L'ensemble lithique du gisement de Longavesnes (Somme) : illustration d'un problème de reconnaissance du débitage levallois dans une industrie à bifaces de la phase ancienne du Paléolithique moyen - article ; n°4 ; vol.90, pg 257-264

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1993 - Volume 90 - Numéro 4 - Pages 257-264
RESUME Le gisement de plein air de Lon- gavesnes, remontant au Pleistocene moyen récent, a livré un ensemble li- thique illustrant la pratique in situ d'activités de façonnage de bifaces et de débitage d'éclats, dont quelques dizaines ont fait l'objet d'une retouche. L'étude typologique de l'industrie permet de l'attribuer à un Paléolithique moyen de faciès cambrésien (P.M.C.). L'étude technologique en précise les caractéristiques et soulève le problème de la mise en évidence de l'usage de méthodes levallois sur le site.
8 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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Nathalie Ameloot-Van der
Heijden
L'ensemble lithique du gisement de Longavesnes (Somme) :
illustration d'un problème de reconnaissance du débitage
levallois dans une industrie à bifaces de la phase ancienne du
Paléolithique moyen
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1993, tome 90, N. 4. pp. 257-264.
Résumé
RESUME Le gisement de plein air de Lon- gavesnes, remontant au Pleistocene moyen récent, a livré un ensemble li- thique
illustrant la pratique in situ d'activités de façonnage de bifaces et de débitage d'éclats, dont quelques dizaines ont fait l'objet d'une
retouche. L'étude typologique de l'industrie permet de l'attribuer à un Paléolithique moyen de faciès cambrésien (P.M.C.). L'étude
technologique en précise les caractéristiques et soulève le problème de la mise en évidence de l'usage de méthodes levallois sur
le site.
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Ameloot-Van der Heijden Nathalie. L'ensemble lithique du gisement de Longavesnes (Somme) : illustration d'un problème de
reconnaissance du débitage levallois dans une industrie à bifaces de la phase ancienne du Paléolithique moyen. In: Bulletin de
la Société préhistorique française. 1993, tome 90, N. 4. pp. 257-264.
doi : 10.3406/bspf.1993.9591
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1993_num_90_4_9591:
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1993 / TOME 90, n° 4 257
L'ENSEMBLE LITHIQUE DU GISEMENT
DE LONGAVESNES (SOMME) :
ILLUSTRATION D'UN PROBLEME DE RECONNAISSANCE
DU DÉBITAGE LEVALLOIS DANS UNE INDUSTRIE À BIFACES
DE LA PHASE ANCIENNE DU PALÉOLITHIQUE MOYEN
Nathalie AMELOOT-VAN der HEIJDEN
RESUME mations suivantes, d'après un levé ■ PRESENTATION
inédit d'A. Tuffreau (fig. 1). Le gisement de plein air de Lon- DU GISEMENT
gavesnes, remontant au Pleistocene 1. Terre végétale, horizon humi-
moyen récent, a livré un ensemble li- Le gisement de Longavesnes se fère Ap ; ép. : 0,1 5 à 0,20 m.
localise au Nord du département de thique illustrant la pratique in situ 2. Limon grossier, faiblement argi
d'activités de façonnage de bifaces la Somme, dans le Vermandois, à leux (argile : 20 % ; limon fin : 25 % ; une dizaine de kilomètres au Nord- et de débitage d'éclats, dont limon grossier 48,15 % sable quelques dizaines ont fait l'objet Est de Péronne (feuille topogra 6,85 %), brun foncé (7,5 YR 5,6 à phique Cambrai, 1/25 000, n° 7-8, d'une retouche. L'étude typologique 5/8), non calcaire, présentant de coordonnées Lambert : X = 651,87 ; de l'industrie permet de l'attribuer à nombreuses langues de dégradation Y = 1 251,60 ; Z = 127 ; lieu-dit « Le un Paléolithique moyen de faciès grisâtres (5Y 7/1) ép. 0,10 à
cambrésien (P.M.C.). L'étude tech Champ Dessart »). Le site de ce g 1,40 m. isement se trouve en position de vernologique en précise les caractéris 3. Limon sableux (64 % de sable) tiques et soulève le problème de la sant orienté au Sud, à la confluence brun jaunâtre (10 Y/R 6/4), non calmise en évidence de l'usage de mé de deux vallées sèches plongeant caire, au litage souligné par l'oxyde thodes levallois sur le site. vers la Cologne, affluent actuel de la de fer ; ép. max. observée 0,80 m. Somme (fig. 1). La présence, en sur
ABSTRACT 4. Substrat crayeux altéré (Séno- face, de nombreux silex taillés r
nien), dont la partie supérieure est The late middle Pleistocene open emontés par les labours a amené
recouverte d'une couche argileuse air site of Longavesnes yielded lithic deux prospecteurs, Jean-Michel Le-
brun foncé (1 0 Y/R 3/3 à 3/4). material illustrating the in situ activi maître et Franck Defaux, à effectuer
ties of shaping handaxes and produ des ramassages réguliers et sans tri
de ces vestiges. Une intervention cing flakes of which some were r • Interprétation
etouched. The typological setting of ponctuelle menée par A. Tuffreau et De par son faciès, la pédogenèse the industry allows its attribution to a une équipe informelle a permis de du limon à langues de dégradation préciser le cadre chronostratigra- « Paléolithique moyen de faciès camb n'a pas été attribuée à l'Holocène résien » (P. M. С). phique de l'occupation humaine mais à un épisode remontant au qu'ils matérialisent, un système de The technological study defines moins à l'Eemien. La mise en place poches ayant localement conservé le its characteristics in more detail and du limon sableux altéré par cette péniveau archéologique en place. Les poses the problem of establishing dogenèse daterait du Pleistocene éléments carbonates (coquilles, proof of the use of Levallois techno moyen récent (stades isotopiques 6 faune) n'ont pas été préservés et logy on the site. à 8). aucun prélèvement n'a été effectué
en vue d'une étude détaillée du pa■ INTRODUCTION léoenvironnement. Un lot d'environ • Position des artefacts
L'analyse des variabilités des i 2 500 artefacts (1) a fait l'objet d'une Les silex taillés trouvés en place ndustries au Paléolithique moyen r étude détaillée non encore achevée étaient contenus dans la partie supéepose sur l'identification et la caracté- (N. Ameloot-Van der Heijden, 1991). rieure du limon sableux (unité 3). risation des chaînes opératoires Celui-ci étant décalcifié, les éventauxquelles se rattachent les diffé uels vestiges osseux associés à l'irentes catégories de vestiges com ndustrie lithique n'ont pas été conser■ LE CONTEXTE posant un assemblage (E. Boëda eř vés. L'occupation humaine du STRATIGRAPHIQUE al., 1991). Or, les données de terrain gisement pourrait remonter à la fin et les caractères mêmes de l'e du Pleistocene moyen récent ou être nsemble lithique constitué imposent L'observation du remplissage plus ancienne. des limites incontournables à la défi d'une des poches individualisées sur
nition de ces chaînes opératoires. le site a permis d'y observer les for-
L'objet de cet article est, outre de
■ L'INDUSTRIE LITHIQUE présenter les principaux résultats de
l'étude du matériel lithique de Longa (1) Je tiens à remercier Madame Gor-
guet, détachée au Musée de Péronne, de vesnes, de montrer l'importance du Les caractéristiques physiques et m'avoir laissé étudier le matériel lithique contexte archéologique d'un assem morphologiques des artefacts de de Longavesnes qui y est déposé et qui blage pour la validité de son interpré même que leur provenance probable constitue une partie de l'assemblage
tation. considéré pour l'étude. d'une seule unité stratigraphique ;
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 993 / TOME 90, n° 4 258
SE I NW
m 129 / I i i П I I I I Г I i M Г I M ( I
Illustration non autorisée à la diffusion
industrie lithique
128
LONGAVESNES Le Champ Dessart
Tuffreau). Fig. 1 - Longavesnes : A - Coupe stratigraphique (légende dans le texte) В et С - Croquis de situation D - Contexte régional le gisement est indiqué par une étoile (d'après A.
permettent de les considérer en un de la production d'éclats supports cleus sont, en moyenne, aussi larges
ensemble. Cependant, étant donné selon différentes modalités. que longs et, quand ils possèdent
leurs conditions de récolte, seule une Quelques-uns de ces derniers pos plus d'une surface de débitage
étude technologique et typologique sèdent visiblement les caractères (qu'elles soient plus ou moins paral
morphotechniques des éclats levai- globale de ces vestiges a pu être en lèles ou sécantes entre elles), la d
visagée. lois (4,50 %). Cependant un tiers de irection des enlèvements sur chacune
d'elles est différente (fig. 2, n° 4). Les ces individus sont considérés L'assemblage considéré regroupe
comme des produits atypiques et plans de frappe sont généralement 2 413 objets taillés dont 52 nucleus
très peu de nucleus supposent la lisses. L'exploitation de ces nucleus et fragments, 75 outils sur éclat (ou
pratique de telles méthodes de débi consiste en l'utilisation des convexiassimilés) en décompte essentiel (cf. tage sur le site (fig. 2, n° 1). De plus, tés latérales « naturelles » de la surliste typologique de F. Bordes) et les éventuels produits de préparation face à exploiter pour laisser filer le 191 bifaces ou fragments. La matière
de la surface levallois sont rares, peu premier éclat. Les nervures induites première est presque exclusivement caractéristiques (pointes pseudo-le- par ce premier enlèvement guidant le constituée de rognons de silex de la
vallois (N = 1), éclats débordants à ou les éclats suivant selon le principe craie sénonienne, vraisemblablement
dos de débitage (N = 15) ou difficil du débitage récurrent, les convexités accessibles, à l'époque, à proximité ement distinguables d'éclats de taille de la surface de débitage pouvant immédiate du gisement. Quelques
de bifaces, largement présents dans être entretenues de manière fortuite pièces ont été débitées à partir de
le matériel lithique. Enfin, il faut rap par la succession des enlèvements. galets de silex à cortex verdâtre pro
peler que des éclats morphologique Une fois ces dernières devenues ivenant d'assises du Paléocène, dont
ment comparables à des produits l nsuffisantes, aucun réaménagement certaines existent à moins de deux
evallois peuvent être obtenus selon de ces nucleus ne paraît entrepris kilomètres au Nord du gisement. Les
des schémas opératoires différents. pour permettre la poursuite de leur artefacts sont altérés par une patine
exploitation. De plus, certains d'entre blanche à bleuâtre, plus ou moins Outre les nucleus indifférenciés, eux paraissent avoir été abandonnés mate et profonde. Certains d'entre ceux à débitage récurrent unipolaire avant ce stade. eux portent des marques de gélifrac- (non levallois) sont les mieux repré
tion postérieures à leur abandon ou sentés dans l'assemblage (27,3 % Les nucleus à débitage récurrent
des traces de rouille et de coups de centripète sont relativement frdes nucleus entiers). Il faut toutefois
charrue dues à leur remontée en sur remarquer que l'allongement des équents (22,7 %). Ceux-ci, ayant gé
face. produits ne semble pas avoir été néralement été fortement exploités,
aucun indice visible ne permet de systématiquement recherché par les • Caractéristiques tailleurs. En effet, la direction génér préciser comment s'est initialise leur technologiques ale des enlèvements ne paraît pas débitage et, en particulier, si les cr
itères techniques de prédéterminatLes caractéristiques des produits influencée par la morphologie des
ion, spécifiques aux méthodes levai- de débitage (sensu lato) témoignent blocs de matière première. Ces :
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112 bifaces entiers (et 79 fragments)
qui constituent plus des trois quarts
de l'outillage en décompte réduit (fig.
5 et 6). Leur sont associés : 53 éclats
(42 produits ordinaires dont 19 cort
icaux et 11 éclats de « type levai-
lois ») et 7 supports non débités
ayant fait l'objet d'une retouche i
ntentionnelle. Le groupe moustérien,
composé de racloirs typologique-
ment variés (II red. = 48,33), domine
celui des encoches et denticulés
(considérés ensemble) (40 % en
red.), les outils du groupe paléoli
thique supérieur étant relativement
rares (III red. : 3,33).
• Les bifaces
Illustration non autorisée à la diffusion
La classification des bifaces en
tiers de Longavesnes d'après les cr
itères morphologiques définis par F.
Bordes (1961) montre la prépondé
rance des individus de formes elli
ptiques (52,58 %) (tabl. 1). Parmi
ceux-ci, les bifaces ovalaires sont les
plus fréquents (29,46 %) et les
exemplaires les plus allongés (L/m
> 2) relativement épais (on dénombre
12 protolimandes pour cinq l
imandes). Les bifaces cordiformes et
amygdaloïdes regroupent respect
ivement 19,64 % et 7,14 % de la po
pulation. Les bifaces subtriangulaires
sont plus rares (6,25 %). Les formes
pointues ainsi que les hacheraux
sont absents de l'assemblage.
Quelques individus possèdent un
tranchant (ré)aménagé par la mé
thode dite du « coup de tranchet »
Fig. 2 - Longavesnes industrie lithique. 1 nucleus à débitage levallois (?) 2 produit du débitage levallois (?) (fig. 5, n° 1 ; fig. 6, n° 2). 3 nucleus à débitage récurrent centripète 4 nucleus à débitage récurrent unipolaire (dessins G. Leroy).
La plupart des pièces sont affec
tées d'une retouche couvrante sur
les deux faces, tel que le suppose la
définition. Peu d'entre elles présenlois, ont été mis en place par les pourraient être considérés comme
tailleurs (E. Boëda, 1988 ; E. Boëda des bifaces nucléiformes. tent de larges plages corticales. Il
ef al., 1991). La plupart des négatifs existe cependant quelques exempLes produits de débitage recueillis d'enlèvements lisibles montrent que laires pour lesquelles l'aménagesur le site sont peu laminaires (ILam les éclats ont filé en bénéficiant des ment du support (plaquette et petit = 9,37), à talon peu facetté (IF = nervures guides et convexités créées galet de silex du Paléocène) n'a né29,46 ; IFs = 18,0) et de dimensions par les enlèvements précédents, et cessité que le dégagement d'une moyennes à grandes. Les éclats coront eux-mêmes entretenu les condi- pointe. Seuls deux individus ont été ticaux et de décorticage sont peu rtons nécessaires à la poursuite du indubitablement façonnés à partir eprésentés dans la série ce qui tendébitage jusqu'à épuisement des d'éclats de débitage mais plus de drait à supposer soit, qu'une partie convexités ou surcreusement de la 40 % des bifaces entiers de types au moins des blocs de matière presurface exploitée (principe de récur classiques ont un profil asymétrique mière exploités ont été mis en forme rence) (fig. 2, n° 3, fig. 3, n° 1). Les plus ou moins piano-convexe. hors de la zone du gisement concerproduits obtenus à nervures centri née par les ramassages, soit la non- La longueur des bifaces de Lonpètes, peuvent posséder des carac gavesnes est comprise entre 58 mm exhaustivité de ces derniers. tères communs à ceux des éclats le et 150 mm (longueur moyenne : vallois. 86 mm écart-type 19), les trois • Caractéristiques quarts de la population mesurant 60 Enfin, quelques individus, possé typologiques dant deux « surfaces de débitage » à 99 mm. Plus les bifaces sont allon
L'abondance des bifaces constiopposées, non hiérarchisées, reflè gés et plus leur taille moyenne aug
tent une conception volumétrique tue la caractéristique typologique mente. De même, à forme générale
non levallois. Certains d'entre eux majeure de la série. On dénombre équivalente, les objets d'épaisseur :
.
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1993 / TOME 90, n° 4 260
Tabl. I. — Longavesnes caractéristiques typologiques (d'après la liste de F. Bordes)
nombre % ess. % red.
5. Pointe pseudo-levallois 1 1,33
9. Racloir simple droit 3 4 5
8 1 0.convexe 6 10
1 1 Racloir simple concave 1 1,33 1,67
13. doubl. droit convexe 2 2,67 3,33
22. Racloir transversal droit 1 1,33 1,67
25.sur face plane 5 6,67 8,33
26. Racloir à retouche abrupte 1 1,33 1,67
27. Racloir à dos aminci 1 1,33 1,67
28.à biface 8 10,67 13,33
31 . Grattoir atypique 2 2,67 3,33
38. Couteau à dos naturel 14 18,67 Illustration non autorisée à la diffusion 42. Encoche 6 8 13,33
14 18,67 23,33 43. Denticulé
45. Retouche sur face plane 16
46-47 abr. ait. épaisse 8
48-49 Retouche abr. ait. mince 12
3,34 54. Retouche en bout 2 2,67
55. Hachoir 1 1,33 1,67
56. Rabot 1 1,33 1,67
62. Divers 10 6
Total 111 100 100
— Fragment de racloir 1
Tabl. II. — Longavesnes : typologie des bifaces (d'après les critères morphométriques de F. Bordes). • L 'outillage sur éclat (et assimilés)
nombre Forme Les racloirs représentent près — discoïde 9 8,03 d'un outil façonné sur deux décompt— ovalaire 33 29,46 és d'après la liste Bordes (tabl. II). — limande 4,46 5 Les racloirs simples (convexes,
— proto-limande 12 10,71 droits et concave ; N = 11) (fig. 3,
— cordiforme n°s4 et 5) sont un peu plus nombreux 13 11,61
que les racloirs à retouche biface (N — allongé 9 8,03 = 8) (fig. 3, nos 2 et 7) dont six exemp— amygdaloïde court 3 2,68 laires ont fait l'objet d'un aminci— 5 4,46 ssement proximal. Les racloirs sur
— subtriangulaire 7 6,25 face plane (N = 5) sont relativement
Illustration non autorisée à la diffusion — discoïde/cordiforme 1 0,89 fréquents. Ces derniers ont tendance
— ovalaire/cordiforme à être plus courts et plus épais que 1 0,89
les autres catégories de racloirs dont — limande/cordiforme allongé 1 0,89 la morphologie est relativement stan— biface à dos 1 0,89 dardisée. Deux racloirs doubles, un — partiel 4 3,57 transversal droit, un racloir à dos — nucléiforme 5 4,46 aminci (fig. 4, n° 1) et un autre à r
— divers 3 2,68 etouche abrupte composent le reste
du groupe moustérien (en décompte
Total: 112 réduit). Aucun outil à bords conver
Débris : 79 gents n'a été décompté. Les r
etouches sont dans les mêmes pro
portions marginales et assez
irrégulières ou écailleuses et par
tielles. Deux grattoirs atypiques à
front convexe mais à retouche peu relative (m/e) plus importante sont touches secondaires, plus du quart
régulière forment le groupe paléoliles plus grands. des bifaces en sont exempts et plus
thique supérieur (III red. = 3,33). Les du tiers n'en présentent que sur un Les arêtes sont le plus souvent s
encoches (six latérales et deux dis- inueuses (dans 66 % et 75 % des cas seul bord. Les retouches unifaciales
taies) sont bien représentées selon les bords). Elles concernent les sont les plus fréquentes (37,77 % et
(13,33 % en red.). Les encoches ldeux bords de plus de six bifaces à 38,89 % des pièces en sont affec
atérales sont toutes directes et retoprofil symétrique sur dix. Ceux à prof tées selon le bord considéré). Sur les
uchées mais sont plus ou moins il asymétrique ont, dans les mêmes bifaces de profil asymétrique, les r
larges et profondes et n'ont pas de proportions, un bord à arête s etouches indirectes sont à peine
localisation préférentielle selon les inueuse et l'autre à arête rectiligne ou moins bien représentées que les r
individus. Une des encoches en bout torse. En ce qui concerne les etouches directes. :
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fait des conditions de récolte de l'a
ssemblage (les pièces localement e
ndommagées ou portant des traces
de rouille ont été systématiquement
écartées). Les retouches sur face
plane (N = 16) sont presque aussi
nombreuses que les retouches d
irectes (N = 20). Elles sont générale
ment marginales et limitées à un sec
teur restreint du bord.
■ DETERMINATION
L'industrie de Longavesnes se ca
ractérise par une abondance de bi-
faces relativement plats pour le
Illustration non autorisée à la diffusion squels les formes ovalaires et
cordiformes sont prépondérantes.
Ces derniers sont associés à un ou
tillage sur éclat typologiquement
varié et standardisé dominé par le
groupe des racloirs, les outils à
bords convergents n'étant pas repré
sentés. Cette industrie possède
donc, à la fois, des caractères
acheuléens par l'abondance des bi-
faces et des caractères moustériens
par la présence d'un outillage sur
éclat à caractère évolué. Elle semble,
en conséquence, pouvoir se ratta
cher à la phase ancienne du Paléoli
thique moyen. Faute de pouvoir qual
ifier celle-ci de « Moustérien de
tradition acheuléenne », appellation
porteuse d'une autre signification,
son attribution à un Paléolithique
moyen de faciès cambrésien a été Fig. 3 - Longavesnes industrie lithique. 1 nucleus à débitage récurrent centripète 2 et 7 racloirs à retouche biface 3 pointe pseudo-Levallois 5 racloir simple droit 6 denticulé (dessins G. Leroy). proposée (A. Tuffreau et al., 1 989).
est inverse. Les supports entiers
sont de longueurs variables mais de
modules non allongés. Les denticu-
lés composent près du quart de l'ou
tillage en décompte réduit (IV red. =
23,33). Leur longueur moyenne est
assez grande (84 mm), leur module
plus allongé, et leur épaisseur et sec
tion plus importantes que ceux des
autres types d'outils considérés. Les
denticulés latéraux simples sont les
Illustration non autorisée à la diffusion plus nombreux (N = 8). Les encoches
formant le tranchant sont générale
ment directes et retouchées (fig. 3,
n° 6 ; fig. 4, n° 2). Un hachoir, un
rabot ainsi que six outils classés en
divers (un fragment de lame à r
etouche écailleuse, un petit rognon à
tranchant distal (fig. 4, n° 3), trois
pièces à amincissement distal et un
débris à retouche alternante) compos
ent le reste de l'outillage retouché.
Les retouches irrégulières sont
assez bien représentées (N = 36), malgré leur sélection rigoureuse du Fig. 4 - Longavesnes industrie lithique. 1 racloir à dos aminci 2 denticulé 3 galet retouché (chopping tool ?) 4 encoche en bout (dessins G. Leroy). :
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morphologiquement semblables à
des produits levallois prédéterminés,
l'examen du reste du matériel l
ithique n'a pas permis d'établir si les
différents critères techniques de pré
détermination et de gestion des nu
cleus, spécifiques aux méthodes l
evallois, ont été effectivement
employés par les tailleurs. Les condi
tions de conservation, de récolte et
les caractéristiques même de l'e
nsemble lithique de Longavesnes (r
amassages non exhaustifs, quoique
importants, possibilité de localisation
préférentielle de certaines catégories
de vestiges, nucleus fortement ex
ploités, possible coexistence
d'éclats de taille de biface et de pro
duits de préparation des surfaces le
vallois...) ne permettent pas d'identif
ier formellement l'usage ou non de
Illustration non autorisée à la diffusion tels modes de production d'éclats
sur le site. Ce constat illustre l'impor
tance de la critique des données a
rchéologiques avant l'étude d'un en
semble lithique et l'interprétation de
ses caractéristiques.
L'industrie de Longavesnes est
rattachée à un Paléolithique moyen
de faciès cambrésien (P.M.C.) (A.
Tuffreau eř al., 1989) faute de pouv
oir être qualifiée de Moustérien de
tradition acheuléenne. Ce sont les
ensembles lithiques recueillis lors
des fouilles des différents niveaux a
rchéologiques du gisement de Gou-
zeaucourt à la définition du P.M.C.
Les industries de Gouzeaucourt,
contenues dans une séquence de
lœss ancien, se composent égale
ment d'un outillage sur un éclat di
versifié associé à des bifaces rela
tivement plats, le plus souvent
ovalaires (A. Lamotte, 1991, 1992 ;
'cm J.-L. Marcy, 1989 ; A. Tuffreau,
Fig. 5 - Longavesnes industrie lithique. 1 1987 ; A. Tuffreau et J.-P. Bouchet, biface ovalaire présentant un coup de tranchet 2 biface discoïde 3 limande (dessins G. Leroy). 1985). Si, sur le plan strictement t
ypologique, les industries de Longa
vesnes et des niveaux G et H de
Gouzeaucourt sont assez semb
de façonnage de biface et à diff lables (ce qui a impliqué leur attr■ CONCLUSION
ibution au même faciès industriel), les érentes chaînes opératoires de proLe gisement de plein air de Lon duction d'éclats, la présence de bi- modalités de production des éclats gavesnes a livré un assemblage de ainsi que le caractère des retouches faces sur éclat illustrant leur possible près de 2 500 vestiges lithiques, re interférence. Les proportions rela paraissent sensiblement différents cueillis par ramassages de surface, dans ces deux gisements (N. Ame- tives des produits de débitage, de dont la provenance stratigraphique loot-Van der Heijden, 1991 ; N. façonnage, des nucleus et des outils et l'homogénéité ont été déterminées loot-Van der Heidjen et Sh. Me Pher- confirment la pratique in situ d'activigrâce à une fouille ponctuelle. Le n tés liées à la fois à la production et à ron, inédit). De même, il n'y a pas à iveau archéologique, contenu au Longavesnes de « bifaces nucleus » l'utilisation de l'outillage (cf. J.-M. sommet d'un lœss ancien, fait r Geneste, 1985, 1988). S'il existe en tels que ceux décrits pour le niveau emonter l'occupation du site au Plei H. de Gouzeaucourt (A. Lamotte, core peu d'éléments permettant de stocene moyen récent. détailler les modalités de fabrication ibid.). L'ensemble de ces données
L'étude des différentes catégories des bifaces, différentes méthodes de illustre la variabilité des industries de
de vestiges de l'ensemble lithique la phase ancienne du Paléolithique débitage ont été reconnues (récur
constitué montre qu'ils se rapportent rentes unipolaire et centripète, entre moyen et la complexité de la fin du
courant acheuléen en France septen- à une (ou des) chaîne(s) opératoire(s) autres). Malgré la présence d'éclats :
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de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1993 /TOME 90, n° 4 263 Bulletin
trionale l'apparition d'un outillage
sur éclat diversifié et standardisé de
« type paléolithique moyen » n'étant
pas systématiquement lié à la pra
tique du débitage levallois ou à
l'abandon des chaînes opératoires
de fabrication de bifaces.
Bibliographie
Ameloot-Van der Heijden N. (1991). —
Méthodes d'acquisition et signification
des industries lithiques au Paléolithique
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