La grotte des Adoutx à Caudiès-de-Fenouillèdes (Pyrénées-Orientales) et le Mésolithique des Corbières - article ; n°1 ; vol.30, pg 187-203

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Gallia préhistoire - Année 1987 - Volume 30 - Numéro 1 - Pages 187-203
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Publié le : jeudi 1 janvier 1987
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Michel Barbaza
La grotte des Adoutx à Caudiès-de-Fenouillèdes (Pyrénées-
Orientales) et le Mésolithique des Corbières
In: Gallia préhistoire. Tome 30, 1987. pp. 187-203.
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Barbaza Michel. La grotte des Adoutx à Caudiès-de-Fenouillèdes (Pyrénées-Orientales) et le Mésolithique des Corbières. In:
Gallia préhistoire. Tome 30, 1987. pp. 187-203.
doi : 10.3406/galip.1987.2381
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1987_num_30_1_2381GROTTE DES ADOUTX À CAUDIÈS-DE-FENOUILLÈDES LA
(PYRÉNÉES-ORIENTALES) ET LE MÉSOLITHIQUE DES CORBIÈRES
par Michel BARBAZA
La brève intervention effectuée dans la grotte Adoutx (ou Adotx ou Adotz) (fig. 1). Ce terme, issu
des Adoutx. à Caudiès-de-Fenouillèdes (Pyrénées- de l'occitan Doizar (couler/ sourdre) désigne les
nombreuses résurgences et sources qui se manifestent Orientales) a principalement résulté du choix de
sauvegarder un site de faible extension ne pouvant à la base de ces terrains karstiques.
Elle se situe immédiatement sous la route accueillir à l'évidence que des groupes humains
restreints dont il convenait de définir les caractéristi reliant Quillan (Aude) à Caudiès-de-Fenouillèdes
(Pyrénées-Orientales), dans la parcelle 56 du teneques chrono-culturelles et palethnologiques. Ces
ment auquel elle doit son nom; elle est propriété objectifs n'ont été qu'approximativement atteints en
communale. Placée à 550 m d'altitude absolue, elle raison de l'importance des remaniements anciens ou
domine de près de 100 m le thalweg occupé par un plus récents qui affectaient les dépôts sédimentaires,
petit ruisseau temporaire qui recoupe la formation mais aussi en raison de la nature même de la
calcaire selon une direction nord-ouest/sud-est. Le documentation.
plissement qui a mis en évidence cette formation Présentées selon les habitudes les plus fréquent
géologique détermine l'orientation générale est-ouest es, les études archéologiques retiennent volontiers
les données spectaculaires et valorisantes telles qu'en de la dépression dans laquelle débouche le ruisseau
des Adoutx après un cours de 3 km environ. Ce elles-mêmes elles apparaissent parfois. A l'inverse, et
il ne saurait être question de prolonger ici artificiell couloir naturel sépare, depuis le cours de l'Aude
jusqu'à la Méditerranée, la chaîne pyrénéenne du ement l'analyse à partir d'une documentation limitée,
Massif des Corbières à qui il fournit sa limite c'est bien son indigence même qui crée son intérêt et
qui nous sollicite. Cette s'insère méridionale.
Le gisement s'insère dans un paysage très harmonieusement dans l'ensemble actuel des
escarpé et rocailleux, à mi-chemin vers le sud de la connaissances en étant tout à fait représentative du
dépression du Fenouillèdes ouvrant vers la plaine contexte régional du Massif des Corbières et des
roussillonnaise et vers le nord des petits plateaux et Pyrénées de l'Est, également documenté dans l'Aude
sommets des Corbières audoises placées entre 600 et par les sites explorés méthodiquement de La Cauna
1 200 m d'altitude (fig. 2 et 3). d'Arqués et de l'abri du Roc de Dourgne, en cours de
La grotte, ouverte au sud/sud-est, se présente publication, ainsi que dans une moindre mesure, par
sous l'aspect d'une étroite cavité sub-horizontale sur l'abri du Roc d'en Bertran à Camps-sur-1'Agly.
8 à 10 m à partir de l'entrée, puis rapidement
ascendante sur une longueur sensiblement équivalent
Le site, le gisement e. Un éboulis colmaté interdit ensuite la progression
(fig. 4). Selon Bernard et Sylvette Ournié qui ont
La grotte des Adoutx ou grotte-sous-la-route, réalisé l'étude méthodique des divers phénomènes
Coma dels Adotx, s'ouvre dans le banc de calcaire karstiques du plateau des Fanges, Pech de Buga-
massif Bédoulien-Gargasien bordant le ravin des rach, gorges de Galamus, et à qui nous sommes
Gallia Préhistoire, 1987-1988, tome 30, p. 187-204. 1 — Vue partielle du ravin des Adoutx. La cavité se situe sous la route, vers le centre au tiers inférieur du cliché. Fig.
Fig. 2 — Localisation des principaux gisements cités : 1, grotte des Adoutx; 2, abri du Roc d'en Bertran ; 3, Cauna d'Arqués;
4, abri du Roc de Dourgne; 5, Balma de L'Abeurador; 6, station d'Aussières. GROTTE DES ADOUTX 189
1.0 km
Fig. 3 — Le site dans son contexte topographique.
gisement n'avait livré que quelques escargots et silex redevable du relevé topographique de la grotte, la
galerie serait reliée à un vaste réseau souterrain (S. dans des remaniements localisés. Le caractère préhis
torique indubitable des premiers vestiges récoltés et B. Ournié, 1981). Vers l'extérieur, les parois
s'évasent légèrement et forment un petit porche intéressant selon toute vraisemblance le Néolithique
ogival de 5 à 6 m de largeur maximale à la limite du ancien ou le Mésolithique, mais aussi les détériora
surplomb. Un mur réalisé en gros blocs calcaires tions provoquées par des fouilles clandestines à la
obturait partiellement en hauteur et en largeur recherche probable de trésors mythiques, nous inci
l'entrée ; vers l'intérieur, un talus lui succédait. taient à réaliser une fouille de sauvetage.
Reconnu depuis plus d'une dizaine d'années, le MICHEL BARBAZA 190
Fig. 5 — Zone des fouilles. Dynamique essentielle du Fig. 4 — Grotte des Adoutx : a, plan ; b et c, coupes
remplissage; implantation des trois murs au porche de la transversale et longitudinale.
cavité ; en grisé : dépôts remaniés.
Apports internes. Il s'agit de la formation argilo- Les accumulations sédiment aires
sableuse commune à l'ensemble du karst de la zone ; La zone interne subdivisée par un carroyage elle est issue d'une très ancienne nappe alluviale à correspondait avec une surface proche de 25 m2 à la galets de quartz en cours de démantèlement surmont
zone maximale susceptible d'être explorée (fig. 5). ant les plateaux calcaires et infiltrée dans les Vers l'intérieur, les sédiments argilo-sableux diaclases. Dans la cavité, ce sédiment jaunâtre
jaunâtres devaient se révéler rapidement stériles stérile très facilement reconnaissable a pu être tandis que vers l'extérieur, c'est-à-dire au-delà de la observé depuis le fond de la galerie où il est apparent
limite du surplomb, le très fort pendage du sol dès la surface, jusqu'à la rupture de pente à l'aplomb retrouvant immédiatement la pente naturelle très du porche. A partir de cette limite et sur plus de 5 m
pronomcée du versant, s'opposait à la conservation vers l'intérieur, il est surmonté par des dépôts
d'éventuels vestiges. La fouille devait d'ailleurs archéologiques auxquels il sert de niveau de base. montrer par la suite que les bases des trois murs
successifs reposaient au niveau de la rupture de Apports externes. La part la plus importante est
constituée par un puissant éboulis de pente qui longe pente entre le remplissage sub-horizontal de la zone
médiane du porche et la forte déclivité du flanc de et dépasse le* pointement rocheux où s'ouvre la
vallée. L'observation des accumulations archéologi cavité. L'épandage des blocs, de module très divers
mais souvent fort, parvient sur un de ses flancs ques limitées d'une manière naturelle évidente, a
malheureusement été encore réduite par des rema jusqu'à l'entrée de la grotte à l'intérieur de laquelle il
pénètre sur quelques mètres. Cet éboulis a été niements insoupçonnés.
Les principes généraux qui ont présidé à la nettement reconnu dans les carrés G 11, G 10, H 11,
formation des dépôts sédimentaires à l'intérieur de la en dessous du niveau terreux archéologique qui le
recouvrait dans la cavité. Il poursuit sans équivoque cavité sont, semble-t-il, de deux ordres. .
GROTTE DES ADOUTX 191
possible dans cette zone la nappe d'épandage généra découverts. Il est possible de supposer que les
lement visible vers l'ouest à proximité immédiate du occupations plus anciennes n'aient pas concerné
porche (carrés I-J 10-9-8). Toute cette zone constitue cette zone peu accueillante et se soient limitées à la
un secteur instable en raison de la forte déclivité du partie basse, ou que leurs traces aient été éliminées
terrain vers l'intérieur du gisement. Les documents par ruissellement. Les sédiments recouvrant l'éboulis
archéologiques y ont été découverts sans ordre étaient composés d'une terre de couleur brun
apparent notamment dans le carré G 10 dominé par noirâtre, très argileuse et humide, incluant de
la masse de l'éboulis. Ce fait peut s'expliquer par le nombreux éléments organiques; ils contrastaient
très fortement avec les accumulations pulvérulentes caractère parfois très aéré de l'éboulis vraisemblable
ment mis en mouvement vers l'intérieur puis vers et sèches des carrés voisins. A la jonction des carrés
l'extérieur de la cavité lors des séjours des divers G 12-G 11, la succession stratigraphique suivante a
groupes humains. A proximité de l'intersection des pu être observée :
carrés H 12-H 11, G 12-G 11 et G 11-F 11, il a été
possible d'observer une interpénétration latérale de Couche 0
la formation argilo-sableuse et de l'éboulis. Dès lors,
Couche superficielle grisâtre, pierreuse et argila première formation sédimentaire constitue une
leuse, incluant des vestiges contemporains et submatrice aux éléments pierreux. '
contemporains. La jonction des deux ensembles précédemment
décrits, soit les carrés H 13, H 12, G 13, G 12, G 11,
Couche 1 F 13, F 12 et Fil, formait une zone légèrement
déprimée comprise entre la paroi est et l'éboulis. De 7 à 8 cm d'épaisseur moyenne, elle est C'est ce secteur, particulièrement abrité et direct constituée d'un sédiment brun foncé argileux. Les ement exposé aux rayons du soleil, qui a été pierres y sont rares et de dimensions réduites. Les préférentiellement occupé par les Préhistoriques. vestiges archéologiques sont de rares tessons difficilContrairement à la zone d'éboulis très perturbée, il a ement identifiables, quelques éléments d'industrie été possible d'y établir des observations stratigraphi- lithique de la fin de l'époque néolithique ou du début ques assez satisfaisantes. de l'Âge des Métaux. Cette strate a livré des vestiges
Les sédiments, généralement pulvérulents à humains extrêmement fragmentés et apparemment
éléments d'origine anthropique, se sont accumulés erratiques. Ce niveau paraît inclure le mur profond à
dans cette cuvette oblongue. Ils ont fourni l'essentiel double parement, mais il est difficile de distinguer la
des données archéologiques. L'intégrité de ce secteur part exacte des bouleversements et remaniements
déjà compromise par la fouille clandestine particuli dans ces sédiments naturellement peu différenciés èrement malencontreuse en G 13 et par les remanie car homogénéisés par les intempéries à l'aplomb du
ments affectant les carrés F 13, F 12 et F 11, a été porche.
encore plus profondément altérée par l'implantation
d'un mur large (carrés H 13, H 12 et H 11). La zone Couche 2 intéressante encore observable devenait de ce fait
extrêmement exiguë. Formée de sédiments généralement gris-brun
pulvérulents lors de la fouille, mais parfaitement
homogènes et compactés originellement, à rares
pierres, cette couche constitue l'élément essentiel de La stratigraphie la stratigraphie. De subtiles nuances de coloration et
de texture principalement, perçues lors de la fouille, Les relevés stratigraphiques effectués en bordur permettent d'établir d'une manière arbitraire et non e de la plupart des carrés fouillés confirment théorique des niveaux distincts. Il a été ainsi l'organisation générale des dépôts selon la coupe distingué : principale observée à la jonction des travées 12 et 11
(fig. 6). La coupe dressée en G 13-F 13 qui a servi de Niveau C. 2a. De teinte brun-gris foncé, il se
référence initiale, reprend les dispositions de la coupe distingue de la couche 1 par son sédiment plus aéré
sagittale mais ne fait pas apparaître l'éboulis ; celle selon les dispositions générales de la couche. Son
qui a été établie en H 11-G 11 permet de constater épaisseur est voisine de 5 cm. Il inclut des vestiges
l'amenuisement progressif des niveaux archéologi attribuables avec quelques probabilités au Néolithi
ques au-dessus de l'éboulis. Dans le carré G 10, seuls que ancien de type péri-cardial. Les coquilles d'es
des vestiges du Chalcolithique-Bronze ancien ont été cargots entières sont nombreuses. Les fragments de II
o
r
ta >
ta
>
>
Fig. 6 — Stratigraphie générale : R, remanié; E, éboulis. GROTTE DES ADOUTX 193
Fig. 7 — Carré G 12, niveau C. 2c. Plan de répartition des divers vestiges : restes osseux, en
pointillé; industrie lithique, en noir; escargots, flèches (la direction de la flèche indique la
position de l'orifice).
ces vestiges constituent une proportion importante cependant de G. 2b par sa surface supérieure indu
du sédiment après évacuation des rares éléments rée. La teinte des sédiments est en outre plus claire
rocheux et tamisage à l'eau de la fraction fine. et parvient à une coloration rosâtre. De 10 cm
d'épaisseur maximale, ce niveau se développe en
Niveau C. 2b. C'est la réduction numérique des biseau vers l'intérieur de la cavité. Il n'est plus
escargots qui permet de différencier ce niveau du décelable dans la partie en place de F 12.
précédent. Le nombre apparemment beaucoup plus
Niveau C. 2d. Il s'agit en fait de la suite du restreint de menus fragments détermine un sédiment
niveau précédent infiltré dans les cailloux de l'extréplus poudreux. Les documents archéologiques pro
mité orientale de l'éboulis de pente très peu épais au gressivement moins nombreux vers la base de ce
niveau de la coupe. Vers l'intérieur de la cavité, ce niveau d'une dizaine de centimètres de puissance brun foncé de 8 cm d'épaisseur maximale et maximale, pourraient être rapportés au Néolithique
incluant de nombreux cailloux, disparaît rapidement ancien ; les vestiges céramiques rares au sommet de
en biseau; il s'effile sur le sédiment argilo-sableux G. 2b semblent néanmoins faire défaut à sa base.
d'origine interne. Les documents récoltés dans les
Niveau C. 2c. De texture générale toujours très deux niveaux précédents pourraient être rapportés
proche des précédents, ce niveau se différencie au Mésolithique moyen. MICHEL BARBAZA 194
Couche 3 n'est guère possible de préciser l'âge de son édifica
tion. La flèche à pédoncule et ailerons en silex, bien Elle correspond au sédiment argilo-sableux connue vers la fin du Néolithique et au Ghalcolithi- d'origine interne. Sa couleur jaunâtre et sa texture la que, mise au jour contre un bloc du parement distinguent très sûrement des ensembles précédents. externe, peut très bien avoir été placée dans sa A proximité de l'éboulis, le sédiment pénètre entre position de découverte lors de l'établissement même les cailloux ; ce fait semble indiquer l'interpénétra du mur et des bouleversements qu'il n'a pas manqué tion au moins superficielle de ces deux formations. de provoquer. Ce mur s'interrompt assez brutaleDans le carré G 12, des éléments de la base ont ment dans le carré H 1 1 où sa base s'appuie sur les pénétré sur quelques centimètres dans la couche 3. cailloux de l'éboulis. Les blocs rocheux de cette Les documents archéologiques dont la nature ne partie ont pu être prélevés pour des réemplois. diffère pas de ceux du niveau G. 2d, ont été répertor Un deuxième alignement de blocs rocheux, iés dans le niveau C. 3 sup. Néanmoins, quelques postérieur au premier, se développait à quelques objets en silex fortement patiné attestent peut-être décimètres en avant de ce dernier. Un troisième d'une occupation plus ancienne mais fugace de la barrait partiellement le porche jusqu'au niveau de cavité. Le sondage effectué dans cette couche a été l'éboulis. arrêté à une profondeur de 1,20 m sous le niveau
primitif du sol.
L'archéologie
Couche 3 L'organisation spatiale des dépôts
Quelques documents lithiques ont été décou
II n'a pas été possible de reconnaître au sein de verts dans la partie supérieure du sédiment jaunâtre la couche 2 une quelconque organisation dans la argilo-sableux. En dehors de leur présence, il ne nous répartition des divers documents, blocs rocheux y a pas été possible d'observer d'autres indices de
compris. Si la présence de cendres est vraisemblable, présence humaine. Les objets, tous en silex, sont aucune accumulation cendreuse ou charbonneuse n'a uniformément affectés d'une patine beige clair. Il permis de localiser, même approximativement, des s'agit de quelques éclats et débris informes, de deux
foyers; il est possible de penser à leur propos qu'ils fragments de lamelles à dos et d'un fragment
aient pu être implantés dans la zone de surplomb du d'enlèvement à retouches plates marginales altéré porche, secteur irrémédiablement perturbé par les par le feu. fondations des trois murs successifs.
Les divers documents archéologiques (industrie Couche 2 lithique, restes de faune mammalienne et escargots)
adoptent une dispersion sensiblement identique sur Les divers ensembles lithiques, mis au jour dans
la surface de fouille et au sein des niveaux reconnus les niveaux de cette couche, permettent d'y
dans la couche 2, en se répartissant d'une manière reconnaître les étapes indubitables quoique sommai
apparemment aléatoire. Les escargots (Cepaea nemo- rement suggérées, d'une évolution culturelle appa
ralis) quoique relativement peu abondants dans le remment homogène. Les outillages récoltés présen
site, dominent numériquement les autres vestiges. tent ainsi la particularité d'avoir été très largement
Dans le niveau C. 2c, à l'exception d'un petit réalisés aux dépens de galets de quartz amorphe
groupement sectionné par la fouille clandestine en d'origine locale, issus de la nappe détritique ancienne
limite des carrés G 12 et G 13, ils étaient très recouvrant la surface du plateau et très largement
généralement dispersés selon une densité, pour démantelée aujourd'hui. Ces formations alluvionnair
l'épaisseur du niveau, de 120 exemplaires entiers par es, et notamment les galets, proviendraient d'un
épandage réalisé par un paléo-cours d'eau s'écoulant mètre carré (fig. 7).
La zone du porche a été perturbée par trois vers le nord à partir du massif cristallin de l'Agly
murs implantés successivement. Les travaux de antérieurement à une inversion du relief.
fondation du plus profond (H 13, H 12, H 11), ont La production d'objets en quartz amorphe a
totalement détruit la couche 2 bien représentée dans dominé très largement celles réalisées en silex ou
le carré voisin G 12. Cette construction en pierres autres roches locales également représentées telle la
sèches présentait un double parement en radiolarite. Une analyse suffisamment approfondie
brutes grossièrement parallélépipédiques garni de de cette activité de débitage nous semble indispensab
pierres irrégulières de dimensions plus modestes. Il le pour une bonne perception d'ensemble du site. GROTTE DES ADOUTX 195
Le quartz amorphe mis à contribution se une quelconque retouche d'utilisation ou de façonna
présente sous l'aspect de petits galets d'un blanc ge à part quelques encoches et denticulés d'ailleurs
laiteux de 4 à 12 cm de dimensions maximales selon parfois engendrés fortuitement par la fragmentation.
les exemplaires reconstituables, de forme ovoïde plus Ainsi se retrouvent bien souvent confondus face à
ou moins aplatie ou sub-sphérique. Cette dernière l'observateur, les nucleus et les outils, les outils et les
disposition jointe aux propriétés mécaniques de ce - éclats, les éclats retouchés et les éclats bruts, les
quartz, matériau dur et tenace, détermine des blocs éclats et les débris ... Reconnaître quelques formes et
de matière première particulièrement difficiles à types permet essentiellement de se persuader que
entamer; en témoignent les traces d'impacts répétés l'on se trouve bien confronté à une industrie lithique
parfaitement visibles sur la surface de nombreux dont quelques éléments au moins ont été élaborés en
galets. Elles montrent clairement que l'obtention vue d'une utilisation.
d'un enlèvement a nécessité plusieurs percussions Il serait aisé de voir dans le phénomène tant
violentes ; dans certains cas, il semble que l'on ait l'expression d'un déclin technologique par manque
essayé de débiter le galet d'abord normalement (le d'exigence, que celle d'une habileté de même nature
galet dans une main et le percuteur dans l'autre), et par adaptation aux conditions locales et affranchi
que l'on se soit résigné après plusieurs échecs à le ssement de contingences techno-culturelles ; un faciès
faire véritablement éclater en le posant sur un bloc de circonstance en quelque sorte. Exemple extrême
dormant et en le heurtant violemment avec un sans doute, peut-être même caricatural, il rappelle
percuteur dur et lourd. toutefois l'importance bien connue par l'expérimen
Lorsque la percussion normale a abouti, et cela tateur des propriétés mécaniques du matériau tra
a parfois été le cas sur des galets plus ou moins vaillé, à qui veut rapprocher groupe culturel et style
allongés ou aplatis, l'enlèvement obtenu est un éclat de débitage et d'outillage. Dans notre cas, bien
classique pourvu d'un plan de frappe, d'un bulbe de éloigné d'une standardisation minimale, l'inertie de
percussion, généralement épais * et court selon les la matière première est grande. Les outils typiques
performances du débitage direct au percuteur dur. existent néanmoins et les principes de leur élabora
Objets résultants soit d'une exploitation partielle du tion ou de leur fonctionnement étaient connus des
galet initial, soit volontairement ainsi mis en forme, Préhistoriques ; ce sont ici (niveau G. 2b) deux
se reconnaissent des petits galets-nucléus peut-être grattoirs unguiformes, un burin multiple parfait à La
utilisés en l'état ainsi que des micro-choppers et Gauna d'Arqués, des perçoirs et grattoirs microlithi-
micro-chopping-tools, à vrai dire tout à fait ressem ques à Dourgne, réalisés en silex à quelques unités au
blants à leurs homologues antiques façonnés vra hasard de la possession de ce matériau rare. D'autres
isemblablement à partir d'un matériau analogue ou roches locales (cinérite, radiolarite, tachylite ...) lui
identique dans La Cova de L'Arago à Tautavel ont été parfois substituées.
distante de quelques dizaines de kilomètres.
Lorsque la percussion bipolaire sur enclume a Niveau C. 2d. Le petit ensemble lithique, issu
été mise en œuvre, l'onde de choc directe mais aussi d'une surface de fouille d'extension limitée, est
l'onde réfléchie ont provoqué un écrasement relativ composé de 59 objets dont 10 en silex et 5 en
ement important des deux zones de contact à partir radiolarite. Dans la limite des remarques antérieures
desquelles se sont développées simultanément les sur la fragmentation du quartz, on compte parmi les
fractures recherchées. Les divers fragments qui en produits de débitage 39 fragments de galets plus ou
résultent, sont irréguliers et dans certains cas . moins débités (fig. 8, nos 2 et 8) et des éclats de
difficilement reconnaissables de cassons qu'ils sont galets, 6 éclats de petites dimensions en silex et 3 en
parfois d'emblée ; ils peuvent être dépourvus de plan radiolarite.
de frappe caractérisé, présenter un bulbe très diffus, Au titre de l'outillage, on peut admettre deux
être minces ou au contraire très épais. Assez souvent outils sur galet du genre chopping-tool (fig. 8, n° 1)
subsiste de ce débitage un «noyau» central indiffé- ainsi que deux pièces esquillées en quartz (fig. 8,
renciable dans de nombreux cas des pièces esquillées nos 3 et 4). Deux éclats retouchés en silex ont été
qui ont dû connaître un mode de fonctionnement recueillis au contact de la base de ce niveau et de la
tout à fait proche de cette chaîne opératoire des plus partie supérieure de G. 3. Trois lamelles à dos (fig. 8,
simples, même si la finalité était vraisemblablement nos 7, 9 et 10) dont une tronquée ont été réalisées en
différente. silex. Les armatures sont représentées par une pointe
A la difficulté de distinguer d'une manière claire de Sauveterre en silex et un triangle scalène pygmée
entre les produits de débitage utilisables et les réalisé par retouches abrasives dans une roche noire
(fig. 8, nos 5 et 6). Ces cinq derniers objets permet- débris, s'ajoute celle d'identifier, sur de tels supports,

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