L'aureus au zodiaque d'Hadrien, première image de l'éternité cyclique dans l'idéologie et l'imaginaire temporel romains - article ; n°160 ; vol.6, pg 119-154

De marie-henriette quet (auteur)
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Revue numismatique - Année 2004 - Volume 6 - Numéro 160 - Pages 119-154
Summary. — Careful examination of the zodiac aureus of Hadrian in the historical context of its issuing allows us to appreciate the intervention of the emperors in the sphere of the Roman temporal imagination. The figure which holds the zodiac and bears in its left hand a globe surmounted by a phenix is neither Aion, nor Magnus Annus, nor Annus, nor the emperor himself, as has been supposed. Rather, it is the « Golden Eternity » - SAECfulum] AVRfeum], as written in the inscription - inaugurated by Hadrian when the empire had recovered its stability. Our study shows how the word saeculum had come to mean « eternity ». We note that to the spatial equivalence established between the empire and the Cosmos from the reign of Trajan was added, with the aureus of 121, a temporal equivalence which likened the eternity of Rome no longer to the succession of lineary centuries but to the endless progression of cosmic cycles. Furthermore, from the references to the phénix and the use of the word Aion - which had a different meaning in this period for « Hellenes » and Christians - we gain an insight into the religious and ideological undercurrents of Hadrian's choice of coinage. In their laudations of the Cosmos the sophists of the Antonine period continually compared its eternity to that of Roman rule, exhorting the inhabitants of the empire to respect in their civil relations the values of orderliness and concord bound up with the Law of cosmic harmony which insured the eternity of the Universe. Viewed in this way, it is impossible to think that the choice of this coinage had anything at all to do with pedantry.
36 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 28 décembre 2011
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Marie-Henriette Quet
L'aureus au zodiaque d'Hadrien, première image de l'éternité
cyclique dans l'idéologie et l'imaginaire temporel romains
In: Revue numismatique, 6e série - Tome 160, année 2004 pp. 119-154.
Abstract
Summary. — Careful examination of the zodiac aureus of Hadrian in the historical context of its issuing allows us to appreciate
the intervention of the emperors in the sphere of the Roman temporal imagination. The figure which holds the zodiac and bears in
its left hand a globe surmounted by a phenix is neither Aion, nor Magnus Annus, nor Annus, nor the emperor himself, as has
been supposed. Rather, it is the « Golden Eternity » - SAECfulum] AVRfeum], as written in the inscription - inaugurated by
Hadrian when the empire had recovered its stability. Our study shows how the word saeculum had come to mean « eternity ».
We note that to the spatial equivalence established between the empire and the Cosmos from the reign of Trajan was added,
with the aureus of 121, a temporal equivalence which likened the eternity of Rome no longer to the succession of lineary
centuries but to the endless progression of cosmic cycles. Furthermore, from the references to the phénix and the use of the
word Aion - which had a different meaning in this period for « Hellenes » and Christians - we gain an insight into the religious and
ideological undercurrents of Hadrian's choice of coinage. In their laudations of the Cosmos the sophists of the Antonine period
continually compared its eternity to that of Roman rule, exhorting the inhabitants of the empire to respect in their civil relations the
values of orderliness and concord bound up with the Law of cosmic harmony which insured the eternity of the Universe. Viewed
in this way, it is impossible to think that the choice of this coinage had anything at all to do with pedantry.
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Quet Marie-Henriette. L'aureus au zodiaque d'Hadrien, première image de l'éternité cyclique dans l'idéologie et l'imaginaire
temporel romains. In: Revue numismatique, 6e série - Tome 160, année 2004 pp. 119-154.
doi : 10.3406/numi.2004.2555
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/numi_0484-8942_2004_num_6_160_2555Quet" Marie-Henriette
Maurem au zodiaque d'Hadrien, première image
de l'éternité cyclique dans l'idéologie
et l'imaginaire temporel romains1
(PL X-XI)
Pour M. Jean-Pierre Callu
Résumé. — L'examen attentif de Yaureus au zodiaque d'Hadrien replacé dans le contexte
événementiel de son émission permet d'expliquer en quoi a consisté l'intervention de l'empe
reur dans l'imaginaire temporel romain. Le personnage qui tient le zodiaque et porte dans la
main gauche un globe surmonté d'un phénix n'est pas Aiôn, ni Magnus Annus, ni Annus, ni l'em
pereur lui-même, comme supposé. Il est « l'Eternité d'or » - SAECfulum] AVRfeum] 'est inscrit
à l'exergue -, initiée par Hadrien, lorsque l'Empire eut recouvré ses assises.
Notre étude montre comment le mot saeculum a pris l'acception de « durée éternelle ». Elle
permet de constater qu'à la relation d'équivalence spatiale établie entre l'Empire et le Cosmos
dès le règne de Trajan, s'est ajoutée, avec Yaureus de 121, une relation d'équivalence temporell
e assimilant l'éternité de Rome non plus à la succession de siècles linéaires, mais au déroule
ment sans fin des cycles cosmiques et d'entrevoir, grâce aux références à l'oiseau phénix et aux
acceptions du mot Aiôn, différentes à cette date pour les « Hellènes » et pour les chrétiens, les
enjeux religieux et idéologiques qui sous-tendaient le choix d'Hadrien.
Célébrant le Cosmos, les sophistes d'époque antonine n'ont cessé de rappeler son éternité,
commme celle de l'hégémonie romaine, en invitant les habitants de l'Empire à respecter, dans
leurs relations civiques et interpoliades, les valeurs d'ordre et de concorde liées à la Loi d'har
monie cosmique qui garantissait l'éternité de l'Univers, ce qui interdit de penser que le choix de
ce type monétaire ait pu relever d'un quelconque pédantisme.
Summary. — Careful examination of the zodiac aureus of Hadrian in the historical context
of its issuing allows us to appreciate the intervention of the emperors in the sphere of the Roman
temporal imagination. The figure which holds the zodiac and bears in its left hand a globe su
rmounted by a phenix is neither Aion, nor Magnus Annus, nor Annus, nor the emperor himself, as
has been supposed. Rather, it is the « Golden Eternity » - SAECfulum] AVRfeum], as written in
the inscription - inaugurated by Hadrian when the empire had recovered its stability.
Our study shows how the word saeculum had come to mean « eternity ». We note that to the
spatial equivalence established between the empire and the Cosmos from the reign of Trajan was
* Directeur de recherche émérite au CNRS, Centre Gustave-Glotz (UMR 8585).
1 Que Michel Amandry trouve ici l'expression de ma vive reconnaissance, pour m'avoir
autorisée à reproduire des monnaies et médaillons conservés dans les médailliers du Cabinet des
Médailles de la Bibliothèque nationale de France. Je remercie chaleureusement aussi Marc Bom-
paire, Sylviane Estiot et Dominique Hollard, pour leur aide amicale et leurs précieux conseils.
RN2004,p. 119-154 20 Marie-Henriette Quet 1
added, with the aureus of 121, a temporal equivalence which likened the eternity of Rome no
longer to the succession of lineary centuries but to the endless progression of cosmic cycles. Fur
thermore, from the references to the phénix and the use of the word Aion - which had a different
meaning in this period for « Hellenes » and Christians - we gain an insight into the religious and
ideological undercurrents of Hadrian's choice of coinage.
In their laudations of the Cosmos the sophists of the Antonine period continually compared
its eternity to that of Roman rule, exhorting the inhabitants of the empire to respect in their civil
relations the values of orderliness and concord bound up with the Law of cosmic harmony which
insured the eternity of the Universe. Viewed in this way, it is impossible to think that the choice
of this coinage had anything at all to do with pedantry.
Dès le règne d'Auguste, comme Га chanté Ovide dans les Fastes, Romanae
spatium est Urbis et orbis idem, « Pour Rome, Ville et univers ont la même
étendue »2. De fait, l'image du globe -je devrais dire des globes, vue l'impor
tance prise, au IIe siècle de notre ère, par le globe zodiacal ou céleste3 - est très
présente dans l'iconographie monétaire d'époque antonine et d'abord associée
à la notion de Providentia. Que le globe se trouve aux pieds de Providentiel 4,
qu'il soit tenu, sous la légende Providentia Senatus, par Nerva ou par Trajan5
avec l'aide d'un sénateur, qu'il caractérise la Terre habitée - notamment, dans
2 Ovide, Fastes, II, Terminalia, v. 684, éd./trad. R. Schilling, CUF, Paris, 1992. Sur les
diverses dénominations de l'empire romain à l'époque antonine, voir A. Mastino, Orbis, oi-
Kot>uévT|, koctuoç : Aspetti spaziali dell'idea di impero universale da Augusto aTeodoso, Popo-
li e spazio romano tra diritto e profezia (Da Roma alla Terza Roma, Studi III, 21-23 aprile,
1983), Naples, 1986, p. 63-162 (78-88).
3 Voir G. Tabarroni, Globi celesti e terrestri sulle monetě romane, Physis, 1965, p. 317-353
et P. Arnaud, L'image du globe dans le monde romain : science, iconographie, symbolique,
MEFRA, 96, 1984, p. 53-116. Ces historiens emploient le mot « globe zodiacal » - que nous
adoptons - pour désigner le globe figurant la bande oblique du cercle zodiacal ainsi que le globe
constellé, qui sont tous les deux des images de la sphère céleste, plutôt que du globe terrestre.
Ajoutons que, sous le règne des Antonins, les travaux des astronomes et la construction par Pto-
lémée de la sphère armillaire, proposant une image cohérente du cosmos tout entier avec la terre
placée en son centre, accréditèrent davantage encore « l'idée de l'indissociable solidarité entre
la terre et le ciel » : voir G. Aujac, Claude Ptolémée, astronome, astrologue, géographe.
Connaissance et représentation du monde habité, Paris, 1993, p. 23-67.
4 II y eut de nombreuses frappes de divers types sous les règnes de Trajan et d'Hadrien, que
nous n'énumérerons pas : voir H. M. Mattingly, Coins of the Roman Empire in the British
Museum (= BMC), t. Ill, Nerva to Hadrian, Londres, 1936 (réimpr. 1966), p. LXXXV, CV,
CXXXI, n° 607, pi. et 19. s.v., 15 p. ; 590. p. 219, Le type n° 1026*, le plus pi. souvent 42. 1 ; figuré p. 222, à n° partir 1042, du pi. règne 42. de 9) Trajan présente (BMC, Providentia, p. 1 14,
dont le nom est inscrit dans le champ, debout, tenant un sceptre de la main gauche et montrant un
globe zodiacal, d'abord de la main droite puis aussi, à partir d'Hadrien, à Г aide d'une baguette, à
l'imitation ďUranie, la Muse qui enseignait aux hommes la connaissance des choses célestes :
voir Arnaud, op. cit. n. 3, p. 103-106 et J.-P. Martin, Providentia Deorum. Aspects religieux du
pouvoir romain, Rome, 1982 (CEFR, 61), p. 433-434.
5 Voir BMC, III, p. 21, n° 117* (Nerva); et BMC, III, p. 38, nos 55*, pi. 10. 4 (Trajan), ainsi
que F. Gnecchi, I medaglioni romani, I, Milan, 1912, p. 44, n° 2, pi. 21. 7 (médaillon d'argent,
Trajan).
RN2004,p. 1 19-154 Haureus au zodiaque d'Hadrien 121
le monnayage d'Hadrien, Tellus stabilita* (fig. 1) et Orbis terrarum1 figuré par
une femme -, qu'il soit porté par Roma* ou qu'il soit l'attribut de diverses per
sonnifications dont surtout Fortuna et Victoria - moins souvent Aeternitas 9,
Félicitas, Pudicitia, Salus, Securitas et Spes 10 -, que l'empereur le reçoive des
mains de son prédécesseur11 (fig. 2b) puis, sous le règne d'Hadrien et de Com-
6 Un gros « globe zodiacal » étoile placé à l'arrière plan, derrière lequel se profilent les Sai
sons, sert d'appui au bras droit de la Terre assise au sol sur des médaillons d'Hadrien et de Com
mode qui portent à l'exergue tellvs STABiL[ita] : voir Gnecchi, III, p. 19, n° 90, pi. 145. 12
(Hadrien, figuré au droit, sous la légende hadrianvs avgvstvs, a la tête couverte de la léontè,
ce qui l'assimile à Hercule, le pacificateur de la terre habitée chargé par Jupiter d'en chasser les
méchants et les monstres) ; Gnecchi, II, p. 65, n08 125-131, pi. 86. 8-10 et 87. 1 (Commode). Le
type est attesté sur des sesterces d'Hadrien - la tête ne portant pas la léontè - avec, au revers, un
globe zodiacal sans étoiles et sans les Saisons. De plus, les mots Tellus stabilita sont inscrits non
pas à l'exergue mais comme légende : voir BMC, III, n08 1565-1567, p. 477 et pi. 89. 9.
7 La Terre agenouillée devant Hadrien au revers de sesterces portant la légende restitvtori
orbis terrarvm - figurant au droit la tête de l'empereur laurée, sous la hadrianvs
(BMC, III, p. 418, n° 121 1-1214 et pi. 79. 2) - porte un « globe zodiacal » sur son genou gauche
(Arnaud, op. cit. n. 2, p. 107-109). C'est là le premier emploi de l'expression Restitutor orbis,
qui ne fut ensuite utilisée que sous les Sévères : voir Mastino, op. cit. n. 2, p. 143. P. Bastien,
Le buste monétaire des empereurs romains, t. II, Wetteren, 1993, p. 497, hésite à reconnaître le
globe céleste dans le globe tenu par YOrbis terrarum des monnaies d'Hadrien. Il y reconnaîtrait
volontiers le globe terrestre. Notons que l'Italie tourelée - dont le nom figure à l'exergue - est
elle-même assise sur un globe zodiacal, avec un sceptre dans la main gauche, une corne d'abon
n° 29, dance dans la droite, au revers d'un médaillon d'Antonin de 140-143 (Gnecchi, III, p. 12,
pi. 45. 10). Sans doute faut-il voir là une allusion à la domination de l'Italie sur la terre habitée,
placée elle-même au centre du Cosmos dans la sphère armillaire (supra, n. 3)
8 Le globe figure à l'exergue au revers de deniers d'Hadrien de 128 portant la légende
cos ni, qui représentent Roma casquée, en habits militaires, à droite, assise sur des armes,
tenant une lance de la main droite et un parazonium de la gauche (BMC, III, p. 286, nos 368-
369, pi. 53. 17, et p. CXXXIX). Roma casquée et drapée figure, assise sur une cuirasse,
tenant le globe de la main droite et un long sceptre vertical de la gauche, dans le monnayage
d'Antonin (BMC, IV, p. 334, n° 1993, pi. 48. 5 ; p. 339, n° 2012), mais non dans celui de
Marc Aurèle ni de Commode.
9 À partir d'Antonin, le globe figure normalement sur les monnaies de consécration des
impératrices : voir, en 141, pour Diva Faustina, les divers types ď Aeternitas retenus par R. Van
den Broek, The Myth of the Phénix, according to Classical and Early Christian Traditions,
Leyde, 1972, p. 430-432, et pi. VI. 10 ; VII. 1-3, 5 ; pour Diva Faustina Pia, en 176-180, voir
ibid. p. 432 et pi. VII. 6-7). Arnaud, op. cit. n. 3, p. 107, note que, sous le règne d'Antonin,
Aeternitas peut avoir un nimbe constellé ou être assise sur un globe constellé, ce qui accentue
son caractère céleste. Le globe apparaît aussi sous Marc Aurèle, pour la consecratio d'Antonin :
voir infra, n. 16.
10 Voir s. v. Globe et sous les noms de ces diverses personnifications, BMC, III, p. 602, 574,
579, 597, 579, 590, 592 et IV, 877, 878, 892, 896. Pudicitia, Securitas, Spes n'ont plus le globe
comme attribut, à partir d'Antonin.
11 Voir BMC, III, p. 236, n° 1, pi. 46. 1 (aureus), p. 237 ; nDS 2-4, pi. 46. 2 (deniers), pour
Trajan recevant le globe des mains de Nerva ; et p. 397, n° 1101, pi. 76. 1 (sesterce),
Hadrien le recevant des mains de Trajan. Notons que le globe que reçoit Hadrien est un « globe
zodiacal » : voir Arnaud, op. cit. n. 3, p. 99-100 et fig. 47.
RN 2004, p. 119-154 Marie-Henriette Quet 122
mode, également de celles de Jupiter l2 (fig. 2a) et finalement, sous celui de
Commode, en 190-191, de celles de Roma 13, ou que Roma elle-même le reçoi
ve des mains de Lucius Vérus à l'issue de la guerre contre les Parthes 14, qu' An-
tonin le Pieux ou, sous le règne de celui-ci, Jupiter le tienne à plat, sur la paume
de la main droite l5, ou bien encore que, sous la légende Consecratio, un aigle 16
aux ailes éployées semble emporter le globe dans le ciel, la plupart de ces types
monétaires accentuent l'assimilation de Y orbis terrarum, romaine puisque
figurée par une personnification féminine, à l'Univers, en établissant un rap
port d'équivalence, sinon d'identité, entre l'empire romain, l'oÍKO\)uévr| et le
коацос. Nombre d'inscriptions présentent du reste Trajan comme о оютпр ou
ó Kxiornç тпс oiKovuévnç, et il est dit à Cythère, ocoxfip xov 7mv[iôç] кооцои
(CIG I 1306). Sous Hadrien, les mentions тог» коаиои et xov rcavxôç kóouod
avec асотпр ou гйеруетпс se rencontrent un très grand nombre de fois, bien que
les références à l'oÎKo-uuévri demeurent plus nombreuses 17.
12 Voir BMC, III, p. 269, n° 242, pi. 51. 8, pour Yaureus d'Hadrien figurant, au droit, le buste
de l'empereur à droite, sous la légende \uv[erator\ caesar traian[ms] hadrianvs avg[usîus] et, au
revers, Hadrien en toge, debout à gauche, recevant à deux mains le globe zodiacal que lui tend, de
la main droite, Jupiter debout, nu, à droite. Le dieu tient le foudre dans la main gauche, l'aigle à
ses pieds au centre de l'image, sous la légende p[ontifex] M[aximus] TR[ibunitia] p[otestate]
co[/î]s[m/] ni. Il n'y a pas lieu de penser que l'aigle ait pu figurer Trajan, comme cela a été dit. Pour
les médaillons de Commode, frappés en 183-184, voir Gnecchi, II, p. 58-59, nw 64 pi. 82. 6, et 66 :
Jupiter assis à droite, le foudre dans la main gauche, tend de la droite le globe à Commode debout
devant lui, de trois-quarts à gauche, à l'exergue la légende pmtrp viii imp vi cos пи р р.
13 Voir Gnecchi, H, p. 63-64, n08 102, 108-109, pi. 85. 4-5 : Roma vêtue en amazone, assise
sur une cuirasse, avec un bouclier à son côté, tient dans la main gauche une corne d'abondance
et de la droite donne le globe à Commode couronné par une Victoire. À l'arrière plan, Félicitas
tenant un caducée.
n° 1340+ : Roma, tournée à gauche, vêtue en amazone, assise sur 14 Voir BMC, IV, p. 604,
une cuirasse et un bouclier, leparazonium à son côté, reçoit des mains de Lucius Vérus un globe
surmonté d'une Victoire. Un autre type (BMC, IV, p. 600, n° 1327, pi. 80. 13) montre Roma dans
la même position, mais les pieds sur le globe, donnant une poignée de mains à Lucius Vérus qui
se tient en face d'elle, en tenue militaire.
15 Pour l'empereur, deux types se rencontrent : sur des sesterces de 151-152, l'empereur est
assis sur un siège curule, et couronné par une Victoire en vol (BMC, IV, p. 313-314, n08 1887-
1889, pi. 46. 7) ; sur des aurei de 152-153, l'empereur debout, en toge, tend son avant-bras droit,
le globe zodiacal reposant sur sa main (RIC, III, n° 226). Quant à Jupiter, il est représenté, l'aigle
à ses pieds, nu, debout sous un arbre, devant un autel, sa main gauche tenant un sceptre long, la
droite portant le globe surmonté d'une petite Victoire, avec à droite, la légende cos ni, au revers
d'un médaillon d'Antonin de 159, figurant au droit la tête laurée de l'empereur, sous la légende
ANTONiNvs n° 11, pi. 43, AVG[ustus] 9. Pivs p[ater] p[atriae] TR[ibunitia] ?[otestate] ххн : voir Gnecchi, II, p. 10,
16 Voir RIC, III, p. 247, n° 433, pour les deniers commémoratifs frappés pour Antonin le
Pieux par Marc Aurèle et figurant, au droit, le buste d'Antonin drapé à droite, sous la légende
Divvs ANTONiNvs. Sur les deniers de consécration portant la légende divvs hadrianvs émis par
Antonin pour Hadrien (BMC, IV, p. 7, n08 33-35 et pi. 1. 16-18), l'aigle dressé sur le globe, ailes
ouvertes à la verticale, n'est pas représenté en vol : voir Bastien, op. cit. n. 7, p. 500-501.
17 Voir Mastino, op. cit. n. 2, p. 80-81, 154 (коацос) et 151, 153, 155-156 (oiKouuévn).
RN2004,p. 119-154 Uaureus au zodiaque d'Hadrien 123
La représentation du zodiaque seul, c'est à dire non inscrit sur un globe,
marque une nouvelle étape - celle-ci temporelle - dans la conception du rapport
d'équivalence entre le monde romain et l'Univers. Frappés sous le règne d'Had
rien, les aurei figurant, au droit, l'empereur lauré, drapé et, sur certains coins,
cuirassé, sous la légende \M?\erator\ caesar traian[ws] hadrianvs avg[usîus]
qui présentent, au revers, une figure masculine inscrite dans un zodiaque, sous
la légende ?[ontifex] M[aximus] TR[ibunitia] ?[otestate] SAEC[w/wm] AVR[eum]
co[n]s[ui] ni 18 sont les premiers exemples connus de ce motif iconographique
(fig. 3). Indépendamment de son immédiat succès, qui s'étendit à de nombreux
domaines et prit presque aussitôt place dans les décors funéraires 19, l'image du
zodiaque a - parallèlement à celle de Jupiter de plus en plus présent sur les
revers monétaires - sensiblement modifié la nature des références à l'Univers,
tant dans l'idéologie impériale que dans les discours politiques de sophistes
grecs ayant fait, à la même époque, allusion au Cosmos ou aux relations suppo
sées exister entre la politeia céleste et Yoikouménè romaine.
Après avoir rappelé le contexte historique de l'émission de ce type monét
aire et l'avoir décrit avec précision, nous nous efforcerons de comprendre la
fonction idéologique qui fut, selon toute vraisemblance, la sienne en son temps.
Puis, nous évoquerons plus brièvement les caractéristiques attribuées à l'Uni
vers par les sophistes d'époque antonine, en rappelant le lien qu'ils établis
saient entre l'éternelle durée des cycles cosmiques et la loi d'harmonie garant
e du bon fonctionnement tant de la 7ioX,ixeia céleste que de la concorde entre
les habitants d'une même cité ou entre les cités d'une même province. Cela
devrait nous permettre de mesurer, comme nous l'avons déjà constaté pour
d'autres documents20, le rôle pregnant, à l'époque antonine, de la projection
18 Voir RIC, II, p. 356, n° 136, pi. XIII. 239 et BMC, III, p. 278, n° 312, pi. 52. 10.
19 Le motif est attesté, à Ostie, dès le milieu du IIe s., dans la nécropole d'isola Sacra, notam
ment dans la fresque de la voûte de la tombe n° 57 de Septimia Tychè (voir G. Calza, La necro-
poli del porto di Roma nell' isola Sacra, Rome, 1940, p. 140 et A. Barbet, La peinture funérai
re en Occident, premier inventaire, dans D. Vaquerizo [éd.], Espacios y usos funerarios en el
Occidente Romano, Cordoue, 2002, p. 57-80 [60-61], tableau III, fig. 2.) et dans la mosaïque
plus tardive de la tombe n° 101, dite Memoriae sacrum (voir Calza, p. 183-185, fig. 92 et G.
Becatti, Scavi di Ostia, IV Mosaici epavimenti marmorei, Rome, 1961, pi. 84). Pour l'ensemble
du dossier, voir M.-H. Quet, Saeculumfrugiferum. Éternité du Monde et cycles saisonniers dans
la mosaïque romaine (IIe-IVe siècles), dans Rhétorique du texte et de l 'image. Seconde Sophis
tique et réarticulation culturelle (Thèse d'État, Université de Paris X-Nanterre, mars 1995), vol.
II. 1, « Les Images mosaïquées », Étude II, p. 132-394, à paraître sous le titre L'Adolescent au
zodiaque des mosaïques romaines d'Afrique du Nord.
20 Voir notamment, pour les discours Sur la concorde. Aux cités et À Rome d'Aristide (Or.
XXIII, 78-79 et XXVI, 29, 31, 39, 60, 89, 90, 102, 104, dans B. Keil [éd.], Aelii Aristidis Smyr-
naei quae supersunt omnia II [Orationes XVII-LIII], Berlin, 1898, réimpr. Hildesheim, 2000),
en dernier lieu, M.-H. Quet, À l'imitation de Zeus, Antonin le Pieux, garant de l'ordre mondial
et de la concorde sociale, d'après le témoignage d'Aelius Aristide, dans Images et représentat
ions du pouvoir et de l'ordre social dans l'Antiquité, éd. M. Molin, Paris, 2001, p. 199-209
(199-200 et 205-209) et, pour le Panégyrique à Cyzique (Or. XXVII, 35), Ead., Éloge par Aelius
Aristide des coempereurs Marc Aurèle et Lucius Vérus, à l'issue de la guerre contre les Parthes,
JSavants, 2002, 1, p. 75-150 (97-98).
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dans le temps politique humain des notions d'éternité, de loi et de concorde
cosmiques, dont Zeus/Jupiter et, à son exemple, les empereurs étaient les
garants.
Contexte historique de l'émission de Yaureus au zodiaque de 121
Si les identifications proposées pour la figure inscrite dans le zodiaque et
l'origine plastique supposée de ce nouveau type monétaire ont varié, la date
d'émission de 121 n'a pas été remise en cause, depuis la publication de The
Roman Imperial Coinage par Harold M. Mattingly et Edward A. Sydenham21.
Or, à Rome, comme Га souligné, dès 1934, Jean Gagé22, l'année 121 fut celle
de la transformation de la fête des Parilia, célébrée en l'honneur de la déesse
pastorale Paies, le 21 avril - qui était considérée comme le jour anniversaire de
la fondation romuléenne de Г Urbs - en une fête célébrant, avec plus de faste par
des circenses23, le Natalis Urbis (Fig. 4). L'année 121 fut également celle de la
restauration par le collège des augures, à l'initiative de l'empereur, des limites
du pomerium24, et sans doute aussi - cela a été longtemps discuté25 - l'année de
2 1 Voir supra, n. 1 8 et P. L. Strack, Untersuchungen zur Rômischen Reichspràgung des
zweiten Jahrhunderts. II. Die Reichspràgung zur Zeit des Hadrian, Stuttgart, 1933, p. 100-102,
pi. I. 78 ; BMC, III, p. CXXXI ; J. Gagé, Le « Templům Urbis » et les origines de l'idée de
« Renovatio », dans Mélanges Franz Cumont, Bruxelles, 1936, p. 151-187 (176-178) ; D. Levi,
Aion, Hesperia, 13, 1944, p. 269-314 (287-295 et fig. 19e) ; G. M. A. Hanfmann, The Season
Sarcophagus in Dumbarton Oaks, Cambridge Mass., 1951 (Dumbarton Oaks Studies, II), t. I,
p. 177 ; J. Beaujeu, La religion romaine à l'apogée de l'Empire. I : La politique des Antonins
(96-192), Paris, 1955, p. 152-157 ; M. Guarducci, La religione di Adriano, dans Les empereurs
romains d'Espagne (Colloque intern, du CNRS), Paris, 1965, p. 208-221 (211-212) ; Van den
Broek, n° 22 ; Martin, op. cit. n. op. 9, p. cit. 105, n. 4, 428 p. 278-282 et pi. VI. ; 3 Fr. ; M. Gury, Le Glay, Aiôn juvénile s.v. Aion, et dans l'anneau LIMC, zodiacal 1, 1981, : l'appap. 404,
rition d'un motif, MEFRA, 96, 1984, p. 7-28 ; M. T. Boatwright, Hadrian and the City of Rome,
Princeton, 1987, p. 122 ; G. Zuntz, AIQN im Rômerreich. Die archâologischen Zeugnisse, Hei
delberg, 1991 (AHAW, 1991, 3), p. 38-40 ; Quet, op. cit. n. 19, chap. 3, p. 240 ; L. Foucher,
Aiôn, le Temps absolu, Latomus, 55, 1996, p. 5-30 (18) ; A. R. Birley, Hadrian, the Restless
Emperor, Londres, New York, 1997, p. 1 12 ; G. López Monteagudo, s. v. Saeculum, LIMC, VIII,
1, 1997, p. 1071-1073, n° 2 ; Fr. Gury, s. v. Zodiacus, LIMC, VIII, 1, 1997, p. 490-497, n° 7.
22 Voir J. Gagé, Recherches sur les Jeux séculaires, Paris, 1934, p. 94-97 ; Id., op. cit. n. 21,
p. 176-178 et, en dernier lieu, Birley, op. cit. n. 21, p. 111.
23 Des monnaies (BMC, III, p. 282, n° 333, pi. 53. 5, aureus ; p. 422-423, n°s 1242-1243,
sesterces) et un magnifique médaillon (Gnecchi, III, p. 16, n° 56, pi. 144. 5), qui portent la date
de l'an 874 depuis la naissance de Rome, commémorent les jeux du cirque établis cette année là,
pour les Parilia. Au revers, figure un homme nu tenant dans la main droite une roue à plusieurs
rayons (8 sur le médaillon) et enserrant de son bras gauche une meta à trois obélisques, sous la
légende ann[o] dccclxxiiii NAt[a/z] vrb[/s] ?[arilibus] cm[censibus] co^[stitutis]. Les autres
sources documentaires sont plus tardives : voir J. Gagé, Recherches sur les jeux séculaires, REL,
1933, p. 400-435 (417-421), et Id., op. cit. n. 22, p. 94-97.
24 Malgré l'extension de l'Empire, il n'y eut pas agrandissement du pomerium, mais seul
ement érection de nouveaux cippes au même emplacement, sur un sol parfois plus haut de plu
sieurs mètres : voir Boatwright, op. cit. n. 21, p. 65-66 et n. 89. L'inscription de la face gauche
du cippe CLVIII précise : [ex s.] с collegium] // [aujgurum auctore // [imp.J Caesare divi
RN2004,p. 119-154 Uaureus au zodiaque d'Hadrien 125
Yoccupatio du sol26 destiné au Temple de Vénus et Rome, bien que la construc
tion du monument n'ait été entreprise que quelques années plus tard. Le 21 avril
se trouvait être, d'autre part, l'anniversaire légendaire de Numa Pompilius qui,
selon une opinion rapportée par Plutarque, « par quelque circonstance provi
dentielle, était né le jour même où Romulus fonda Rome, le onzième avant les
Calendes de mai » 27, et cette coïncidence n'a pas paru insignifiante à Renatě
Zoepffel ni à Anthony Birley 28. À leurs yeux, elle pourrait laisser entendre
qu'Hadrien, se définissant après son retour à Rome et la célébration de l'apo
théose de Trajan, comme le successeur pacifique du plus conquérant des emper
eurs, souhaitait être lui-même implicitement assimilé au souverain qui avait
succédé au premier fondateur de Rome. Divers événements - dont l'interpréta
tion de son thème astral, plusieurs prédictions d'astrologues, et surtout la
consultation des oracles virgiliens29 - avaient pu le faire se sentir suffisamment
proche de ce second fondateur et législateur mythique de Rome pour souhaiter
occuper, par rapport à celui-ci, dans l'imaginaire politique romain, une place
comparable à celle qu'avait, en son temps, occupée Auguste par rapport à
Romulus.
Des vers bien connus de Virgile, de Tibulle et d'Ovide paraissent confirmer
la thèse de ces historiens, dans la mesure où les poètes augustéens ont défini,
dès le début du Ier siècle, les murailles données par Romulus à Rome comme
celles de « la Ville Éternelle »30, en assignant à Auguste « une place symétrique
de celle de Romulus » 31, selon l'expression de Robert Schilling, voire plus
Traiani Parthicif. // fdivi Nervae nepote // TJraiano Hadriano/ Aug. pontif. max. trib. // potest.
V cos III procos. // terminos pomerii/ restituendos curavit.
25 Voir R. Turcan, La « fondation » du Temple de Vénus et Rome, Latomus, 23, 1964, p.
42-55 (43) ; Boatwright, op. cit. n. 21, p. 122-123 et E. M. Steinby, Lexicon topographicum
Urbis Romae, t. V, Rome, 1999, p. 121-123 et fig. 63-67 (A. Cassatella).
26 Je remercie John Scheid de m'avoir éclairée sur le sens et l'emploi des mots destinatio et
occupatio qui renvoient à un temps distinct de celui de Vinauguratio, et constituent ici une étape
préparatoire à la fondation du temple de Vénus et Rome.
27 Voir Plutarque, Vie de Numa, III, 6, éd./trad. R. Flacelière, [...], É. Chambry, CUF,
Paris, 1957 et R. Zoepffel, Hadrian und Numa, Chiron, 8, 1978, p. 391-427 (420), qui traduit oi
rcepi 'Poutj^ov, non par « Romulus », mais par « les partisans de Romulus ».
28 Voir Zoepffel, op. cit. n. 27, p. 420-421 et Birley, op. cit. n. 21, p. 111.
29 С Histoire Auguste, Vie d'Hadrien, II, 8, éd./trad. J.-P. Callu, CUF, Paris, 1992, p. 91,
évoque explicitement Numa, par référence à Y Enéide, VI, 808-812, éd./trad. J. Perret, CUF,
Paris, 1978 (Nosco crinis incanaque menta //régis Romani primam qui legibus urbem //funda-
bit) : voir Zoepffel, op. cit. n. 27, p. 415-420.
30 Voir Tibulle, Élégies, II, 5, v. 23, éd./trad. M. Ponchont, CUF, Paris, 1924 : (Romulus
aeternae nondum formaverat urbis //moenia), qui évoque, quelques vers plus loin, la fête de Paies.
3 1 Voir Virgile, Enéide, VI, v. 778-795, et R. Schilling, Prophétie « historique » et vision
eschatologique de Virgile dans le chant VI de V Enéide, Annuaire ÉPHÉ (S. R.), LXXXIX (1980-
1981), p. 421-429(422).
RN 2004, p. 119-154 Marie-Henriette Quet 126
valorisante. Ainsi Ovide32 a loué Auguste d'avoir, parmi d'autres hauts faits,
accru les murailles de Rome 33. Analysant la prophétie ď Anchise à Énée, au
livre VI de Y Enéide, ce même savant a observé que, la promesse faite par Jupi
ter à Vénus devenant réalité prophétique, le poète ne se contentait pas d'évo
quer, comme au chant I, « l'avenir indéfini » octroyé aux descendants romains
de la déesse, lorsque Jupiter proclamait : « À ceux-ci, ni borne dans l'espace ni
portions définies du temps, je ne fixe ; je leur ai donné un empire sans fin »34.
Pour Robert Schilling, Virgile a certes présenté « Auguste, comme le fondateur
d'un nouvel âge d'or », supérieur à celui que fit régner Saturne dans le
Latium35 , mais il a surtout laissé entendre qu'« à l'inverse de la conception
hésiodique, cet âge d'or - l'expression « âge d'or » renvoyant aux mots aurea
saecula - ne serait pas suivi d'une dégradation » 36. Soulignant la grande liber
té du poète37 dans l'usage des systèmes philosophiques concernant le temps,
Robert Schilling a encore noté que l'âge d'or virgilien relevait d'une « éterni
té linéaire », qui ne s'inscrivait pas dans « une conception cyclique du temps ».
C'est en tenant compte de ce contexte, mais sans nous intéresser aux ques
tions concernant la construction ou la consécration du temple de Vénus et
32 Ovide, Fastes, II, « Nones », v. 127-144, a valorisé l'œuvre d'Auguste au détriment de
celle de Romulus. Il a écrit (v. 133-134) : « Romulus, il te faudra le reconnaître : lui renforce par
sa défense tes remparts, que toi tu avais laissé franchir par Rémus » (Romule concedes : facit hic
tua magna tuendo // moenia, tu dederas transilienda Remo). R. Turcan, Rome éternelle et les
conceptions gréco-romaines de l'éternité, dans Roma, Constantinopoli, Mosca (Da Roma alla
Terza Roma, Documenti e studi I, 21-23 apríle 1981), Naples, 1983, p. 7-30 (16), a noté que,
dans ce passage, « L'infinité spatiale est connexe de l'infinité temporelle ».
33 II est loin d'être assuré cependant qu'Auguste ait agrandi les limites du pomerium : voir
Th. Mommsen, Droit public romain, t. 5, Paris, 1896, p. 376-377, n. 1.
34 Virgile, Enéide, I, v. 278-279, éd./trad. J. Perret, CUF, Paris, 1977 : His ego пес metas
rerum пес temporapono //impérium sine fine dedi. Je me permets de traduire tempora par « por
tions définies de temps » plutôt que par « durée définie », car le pluriel de tempus correspond
aux kairoi grecs, lesquels s'inscrivent dans le temps, alors que pour les Anciens la durée échap
pait au temps : voir infra, p. 138-145, l'utilisation de Koiipoí, ďaííóv et de xpovoç par les écri
vains hellènes et chrétiens d'époque antonine.
35 Enéide, VI, v. 791-794 : Hic vir [...] //Augustus Caesar, divi genus, aurea condet // sae
cula qui rursus Latio regnata per arva Saturno quondam [...].
36 R. Turcan, op. cit. n. 32, p. 16, insiste aussi sur la mise en place à l'époque augustéen-
ne de « l'idée d'une éternité non pas conditionnelle, mais donnée, préétablie par les dieux ou le
destin, et comme providentielle ». De même, pour P. Grimal, Virgile, artisan de l'Empire
romain, CRAI, 1982, p. 748-760 (republ. dans Id., Rome, la littérature et l'histoire, 2, Paris,
1986, p. 903-915), après Auguste, grâce à Virgile, « à la conception polybienne d'un cycle bio
logique, se serait substituée la conception d'un temps infini et heureux, d'un ordre nouveau et
éternel », sans pour autant - notons-le - que la succession de ces siècles infinis ait été assimilée
au déroulement éternel du zodiaque.
37 Voir Schilling, op. cit. n. 31, p. 426.
RN2004,p. 119-154 Haureus au zodiaque d'Hadrien 1 27
Rome38, pas davantage à la date ni à la nature du culte rendu à RomaAeterna29,
que nous examinerons le revers de Yaureus au zodiaque de 121 qui, annonçant
un « Siècle d'or » (Saeculum aureum), l'a doté de l'éternité de l'Univers, en
liant sa durée au déroulement ininterrompu et éternel du cercle zodiacal.
Les signes graphiques et iconiques du revers de Yaureus de 121
Décrivons d'abord très précisément le revers de Yaureus de 121, d'après les
exemplaires conservés au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale
de France, dont les droits sont issus de deux coins différents40. L'anneau zodia
cal ovale placé au centre du champ, et en occupant presque toute l'étendue, est
inséré à l'intérieur de la légende, elle-même disposée de chaque côté de cet
anneau, seulement au registre inférieur (fig. 5).
La légende
Les lettres de la titulature impériale sont nettement séparées et se lisent,
selon les conventions habituelles - de bas en haut, à gauche, de haut en bas, à
droite - mais elles sont disposées de chaque côté de l'inscription saecavr, Sae
culum aureum, placée à l'exergue41 et dont les lettres, à la différence de celles
de la titulature, ne sont séparées par aucun espace. On reconnaît, à gauche, les
cinq initiales pmtrp des mots pontifex maximus tribunicia potestate, le P de
potestate étant placé à la hauteur du coude droit du personnage ; à droite, occu
pant un peu moins de place, les trois lettres с о s du mot consul et le
chiffre 1 1 1 donnant le nombre de consulats exercés par l'empereur, la lettre С
de consul étant placée à peu près au niveau de la main gauche du personnage.
Aucune lettre ne figure dans la portion supérieure de la pièce, où ne se voient
dans le champ que le haut du buste et la tête du personnage inscrit dans le
zodiaque, ainsi que le globe et le phénix qu'il porte sur la paume de sa main
gauche.
38 Voir Boatwright, op. cit. n. 21, p. 123-129 et Ridley, The Fate of an Architect : Apollo-
doros of Damascus, Athenaeum, 1Ь, 1989, p. 551-565 (557-559). Retenons que, selon V Histoi
re Auguste, Vie d'Hadrien, XIX, 13, Hadrien fit ériger une statue colossale de la Lune - les lumi
naires étant garants d'éternité - pour faire pendant au colosse du Soleil primitivement érigé par
Néron à son effigie, qu'il avait déplacé, afin de permettre la construction du temple de Vénus et
Rome. Une monnaie plus tardive d'Hadrien {BMC, III, p. 328, n° 700, pi. 60. 17) figure du reste
Roma, sous la légende roma aeterna, portant dans la main droite le disque de Sol inscrit dans
le croissant de Luna.
39 Voir R. Mellor, The Goddess Roma, ANRW, II, Principát, 17, 2, éd. W. Haase, Berlin,
New York, 1981, p. 950-1030 (1021-1023) et Boatwright, op. cit. n. 21, p. 130-133.
40 Voir les aurei d'Hadrien nM 661 et 662. Le n° 661 (7, 20, 6 heures, fente profonde sur le
nez et la joue de l'empereur) figure le buste lauré, drapé et cuirassé ; la barbe est peu visible,
l'oreille mal dessinée, deux feuilles de laurier de la couronne - dont les lemnisques sont relevés
sur la nuque - séparent les lettres de trai//an[ms]. Le n° 662 (7, 29, 8 heures, bon état), figure
le buste lauré, drapé, l'épaule nue inclinée vers l'arrière étant bien visible ; l'oreille est bien des
sinée, les lemnisques retombent en pans raides sur la nuque ; les feuilles de laurier de la cou
ronne séparent traian[ms] d'HADRiANVS.
41 H. M. Mattingly, BMC, III, p. 278, n° 312, note bien que ces lettres sont à l'exergue.
RN2004,p. 119-154

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