working areas covered by sandhill
deposits.
The pottery presents similarities with the Villeneuve-Saint-Germain, Blicquy and Cerny groups products and the dates 14C
indicate an early occupation which is the main one for this part of the site.
The flint artefacts come from the working places dug out over 475 m2. The production is not much specialized and its gives
mainly flakes and rarely some roughly manufactured nodules. The technical studies and the reassemblage examinations allow to
understand the "chaîne opératoire" process.
Later, the Middle Neolithic II settlement and then the Beaker-Early Bronze Age ones forsake, in this same place the mining and
flint chipping.
(traduction G. Mordant)
Résumé
Le site de taille du silex des Sablins à Étaples (Pas-de-Calais) est à mettre en relation avec des structures d'extraction en puits et
des ateliers de débitage scellés par des dépôts dunaires.
La céramique présentant les caractères des groupes de Villeneuve-Saint-Germain, Blicquy et Cerny ainsi que les dates 14C
évoquent une fréquentation ancienne du site correspondant à cet endroit à la principale phase d'exploitation.
L'étude du débitage, réalisée à partir des produits de la fouille des ateliers sur une superficie de 475 m2, permet de définir une
production peu spécialisée tournée vers l'obtention d'éclats, plus rarement d'ébauches sur rognons. L'étude technique et les
remontages permettent d'en suivre les chaînes opératoires.
Postérieurement, des occupations du Néolithique moyen II, puis du Campaniforme-Bronze ancien ne semblent pas liées à cet
endroit du site à une poursuite de l'activité de taille et d'extraction du silex.
Citer ce document / Cite this document :
Piningre Jean-François, Bostyn Françoise, Coupé Jean, Constantin Claude, Delibrias G. L'atelier de taille des Sablins à Étaples
(Pas-de-Calais). In: Gallia préhistoire. Tome 33, 1991. pp. 83-135.
doi : 10.3406/galip.1991.2286
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1991_num_33_1_2286L'ATELIER DE TAILLE DU SILEX DES SABLINS
À ÉTAPLES (PAS-DE-CALAIS)
par Jean-François PININGRE, Françoise BOSTYN et Jean COUPPÉ
avec la collaboration de Claude CONSTANTIN et Geneviève DELIBRIAS
RÉSUMÉ
Le site de taille du silex des Sablins à Étaples (Pas-de-Calais) est à mettre en relation avec des structures
d'extraction en puits et des ateliers de débitage scellés par des dépôts dunaires.
La céramique présentant les caractères des groupes de Villeneuve-Saint-Germain, Blicquy et Cerny ainsi
que les dates 14G évoquent une fréquentation ancienne du site correspondant à cet endroit à la principale phase
d'exploitation.
L'étude du débitage, réalisée à partir des produits de la fouille des ateliers sur une superficie de 475 m2,
permet de définir une production peu spécialisée tournée vers l'obtention d'éclats, plus rarement d'ébauches sur
rognons. L'étude technique et les remontages permettent d'en suivre les chaînes opératoires.
Postérieurement, des occupations du Néolithique moyen II, puis du Campaniforme-Bronze ancien ne
semblent pas liées à cet endroit du site à une poursuite de l'activité de taille et d'extraction du silex.
Abstract
The flint working site of the "Sablins" in Étaples (Pas-de-Calais) includes mining pits and working areas
covered by sandhill deposits.
The pottery presents similarities with the Villeneuve-Saint-Germain, Blicquy and Cerny groups products and the
dates 14C indicate an early occupation which is the main one for this part of the site.
The flint artefacts come from the working places dug oui over 475 m2. The production is not much specialized and
Us gives mainly flakes and rarely some roughly manufactured nodules. The technical studies and the reassemblage
examinations allow to understand the "chaîne opératoire" process.
Later, the Middle Neolithic II settlement and then the Beaker-Early Bronze Age ones forsake, in this same place
the mining and flint chipping.
(traduction G. Mordant)
Mots-clefs : Pas-de-Calais, Étaples, Sablins, Villeneuve-Saint-Germain, Cerny, Chalcolithique, niveaux d'oc
cupation, ateliers de débitage, structures d'extraction, silex remontages.
Key-words : Élaples, Sablins, Villeneuve-Sainl-Germain, Cerny, Chalcolilhic, settlement levels, flint
workshops, flint assemblages.
Gallia Préhistoire, 1991, tome 33, p. 83-135. J.-F. PININGRE, F. BOSTYN, J. COUPPÉ ET ALII 84
MANCHE
Sables et argiles Eocène
Limons des plateaux et argiles à silex
Craie à silex du Crétacé
Sédiments de colmatage marins et colluvions de fonds de vallée
3 km
Fig. 1 — Localisation du site des Sablins à proximité de l'estuaire de la Canche.
PRÉSENTATION GÉOGRAPHIQUE sur les versants des vallées secondaires. Les fonds de
ET GÉOLOGIQUE DU SITE vallées ont été comblés par des alluvions fluviatiles
pleistocenes et surtout par des colluvions holocènes
En bordure de la Manche, la ville d'Étaples est provenant du remaniement des limons.
située sur la rive droite de l'estuaire de la Canche, Diverses formations sont susceptibles de fournir
fleuve à petit débit qui s'écoule d'est en ouest, paral en abondance la matière première utilisable (et utili
lèlement à la Somme et à l'Authie (carte IGN sée) par les Néolithiques. Les sables de Saint-Josse
1/25 000e : Montreuil 2105 Est; coordonnées Lamb majoritairement localisés sur la rive gauche de l'e
ert : X = 552/552,5 ; Y = 312/312,5 ; Z = 5/10 m). stuaire, mais que l'on trouve sporadiquement au nord
Le gisement néolithique s'étend à environ 1 km au d'Étaples dans les limons rouges à silex, fournissent
sud-est d'Étaples, en base de versant, sur une basse des blocs de grès pouvant atteindre quelques cen
terrasse de la Canche et au débouché d'une petite taines de kilos. Les rognons de silex peuvent être
vallée sèche. A cet endroit convergent deux axes de recueillis dans la craie blanche sénonienne, dans les
argiles à silex (ces silex proviennent alors de la dissocirculation, l'un provenant de l'est par la vallée,
lution de la craie et se retrouvent à son contact) et l'autre d'orientation nord-sud, le long de l'ancienne
dans les formations fluviatiles et les terrasses (c'est falaise fossile, en retrait de 5 km par rapport au
rivage actuel. La pénétration à l'intérieur des terres alors un cailloutis de silex plus ou moins roulé).
Toute la matière première présente sur le site des devait être facilitée par un réseau de petites vallées
Sablins est donc disponible dans les environs immédsecondaires, orientées elles aussi nord-sud, en parti
culier celle de la Course permettant la liaison avec la iats. Pour le silex, l'usure du cortex résiduel des
éclats et des nucleus ainsi que l'émoussé de certains vallée de l'Aa (fig. 1).
La vallée de la Canche entaille des plateaux rognons montrent, dans l'attente de déterminations
sur lames minces, que le silex de la terrasse a été crayeux culminant entre 50 et 70 m, recouverts de
limons et de limons argileux résiduels à silex. La utilisé semble-t-il préférentiellement au silex de la
craie blanche à silex du Sénonien est subaffleurante craie au cortex plus rugueux. DE TAILLE DES SABLINS 85 L'ATELIER
secteur 3
Fouilles 1974-76
Fouilles 1980-81
secteur 4
BC BD BE BF B6 Bl Bl
AA AB AC AD AE AF AG AI AI AJ AK flt AMJINJO JP_AÇ_AB-AS-AT-AU~AV AWAX AT
USINE DUCELLIER
Fig. 2 — Plan des secteurs fouillés.
prété comme puits d'extraction de silex et situent HISTORIQUE DE LA FOUILLE
l'occupation principale de cet atelier à une phase
ancienne de la culture de Cerny qui est confirmée par Le site des Sablins est signalé pour la première
deux datations 14G (Hurtrelle, Piningre, 1976 et fois en 1916 par G. Cappe de Bâillon. En 1965, 1966
et 1970, les vestiges d'un vicus gallo-romain occupé 1978).
du dernier tiers du Ier au milieu du IVe siècle après En 1980 et 1981, les recherches sont reprises
sous la direction de J.-F. Piningre. Une extension du J.-G. font l'objet principal de fouilles par la société
décapage, au nord de l'espace précédemment fouillé, Quentovic sous la conduite de J. Gouppé, conserva
avait pour but d'examiner l'extension du site hors de teur du Musée d'Étaples. A cette occasion, un impor
l'emprise importante des substructions gallo- tant matériel lithique néolithique est collecté, des
romaines. Une superficie de 115 m2 est alors étudiée. ateliers de débitage et des foyers sont découverts. De
Les résultats de ces derniers travaux fourniront les 1974 à 1976, la fouille des niveaux néolithiques est
réalisée par une équipe conduite par J. Hurtrelle. bases principales de cet article, élargies par des réfé
Une superficie de 360 m2 environ est décapée (fig. 2). rences nombreuses aux recherches antérieures. Il
Ces fouilles montrent la présence d'un puits importe donc de souligner : J.-F. PININGRE, F. BOSTYN, J. COUPPÉ ET ALII 86
la : couche sableuse teintée de noir contenant
des vestiges d'occupation gallo-romaine (dépotoirs de
coquilles de Hénon, empierrements de galets, céra
mique) ;
Ib : sable jaune par endroits, dépôt dunaire ;
// : sable brun d'origine éolienne contenant
quelques galets de silex épars, des inclusions de sable
noir de la couche supérieure marquent de nomb
reuses perturbations dues aux terriers et à d'an
ciennes racines ;
IHa : sable gris ;
Illb : limoneux compact gris ou jaune,
marbré, constituant le sommet du substrat recou
vrant de 0 à 1,30 m, ou plus, le cailloutis de la tersable gris clair
rasse.
sable limoneux gris marbré L'occupation néolithique est présente dans les
substrat sablo-limoneux gris ou couches II et III. Les conditions de conservation Jaune induré et cailloutis
sont toutefois différentes. Les couches II et II la ne
présentent pas de sol d'occupation bien structuré à Fig. 3 — Coupe stratigraphique à la limite des carrés BB-
l'exception d'un foyer. Par contre, le niveau Illb se BC/33-34.
caractérise par de nombreuses structures (ateliers de
débitage, foyers) témoignant d'une rapide fossilisa
tion sous des formations d'origine éolienne.
• que ce travail est le résultat de plusieurs cam La couche II et l'occupation chalcolithique
pagnes de fouilles menées par des équipes avec des
méthodes et des buts différents ; Aucune différence stratigraphique ne permet de
• que la superficie fouillée ne représente qu'une suivre à la fouille la présence d'un sol d'occupation.
petite partie d'un site beaucoup plus étendu au Les projections du mobilier montrent sa dispersion
contact du versant crayeux et de la basse terrasse de sur toute la hauteur de la couche avec une plus
la Ganche, dont la fouille plus complète modifierait grande densité dans la partie supérieure. La nature
sûrement nos données et nos conclusions ; du sédiment sableux et meuble a favorisé le déplace
• que l'originalité du site des Sablins, par rapport à ment vertical de ces vestiges et il n'est pas rare de
la plupart des ateliers de taille du silex connus, est de retrouver, par endroits, des tessons de céramique
livrer un sol environnant les lieux d'extraction sur gallo-romaine descendus de la couche I.
lequel ont été préservés les témoins d'activités de Cependant, un aménagement de galets de silex
débitage. Par contre, les ouvrages d'extraction est rattachable à cette couche. Sa position stratigra
connus sont peu nombreux et difficiles à caractériser. phique, inférieure à celle de la majorité du mobilier
Par conséquent, notre étude s'attachera en priorité à archéologique recueilli dans ce secteur, indiquerait
examiner les modes de transformation de la matière qu'il s'agit là d'un témoin d'une occupation inter
première extraite ainsi que les finalités. médiaire. Sa superficie est de 1 m2 environ. Il est
composé par des galets de silex et des petits rognons
émoussés semblables à ceux que l'on rencontre dans
les fronts entaillés dans la terrasse de la Canche à STRATIGRAPHIE ET CHRONOLOGIE DES
proximité du site. Seuls ceux de la partie centrale OCCUPATIONS
présentent des fissures et des cupules thermiques
(uniquement sur leur face supérieure) montrant La stratigraphie
qu'ils ont servi de support de foyer en BD/23.
Une répartition spatiale du matériel sur les Le sédiment composant les dépôts des niveaux
87 m2 fouillés des secteurs 3-4 montre des regroupearchéologiques est exclusivement constitué de sables.
Trois couches peuvent être observées dans les sec ments localisés (fig. 4). Deux groupes de tessons de
teurs où la stratigraphie est la mieux conservée, céramique sont discernables. Le premier en -BA-
BD/26-28 rassemble la totalité des exemplaires déco- notamment dans les secteurs 3 et 4 (fig. 3) : L'ATELIER DE TAILLE DES SABLINS 87
34 34 • •
33 33 • SECTEUR 3 SECTEUR 3
32 32
• 31 31 •
30 30 • •
29 29 • • • •
28 28

27 27
26 26 AZ BA BB • • AZ BA BB
## 5m 25 25
\ &%
• 24 24 foyer J§
23 23
6* • H
22 22 •• • • ••• fOSSG Ip
m fosse 21 21 •
20 20 •
SECTEUR 4 SECTEUR 4
BC BD BE BF BG BH Bl BC BD BE BF BG BH Bl
Outillage lithique Céramique
Fig. 4 — Couche II, répartition de l'outillage lithique et de la céramique dans les secteurs 3 et 4. En tramé : concentrations de
céramique.
L'industrie lithique (fig. 5) rés de cordons en relief pour lesquels quelques rac
cords sont possibles. L'outillage lithique occupe la
même zone dans sa concentration principale mais ne
grattoirs sur éclats retouchés 2 3,70 % présente pas de groupement significatif. La répartisur 4 7,41 % tion du débitage est diffuse. La composition du
microdenticulés simples 6 11,11 % mobilier met l'accent sur l'aspect domestique de
microdenticulé double 1 1,85 % cette occupation. On peut toutefois souligner la pré
encoches 7 13,00 % sence d'un atelier de débitage dans le secteur 1,
outils à dos 3 5,55 % «dont le silex à peine lustré diffère totalement de
racloirs simples 2 3,70 % celui recueilli dans le niveau inférieur», qui aurait pu
racloir aménagé 1 1,85% appartenir à cette couche (Hurtrelle, Piningre, 1976).
racloirs à retouches marginales ... 4 7,41 % Le mobilier, peu abondant, très fragmenté en ce
troncatures 4 7,41 % qui concerne la céramique, est présenté globalement.
tranchet 1 1,85 % Aucun groupe de critères ne permet de distinguer
ébauche biface 1 1,85 % avec certitude plusieurs ensembles typologiques.
armatures trapézoïdales 4 7,41 %
armature à pédoncule et ailerons . 1 1,85%
éclat utilisé 1
Total : 42 J.-F. PININGRE, F. BOSTYN, J. COUPPÉ ET ALII
I
10 I 12 l
21 25
Fig. 5 — Couche II, céramique et industrie lithique. L'ATELIER DE TAILLE DES SABLINS 89
Un lot de céramique non décorée se distingue de
l'ensemble précédent par la finesse de ses parois et
son lissage extérieur soigné. Elle se rapproche en
outre, par sa coloration rouge ou rosée, des frag
ments de céramique campaniforme recueillis hors
contexte stratigraphique sur le site (fig. 6).
Les données stratigraphiques posent le pro
blème de l'homogénéité de cette série. Typologique-
ment, la série lithique regroupe un outillage apparte
nant au fonds commun néolithique avec des
grattoirs, des racloirs simples ; un outillage caracté
ristique de la fin du Néolithique et du Bronze ancien
avec les microdenticulés, le racloir aménagé à
retouches plates, l'armature à pédoncule et ailerons
5cm dégagés ; enfin les armatures tranchantes au profil
trapu et tranchant large (fig. 5, nos 11, 12), ainsi que
le tranchet se rapprochent beaucoup plus des outils
du niveau sous-jacent et évoquent plus volontiers
l'outillage du Néolithique moyen. Il apparaît donc
délicat d'interpréter globalement cet ensemble.
Un ensemble d'objets déposés au Musée
d'Étaples vient compléter les données du matériel de
la couche II :
• quatorze tessons de céramique campaniforme
peuvent être séparés en deux ensembles d'après leurs
décors, quatre d'entre eux, à décor de cordelette,
peuvent appartenir à un gobelet de type All-Over-
Ornamented (AOO) (fig. 6, nos 1-4) (Blanchet, 1984) ;
un second lot présente un décor au peigne de
registres à remplissage vertical ou de croisillons,
5cm ainsi qu'un décor de pendentifs en échelles verticales
(fig. 6, nos 5-8) ;
• il a également été possible de restituer le profil
graphique d'une cruche carénée à col évasé et anse
large à bords épaissis en céramique grise (fig. 6, n° 9).
Fig. 6 — Céramique campaniforme décorée à la cordelette
(nos i_4)t au peigne (nos 5-8) et cruche du Bronze ancien (n° 9).
Comparaisons
Plusieurs directions de comparaisons seront
envisagées. Des rapprochements peuvent être faits
La céramique avec les sites du Néolithique final de Seclin et de
Houplin-Ancoisne (Piningre, 1985a). On notera,
La céramique est composée en majorité de fra comme à Étaples, la présence de microdenticulés, de
gments de vases épais (10 mm en moyenne) de colora céramique à fond plat et col évasé, à bord aminci et
tion externe rougeâtre, noire à l'intérieur. une tendance au débitage lamellaire. Toutefois, les Parmi les éléments caractéristiques, on notera : cordons horizontaux qui caractérisent la céramique
• des bords droits à lèvre amincie évasée (fig. 5, de la couche II d'Étaples n'apparaissent pas sur ces
n°6); sites, ni le racloir aménagé et les armatures à pédonc
• des cordons lisses horizontaux à section demi- ule et ailerons récurrents.
circulaire situés immédiatement sous le rebord La céramique à cordons lisses suboraux apparaît
arrondi (fig. 5, nos 1-5, 8) ; par contre associée à la céramique campaniforme à
• des fonds plats épais à pied marqué (fig. 5, décor ,400 et géométrique de bandes peignées dans
n°9). la couche II du site de Bel Air à Étaples situé à 3 km 90 J.-F. PININGRE, F. BOSTYN, J. COUPPÉ ET ALII
environ au nord-ouest des Sablins (Mariette, 1965). L'occupation du Néolithique moyen II
Une origine campaniforme de cette céramique n'est
Les témoins d'une occupation du Néolithique donc pas à écarter dans le cadre du complexe rho-
moyen II ont été décelés sur le site par la présence de dano-rhénan défini par A. Gallay (1986).
fragments de céramique caractéristique recueillis Typologiquement, on peut envisager une évolu
dans deux petites fosses allongées de 0,60 m de protion dans le temps de l'occupation campaniforme des
fondeur en BH/21-22 et BI/20-21 (fig. 18). Ces fragSablins avec une phase ancienne marquée par les tes
ments appartiennent à un récipient volumineux à sons à décor AOO alors que la cruche carénée se rat
panse sphérique dont nous ne connaissons ni le profil tache à la tradition du début du Bronze ancien. Elle
ni le col. La pâte brunâtre lissée présente un fort occupe une position géographique intermédiaire
dégraissant de silex concassé qui la distingue par sa entre la Bretagne à Berrien et Esquibien (Briard,
technologie de la céramique des couches II et III. 1984) et le Rhin moyen à Nierstein-Rehibacher
Elle est, par contre, tout à fait caractéristique de Steige et Westhofen (Kôster, 1966) où des récipients
celle des récipients du Néolithique moyen II d'affiidentiques de tradition unéticienne sont présents
nité chasséenne et Michelsberg des sites de La Mondans le groupe de l'Adlerberg.
tagne de Lumbres et de Liévin (Piningre, 1985b). L'importance de l'impact campaniforme sur le
A l'exception de ces deux fosses aucun autre éllittoral de la Manche a été soulignée par G. Bailloud
ément n'est rattachable de façon certaine à cette (1982) qui voit là l'indice d'un peuplement per
phase qui, dans cette partie du site au moins, semble manent. Cette densité d'occupation s'oppose à une
peu représentée. implantation plus diffuse dans le Nord et dans le
Bassin Parisien interprétée, par J.-G. Blanchet
(1984) à la suite de G. Bailloud, comme un apport
La couche III. Typologie culturel plutôt qu'une arrivée massive de populat
et appartenance culturelle ion. L'évolution de la tradition du Gord au contact
des Campaniformes, proposée implicitement par
La céramique J.-G. Blanchet pour la Picardie, serait à mettre en
parallèle sur le littoral avec une rupture de la tradi La céramique est peu abondante, souvent corrotion du Néolithique final dans la céramique domest dée et recouverte de dépôts ferrugineux qui accenique et le rite funéraire (tombe campaniforme sous tuent encore l'atténuation des décors. tumulus de La Tombe Fourdaine à Équihen-Plage).
Pour l'instant, la question reste ouverte dans la Les matériaux1 mesure où le substrat de la fin du Néolithique y est
mal connu. Le mobilier des sépultures collectives de Sur 99 tessons identifiables provenant des
La Pointe aux Oies à Wimereux et d'Équihen-Plage, fouilles de J. Hurtrelle, 90 ont été répartis en 6
qui évoquent la tradition de la Seine-Oise-Marne, ne groupes (tabl. I) après examen à la loupe binoculaire
permet pas une attribution culturelle à un stade pré et au microscope pétrographique sur un échantillon
cis du Néolithique final. L'extension du faciès de nage mis en lames minces. On hésite pour les 9 non
Seclin/Houplin-Ancoisne, contemporain du Gord, déterminés.
n'est pas connue pour l'instant sur le littoral. Les épaisseurs homogènes sont de 5 à 9 mm. Les
Le petit nombre de datations radiocarbone di couleurs uniformes (avec une légère différence pour
sponibles ne nous permet pas non plus de trancher en le groupe 4) montrent un mode de cuisson commun
faveur d'une contemporanéité ou d'une succession qui laisse toujours une partie de l'épaisseur de la
culturelle. Aux Sablins, la fosse BH/22-23, datée de paroi non oxygénée. L'anisotropie du fond argileux
4020 ± 110 (Gif 5722) soit 2885-2310 BG peut se rap permet d'indiquer que les températures de 750-800°
porter à un stade d'occupation de la couche II. Elle n'ont pas été dépassées. Bien que détériorées, les sur
se situe entre les deux dates obtenues à Seclin faces extérieures présentent souvent encore par
(4200 ±110) et Houplin-Ancoisne (3800 ±110) et endroits des traces de polissage.
elle est proche de la date moyenne obtenue pour une
petite sépulture collective en fosse de Pont-à-Ven-
din, Pas-de-Calais (4080 ± 260, Gif 5739), contenant
pour tout mobilier deux haches polies et un poignard 1. L'examen des matériaux de la céramique a été effec
de type pressignien, mais dont la fourchette d'incer tué par G. Constantin, URA 12, CNRS, Muséum national
titude demeure extrêmement large. d'Histoire naturelle, Paris. L'ATELIER DE TAILLE DES SABLINS 91
Tabl. I — Aspects et composantes des pâtes de la céramique : B, brun ; BF, brun foncé ; BR, brun rouge ; BBe, brun beige ; N, noir.
Nombre Ressource Dégraissant Épaisseur Finition Groupe de Couleur Dureté Isotropie EN MM surface argileuse ajouté TESSONS ext. pâte int.
n° 1 : lœss (petit quartz 1 25 8-9 BR N B poli A Résidus
charbonneux 20-70 fx) ;
présence de quartz non identifiés
roulés 0,3-0,4 mm ;
présence de grumeaux
ferrugineux
n° 1 2 40 6-9 BR N B poli dur A Os pilé (en quant
ité variable selon
les tessons)
n° 2 : argile pure avec 3 4 5-6 BR N B à N poli A Silex 0,50-2 mm
présence de quartz
roulés 0,3-0,4 mm ;
présence de quartz
microgrenus
4 4-5 BBe très dur A n° 3 : contenant des Dégraissant 12 BBe N
quartz de 30-150 [a végétal fin
n° 2 : les quartz roulés 5 2 5-6 BR N BF poli A Os pilé
sont en très grande
quantité
n° 1 6 7 5 BR N BR A Os pilé et résidus
à charbonneux non
N identifiés
Trois matériaux argileux ont été utilisés : évoque le Michelsberg. Ces dernières constatations
confirmeraient les observations du paragraphe pré• un lœss, qui contient toutefois des quartz roul
cédent. és, a été utilisé pour 80 % des tessons ;
• une argile assez pure contenant également des
quartz roulés en quantité très variable d'un échantil Les formes lon à l'autre ;
• une autre argile contenant une autre granulo- Le morcellement et l'absence de remontages des
métrie de quartz. tessons empêchent une reconstitution précise des
Le dégraissant d'os pilé a été utilisé dans 55 % profils. Si l'on en juge par l'épaisseur des parois, les
des tessons. Il n'est pas exclu que des résidus char tessons appartenant à des vases de grande dimens
bonneux non identifiables (ni à la loupe binoculaire ion, vases à provisions, etc., sont peu nombreux.
ni en lames minces) soient également des fragments Dans cette catégorie, on notera un fragment de col
d'os très calcinés. L'os a été calciné préalablement à peu évasé, à lèvre amincie, appartenant sans doute à
sa réduction en poudre, mais cela n'est pas une certi un vase fermé (fig. 7, n° 9).
tude. Le dégraissant végétal fin du groupe 4 évoque Quatre éléments de préhension à perforation
le dégraissant utilisé dans l'horizon postrœssen du horizontale peuvent également appartenir à ce
Bassin Parisien et du Hainaut et dans le Michelsberg groupe de récipients. Il s'agit de deux mamelons de
de Belgique. Il est à noter que les tessons comport forme hémisphérique à perforation fine (fig. 7, nos 23,
ant ce dégraissant se distinguent également du reste 26) et de deux éléments à de plus gros
de la production par leur couleur beige plus soute nos diamètre 24, 25). qui évoquent les anses épaisses (fig. 7,
nue. De même le dégraissant de silex du groupe 3

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