La verrerie gallo-romaine tardive et mérovingienne (IVe-VIIe siècle) du Musée de Normandie, Caen (Calvados) - article ; n°1 ; vol.9, pg 161-169

De
Revue archéologique de l'ouest - Année 1992 - Volume 9 - Numéro 1 - Pages 161-169
The Musée de Normandie in Caen contains an important collection of glasses dating back to the end of the Late Empire and to the Early Middle Ages, most of them with burial origins.The studyof all of the vessels has enabled to determine a limited number of patterns and shapes characteristic of the 4th to 7th centuries, but it has also played an important part in improving our knowledge of the glassware in our area. That work has found its achievement in the drawing-up of a typo-chronological table which group all the material studied.
Le Musée de Normandie de Caen conserve une importante collection de verres datés de la fin du Bas- Empire et du haut Moyen Age dont la provenance est en grande majorité funéraire. L'étude de la totalité des récipients a permis de déterminer un nombre restreint de décors et de formes caractéristiques des IV-VIIe siècles, mais également a contribué à enrichir nos connaissances sur la verrerie de notre région. Ce travail a trouvé son aboutissement dans l'élaboration d'un tableau typo-chronologique regroupant l'ensemble du matériel étudié.
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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Sandrine Berthelot
La verrerie gallo-romaine tardive et mérovingienne (IVe-VIIe
siècle) du Musée de Normandie, Caen (Calvados)
In: Revue archéologique de l'ouest, tome 9, 1992. pp. 161-169.
Abstract
The Musée de Normandie in Caen contains an important collection of glasses dating back to the end of the Late Empire and to
the Early Middle Ages, most of them with burial origins.The studyof all of the vessels has enabled to determine a limited number
of patterns and shapes characteristic of the 4th to 7th centuries, but it has also played an important part in improving our
knowledge of the glassware in our area. That work has found its achievement in the drawing-up of a typo-chronological table
which group all the material studied.
Résumé
Le Musée de Normandie de Caen conserve une importante collection de verres datés de la fin du Bas- Empire et du haut Moyen
Age dont la provenance est en grande majorité funéraire. L'étude de la totalité des récipients a permis de déterminer un nombre
restreint de décors et de formes caractéristiques des IV-VIIe siècles, mais également a contribué à enrichir nos connaissances
sur la verrerie de notre région. Ce travail a trouvé son aboutissement dans l'élaboration d'un tableau typo-chronologique
regroupant l'ensemble du matériel étudié.
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Berthelot Sandrine. La verrerie gallo-romaine tardive et mérovingienne (IVe-VIIe siècle) du Musée de Normandie, Caen
(Calvados). In: Revue archéologique de l'ouest, tome 9, 1992. pp. 161-169.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rao_0767-709X_1992_num_9_1_987Rev. archéol Ouest, 9, 1992, p. 161-169.
LA VERRERIE GALLO-ROMAINE
TARDIVE ET MEROVINGIENNE (IVe-VIIe siècle)
DU MUSEE DE NORMANDIE, CAEN (Calvados)
Sandrine BERTHELOT*
Résumé: Le Musée de Normandie de Caen conserve une importante collection de verres datés de la fin du Bas-
Empire et du haut Moyen Age dont la provenance est en grande majorité funéraire. L'étude de la totalité des récipients a permis de déterminer un nombre restreint de décors et de formes caractéristiques des IV- Vile siècles,
mais également a contribué à enrichir nos connaissances sur la verrerie de notre région. Ce travail a trouvé son aboutissement dans l'élaboration d'un tableau typo-chronologique regroupant l'ensemble du matériel étudié.
Abstract: The Musée de Normandie in Caen contains an important collection ofglassesdatingback totheendof the Late Empire and to the Early Middle Ages, most of them with burial origins.The studyof ail of the vessels has enabled
to détermine a limited number of patterns and shapes characteristic of the 4th to 7th centuries, but it has also played
an important part in improving our knowledge of the glassware in our area. That work has found its achievement in
the drawing-up of a typo-chronological table which group ail the material studied.
Mots-clés: Basse-Normandie, verrerie, gallo-romain tardif, haut Moyen-Age, typo-chronologie.
Key-words: glassware, late gallo-roman, Early Middle Ages, typo-chronology.
Les chercheurs français ont, jusqu'à présent, témoi PROVENANCE DES OBJETS
gné de peu d'intérêt pour le verre gallo-romain tardif et
du haut Moyen Age, contrairement aux scientifiques Les récipients en verre proviennent de deux lots
allemands ou anglo-saxons. Un «réveil» de cette spécial distincts. Le premier regroupe les objets issus de fouilles
ité s'est cependant manifesté sur le plan national depuis réalisées ces trente dernières années sur des sites dé
plusieurs années, se concrétisant par des expositions, couverts fortuitement en Basse-Normandie (fîg. 1). Cinq
des publications, la création d'association... De nomb des sites se trouvent dans le département du Calvados,
reuses études menées sur la verrerie d'un musée, d'une et plus exactement la basse vallée de l'Orne, à
ville, d'une région ou d'une nécropole ont ainsi vu le quelques kilomètres de la ville de Caen: Frénouville,
jour. Le mémoire de maîtrise qui a inspiré la rédaction Saint-Martin-de-Fontenay, Giberville, Sannerville, de cet article s'inscrit dans cet axe de recherches (Ber- Hérouvillette. Un sixième se situe dans le département
thelot, 1991). de la Manche, à Réville, sur la côte est du Cotentin. La
Le Musée de Normandie de Caen conserve une col grande majorité des verres est d'origine funéraire. Compte
lection de 177 récipients en verre appartenant à la tenu des remplois de sépultures, mais aussi des destruc
période comprise entre le IVe et le Vile siècle. Pour 94 tions partielles et des pillages qui ont pu entraîner la
d'entre eux aucune forme n'a pu être déterminée; 83 disparition d'objets, l'ensemble des nécropoles a livré
contenants sont quant à eux archéologiquement comp 97,7 % des verreries étudiées. Seuls les tessons de deux
lets, entiers voire intacts. Sur ces 83 verreries recens récipients proviennent d'un contexte différent: les fouilles
ées, une moitié environ peut être datée avec certitude d'un habitat du haut Moyen Age situé à Giberville, à
des IV- Ve, l'autre des VI- Vile siècles. Il est bien évident moins de 1,5 km au nord-ouest de la nécropole.
que notre travail, fondé sur l'inventaire et la restaura Le second lot est constitué d'objets ayant appartenu à
tion de l'ensemble de ces pièces, ne saurait être rapporté la Société des Antiquaires de Normandie, société sa
en totalité. Après identification et datation des divers vante créée en 1824 à Caen dans le but d'» étudier les
types de récipients, nous avons cherché à voir dans monuments depuis les temps préhistoriques jusqu'à la
quelle mesure cette étude a contribué à enrichir nos Renaissance» (Marin, 1987) et qui déposa l'ensemble
connaissances sur la verrerie de ces quatre siècles. de ses collections au Musée de Normandie en 1983. Il s'y
* Musée de Normandie, Logis des Gouverneurs, Château de Caen, 14000 CAEN.
Manuscrit reçu le 04/03/1992, accepté le 13/04/1992. 162
repliée vers l'intérieur. Seules deux bouteilles sont décor
ées: l'une de stries hélicoïdales (Frénouville 437) obte
nues probablement en soufflant le verre dans un espace
délimité par des objets pointus tels que des clous (Sen-
nequier, 1987, 31), l'autre de fines côtes verticales
(Frénouville 283). La coloration de ces objets oscille
entre le bleu et le vert. Les travaux de Morin-Jean (1922-
23) et Cl. Isings (1957) fixent leur période d'utilisation
au * Ille Le flacon et surtout découvert au IVe dans siècle. la sépulture 164 de Fré
nouville illustre le troisième type. Ce contenant est
caractérisé par une panse ovoïde et un fond apode
fortement repoussé. La lèvre adoucie et légèrement
évasée repose sur un col court et large (forme 5). Ce
récipient de couleur verte semble ne pas avoir de corre
spondance exacte. Il présente toutefois des similitudes
avec la forme 4 d'Isings (1957) datée de la première
moitié du 1er siècle de notre ère. Il ressemble égaleFig. 1: Localisation des sites bas-normands d'où proviennent les
verreries. 1: Réville. 2: Hérouvillette. 3: Giberville. 4: Sannerville. 5: ment, tant par ses dimensions que par sa forme générFrénouville. 6: Saint-Martin-de-Fontenay. ale, à la «bouteille biconique» conservée au Musée
Curtius (Vanderhoeven, 1958, 46) et au flacon mis au
jour dans la sépulture 713 de Krefeld-Gellep (Pirling, trouvait un matériel archéologique abondant, mais où
régnait la plus grande confusion. Sur les deux verres 1974). Ces deux contenants se différencient toutefois du
récipient découvert à Frénouville par leur col étroit et recueillis, le premier est de provenance inconnue, le
second d'origine incertaine: il serait issu d'un ramassage leur panse carénée. C. Pilet (1980) date cet objet de la
fin du IVe-début du Ve siècle. en surface effectué au XIXe siècle sur un site d'habitat
localisé à Vieux (Calvados).
b) Les bouteilles à une anse
CLASSIFICATION TYPO-CHRONOLOGIQUE
Frénouville: sépultures 242, 334, 436. DES VERRERIES
Trois bouteilles, plus couramment nommées «buires» L'examen des différents critères du verre (morpholog
ou «aiguières», appartiennent à cette catégorie. Elles ique, technique et matériau) a permis de déterminer
sont rattachables aux types 50 A de Morin-Jean (1922- un nombre restreint de décors et de formes de récipients
caractéristiques d'une période précise (fig. 2). L'exis 23) et 120 d'Isings (1957). Leur panse, renflée dans la
tence de variantes morphologiques a parfois rendu partie supérieure, s'amincit vers la base qui repose sur
un pied annulaire obtenu par repli de la matière. Le col, difficile le rattachement d'une forme aux typologies
haut et étroit, se termine par une embouchure à double établies.
bourrelet sur laquelle reposent les boucles de l'extrémi
té d'une anse nervurée (forme 6). Les contenants issus 1) LES BOUTEILLES ET FLACONS
des sépultures 242 et 334 sont décorés de stries hélicoï
dales. En outre, des filets en pâte de verre rapportés à a) Les bouteilles et flacons sans anse
chaud, de couleur identique à celle du récipient, ornent
Frénouville: sépultures 164, 283 (verre n° le haut du col des verreries provenant des inhumations 1), 344
(verre n° 1), 369 (verre n° 1), 427 (verres n° 1, 2 et 3), 437 242 et 436. La fabrication de ce type remonte, d'après les
(verres n° 1 et 2). études de Morin-Jean (1922-23) et de Cl. Isings (1957),
au Ille siècle mais reste typique du IVe. L'ensemble des Saint-Martin-de-Fontenay: sépulture 308.
pièces est de couleur verdâtre.
Huit bouteilles et deux flacons sans anse, tous dépour
c) Les bouteilles et flacons à deux anses vus de pied et d'élément de versage, ont été recensés. Ils
appartiennent à trois types différents:
* Les récipients issus des sépultures 344 et 427 de Frénouville: sépultures 341, 442.
Frénouville, l'un de couleur jaunâtre, l'autre verdâtre,
Deux récipients ont été répertoriés. Ils relèvent de sont des variantes des types 41 de Morin-Jean (1922-23)
et 103 d'Isings (1957). Ils possèdent une panse sphéri- deux types différents:
que non décorée, délimitée en partie basse par un fond * Le premier (sépulture 442) est une variante des
apode peu rentrant et en partie haute par un col cylindri types 42 de Morin-Jean (1922-23) et 129 d'Isings (1957).
que haut et étroit qui ne présente aucun étranglement à Il s'agit d'une bouteille bleutée à fond apode peu re
la base, et dont l'extrémité a tendance à se rétrécir. La poussé possédant une panse sphérique, un col haut et
étroit brisé dans sa partie supérieure. Sur la panse lèvre est, dans les deux cas, coupée et laissée brute
(forme 1). Apparu au IHe siècle, ce récipient se répand reposent deux anses plates coudées à angle droit qui se
rejoignent vers le milieu du goulot (forme 7). Ce conteessentiellement au IVe.
* Les sépultures 283, 369, 427 et 437 de Frénouville nant, plus communément désigné sous le terme de
«diota», est répandu dans le nord des Gaules aux Ille et ainsi que la tombe 308 de Saint-Martin-de-Fontenay ont
livré six bouteilles de dimensions variables rattachables IVe siècles (Morin-Jean, 1922-23; Isings, 1957).
* Le second récipient (sépulture 341) est une variante aux types 26 et 39 de Morin-Jean (1922-23) et 101
d'Isings (1957). Elles sont pourvues d'une panse sphéri- des types 33 de Morin-Jean (1922-23) et 61 d'Isings
que (formes 2 et 3) ou ovoïde (forme 4) reposant sur un (1957). C'est un flacon pourvu d'un col cylindrique court
et étroit terminé par une lèvre évasée repliée horizonta- fond apode fortement repoussé. Leur lèvre évasée est 163
Bouteilles et flacons
Formes 1 8
Coupelles
10
Gobelets
11 12 13 14 15 16 17
Bols
18 19 20 22 23 24
25 26 27
Fig. 2: Tableau synoptique des formes répertoriées.
blanchâtre et opaque qui soulignent la lèvre. Seul le lement vers l'intérieur. Deux anses delphiniformes di
amétralement opposées reposent sur une panse sphéri- contenant de la sépulture 572 porte un décor en relief. Il
est composé d'un motif végétal sur la panse obtenu par que (forme 8). Ce récipient, plus connu sous le nom
d'»aryballe», apparaît selon Morin-Jean (1922-23) et soufflage partiel dans un moule et d'un motif floral sur
le fond. Selon K. Bôhner (1958) la période d'utilisation Cl. Isings (1957) dans le courant du 1er siècle et se
répand aux Ile et Ille siècles dans tout l'Empire romain, de tels récipients s'étend de 450 à 525 environ, période
confirmée par les travaux de P. Périn (1989). La counotamment en Occident, pour se raréfier au IVe siècle.
pelle de la sépulture 344 de Giberville remet en cause la
datation proposée puisqu'elle est issue d'une inhumat2) LES COUPELLES
ion de la fin du Vie-début du Vile siècle (Pilet, 1990).
Le troisième contenant (Frénouville 441), à la diffFrénouville: sépultures 441, 572.
Giberville: sépulture 344. érence des deux autres, est pourvu d'un pied annulaire
façonné dans la masse (forme 10). La lèvre est coupée et
Trois exemplaires ont été mis au jour dans les fouilles adoucie. Ce récipient est rattachable au type 88 de
Morin-Jean (1922-23) et paraît être une variante du type bas-normandes. Deux coupelles relèvent d'une forme
identique (Frénouville 572; Giberville 344). Elles sont 108 d'Isings (1957) malgré sa hauteur qui est de moitié
par rapport à l'objet présenté par l'auteur anglais. Selon caractérisées par une panse hémisphérique délimitée en
partie supérieure par une lèvre évasée de fabrication Morin-Jean (1922-23), cette forme se rencontre en
variable (coupée et laissée brute ou coupée et adoucie). Gaule dès les 1er et Ile siècles. Typique du IVe, elle
semble être encore utilisée au Ve et dans la première Leur fond apode est légèrement repoussé (forme 9).
moitié du Vie siècle (Périn, 1989). Les deux récipients, de couleur jaunâtre ou verdâtre,
sont ornés de filets rapportés à chaud en pâte de verre 164
différencient par leur fond qui, progressivement, se 3) LES GOBELETS
rétrécit pour devenir convexe et ne leur permet plus
d'assurer leur stabilité. On rencontre ce type dès la fin a) Les gobelets campaniformes
du Ille siècle, mais il est surtout caractéristique du Ve et
d'une grande partie du Vie siècle (Morin-Jean, 1922-23; Frénouville: sépultures 40, 603.
Saint-Martin-de-Fontenay: sépultures 262, 292. Isings, 1957). Son utilisation persiste jusqu'à la fin du
Vie siècle (Périn, 1989). Une évolution typologique est Giberville: 3A, 9, 55, 67, 102, 231/232/239,
décelable dans cette série. En effet, l'exemplaire le plus 283, Cl.
Sannerville: sépultures 91, 115, 119. ancien dont nous disposons (Frénouville 286) possède
des parois rectilignes très évasées (forme 15). UltérieuRéville: 74, 117.
Société des Antiquaires de Normandie: carton 36, rement, la panse adopte des courbes plus généreuses,
verre n° 25. moins «strictes» (forme 16). Les verreries sont de cou
leur aussi bien jaunâtre que bleuâtre ou verdâtre.
Dix-huit exemplaires «en forme de clochette» ont été Un récipient unique se distingue des autres par son
décor de base composé de stries hélicoïdales (Giberville répertoriés. L'évolution typologique de ce récipient est
parfaitement illustrée ici. Au début de sa période d'uti 178). En revanche, cinq contenants sur six présentent
des filets rapportés en pâte de verre blanchâtre et lisation, le gobelet à panse tronconique et lèvre adoucie
et légèrement évasée possède un fond convexe s'ache- opaque qui soulignent la lèvre.
vant par un bouton terminal (forme 1 1) . Celui-ci, proba
blement utilisé pour masquer la trace de l'arrachement d) Les gobelets ovoïdes
du pontil, est souvent recouvert de pâte de verre blan
châtre et opaque. C'est le verre le plus répandu du Vie Frénouville: sépulture 433.
siècle (Périn, 1989). On assiste progressivement à un
rétrécissement de la panse qui simultanément s'allonge Les gobelets à panse ovoïde sont peu présents dans
ainsi qu'à la perte du bouton terminal (forme 12). Seul cette étude. Seul un récipient correspondant aux types
un verre appartenant aux collections du Musée de 77 de Morin-Jean (1922-23) et 96 d'Isings (1957) a été
Normandie relève de ce dernier type (Réville 117). mis au jour dans les fouilles bas-normandes (forme 17).
Toutes ces verreries ne portent aucun décor de base, Il s'agit d'un objet en verre translucide de couleur
à l'exception toutefois d'un unique exemplaire dont la verdâtre daté du IVe siècle (Pilet, 1980) dont la lèvre est
panse est ornée de fines cannelures verticales obtenues laissée brute et le fond légèrement repoussé. La panse
vraisemblablement par façonnage à l'aide d'outils spéci est ornée de quatre arceaux composés de six filets
fiques (Giberville 55). En revanche, les gobelets campa emboîtés les uns dans les autres jaillissant de quatre
niformes sont généralement décorés de filets en pâte de gouttes d'eau disposées à intervalle régulier. Ce décor
verre blanchâtre et opaque rapportés à chaud qui souli est obtenu par la pose à chaud de fils de verre sur le
gnent la lèvre (11 verres) et parfois la carène (1 verre). récipient ébauché à la volée que le verrier achève en
Nous avons remarqué que, lorsque tel était le cas, le soufflant à nouveau dans sa canne. Attesté sur des
bouton terminal était lui aussi recouvert de pâte de verre récipients du IVe comme du Vie siècle, il ne semble pas
de couleur identique. Il semble qu'il y ait là une corréla caractéristique d'une époque.
tion évidente.
L'ensemble des contenants est composé d'objets en 4 ) LES BOLS
verre translucide de couleur jaunâtre, bleuâtre ou ver-
dâtre. a) Les bols à panse carénée
b) Les gobelets apodes tronconiques Frénouville: sépulture 283.
Frénouville: sépultures 299, 331, 344 (verre n° 2), 396 Un exemplaire unique illustre ce type (forme 18). Il
(verre n° 2), 403. s'agit d'une variante des types 110 et 117 d'Isings (1957)
et 76 de Morin-Jean (1922-23). Ce récipient de couleur
Cinq exemplaires ont été dénombrés. Ils correspon verdâtre possède une panse carénée ornée de dépres
dent aux types 104 de Morin-Jean (1922-23), 106 B et sions verticales sur sa moitié inférieure. Ce décor, que
106 C d'Isings (1957). Le récipient, de forme tronconi l'on retrouve sur des formes variées de contenants, orne
que, possède des parois évasées qui reposent sur un fond les objets en verre pendant toute la période romaine. Il
est obtenu par façonnage à l'aide d'outils spécifiques. La plat (forme 13) ou légèrement repoussé (forme 14). La
lèvre évasée est dans tous les cas coupée aux ciseaux et lèvre laissée brute est très légèrement évasée; le fond est
peu repoussé. Ce type, apparu selon Morin-Jean (1922- laissée brute. Les travaux de Morin-Jean (1922-23) et de
Cl. Isings (1957) situent ce type au IVe siècle avec une 23) et Cl. Isings (1957) au Ille siècle, s'est développé
persistance de son emploi au début du Ve. Les cinq essentiellement au IVe et plus particulièrement dans la
exemplaires répertoriés sont de couleur verdâtre. seconde moitié de ce siècle. Il persiste encore au début
du Ve siècle.
c) Les gobelets apodes coniques
b) Les bols à calotte hémisphérique
Frénouville: sépultures 81, 286.
Giberville: 4, 56, 178. Frénouville: sépultures 388, 396 (verre n° 1), 493.
Sannerville: sépulture 120. Giberville: sépulture 347.
Réville: 101.
Six verres ont été recueillis. Ils sont rattachables aux
types 107 de Morin-Jean (1922-23) et 106 d'Isings (1957). Sont réunis sous ce terme les bols qui présentent une
Les «cornets apodes» apparaissent comme la survi panse hémisphérique à fond plat légèrement repoussé
vance du gobelet tronconique après le IVe siècle. Ils s'en ou convexe. Ils sont rattachables au type 96 d'Isings 165
(1957) qui regroupe des récipients de dimensions et de fond large et plat (forme 26). L'inhumation dont il
formes variables. Cinq exemplaires entrent dans cette provient est datée de la fin du Vie-début du Vile siècle
catégorie. (Pilet, 1990). La coloration de l'ensemble de ces verre
Trois d'entre eux se caractérisent par un fond convexe ries varie entre le jaune, le bleu et le vert.
(Frénouville 388 et 493; Réville 101). Le récipient issu
- Les bols à panse ovoïde côtelée de la sépulture 388 de Frénouville, de couleur verdâtre,
présente une lèvre laissée brute légèrement évasée
(forme 19). Il est daté du IVe siècle (Pilet, 1980). Cette Giberville: sépultures 82, 83, 297.
forme perdure jusqu'à la fin de l'époque mérovingienne Sannerville: sépulture 38.
avec toutefois une différence au niveau de l'ouverture Société des Antiquaires de Normandie: carton 36,
verre n° 26. qui est désormais ourlée, coupée et adoucie ou repliée.
Les deux derniers cas sont illustrés dans cette étude. Le
premier récipient (Frénouville 493), daté de la seconde Cinq exemplaires ont été recensés. Il semble que ces
moitié du Vl-début du Vile siècle (Pilet, 1980), de verres tirent leur origine des bols ovoïdes sans décor de
couleur bleue, possède une lèvre évasée adoucie (forme base si répandus au IVe siècle. Ils s'en différencient par
20); la lèvre du second (Réville 101), repliée sur l'exté leur lèvre coupée et adoucie systématiquement, et leur
décor de côtes qui prennent naissance sur le bas de la rieur, dessine une collerette. Ce dernier, de couleur
marron, est un bol orné de côtes verticales peu pronon panse et s'atténuent au fur et à mesure que l'on se dirige
cées qui prennent naissance sur le bas de la panse et vers l'ouverture (forme 27). La disposition des côtes à
s'atténuent au fur et à mesure que l'on se dirige vers intervalle plus ou moins régulier, leur tracé non symétri
l'ouverture (forme 21). En outre, il est décoré sur le fond que et la rugosité constatée à l'intérieur des divers
d'une croix nimbée qui délimite quatre quartiers à récipients laissent supposer le recours à la technique
l'intérieur desquels est situé un bouton semi-sphérique. suivante. Après ébauche de la forme du récipient par
Ce décor est obtenu par application du verre encore soufflage, le verrier pose à intervalle régulier des filets
malléable sur un moule. K. Bôhner (1958) situe ce type en pâte de verre sur la panse. Il lui suffit de souffler à
aux environs de 600-670. En fait, apparu dès la seconde nouveau dans sa canne pour achever la forme de la pièce
moitié du Vie siècle, il est caractéristique du Vile siècle et ainsi façonner les côtes qui recouvrent les parois du
et d'une partie du Ville (Périn, 1989). contenant. Un des bols, daté de la fin du Vie-début du
Les deux autres verres à calotte hémisphérique (Fré Vile siècle (Pilet, 1990), présente de surcroît sur le fond
une croix sur laquelle sont disposés régulièrement neuf nouville 396; Giberville 347), de couleur bleuâtre et
verdâtre, se distinguent des autres verres par leur fond boutons semi-sphériques. L'ensemble des verres est de
plat légèrement repoussé (forme 22). Ces objets re couleur verdâtre. Les récipients mis au jour jusqu'à
ssemblent aux coupelles à calotte hémisphérique datées présent datent de la seconde moitié du Vie et du Vile
du Ve et d'une partie du Vie siècle. Il semble que cette siècle. Quelques exemplaires appartenant au début du
forme commune aux bols et aux coupelles se rencontre Ville siècle ont été attestés (Périn, 1989).
depuis l'époque gallo-romaine tardive jusqu'au début
du Vile siècle.
c) Les bols à panse ovoïde
Afin d'avoir une vision générale des types de verres
- Les bols à panse ovoïde sans décor de base recensés précédemment et leur période d'utilisation,
nous avons jugé utile de réunir les diverses informations
Frénouville: sépultures 242 (verre n° dont nous disposions dans un tableau typo-chronologi2), 285, 290, 291,
304, 317, 321, 328, 330, 332, 333, 335 (verres n° 1 et 2), que (fig. 3). Les 83 verres rattachables à une typologie ne
relèvent que de 21 types différents. N'ayant pu établir n° 369, 2), (verre 447. n° 2), 379, 394, 400, 419, 429, 431, 436 (verre
une chronologie certaine pour les formes 25 et 26 par
Giberville: sépultures 106 (verre n° 1), 355. manque d'éléments de comparaison, le nombre de types
de récipients figurant dans le tableau a été limité à 19. A
Vingt-deux récipients sont rattachables aux types 71- chaque forme est signalé le nombre de «témoins» que
73 de Morin-Jean (1922-23) et 96 d'Isings (1957). Selon nous possédons, nombre restreint qui parfois même se
les travaux de ces deux auteurs, leur apparition remonte réduit à un unique contenant. A partir d'exemples
à la seconde moitié du Ille siècle et constituent le type multiples issus d'études comparables, tant françaises
le plus répandu du IVe siècle. Leur utilisation persiste qu'étrangères, nous avons pu, en tenant compte des
au début du siècle suivant. datations proposées, établir une chronologie des verres
gallo-romains tardifs et du haut Moyen Age présentés Ces contenants, de dimensions très variables, possè
dent une panse ovoïde plus ou moins galbée, limitée en ici. Les exemples régionaux figurent sous la forme d'une
partie haute par une lèvre laissée brute ou adoucie, ligne épaisse. La ligne plus fine matérialise la période au
évasée (forme 23) ou en continuité avec la panse (forme cours de laquelle nous avons repéré des objets analo
gues aux nôtres. Le trait continu désigne une période 24); leur fond est légèrement ou fortement repoussé. Ils
se rencontrent essentiellement dans le nord et le nord- intense de production et d'utilisation du verre; les traits
est de la Gaule. Cette forme persiste à l'époque méro pointillés en marquent les prémices puis le déclin.
vingienne avec cependant quelques différences au n Dans l'ensemble, les verres conservés au Musée de
iveau du fond qui est convexe (forme 25). L'exemplaire Normandie s'insèrent parfaitement dans la chronologie
dont nous disposons (Giberville 355), daté de la fin du établie. Certains sont représentatifs de toute une pé
riode (gobelets campaniformes à bouton terminal), Vie-début du Vile siècle (Pilet, 1990), est, en outre,
décoré de filets en pâte de verre blanchâtre et opaque d'autres, en revanche, se situent aux dates limites (bol à
panse carénée ornée de dépressions, gobelet campani- situés sous la lèvre légèrement évasée. Nous avons
inclus dans cette catégorie le bol de couleur bleue de forme à fond convexe lisse).
Giberville (sépulture 106) dont la lèvre est adoucie et le 166
-600 V. 690 -400 V. 490- -500 V. 590 -700 Fin du IIIc s. V. 390
V. 640-650 V. 540-550 V. 340-350 V. 440-450
2
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flaco
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s Bouteille
3
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Gobelets
5
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2
Bols
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■■■■■ ■■■■ 22
5
^^^ Exemples régionaux
Autres
Fig. 3: Tableau typo-chronologique des verreries conservées au Musée de Normandie. 167
CONTRIBUTION A LA CONNAISSANCE Frénouville ne présentent aucun étranglement à la base
DE LA VERRERIE DES IV-VIIe SIECLES du col, contrairement aux types 41 de Morin-Jean (1922-
23) et 103 d'Isings (1957) auxquels elles se rattachent.
Après plusieurs siècles de domination sur un vaste Le flacon sans anse découvert dans la sépulture 164 de
territoire de plus de trois millions de km2, l'Empire Frénouville, quant à lui, semble être une variante d'un
romain d'Occident connaît à partir du Ille siècle une récipient à col plus étroit et à panse carénée (Isings,
crise grave liée aux problèmes politiques et à l'ébranl 1957; Pirling, 1974; Vanderhoeven, 1958). Enfin, la
ement des structures économiques. Rongé de l'intérieur, diota qui correspond mise au jour aux dans types la 42 sépulture de Morin-Jean 442 de (1922-23) Frénouville, et le pouvoir impérial entre bientôt en décomposition. Les
ateliers verriers n'ont pourtant pas cessé de produire 129 d'Isings (1957), présente une double originalité:
pendant cette période. fond apode et anses plates coudées à angle droit qui se
rejoignent au centre du col. Or selon ces deux auteurs,
Caractères généraux cette bouteille est généralement pourvue d'un pied, le
plus souvent annulaire, et d'anses arrondies fixées par
Le matériau que l'on rencontre du IVe au Vile siècle leur extrémité supérieure à une bague de verre située
est de médiocre qualité. Désormais, la pâte, devenue vers le milieu du goulot.
translucide, est chargée de bulles et de filandres dus à
l'hétérogénéité du matériau. Elle comporte souvent des Production régionale et importation
impuretés qui apparaissent sous la forme de petits
nodules noirs ou blancs provenant de l'atmosphère du La simplicité de la forme et du décor de la grande
four ou constitués par les sulfates et chlorures fondus en majorité des pièces étudiées peut suggérer une product
partie sans se mêler totalement au verre. Les récipients ion locale, ou du moins régionale. Il est vrai que les
témoignent pour la plupart d'un déclin sur le plan conditions nécessaires à l'implantation de fournaises
technique. Les formes sont peu diversifiées, le plus dans la région sont réunies: abondance des matières
premières indispensables à la fabrication du verre et à la souvent apodes. Les teintes, introduites accidentell
ement dans le mélange vitrifiable sous forme d'oxydes chauffe du four (sable, bois...). Malgré tout, aucun
métalliques contenus dans les matières premières, sont atelier en activité entre le IVe et le Vile siècle n'a,
peu variées. Les couleurs oscillent entre le bleu, le vert, jusqu'à présent, été mis en évidence dans la Plaine de
le bleu- vert et le jaune clair. Il peut y avoir plus rarement Caen. Seules quelques officines ayant produit entre le
apport volontaire de colorants: le verre prend alors une 1er et le Ille siècle ont pu être repérées dans notre
teinte foncée (marron...). Le verrier peut, en outre, région grâce aux textes et à l'archéologie (Couanon &
obtenir une pâte incolore notamment par adjonction de Flambard, 1989, 54). Il est vrai que, bien souvent, les
manganèse connu dès le premier siècle. Le matériau indices d'une localisation sont ténus: déchets de cuisson
- généralement recyclés par les ouvriers -, fragments de présente souvent des altérations (irisation, «cavités en
bâtonnet»). Les techniques du décor à froid sont aban creusets... Pourtant si l'on en croit les découvertes
données; l'ornement se limite généralement à des filets archéologiques et les sources écrites de ces dernières
en pâte de verre appliqués à chaud. Il est bien évident décennies (de Bouârd, 1964, 240), la Normandie appar
aît comme une terre propice à l'implantation de verrerque si ces caractéristiques se rencontrent fréquemment
sur les verreries du IVe au Vile siècle, certaines pièces ies. Certains indices laissent supposer un travail du
exceptionnelles, datant de cette période, attestent en verre. Ainsi, à Frénouville, des lingots de verre ont été
core d'une parfaite maîtrise de la technique du verre découverts en grande quantité. Ces frittes (?) ont été
soufflé. trouvées dans la terre végétale, au-dessus du calcaire en
place à deux endroits distincts: les unes dans le fossé qui
La couleur des verreries borde le flanc est du gisement; les autres au nord de la
sépulture 1 (Pilet, 1980). Leur forme et leurs dimens
Après examen des fréquences des couleurs rencont ions sont variables. Leur couleur oscille entre le blanc
rées sur les récipients du Bas-Empire et du haut Moyen et le jaune très clair. La pâte est pure. Un éclat de verre
Age, il apparaît que la coloration ne constitue pas, du identique, mais très altéré, se divisant en cristaux, a
également été mis au jour dans la sépulture 39 d'Hérou- moins dans le cas présent, un indice chronologique
certain. Toutes les teintes, à l'exception du marron, se villette (Decaëns, 1971, 42). Il était situé dans la terre de
retrouvent tant sur les formes ouvertes et fermées que remplissage de la fosse datée du milieu du Vie siècle,
sur les contenants datés du Bas-Empire comme sur ceux au-dessus du pied droit en place.
du haut Moyen Age. Toutefois, leur fréquence varie L'examen toponymique montre qu'il y a eu une activi
considérablement pour certaines d'entre elles selon la té verrière dans la région. En effet, on observe l'exi
période considérée. Il est également intéressant de stence de noms tels que «Verrières», «Four» près de
noter que la couleur de quelques contenants est con Saint-Martin-de-Fontenay ou encore à proximit
stamment identique. Ainsi, les gobelets tronconiques, les é de Frénouville. Cependant, rien ne permet d'affirmer
bouteilles à une anse et les bols ovoïdes côtelés sont tous qu'il y ait eu implantation d'ateliers en ces lieux étant
donné que l'appellation de «four» peut concerner une verdâtres. Nous ne pouvons toutefois rien en conclure.
Il importera de vérifier ces observations par comparai activité artisanale autre que le verre. En outre, il semble
son avec les verreries d'autres sites avant d'en tirer des que les masses de verre découvertes à Frénouville, tout
comme le toponyme de «Verrières» localisé à proximité conclusions générales.
de la nécropole de Saint-Martin-de-Fontenay, aient une
Les variantes morphologiques origine plus récente.
Dans la mesure où une production locale ne peut être
L'étude des verreries découvertes en Basse-Normand établie avec certitude, on peut envisager que ces verre
ie a mis en évidence l'existence de variantes morpholog ries proviennent de régions plus éloignées. Aucun él
iques originales sur trois types de récipients. Ainsi, les ément ne permet cependant d'étayer cette thèse puisque
bouteilles sans anse issues des sépultures 344 et 427 de ces contenants ne portent ni la marque spécifique d'un 168
atelier ni celle d'un artisan. Néanmoins, il est possible bol en bronze placé sur un trépied en métal (Pirling,
par l'étude des verres soufflés dans une même matrice 1974, t. 2, pi. 51). Il est tout aussi probable que de tels
de définir des mêmes lieux de production. La coupelle supports, en terre cuite, en bois ou en pierre, aient été
issue de la sépulture 572 de Frénouville est le seul employés dans la vie courante, que ce soit sous la forme
récipient de cette collection à avoir été réalisé par d'un simple trépied destiné à recevoir un verre unique
soufflage partiel dans un moule. La panse est ornée d'un ou sous la forme d'un chandelier porteur lui-même de
motif végétal composé de feuilles de fougères, et le fond plusieurs éléments de suspension. Faute de découvertes
d'une fleur. Aucune pièce présentant un décor analogue archéologiques en nombre, nous pouvons seulement
n'ayant été actuellement publiée, nous ne pouvons rien émettre des hypothèses concernant leur existence, et
en conclure. En revanche, il nous est possible de définir par conséquent leur taille, leur forme, le matériau qui
des lieux de production en fonction de la fréquence des les constituait.
découvertes de certains types de contenants. Ainsi, le Compte tenu de la rareté des trouvailles archéologi
gobelet à panse ovoïde de la sépulture 433 de Frénouv ques, il est également envisageable qu'un système de
ille, rare en Normandie, est caractéristique de la région calage ou qu'une protection, par exemple végétale (bois,
de Trêves (Sennequier, 1985, 65). On peut donc imagi osier...), aient été employés pour garantir le bon état du
ner qu'un tel objet ait pu être importé de Rhénanie. verre et le maintenir debout. Cette protection aurait,
Si l'importation ne fait aucun doute pour certains après un séjour plus ou moins prolongé en terre, com
types de récipients, la simplicité des formes et des plètement disparu. Il a déjà été établi que certains
balsamaires romains étaient gainés de vannerie (Ar- décors de la grande majorité d'entre eux, découverts en
abondance pour la plupart, laisse penser plutôt à une veiller-Dulong, 1985, 50).
production régionale.
Le verre: un matériau de luxe
Une production à caractère domestique
L'utilisation de récipients en verre apparaît, dans les
Certains «détails» de fabrication ont amené quelques sources écrites antiques, comme un indice de l'opulence
chercheurs à prendre position contre une éventuelle de l'individu. La distinction entre vaisselle en argent
utilisation domestique des types de verreries mis au jour (mobilier de très haut luxe), vaisselle en bronze (mobil
dans les nécropoles: lèvre coupée et laissée brute pré ier de haut luxe), vaisselle en verre (mobilier de luxe),
sentant une arête vive, parois minces, fond apode con et vaisselle en terre (mobilier ordinaire) est un schéma
vexe ou étroit qui interdit toute station verticale stable. devenu classique.
Or certains indices permettent de supposer une utilisa A la différence de la vaisselle en terre, la vaisselle en
tion de tels récipients dans la vie courante. En effet, des verre, a fortiori celle en bronze ou en argent, est peu
tessons présentant les caractéristiques énumérées ci- représentée au sein des nécropoles bas-normandes.
dessus ont été découverts au cours de fouilles de sites Ainsi, sur un ensemble de plus de 2200 sépultures mis au
d'habitat. Il est à déplorer que les verres y soient géné jour dans les six cimetières étudiés, nous avons dénom
ralement réduits à de simples fragments. Par souci bré 5 récipients en bronze, environ 170 en verre et plus
d'économie, les artisans recyclaient le verre cassé (groi- de 300 en terre. Ce phénomène n'est pas propre à la
sil) d'où la faible proportion de tessons découverts dans Normandie puisqu'il a été également observé dans d'au
ces sites. Ainsi, à Brébières (Pas-de-Calais), des fra tres régions situées au nord de la Loire (Young, 1977;
gments de lèvre coupée brute ainsi qu'un ensemble de Périn, 1989). De ce fait, nous pouvons penser que de par
tessons appartenant à plusieurs gobelets tronconiques sa rareté relative, le verre est un matériau de luxe
et à deux gobelets coniques apodes ont été mis au jour réservé aux couches sociales les plus élevées. La décou
(Demolon, 1972). D'autres fouilles de sites d'habitat ont verte plus fréquente de contenants en verre dans les
livré des exemples semblables (Pilet, 1990; Arveiller- sépultures richement dotées ne fait que corroborer
Dulong, 1985). Des traces d'usure du matériau, attes cette hypothèse. Certains secteurs des nécropoles étu
tées à plusieurs reprises sur le fond et le bas de la panse diées formaient de véritables îlots à l'intérieur desquels
de quelques récipients, peuvent également constituer étaient localisées des tombes privilégiées, appelées
un indice de l'utilisation domestique des verres. L'ori communément «tombes de chefs». Les sépultures de
gine de ces rayures ne peut, hélas, être précisée avec cette minorité d'individus se caractérisent notamment
certitude. Il paraît toutefois peu probable qu'elles soient par la présence d'un armement multiple, symbole de
dues aux particules abrasives contenues dans le sol si leur puissance, ainsi que des objets divers en bronze, en
l'on tient compte des conditions de découverte des verre, des monnaies... En outre, à proximité, et en
différentes pièces. Le fait que des verres de types iden liaison avec elles, se situent de riches sépultures fémini
tiques aient été trouvés aussi bien en nécropoles qu'en nes renfermant également un mobilier de qualité, t
habitats laisse supposer qu'il n'existait pas de product émoin d'un rang solial élevé: éléments de parure, réci
ion verrière à usage exclusivement funéraire. Les dé pient en verre (Pilet & Pilet-Lemière, 1990). Toutefois,
pôts de verreries dans les sépultures correspondent la richesse des individus dotés de tels objets doit être
manifestement à des récipients que les morts avaient relativisée, l'absence de pièces exceptionnelles parmi
l'habitude d'utiliser de leur vivant. ces verreries, contrairement à celle trouvée dans la
tombe 74 de Mézières (Périn, 1972) ou encore celle
Une utilisation pourtant peu fonctionnelle provenant de la sépulture 1782 de Krefeld-Gellep (Pir
ling, 1974), fait apparaître une hiérarchie sociale à
II est bien évident que, de par leur fond convexe ou l'intérieur de ces élites.
leur base étroite, certains contenants sont d'utilisation
peu fonctionnelle. Se pose donc le problème de leur La localisation des verreries dans les sépultures
stabilité. Ils devaient, selon toute vraisemblance, repo
ser sur un support. Les trouvailles archéologiques res En ce qui concerne la localisation des récipients dans
tent cependant limitées. La sépulture 1782 de la nécro les inhumations, les conclusions auxquelles nous avons
pole de Krefeld-Gellep a livré un riche matériel dont un abouti confirment celles qui ont été observées dans des 169
études antérieures. Ainsi, toutes nécropoles confon BIBLIOGRAPHIE
dues, sur un ensemble de 80 contenants en place au
ARVEILLER-DULONG, V., 1985 - Le verre d'époque romaine au moment de leur découverte, 56 étaient placés à la tête du Musée Archéologique de Strasbourg. Paris, Noteset documents des défunt (32,4 %), 13 aux pieds (7,5 %) et 11 à proximité Musées de France, 10, 320 p. d'une autre partie du corps (épaule, jambe, avant-bras) BERTHELOT, &, 1991 - Les verres gallo-romains tardifs et mérovin(6,4 %). Ces verres contenaient le plus souvent des giens (fin IlIe-VIIe siècle) du Musée de Normandie, Caen (Calvaoffrandes alimentaires. Outre les offrandes solides dos). Mémoire de maîtrise, Université de Caen, 2 volumes, 296 et (graines, squelettes de petits rongeurs, noisettes), des 155 p.
traces d'offrandes liquides ont été observées dans de BOHNER, IC, 1958 - Die Frànkischen altertùmer des Trierer Landes. nombreux cas. Les récipients présentaient alors les Berlin, Verlag Gebr. Mann, 2 volumes.
marques d'un dépôt résiduel sur les parois internes. La BOUARD, M. de, 1964 - Verres à boire du XHIe siècle à Caen. plupart des bouteilles étant couchées au moment de Annales de Normandie, 14, 231-240.
l'inhumation, l'existence d'un bouchon ou d'un système COUANON, P. & FLAMBARD, J.-M., 1989 - (Ateliers antiques et du de fermeture qui aurait disparu au cours de son enseve haut Moyen Age) notice sur Vieux (14). In Foy D. et Sennequier lissement (bois, cire...) est à envisager. Le dépôt d'objets G., A travers le verre du Moyen Age à la Renaissance, catalogue de
l'exposition, Musée des Antiquités de Seine-Maritime, Rouen, dans les récipients en verre est plus rare. Un exemple octobre 1989, 54. unique atteste cette pratique: le gobelet apode conique
de la sépulture 286 de Frénouville contenait 4 bagues et DECAENS, J., 1971 - Un nouveau cimetière du haut Moyen Age en
Normandie, Hérouvillette (Calvados). Archéologie Médié\<ale, 1, 1- un bracelet. L'obole à Charon, habituellement déposée 125. dans la bouche ou dans la main du défunt, se rencontre
DEMOLON, P., 1972 -Le village mérovingien de Brébières (VIe-VIIe également à proximité ou à l'intérieur d'un contenant. siècles). Arras, 339 p. Ainsi 2 monnaies en bronze ont été découvertes dans le
ISINGS, C, 1957 - Roman glass from dated finds. Groningen- gobelet ovoïde de la sépulture 433 de Frénouville; une Djakarta, J.B. Wolters, 185 p. autre en or a été trouvée sous la bouteille à une anse
issue de la fosse 436 de cette même nécropole. MARIN, J.-Y., 1987 -Les collections de la Société des Antiquaires de
Normandie. Re\\ archéol. Ouest, 4, 153-155.
Les récipients en verre sont-ils l'apanage de l'homme, de MORIN-JEAN, 1922-1923 - La verrerie en Gaule sous l'Empire
romain. Paris, Société de Propagation des Livres d'Art, 308 p. la femme ou encore de certains âges de la vie?
PERIN, P., 1972 - Typologie et chronologie des verreries provenant
des sépultures mérovingiennes de la région ardennaise (Ve-VIIIe Par manque d'informations précises concernant le siècles). Actes du IXe Congrès International du Verre, Versailles, 27 sexe et l'âge du (des) individu(s) découvert(s) dans les septembre-2 octobre 1971. Paris, 1972, 11-51. nécropoles, nous n'avons pas pu définir si telle forme est
PERIN, P., 1989 - Le verre mérovingien. In Foy D. et Sennequier G., propre plus spécialement à l'homme ou à la femme, ou A travers le verre du Moyen Age à la Renaissance, catalogue de bien encore à certains âges de la vie. Si nous considérons l'exposition, Musée des Antiquités de Seine-Maritime, Rouen, les informations dont nous disposons, il semble, a priori, octobre 1989, 125-136.
que les sépultures masculines aussi bien que féminines PILET, C, 1980 - La nécropole de Frénouville (Calvados). Oxford, aient livré des types identiques de récipients. En outre, British Archaeological Reports, I.S. 83, 3 volumes.
les mêmes formes de contenants paraissent se rencont PILET, C, 1987 - A ciel ouvert treize siècles de vie Vie siècle avant J.- rer indifféremment dans les inhumations quel que soit C.-VIIe siècle après J.-C: la nécropole de Saint Martin de Fontenay
l'âge du défunt, qu'il s'agisse d'un enfant ou d'un adulte. (Calvados). Paris, Pion, 79 p.
PILET, C. & PILET-LEMIERE, J., 1990 - Les tombes de chefs (V- CONCLUSION Vle siècle) dans les nécropoles franques en Normandie. Recueil
d'études en hommage à Lucien Musset, Cahiers des Annales de
Normandie, 23, 191-201. Les verres des IVe-VIIe siècles découverts en Basse-
Normandie présentent les mêmes caractéristiques typo PILET, C. et al., 1990 - Les nécropoles de Giberville (Calvados) fin
du Ve siècle-fin du Vile siècle après J.-C, Archéologie Médiévale, logiques que ceux issus des régions situées entre Loire et 20, 3-140. Rhin. S'il est vrai que les récipients relèvent tous de
PIRLING, R., 1974 - Dos Rômisch Frànkische gràberfeld von Krefeld- formes classiques, certains se distinguent toutefois par Gellep 1960-63. Berlin, Verlag Gebr. Mann, Série B, Band 8, 2 leur décor (coupelle de la sépulture 572 de Frénouville) volumes. ou par des variantes quelque peu originales. Les consta
SCUVEE, F., 1973 - Le cimetière barbare de Réville (Manche) (Vie et tations émises sur la fabrication des verres, leur signif Vile siècles) -fouilles 1959-1966. Caen, Caron & Cie, 214 p. ication socio-économique, leur situation dans les sépult
SENNEQUIER, G., 1985 - Verrerie d'époque romaine . Rouen, Collecures... ne font, quant à elles, que confirmer des obser tions des Musées Départementaux de Seine-Maritime, 210 p. vations réalisées par ailleurs. Si la recherche a incontesG., 1987 -L'utilisation de l'informatique pour l'étude tablement progressé, il reste malgré tout beaucoup à de la verrerie gallo-romaine en Normandie. Mémoire de D.E.A., faire pour inventorier ce patrimoine et l'étudier plus Université de Rouen, 62 p. précisément (production, diffusion...). Seules les découv
VANDERHOEVEN, M., 1958 - Verres romains tardifs et mérovingiens ertes archéologiques et travaux futurs permettront du Musée Curtius, Liège, 83 p. d'approfondir nos connaissances actuelles sur ce matér
YOUNG, B., 1977 - Paganisme, christianisation et rites funéraires iau encore peu ou mal connu. mérovingiens. Archéologie Médiévale, 7, 5-81.

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