L'emploi de la brique crue dans le domaine égéen à l'époque néolithique et à l'Âge du Bronze - article ; n°1 ; vol.102, pg 3-24

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 1978 - Volume 102 - Numéro 1 - Pages 3-24
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1978
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Anna Guest-Papamanoli
L'emploi de la brique crue dans le domaine égéen à l'époque
néolithique et à l'Âge du Bronze
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 102, livraison 1, 1978. pp. 3-24.
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Guest-Papamanoli Anna. L'emploi de la brique crue dans le domaine égéen à l'époque néolithique et à l'Âge du Bronze. In:
Bulletin de correspondance hellénique. Volume 102, livraison 1, 1978. pp. 3-24.
doi : 10.3406/bch.1978.1993
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1978_num_102_1_1993DE LA BRIQUE CRUE L'EMPLOI
DANS LE DOMAINE ÉGÉEN À L'ÉPOQUE NÉOLITHIQUE
ET Â L'AGE DU BRONZE
à elle une et apparentes. Cnossos à repose fois Parmi l'Age l'édifice — du plus les De que Bronze, matériaux sur ce détruit, fait, l'iconographie une la notre brique se étude de désagrège construction connaissance des crue — vestiges est le dans plus de utilisés le loin eux-mêmes. de bel sol l'élévation le exemple dans encaissant plus le répandu. domaine étant des sans bâtiments la égéen Il laisser mosaïque est aussi au de est Néolithique traces de celui limitée la ville très qui, ;
Pourtant, dans les dernières années, plusieurs études ont fait progresser nos
connaissances sur la brique crue. Deux d'entre elles ont un caractère technique :
l'une1 traite des propriétés physiques du matériau, l'autre2 des moyens de distinguer
différents ateliers de fabrication ; elles concernent respectivement le Proche-Orient et
la Haute-Egypte, régions où la brique s'est généralement bien conservée. Ce n'est pas
le cas de la Grèce, où il est rare que les briques des superstructures soient retrouvées
nombreuses, entières, et, plus encore, qu'elles se soient conservées en place : cette
situation ne facilite guère l'étude systématique des modalités de fabrication ni,
par-delà, la recherche d'un module éventuel.
Cette dernière recherche a pourtant été entreprise par Schliemann et Dorpfeld en
prenant appui sur le texte de Vitruve3. Leur approche, assurément justifiée pour
l'époque historique4, s'est avérée infructueuse pour la protohistoire, non seulement
(1) G. Delcroix, Caractérisalion des matériaux de construction en terre crue (1972).
(2) A. Hesse, « Essai technochronologique sur la dimension des briques de construction », dans
J. Vercoutter, Mirgissa I (1970), p. 102-114.
(3) Vitruve, De Arch., II, 3 ; H. Schliemann, The Prehistoric Palace of the Kings of Tiryns (1885 ;
dorénavant : P.P.K.T.), p. 240-246; W. Dorpfeld, Troja und Ilion (1902; dorénavant : Troja-Ilion),
p. 37-40.
(4) A. Orlandos, Les matériaux de construction et la technique architecturale des anciens Grecs (1966),
p. 51 ; R. Martin, Manuel d'architecture grecque (1965 ; dorénavant : Man. Arch. Gr.), p. 46-64, p. 47 n. 2 ;
D. Robinson-W. Graham, Excavations al Olynthus, VIII: The Hellenic House (1938; dorénavant : Olynthus
VIII), p. 224-229. 4 ANNE GUEST-PAPAMANOLI [BCH 102
parce qu'elle cherchait à appliquer des normes d'époques postérieures, mais aussi reposait sur des données imprécises. Cela explique peut-être que la brique
ait été parfois enlevée des chantiers comme un matériau encombrant et inutile, ne
méritant guère d'être enregistré5.
En fait, la première étude précise des vestiges de brique crue dans le domaine
égéen est tout à fait récente : elle se trouve dans l'ouvrage de J. Shaw sur les matériaux
de construction en Crète6.
Les lignes qui suivent, fondées sur les publications et, chaque fois qu'il a été
possible, sur l'examen des vestiges eux-mêmes, ont pour but d'indiquer quels résultats
peuvent aujourd'hui être considérés comme acquis concernant les modalités de
façonnage et de mise en œuvre ; elles tentent en outre, en prenant cette fois-ci appui
sur les groupes de dimensions les plus significatifs, de retrouver le module qui a pu être
employé et, partant, l'une des unités de mesure en usage dans la Grèce de l'Age du
Bronze.
LA FABRICATION
La matière première.
La première contradiction que remarque Schliemann entre le texte de Vitruve et
les vestiges eux-mêmes porte sur la matière dont sont faites les briques : à Troie, il
s'agit du sol même qui est celui du site7. De fait, ce cas, bien naturel, est assez général :
la terre dont sont faites les briques d'un bâtiment est prise dans son voisinage
immédiat ; la terre et les briques peuvent alors avoir la même couleur.
Il arrive pourtant que des briques se distinguent par une couleur différente de
celle du sol environnant. Ce fait peut s'expliquer, dans certains cas, par la présence
d'un badigeon coloré appliqué à l'origine sur les enduits muraux et dissous avec le
temps dans la brique désagrégée8. Très fréquemment aussi, une coloration différente
est due à l'action du feu — celle-là même qui a assuré la conservation des briques9.
Plus rarement enfin, la différence de coloration reflète une différence de nature : la
(5) Nous n'avons aucune précision sur les importantes masses de brique écroulée qui ont été enlevées de
Cnossos.
(6) J. Shaw, Minoan Architecture: Materials and Techniques = AnnScAtene 49 (1973; dorénavant :
Min.Arch.Mat.Tech.), p. 187-198, 231-234.
(7) P.P.K.T., p. 242.
(8) Aucune autre explication n'est possible pour les teintes bleutées et rosées de l'argile qui contient
des fragments de briques à Thermi : W. Lamb, Excavations al Thermi in Lesbos (1936 ; dorénavant : Thermi),
p. 44.
(9) Les briques «cuites » de la maison Ε de Cnossos, datant du Ν A : J. D. Evans, BSA 59 (1964;
dorénavant : BSA [1964]), p. 144, doivent en fait être des briques crues soumises à un feu accidentel, car
aucun emploi de la brique cuite n'est attesté en Grèce ni en Orient au Néolithique ; la brique cuite n'apparaît
sur le sol grec qu'à l'époque hellénistique. Mais la conservation des briques grâce à l'incendie des bâtiments
est chose courante ; on en connaît des exemples au Néolithique en Thessalie : A. Wace-M. S. Thompson,
Prehistoric Thessaly (1912; dorénavant : Preh.Thes.), p. 115; au BA en Macédoine : W. A. Heurtley, Macedonia (1939 ; : Preh.Mac), p. 57 et surtout, à la même époque, en Argolide et,
au BR, en Crète. La plupart des briques citées dans le tableau qui suit appartiennent aux deux derniers
groupes. LA BRIQUE CRUE EN EGEE AU NEOLITHIQUE ET À L AGE DU BRONZE 1978]
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Fig. 1. — Troie II. Briques de couleurs différentes dans un même mur {Troy I, flg. 318).
terre argileuse a été prise dans un horizon différent, éloigné ou sous-jacent, et l'on peut
dire alors que l'on a affaire à une utilisation relativement savante des ressources du
milieu10. Dans ce dernier cas, d'ailleurs, l'action du feu ne supprime pas la différence
décoloration11 (fig. 1).
La coloration peut ainsi servir d'indice pour rechercher l'origine de la matière
première, mais elle ne suffît pas pour la définir. En fait, chaque terre argileuse possède
des propriétés qui varient selon la composition minéralogique de son complexe
argileux12, la nature des minéraux dégraissants13, la proportion entre ces derniers et
les minéraux argileux et la présence de matières organiques.
Le type de plasticité du complexe argileux dépend de sa composition. Si par
exemple le minéral dominant est la kaolinite, le mélange ne pourra absorber qu'une
quantité d'eau limitée. A l'inverse, si la proportion des illites et montmorillonites est
plus élevée, comme c'est souvent le cas dans les terres rouges méditerranéennes14,
(10) Tel est le cas à Eutrésis : H. Goldman, Excavations ai Eutresis in Boeotia (1936; dorénavant :
Eutresis), p. 31, 61 ; à Orchomène : H. Bulle, Die alteren Ansiedlungsschichlen (1907 ; :
Orchomenos I), p. 20, et dans le mur d'enceinte de Sesklo : ΤΣΟΤΝΤΑΣ Xp., Ai προϊστορικού ακροπόλεις
Διμηνίου και Σέσκλου (1908 ; dorénavant : D.S.), p. 78.
(11) A Troie Ilg, la gamme de teintes des briques soumises au feu est très variée ; elle va du brun au
rouge et au jaune ou du vert au jaunâtre et au blanc : G. Blegen-J. Caskey-M. Rawson-J. Sperling, Troy,
The First and Second Settlements (1950 ; dorénavant : Troy I), p. 335, 343 ; il en est de même à Cnossos au
NA : BSA (1964), p. 144.
(12) II existe une dizaine de variétés d'argiles, dont chacune a une composition chimique, un écart
réticulaire et donc un type de plasticité différents. Dans les sols, les argiles se trouvent mélangées ; la nature
et la proportion de chaque argile participant au mélange influent sur la plasticité du complexe argileux :
G. Millot, La géologie des argiles (1963).
(13) Minéraux non plastiques, c'est-à-dire, dans la pratique, autres que les argiles.
(14) II existe plusieurs types de terres rouges méditerranéennes : M. Lamouroux, Études de sols formés
sur roches carbonatées. Pédogénèse fersiallitique au Liban (1972), p. 172-175. 6 ANNE GUEST-PAPAMANOLI [BCH 102
le complexe argileux, beaucoup plus plastique, pourra recevoir de l'eau à plusieurs
reprises et, au séchage, il aura tendance à s'imperméabiliser de lui-même15.
La proportion et la nature des minéraux dégraissants sont tout aussi détermi
nantes. Il est bien connu qu'une proportion trop élevée de minéraux dégraissants
nuit à la cohésion de la brique et que l'inverse provoque après séchage des craquelures ;
une bonne dépend avant tout de l'équilibre entre les argiles et les dégrais
sants. Certains minéraux non argileux peuvent, après l'évaporation de l'eau, être des
éléments consolidants; c'est le cas du chlorure de sodium (NaCl)16; c'est aussi celui
de la calcite (Co3Ca), soit qu'elle existe dans la terre qui a servi à faire les briques,
soit qu'elle s'infiltre ultérieurement dans les briques, à partir des enduits muraux,
et contribue à leur conservation.
Dans les briques égéennes, le rôle de dégraissant est tenu non seulement par
les minéraux et les micro-organismes (coquilles de mollusques marins et terrestres)
qui existaient dans le gisement, mais aussi par tous les déchets présents sur les sols
d'habitat17 : tessons de céramique, éclats et outils d'obsidienne, fragments d'os et
graines.
La matière végétale qui, dans la fabrication actuelle, joue le rôle de liant est
toujours la paille hachée. De tous les éléments observables dans les briques anciennes,
c'est surtout sa présence ou son absence qui a été remarquée, peut-être parce qu'elle
reflète un choix humain. C'est ainsi que l'on a noté quelquefois que, parmi les briques
d'un même site, les unes contiennent de la paille et les autres n'en contiennent pas.
C'est le cas dans deux murs voisins et contemporains à Troie II et dans un même mur
à Sesklo18. Les deux sites sont riches en briques de colorations différentes : il est possible
que différentes terres argileuses aient été utilisées à une même époque et que la
composition de certaines d'entre elles ait rendu superflu l'emploi d'un liant végétal.
Outre la paille hachée, le liant peut être constitué par des feuilles19 ou par des
plantes marines qui, arrachées par l'eau, s'entassent le long des côtes. Il s'agit de la
Posidonia oceanica, qui recouvre de grandes surfaces sur les fonds sablonneux,
jusqu'à 25 mètres de profondeur20. Ces plantes, qui ont une structure fibreuse, se
conservent longtemps après leur séchage et forment un excellent liant, qui remplace
la paille sur les sites côtiers de Crète septentrionale21.
(15) Je dois cette information à L. Courtois, chargée de recherche au G.N.R.S., que je tiens à remercier
ici.
(16) La très forte proportion de sel contenue dans l'eau qui sert à façonner les briques crues au
Sud-Yémen fait que, après séchage, ces briques sont extrêmement dures. Je dois tous les renseignements
concernant les briques de ce pays à R. Besenval que je tiens à remercier vivement.
(17) P.P.K.T., p. 242.
(18) Troy I, p. 343 ; D.S., p. 78, 110.
(19) Eutresis, p. 31.
(20) W. Luther-K. Fiedler, Guide de la faune sous-marine des côtes méditerranéennes (1965), p. 83.
Il y a presque toujours confusion entre ces plantes et des algues qui, elles, se désagrègent et ne peuvent pas
entrer dans la composition de briques en tant que liant.
(21) Comme j'ai pu l'observer moi-même, la Posidonia oceanica est le liant principal des briques du
Palais de Malia, de Nirou Chani et de Gournia. LA BRIQUE CRUE EN EGÉE AU NÉOLITHIQUE ET À l'ÂGE DU BRONZE 7 1978]
Le façonnage.
Les opérations qui permettent le façonnage de la brique crue — c'est-à-dire le
malaxage et le moulage ou le modelage — ne sont pas susceptibles de variations
importantes. Les différences qui existent concernent surtout le moulage ou le modelage
et sont liées au rythme de production.
Dans les régions du monde où l'on construit encore actuellement en brique crue,
le mélange de la terre avec l'eau et la paille, ainsi que le moulage, sont faits sur une
aire spécialement réservée à ces opérations. Mais la fabrication des
briques, bien qu'artisanale, est effectuée en grande série. S'il en était de même dans
l'antiquité classique23, les déchets d'habitation que l'on trouve incorporés aux briques
du Néolithique et de l'Age du Bronze indiquent qu'à ces époques, ces opérations
n'étaient pas exécutées sur une aire spéciale, mais dans l'habitat même, probablement
à proximité du mur à élever.
Le façonnage proprement dit peut être effectué de trois manières. La plus
simple est le modelage à la main ; elle est employée au Proche-Orient au début du
Néolithique33.
Mais la méthode la plus courante est celle qui consiste à confectionner avec des
planches de bois un cadre contenant un nombre de compartiments variable (de 2 à 10),
à le poser sur un lit de paille ou une couche de sable qui l'isole du sol et à y couler la
pâte encore assez molle. La surface est égalisée, le moule est ensuite retiré par le haut
et les briques sont laissées à sécher sur place. Ce procédé marque la face inférieure de
l'empreinte du matériau isolant, laisse des stries verticales sur les parois et surélève
les bords de la face supérieure. Les briques des maisons contemporaines, en Phocide
et en Messénie, étaient fabriquées, encore récemment, dans des moules à plusieurs
cases ; leurs dimensions sont uniformes, de l'ordre de 25 χ 12 X 10 cm. Tel était égal
ement le cas en 1931 à Olynthe, où le moule était à dix cases, tandis qu'à la même
époque, dans le Sud des États-Unis, le avait trois cases de 46x30x10 cm24.
Un troisième procédé consiste à modeler à la main un boudin de terre de largeur
plus ou moins régulière, à l'étaler sur une couche isolante et à enfoncer le moule — qui
comporte deux cases au maximum — par le haut ; on égalise la surface, on retire le
moule et on laisse les briques sécher sur place25. Pour une production en série avec ce
système, on utilise plusieurs moules à la fois, ce qui donne des briques de dimensions
légèrement différentes. Les traces sont les mêmes qu'avec le premier procédé sur la
face inférieure et sur les parois ; mais un bourrelet peut se former à la base des parois.
Nous avons peu d'indications sur le mode de façonnage des briques crues dans
le domaine égéen. Au NA, à Anza en Macédoine, les briques sont de forme piano-
convexe, sans pour autant présenter des traces de moule ; elles semblent donc plus
proches des briques orientales du VIe millénaire que des briques piano-convexes
(22) Man. Arch. Gr., p. 49.
(23) O. Aurenche et al., Dictionnaire illustré multilingue de V architecture du Proche-Orient ancien (1977 ;
dorénavant : Dicl. Mult. Arch. Or.), p. 40-42.
(24) Olynthus VIII, p. 225 n. 8.
(25) Cette méthode de moulage est utilisée actuellement dans le Sud-Yémen, où il s'agit d'une production
artisanale, mais fournissant de grandes quantités de briques. 8 ANNE GUEST-PAPAMANOLI [BCH 102
moulées de l'époque protodynastique26. A Cnossos, à la même époque, elles sont
grossièrement parallélépipédiques, mais leurs contours sont arrondis27. Elles étaient
sans doute façonnées à la main sur les deux sites. Certaines briques de forme inhabit
uelle, comme celles des crématoires à Troie VI, dont la partie arrière est concave28,
n'ont pu qu'être remodelées à la main après avoir été posées encore humides (fig. 2).
Il est possible, en outre, que les briques triangulaires formant coins dans les bâtiments
ronds d'Orchomène29 aient aussi été fabriquées à la main.
A Eutrésis au BA, et au BM, les parois des briques portent des stries verticales
et leurs bords supérieurs sont surélevés par le retrait du moule30. De même, à Lerne III,
une brique isolée provenant de la Maison des Tuiles présente des parois bien lisses et
des bords surélevés31 (fig. 3). On peut relever des traces analogues sur de nombreuses
briques du Palais de Malia32, du Palais de Zakro33 et de Nirou Ghani34 (fig. 4).
Il apparaît donc nettement que les briques étaient faites au moule au moins à partir
du BA II, mais il est difficile de savoir lequel des deux procédés était employé : il ne
semble pas, en tout cas, que jusqu'à présent on ait observé les bourrelets qui peuvent
se former avec le. deuxième procédé. Bien que nous n'ayons pas d'indications précises,
il est très probable que tout au long de l'Age du Bronze, à côté des briques moulées,
on a aussi fabriqué des briques à la main.
Le séchage.
Le séchage des matériaux en terre crue s'effectue par capillarité ; les surfaces
perdent les premières une proportion d'eau qui leur est en partie rendue par les
couches intérieures les plus voisines, puis cette action se transmet de proche en proche
jusqu'au milieu de la masse avec la même intensité jusqu'à ce que l'eau interstitielle
soit complètement évaporée35.
La question du temps de séchage a été posée d'abord par Schliemann36. Il
s'agissait de savoir si les briques avaient séché pendant longtemps, comme le stipule
Vitruve37, ou si elles avaient été utilisées encore un peu humides; dans ce dernier cas,
(26) M. Gimbutas, « Anza, c. 6500-5000 BC. A Cultural Yardstick for the study of Neolithic Southeast
Europe », Journal of Field Archaeology 1 (1974 ; dorénavant : JFA [1974]), p. 41 ; Dict.Mult.Arch.Or., p. 42.
M. Lechevallier, Les structures d'habitations au Proche-Orient asiatique du Xe au Ve millénaire avant notre
ère (thèse inédite, 1974 ; dorénavant : Str.Hab.PO.As.), p. 251.
(27) BSA (1964), pi. 31, 4.
(28) G. Blegen-J. Caskey-M. Rawson-J. Sperling, Troy, The Sixth Seulement (1953 ; dorénavant :
Troy III), p. 375.
(29) Orchomenos I, p. 20.
(30) Eulresis, p. 31, 60. H. Goldman propose, avec beaucoup d'hésitation, d'interpréter comme un
moule à briques une petite structure de 1 m2, entourée d'une bordure en argile épaisse de 10 cm, haute de
20 cm et divisée en cases. Il est, en effet, bien vrai que les dimensions de nombreuses briques d'Eutrésis corre
spondent à celles des cases de cette structure. Mais on voit mal comment on aurait pu retirer les briques d'un
moule fixe : il faut donc reconnaître que la fonction de la structure d'Eutrésis nous demeure inconnue.
(31) J. Caskey, Hesperia 24 (1955 ; dorénavant : Hesperia [1955]), p. 40.
(32) Observation personnelle.
(33) Min.Arch.Mat.Tech., p. 187, fig. 218.
(34)
(35) V. Bodin, Technologie des produits de terre cuite (1956), p. 75-76.
(36) P.P.K.T., p. 242.
(37) Vitruve, De Arch., II, 3. LA BRIQUE CRUE EN EGÉE AU NÉOLITHIQUE ET À L'ÂGE DU BRONZE 1978]
Fig. 2. — Troie VI. Briques remodelées après leur mise en place (Troy III, fig. 284).
Fig. 3. — Lerne. Brique avec traces de Fig. 4. — Malia. Brique avec traces de moule sur
moule sur les parois et bord supérieur sur les parois et bord supérieur surélevé.
élevé {Hesperia [1955], fig. 23 f).
elles se seraient mieux soudées au mortier, qui, lui, est toujours de consistance molle,
car l'évaporation de l'eau se serait faite au même rythme dans les deux matériaux.
En fait il est tout aussi courant que les briques soient employées au bout de
quelques jours qu'après de longs mois de séchage. Les deux méthodes sont pratiquées
actuellement dans des pays différents38. Le temps de séchage nécessité dépend de la
composition minéralogique de la terre argileuse, de l'humidité ambiante, de la
dimension des briques et du rythme de production. Il est évident que, dans une
production massive, les briques sèchent longtemps aussi parce que leur utilisation
n'est pas immédiate.
Mais il est probable qu'aux époques qui nous intéressent, les briques ne séchaient
que pendant quelques jours (cf. ci-dessous, p. 17).
(38) Aux dires d'un vieux paysan du Magne, les briques ne séchaient que pendant 4 ou 5 jours et au
soleil. Il semble qu'en Afghanistan actuellement les soient laissées à sécher pendant une à deux
semaines : ce renseignement m'a été communiqué par le Professeur P. Bordet, que je remercie vivement. En
revanche, les briques du Sud-Yémen sèchent pendant des mois. ·
s· · + Troie, Macédoine
A Thessalie, Béotie, Attique • ·
ο Péloponnèse ·Ο Ο
• Crète οσ φ φ -+- Ο φ φ Ο φ φ : φ + · + •φ Φ φ :
Φ Α
A φ Α Α •φ ο A
+ φ
+ -Ι-Φ φ *
Ο ο •
▲ Α Α
-^-t — :-
10 20 25 30 35 50 55 60 65 70 75 !>,
Fig. 5. — Dimensions des briques égéennes (1:4 ; L en abscisse, 1 en ordonnée ; les pointillés indiquent une dimension variable ou imprécise ; ^
les valeurs portées sur les axes correspondent aux briques dont on n'a pu mesurer qu'une dimension). f^> LA BRIQUE CRUE EN EGÉE AU NÉOLITHIQUE ET À L'ÂGE DU BRONZE 11 1978]
Les dimensions et la forme.
Les et la forme des briques sont les traits qui ont le plus généralement
retenu l'attention des archéologues39. On trouvera regroupées dans le tableau qui
suit et dans la fig. 5 les dimensions qui figurent dans les publications, ainsi que celles
que j'ai pu mesurer moi-même. Pour plus de commodité, j'utilise les mêmes convent
ions que J. Shaw40, à savoir que + signifie qu'il s'agit de briques fragmentaires et
— que la dimension n'était pas mesurable. De plus L signifie longueur, 1 largeur et
h hauteur. Les chiffres expriment des centimètres et sont systématiquement arrondis
à l'unité supérieure. Cette approximation est légitimée par le fait qu'une différence
inférieure à 2 cm entre deux briques ne signifie pas nécessairement qu'elles proviennent
d'un moule différent; elle peut résulter d'une différence dans la composition, qui
entraîne un retrait plus ou moins grand au séchage, ou encore de l'emploi dans la
construction de la brique plus ou moins humide. Dans la numérotation continue,
chaque numéro correspond soit à une brique soit à plusieurs briques de dimensions
identiques. Dans la suite du texte, chaque échantillon est désigné par le numéro qu'il
porte dans le tableau. Les fragments ne sont mentionnés que pour mémoire ; pour
l'interprétation, seuls les exemplaires entiers sont pris en considération.
N° Site h Observations Bâtiment L 1
NÉ0L17 H ΙΟΌ Ε
maison Ε (ΝΑ Ι)41 1. Cnossos 5 Moyenne de dimensions très 50 20
variées.
2. Cnossos maison Ε 40 30 19 Un exemplaire.
BRONZE ANCIEN
— maison 11542 3. Troie Id Moyenne de quelques 37 7
ques d'un même mur.
maison W43 — 4. 50 10 Moyenne de plusieurs Troie Ilg
ques d'un même mur.
pièce 20544 5. Nombre inconnu de Troie Ilg + 33 18 10 +
ments déplacés.
pièce 20645 6. 37 33 9 Un exemplaire déplacé. Troie Ilg
7. Ilg pièce 206 32 23 10 Un
8. 206 Troie Ilg 26 25 8 Un déplacé.
bâtiment48 9. II 66/69 45/46 11/13 Un exemplaire à chaque
10. Troie II bâtiment 70/72 46/48 10/11 fois. Les dimensions varient II 11. 69/71 20/22 10/11 d'une assise à l'autre et
dans une même assise.
(39) P.P.K.T., p. 243; Troja-Ilion, p. 37; Min.Arch.Mat.Tech., p. 187-198, 230-234; I. Shear,
Mycenaean Domestic Architecture (thèse inédite, 1968 ; dorénavant : Myc.Dom.Arch.), p. 484.
(40) Min.Arch.Mat.Tech., p. 231.
(41) BSA (1964), p. 144, 146.
(42) Troy I, p. 134.
(43) Troy I, p. 304.
(44) Troy I, p. 343.
(45) Troy I, p. 350.
(46) Troja-Ilion, p. 37.

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