La conquête et le déclin : les plantations, cadre des relations sociales et économiques au Vanuatu (ex Nouvelles-Hébrides). - article ; n°82 ; vol.42, pg 7-40

De
Journal de la Société des océanistes - Année 1986 - Volume 42 - Numéro 82 - Pages 7-40
Colonization in Vanuatu started with Australian trading firms establishing outposts on Efate. Their managers were later superseded by French settlers closely linked first with the Compagnie Calédonienne des Nouvelles-Hébrides, then with the Société Française des Nouvelles-Hébrides, in which the French State held a majority of shares, or with trading firms such as Maison Ballande, from Bordeaux or Maison de Béchade. These firms will be involved in the crash brought about in 1929 by the planters' accumulated debt. French colonization never managed to take root permanently, nor to do otherwise than to cling to certain coastal areas having suffered from a severe depopulation process.
The planters lived on very extensive credit lines opened with the French commercial firms, much beyond the potential sale value of the planted part of their land holdings. This produced great instability of tenure, as they lived in fact partly from land speculation on a fictitious domain, transfering regularly the greater part of their earnings to Australia, through selling their crops to Burns Philp although being heavily in debt to Ballande or de Béchade. After the 1929 crash, planters were left with little choice than being unpaid managers for the commercial firms which held the real title to their lands, while the same firms were devoid of the means, in manpower and capital, to operate plantations dispersed all over the group. The number of planters has in fact never ceased to diminish after 1929. French settlers slowly leaving the group or going over to tertiary activities and official employment, letting Melanesian production to become paramount.
In between, the relations between planters and Melanesians have not been without some notable variations, tensions and opposition not being an inflexible rule. The strategy never faltered. Melanesians wanted to get back all they had lost. But tactics could vary, in a period of coexistence, characterised by a constant search for what adaptation was the best, for a more lucid analysis of each situation, for a way of manipulating Europeans and pitting them one against the other, in particular missionaries versus planters.
Commencée par des agents de sociétés commerciales australiennes, poursuivie par des colons français dépendant étroitement de la Compagnie Calédonienne des Nouvelles-Hébrides, puis de la Société Française des Nouvelles-Hébrides, Société d'économie mixte où l'État était majoritaire, ou des Comptoirs Français des Nouvelles-Hébrides, c'est-à-dire de la Maison Ballande de Bordeaux, ou de la Maison de Béchade, qu'ils entraîneront dans la ruine en 1929, la colonisation française n'a jamais réussi à s'implanter de façon définitive, ni à mordre sur autre chose que des zones côtières frappées par une dépopulation intense.
Se faisant ouvrir constamment des crédits au-delà de la valeur même de la part de leurs domaines réellement exploitée, extrêmement instables parce que vivant de la spéculation sur des emprises en grande partie fictives, transférant régulièrement la plus grande partie de leurs gains en Australie par l'intermédiaire de la Maison Burns Philp, à laquelle ils vendaient les récoltes engagées par ailleurs auprès des sociétés commerciales françaises, les planteurs ont fini par devenir en fait pour la plupart les agents infidèles, mais non rémunérés, de ces dernières sociétés, elles-mêmes incapables de gérer les domaines qu'elles avaient ainsi acquis imprudemment, sans le vouloir. Le nombre de planteurs proprement dits n'a cessé de diminuer à partir de 1929, la colonisation française passant majoritairement aux activités de service et à la fonction publique, laissant la production mélanésienne devenir progressivement, d'abord majoritaire, puis enfin la seule force productive du pays.
Dans l'intervalle, les relations entre planteurs et Mélanésiens ont relevé d'autre chose que d'une opposition sans nuances. Si la stratégie générale était claire — reprendre ce qui avait été perdu — les tactiques employées ont été diverses, et la période de co-existence pleine d'enseignements quant à la recherche constante d'adaptation des sociétés mélanésiennes, aussi quant à leurs capacités d'analyse de la situation et de manipulation des Européens les uns contre les autres, missionnaires contre planteurs en particulier.
34 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1986
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Jean Guiart
La conquête et le déclin : les plantations, cadre des relations
sociales et économiques au Vanuatu (ex Nouvelles-Hébrides).
In: Journal de la Société des océanistes. N°82-83, Tome 42, 1986. pp. 7-40.
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Guiart Jean. La conquête et le déclin : les plantations, cadre des relations sociales et économiques au Vanuatu (ex Nouvelles-
Hébrides). In: Journal de la Société des océanistes. N°82-83, Tome 42, 1986. pp. 7-40.
doi : 10.3406/jso.1986.2821
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jso_0300-953X_1986_num_42_82_2821Abstract
Colonization in Vanuatu started with Australian trading firms establishing outposts on Efate. Their
managers were later superseded by French settlers closely linked first with the Compagnie
Calédonienne des Nouvelles-Hébrides, then with the Société Française des Nouvelles-Hébrides, in
which the French State held a majority of shares, or with trading firms such as Maison Ballande, from
Bordeaux or Maison de Béchade. These firms will be involved in the crash brought about in 1929 by the
planters' accumulated debt. French colonization never managed to take root permanently, nor to do
otherwise than to cling to certain coastal areas having suffered from a severe depopulation process.
The planters lived on very extensive credit lines opened with the French commercial firms, much
beyond the potential sale value of the planted part of their land holdings. This produced great instability
of tenure, as they lived in fact partly from land speculation on a fictitious domain, transfering regularly
the greater part of their earnings to Australia, through selling their crops to Burns Philp although being
heavily in debt to Ballande or de Béchade. After the 1929 crash, planters were left with little choice than
being unpaid managers for the commercial firms which held the real title to their lands, while the same
firms were devoid of the means, in manpower and capital, to operate plantations dispersed all over the
group. The number of planters has in fact never ceased to diminish after 1929. French settlers slowly
leaving the group or going over to tertiary activities and official employment, letting Melanesian
production to become paramount.
In between, the relations between planters and Melanesians have not been without some notable
variations, tensions and opposition not being an inflexible rule. The strategy never faltered. Melanesians
wanted to get back all they had lost. But tactics could vary, in a period of coexistence, characterised by
a constant search for what adaptation was the best, for a more lucid analysis of each situation, for a way
of manipulating Europeans and pitting them one against the other, in particular missionaries versus
planters.
Résumé
Commencée par des agents de sociétés commerciales australiennes, poursuivie par des colons
français dépendant étroitement de la Compagnie Calédonienne des Nouvelles-Hébrides, puis de la
Société Française des Nouvelles-Hébrides, Société d'économie mixte où l'État était majoritaire, ou des
Comptoirs Français des c'est-à-dire de la Maison Ballande de Bordeaux, ou de la
Maison de Béchade, qu'ils entraîneront dans la ruine en 1929, la colonisation française n'a jamais
réussi à s'implanter de façon définitive, ni à mordre sur autre chose que des zones côtières frappées
par une dépopulation intense.
Se faisant ouvrir constamment des crédits au-delà de la valeur même de la part de leurs domaines
réellement exploitée, extrêmement instables parce que vivant de la spéculation sur des emprises en
grande partie fictives, transférant régulièrement la plus grande partie de leurs gains en Australie par
l'intermédiaire de la Maison Burns Philp, à laquelle ils vendaient les récoltes engagées par ailleurs
auprès des sociétés commerciales françaises, les planteurs ont fini par devenir en fait pour la plupart
les agents infidèles, mais non rémunérés, de ces dernières sociétés, elles-mêmes incapables de gérer
les domaines qu'elles avaient ainsi acquis imprudemment, sans le vouloir. Le nombre de planteurs
proprement dits n'a cessé de diminuer à partir de 1929, la colonisation française passant
majoritairement aux activités de service et à la fonction publique, laissant la production mélanésienne
devenir progressivement, d'abord majoritaire, puis enfin la seule force productive du pays.
Dans l'intervalle, les relations entre planteurs et Mélanésiens ont relevé d'autre chose que d'une
opposition sans nuances. Si la stratégie générale était claire — reprendre ce qui avait été perdu — les
tactiques employées ont été diverses, et la période de co-existence pleine d'enseignements quant à la
recherche constante d'adaptation des sociétés mélanésiennes, aussi quant à leurs capacités d'analyse
de la situation et de manipulation des Européens les uns contre les autres, missionnaires contre
planteurs en particulier.conquête et le déclin : Les plantations, La
cadre des relations sociales et économiques
au Vanuatu, ex Nouvelles-Hébrides
par
Jean GUIART *
bonne qualité établies sur la table corallienne
surélevée du nord et de l'ouest de l'île d'Éfate, Les premières plantations. dépeuplées par les épidémies, les guerres intes
tines soigneusement encouragées par les EuroLes domaines européens, occupant des cen péens de passage, qui armaient l'un contre taines d'hectares de côtes couvertes de cocot l'autre les adversaires, les conflits armés avec iers rangés en lignes parallèles, placés en les sandaliers (dont le prince tongien Maafu, quinconces et grimpant à l'assaut des premières sur un navire armé en 1842 par la royauté collines, sont nés du plan préconisé par August hawaïenne) et les recruteurs de main-d'œuvre us Unshelm, puis Theodore Weber, de la noire travaillant pour les planteurs de canne à société hambourgeoise Godeffroy, qui substi sucre de Fiji et du Queensland. Mais la fermetuèrent, à Samoa, à partir des années 1860, le ture du marché australien a condamné les îles coprah en sacs à l'huile de noix de coco en tropicales à se contenter de produire du coprah containers de bambou, établissant ainsi une des d'abord, du café, plus tard du cacao, pour les principales modalités d'un système de planta seuls marchés européens aux antipodes '. tions qui, à un moment, tendait à s'étaler tout
le long des côtes des pays tropicaux colonisés " The first white settlers on Efate ", nous dit
par l'Occident. Douglas Rannie, " were McLeod and Trueman
L'implantation agricole européenne s'est faite, — not the Captain McLeod ... just mentioned.
à partir du milieu du siècle dernier, et du moins They did not live happily together, and in one
dans l'arc mélanésien, dans un premier temps of their quarrels McLeod shot Trueman 2, and
sur des bases paysannes plus classiques, visant wound up by shooting himself afterwards.
la production de produits vivriers (maïs, ba But about the same time that they settled there
nanes, huile de noix de coco, parfois riz) pour an old American negroe also took his residence
le marché urbain de Sydney et de Melbourne, in Havana [harbour]. He was as black as coal,
au temps où les grands éleveurs « squatters » but he told me proudly that he was the first
d'Australie bloquaient le développement d'une white man to settle on the island. On another
" agriculture dans ce continent. Au Vanuatu, on occasion old " Black Harry 3, the only name I
a pris et exploité tout d'abord les terres de have known him by, told me that when he was
* Musée de l'Homme, Paris.
1. Le marché australien ne s'est ouvert au café et au cacao de Nouvelle-Guinée qu'après 1945, du fait de la naissance
d'une industrie agro-alimentaire nationale.
2. De même que Célestin Bourdouin arrivé en 1887 tentera d'assassiner son frère Delphin et que Maurice Colardeau
sera tué par Powell en 1910. François Rossi sera accusé d'avoir empoisonné à Ambrym son associé Lebel et d'avoir fait
assassiner Fumaroli par les Canaques du coin. Fortuné Lachaise tuera Le Guen en 1905 à Malo.
3. Henry Taylor, noir des Antilles, agent de W. Barrett, de Nouvelles-Galles du Sud, cité dans la liste des colons
établie par le Capitaine Cyprian Bridges, RN, et reproduite par P. O'Reilly. 8 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
cruising along the coast in his boat some exporting it to Sydney, making and buying
drunken Kanakas fired at him " ; But, " he cobra and arrowroot, and also dealing occa-
said ", de poor black debils did not know dere sionnally in bêche de mer and candlenut
was a white man in de boat, " meaning Hims berries... For the purpose of carrying out this
elf"4. business, there is the manager, two overseers,
" After McLeod and Trueman came three engineer, and twenty or thirty natives, as well
as the " Defiance ", a schooner of 200 tons, brothers, named Ebblewhite. They engaged in
which runs between Sydney and Efate — and a planting, sandalwood-getting, and timber-dress
ing, as well as cocoa-nut-oil-crashing. They ketch for inter-island work... ".
had quite a thriving little settlement, but they Les données chiffrées, rares pour l'époque,
are all dead now. Their saw-mill and work fournies par ce même auteur, proviennent de
shops all went to ruin... Sandwich Island S. Hebblewhite 6 : "... One acre of land should
[Efate] from the shores of Undine Bay ascends yield one ton of rough cotton, which, when
gradually to the mountain-top in a beautiful ginned, will give 500 lbs net. If 2 /. Per lb be
series of terraces of wonderful fertility. The late obtained for it — and this is not a high price
Mr. Glisson acquired a large tract on land for Sea Island — L. st. 50 per acre will equal
here, which he turned to advantage, and now the gross proceeds. "
" there flourishes a large coffee plantation " 5. The expenses consist of wages, supply of
food, machinery, freight, &. Natives are paid F. A. Campbell décrit en ces termes, pour
at the rate of L. 2 to L. 3 per annum, besides 1872, l'installation des Ebblewhite : " ... There
the sum per head paid to the vessel engaged in are several trader's establishments at this place
fetching them. Their food consists of native [Havannah Harbour} ; the principal one is just
vegetables, pork, rice, &., and costs about L. 2 opposite the anchorage, and is under the
per man a year. One man, or one and a half, is management of Mr. S. Hebblewhite. On going
allowed to each acre. " ashore, Mr. H. kindly took me over the
" The machinery may be a very expensive premises, which are extensive and bear an
item or may not, — that of course depends appearance of prosperity. The principal build
entirely upon the style of business that is ings are the store, dwelling-house, ginning and
adopted ; some planters have none at all, engine-house, store for cobra [coprah], &.,
sending their cotton to be ginned elsewhere, or overseer's and native quarters ; while a large
selling it in the rough ; whereas others, such as building is in the course of erection, which is to
Mr. S. Ebblewhite on Efate, have several gins, be used as a machine house for the manufact
and a steam engine to drive them. A small ure of coir-matting, brushes, &., from the
hand gin that would turn out 100 lbs per day cocoanut fibre ".
costs about L. 15 to L. 20. The freight to the " Then there is a plantation of twenty acres
colonies [Australie] is one d. per lb. " of Sea Island cotton, which seems thriving
" A second industry for export is cobra... well, and a large piece of ground is being
The price paid the natives for the nuts varies prepared for planting next season. The manag
exceedingly, but 1/8 per hundred will be about er is speaking of trying coffee also, of the
success of which he has little doubt. " the average. Ten men will turn out about one
" The business done by this establishment ton per week ; and the price obtained is from
— without doubt the most important in the L. 8 to L. 10 per ton. The trade has been for
some time on the decline, as the price obtaigroup — consists of importing and selling
nable has sunk so low as to render it almost a goods of every description, including grog, to
vessels and traders, growing cotton, and also matter of impossibility to make any profit out
of it, after paying expenses. " buying it from other growers, ginning and
4. De 1910 à 1950, le Mauricien Albert Joseph, établi à Shark Bay d'où la SFNH le fera partir, puis près de la pointe
Pinalum au Nord Malekula, était surnommé communément « Nous les Blancs ! », pour la même raison.
5. Glisson vendra à la Compagnie Calédonienne des Nouvelles-Hébrides, contre une rente sur deux têtes, dont il ne
touchera pas un sou. Sa veuve vendra plus tard aux frères Roche contre une rente viagère (cf. P. O'Reilly).
6. D'autres descriptions de la station commerciale et de la plantation Hebblewhite sont données par le Lieutenant
Thomas Suckling, commandant le « Renard » en 1873 (cité par P. O'Reilly) et par Le Chartier en 1876. Ce dernier donne
une première liste des marchandises de traite du magasin : « tabac, pipes, allumettes, perles de toutes couleurs, étoffes
légères, minium, couteaux, haches de toutes grandeurs, fusils, poudre, plomb et capsules, etc. », il signale l'existence d'une
pharmacie et : « de vastes hangars remplis de productions de l'île à destination de l'Australie et consistant en maïs, cocos,
coton, café, bêche de mer et pour défendre le tout, des canons », ainsi que des : « champs de maïs à perte de vue », des
moutons, vaches et veaux, paissant dans une vallée, une plantation de plusieurs milliers de cocotiers, et 150 travailleurs
indigènes. CONQUÊTE ET LE DÉCLIN LA
" The arrowroot is another export. The Nouvelles-Hébrides (SFNH). Le Capitaine Do
manufacture of this article is however princi nald McLeod joua un rôle crucial dans ce
pally confined to the mission stations, where it transfert, puisque c'est lui qui est à l'origine de
is made by the natives for the benefit of the l'importance de la S.F.N.-H. dans l'archipel,
Bible Society or other kindred institutions... ". du fait de la vente de son domaine planté et de
" Whaling and bêche de mer close the list. ses « claims » fonciers, en 1890, au plus offrant,
The latter is carried on to a very limited c'est-à-dire à Higginson. McLeod avait expér
extent ... although whales are not scarce they imenté la bêche de mer à Malekula et à Epi,
seldom get more than two or three apiece in avant de tenter la culture du maïs sur la côte
one season and these are not worth more than ouest de Tanna, qu'il quitta, après y avoir
L. 250 or L. 300. " perdu un doigt, devant l'hostilité des habitants,
Beatrice Grimshaw nous donne le portrait qui obligeait à une surveillance armée cons
d'un planteur de cette époque : "... Mr X... tante des champs. En 1952, l'hostilité était
was a young Oxonian, not twenty four years of restée la même, personne n'ayant pu se mainten
age, who had been through most of the Boer ir à Black Beach dans l'intervalle. Jules
War, and found himself unable to settle down Jocteur, qui s'y essaya le dernier, dut abandonn
to an office life at home, afterwards. According er pour s'établir commerçant au sud de
ly, he bought a plantation on Efate and Lenakel.
started out, with the assistance of two other En 1882, McLeod possédait à Port Havan
youths (all three under age at the time), to nah 35 000 pieds de café et 25 000 cocotiers et
handle some dozens of cannibals, run a good récoltait en plus 70 t. de maïs8. Ce domaine
many acres of coffee and millet, and, like the n'était qu'une part de ses revendications fon
virtuous youths in the stories, to make a cières, McLeod ayant passé une partie de son
fortune. The fortune, owing to the duties levied temps à faire signer, c'est-à-dire mettre des
against all New Hebridean produce by Austral croix sur des actes de vente qu'il faisait enregis
ia, has not come, and the white partners have trer auprès des navires de guerre de passage, à
taken up other employment. But this adventu Nouméa ou à Sydney. Ces « propriétés » étaient
rous young Englishman remains alone among situées à la pointe sud d'Aoba, aux Iles Maske-
his men, managing the plantation without help, lynes et à Port Sandwich (Malekula), à Epi, à
and quite convinced that good luck is not far Port Havannah et Port Vila (Éfate), à Black
ahead... These are the things that mere school Beach (Tanna) et à Patteson, Vanua Lava
boys of the British race can do, when you take (Iles Banks). La tradition orale mélanésienne
them away from the grandmammas and aunts, sur Efate le décrit comme poussant soigneuse
at home, and turn them loose in the wilderness ment les uns contre les autres les adversaires
to shift for themselves... ". qu'il armait et profitant des haines qui s'étaient
Mr X est sûrement Hebblewhite et c'est la établies et de la dépopulation galopante pour
seule indication que ses frères seraient partis «acheter» avec quelques marchandises les
s'établir ailleurs, en fait sur Worapu, et donc terres de groupes en train de s'éteindre. Ces
toujours à Efate, lui restant à Port Havannah, divers domaines seront les premiers repris à
mais l'effondrement de l'affaire n'est pas expli l'indépendance du Vanuatu et même dès avant
qué, sinon que sa cause est à rechercher en par les descendants de leurs anciens propriét
Australie, Hebblewhite n'étant que le gérant aires. Les rares plantations qui ont survécu ne
pour la firme Scott, Henderson et Co, et pas le sont pas celles vendues par McLeod à Higgin
propriétaire, d'une de ces plantations fondées son, la manière de les acquérir n'ayant jamais
tout d'abord sur le coton et qui disparurent été oubliée, ni pardonnée.
lorsque la production des États du sud des Julian Thomas donne lui aussi quelques
USA reprit. chiffres utiles permettant une estimation du
Sur Undine Bay, les plantations de cocotiers rapport de la plantation McLeod à Havannah
n'ont jamais cessé néanmoins d'avoir des co Harbour. La Compagnie Calédonienne des
lons anglais 7, Andrew Roche ayant acheté à Nouvelles-Hébrides, représentée en 1882 par
Glisson, les Smith et les Harris fournissant McLeod avant qu'il ne se brouille une première
la dernière génération. Le domaine planté à fois avec Higginson, paie le coprah L. st. 7 la
Havannah Harbour devait par contre passer tonne aux insulaires. Elle est revendue L. 13 à
entre les mains de la Société Française des Nouméa, L. 15 à Sydney. Les noix de coco
7. Tom Davies sera déporté en 1882 par un navire de guerre britannique pour mettre fin à ses exactions contre les
Mélanésiens.
8. Rapport du Commandant Communal, du navire le « d'Estrées », cité par P. O'Reilly. SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES 10
valent un « stick de tabac » (3 farthing) ou une SFNH, fonction à laquelle ils ne dédaignent
pipe en terre (1/2 penny) ou une boîte d'allu pas de retourner à chaque fois que l'expérience
mettes ou une « pipe » de perles ou de peinture. de l'indépendance économique se termine par
Une brasse de calicot est donnée pour 100 un échec.
noix. Ce qui fait qu'en nature, les 7 000 noix Cette colonisation, fortement aidée, mais
qui feront une tonne de coprah, valent L. 2.0.0 souvent et longtemps endettée, s'étendra à tout
en tabac, pipes ou allumettes; L. 1.8.0 en va sur les côtes des îles de l'archipel, partout où
calicot et seulement 7 shillings en peinture. l'existence d'un mouillage convenable permett
McLeod payait ses travailleurs L. 5 par an, ait de garder un voilier à l'ancre, et de recevoir
pour des contrats de 3 ans et employait une les marchandises dont on avait besoin et
grande part de main-d'œuvre des îles proches. qu'apportait le navire subventionné : celui de
Il complétait ses revenus, sur un modèle qui la Cie Calédonienne, avant celui des Messager
sera très imité par la suite, par les rentrées dues ies Maritimes, en même temps que ceux de la
Société De Béchade, de Nouméa, puis de la Ce aux postes d'achat de coprah et de commerce
établis dans l'archipel, et en particulier à Port Française des Nouvelles-Hébrides, c'est-à-dire
Vila, à Ambrym ouest et Ambrym nord et en de la maison Ballande, de Bordeaux et Nouméa.
deux points sur Pentecôte. En règle générale, il n'y a jamais de colon
installé là où la côte est inhospitalière et où il
n'y a aucun mouillage convenable 10.
La Société Française des Nouvelles- La subvention publique n'impliquant pas le
Hébrides ET LA COLONISATION SYSTÉMAT désintéressement, les divers armateurs et socié
IQUE. tés commerciales, les uns et les autres ou les
uns fondus dans les autres, se créeront un
Avec le rachat des titres fonciers McLeod, réseau de clients européens en favorisant leur
auquel s'ajoutent les domaines William Ford et endettement constant, ces derniers pratiquant à
leur tour la même méthode vis-à-vis des clients John Young à Port Vila, et d'autres opérations
d'achat aussi étendues 9 que mal comprises par mélanésiens de leurs magasins. Sauf la dispari
les soi-disant vendeurs autochtones, Higginson tion de la culture du coton, qui fera un retour
avait lancé une mécanique de colonisation en force dans les années vingt à trente, et le
exclusivement française, qui sera soutenue par maïs, dont les emblavures seront réservées à
les pouvoirs publics. Ces derniers auront à l'autoconsommation, les plantations conserve
payer les dettes vite accumulées par la Comp ront jusqu'à la fin le même aspect, et la même
agnie Calédonienne des Nouvelles-Hébrides structure de production : coprah, café, auquel
(CCNH) et à se substituer à elle sous la forme s'ajoutera le cacao entre les deux guerres ;
d'une nouvelle société, toujours en activité, main-d'œuvre recrutée dans les îles extérieures,
la Société Française des magasin tenu par le planteur pour satisfaire
(SFNH), dont la majorité des parts appartient aux besoins de sa main-d'œuvre et des villa
à l'État et à laquelle participe depuis le début la geois d'alentour dont il achète par ailleurs les
Banque de l'Indochine (actuellement Banque produits.
Indosuez). Les dirigeants locaux de cette So La liste des marchandises de traite restera
ciété parleront en maîtres, considérant les longtemps stable, du moins jusqu'à l'appari
fonctionnaires locaux comme à leur service — tion des postes de TSF à transistors, à savoir :
même les médecins sont dits de colonisation — tabac bâton, tabac à pipe, pipes en porcelaine,
et la population coloniale européenne comme cigarettes, allumettes, savon de Marseille, mi
leur fief particulier. Rares parmi les planteurs roirs de poche, parfums et fards à bon marché,
des diverses générations sont en effet ceux bleu de lessive (comme peinture faciale ou pour
qui n'ont pas commencé leur carrière comme remplacer sur les sculptures et masques le
employé ou gérant d'une plantation de la pigment vert importé à grands frais du Sud
9. La CCNH acquit essentiellement, en 1882 les domaines Donald, McLeod et William Ford ; en 1884 ceux de John
Young, John Saumont, Edlessen et Kelly ; en 1887 surtout, le domaine de la South Sea Islands Speculation Co, fondée par
W. E. Morgan, Owen Thomas, George Craig et Eugene Wilbur et dont les titres de propriété avaient été enregistrés à Suva,
Fiji ; en 1887 le domaine de Charles Petersen Stuart à Hog Harbour (bornage n° 38 établi par le géomètre Giraud en
présence du vendeur). Tous ces titres avaient été déposés en l'étude de Me Chanvalon, notaire à Nouméa. En 1898, ces
« daims » recouvraient 1 50 000 hectares.
10. Toutes les entreprises européennes, laïques, mais aussi missionnaires, ont été depuis le début liées à un armateur
(basé à San Francisco, Sydney, ou Santiago du Chili), ou à un navire. Le « Camden » de la London Missionary Society,
basé à Samoa, et le « Southern Cross » de la Melanesian Mission, anglicane, basé à Auckland, ont joué chacun un rôle
considérable, respectivement dans la première, puis la deuxième moitié du siècle dernier. LA CONQUÊTE ET LE DÉCLIN 11
Pentecôte), calicot à impressions de couleur, Autant les Mélanésiens appréciaient, véritable
dentelle au mètre pour orner les robes, étoffes ment, l'établissement à leurs portes d'un point
de couleur unie pour les jupons, fil et aiguilles à commercial, où ils pouvaient apporter leurs
produits et obtenir en échange des marchandcoudre, thé, café, sucre cristallisé, farine, riz,
graisse de porc en boîte (les bouteilles d'huile ises, et pour cela donnaient aisément de
de table faisant leur apparition après 1945), petites surfaces de terrain — pour le temps de
boîtes de conserves de viande rouge et salée de l'installation, du moins dans leur esprit — ,
Nouvelle-Zélande (Puromakau), boîtes de pi autant ils appréciaient peu les tentatives de
lchards à la sauce tomate, bonbons acidulés, s'approprier la totalité des plaines côtières et
pain, beurre en boîte de Nouvelle-Zélande ou des collines basses dont la mise en valeur par
d'Australie, comprimés d'aspirine ou de qui les Blancs leur apparaissait comme une spolia
nine, bouteilles de teinture d'iode ou d'eau tion. Ils résistaient donc, le premier moyen
oxygénée (pour décolorer les cheveux), ficelle et étant de se refuser à l'emploi sur la plantation
cordelette pour confectionner les filets, hameç naissante. Le second était plus radical, consis
ons, fusils de chasse et cartouches, parapluies, tant à organiser l'attaque de la plantation par
un groupe de ces gens de l'intérieur, païens, haches, sabres d'abattis, couteaux divers, scies,
marteaux et clous, sacs vides pour le coprah, appelés péjorativement « man bush », dont on
lampes-tempêtes, mèches et verres de rechange, prétend, bien à tort, qu'ils sont leurs ennemis
bidons de pétrole, marmites de fonte, poêles, de toujours. On en connaît de nombreux cas,
ciseaux, machines à coudre à main Singer presque tous provoqués par des malhonnêtetés
(exigées de leurs époux par les jeunes femmes commerciales ou foncières dont les Mélanés
parce qu'elles en avaient appris l'usage à l'école iens avaient eu à se plaindre, ou par des
des diverses missions), enfin le « grog », c'est-à- affaires de femmes.
dire l'alcool de mauvaise qualité pour la vente Le massacre de la famille Bridges et du fils
aux Canaques. Le magasin était le seul lieu de Corlette, en 1916, à Busman's Bay, sur Male-
contact détendu entre Blancs et Mélanésiens, kula, perpétré par des Tirakh païens, dits
chacun laissant ses griefs à la porte pour « Small Nambas », du nord-est de l'île, se
des raisons complémentaires. Les Canaques termina par la disparition du grand-livre à
voulaient les marchandises, mais prenaient leur couverture noire où Ewnan Corlette et Bridges
temps, faisant en quelque sorte du « lèche- associés, tous deux mariés à l'époque à deux
vitrines » à l'intérieur. Les Européens prenaient sœurs d'origine samoane, marquaient les dettes
patience faute de mieux, et tentaient là une des chrétiens du village de Tautu ".
conversation normale, destinée à obtenir des On a prétendu récemment qu'il s'agissait
informations sur ce qui pouvait se passer dans d'une erreur et que la victime prévue était
leur environnement immédiat. le coprah-maker français Simonsen, établi à
Le capital pour se lancer dans ce genre de Atchin, qui s'était sauvé à temps, laissant
commerce n'était pas très élevé. La tôle ondul les « Big Nambas » s'attaquer par défaut à
ée permit vite l'érection de bâtiments en bois la plantation Corlette. L'enquête officielle de
du pays plus ou moins dégrossis, suffisamment l'époque ne laisse aucun doute : il s'agit de
protégés pour constituer des docks et des Tirakh (ou Diraks, soit des Small Nambas
magasins fermant avec une chaîne et un cade vivant dans les collines au nord-ouest de Port
nas. L'introduction de chiens de garde complét Stanley) que les Européens de Santo, qui n'ont
ait une garantie largement suffisante, à moins jamais osé aller plus loin que la plage, dans le
qu'on n'en vienne à mettre le feu à la construct Nord Malekula, confondent toujours avec les
ion. Amokh (Big Nambas vivant sur le plateau
Aller plus loin posait problème au départ. coralline surélevé de l'autre côté de l'île). Il est
11. Les assassinats d'Européens ne sont pas légion, mais ils donnaient à réfléchir. Le marin américain Robert Young est
tué sur Aoba en 1878 pour être descendu à terre à la recherche d'une femme. Zôpfel, associé de Chevillard, est tué à Santo
en 1882, Mathieu Ferray sur Maewo en 1883, George Craig sur Ambrym en 1886. Un couple mélanésien originaire de Port
Sandwich, tenant un magasin pour l'américain James Wilbur, est massacré sur Aoba en 1890, la même année que le libéré
Béchain à Port Sandwich et que Georges de Lautour et son fils Willy à Aoré, ce dernier par les gens d'un village qu'il avait
fait bombarder par un navire de guerre anglais. Parent est tué à Port Sandwich en 1891, quelques jours avant Boto, gardien
malgache de la CCNH et la même année que Sawers, tué près de Tangoa au Sud Santo. François Rossi est tué à Port Olry
en 1895, Thomas à South West Bay en 1899, Trumble sur Epi en 1901. Dick Pentecost, métis de Mare, est tué en 1904 à
Maewo, à la même période que trois marins de la « Charolaise » (capitaine Henri Gautier), sur la côte ouest de Malekula,
que la « popinée » de Germain, trader établi à Atchin, que Sirguey, employé d'Alexandre Carmichaël, à Malua Bay, au
nord-ouest Malekula, et que cinq membres de l'équipage du « Pétrel » de Nouméa à Maewo. Moglia, recruteur pour
Russet, sera tué sur Malekula dans les mêmes années. Greig est tué au Sud Santo en 1908, Alek Jeansen, danois, en 1911,
Clapcott à Tasmalum en 1923, Paul Mazoyer à Tènmaru en 1939, Harbulot à Port Olry en 1946. SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES 12
bien possible que Simonsen ait eu vent de On a beaucoup parlé de climat difficile. Celui
du Vanuatu est plutôt plus agréable que celui quelque chose, et n'ayant pas la conscience
tranquille, se soit mis à l'abri. Les commandit de Tahiti, avec un soleil moins brûlant. Le
aires du meurtre ont toujours été considérés problème réel était celui des endémies locales,
malaria ou filariose — une partie des premiers comme étant les Tautu, mais il n'y avait pas de
européens installés a présenté des cas d'élé- preuves et la mission presbytérienne les proté
geait. L'expédition conjointe de représailles fut phantiasis de la jambe ou du scrotum, ce qui
les obligeait à partir pour des climats froids un fiasco. Elle alla brûler les mauvais villages et
subit des pertes en se repliant. L'Inspecteur des comme celui de la Nouvelle-Zélande. Soigner le
Colonies chargé d'évaluer le dossier conclut paludisme au whisky, comme certains, ne pouv
qu'il ne fallait plus répéter des opérations aussi ait les mener à rien. Le paludisme local est,
dans la très grande majorité des cas, une coûteuses et aussi inutiles. De façon générale,
les Européens se le tinrent pour dits et furent variété à Falciparum, responsable d'un grand
nombre de morts européennes en primo-infes- plus prudents 12.
tation avant l'arrivée des antipaludiques de Un autre inconvénient était l'ennui où étaient
plongés les « coprah-makers », nom que por synthèse, aujourd'hui malheureusement redeve
taient les commerçants vivant de la commercial nus inefficaces. Le mélange quinine et alcool
pouvait avoir des effets détonants et peut- isation du coprah des villageois, ennui qui les
portait à le noyer dans les bouteilles carrées de être provoquer des fausses couches. Après une
gin, mais aussi de manière plus convenable, à première période où les pertes en vies hu
se mettre en concubinage avec une femme du maines ont été nombreuses, les familles mis
pays, ce qui était considéré comme « going sionnaires anglo-saxonnes, adeptes de la cér
native » ou « losing caste » par les Anglais, émonie du thé deux fois par jour, se portaient
mieux que les familles de colons, jusqu'à ce que « s'encanaquer » par les Français qui portaient
un jugement moins sévère et finissaient par ces dernières en viennent à adopter les mêmes
adopter celles des concubines qui avaient le normes d'hygiène et à s'organiser en consé
plus d'autorité sur leur homme et le plus de quence, une fois achevée l'évolution vestiment
capacité à s'adapter à la vie brutale et peu aire qui permit d'échapper aux costumes,
raffinée qui sera vite l'idéal des Blancs locaux. robes et corsets engoncés et serrés de l'époque
Dans les années cinquante, les deux seuls victorienne.
Les points de colonisation française dont planteurs à posséder une bibliothèque personn
elle convenable, après trois quarts de siècle l'installation est due à Higginson seront, en
dehors de Port Havannah, la Teuma, Mêle, de colonisation, étaient Mitchell à Ranon
Port Vila : sur Éfate, Epi — qui sera développé (Ambrym NordJ et Me des Granges à Port
Vila. plus tard par Tibby Hagen, homme d'affaires
d'origine allemande établi à Nouméa — , Port Un petit capital de départ, des avances
financières des maisons de commerce — les Sandwich et Port Stanley, le premier à la
armateurs ne faisant jamais crédit — un apport pointe sud-est et le second au centre nord de la
côte est de Malekula, mais surtout l'ensemble de main-d'œuvre extérieure, des voisins rel
ativement proches aussi bien armés qu'eux- des côtes du Canal du Segond, tant sur la
grande île d'Espiritu Santo, la plus grande de mêmes et prêts à tirer dans le tas, et l'on
l'archipel, que le long des îles de Malo et pouvait se lancer dans l'aventure consistant à
couper « la brousse » et à planter les cocotiers d'Aoré.
en longues rangées parallèles. Il fallait avoir de Epi verra s'installer Facio en 1891, Pothin
quoi attendre la première récolte, encore faible, Syncome racheté par en 1892 on ne jait
au bout de quatre ans, et de quoi maintenir sur quand, Jules Fortalis en 1897, Louis Ancelin et
place les équipes de travailleurs assurant l'en Maurice Blanc en 1898, Bouquet et Lançon en
tretien des surfaces plantées et la poursuite de 1899, Auguste Clemenceau en 1900, Georges
la conquête du sol. Cela explique les échecs et Naturel en 1901, Edouard Berger en 1902,
le nombre de ventes de plantations en partie H. Roxburg en 1902.
créées et poursuivies par d'autres. Il faudra un Sarmettes, au milieu de la côte est de
demi-siècle pour que les planteurs s'avisent de Malekula, sera plus tard le lieu d'établissement
ce que le bétail en stabulation libre, sous les d'Antoine et Pierre Chevillard, puis des fa
cocotiers, fournissait le moyen le plus écono milles Savoie et Theuil, succédant à Joachim,
mique de conserver la plantation propre. tué en 1886 à Port Stanley, sur une côte où en
12. Une constante dans la région est que les opérations de représailles faisant appel aux bombardements ou à
l'infanterie de marine se font contre la volonté des responsables militaires et civils et sous une pression très forte des
éléments européens installés sur place et qui menacent à chaque fois de se faire justice eux-mêmes. LA CONQUÊTE ET LE DÉCLIN 13
1902 il n'y avait que des coprah-makers : s'installer sur Ambrym où il y avait en 1882
Richon à Batnav Bay (Aulua), Nicole à Banam Rossi sur Rannon, Clain et Adam de Villiers à
Bay, Baillou à Onua, Prunier et Sirguey, 3 milles plus au nord, dont l'établissement fut
employé de Facio, à Lanour. En 1902 il n'y pillé, ce qui provoqua un bombardement naval
aura encore à Port Sandwich que Jégo, à en représailles et des tirs au fusil sur le navire
distance de Javelier 13 venu en 1901, associé à de guerre français. Gané était en 1900 sur
Linbul, un peu au nord de Rannon où se son beau-père Blanchéri, en attendant Gautier,
qui s'installera en 1908 à Sakau des Maske- maintenaient les deux frères Rossi, Butéri et
une M1Ie Salducci. Seule la plantation de Ranlynes, au sud immédiat de Port Sandwich, y
remplaçant le couple Véziat, associé à Dietz. non a survécu jusqu'à l'indépendance, sous
Aoré a vu arriver Georges de Lautour M en la forme d'un domaine unique, toute trace
1884, puis les frères Douyère et Martial Briault d'autres établissements ayant disparu très tôt,
en 1899. Malo reçoit Mathew Wells en 1880, la densité de la population canaque sur le Nord
ainsi que R. Wilson et Stephen Dubois, Jac Ambrym interdisant en pratique l'expansion
quier en 1900. européenne.
Le sud et sud-est de Santo aura vu s'établir La présence française au début du siècle
Bernier, agent de la CCNH, Paulin Ratard restait en fin de compte négligeable malgré les
et Auguste Russet en 1901, Dedieu, Charles discours officiels. Sur les 202 noms de colons
Lohberger, Louis Peyrolle et Delcung Saint- français et britanniques relevés en 1902 par le
Martin en 1904, Roger des Roux de Messimy Gouverneur Picanon 16, les missionnaires et
en 1905, Henri Russet en 1906, Chapuis et sœurs maristes non compris, seuls 22 laisseront
Auguste Houchard en 1908. Léon Chauvière une descendance dans l'archipel. Le taux de
en 1909, Henri Gané en 1910, Jean Cassin renouvellement de cette colonisation est donc
en 1911, Robert Petersen Stuart et Thomas extrêmement élevé. Les transferts de biens sont
Wright en 1920, Raymond Gardel en 1923, rapides et la durée de séjour de la plupart, pour
Emile My en 1926. En même temps seize des raisons médicales ou autres, plutôt courte.
colons anglais étaient introduits sur les terres On comprend alors la mauvaise réputation des
relevant du Trusteeship Sir James Burns sur la Nouvelles-Hébrides, où l'on n'envoyait de Nou
côte sud de l'île ; mais les listes et les chiffres méa que les « têtes brûlées ». Il faudra un
officiels 15 ne semblent pas correspondre à la soutien officiel bien plus affirmé et des condi
réalité ; il s'agit de : James Fysh, qui s'installera tions plus favorables pour commencer à stabi
sur 392 hectares à Tolomako, à Big Bay, où il liser ce qui n'était encore, au début du siècle,
n'aura d'autre concurrent que William Robert- qu'une population flottante. Les accrochages
son en 1919, lequel vivra surtout à Hog constants avec la population mélanésienne,
Harbour; d'Edgar Powell à Nalibu en 1887; soutenue par les missions presbytériennes et
de Peter Sawers à Tasmalum ; de Thomas anglicanes, sont une des raisons probables de
Stephens, à Tasmalum et surtout sur l'îlot cette situation.
d'Uralapa ; de Greig, installé en 1902 à l'Anse La démonstration de cette analyse est facile
Baldwin, où il rejoint Samuel Wells, installé à faire :
depuis 1880 ; de S. L. Axam, installé également
au sud Santo en. 1902 avec les frères Watson, Donald McLeod, venu en 1870 à Port
Havannah, vend en deux fois à la CCNH en même temps que Ess à l'embouchure de la
rivière Adsone ; de Donald Kerr, représentant (Higginson), puis se retire à Nouméa. John
de Kerr Brothers à Matevulu et Turtle Bay ; de Young, établi à Rahnie, Undine Bay, vend à la
CCNH en 1883. W. Ford installé en 1876 à Clapcott à la Navaka, avant une installation à
Port Havannah vend à Ballande des titres Tasmalum ; d'Arthur et Théo Thomas à Hog
Harbour en 1920, enfin des deux frères du fonciers à Tukutuku, mais aussi Ureparapara,
à Vanua Lava et à Ghaua des Banks. Louis Révérend Bowie, Fred, établi à Tangoa, et
Lecaine effectue des achats de terres aux Willy, installé à Kerenavura, à la pointe sud-
Iles Banks et Torres en 1893 et les cède au ouest de l'île.
Vicomte de la Villarbois qui ne viendra jamais. Les colons indépendants iront tenter de
13. Un croquis de terrain daté de 1914 attribue à Javelier la plantation occupée plus tard par Dillenseger, à South West
Bay, à l'époque de la mort de l'anthropologue anglais A. B. Deacon. Une propriété Macafi (McAfee) est notée au nord, de
l'autre côté de l'implantation de la mission presbytérienne.
14. Qui interdira l'entrée de sa plantation, sous peine de mort, aux Canaques et aux chiens.
15. Les noms de la liste établie par le Gouverneur Picanon en 1902 ne coïncident avec la réalité (les installations
effectives de colons anglais sur le terrain) que pour trois noms.
16. Reproduite par P. O'Reilly. 14 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
mentée — il y perdra son fils et sa première E. Wilson, longtemps installé à Port Patteson
prendra sa retraite à Sydney. Célestin Bour- femme — à Busman's Bay, Malekula. Raoul
douin, venu à Tagabe en 1887, revendique Bonnace, achète en 1920 sa plantation d'Aoré
6 000 hectares n, mais se retire à Nouméa. à Edmond Caillard, puis la perd dix ans plus
Jules Petersen crée la plantation de Matevulu tard et repart à Nouméa. Edmond Caillard, le
et la vend à Kerr Bros pour aller s'installer à fondateur des PRNH à Norsup, Malekula, se
l'Ile des Pins. Arthur et Théo Thomas vendent retire à Nouméa, où vivent ses descendants.
également Hog Harbour à Kerr Bros. Edgar Dalrymple, installé à Tisman Bay, Malekula,
Powell de Nalibu au Sud Santo, près de après avoir vécu à Tsureviu, Nogugu, nord-
Tasmalum, part aux Fiji et terminera son ouest Santo, part en Angleterre. Arrighi, ins
existence comme commerçant à Tanna. Do tallé à la Pointe du Diable, vend à Auguste
nald Kerr, neveu de McLeod, venu en 1900, Hénin, qui vend à Henri Ohlen. Emile Ohlen
prend sa retraite en Nouvelle-Zélande et vend crée l'actuelle plantation Russet, puis prend la
station Agez à Port Havannah. Mathieu Rossi Turtle Bay et Hog Harbour à Emile My, qui
cédera Matevulu et Hog Harbour de nouveau crée la plantation les Lagunes, la vend à Henri
à la SFNH, puis prendra sa retraite à Nouméa. de Préville en 1908, puis la vente est résiliée et il
Jean-Marie Bangam, venu à Mêle en 1901, la reprend, pour vendre à Georges Rolland,
mourra à Nouméa. Charles Rossi, installé à qui cédera à des Granges ; H. de Préville achète
Undine Bay en 1901, mourra à Melbourne. de la terre à Bouffa à la Mission Mariste ;
Roger des Rioux de Messimy, venu en 1905, Georges Rolland achètera la plantation d'Emae,
vend à Chantreux, qui vend lui-même à De- puis l'abandonnera tout simplement pour se
dion et repart à Nouméa. Auguste Russet, retirer en Australie. Marc Cariou arrivé en
venu à Santo en 1901, vend à Louis Peyrolle et 1910 à Assouk, Port Sandwich, se retire en
part en France ; ce dernier vend à Barrau et Nouvelle-Calédonie bien après la seconde guerre
part à Boulouparis, en Nouvelle-Calédonie. mondiale. Fernand Largeau vend Bellevue à
Pierre Bladinières, venu en 1906, se retire à Milliard, puis ayant récupéré la plantation
Nouméa, laissant sa plantation de Tagabe, après annulation de l'acte, vend à de Béchade
Éfate, à son fils. Jules Lecomte, venu en 1908, et part à Paris où il devient Secrétaire Général
se retire en France. Farell, qui était comde la SFNH ; de Béchade vend à Me des
merçant sur Atchin en 1908, disparaît sans Granges après 1945. Raymond Gardel, installé
laisser de traces, ainsi que les deux frères l8, en 1923, vend Sarabo à Maurice Lenormand
Fred et Willy Bowie, planteurs au Sud Santo. en 1947. René Pujol travaille à la Cotonnière à
Léon Chauvière, venu à Santo en 1909, vend à Norsup, avant d'être planteur à Mêle, puis
Ballande et part à Nouméa où il achète le Avocat des Indigènes et de se retirer en Nouv
Journal la France Australe. Anger, venu en elle-Calédonie. Edouard Deplanque reprend
1913, limonadier, puis maçon à Port Vila, se la succession Maglio, assassiné à Aoré, puis le
domaine Briault, et se retirera en Nouvelle- retire à Marseille. Thomas Wells, de Baldwin
Cove à Santo, se retire à Norfolk Island. Calédonie. Robert, fils de Charles Petersen
Balen, de Malo, vend à la CCNH. Augustin Stuart s'installe sur une concession SFNH à
Douyère d'Aoré se retire en Nouvelle-Calédon Mêle, dont il vend des parcelles à divers colons,
il s'associe à Thomas Wright et part à Santo, ie, de même que Gabriel Renevier. Charles
Renevier s'installe aux Maskelynes, puis y vend vendant Mêle ; il s'installe à Palikulo, qui
la plantation dite Bagatelle à Peronnet, qui la restera à Wright, puis sur l'île d'Aïsse qui
vendra à Marinacce. Henri Gané d'Aoré vend sera enlevée à ses enfants. Georges Denis
à Houchard et s'en retourne en France. Jean s'installe en 1937 à Saraoutou, à Santo, puis
Cassin garde sa propriété de Santo, mais part à cède à Ballande et se retire, dix ans plus tard.
Nouméa. F. J. Fleming, gérant de la plantation J. Chavereau sera expulsé de l'archipel en 1952
Metaven à Malekula, part en Angleterre. Tibby à la suite d'un double meurtre à Big Bay.
Seul le Canal du Segond, presque vide Hagen développe Ringdove à Epi, puis fait
d'habitants depuis la grande épidémie de vafaillite. Martin, propriétaire d'une scierie à
riole du milieu du siècle dernier — provoquée vapeur sur Aneityum et Wilson, exploitant de
par le dépôt sur la plage de vêtements de bois, vendent leurs droits à Tibby Hagen, dont
varioleux par un recruteur australien, qui visait le fils Jean fera faillite et prendra en gérance à
à l'extinction de la population locale — fourSanto une plantation SFNH. Ewan Corlette se
nissait une situation à peu près dépourvue de retire en Australie après une résidence
17. Il s'agit du titre Errangara, lieu d'un conflit entre la SFNH et Bourdouin.
18. Le troisième frère était missionnaire presbytérien.

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