La faune benthique du lagon de l'atoll de Scilly, archipel de la Société. - article ; n°77 ; vol.39, pg 5-15

De
Journal de la Société des océanistes - Année 1983 - Volume 39 - Numéro 77 - Pages 5-15
Considérant les 84 atolls de Polynésie française, l'atoll de Scilly, étudié lors d'une expédition en 1979, a été sélectionné comme type d'une catégorie de ces îles basses, caractérisé par l'absence de passe (Scilly est un atoll fermé) et par une couronne dont une grande partie est submergée facilitant les échanges entre eaux océaniques et eaux lagunaires. L'existence de cette couronne submergée entraînait-elle dans le lagon des peuplements vivants de type atoll ouvert (grande richesse en espèces, faibles dominances) ou de type atoll fermé (pauvreté en espèces, forte dominance de quelques espèces) ?
L'existence, sur les bordures submergées de la couronne (Ouest et Sud de l'atoll) d'alignements de beach rock en cours d'érosion, démontre l'existence passée et récente d'îlots qui « fermaient » l'atoll aux influences océaniques ; les matériaux constituant ces îlots ont été balayés et rejetés dans le lagon lors de cyclones ou de raz de marée. Voilà qui explique cette structure géomorphologique particulière de bordure submergée, peu fréquente dans les atolls de Polynésie française.
La faune benthique lagunaire présente les caractéristiques de peuplements de lagons d'atolls fermés : pauvreté en espèces et dominance de quelques-unes. L'absence ou la présence remarquable de certaines espèces ou groupes est notée. L'existence de bordure submergée, comme il en existe à Scilly, ne semble pas permettre des influences océaniques aussi fortes et déterminantes que celles d'une passe pour le milieu lagonaire et ses peuplements.
In considering the 84 atolls of French Polynesia, the atoll on Scilly, which was studied during an expedition in 1979, was chosen as representative of a category of those low islands characterised by the absence of passes (Scilly is a closed atoll) and by an atoll rim a large part of which is submerged thereby increasing the exchange between oceanic and lagon waters. Does the existence of the submerged crown bring with it living lagoon populations such as those found on open atolls (great richness of species, weak dominance) or those of closed atolls (poor in species, strong dominance by some species)?
The existence of leading lines of beach rock in the process of erosion on the submerged borders of the crown (west and south of the atoll) demonstrates the former and recent existence of islets which 'closed ' the atoll to oceanic influences; these islets were composed of material swept into the lagon by cyclones or tsunami. Here is one explanation for this particular geomorphological structure found infrequently in the atolls of French Polynesia. The benthic fauna of the lagoon is characteristic of the populations of lagoons of closed atolls: poor in species and strong dominance of certain of these species. The noticable absence or presence of certain species or groups can be noted. The existence of a submerged border, as exists on Scilly, does not seem to allow oceanic influences as strong or as determinative for the lagoon environment and its populations as does a pass.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1983
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Bernard Salvat
La faune benthique du lagon de l'atoll de Scilly, archipel de la
Société.
In: Journal de la Société des océanistes. N°77, Tome 39, 1983. pp. 5-15.
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Salvat Bernard. La faune benthique du lagon de l'atoll de Scilly, archipel de la Société. In: Journal de la Société des océanistes.
N°77, Tome 39, 1983. pp. 5-15.
doi : 10.3406/jso.1983.2784
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jso_0300-953X_1983_num_39_77_2784Résumé
Considérant les 84 atolls de Polynésie française, l'atoll de Scilly, étudié lors d'une expédition en 1979, a
été sélectionné comme type d'une catégorie de ces îles basses, caractérisé par l'absence de passe
(Scilly est un atoll fermé) et par une couronne dont une grande partie est submergée facilitant les
échanges entre eaux océaniques et eaux lagunaires. L'existence de cette couronne submergée
entraînait-elle dans le lagon des peuplements vivants de type atoll ouvert (grande richesse en espèces,
faibles dominances) ou de type atoll fermé (pauvreté en espèces, forte dominance de quelques
espèces) ?
L'existence, sur les bordures submergées de la couronne (Ouest et Sud de l'atoll) d'alignements de
beach rock en cours d'érosion, démontre l'existence passée et récente d'îlots qui « fermaient » l'atoll
aux influences océaniques ; les matériaux constituant ces îlots ont été balayés et rejetés dans le lagon
lors de cyclones ou de raz de marée. Voilà qui explique cette structure géomorphologique particulière
de bordure submergée, peu fréquente dans les atolls de Polynésie française.
La faune benthique lagunaire présente les caractéristiques de peuplements de lagons d'atolls fermés :
pauvreté en espèces et dominance de quelques-unes. L'absence ou la présence remarquable de
certaines ou groupes est notée. L'existence de bordure submergée, comme il en existe à
Scilly, ne semble pas permettre des influences océaniques aussi fortes et déterminantes que celles
d'une passe pour le milieu lagonaire et ses peuplements.
Abstract
In considering the 84 atolls of French Polynesia, the atoll on Scilly, which was studied during an
expedition in 1979, was chosen as representative of a category of those low islands characterised by
the absence of passes (Scilly is a closed atoll) and by an atoll rim a large part of which is submerged
thereby increasing the exchange between oceanic and lagon waters. Does the existence of the
submerged crown bring with it living lagoon populations such as those found on open atolls (great
richness of species, weak dominance) or those of closed atolls (poor in species, strong dominance by
some species)?
The existence of leading lines of beach rock in the process of erosion on the submerged borders of the
crown (west and south of the atoll) demonstrates the former and recent existence of islets which 'closed
' the atoll to oceanic influences; these islets were composed of material swept into the lagon by
cyclones or tsunami. Here is one explanation for this particular geomorphological structure found
infrequently in the atolls of French Polynesia. The benthic fauna of the lagoon is characteristic of the
populations of lagoons of closed atolls: poor in species and strong dominance of certain of these
species. The noticable absence or presence of certain species or groups can be noted. The existence
of a submerged border, as exists on Scilly, does not seem to allow oceanic influences as strong or as
determinative for the lagoon environment and its populations as does a pass.faune benthique du lagon de l'atoll de Scilly, La
archipel de la Société
par
Bernard SALVAT *
Les atolls ou îles basses coralliennes, dont hoa ainsi que leur nombre dans un atoll
on compte 400 unités dans le monde (Bryan, fermé déterminent l'importance des échanges
océan-lagon. Les platiers submergés sont des 1953 ; Wiens, 1962), sont bien représentés
(85 îles) en Polynésie française. L'archipel des parties importantes de la couronne récifale
Tuamotu compte, à lui seul, 76 atolls aux qui sont au-dessous du niveau de basse mer
quels il convient d'adjoindre 5 de de telle sorte que les vagues de l'océan défer
l'archipel de La Société (Tetiaroa, Tupai, lent sur la zone frontale du récif extérieur et
Mopilia, Scilly, Bellinghausen), 1 aux Gam- courent jusqu'au lagon, du moins à marée
bier (Temoe), 1 aux Marquises (îlot corallien haute. Les caractéristiques de tels platiers sub
détritique de Motu One) et 1 aux Australes mergés, existant aux abords des passes
(Maria), soit au total 84 îles coralliennes, plus d'atolls ouverts (ex. Mururoa) ou sur des par
nombreuses que les 34 îles hautes des îles de ties de couronne récifale d'atolls fermés (ex.
la Société, des Marquises, des Australes et des Scilly), déterminent l'importance des échanges
Gambier. océan-lagon.
On distingue habituellement les atolls Nous avons été amenés, en 1979, à propos
ouverts et les atolls fermés. Les premiers pos er une typologie simplifiée des atolls de
sèdent une passe navigable assurant une Polynésie française basée sur l'existence ou
importante communication entre les eaux l'absence de lagon, en premier lieu, et sur
l'importance des échanges eaux océaniques- océaniques et les eaux lagunaires, et permett
ent aux bateaux de pénétrer dans le lagon. eaux lagunaires, en second lieu, par les
Les seconds ne possèdent pas de passe et les passes, les hoa et les platiers submergés. Cette
échanges entre l'océan et le lagon sont plus typologie, légèrement complétée, est donnée
ou moins importants en fonction de certaines dans le tableau A.
structures géomorphologiques. Les hoa ou Les lagons prospectés jusqu'alors ont été
collecteurs de platiers (Battistini et al., 1975) ceux d'atolls ouverts ou fermés avec un
sont des dépressions peu profondes de la cou nombre plus ou moins important d'hoa. On
ronne récif aie, perpendiculaires au front du peut résumer comme suit les conclusions rela
récif. Ces hoa, dont plusieurs types ont tives aux peuplements lagunaires,
été recensés (Chevalier, 1972), peuvent fonc énoncées dès 1967 à la suite d'études de plu
tionner par intermittence en fonction de sieurs atolls du Sud-Est des Tuamotu (Salvat,
leur morphologie et des conditions marégra- 1967) et confirmées par la suite lors de pros
phiques, météorologiques, hydrodynamiques pections à Takapoto (Richard, thèse 1982), à
océaniques et lagunaires. Tous les interméd Taiaro (Poli et Salvat, 1976 ; Salvat et al.,
iaires existent entre un hoa assurant des 1977), Rangiroa (Richard, thèse) : a) la
entrées d'eau dans le lagon ou des sorties richesse en espèces des lagons ouverts est plus
d'eau vers l'océan, à marée haute et/ou à grande que celle des fermés ; b) dans
marée basse, et un hoa ne fonctionnant qu'en les lagons fermés, il y a une forte dominance
période cyclonique. Les caractéristiques de ces d'un très petit nombre d'espèces de chaque
* Laboratoire de Biologie Marine et Malacologie, École Pratique des Hautes Études, 55, rue de Buff on,
75005 Paris, Antenne Muséum National Histoire Naturelle, École des Centre Environnement,
B.P. 12, Moorea (Polynésie française). .
DES OCÉANISTES SOCIÉTÉ
Tableau A. — Typologie simplifiée des atolls de Polynésie française.
Catégorie Caractéristiques géomorphologiques Exemple
1 Atoll soulevé MAKATEA
2comblé — lagon entièrement occupé par la cocoteraie NUKUTAVAKE
3 Atoll presque comblé — lagon sableux à eau résiduelle PUKAPUKA
4complètement fermé — entrée d'eau au cours de raz de marée TAIARO
ou par très mauvais temps, niveau lagon inférieur à celui de l'océan TAKAPOTO
5 Atoll fermé à cocoteraie presque continue mais avec quelques hoa
6à importante mais à très nombreux hoa (géné
ralement sur un seul versant de l'île) REAO
7 Atoll fermé à cocoteraie peu importante et à grande surface de platiers
submergés SCILLY
8 Atoll ouvert à une passe relativement étroite HAO
9à une large et profonde bordée de platiers submer- MURUROA
gés RANGIROA
10 Atoll ouvert à 2 passes AMANU
11à 3
groupe taxonomique, ce qui n'est pas le cas Une mission interdisciplinaire et interorga
dans les lagons ouverts ; c) chaque lagon nismes (34 personnes) était organisée en jan
fermé possède un peuplement original quant à vier 1979 sur l'atoll de Scilly par l'Antenne
la composition qualitative et quantitative du Muséum National d'Histoire Naturelle et
(abondance, dominance) de ses peuplements. de l'École Pratique des Hautes Études en
Polynésie française, avec de nombreux souAucune étude n'avait été réalisée sur un lagon
tiens (voir introduction du présent fascicule). d'atoll de la catégorie 7 (tableau A) caractéri
sée par une importante partie de sa couronne Un compte rendu préliminaire de l'expédition
à platiers submergés. Les peuplements étaient- a été édité en juin 1979 (rapport ronéoté,
77 pages). Trois travaux ont été publiés à ce ils variés comme dans les atolls ouverts, ou
pauvres en espèces comme dans les lagons jour sur Scilly à la suite de cette expédition :
d'atolls fermés ? Quelle était l'importance des a) sur la faune de foraminifères (Salvat et
échanges d'eaux au-dessus des platiers sub Venec-Peyre, 1981 ; Venec-Peyre et Salvat,
1981), b) sur le phytoplancton et la productivmergés ? Du point 'de vue biologique et écolo
gique, ces lagons d'atolls à couronne en ité primaire des eaux lagonaires (Ricard et
grande partie submergée devaient-ils être clas Delesalle, 1981). Le présent fascicule du Jour
nal de la Société des Océanistes contient un sés dans les lagons d'atolls ouverts ou dans
les lagons d'atolls fermés ? quatrième article sur la faune ichtyologique
Les atolls fermés de cetye catégorie existent (Galzin, Bagnis et Bennett) et un cinquième
sur la flore et la végétation de l'île (Sachet). dans les îles de la Société (Scilly, Mopelia)
mais également dans les Tuamotu (Nukuti-
pipi, Anu Anuraro). I. — L'atoll de Scilly.
Scilly a été sélectionné comme type d'atoll
à étudier de cette catégorie pour différentes Scilly est l'île la plus occidentale de l'archi
pel de la Société et de la Polynésie française. raisons que nous évoquerons sans les dévelop
per : a) Scilly est un atoll qui jouissait d'une Découverte en 1767 par Wallis, elle se situe
par 16°30' de latitude Sud et 154°40' de lonprotection par décision des autorités territo
gitude Ouest. Elle est à 550 km à l'Ouest de riales depuis 1971 ; b) il s'agit d'un des rares
atolls à posséder encore d'importants stocks Tahiti et à 65 km à l'Ouest de l'atoll de
naturels de nacres (Pinctada margaritifera) Mopelia. Comme en témoigne un ancien vil
lage (Semah, 1979), l'île était autrefois habidont les peuplements ont été surexploités
depuis des dizaines d'années (Salvat 1980 et tée alors qu'il n'y réside actuellement qu'un
couple pour l'entretien de la cocoteraie et le 1981) ; c) Scilly est un lieu de ponte de la
travail du coprah (Compagnie Française de tortue verte (Çhelonia mydas) dont les peu
Tahiti). L'atoll a été classé et protégé en plements sont gravement menacés dans l'e
1971. nsemble du Pacifique Sud. PEUPLEMENTS BENTH1QUES DE L'ATOLL DE SCILLY
N
2km
Figure 1. — L'atoll de Scilly, à 550 km à l'Ouest de Tahiti, avec indication des profils bathymétriques dans le lagon.
La bordure orientée Nord Ouest-Sud Est est occupée par la cocoteraie alors que les bordures occidentale et méri
dionale ne comportent pas d'îlots.
parties occidentale et méridionale de la couDe forme sensiblement circulaire, Scilly a
un diamètre compris entre 9 et 11 km (fronne sont totalement submergées à marée
igure 1). Les parties Nord et Est de la cou haute de vives eaux et les vagues de l'océan,
après déferlement sur la zone frontale du ronne de l'atoll (en fait une façade orientée
Nord Ouest-Sud Est) présentent des motu récif extérieur, se développent sur le pla-
dont la largeur n'excède pas le kilomètre. Les tier jusqu'au lagon. Les platiers submergés 8 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
n'excèdent pas 2 km et présentent, notam plus faibles dans le lagon que dans l'océan
(en ug at./l. : 0,15-0,20 N-N02 — 0,15- ment sur le versant occidental et en position
0,40 N-N03 — 0,50-0,70 Si-SiO4 — 0,40- interne, des alignements de beach rocks.
Ceux-ci ont un pendage vers le lagon ; ils 0,50 P-P04). La teneur en oxygène dissous des
eaux lagunaires est toujours supérieure à la sont les témoins de l'existence passée de motu
saturation (minimum 6,38 mg/1. à 28°C). La qui ont dû disparaître lors de périodes cyclo
niques récentes ou raz de marées. Ces aligne turbidité est relativement importante et la
charge particulaire de l'ordre de 5 à 11 mg/1. ments de beach rocks sont nettement visibles
sur la couverture aérienne de l'atoll que nous Aucune stratification importante de ces carac
avons utilisée pour préparer la mission et les téristiques hydrologiques n'a pu être mise en
évidence entre les eaux de surface et celles de prospections.
Le lagon où plusieurs radiales bathymé- profondeur, sauf pour la salinité et la tempé
triques ont été effectuées, a une profondeur rature qui révèlent une très légère stratifica
tion. Le disque de secchi disparaît à 20 m maximale observée de 70 m ; près de 80 °/o de
dans le lagon alors que dans l'océan celui-ci sa superficie est occupée par des fonds comp
ris entre 40 et 60 m (figure 2). La pente est habituellement visible jusqu'à 35 m.
interne occidentale du lagon est en pente plus
douce que la pente interne orientale. La moit
ié occidentale du lagon est un peu plus pro IL — MÉTHODES ET LOCALITÉS PROSPECTfonde que la moitié orientale. À l'exception ÉES. de quelques rares pâtés coralliens sur la
plate-forme interne du lagon, c'est-à-dire à
quelques centaines de mètres tout au plus du La faune benthique a été prospectée selon
trois transects partant de la bordure lagunaire rivage et avant la pente interne, la partie cen
vers le centre du lagon et allant jusqu'à la trale du lagon (95 °/o) est totalement dépour
vue de pâtés affleurant la surface. Ceci est profondeur de 52 m (transect au Nord-Est),
peu fréquent dans les lagons polynésiens. de 23 m (transect au Nord-Ouest) et 15 m
(transect au Sud). Au centre du lagon, une Toutefois, lors des relevés bathymétriques,
nous avons pu constater l'existence de pâtés station a été prospectée du sommet d'un pâté
corallien par 30 m de profondeur jusqu'au s'élevant du fond du lagon et s 'approchant à
fond sableux du lagon par 45 m. Au total, moins de 25 m de la surface (radiale C, f
20 plongées en scaphandre autonome ont été igure 2), ce qui fut vérifié en plongée.
effectuées sur 12 stations. L'hydrodynamisme dans le lagon de Scilly
est sous la dépendance des conditions météo Les observations ont été faites directement
rologiques. Les vents dominants du Sud-Est en plongée avec récoltes des espèces pour
induisent des entrées d'eau par l'Est — entre identification. Les prospections quantitatives
les deux motu principaux de la côte Est, où sur la macrofaune des sédiments ont été réali
se trouve un large hoa — , et par le Sud-Sud- sées à partir d'une surface de 0,06 m2 à l'aide
Est. Les sorties d'eau du lagon vers l'océan se d'un aspirateur sous-marin entraînant le sable
font par-dessus les récifs submergés de la côte dans un filet de vide de maille de 1 mm. Les
Ouest. Ce circuit hydrodynamique avait été échantillons sédimentaires ont été traités selon
pressenti par une analyse de morphologie des les techniques granulométriques habituelles
bancs de sable sur photographie aérienne par sur série AFNOR.
Guilcher (1969), et il a été vérifié par obser
vations directes lors de notre mission (Ricard,
1971). On notera toutefois que le bord interne III. — Faune benthique de substrat dur.
du platier submergé de la côte occidentale est
sujet à des apports sédimentaires de l'océan Nous avons souligné précédemment que la
mais également du lagon comme l'atteste la presque totalité du lagon était dépourvue de
morphologie et la composition de cordons pâtés coralliens affleurant la surface, notam
lagunaires. ment la partie centrale (95 % du lagon). De
Les études hydrologiques (Ricard et Dele- tels pâtés, aux sommets à fleur d'eau ou sub
salle, 1971) ont révélé, lors des prospections mergés par quelques mètres, ne se rencontrent
de janvier 1979, une salinité légèrement plus qu'en nombre restreint à proximité du rivage
élevée dans le lagon (35,45 à 35,63 g/1.) que sur la plate-forme interne, en particulier dans
dans l'océan (35,37 g/1.). Les sels nutritifs t le secteur Nord-Est du lagon. En dehors de
émoignent, par leur faible densité, d'un milieu ceux-ci, les autres pâtés sont submergés par
oligotrophique avec des valeurs légèrement plusieurs dizaines de mètres d'eau. SO p>
n CO p> 5*
Figure 2. — Profils bathymétriques dans le lagon. Les lettres D, C, F et B renvoient aux profils localisés sur la
figure 1. 10 SOCIETE DES OCEANISTES
Figure 3. — Photographie aérienne d'une partie de la bordure occidentale de l'atoll (radiale 3 de l'expédition de
1979). De la gauche vers la droite : zone à éperons sillons, platier extérieur sous quelques décimètres à deux mètres
d'eau, alignements de beach rock — témoins d'anciens îlots — , cordon littoral lagunaire (zone blanche), plat
eforme interne, pente interne du lagon. Des éperons sillons au cordon littoral, la distance est d'environ 1 200 m.
Référence du cliché (V.12 S-FANF. 09 oct. 78. 11 H 20 W — 100 mm x 2 — 1 200 m — Atoll de Scilly —
15 — DR — n° 08).
Au-delà d'une quinzaine de mètres de pro1) Madrépores. fondeur, il n'y a plus d'important recouvre
Les peuplements madréporiques vivants ne ment en madrépores vivants, le substrat coral
se rencontrent que sur les parties sommitales lien est mort à 95 °7o et il ne subsiste que
des pâtés affleurant ou proches de la surface. quelques genres de coraux très faiblement
Entre 0 et 10 m de profondeur, il est fréquent représentés tels que Pavona, Stylocoeniella,
que le peuplement de corail jaune et vert, Po- Montipora et Acanthastrea encore présents
rites lobata, recouvre 80 à 95 % du substrat. par 30-35 m de fond.
La dominance de ce madrépore est extrême Il faut donc conclure que la faune de
ment importante mais n'exclut pas la présence madrépores est pauvre en espèces mais le
de quelques autres espèces appartenant aux recouvrement dominant de Porites lobata,
pour les substrats durs peu profonds, ne genres ci-après (Chevalier, 1979) : Acropora,
représente pas une très grande abondance à Montipora, Leptastrea, Favia, Montastrea,
Cyphastrea, Acanthastrea, Stylophora, Stylo- l'échelle du lagon compte tenu de la rareté de
ces substrats peu profonds. coemella, Pocillopora, Pavona, Psammocora,
Une algue est caractéristique du lagon de Astreopora. PEUPLEMENTS BENTH1QUES DE L'ATOLL DE SCILLY 11
Scilly par son abondance et sa dominance : indispensable aux algues symbiotiques du
l'algue brune Microdictyon. On a relevé sur le bénitier ; cette limite est vers — 15 m dans
substrat dur, par 15, 32 et 52 m, des recou des lagons aux eaux moins turbides. Tridacna
vrements de 90 et 35 °/o et elle a été observée maxima n'est pas une espèce abondante dans
en abondance à toutes les plongées effectuées le lagon de Scilly.
dans l'ensemble du lagon. Les Halimeda arri b) Pinctada margaritifera, la nacre et
vent à occuper une place non négligeable, de Pycnodonta hyotis, la fausse nacre, sont pré
10 à 5 % en surface ou près de la surface, à sentes en relative abondance à toutes les pro
quelques °/o par 50 m de profondeur. On note fondeurs dans le lagon. Les densités maxi
également la présence de Caulerpes et de Co- males de nacre sont de l'ordre de 2 ind/nr
dium (Denizot, 1979). (Galenon, com. pers.). Le stock de nacres
Ainsi, les peuplements madréporiques et dans le lagon de Scilly a été évalué entre 3,5
algaux révèlent la dominance de deux espèces et 4 millions d'individus ; les individus sont
Porites lobata et Microdictyon, le madrépore rares entre 0 et 20 m mais le stock est prat
ne peut avoir un grand développement dans le iquement vierge au-dessous de 35 m (Galenon,
lagon faute de substrat peu profond alors que 1979). La fausse nacre est abondante entre 5
l'algue a une extraordinaire abondance à et 35 m de profondeur, aussi que
l'échelle du lagon. la nacre elle-même.
c) Area velata, et secondairement Area ven-
tricosa, sont abondantes jusqu'à la profon2) Échinodermes. deur d'une vingtaine de mètres. Chama ios-
La faune échinodermique du lagon est pra toma et Spondylus varions, repérées jusqu'à
30-40 m de profondeur ne l'ont pas été au- tiquement inexistante. Nous n'avons observé
dans les cavités du corail qu'une petite espèce delà (plongée à 52 m) sans que l'on puisse
d'Échinide. Il n'y a aucun Échinide des affirmer qu'elles ne s'y trouvent pas.
genres Échinothrix et Psammechinus, et d) Area plicata, Chama asperella, Anomia
l'abondance des algues Microdictyon n'est sp., Isognomon isognomum, Malleus macu-
probablement pas étrangère à cette absence losa, Septifer bilocularis et Pinna muricata
d'Échinide. Nous n'avons relevé la présence sont des espèces vivant dans des cavités et qui
d'aucun Stelleride tel que Culcita schmide- ont été récoltées occasionnellement entre 10 et
liana ni d'aucun Holothuride — tel que Halo- 35 m.
deima atra, espèce pourtant habituelle des Les bivalves perforants participent activ
lagons d'atolls polynésiens, pas plus que ement à l'érosion des madréporaires morts
Opheodesoma australiensis. (Gastrochena dentifera, Lithophaga cinnamo-
minus et L. teres) mais d'une manière qui,
quantitativement, n'a rien à voir avec 3) Mollusques.
l'extraordinaire abondance des Lithophaga
Une vingtaine d'espèces de mollusques ont dans les coraux vivants et morts du lagon de
été recensées sur le substrat dur. La liste est l'atoll de Mataiva.
donnée en annexe ; les déterminations sont en
accord avec la liste établie par Richard 4) Autres groupes zoologiques.
(1982). Les bivalves sessiles sont les plus nom
breux (9), puis les bivalves vivant dans les Aucun représentant (macro-espèces) du
anfractuosités (5) puis les perforants (3), alors groupe des Éponges, des Alcyonnaires, des
Actiniaires, des Gorgonaires ni des Antipa- qu'un seul gastropode vagile a été observé
thaires n'a été observé. Les Crustacés et les (Coralliophila violacea en certaines stations
seulement parmi celles où abonde Porites Annélides, d'ailleurs extrêmement rares dans
le lagon, n'ont pas été l'objet de prospectlobata dont il se nourrit).
ions. Les bivalves sessiles peuvent être répartis en
4 catégories : a) Tridacna maxima, seule
espèce de cette première catégorie, n'est abon
IV. — Faune de substrat meuble. dante que sur certains pâtés très peu profonds
sur la plate-forme interne du lagon (densité
maximale 2 à 3 ind/m:). Les derniers repré Les sédiments du lagon de Scilly s'étagent
sentants de cette espèce se rencontrent par entre des sables coralliens grossiers et moyens
une dizaine de mètres de profondeur ; au- (plate-forme interne) au sable fin (pente
delà, les conditions d'éclairement sont insuffi interne) à extrêmement fin (fond de lagon).
Les paramètres et les courbes granulome- santes pour l'assimilation chlorophyllienne 12 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
triques ont été donnés dans un précédent tra cerithiidae détritivore — ; Nassarius granife-
rus — nassariidae saprophage — ; Conus vail (Venec Peyre et Salvat, 1981). Notons
que sur la plate-forme de bordure, le dia eburneus — conidae vermivore — ; Terebra
mètre moyen est voisin de 400 /*m et que le maculata, T. undulata — terebridae vermi
pourcentage de silt (particules inférieures à vores ; Vexillium cadaverosum — mitridae
63 /*) est inférieur à 1 %. Sur la pente vermivore — . Pour les bivalves, il s'agit de
interne, entre 10 et 35 m de profondeur, le Lioconcha philippinarum (absent toutefois des
diamètre moyen passe à 160-100 /*m et le sédiments peu profonds), et Arcopagia ro-
pourcentage de silt monte jusqu'à 10. À part busta. Nous soulignerons la présence d'une
ir de 40 m, le sédiment est une vase extrême espèce de la famille des Corbulidae abondante
ment fine, le diamètre moyen est de 50/im et à une station par 32 m, et que nous avons
le pourcentage de silt dépasse 50. Les condi récoltée pour la première fois.
tions d'habitabilité de ces divers substrats Au-delà de 35 m, le brusque changement
sont évidemment différentes pour la faune. des caractéristiques granulométriques ne per
Jusqu'à la profondeur de 35-40 m, le séd met plus à cette malacofaune de coloniser le
iment est normalement compact alors qu'au- substrat. Une seule espèce a été récoltée dans
delà, avec les caractéristiques granulome- la vase fine du fond du lagon, espèce d'ail
triques indiquées précédemment, il s'agit leurs récoltée vivante pour la première fois en
d'une « soupe » dense, une vase fine qui colle Polynésie française : Cyclostrema cingulifera,
aux objets, qui glisse en paquets mais ne petite espèce (quelques millimètres) d'archéo-
s'écoule pas. Un objet s'enfonce deux fois gastropode, famille des cyclostremidae proche
plus dans les sédiments profonds que dans les des Trochidae. Cette espèce est abondante sur
moins profonds. les fonds de 50 m.
Témoin de l'activité d'organismes vivant Les prospections quantitatives ont permis
dans le sédiment, le faciès en dômes et cu de relever l'abondance des espèces domin
antes. Il a été procédé à des aspirations- vettes existe dans toutes les stations prospect
ées entre 8 et 40 m ; on sait maintenant tamisages de sédiment de 0,06 m2 de surface
(Vaugelas, sous presse), grâce à des prospec sur 20 cm d'épaisseur et à des prospections
tions réalisées dans d'autres atolls, que ces par courant d'eau (la main du plongeur dé
reliefs sont à attribuer aux crustacés callia- gage peu à peu le sédiment) sur des surfaces
nasses Callichirus armatus et non à des ente- de 1 m2. On peut ainsi préciser les abon
ropneustes. Les crustacés sont toutefois dances observées. Strombus gibberulus (dens
absents des sédiments profonds. En revanche, ité maximale de 100 ind/m2) dans les séd
iments les moins profonds, puis 10 à 30 ind/m2 les terriers de Poissons Gobiidae existent à
toutes les profondeurs même par 50 m, et entre 8 et 25 m. Lioconcha philippinarum est
l'espèce Oplopomus oplopomus a été identi fréquemment représenté par 1 ou 2 individus
fiée (Galzin, com. pers.). L'épiflore de ces dans les prélèvements quantitatifs de 0,06 m2.
sédiments se présente parfois sous forme de Il en est de même de Conus eburneus mais sa
film de Cyanophycées ; un réseau extrême présence est moins régulière. Terebra kilburni
ment lâche de Caulerpa serrulata n'a été est relativement abondante vers 20-35 m où sa
rencontré qu'au cours d'une seule plongée par densité est voisine de 3-4 ind/m2.
32 m.
On trouvera en annexe la liste des mol
V. — Conclusions. lusques, 30 espèces, récoltés dans les séd
iments meubles. Nous noterons immédiate
ment que ce nombre est peu élevé. Les Le substrat dur dans le lagon est pratique
familles les mieux représentées sont les Tere- ment inexistant dans les eaux superficielles
bridae (6 espèces), les Mitridae (6 espèces) et compte tenu qu'il existe très peu de pâtés co
les Tellinidae (3 espèces). Parmi les gastro ralliens sur la plate-forme interne lagunaire et
podes, il y a une large majorité de vermivores qu'il n'y a aucun pinacle s'élevant du fond
du lagon et s'approchant à moins de 20 m de (13 espèces) les autres étant malacophages,
herbivores, détritivores ou saprophages. Quel la surface. Dans ces eaux peu profondes,
ques espèces ont été récoltées, régulièrement à Porites lobata domine largement, et partout
toutes les stations, entre 2 et 35 m de profon ailleurs, le substrat corallien, mort à plus de
deur, bien qu'à des densités variables. Pour 80 °/o, est recouvert par des Microdictyon
les gastropodes, il s'agit de : Strombus gibbe- dont nous n'avons rencontré une telle densité
rulus (mais pas au-delà de 25 m) — strombi- dans aucun autre atoll de Polynésie française.
dae herbivore — ; Rhinoclavis fasciatum — Les Échinodermes — même les espèces com-

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