L'outillage préhistorique en os du Nord - Pas-de-Calais. Inventaire et aspects techniques - article ; n°1 ; vol.29, pg 193-215

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Gallia préhistoire - Année 1986 - Volume 29 - Numéro 1 - Pages 193-215
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Publié le : mercredi 1 janvier 1986
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Françoise Bostyn
Luc Vallin
L'outillage préhistorique en os du Nord - Pas-de-Calais.
Inventaire et aspects techniques
In: Gallia préhistoire. Tome 29 fascicule 1, 1986. pp. 193-215.
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Bostyn Françoise, Vallin Luc. L'outillage préhistorique en os du Nord - Pas-de-Calais. Inventaire et aspects techniques. In:
Gallia préhistoire. Tome 29 fascicule 1, 1986. pp. 193-215.
doi : 10.3406/galip.1986.2249
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1986_num_29_1_2249PRÉHISTORIQUE EN OS DE LA RÉGION NORD-PAS-DE-CALAIS L'OUTILLAGE
INVENTAIRE ET ASPECTS TECHNIQUES
par Françoise BOSTYN et Luc VALLIN
I. L'OUTILLAGE OSSEUX PALÉOLITHIQUE Un travail de recherche des sources de la
préhistoire régionale a été entrepris depuis quelques
années à travers un dépouillement bibliographi La rareté des découvertes, jointe à la disparition
que systématique et un inventaire des collections de plusieurs objets signalés et au caractère douteux de
publiques ; l'un des résultats attendu est la réalisation certains autres, rend nos connaissances sur cette
d'un corpus du matériel préhistorique, le présent période très lacunaires. Nous avons regroupé les
travail en est un premier aboutissement. L'outillage vestiges en deux unités géographiques.
osseux du Nord-Pas-de-Calais est peu connu en
raison de la dispersion des publications ; il est apparu Le Boulonnais et sa périphérie
opportun de faire une mise au point, en insistant sur
Des « outils en os magdaléniens » auraient été les aspects techniques, souvent négligés par les
découverts à Brèmes, lieu-dit Ferlinghem (Deneck, anciens auteurs. Deux problèmes se sont posés lors de
1943), sur lesquels nous ne possédons pas de précisions. cette étude : l'absence fréquente de contexte qui rend
Dans la ballastière de La Montoire, à Nielles-lès- difficiles les attributions culturelles et la disparition
Ardres, R. Ringot (1975) a signalé des « aiguilles en d'un certain nombre d'objets par la dispersion ou la
Bois de renne magdaléniennes » trouvées au début du destruction des collections (les objets disparus ne
siècle (non figurées par cet auteur). Sur la plage de seront cités que pour mémoire).
Wimille, a été recueilli « un instrument en os de 14 cm Un gisement remarquable fait exception, celui de la
de long, avec une extrémité polie et arrondie en montagne de Lumbres qui a livré un matériel osseux
pointe » ; d'après l'auteur cet objet proviendrait du abondant et bien daté (Néolithique moyen) qui
site de Terlincthun, au sommet de la falaise, attribué pourra servir de référence ; ce gisement a fait l'objet
à l'Age du Renne (Lefebvre, 1876). Dans un contexte de fouilles récentes par J.-F. Piningre et sera publié
semblable, au milieu d'une industrie lithique abonultérieurement. La méconnaissance fréquente du
dante, ont été trouvés au Portel, ruisseau du Pont- contexte en dehors de ce dernier cas nous a fait
Hamel, une demi-douzaine d'os de renne, dont deux préférer une présentation typologique, hormis pour
auraient été appointés (Hamy, 1866, p. 239-240). les objets paléolithiques, d'ailleurs peu nombreux, qui
seront présentés en premier lieu. Les harpons et Le lœss de Blacourt à Leubringhen a fourni à
pointes barbelées seront traités ensuite. Les objets plusieurs reprises à la fin du siècle dernier des bois de
protohistoriques (au sens large) ont été divisés en renne ; deux sont encore conservés au Musée de
trois rubriques : instruments de percussion, instr Boulogne-sur-Mer (nos 899 et 900 de l'inventaire), et
présentent quelques traces d'action humaine limitées uments perforants, la dernière catégorie regroupant des
types d'outils peu représentés (lissoirs, objets
perforés, etc.)1 (fîg. 1).
prêté des objets. Les dessins, sauf indication contraire, sont
des auteurs, les photographies sont des auteurs et de
1. Nous remercions les conservateurs des musées qui nous J.-M. Patin, agent technique à la Direction des Antiquités
ont facilité l'accès au matériel et les particuliers qui nous ont préhistoriques.
Gallia Préhistoire, Tome 29, 1986, 1, p. 193-215.
13 194 FRANÇOISE BOSTYN ET LUG VALLIN
\ POINTE BARBELÉE
/^INSTRUMENT PERFORANT
c=3 OUTIL DE PERCUSSION
Q DIVERS
Ç\ PALE PALEOLITHIQUE
V\Le ^Equiheii-Plase Portel
""Neufchâtel-Hardelot
Etaplet
PAS- DE -CALAIS
'•••' Solesmes
5Okm
Fig. 1. — Carte de localisation.
et peu significatives d'une intention quelconque ; la telles retouches sur les arêtes d'os longs fendus sont
pièce n° 900 a été décrite par E.-T. Hamy (1868). bien connues dans le Paléolithique comme ceux par
L'ancienne carrière de La Garenne à Arques, dans exemple de la grotte magdalénienne de Pekarna en
la vallée de l'Aa, célèbre pour l'abondante faune Moravie. Sur la partie postérieure de la partie
pleistocene qui y fut trouvée, a livré au Dr G.Pontier proximale, on observe une surface raclée sur 42 mm
deux os travaillés : une côte de bovidé sciée, de long et 15 mm de large.
découverte à la base du lœss qui aurait contenu aussi Dans la grotte de Clèves (Hydrequent) à Rinxent,
des silex magdaléniens (Pontier, 1909, p. 174) la couche G (magdalénienne) fouillée par Ghaplain-
— cette pièce a disparu — et un fragment taillé dans Duparc en 1874 n'a livré qu'un seul ossement travaillé,
la partie postérieure d'un cubitus de mammouth, au une « côte de vieux bœuf percé d'un trou » (Hamy,
sommet du cailloutis supérieur de la terrasse de 1897, p. 266-267).
Neuffossé, dans un contexte moustérien ; G. Pontier
voit dans ce dernier objet des aménagements destinés Le Bassin de l'Escaut
à en faire un poignard (Pontier, 1921 et 1932} ;
Dans le gisement moustérien de Bertincourt à il est conservé au Musée de Saint-Omer (fig. 2). Ses
Hermies, A. Salomon ne signale qu'un « métatarse de dimensions sont les suivantes : L., 388 mm ; ép. max.
petit cheval portant (des traces) d'utilisation comme dans le sens antéro-postérieur, 35 mm ; 1. max.,
enclume ou marteau » (Salomon, 1913) ; cette inter31 mm. L'extrémité proximale porte des traces de
prétation semble douteuse mais ne peut être contrôlée. découpage à partir d'un sillon périphérique. La partie
distale a été aménagée en pointe obtuse sur 71 mm, A Haspres, dans la vallée de la Selle, au sommet
par des enlèvements grossiers. Les arêtes opposées d'un cailloutis, de nombreux ossements ont été trouvés
à la crête postérieure sont partiellement abattues par en 1907, dont plusieurs étaient sectionnés ou
des enlèvements tantôt directs, tantôt inverses. De « portaient des encoches rectilignes » (Hénault, 1930, EN OS DU NORD-PAS-DE-CALAIS 195 OUTILLAGE
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 2. — « Poignard en os » de La Garenne à Arques (Musée de Saint-Omer).
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5 cm -
Illustration non autorisée à la diffusion
Illustration non autorisée à la diffusion L5crr>
Fig. 3. — Poinçon en os de Solesmes (Mairie de Solesmes).
Fig. 4. — Tronçon d'ivoire travaillé de Solesmes (Mairie de
p. 33-35) ; nous n'avons pu ni vérifier ces observations, Solesmes).
ni les interpréter.
A Famars, M. Hénault (1927) a exploré une carrière
de grès, aujourd'hui disparue, ouverte au sud-ouest du et Fagnart, 1972). Il s'agit d'un Moustérien typique de
datation malheureusement incertaine en raison du Mont-Houy : à la base d'une séquence lœssique de
plus de 6 m, un niveau d'occupation, situé entre de contexte stratigraphique. Dans la collection Chiris,
recueillie en surface sur le site (conservée à la Mairie gros blocs de grès, a livré des témoins de combustion,
quelques silex taillés, ainsi que des os de cheval, de de Solesmes), se trouvent deux objets en os sur
lesquels Baudet (1950) a attiré l'attention. Il s'agit bovidé, de mammouth et de Rhinoceros Hchorhinus.
Juste au-dessus de ce niveau, Hénault a recueilli d'un poinçon en os « d'oiseau de grande taille » :
un os de renne et une « corne de cervidé avec trace L., 92 mm ; 1. max. à la partie proximale, 30 mm et
d'utilisation ». Le sommet remanié des sables ter ép. max., 11 mm (fig. 3). L'examen du poinçon montre
tiaires contenait « un os duquel on avait détaché qu'il est, en fait, confectionné dans une fibula de
quelques fragments, ayant dû vraisemblablement cheval. La surface présente un poli d'usure ; la pointe
servir d'aiguille ». Les objets autrefois conservés au est cassée en biseau, quasi perpendiculairement aux
Musée de Bavay ont aujourd'hui disparu. Hénault faces de l'os. Le second objet (fig. 4) est aménagé
datait son « foyer » du Moustérien ou Aurignacien dans un fragment d'ivoire de jeune Mammuthus
mais sans apporter d'arguments ; on peut cependant primigenius (détermination G. Arambourg). La
longueur totale est de 45 mm. Les deux extrémités noter que toute cette zone est connue pour ses
vestiges du Paléolithique supérieur et moyen (études sont polies, convexes et on peut y voir la structure
en cours). concentrique de l'ivoire. Les dimensions de la partie
Le gisement du Mourmont à Solesmes est connu distale sont 30 par 26 mm ; celles de la
par contre par des fouilles récentes (Sommé, Vaillant proximale de 33 par 31 mm. Cet objet a été assimilé 196 FRANÇOISE BOSTYN ET LUG VALLIN
à un « churinga ». Cette dénomination masque notre Beuvry. Fragment de pointe barbelée en « bois
de cerf»(?). D'après le dessin et la photographie méconnaissance de la fonction de ce type d'objet.
publiés par Terninck (fig. 5, n° 1), c'est dans son état L'outillage osseux du Paléolithique ancien et
actuel, la partie proximale manquant, une pointe moyen est peu connu hormis en Europe centrale qui
cylindrique, rectiligne, de 20 cm de long environ, fine, fournit quelques objets avec lesquels on peut faire
largeur maximale 15 mm, présentant un rang de quelques comparaisons : le « poignard » d'Arqués peut
18 barbelures rectangulaires assez espacées (en être rapproché de ceux de Salzgitter-Lebenstedt et
moyenne 6 mm entre 2 barbelures) mais peu dégagées Duisburg, également confectionnés dans une côte,
du fût. La partie barbelée couvrant la quasi-totalité ainsi que des côtes de rhinocéros laineux travaillées de
de la longueur, la pointe est courte (environ 10 mm) Westphalie (Tromnau, 1983). De même, des objets
mais effilée. Terninck signale un creux longitudinal semblables au « churinga » de Solesmes sont connus
entre le fût et la partie barbelée ; il s'agit probabledans le Moustérien de Hongrie (Vertes, 1959).
ment d'une préparation à la confection des barbelures
comme le montre la photographie. L'autre pointe
barbelée, non figurée, est décrite comme semblable II. LES HARPONS ET POINTES BARBELÉES
à la précédente mais courbe.
II a été beaucoup écrit sur les harpons « Magle- Bélhune. Une « base de harpon » n'est connue que mosiens de la région de Béthune »2, malheureusement par la photographie publiée par Terninck (fig. 5, ce sont souvent des renseignements de deuxième ou n° 2) : longueur de la base jusqu'à la base de la troisième main et on ignore le nombre exact des dernière barbelure, 66 mm. L'agrandissement photoexemplaires découverts. Nous n'avons pu en retrouver graphique montre qu'il n'y a pas d'aménagement de que deux. Une mise au point s'avère donc indis la partie proximale. pensable. La pointe barbelée conservée au Musée de Saint-
De Beuvry (Pas-de-Calais), A. Terninck décrit Germain-en-Laye, y est entrée en 1872 (n° 17523) avec
deux pointes barbelées, provenant des marais de La d'autres pièces de Béthune (fig. 6). Elle est
Fontaine hideuse, dont une est figurée (1866 et 1878) confectionnée dans un os long, le tissu spongieux est
et qui a été détruite dans le Musée d'Arras en 1915. visible sur une face de la partie proximale. La patine
Il existait peut-être d'autres objets puisque Terninck est noirâtre et luisante traduisant probablement
cite (1879) des « harpons et bouts de flèches un séjour dans la tourbe. Dimensions : L., 207 mm ;
(= poinçons?) à Beuvry». L. partie barbelée, 132 mm ; 1. max., 15 mm (à 49 mm
De Béthune (Pas-de-Calais), on connaît une base de de la base) ; ép. max., 8 mm (à 54 mm de la base).
harpon figurée par Terninck et détruite également en Le dos est légèrement et assez régulièrement convexe.
1915, un « bout de flèche avec crochets en silex », Le bord opposé est très légèrement concave dans sa
une pointe barbelée figurée par Mortillet et Deneck et partie barbelée, sub-rectiligne et oblique dans ses
conservée au Musée des Antiquités nationales et parties distale et proximale. Le profil est sensiblement
une pointe barbelée figurée par Breuil et Deneck, symétrique sauf dans sa partie proximale. En section,
conservée au British Museum. Un « morceau de bois le corps de l'objet est ovalaire ; la partie proximale est
d'élan scié et travaillé » trouvé dans les fortifications aplatie et légèrement piano-convexe. La pointe a été
de Béthune et cité par Dutilleux coïncide-t-il avec amincie par abrasion sur environ 15 mm, en biseau
l'un des exemplaires précédents? dissymétrique et perpendiculaire, au profil donnant
D'Isbergues (Pas-de-Calais), une pointe barbelée une section grossièrement carrée (largeur du biseau,
en os figurée par Lartet et Christy, reprise par Rigaux, 2 mm). L'angle de pénétration est de 30°. L'objet est
était autrefois conservée au Musée des Beaux-Arts parfaitement poli hormis la partie proximale qui
de Lille. porte des traces d'abrasion sous forme de facettes
Nous allons reprendre successivement l'étude des striées. Elle est amincie et rétrécie de façon
objets encore accessibles. dissymétrique peut-être pour être emmanchée. La
partie distale porte des rainures profondes, longi
tudinales sur 67 mm, antérieures à la confection des
barbelures. Le bord barbelé porte 9 incisions peu
2. A. Terninck, 1866, 1878, 1879 et 1880; E. Lartet et profondes (1 à 2 mm), peu larges (2 à 2,5 mm) et
H. Christy, 1875; Dutilleux, 1876; E.-T. Hamy, 1899; 2 ébauches d'incisions, ce qui détermine 9 barbelures
n° H. 477 Rigaux, ; G. Schleicher, 1900; G. 1926 et A. ; H. de Breuil, Mortillet, 1926 ; 1903, G. Goury, pi. XLVI, 1932 ; sub-rectangulaires larges de 10 mm en moyenne
(extrêmes 0,8 et 1,7 mm). Les pointes des barbelures G. Deneck, 1943 ; R. Prévost, 1958 ; J.-G. Rozoy, 1976. EN OS DU NORD-PAS-DE-CALAIS 197 OUTILLAGE
- - o
Illustration non autorisée à la diffusion
5cm -. Illustration non autorisée à la diffusion -o-
-O-
1 z
Fig. 5. — 1, pointe barbelée en os de Beuvry (photo. A.
Terninck, 1866) ; 2, base de pointe en os de Béthune (photo.
A. Terninck, 1866).
Fig. 6. — Pointe barbelée en os de Béthune (M.A.N.).
sont déterminées par 2 rainurages courts (5 à 6 mm une face ; l'autre face est imparfaitement polie et
maximum), convergents, au burin de silex, orientés montre l'extérieur du bois. La patine est brun-gris.
obliquement vers la partie proximale avec un angle de Dimensions : L., 187 mm dans son état actuel ;
rétention des barbelures d'environ 30° (fig. 7). Les L. partie barbelée, 142 mm ; 1. max., 18 mm (à 68 mm
rainurages ont été effectués essentiellement sur de la base) ; ép. max., 8,5 mm (à 5,5 mm de la base).
une face (exclusivement, même, dans le cas des Le dos est convexe, le bord opposé est légèrement
ébauches). L'autre face ne porte que de faibles convexo-concave ; le profil transversal est à peu près
incisions, toujours par paire, en grande partie symétrique et ovoïde ; la partie proximale est
effacées par le polissage. La confection des barbelures amincie et rétrécie en languette. La pointe est cassée.
est résumée dans la figure 8. La base, la partie barbelée et le dos sont polis et
La pointe barbelée du British Museum portent de fines rainures longitudinales. La zone
(n° 1923 1-11,1) a été donnée par Sir Hercules Read barbelée est individualisée par un amincissement de
et porte l'indication « Béthune 1849 » (fig. 9). 1 à 2 mm par rapport au fût, plus prononcé sur
Elle est confectionnée dans un bois de cervidé une face que sur l'autre. Les 6 barbelures sont
(renne probablement) et son profil longitudinal espacées, bien dégagées et de forme sub-rectangu-
montre une sinuosité due à la forme originelle laire ; la longueur des barbelures varie entre
de l'andouiller. Le tissu spongieux est visible sur 8 et 11 mm, leur espacement entre 0,6 et 1,6 mm ; 198 FRANÇOISE BOSTYN ET LUG VALLIN
leur amplitude par rapport au fût varie entre 2 et
5 mm. On peut restituer ainsi la confection des
barbelures :
amincissement de la partie active par rainurage
longitudinal à 10 mm en moyenne du dos (encore
visible sur la partie proximale) puis abrasion ;
dégagement des barbelures par incision oblique vers
la base et l'extérieur à partir d'une face (et dans 3 cas
à partir de l'autre face) ;
puis évidement par raclage sur le profil, dirigé
vers la base (des traces en sont encore visibles
sous forme d'ondulations) ;
les parties évidées et les barbelures sont polies.
Isbergues. La pointe barbelée autrefois conservée au
Musée des Beaux-Arts de Lille et provenant de la
collection Watelet a été décrite et figurée par Lartet et Illustration non autorisée à la diffusion
Christy (fig. 10, n° 1). Elle a été découverte au
xixe siècle à 20 m de La Lacque, à 3 m de profondeur,
dans un terrain argileux à coquilles fluviatiles.
Elle a été confectionnée dans un os long, le canal
médullaire est visible sur une face, sa longueur est de
270 mm, largeur maximale 19 mm (à 136 mm de la
base) ; la partie barbelée occupe exactement la
moitié distale. La base est incurvée vers le bord
barbelé, il ne s'agit pas cependant d'un dispositif de
rétention. Le dos est très légèrement convexe.
5 incisions courtes, obliques, étroites, déterminent
5 barbelures rectangulaires peu dégagées du fût
(amplitude : 5 mm environ) longues de 18 à 22 mm,
hormis la première barbelure, courte (4 mm). L'angle
de rétention des barbelures est de 40° environ. La
pointe est courte : 16 mm, son angle de pénétration
est de 35°.
Un examen plus détaillé des pointes que nous
possédons encore, permet de réexaminer leur attribuFig. 7. — Détail des barbelures de la pointe de Béthune
(M.A.N.). tion culturelle globale au Maglemosien. Il s'agit, dans
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 8. — Processus de confection des barbelures de la pointe de Béthune (M.A.N.) : 1, incisions décalées et obliques entre elles ;
2, convergence des rainures ; 3, approfondissement des rainures, la rainure inférieure est moins prononcée, plus étroite et diss
ymétrique ; 4, approfondissement de l'encoche ; 5, 3e rainure éventuelle perpendiculaire aux précédentes ; 6, une ou deux rainures
obliques peu profondes sur l'autre face ; 7, polissage. OUTILLAGE EN OS DU NORD-PAS-DE-CALAIS 199
rl5cm
-o Illustration non autorisée à la diffusion
-10
Illustration non autorisée à la diffusion
-5
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Fig. 9. — Pointe barbelée en bois de renne de Béthune
(British Museum).
chaque cas, de découverte isolée, dont le contexte
1 2 archéologique est inconnu ; le contexte géologique
reste lui aussi peu défini : la pointe d'Isbergues Fig. 10. — 1, pointe barbelée en os d'Isbergues (d'après
Lartet et Christy, 1875) ; 2, pointe barbelée d'Hornsea provient d'un sédiment fluviatile argileux ; au moins
(British Museum). une des 2 pointes de Béthune et celle de Beuvry ont
été découvertes dans un marais, probablement dans
un niveau tourbeux. Cependant, il faut signaler une
petite série lithique homogène provenant du marais de proximale, qui la rapproche des spécimens rapportés
Beuvry et conservée au Musée de Béthune qui au Maglemosien de l'Est de l'Angleterre comme l'a
comprend une centaine d'artefacts qui pourraient souligné Breuil : gisements de Royston Cambs, de
être attribués au Mésolithique (pointes à dos abattu, Skipsea, de Sproughton et surtout celui de Hornsea.
lamelle à dos, troncatures, grattoirs, etc.). Seules les Hormis la longueur totale plus élevée et l'importance
comparaisons peuvent donc nous apporter quelques proportionnellement moindre de la partie barbelée,
éclaircissements. cette dernière pointe est très comparable à celle de
La pointe en os de Béthune (M.A.N.) présente une Béthune, tant au niveau de la morphologie générale
technique de façonnage particulière : le dégagement que de la confection des barbelures (fig. 10, n° 2).
des barbelures par incisions croisées ou criss-cross Cette dernière technique avait été considérée par
cutting et une abrasion en facettes de la partie J. G. D. Clark (1932 et 1954) comme postérieure à FRANÇOISE BOSTYN ET LUG VALLIN 200
celle reconnue sur les pointes de Star Garr et donc réalité, beaucoup d'instruments sont mixtes, à la fois
rapportée à la fin de la zone pollinique VI (fin du actifs et passifs, en particulier parce que la confection
Boréal). Cependant les découvertes des pointes de d'une gaine de hache dans la base d'un bois de cerf
Sproughton permettent de vieillir ce type d'outils et (là où le diamètre du merrain est le plus important
de l'attribuer à la zone pollinique III ou début de la pour un travail de découpe réduit) permet d'utiliser la
zone IV (Tardiglaciaire, Préboréal). La description meule comme marteau naturel (tabl. 1).
des traces de façonnage de la pointe en os (pointe Les gaines de hache. Elles sont relativement n° 1) de Sproughton s'apparente de près à celle que abondantes dans la littérature mais presque toutes ont nous avons pu faire sur la pointe de Béthune (M.A.N.) disparu, en particulier lors de la destruction du (Wymer et alii, 1975). Musée de Douai : des gaines en bois de cerf dans Par certains aspects on peut aussi rapprocher la lesquelles étaient encore insérées des haches polies pointe de Beuvry de celle de Sproughton. La pointe auraient été trouvées à Flers-en-Escrebieux : 1 exempen os d'Isbergues s'apparente aux précédentes par la laire (Rigaux, 1914) ; à Lille, rue du Gros Gérard : technique de confection des barbelures mais s'en
1 exemplaire (Eeckman, 1904) ; à Roucourt : éloigne par de nombreux caractères : brièveté et forme 1 (?) qui s'est désagrégé, recueilli sur de la pointe, longueur de la partie proximale, un gisement de surface néolithique (R. Félix, 1976) ; à aspect recourbé de son extrémité et rainure le long Santés : 1 exemplaire dans un marais (L. Galle, des barbelures. 1919) ; ce dernier auteur aurait trouvé dans ce marais, Elle pourrait éventuellement se rapprocher de près du lieu-dit Le Pont de la Gite, « plusieurs de ces certaines pointes du Magdalénien français voire, par instruments » exhumés lors de défrichements ; à la longueur de la partie non barbelée, des pointes Lens : 1 exemplaire, autrefois au Musée de Douai, et attribuées au Mésolithique belge (R.-L. Doize, 1983). qui a été décrit par R. Prévost comme « une espèce Le « bout de flèche avec crochets en silex » de
d'étui en corne de cerf, de 0,20 m de long, percé au Béthune, si l'on admet la réalité de la description, centre d'un trou ovale », contenant une hache polie en pourrait dénoter une influence tardenoisienne et être silex (Guerne, 1875 et Prévost, 1958) ; à Flines-lez- comparé aux exemplaires belges (par exemple, Raches : plusieurs exemplaires, avec des « haches La Haine). polies en silex et en serpentine », dans un marais Toute différente apparaît la pointe de Béthune appelé « mer de Flines », au milieu d'objets proto- (B.M.) tant par la technique de confection des historiques et historiques (Terninck, 1882). barbelures que par la matière (bois de renne).
La gaine de Flines-lez-Raches figurée par Terninck Ces deux caractéristiques plaideraient plutôt en (1878) est conservée au Musée des Beaux-Arts de faveur d'un rapprochement avec le Magdalénien. Lille (fig. 11). Elle ne possède plus sa hache polie et
l'étiquette indique : « Terninck, Bois-Bernard » (ce
qui n'est que l'adresse de ce collectionneur). Elle est III. L'OUTILLAGE OSSEUX PROTOHISTO
confectionnée dans une base de bois de chute de RIQUE cervidé : l'andouiller basilaire et le surandouiller
ont été ôtés par découpe périphérique puis cassure. Le terme de protohistorique doit être ici entendu
La partie distale du fût a été enlevée de la même au sens large, du Néolithique à l'Age des Métaux.
façon. On retrouve cette technique sur certaines En effet, presque tous les objets étudiés sont
haches-marteaux de la vallée de l'Oise (Blanchet dépourvus de contexte archéologique et l'on doit
et alii, 1978, p. 98). La perforation se situe au-dessus être très prudent sur leur interprétation, l'utilisation
de la meule sur la partie postérieure et sur la partie de l'os et du bois de cerf ayant perduré au moins
antérieure, entre les 2 andouillers ; le contour en est jusqu'à l'époque gallo-romaine (Carmelez et Cornez,
presque circulaire (face antérieure : 27 mmx23 mm, 1981 et 1982). Il faut alors être attentif aux traces de
face postérieure : 25 mm X 25 mm) aux deux ouverconfection. Nous avons adopté une classification
tures mais la perforation s'évase en ovale vers le fonctionnelle de ces objets, naturellement plus
cœur du bois (profondeur, 61 mm). Sur la face nombreux que pour le Paléolithique.
postérieure, on relève des traces d'incisions circulaires
autour de l'ouverture. La meule est polie par l'usure Les instruments de percussion
et a probablement été utilisée en marteau. Le
Nous rangeons dans cette catégorie les instruments pourtour subsistant de l'emmanchement de la hache
« passifs » ou intermédiaires (gaines de hache) et les est poli par l'usage ; malheureusement cette partie
outils « actifs » (haches, pics, marteaux, etc.). En est trop abîmée pour qu'on puisse donner plus de •
OUTILLAGE EN OS DU NORD-PAS-DE-CALAIS 201
Gaines de haches Instruments actifs ~~~~~~^-~^. Sites
Fort- Flines-lez- Neufchàtel- Amble- Fres- Fres- Fres- Mahon- Wavrin Lille Raches Hardelot teuse sies sies sies Caractéristiques -~^^^ Plage
N° de figure 11 12 13 14 15 16 18
X X X X X X Conservation de la meule \ 1 non X X X
X X X X X Presence _ , de , ( ! andouiller basilaire ? ? X
X { surandouiller X X X X
Orientation de ( antéro-postérieure X X X ? X ? X
la perforation | latéro-interne X X
Contour „ . de , \ l circulaire X X X X X X
, , .. ovale X X la perforation / rectangulaire X
Élargissement interne ( oui X ? ? X X
de la perforation [ non X X X X
Traces de percussions ( oui X ? ? ? X X X
sur la meule \ non
X X X X partiel partiel X Polissage du corps \ X X l non
Tabl. 1. — Comparaison entre les instruments de percussion perforés en bois de cerf : 1, Flines-lez-Raches ; 2, Neufchâtel-Hardelot ;
3, Fort-Mahon- Plage ; 4, Ambleteuse ; 5, 7, 8, Fressies ; 6, Lille ; 9, Wavrin.
n'avons pas vu cet objet, autrefois conservé dans une détails. Le corps de l'objet n'est pas poli, cependant
les perlures sont usées par frottement. Les dimensions collection particulière ; il provenait « de la tourbe ou
de la surface du calcaire lacustre » et était accompagné sont les suivantes : L. totale, 153 mm ; ép. max. dans
le sens antéro-postérieur, 79 mm ; 1. max. dans le sens de nombreux ossements.
latéro-interne, 56 mm (diamètre de la meule). Dans la vallée de la Scarpe comme dans la plaine
Assez curieux est l'objet découvert à Vitry-en- maritime le calcaire lacustre, daté archéologiquement
Artois, au lieu-dit Les Arbres Balavoine. Il s'agit de l'Age du Fer, est directement superposé à une
d'une gaine en bois de cerf contenant un tranchet en tourbe datée de la fin du Sub-boréal (Sommé, 1977,
défense de sanglier polie (Jelski, 1973) 3 ; nous p. 538-539). L'utilisation de dents de sanglier est
signalée dans des contextes allant du Mésolithique au
Bronze ancien (Pétrequin el alii, 1983). 3. G. Jelski, communication personnelle.
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