La société traditionnelle des vallées de Bourail, côte ouest de la Nouvelle-Calédonie. - article ; n°78 ; vol.40, pg 51-61

De
Journal de la Société des océanistes - Année 1984 - Volume 40 - Numéro 78 - Pages 51-61
Bourail, au centre de la côte ouest de la Nouvelle- Calédonie, a été un des premiers établissements coloniaux importants. Alain Saussol en a relaté l'histoire, très tôt traversée d'insurrections canaques successives, les ennemis vaincus d'un jour devenant les alliés des Blancs le lendemain, l'imbroglio culminant par la révolte de 1878. L'auteur met en place les groupes mélanésiens en cause, les situe sur la carte, de façon à préciser les ambiguïtés nées des insuffisances de l'onomastique coloniale. Il se réfère aux données recueillies par lui-même, complétant les indications plus anciennes de Maurice Leenhardt, pour retrouver la localisation de chacun, ses origines, ses alliances et sa tradition orale. Il relève ainsi les liens des clans de Bourail avec la région de Moindou-La Foa au sud-ouest, les vallées parallèles de Newa, de Neawa et de Houaïlou au nord-est et les régions de Poya et de Koné au nord -ouest. À cette occasion apparaît le rôle crucial des clans côtiers dans l'extension vers le nord de l'insurrection de 1878.
Bourail, in the middle of the west coast of New Caledonia, has been one of the very first important colonial settlements of the country. Alain Saussol has written its history, made of successive native uprisings, the vanquished being later the white man's allies against those who had helped the latter in the first case, this coming and going ending with 1878 insurrection. J. Guiart describes the different Melanesian groups of the time, puts them on the map, showing how haphazard was the colonial knowledge about them. He uses his own data, adding thus to the older information published by Maurice Leenhardt, giving the location of each clan, its origin, its alliances and its oral tradition. He illustrates the links of the Bourail area with Moindou and La Foa in the south-west, the parallel valleys of Newa, Neawa and Houailou in the north-east and the Poya and Koné areas in the north-west. Through this analysis appears the crucial role of the coastal clans in the northern extension of the 1878 uprising.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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Jean Guiart
La société traditionnelle des vallées de Bourail, côte ouest de la
Nouvelle-Calédonie.
In: Journal de la Société des océanistes. N°78, Tome 40, 1984. pp. 51-61.
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Guiart Jean. La société traditionnelle des vallées de Bourail, côte ouest de la Nouvelle-Calédonie. In: Journal de la Société des
océanistes. N°78, Tome 40, 1984. pp. 51-61.
doi : 10.3406/jso.1984.2531
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jso_0300-953X_1984_num_40_78_2531Résumé
Bourail, au centre de la côte ouest de la Nouvelle- Calédonie, a été un des premiers établissements
coloniaux importants. Alain Saussol en a relaté l'histoire, très tôt traversée d'insurrections canaques
successives, les ennemis vaincus d'un jour devenant les alliés des Blancs le lendemain, l'imbroglio
culminant par la révolte de 1878. L'auteur met en place les groupes mélanésiens en cause, les situe sur
la carte, de façon à préciser les ambiguïtés nées des insuffisances de l'onomastique coloniale. Il se
réfère aux données recueillies par lui-même, complétant les indications plus anciennes de Maurice
Leenhardt, pour retrouver la localisation de chacun, ses origines, ses alliances et sa tradition orale. Il
relève ainsi les liens des clans de Bourail avec la région de Moindou-La Foa au sud-ouest, les vallées
parallèles de Newa, de Neawa et de Houaïlou au nord-est et les régions de Poya et de Koné au nord -
ouest. À cette occasion apparaît le rôle crucial des clans côtiers dans l'extension vers le nord de
l'insurrection de 1878.
Abstract
Bourail, in the middle of the west coast of New Caledonia, has been one of the very first important
colonial settlements of the country. Alain Saussol has written its history, made of successive native
uprisings, the vanquished being later the white man's allies against those who had helped the latter in
the first case, this coming and going ending with 1878 insurrection. J. Guiart describes the different
Melanesian groups of the time, puts them on the map, showing how haphazard was the colonial
knowledge about them. He uses his own data, adding thus to the older information published by
Maurice Leenhardt, giving the location of each clan, its origin, its alliances and its oral tradition. He
illustrates the links of the Bourail area with Moindou and La Foa in the south-west, the parallel valleys of
Newa, Neawa and Houailou in the north-east and the Poya and Koné areas in the north-west. Through
this analysis appears the crucial role of the coastal clans in the northern extension of the 1878 uprising.La société traditionnelle
des vallées de Bourail,
côte ouest de la Nouvelle-Calédonie
par
Jean GUIART ♦
La circonscription municipale de Bourail, connaissance des décisions plus anciennes
avec celle de La Foa, pose un problème parti affectant un domaine encore plus considéra
culier du fait de l'existence d'une colonisation ble à la « Transportation »), les gens les plus
européenne relativement cohérente et ayant au contact des Blancs tentèrent de massacrer
pris ses racines, en ce sens qu'elle constitue ces derniers, mais se trouvèrent face à face
un tissu social véritable, équilibré, d'un avec leurs adversaires communs de la veille,
niveau démographique suffisant, et que par qui d'ennemis des Blancs étaient devenus les
conséquent ces caractéristiques devraient lui alliés de ces derniers, et à la fois assurèrent
assurer le bénéfice de la durée. Cette société défaite et refuge aux révoltés, tout en les obli
se maintient dans une hostilité profonde vis- geant à passer sous leur domination.
à-vis des premiers occupants du pays ; mais Alain Saussol raconte fort bien, dans son
au lieu de camoufler la peur du Noir au tra excellent ouvrage (l'Héritage, 1979), les allées
vers de l'indifférence ou du mépris, elle le et venues qui constituèrent cet imbroglio colo
traduit par l'agressivité, la même agressivité nial, fait comme les autres de promesses non
qui sourd de toutes parts aux États-Unis dans tenues, de sang et de misère. Mais le recours
les bourgs européens adossés à une Réserve à la toponymie francisée et au seul vocabul
indienne. Pourtant La Foa, toute proche, pré aire des archives introduit dans son récit un
senterait un tableau un tout petit peu plus élément qui tend à laisser la société mélané
serein des relations inter-ethniques. Il con sienne dans un brouillard peu propice à
viendrait d'analyser dans le détail les nuances l'achèvement de l'analyse. Le texte qu'on va
de la situation dans l'un et l'autre périmètre, lire est donc organisé de façon à compléter
quoiqu'on relève des comportements récents les passages pertinents de l'ouvrage cité, en y
brutaux en ces deux points. ajoutant la description de cette société tradi
Bourail, d'abord « centre » à vocation de tionnelle, ainsi divisée contre elle-même, et
colonisation pénale, puis ouvert à la colonisa qui a failli entièrement périr sous les coups de
tion « libre », a été le lieu d'un affrontement boutoir du système colonial. On peut penser
où les partenaires ont changé de fonction. Les que sa très grande prudence actuelle est fonc
habitants des hameaux mélanésiens de la côte tion de cette histoire particulière.
et de la plaine, d'abord pris dans une relation Pour apporter un peu plus de clarté dans
de symbiose avec l'établissement pénitentiaire, les événements, du moins comme ils ont été
auquel ils fournissaient des travailleurs libres vécus du point de vue mélanésien, le pro
et des gardes armés, ont été les alliés des blème principal est de situer les groupes
Blancs contre les villages des piedmonts et de anciennement établis dans la plaine, dont la
la montagne. Puis en 1878, devant l'exagéra colonisation actuelle aimerait avoir fait perdre
tion des emprises foncières de la colonisation jusqu'au souvenir. Le seul moyen, étant
pénitentiaire (ils n'avaient bien sûr pas eu donné l'ordre historique des événements, est
* Professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle. 52 SOCIÉTÉ DES OCÉAN1STES
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p 30
Limite de partage des eaux.
Carte 13 d'A. Saussol (1979) avec les domaines des différents clans avant la conquête.
de procéder par élimination, en plaçant tout de principe, néanmoins intéressantes par le
d'abord sur la carte les groupes côtiers, puis choix fait. L'étau de la répression est tou
en retirant, pour ainsi dire, de leurs refuges jours vivant dans leur souvenir.
actuels les survivants des maîtres de la plaine, Les conditions naturelles des zones eôtières
éparpillés aux quatre coins de l'horizon. Sur occidentales de la Nouvelle-Calédonie, au
le plan de l'actualité la plus brûlante, ce qui niveau de Bourail, ne sont guère différentes
en ressortira ressemble au résultat d'un pieux de toutes celles qui ont forcé la plupart des
pèlerinage. Les rapports de force à Bourail groupes démographiquement importants,
sont tels que même la revendication minimale d'abord noirs et ensuite blancs, à rechercher
des anciens habitats ne semble pas pouvoir un habitat dans l'intérieur. Situation inverse
être facilement amorcée, et encore moins de celle de la côte est, qui, recevant dans sa
satisfaite. Le relevé officiel réalisé à partie nord des apports de ponces volcaniques
l'automne 1978 a d'ailleurs soigneusement d'origine sous-marine, se trouvait de ce fait
évité d'en faire mention, et les intéressés, offrir les meilleures terres en bordure de mer.
comprenant l'atmosphère réelle de l'opération Il se trouvait cependant qu'une partie des col
au plan local, n'ont avancé que des demandes lines au nord de l'embouchure de la Néra, LA SOCIÉTÉ TRADITIONNELLE DES VALLÉES DE BOURAIL 53
aujourd'hui couverte d'une légumineuse, le aller trouver au village de Moméa, à Moin-
Leucaena glauca, mimosas en parler français dou, en dehors de la circonscription munici
local, étaient potentiellement utilisables en pale de Bourail, les descendants des anciens
agriculture dès lors qu'on savait pallier aux pêcheurs et agriculteurs côtiers, chassés là en
fortes pentes, ou que l'on disposait par 1878.
endroits de vallonnements plus aisément Le clan Venarui semble avoir été le princi
exploitables. Ceci explique que les villages pal d'entre eux. On le dit originaire de l'îlot
pouvaient ne pas être seulement habités par Koniène à Pouembout et s'identifiant au clan
des pêcheurs, et que leur verdoyance ait pu Vujo, partagé depuis 1920 entre les villages de
attirer les convoitises européennes. Contraire Wujo à Voh et de Nèpu à Poya. Les Venarui
ment à l'accès maritime de La Foa, où étaient maîtres du terrain à Néra, c'est-à-dire
aucune colonisation n'a pu tenir à Uray, la au village de ce nom situé par la carte relevée
rivière Néra pouvait, dans son cours inférieur, par M. Juge, Commandant « La Fine », sur
supporter une colonisation européenne. Les les ordres du Gouverneur Guillain, ce village
rudes couples de colons pénitentiaires et leurs ayant disparu sur les cartes suivantes. Leurs
bœufs de labour ont pu y survivre sans être descendants actuels se réfèrent à une pierre
chassés par l'infertilité du sol, l'invasion noc pajao, pierre pour la magie de guerre. Les
turne des Culex et la prévalence de la fila- branches connues de ce clan sont les Wèni mè
riose. Les qualités des sols propres dans une Pwacaidi, que l'on retrouve au sud à Moméa.
notable partie de la vallée de Bourail, parmi Le nom de Venarui est celui de la famille
les rares dans le Territoire à pouvoir support Mousse à Moméa, aussi bien que celui du
er des cultures mécanisées, s'offraient ainsi à chef de Wawè, situé encore à Bourail, près de
l'établissement d'une agriculture européenne. la grotte du même nom. Cela explique que
Les dimensions mêmes d'une large vallée dans la réunion tenue le 26 septembre 1978 à
empêchant les inondations de couvrir à cha la Mairie de Moindou, le chef de Moméa a
que fois une proportion aussi grande qu'ail demandé l'attribution de deux lots d'un hec
leurs des alluvions utilisables. Une fois la tare chacun, à la Pointe dite de la Roche Per
colonisation installée, elle n'en devait plus cée et à la Pointe de la Baie des Tortues, à
partir. Elle devait aussi rester en partie agri droite de l'embouchure de la Néra, pour y
cole, ce qui n'est pas si fréquent en Nouvelle- avoir la possibilité d'y célébrer les cérémonies
Calédonie. coutumières.
Au contraire de la plus grande partie des À Wawè, c'est-à-dire encore dans la ci
centres de colonisation — sauf Ouégoa et rconscription de Bourail, on trouve une autre
Pouembout — la disparition de la population branche des Venarui, les Pwaiwè : on dit
rurale européenne, du moins sous sa forme Venarui mè Pwaiwè. On apprend à ce propos
paysanne, est loin d'apparaître ici comme ins que les Venarui sont de langue Zyirë, se récl
crite dans les faits. À moins d'un imprévisible ameraient de la tortue, et révéreraient la déesse
bouleversement de la situation, la colonisation Nyôwau, dont l'habitat est à la Roche Percée.
agricole de Bourail, ayant montré sa solidité Ce site touristique calédonien est l'emplace
relative, est encore là pour un certain temps, ment où Nyôwau soumettait chaque mort à
même si certains de ses porte-paroles improvis un examen, pour vérifier s'il avait le lobe de
és achètent des propriétés d'élevage de mout l'oreille troué, sinon elle procédait à l'opéra
on dans l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande tion avec les pinces qui lui servaient de mains
(là où la montée des Maoris n'est pas à crain selon une version, et selon une autre, avec
dre). Cette évidence, dont chacun aujourd'hui son couteau fait d'une valve d'huître perlière.
a conscience, devrait être un facteur d'équili On dit par ailleurs : Venarui mè Pwaewè,
bre moral. Pourtant Bourail est actuellement Kwejaë mè Mètènarê, Pwereghô mè Zyêzyè.
encore une sorte de ville frontière, au sens de Les Mètènarê, éteints, étaient maîtres de la
l'ouest américain du siècle dernier, un bastion magie du soleil. Les Zyêzyè, encore en exis
européen face au monde éprouvé comme host tence au moment de l'enquête, ont joué un
ile des majorités mélanésiennes rencontrées rôle déterminant au moment de la rébellion
plus au nord. de 1878, entraînant avec eux leurs alliés de
Les relevés cartographiques de la Marine et Moindou, les Pè ma Bweghoy, qui seraient
de l'Administration coloniale établissent qu'il volontiers restés neutres. On retrouve aujour
y avait un assez grand nombre d'habitats d'hui les Zyêzyè à Moméa, où ils se récl
mélanésiens côtiers au début de l'ère colo ament du tertre Kôzya, au bord de mer. De
niale. Mais il faut aujourd'hui interroger les langue Zyirë, ils étaient les maîtres de la passe
mémoires et la tradition orale et pour cela de Moindou. Leur possession d'une magie de 54 SOCIÉTÉ DES OCÉAN1STES
pêche aux tortues relève de leurs liens avec les joou, ramené enfant d'une guerre à Bourail
Venarui. Une autre branche des Zyêzyè se — ce qui lui faisait, quant à l'âge indiqué,
retrouve aussi à Wawè. Les Zyêzyè, par leurs plus près de 50 ans que de 35 — époux de
liens avec les Xutaape de Voh jusqu'à Poum, Parayno Pèkway, et ayant donné naissance à
auraient envoyé un message à Poum, avant le trois filles.
déclenchement de l'insurrection de 1878, aux Le chef de Venarui est cité dans plusieurs
maîtres du pwala kav, pierre de guerre mada textes de Maurice Leenhardt, dont celui de la
du clan Daye, dit des Daye Ceu, issus de « Vierge de Nekliay » {Documents, p. 155-56).
Cidopwaan ; la force magique du talisman Dans le « Hibou de Neburu » {Doc, p. 453),
devait venir s'ajouter aux contingents envoyés le récitant donne la liste des clans invités et
par les Cidopwaan et les Naacuwe des vallées vivant sur le versant de Bourail : Wi ma
de la côte est au nord de Houaïlou. Mejeno, Kuru, Teise, Boro, Jumwê, qui sont
Pour en revenir à l'importance des Venarui, des clans du piedmont et de la montagne ;
le texte « La vierge de Nékliay », recueilli par puis la liste reprend par : Meru, Teau, Venar
Maurice Leenhardt {Documents néo-calédon ui, Mepai, Pourexo (Pwefeghô), Sasè
iens, p. 155), donne pour spécialité aux (Zyêzyè), Koeje (Kwejaë), Meteneare (Mètè-
Venarui la fabrication des bracelets en coquil narê). Dans le « Maître de Koné », le héros
lages et le montage des coquilles d'ovules fuyant devant le lézard qui le poursuit trouve
blancs sur tresse de « poils de roussette ». refuge et une aide enfin efficace à Pucangge,
Les maîtres du terrain à la Roche Percée où réside le chef de Pwefeghô. Pucangge est
même étaient les Bowe, que l'on dit par ail le nom de la Baie de Bourail, et les Pwefeghô
leurs Bwêwè ma Dea et qui sont considérés mè Zyêzyè seraient ainsi les maîtres des villa
comme une branche des Bwearê de Houaïlou. ges de Necaju et Necarua qui figurent sur la
Ce clan, détruit en 1878, serait issu d'un ter carte de M. Juge sous la francisation Niha-
tre Wani à Pwacaidi, c'est-à-dire à la Roche diou et Saroua, avec les terres de cultures au
Percée même. C'est à Pwacaidi que les morts lieu dit Koku et les cocoteraies de Urowa qui
Venaient plonger dans la mer après avoir subi leur appartenaient en propre.
l'examen par la « vieille » Nyôwau. Les routes Les habitants actuels de Gwaro apportent
suivies par les morts convergent vers Pwacaidi une information utile. La famille Makale y
en suivant les crêtes, et sans jamais traverser descend d'un Néo-Hébridais (ni Vanuatu)
de cours d'eau. Le pays sous-marin des morts marié à une femme du clan éteint en lignée
est appelé Karovazyi. M. Leenhardt met en masculine Daumwê, de Nerë, de même que la
scène Nyôwau dans le « Chef de Lerexou » mère de François Bororo était du clan Tiya,
{Documents, p. 204-5), où elle tue le fantôme lui aussi éteint du fait de la répression de
d'une épouse suicidée poursuivant son mari, 1878. Le clan Pwaro mè Wêkume, clan de
d'un coup de Rhara, la valve d'huître perlière serviteurs des Venarui, éteints aussi local
lui servant de couteau. ement depuis 1878, serait issu d'un tertre Rhë-
Les Kwejaê, éteints à Bourail, se retrouvent mawi, sur la rive gauche de l'embouchure de
encore à Moméa. Ce sont les anciens maîtres la Néra. Il s'agit là du Rhëmëu cité par
du terrain à Necaju (Nessadiou), où ils déte M. Leenhardt dans le « Maître de Koné ». Le
naient une chefferie parallèle à celle des lézard mere dont ils se réclament, serait just
Venarui. Ils se réclament de 1' elephantiasis ement celui-là parti, en suivant les femmes, à
(manifestation de la filariose devenue rare), Bweghawe, dans le fond de la vallée de
zyi, dont leur prêtre possède à la fois les tech Houaïlou. Les branches de ce clan seraient :
niques pour la donner et pour la guérir. Une Dao ro Wenô, et Aowè ro Omi, ces derniers
de leurs branches est dite Kwejaë ma Pwef partis à Newa, à Houaïlou, dans le fond de la
eghô. En fait ce sont les Pwefeghô qui ont rivière de Wa (Kua), où ils se seraient éteints.
subsisté à Moméa. Des Kwejaë ne restaient, D'autres, ayant pris le nom de Aramoto,
dans les années cinquante, que deux femmes seraient partis à date ancienne à Gowa (Poné-
vivant à Nekwe, à Houaïlou. L'information rihouen), et jusqu'à Tieta de Voh, ce qui
reçue là-bas indique que ce clan était éteint, expliquerait leur intervention, en retour, dans
en dehors d'une femme mariée à Nearia, dont la Haute Poya et la région du Cap Goulvain
le père était venu de Nérë (Néra) en 1878, en 1878.
emmené par les auxiliaires Houaïlou de la Les Teise de Maurice Leenhardt, ou Teyè,
répression. Le recensement de la vallée de sont installés aujourd'hui à Ni où ils se récl
Houaïlou effectué par Maurice Leenhardt ament d'un tertre Wewajië. Ils seraient origi
confirme ce point, donnant le nom de l'inté naires de Nerë (Néra), au bord de mer de
ressé comme étant Gusimba Charles Kwe- Necaju. Ils se réfèrent à l'eau souterraine rhë, LA SOCIÉTÉ TRADITIONNELLE DES VALLÉES DE BOURAIL 55
celle qui ne se montre jamais et dont on ne retrouve les Mèru à Wawè, où ils précisent
fait qu'entendre le bruit sous la terre. Pour que le gecko a bien cette forme lorsqu'il
avoir un augure, on la consultera et le bruit apparaît sur terre, mais que dans l'eau il
s'arrêtera si la question posée est bonne, mais prend la forme d'une tortue. On les dit issus
cette eau n'a pas de lieu de culte. Il n'est que des Orowa, branche des mè Ovërë, et en défi
d'entendre le bruit de l'eau, où que l'on se nitive originaires de Kouaoua.
trouve, pour savoir que quelque chose se pré À l'ancien hameau de Kikwè, dont les habi
pare, et poser les questions dont la réponse tants sont aujourd'hui dispersés entre Ni,
dira l'événement à venir (guerre ou maladie), Pothé et Petit Lifou en aval, les Nedoma sont
afin de préparer la magie appropriée. La dits issus d'un tertre Mèru Gwêwè à Nèku, ce
branche du regretté Philippe Teyè possède qui leur attribuerait l'appartenance à la bran
une magie qui provoque l'apparition de poux che aîné (gwêwè, sa tête) des Mèru. Leur ori
de tête, kurti, si l'on s'en approche. Les Teyè gine en dernière instance serait le clan Jirua
détenaient autrefois la chefferie à Bwiru ; ils de Kouaoua, dont une partie était venue
sont serviteurs des Mejeno de Ni. s'installer provisoirement à Awi. Depuis Nèku
Il manque à cet inventaire les habitats ils se sont établis à Tayi, puis à Nemeara, au
côtiers au nord de la Néra. Il faut arriver à lieu-dit Pokuruoyjanu, puis à Zyèa, puis à
Poya même pour en retrouver mention dans Meado, sur une butte où l'on voit encore la
les réponses reçues ou dans les documents trace de leurs champs dans le bas-fond.
coloniaux qui n'ont gardé trace d'habitats Appelés par les Boro pour se fixer à Kikwè,
canaques qu'au pied de la montagne. La tra ils disent avoir dû établir leur case dans une
dition obtenue à Bwiru complète le tableau tarodière parce qu'il n'y avait pas d'emplace
par la référence au Bweafê (tête de rocher en ment convenable disponible qui rompe avec la
langue Nèku), que l'on connaît aussi dans la pente. Ils se réfèrent au lézard ahoro mwani
vallée de Mèa à Hoaïlou et surtout aujour Nèku. Une pierre levée nommée Bweniwa,
d'hui à Bwerare (Boreare), et qui se disent sise à Pothé, leur appartient, qu'ils auraient
issus d'un tertre du même nom au bord de emportée avec eux de Nèku ; on y va cher
mer, au Cap Goulvain ; ils y détenaient une cher les augures pour l'année à venir. Leur
pierre pèpaa, pour la magie de la guerre. branche Gwapwiè (milieu de l'igname), déjà
Leurs branches connues sont les Mwau, que citée plus haut, est celle de la famille de
l'on retrouve à Bwiru, et les Bwerero, qui l'ancien grand chef administratif Vincent
résident actuellement à Bwerare. Bouquet. Le grand-père de ce dernier, Bwedu
Le clan Dea (sable) est de même origine, se Gwawa, aurait été blessé au côté avec une
disant issu d'un clan du même nom au Cap pierre de ronde lors d'une guerre entre les
Goulvain. Ces gens seraient partis dans la val gens de Ni et ceux de Houaïlou, ces derniers
lée de Mèa à Houaïlou avant qu'une partie alliés à cet effet depuis Karagërê jusqu'à Nea-
d'entre eux ne vienne se réinstaller sur le ver jië.
sant de Bourail, à Bwiru. Ils se réfèrent à Les Maja ro Nedoma et les Aweno ro
l'épervier kië, celui qui réside à Bweghawe, de Pwenô, installés à Pothé, sont venus de la
pair avec le lézard venu de Rhëmawi ; leurs même manière de Nèku. Les seconds se récl
branches seraient les Mabë — on dit Mabë ro ament là-bas d'un tertre Gwapwiè, ce qui en
Dea Gwê, Mabë ma Kwia parce qu'ils descen fait une branche cadette. Ils ont donné à Ni
dent à l'origine de deux frères — et les le grand chef administratif Katërèn, prédéces
Eribwa qui résident à Porhé. seur de Vincent Bouquet. Ils nomment marua
Les clans établis dans la vallée composent i diri le lézard vere dont ils se réclament. Les
un paysage social moins clair. Les premiers à Juêu ro Zyirua venus avec eux s'identifient à
nommer, ceux de Nèku, correspondent aux eux quant aux appartenances.
anciens villages cartographies sous le nom de Selon Alfred Boro Gwê è les Teê ma
Petit et de Grand Nékou. Ce nom est aussi Mazya étaient établis à l'emplacement actuel
celui de la langue parlée dans une partie de la de l'école professionnelle catholique de Bour
vallée et la confusion entre langue et habitat ail, et la chefferie de Nèku relevait du clan
Wêko. Ces Teê seraient originellement des ne facilite rien.
À Moméa, les Mèru ou Maja disent être Nedoma.
Le clan Mejeno représente un des très issus d'un tertre de ce nom à Neku. Ils se
grands noms de la région de Bourail. Curieuréclament du gecko akuku iyere en langue
sement, il s'établit à l'opposé des catégories Abwewe), nommé Mèdoa, maître de la cul
précédemment notées, distinguant entre les ture des ignames, et dont l'une de leurs bran
clans du bord de mer, ceux de la vallée et ches, les Gwapwiè, fournissent le prêtre. On 56 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
ceux du piedmont. En effet les Mejeno Gwê è On raconte que les gens du clan Gwa, à
constituent la tête du clan et sont les maîtres Waray (Houaïlou), avaient volé un panier de
du terrain à Ni, se disant issus d'un tertre monnaies de coquillages, nekare ka arii,
Daymwifi à Bwiru et détenant une pierre appartenant aux Neporo Gwêè ; ceux-ci cher
assurant la magie de la guerre aussi bien que chèrent sans résultats et finalement envoyèr
du soleil, et donc pouvant de ce fait provo ent demander l'aide des tonnerres de Wawè ;
quer la sécheresse. Les Mejeno MU se disent ces deux derniers allèrent à Houaïlou en pas
issus des tertres Zyuwe mè Awaremi, sur un sant en premier voir leur chef Aubwètu ; il
mamelon près de Necaju (Nessadiou) et se leur recommanda de ne pas faire de bruit à la
réclament du marua zyiri, le lézard parti de hauteur du rocher Pagho qui surplombe la
Rhëmawi à Bweghawe de Houaïlou. Le prêtre rivière de Houaïlou en face de Do Neva,
de ce lézard, disent-ils, était le maître de rocher qui appartient au clan Neporo. Arrivés
Puccange et Pwefeghô cité par M. Leenhardt, à Gwa, les deux tonnerres se déchaînent,
le chef du clan dit Zyirua irë mè Wepèciri ; ouvrent les toits des cases et tuent tout le
ce lézard résidait en haut de la butte au pied monde après avoir trouvé le panier de monn
de laquelle on a fait un sondage pour le aies ; ils emportent avec eux les entrailles
pétrole, dont les suintements représenteraient des gens et les faîtages sculptés des cases qui
son urine. Ce sondage, trop peu profond, restent encore fichés dans les rochers à Wawè
devait être infructueux, puisqu'on n'avait pas et Bwiru. Cette tradition explique la présence
fait l'offrande nécessaire au lézard, qui était à à Bwiru d'une branche des Neporo gwê è, se
la fois là et parti s'installer à Bweghawe, sui réclamant d'un tertre Iriyèri à Neajië (Houaïl
vant une femme mariée dans le clan Dea Gwê ou) et du rocher pagho dans la rivière ; elle
è, clan dont on connaît le lien avec le nord de explique en même temps, par la perte du
Bourail (Cap Goulvain). panier de monnaies, l'émergence à la chefferie
Les Mejeno Dawa se disent issus du tertre de Nekwe de la branche des Neporo Gowe
Gorodû ma Pwapa, à Gwaro. Ils se réclament prenant la place des Neporo Gwê è.
du même lézard et détenaient une pierre On raconte encore que Mwanô, frère de
magique, à la fois pierre igname et Maurice Bwidèwêru de Bwiru, parti au front
lézard. Tous ces Mejeno ont dû se replier soit occidental en 1914-18, avait emmené avec lui
à Ni, y compris les Wawè, issus d'un son tonnerre Aubwètu, qui se serait montré à
tertre Tëè à Wawè, qui s'identifient aux lui et à ses camarades sur le champ de
Ayoymii de Bwiru, aux Bwedèmi ma Nearê et bataille. Maurice Leenhardt met en scène le
Baoci ma Neghozyari à Tu et Bwa à Houaïl « Cadet de Mejeno » (Doc, p. 421-425), dans
ou. Ils seraient venus de Wawè en deux fois un texte présenté seulement en traduction
et l'on dit Tëè mè Noyé pour rappeler les française, mais où l'on voit que son oncle
noms des deux tertres du clan à Wawè. Ces maternel est installé au bord de mer, et que,
Mejeno sont les maîtres du tonnerre oro, ou pour se débarrasser de ses mycoses, il va se
plus exactement de deux tonnerres nommés faire recouvrir le corps par la montagne de
Abëzyèrè et Bwa ma Rhêpa ; le chef de ces Warawa, qui le rendra à la vie sain et beau.
tonnerres, et d'ailleurs, prétend-on ici, de De là même façon, les Wi, établis aujour
tous les tonnerres de la Grande Terre, est d'hui à Azareu, correspondent-ils à un autre
nommé Aubwètu, appartenant au clan Waako ensemble trans verse, ici entre la plaine et la
de Bwiru, tonnerre résidant sur le mont montagne. On dit aussi, en parlant d'eux :
Mèmanu. Ces trois tonnerres ensemble sont Wi Gwê ma Wi Bwè, parlant des maîtres du
considérés comme les maîtres de la guerre. terrain à Azareu même, à Bwekameri, tertre
Les Waako se disent issus d'un tertre du de la chefferie, mais se disant issus d'un ter
même nom dans la chaîne en amont de tre Kweari à Bwiru ; les branches connues de
Bwiru, Leurs branches sont dites Azyêzyê ma ce clan sont Bwemè (éteints) ; Akwi (éteints) ;
Bwidèwêru et Beiri. Ces derniers se retrouvent Pawanô Pwarabwènepè, dont les participants
à Newa (Houaïlou) où, sous le nom de Bayni, sont maîtres d'une pierre magique dite
ils se réclament du tonnerre Aubwètu, dont pèbaèmi, qui aurait le pouvoir de provoquer
l'habitat domine le tertre du clan à Waako. la disette ; en temps de famine, on donne au
Dans la plaine en dessous de Wawè, deux maître de la pierre l'offrande d'une monnaie
niaoulis bwedèmii, aux fleurs rouges, seraient blanche et d'un taro attachés ensemble par
le signe du feu lancé par le tonnerre. On une liane de marais puma ; le prêtre remplira
retrouve ce clan à Houaïlou, à Tu avec les d'eau une pierre spéciale, creuse, et la fera
Bwedèmi ma Nearê, et à Bwa (Bâ) avec les chauffer jusqu'à ce que, dit-on, l'image de
Baoci ma Neghozyari. taros et d'ignames lui apparaisse dans l'eau. LA SOCIÉTÉ TRADITIONNELLE DES VALLÉES DE BOURAIL 57
II y a aussi les Uro, dits Uro au ro ka no : pour les deux premiers nommés, les deux
les Mwêciri, les Rhaverei, les Arawijëri, les autres relevant du clan Jumwê. On n'explique
Pware, les Merëciê ou Wi Pwêdi. Ces derniers pas pourquoi ils sont cités ensemble, mais on
sont issus des tertres Ware ma Bwakwea, leur attribue la possession d'une pierre pour
dans le fond de l'usine de Bacouya (Bwak la magie de la guerre, pèpaa. Leurs branches
wea) à Bourail et du tertre Mènivo plus en particulières seraient : Jawa ro Zyivekë, partis
amont. Ils fournissent le prêtre du merëce, à Wêji de Poya, sur le flanc nord du Mont
gecko conçu comme aîlé et considéré comme Zyouma ; Bwenei et Mèëri ro Zyavèwa, qui
le maître de la guerre. Les Uro se prévalent se réclament d'un tertre sis entre Wênè et
particulièrement de la pèbwaemi, la pierre qui Téné.
annonce la famine. Les Mereciê se réclament Les maîtres du terrain à Wawè même se
de la chauve-souris, et d'un tertre Avotiyamwê sont établis en prolongement de la vallée. Il
à Bwiru. Des branches de Wi Pwêdi sont part s'agit des Wêbe, que l'on dit là-bas awôô
ies à date ancienne à Barawa, puis à Kara- nepè, maîtres du pays. Ils se réclament des
gërë où elles se sont fondues dans le clan tonnerres Abëzyèrè ma Rhëpa. Le prêtre du
Neowau. clan mange le premier les ignames. Le ton
Les gens de Téné constituent un autre nerre punit toutes les violations d'interdit ; il
groupe. On les retrouve d'abord à Wawè sous est aussi dieu de la guerre et attaque les enne
le nom de Nejoumè. Ils se disent issus de mis de ceux qui se sont assurés son appui.
Powêu à Wabë de Kouaoua et étaient autre Les Ayoymti établis à Bwiru se réclament
fois installés à la fois à Téné et à Howê, dans d'un tertre de ce nom à Wawè ; ils disent être
la partie inférieure de la rivière Pouéo, en une branche du clan Pauro, venue résider
aval de Bwiru, et c'est de là qu'ils ont été avec les Bwidèwêru à Bwiru. Ils révèrent aussi
refoulés par les Blancs sur Wawè. Ils se récl le tonnerre oro. On retrouve aujourd'hui les
ament de la déesse baobwè (le bao bwiri de Pauro à Moméa et Azareu, où ils sont venus
Houaïlou), que l'on peut rencontrer sous la s'installer après leur exil à l'Ile des Pins en
forme de la chenille ou iule u, ou du hibou 1878. Ils se réclament d'un tertre du même
mwi ; elle est le garant du respect des inter nom au rocher de Wawè. La liste de leurs
dits inayo. Les branches de ce clan se répar branches aide à les classer ; on dit : Pè ma
tissent entre les Mwanawa à Wawè, les Mesa- Bweghoy, Pè ma Pauro, Pè ma Dawari, Tiya
pirèè (éteints), les Bêrêê établis à Peya, petit ma Nerau, Tamè ma Wèbwèrè, Katira ma
village protestant près de Wawè, et les Juara Mômwara, ce qui montre qu'il s'agit de gens
(éteints). Les Mwênawa de Moméa sont une entraînés malgré eux dans la révolte de 1878,
branche de Nejoumè, issue de Téné, mais et surtout d'un ensemble de clans relevant de
maîtres du terrain à Moméa même ; ils se la région de Moindou et de La Foa. Il y a
réclament de Yajarua, c'est-à-dire de la aussi des Pauro à Gwaro, qui se disent issus
faculté de rendre invisible celui qu'ils enver d'un tertre Bweghoy à Wawè.
raient en territoire ennemi pour observer, En 1878, la rébellion a été surtout le fait
aussi bien qu'assurer le meurtre d'individus des Venarui et de leurs alliés. Les Wêbe
surpris isolés. Leur origine de Téné explique avaient reçu un drapeau envoyé par le chef
leur revendication d'une dizaine d'hectares Kaké de Gélima, à Canala, qu'ils utilisèrent,
dans ce périmètre, où ils ont conservé leurs après s'être cachés dans la grotte de Wawè,
droits. pour entrer en discussion avec le Command
À Pothé, les Awezyiwari ro Tezyay se ant Rivière. Les Nejoumè étaient restés à
disent issus d'un tertre nommé Tene et sis au- Téné sous la protection d'un autre drapeau,
dessus du champ de course actuel ; ils affi ce qui ne les empêchera pas d'être chassés de
rment être une branche du clan Jumwê et se là par la suite.
réclament du maciri ne o, modèle de coque de Les gens de la montagne devraient corre
pirogue rempli d'eau et contenant une pierre spondre à ce que les archives coloniales dési
pour la magie de la pluie, pèwi ; cette gnent du nom de Honroés. Ils ont pu rester à
remonterait à la surface lorsqu'on lui apport peu près sur leurs habitats, dont le relief
erait des offrandes de plantes « humides » : accentué décourageait les volontés annexionnist
taros, cannes à sucre ; le rite consiste à tremes des Blancs. La chefferie qui les dominait
per dans l'eau la pierre en ajoutant certaines en principe était celle des Boro, tête de tout
feuilles symboliques. un ensemble. Le nom de Boro signifie baleine
Les Jawa ro Ojëri ro Pwenô ro Wambwè, et suggère ici l'immensité ; il leur aurait été
issus d'un tertre Wênè dans le fond de Téné, attribué de façon honorifique par leurs alliés
constitueraient une branche du clan Boro de vallée de Houaïlou. Les Boro Gwê è, 58 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
détenteurs de la chefferie, se disent issus d'un ma ngere Juêmii »
tertre Boro, dit aussi Aymé Saraghi, à Bwiru, et là clan de ce nom.
mais en dernière instance ils seraient originaires
de Kacirikwê. Boro était considéré comme Les Mèkaju ro Mi fi (dent du peigne), que
associé à Wi. On dit Boro ma Wi, parce que l'on retrouve à Bwiru et à Kikwè, se disent
l'épouse d'un chef Wi, dont la sœur était issus d'un tertre Zyau ma Kwêrênô à Bwiru
mariée à un Boro Gwê è, n'ayant mis au même, mais en définitive originaires du clan
monde que des filles, on en échangea une Jirua de Kouaoua. Ils résidaient avec les Boro
contre un garçon issu de Boro, à l'époque où dont ils étaient les serviteurs, mais sont restés
les deux clans vivaient ensemble à Bwiru. Les pour une part à Bwiru au départ des Boro
Boro se réclament du Bao nôrô, le dieu long, Kikwè. Ils se réclament du u, qui se pré
identique à celui de Canala, qui se présente sente cette fois, dans l'eau et non à terre,
sous la forme d'un lézard ou d'un serpent de sous forme de chevrettes d'eau douce ; un de
mer plature de dimensions gigantesques. Les leurs habitats anciens serait à Téné, à un ter
branches les plus proches de Boro sont dites : tre dit Ne.
Ai, Zyaraghe et Pwêrêbwènepè (tête du pays). Des textes anciens en langue de Houaïlou
Le clan Ira est celui des gardes du corps de parlent d'un mwaro Oo, clan de femmes
Boro Gwê è. Ils reçoivent les étrangers venant mariées chez les Bwerhëghaw, à qui elles
rendre visite à Boro et sont aussi dits pour aportèrent le u, de la même façon que les
cela cemèrenggu ; ils ont le don d'invisibilité femmes Rhëmawi le lézard aux Bweafê de
aussi bien que celui de marcher sur l'eau. La Mèa. Il ne reste plus rien de ce clan, semble-
légende veut qu'un Ira soit allé ainsi planter t-il.
un bananier sur un îlot en face de Tomo, Les Jumwê sont les maîtres du terrain à
dans la Baie de Saint Vincent. Ils se disent Bwiru ; ils se disent issus d'un tertre du
issus d'un tertre Bwekwêrêbo à Bwiru, et se même nom à Bwiru même, quoique en défini
réclament de Yajarua, pour eux personnage tive originaires du tertre Wemô, en bas du col
mythique qui endort ses victimes avant de de Meori (entre Newa et Neawowa), dans la
leur couper la tête, par ailleurs évidemment vallée de Nekuri. Ils détiennent eux aussi une
lié à leur don d'invisibilité. pèpaa, pierre pour la magie de guerre ; ils se
Les Avui ma Avono ro Vioynô, éteints, réfèrent au tonnerre Bwêrê, résidant lui aussi
représentaient un clan de serviteurs de Boro à Wawè, probablement celui de la branche
et de détenteurs de magie de guerre par le des Onèrè, issus du tertre Nearamu à Wawè ;
moyen d'une pierre pèpaa. Prêtres des igna Akauri o ro Bwênemiyi seraient des noms de
mes, ils présidaient au gwea, bouquet de tertres proprement Jumwê.
plantes symboliques des prémices de la récolte Les Rhumwê de Ni se disent issus d'un ter
d'ignames, qu'ils recevaient des gens de tre Wêko sis au centre même de Poya, sur la
Nèku, maîtres du lézard vere, rite qui assurait rive gauche de la rivière. Ils seraient passés
ainsi une nouvelle relation transversale. Ces par Wêji où ils seraient les créateurs de
gens seraient en réalité identiques aux Bweowee l'actuel système de tarodières irriguées, puis à
de Houaïlou ; ils se disent issus d'un tertre Kwire, près de Pèruru (Perlou, propriété Lou-
ôrôè sis également à Bwiru. pias, dans le fond de la vallée de Houaïlou,
On cite à leur propos ce dicton qui décrit en amont de Coula), avant de s'installer à Ni.
l'action magique de leur pierre pèpaa, et ren Le regretté diacre Albert faisait partie de ce
voie une fois de plus à la vallée de Houaïlou : clan. Ces gens se réclament de l'anguille
rhumwê, ou plutôt d'un fragment d'anguille
« Rshawe ma am ë, jopoyoy ë ma zyiwiri pourvu d'une vie propre dans l'eau ; leur lieu
frapper et bénir lui, sagayer lui et enfoncer de culte est dit Wezyawi (plaie, doigtier), à
ë, jopoyoy ë ro Wèèwa Ni, dans un ruisseau ; avant de partir en
lui, sagayer lui à lieu dit près de Mè (Houaïlou) guerre, on fiche une sagaie dans l'eau en ce
ma zyiwiri ë ro Zyiwirièè mwêburU lieu : si elle touche une chevrette, c'est qu'on
et enfoncer lui dans tertre à Nediva demeure de reviendra vainqueur. Leur ancien habitat, en
ro Rshawèraa, mètêi aval de la Réserve, était Kwire mwê kwië,
la guerre dans lieu dit à, Wezyowê visage de ban- demeure de l'aigle.
ro Nèrshëa Le groupe le plus inattendu en ce lieu, dis
coul dans tertre à Wezyowê persé actuellement tant au bord de mer que
kai ro Wêbè, pawiri ro Juêu dans la montagne, est celui des Gorobwia,
vif dans lieu dit de ce nom appuyer dans dits in extenso Gorobwia rhizyay Bwawi, ceux
qui ne veulent voir Bwawi. Ce nom est expli- le clan de ce nom

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