L'inscription d'Iasos relative à l'ekklesiastikon ( I. Iasos 20 ) - article ; n°1 ; vol.114, pg 417-443

De
Bulletin de correspondance hellénique - Année 1990 - Volume 114 - Numéro 1 - Pages 417-443
L'auteur corrige le texte admis en plusieurs endroits, en utilisant notamment l'estampage de B. Haussoullier récemment retrouvé; il reprend l'interprétation d'ensemble du règlement, en rapprochant l'exemple d'Athènes, et formule des hypothèses sur le mécanisme de distribution des indemnités civiques à Iasos.
Ο συγγραφέας διορθώνει το καθιερωμένο κείμενο σε πολλά σημεία, χρησιμοποιώντας κυρίως το αποτύπωμα του Β. Haussoullier που ξαναβρέθηκε πρόσφατα. Επαναλαμβάνει την ερμηνεία ολόκληρου του «κανονισμού», παραβάλλοντας το παράδειγμα των Αθηνών, και διατυπώνει υποθέσεις σχετικές με το μηχανισμό διανομής των πολιτειακών αποζημιώσεων στην Ιασο.
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Philippe Gauthier
L'inscription d'Iasos relative à l'ekklesiastikon ( I. Iasos 20 )
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 114, livraison 1, 1990. pp. 417-443.
Résumé
L'auteur corrige le texte admis en plusieurs endroits, en utilisant notamment l'estampage de B. Haussoullier récemment retrouvé;
il reprend l'interprétation d'ensemble du règlement, en rapprochant l'exemple d'Athènes, et formule des hypothèses sur le
mécanisme de distribution des indemnités civiques à Iasos.
περίληψη
Ο συγγραφέας διορθώνει το καθιερωμένο κείμενο σε πολλά σημεία, χρησιμοποιώντας κυρίως το αποτύπωμα του Β. Haussoullier
που ξαναβρέθηκε πρόσφατα. Επαναλαμβάνει την ερμηνεία ολόκληρου του «κανονισμού», παραβάλλοντας το παράδειγμα των
Αθηνών, και διατυπώνει υποθέσεις σχετικές με το μηχανισμό διανομής των πολιτειακών αποζημιώσεων στην Ιασο.
Citer ce document / Cite this document :
Gauthier Philippe. L'inscription d'Iasos relative à l'ekklesiastikon ( I. Iasos 20 ). In: Bulletin de correspondance hellénique.
Volume 114, livraison 1, 1990. pp. 417-443.
doi : 10.3406/bch.1990.1729
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1990_num_114_1_1729L'INSCRIPTION D'IASOS
RELATIVE À V EKKLESIASTIKON
(/. IASOS 20)
une avait mur grecques. un témoignage îlot copie, Le d'une été du règlement jadis Sa golfe, maison1. qu'il le destinée plus gravé publia Tarandos d'Iasos détaillé Au fut en cours transportée, doublement (Karyanda), 1884 sur dont d'un Yekklesiastikon avec nous voyage un sans malheureuse. et disposions bref remployée d'exploration, doute mais forme, à sur l'époque judicieux là, La en ce déjà plaque en dépit sujet moderne, 1879, brisée commentaire2. pour de B. graves marbre et l'ensemble Haussoullier incomplète, d'Iasos mutilations, sur Un même laquelle des peu dans en cités plus prit le il
tard, W. R. Paton déchiffra à son tour l'inscription et communiqua son texte, très proche
de celui d'Haussoullier mais un peu plus complet, à E.L. Hicks. Ce dernier venait alors
d'achever un important mémoire sur Iasos, dans lequel il traitait notamment de cette
inscription ; il put reproduire et utiliser en post-scriptum la transcription de
W. R. Paton3. Naguère encore, ces deux copies en majuscules semblaient constituer notre
seul héritage, car on n'avait plus trace de la pierre, que L. Robert considérait comme
perdue4.
À cette perte, vraisemblablement irréparable, s'ajoutent les méfaits d'une tradition
trompeuse. Tout en dégageant nettement le sens et la portée du règlement,
(1) Sur les errances des pierres d'Iasos, voir par exemple G. Cousin et Ch. Diehl, BCH 13 (1889), p. 25
n. 2, et surtout L. Robert, Coll. Froehner (1936), p. 73-74; Opéra Minora I, p. 525-527; III, p. 1490 n. 1 ;
p. 1518-9.
(2) BCH 8 (1884), p. 218-222 : «Inscription de l'île de Karyanda». Haussoullier précisait : «Nous avons
trouvé l'inscription suivante au village, dans la maison de Konstantinos Markou. Elle est encastrée dans le mur,
au bas de la fenêtre. Elle est gravée sur une plaque de marbre blanc complète à droite, endommagée à gauche.
H. m., 0.44. L. m., 0.545. E., 0.10. La pierre a été trouvée, nous a-t-on dit, à quelques pas du village, sur le bord
de la mer, dans un endroit où l'on remarque d'autres fragments de marbres anciens». — Sur la date et les étapes
du voyage d'Haussoullier, voir G. Radet, L'Histoire et l'œuvre de l'École fr. d'Athènes (1901), p. 361 et n. 3.
(3) E. L. Hicks, «Iasos», JHS 8 (1887), p. 83-118.
(4) Celui-ci m'avait dit en 1980 (cf. infra) qu'il s'en était enquis dès ses premiers voyages, avant la guerre,
à Iasos, dans les îlots du golfe et ailleurs, puis dans les musées, mais en vain. Le village «formé de quelques
masures habitées par des pêcheurs», où Haussoullier avait vu l'inscription en 1879, avait lui-même disparu, sans
doute depuis 1922 (ces pêcheurs étaient des Grecs). 418 PHILIPPE GAUTHIER [BCH 114
B. Haussoullier n'avait pas proposé, en particulier pour les premières lignes, de longs
suppléments. E.L. Hicks, en revanche, corrigea ici et là la copie d' Haussoullier et
reconstruisit un texte presque complet (= Hicks1), qu'il modifia ensuite en post-scriptum
pour tenir compte des lectures de Paton (= Hicks2). Fait à la hâte, alors que son mémoire
était à l'impression, le second essai de restitution de Hicks n'était plus en harmonie, sur
des points essentiels, avec les observations d' Haussoullier et il présentait d'évidentes
faiblesses. C'est pourtant ce texte que Ch. Michel inséra dans son recueil, après en avoir
fait disparaître, à l'exception d'un seul, les points d'interrogation qu'avait prudemment
semés le savant anglais5. Ainsi se répandit une médiocre vulgate*.
En 1980, dans le cadre d'une recherche sur les démocraties hellénistiques, je fus
conduit à revoir de près le règlement d'Iasos. M'étant alors aperçu du caractère ruineux
du texte admis pour les premières lignes, je m'interrogeai sur la possibilité et l'intérêt
d'un réexamen d'ensemble. La disparition de la pierre et, d'autre part, l'absence de
parallèles (un tel document est jusqu'à présent unique en son genre) interdisaient de
nourrir de grands desseins. Cependant, n'était-il pas de bonne méthode de procéder à la
critique du texte reproduit par Ch. Michel ? En outre, la comparaison attentive des copies
de B. Haussoullier et de W. R. Paton suggérait quelques modifications. Enfin, le
rapprochement avec les inscriptions iasiennes découvertes au cours des fouilles italiennes
et publiées par G. Pugliese Carratelli en 1969 et 1970 se révélait fructueux, en particulier
pour la datation. Je présentai mes observations aux auditeurs de l'École Pratique des
Hautes Études7; puis je les soumis à L. Robert, parfait connaisseur d'Iasos, qui
m'encouragea à les publier.
Je fus retenu par deux considérations. S'il me paraissait nécessaire de repartir du
commentaire d'Haussoullier et d'amender en conséquence les premières lignes du
règlement, le résultat obtenu à la suite de cette révision ne laissait pas de m'embarrasser.
Inacceptable, le texte admis conduisait à une interprétation sûrement erronée, mais à
première vue assez simple ; le texte corrigé, dont j'osais croire qu'il était plus conforme à
l'original, s'avérait pour moi, à considérer le mécanisme de la distribution, d'interpréta
tion délicate. J'espérais toutefois qu'une plus longue réflexion, la lecture d'un document
ou d'une étude portant sur des sujets comparables, quelque avis judicieux me mettraient
sur la bonne voie. D'autre part, j'avais appris la publication prochaine du recueil des
inscriptions d'Iasos dans la collection dirigée par R. Merkelbach : il convenait donc
d'attendre la parution de cet ouvrage, où le règlement devait être réédité, peut-être sous
une forme nouvelle. En fait, cet utile recueil, publié en 1985 par les soins de W. Blûmel, a
seulement le statut de « Repertorium »8. Les inscriptions y sont reproduites d'après les
(5) Ch. Michel, Recueil d'inscr. gr. (1900), n° 466. Pas d'observations d'A. Wilhelm sur ce texte dans le
compte rendu critique qu'il a donné des deux premiers fascicules du Recueil (parus en 1897) dans Gôtt. Gel. Anz.
(1898), p. 201-235.
(6) Tout récemment encore, N. F. Jones, Public Organization in Ancient Greece (1987), p. 332-333, a donné
la traduction du texte transmis depuis Hicks, tout en notant le caractère conjectural des suppléments.
(7) Voir École Pratique des Hautes Études, IVe Section, Livret 1 (1982), p. 79 (conférences de 1980-1981);
cf. aussi Livret 3 (1987), p. 43 (conférences de 1984-1985).
(8) W. Blûmel, Die Inschriften von Iasos, Inschr. gr. Stâdte aus Kleinasien 28, 1-II ; cf. BullÊpigr (1987),
18. Sur la valeur du terme «Repertorium», voir les explications de R. Merkelbach dans l 'avant-propos au
vol. 12 de la collection (Ephesos II), reproduites par W. Blûmel dans son propre avant-propos, et les remarques
de J. et L. Robert, BullÊpigr (1981), 434. L'INSCRIPTION D'IASOS RELATIVE À L'EKKLESIASTIKON 419 1990]
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 1. — L'estampage de B. Haussoullier (photo Collège de France).
précédentes éditions, sans changements autres que mineurs. Notre règlement figure au
n° 20, dans la version de Hicks2-Michel9.
Ce délai de quelques années s'avéra pourtant profitable, mais de manière imprévue.
En 1987, classant des estampages du fonds Th. Homolle de l'Institut de France
(estampages présentement déposés à l'Institut F. Courby de Lyon), Th. Oziol et
G. Rougemont eurent la bonne fortune de retrouver et d'identifier celui que
B. Haussoullier avait pris de notre inscription, il y a plus d'un siècle, et G. Rougemont
me le communiqua aussitôt, ce dont je le remercie vivement. Cette redécouverte, qui me
conduisit à reprendre mes notes, me détermine maintenant à les publier. Car les doutes
(9) Avec trois nouveautés : 1) le texte est disposé par lignes ; 2) la coupe syllabique (ici, plus exactement,
la coupe par mots, cf. infra), dont on ne se préoccupait guère autrefois (ce fut A. Wilhelm qui, à partir des
années 1900, attira l'attention là-dessus, cf. en particulier L. Robert, ArchEph [1969], p. 24 et n. 2), a été
rétablie partout, de sorte que les restitutions de Hicks, au début et à la fin des lignes, se trouvent réparties de
façon un peu différente ; 3) la restitution [τ]άς [σφρα]γΐ[δ]ας à la 1. 20. 420 PHILIPPE GAUTHIER [BCH 114
que je garde au sujet de l'interprétation me paraissent balancés par le gain que procure la
consultation de l'estampage et qu'il importe de faire connaître.
L'estampage d' Haussoullier, aujourd'hui, est en piteux état : déchiré sur les côtés, il
souffre surtout d'avoir été conservé plié, et non roulé ou mis à plat (voir fig. 1 et 2). Mais
il se lit ou se déchiffre assez aisément et il permet de vérifier, parfois de compléter, les
lectures du premier éditeur. Sans entrer pour l'instant dans le détail des restitutions,
soulignons deux points. Avant d'être remployée dans le mur d'une maison, la pierre,
brisée partout sauf à droite, avait été endommagée en surface (lors d'un précédent
remploi ?) dans sa partie gauche. À droite, l'empreinte sur l'estampage des vingt ou vingt-
cinq dernières lettres des lignes est parfaitement nette. En remontant vers la gauche, les
traces deviennent rapidement indistinctes; dans cette partie, B. Haussoullier avait lu
moins de lettres que n'en déchiffra ensuite W. R. Paton, mais il arrive que son estampage
permette de deviner certaines des lettres transcrites par Paton. Néanmoins, c'est la copie
de ce dernier qu'il faut suivre, sauf exception, pour la partie gauche du texte.
L'estimation de la longueur des lignes, d'autre part, m'avait longuement retenu
avant que l'estampage me fût disponible. Haussoullier indiquait que l'inscription était
«complète à droite», mais sa copie (cf. ci-dessous) donnait l'impression qu'on pouvait ou
devait loger des suppléments à la fin de certaines lignes, et c'est ce que fit E.L. Hicks,
suivi par Ch. Michel et W. Blumel (1.6, τους δ[έ άλλους]; 1. 13, πλάτος [ου μείζονα]).
Calculant d'après les restitutions sûres — ou supposées sûres — des 1. 8, 9, 11 et 12,
j'avais conclu que chaque ligne comprenait environ 45-50 lettres, avec un peu de jeu de
part et d'autre. L'examen de l'estampage modifia ces vues. Premièrement, l'inscription
était bel et bien complète à droite (du moins jusqu'à la 1. 17), comme l'avait noté
Haussoullier. On ne doit rien ajouter à ce qui a été lu à droite (excepté une lettre ici ou là,
emportée par un éclat); et les «blancs», parfois importants, qui s'observent à la fin de
plusieurs lignes sont dus à la coupe par mots (cf. infra). L'estampage d' Haussoullier est si
net à droite qu'il ne laisse aucun doute à ce sujet : après και ταϊς (1. 7), après πλάτος (Ι. 13),
le marbre était lisse, l'estampage est plat. Ensuite et corrélativement, tout en étant
d'assez belle facture (voir ci-dessous à propos de la datation), la gravure souffre
d'irrégularités et les espacements des lettres varient sensiblement. Ainsi, à la 1. 6, la
graphie d'èκκλησιαστικόv est très aérée et le second sigma occupe la place de deux lettres;
au contraire, à la 1. 8, le graveur a serré les lettres des derniers mots pour pouvoir loger à
la fin μετρητιαΐον. Tout en demeurant acceptable, la « fourchette » de 45-50 lettres par ligne
est donc très approximative.
Pour rendre l'argumentation plus facile à suivre, je reproduis ci-après les copies de
B. Haussoullier et de W. R. Paton, ainsi que le texte traditionnellement admis, dans la
présentation de W. Blûmel.
B. Haussoullier :
OEkK ΝΔ1Δ
ΟΥΔΗΜΟΥΕΡΙΙΡΑ KPEONT
ΚΛΕΙΤΟΥ Ι£ΤΙΑΙΟ£ΑΡΟΛΛΩΝΙΔΟΥ
ΝΝΙΟΝΟΞΦΟ ΙΕΡΟΚΛΕΟΥ£ΤΟΥ£ΜΕΝ
5 ASEKASTOYMHNOSTHINOYMHNI
TO£ . . ΔΟΗΚΟΝΤΑΕΚΚΛΗΣΙ ΑΣΤΙΚΟΝΤΟΥΣΔ
ΕΚΑΣΤΟΥΜΗΝΟΣΕΚΤΗΙΙΣΤΑΜΕΝΟΥΚΑΙΤΑΙΣ l'inscription d'iasos relative à l'ekklesiastikon 421 1990]
ΣΙΑΙΣΕΚΤΙΘΕΝΑΙΑΜΑΤΗΙΗΜΕΡΑΙΚΕΡΑΜΙΟΝΜΕΤΡΗΤΊΑΙΟΝ
PAHPESTPYPHMAEXONKYAMIAIONAPEXONAPOTHSTH*
10 ΙΝΙΙΤΑΑφίΕΞΘΑΙΔΕΤΟΥΔΠΡΑΜΑΤηΐΗΑΐηΐ
ΑΤΕΛΛΟΝΤΐΚΑΙΤΟΥ£ΝΕηΡΟΙΑΞΚΑΘΗ£ΘΑΐΚΑΙΡΑΡΑΚΕΙ£ΟΑΙ
ΣΤΛίΚΐΒΠΤΙΟΝΕΞφΡΑΠΞΜΕΝΟΝΥΡΟΤηΝΡΡΟ^ΤΑΤίΙΝΕΧΟΝ
ΑΜΗΚθ£Δ!ΔΑΚΤΥΛΟΝΡΛΑΤΟ£
ΤΥΛΟΝ ΡΑφοητηΐΚίΒηΤΙΠΙΤΗ^φΥΑΗίΤΟΥΝΟΜΑ
15 ΡΟΡΕΥΟΜΕΝΠΝΔΙΔΟΤΛΕΚΑ^ΤΟ^ΡΕ^^ΟΝ
ΤΗ£ΑΥΤΌΥφΥΑΗ*ΕΡΙΓΡΑ*ΑΣΤΟΑΥΤΟΥΟΝΟΜΑ
ΘΕ Ο... ΙΟΔΕΝΕηΡΟΙΗίΕΜΒΑΛΑΕΤΰ
«ΘΩΤΑΟΝΟΜΑΤΑΡΑΤΡΟΟΕΝ
ΖΟ.. PECÎONPAPAII
20 Ε.Α^ΤΩΝΚΙΒΛΤ
W. R. Paton:
ΟΕ«Κ/ ΝΔΙΑ
ΙΔ ΜΟΥΕΡΙΚΡ/ ΚΡΕΟΝΤΟ
ΛΕΙΤΟΥ ΗΕΣΤΙΑΙΟΣΑΡΟΛΑΩΝΙΔΟΥ
ΝΝΙ^ΝΟΣφθΡΜΙ2ΝΙΕΡΟΙ<ΛΕΟΥΣ . ΤΟΥΣΜΕΝ
ΑΙΤΟΙΣ ΕΟΙΟΙΑΣΕΚΑΣΤΟΥΜΗΝΟΣΤΗΙΝΟΥΜΗΝΙΑ 5
ΤΟΝΟΓΔ OHkONT Α ΕΚΚΛΗΣΙΑ ΣΤΙ ΚΟΝΤΟ ΥΣΖ.
ΣΤΟΥΜΗΝΟΣΕΚΤΗΙΙΣΤΑΜΕΝΟΥΚΑΙΤΑΙΣ
ΣΙΑΙΣΓ . ΤΙΘΕΝΑΙΑΜΑΤΗΙΗΜΕΡΑΙΚΕΡΑΜΙΟΝΜΕΤΡΗΤΙΑΙΟΝ
ΣΡΛΗΡΕΣΤΡΥΜΗΓΑΕΧΟΝΚΥΑΜΙΑΙΟΝΑΡΕΧΟΝΑΡΟΤΗΣΓΗΣ
φ ΣΟΝΡΟΔΩΝΕΡΆΑφΕΣΟΑΙΔΕΤΟΥΔ^ΡΑΜΑΤΩΐΗΛΙ^Ι 10
ON ΤΟΥΣ . Ε . . ΟΙΑΣΚΑΘΗΣΟΑΙΚΑΙΡΑΡΑΚΕΙΣΘΑΙ
TQIK . ΒΩΤΙΟΝΕΣφΡΑΠΣΜΕΝΟΝΥΡΟΤΩΝΡΡΟΣΤΑΤΩΝΕΧΟΝ
Ι ΙΣ ΜΗΚΟΣΔΙΔΑΚΤΥΑΟΝΡΛΑΤΟΣ
ΜΟΥΚΑΙΕΡΙΓΕΓΡΑφΟΩΤΩΙΚΙΒΩΤΙΩΙΤΗΣφΥΛΗΣΤΟΥΝΟΜΑ
ΕΕΙΣΤ ΑΝΡΟΡΕΥΟΜΕΝΩΝΔΙΔΟΤΩΕΚΑΣΤΟΣΡΕΣΣΟΝ 15
1011 ΣΑΥΤΟΥφΥΛΗΣΕΡΙΓΡΑΫΑΣΤΟΑΥΤΟΥΟΝΟΜΑ
ΟΟΕ 3 Ρ ΟΔΕΝΕΩΡΟΙΗΣΕΜΒΑΛΛΕΤΟ
3ΕΣΘΩΤΑΟΝΟΜΑΤΑΡΑΤΡΟΘΕΝ
ΩΝΤΕΣΣΟΝΡΑΡΑ
ΑΣ ΙΠΑΣΤΓ.ΝΚΙΒΩ 20
Κ . . ΩΤΙΟΥ 422 PHILIPPE GAUTHIER [BCH 114
Fig. 2. — La partie droite de l'estampage (photo Collège de France). 1990] L'INSCRIPTION D'IASOS RELATIVE À L'EKKLESIASTIKON 423
W. Blûmel, /. Iasos 20 :
[Έδοξεν τήι βουλήι καΐ τώι δήμωι* πρυτάνεων γνώμη*]
[περί ών έπήλθον οι νεωπόϊαι επερωτώντες]
1 [πώς δει κάί πότε τ]ό έκκ[λησιαστικό]ν διδ[όναι·]
[ Εύ]θυδήμου, Έπικρά[της] Κρέοντο[ς],
[ Ήρα]κλείτου, Έστιαΐος Άπολλωνίδου,
4 [ Μι]νν£ωνος, Φορμίων Ίεροκλέους· τους μέν
[πρυτάνεις κ]αί τους [ν]εωποίας εκάστου μηνός τήι νουμηνία[ι]
[λαβείν δραχμάς έκα]τόν όγδοήκοντα έκκλησιαστικόν, τους δ[έ άλλους]
[τριώβολον] εκάστου μηνός Ικτηι ισταμένου · καΐ ταΤς
8 [εκκλη]σ£αις έκτιθέναι άμα τηι ήμέραι κεράμιον μετρητιαΐον
[δδατο]ς [έ]φ* [6]σον πλήρες, ποδών τρύπημα έπ[τ]ά# Ιχον άφέσθαι κυαμιαΐον δέ τό ύδωρ άπέχον άμα άπό τώι της ήλίωι γης
[άν]ατέλλοντι · και τους νεωποίας καθήσθαι, και παρακεϊσθαι
12 [έκά]στωι κιβώτιον εσφραγισμένον ύπό των προστατών έχον
[Ικαστον ε]ίσ[βολήν] μήκος διδάκτυλον πλάτος [ού μείζονα]
[κυά]μου · καΐ έπιγεγράφθω τώι κιβωτίωι τής φυλής τοΰνομα *
[τών δ]έ εις τ[ήν έκκλησ£]αν πορευομένων διδότω Ικαστος πεσσόν
16 [τώι νεωπ]οί[ηι] τής αύτου φυλής, έπιγράψας τό αύτου άνομα '.:■
[πατρ]όθε[ν · ] ό δέ νεωποίης έμβαλλέτω
[εις τό κιβώτιον και γρα]φέσθω τά ονόματα πατρόθεν*
[ ]ων πεσσόν παρα[ ]
20 [ τ]ας [σφρα]γΐ[δ]ας τών κιβωτ[ίων ]
[ ]κ['β]ωτίου [ ]
La date du règlement™. '
Β. Haussoullier montra l'origine iasienne de l'inscription, mais ne dit rien de la date.
E. L. Hicks hésita. Il fut d'abord tenté d'attribuer le règlement au IIe siècle, après 168,
c'est-à-dire à une période de «restauration de l'indépendance» (loc. cit., p. 110). Ensuite,
entré en possession de la copie de W. R. Paton, il changea d'avis. Tout en regrettant de
n'avoir pu examiner la forme des lettres, il écrivait : «There is no apparent reason why
the decree should not be assigned to the third or even fourth century B.C.» (loc. cit.,
p. 117). J'ignore sur quoi E. L. Hicks fondait cette proposition11. Par la suite, Ch. Michel
se borna à noter : «me s. av. J.-C». Quant à W. Blùmel, observant la forme ancienne du
sigma sur le fac-similé de B. Haussoullier, il conclut prudemment : «la datation proposée
par Hicks, me siècle ou même ive siècle avant J.-C, ne semble pas exclue».
(10) Je reprends et développe ici ce que j'avais brièvement indiqué dans BullÉpigr (1987), 18, p. 273.
(11) Dans son post-scriptum, Hicks indiquait que W. R. Paton lui «avait transmis sa propre transcription
du décret sur l'ekklesiastikon»; mais il n'en avait pas reçu d'estampage, puisqu'il ajoutait : «la forme des lettres
aurait pu nous aider à fixer la date». S'inspirait-il ensuite, dans la proposition tendant à remonter la date au
me siècle ou même au IVe siècle, d'un avis exprimé par W. R. Paton? C'est possible, mais rien ne le suggère.
D'autre part, la copie de Paton, à la différence de celle d'Haussoullier, ne donne aucune indication sur la forme
des lettres. PHILIPPE GAUTHIER [BCH 114 424
On peut aujourd'hui se montrer un peu plus affirmatif et plus précis que
Hicks. Parmi les personnages mentionnés au début du texte figure, 1. 2, ΕΓΙΚΡ/
KPEONTO - - (copie de Paton). Les éditeurs, depuis Hicks, ont transcrit : Έπικρά[της]
Κρέοντο[ς]. Mais la copie de Paton et l'estampage d'Haussoullier montrent qu'entre le A
incomplet et le Κ la lacune est d'environ 7-8 lettres (et non de 3). Le nom paraissant hors
de doute, c'est le patronyme qui doit être restitué autrement. Au reste, Κρέων est pour
l'heure inconnu dans l'onomastique iasienne, alors que le composé Έρμοκρέων y est
attesté, de même qu'Hermogénès, Hermodôros, Hermophantos ou Hermokratès12.
Précisément, un Épikratès, fils d'Hermokréôn, figure parmi les prytanes qui proposèrent
les décrets pour Antiochos d'Halicarnasse et pour Théodôros, Cretois de Rhaukos13. Or
ces deux décrets peuvent être approximativement mais sûrement datés du dernier tiers
du ive siècle. Ils font en effet partie du lot des décrets gravés «sur la parastade qui est
devant le bâtiment des magistrats», sur l'agora, comme le fameux décret pour Gorgos et
Minniôn, lesquels étaient intervenus auprès d'Alexandre, vers 330-323, en faveur de leurs
concitoyens (Syll.3 307 ; /. Iasos 30), et comme le décret honorant, avant 314/3, le dynaste
de Carie Eupolémos14. Si, comme il est vraisemblable, l'Épikratès, fils d'Hermokréôn, que
je retrouve dans notre texte parmi des magistrats (peut-être les nêôpoiai, cf. infra), ne fait
qu'un avec le prytane mentionné dans des décrets datables des années 330-300, alors le
règlement sur Vekklesiastikon doit être assigné, lui aussi, à la même période.
L'examen de la gravure, grâce à l'estampage d'Haussoullier, confirme pleinement
cette hypothèse. D'abord, l'usage de la coupe par mots, respecté dans notre inscription,
s'observe couramment à Iasos dans les documents du dernier tiers du ive siècle. C'est le
cas dans le décret pour Gorgos et Minniôn, où, à cause de cela, les lignes sont de longueur
très inégale (1. 3 : 21 lettres ; 1. 4 : 27 ; 1. 6 : 20 ; 1. 7 : 27), dans le décret pour Eupolémos
et dans bien d'autres textes gravés à peu près contemporains15. Ensuite et surtout, la
forme ancienne des lettres est tout à fait comparable à celle qu'on remarque sur les stèles
iasiennes des dernières décennies du ive siècle16.
En dépit des zones d'ombre qui subsistent pour cette époque, l'étude du contexte
historique permet d'ajouter quelques précisions. Un règlement comme le nôtre, visant à
améliorer le fonctionnement d'institutions démocratiques, suppose au minimum l'autono-
(12) Voir l'index du recueil de W. Blûmel.
(13) Ces deux décrets ont été publiés par G. Pugliese Carratelli, Annuario 45-46 (1967/8), p. 453, ne 3;
47-48 (1969/1970), p. 381, n° 6; à présent I. Iasos 37 et 53.
(14) L. Robert, Coll. Froehner (1936), 75; I. Iasos 32 (gravé sur la même pierre que 31, fragment
mentionnant la gravure sur la parastade).
(15) Voir /. Iasos 33, 34, 37, 38, 39, 42, 45, 47, 50, 53, 61. Dans d'autres inscriptions iasiennes de la fin du
ive siècle, la coupe par mots coexiste avec la coupe syllabique, cf. /. Iasos 31, 1 ; 48,3, 5 et 7. Sur l'usage de la
coupe par mots en général, voir notamment L. Robert, J. Asiatique (1958), p. 8 n. 2 (Opéra Minora III, 1552
n. 2); Hellenica XI-XII (1960), p. 85-86; ArchEph (1977), p. 197 et n. 4.
(16) La comparaison est possible grâce aux bonnes photographies publiées par G. Pugliese Carratelli :
voir en particulier Annuario 45-46 (1967/8), p. 453 n» 3 et fig. 7 (/. Iasos 37); p. 454 n°4 et fig. 8 (/. Iasos 50);
p. 454-5 n° 5 et fig. 9 (/. Iasos 61). Relevons les marques d'ancienneté qu'on observe à la fois sur ces
photographies et sur l'estampage d'Haussoullier : Ε à barre médiane plus courte, Θ avec un point au centre, Κ
dont les deux barres obliques sont rarement jointives, N dont la branche droite est plus courte, Π asymétrique
(haste droite très courte), Σ à barres faiblement divergentes, ΐ avec courbure plus ou moins marquée des
branches obliques. Les lettres rondes sont à peu près de même module que les autres lettres. L'INSCRIPTION D'IASOS RELATIVE À L'EKKLESIASTIKON 425 1990]
mie, voire une assez large indépendance. On exclura donc les années 323-314/3 : Iasos
dépendait alors du satrape Asandros et ne disposait pas, semble-t-il, de l'autonomie17.
Comme nous l'ont appris des inscriptions publiées en 1969 par G. Pugliese Carratelli, le
sort de la cité ne s'améliora guère dans les années suivantes, de 313 à 309/8. Polémaios,
envoyé à Iasos par son oncle, la «contraignit à se rallier à Antigone» (Diodore, XIX 75,5)
et ce fut alors, probablement, qu'il y établit une garnison, commandée par trois chefs
mercenaires, Machaon, Hiérôn et Sôpolis, dont le retrait fut obtenu en 309/8 grâce à
l'intervention de Ptolémée (I), auquel s'était rallié Polémaios18. Un peu plus tard, après
305, Ptolémée I reconnut officiellement Iasos «libre et autonome»; maîtresse de ses
revenus, la cité était cependant astreinte au paiement d'une syntaxis, destinée à assurer
«la phylakè du territoire» (I. Iasos 4,5), expression qui pourrait évoquer l'entretien
— donc la présence — d'une garnison aux ordres du roi19.
En définitive, l'hypothèse la plus tentante consiste, il me semble, à rapporter notre
inscription à l'époque d'Alexandre, vers 330-325 — sans qu'on puisse toutefois exclure
une date plus tardive, autour des années 30020.
L'intitulé et la liste des noms (l. 1-4).
Le début du texte est perdu. B. Haussoullier écrivait prudemment : «Dans les
premières lignes conservées, on reconnaît seulement quelques mots isolés, [τ]ο εκκλησιασ
τικών διδ[όναι] 1. 1 ... et des noms propres, qui sont ceux des magistrats ou des auteurs de la
proposition» (loc. cit., p. 219). S'étant inspiré des décrets d'Iasos comportant la formule
περί ών έπηλθον κτλ., «sur le rapport de tel et tel», E. L. Hicks reconstruisit l'intitulé qu'on
(17) Diodore, XIX 75, 1 (cf. H. Schmitt, Staalsvertrâge III, n° 425). Sur Asandros, voir notamment
H. Berve, Alexanderreich II (1926), p. 87 n° 164 ; L. Robert, Mélanges Isidore Léoy (1955), p. 555 (cf. BullÉpigr
[1979], 466); M. J. Osborne, Naturalization in Athens II (1982), p. 113-115. On connaît depuis peu un exemple
d'intervention directe du satrape dans les affaires d'une cité, Amyzon, en 321/0 : J. et L. Robert, Amyzon I
(1983), n° 2, p. 97-118, en particulier 110.
(18) /. Iasos 2 (sur la date de l'accord entre la cité et les chefs mercenaires, en dernier lieu H. Hauben,
Epigr. Anal. 10 [1987], p. 3-4); voir notamment le commentaire de R.S. Bagnall, Adminislration (1976), p. 89-
90. Avant la publication de ce texte, les commentateurs s'étaient interrogés sur la valeur et les limites de la
«liberté» octroyée par Polémaios (et par Antigone) aux cités. Le cas de Milet semblait autoriser l'optimisme.
Mais, au sujet de cette dernière, Diodore précise qu'«on appela les citoyens à la liberté» et qu'après le siège de
Vakra «l'autonomie» de la cité fut rétablie ; et l'on sait depuis 1914 que les Milésiens célébrèrent l'événement en
inscrivant que, sous le stéphanéphore Hippomachos (313/2), «la cité devint libre et autonome grâce à Antigone
et la démocratie fut rétablie » (Delphinion 123, 2-4). À propos d'Iasos, en dépit du texte de Diodore mentionnant
la contrainte (ήνάγκασε προσθεϊσθαι τοις περί Άντίγονον), E.L. Hicks s'enhardissait à écrire que Iasos «enjoyed
whatever liberty is capable of being conferred by a conqueror's grâce, and received a material pledge of freedom
in the removal of the garrison » (loc. cit., p. 93). On voit désormais que la situation fut variable selon les cités et
que celle d'Iasos fut plutôt sombre.
(19) Cf. H. Hauben, loc. cit. à la note précédente.
(20) La même incertitude pèse sur la datation des nombreux décrets d'Iasos, parfois mutilés, qu'on
assigne aux années 330-300 (cf. les références indiquées supra note 15, qui seraient à compléter). L'étude
attentive du formulaire permettrait peut-être d'introduire un peu d'ordre dans cette série. Ainsi, seuls Gorgos et
Minniôn, sous Alexandre (/. Iasos 30), et d'autre part deux Athéniens (/. Iasos 42) sont gratifiés de Yatéleia sans
précision, alors que dans les autres décrets les bénéficiaires reçoivent Γ ατέλεια ών ή πόλις κυρία εστί, formule
attestant la dépendance de la cité. Voir, à propos d'Iasos et du décret pour Aristodémos, L. Robert, Coll.
Froehner, 76 et n. 2.

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