Lacaud : Habitat magdalénien ancien de plein air (Vallée de l'isle en Périgord) - article ; n°10 ; vol.82, pg 350-376

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1985 - Volume 82 - Numéro 10 - Pages 350-376
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
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J. Gaussen
J.-C. Moissat
Lacaud : Habitat magdalénien ancien de plein air (Vallée de
l'isle en Périgord)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1985, tome 82, N. 10-12. pp. 350-376.
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Gaussen J., Moissat J.-C. Lacaud : Habitat magdalénien ancien de plein air (Vallée de l'isle en Périgord). In: Bulletin de la
Société préhistorique française. 1985, tome 82, N. 10-12. pp. 350-376.
doi : 10.3406/bspf.1985.8646
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1985_hos_82_10_8646350
Lacaud :
Habitat magdalénien ancien de plein air
(Vallée de ГЫе en Périgord)
par J. Gaussen et J.-C. Moissat
11 novembre. Le produit des fouilles est entreposé à
HISTORIQUE Neuvic chez l'un des signataires de cette étude.
Parmi les préhistoriens qui ont visité le gisement, il
faut citer : Mmes D. de Sonneville-Bordes et Au cours d'une promenade dans la région de
B. Delluc, MM. J.-P. Texier, J.-P. Rigaud. G. Mussidan. le professeur Creach de l'université de
Bosinski, Dr Delluc. P. Fitte et J. SackettT Bordeaux recueille un petit lot de silex taillés — en
majorité des éclats — qui lui paraît appartenir au
Les recherches sont actuellement terminées. L'haPaléolithique supérieur. Il les confie au laboratoire
bitation et ses alentours ont été entièrement fouillées de préhistoire de l'université de Bordeaux I en
à l'exception d'une surface d'un mètre carré environ précisant qu'il les a récoltés dans une sablière de la
occupée par une grosse souche de châtaignier. commune de St-Front-de-Pradoux sur la rive droite
de l'Isle. Nous en sommes informés par Mme D. de
Sonneville-Bordes.
LE SITE L'un de nous (J.-C. Moissat) procède alors à la
prospection systématique de toutes les extractions de
sables et de graviers de la commune de St-Front-de-
Le gisement de Lacaud est situé dans la commune Pradoux. A force de recherches, il finit par découvrir
de St-Front-de-Pradoux à 1 km environ au Nord du un petit niveau paléolithique au sommet d'une coupe
village des Meynieux et à 700 mètres à l'Ouest de la de terrain résultant d'une exploitation récente. Les
route Mussidan-Ribérac (carte fig. 1). En cet endroit pièces récoltées par le professeur Creach proviennent
les formations tertiaires (Sidérolithique et Sables du vraisemblablement de là.
Périgord) du rebord sud de la Double sont entaillées
par des petits vallons secs qui débouchent dans la M. J.-P. Rigaud. directeur des antiquités de la
vallée de l'Isle. L'un d'eux, connu dans sa partie région d'Aquitaine décide de faire une fouille
inférieure sous le nom de Vallon du Diable, draine d'urgence et nous en confie la direction. Le gisement
les versants de la Double qui occupent le Nord de la est en danger en raison de l'extraction des matériaux
commune. Les dépôts anciens qu'il a entaillés et mis qui est effectuée de manière anarchique dans tout le
à nu font l'objet de diverses exploitations par les secteur, en raison des risques d'éboulement provo
entrepreneurs de maçonnerie et de travaux publics qués par le passage de gros engins de terrassement et
de la région. Trois carrières s'échelonnent sur les en raison aussi de l'attrait de ce terrain profondément
pentes nord du vallon. bouleversé pour tous les amateurs de moto-cross des
alentours.
En partant de la route, la dernière exploitation
Les fouilles débutent le 7 mars 1982 et se poursui rencontrée est connue sous le nom de Lacaud ou de
vent jusqu'au 12 septembre. Elles reprennent le Trou de Renard et c'est sous cette dernière appella
5 juin de l'année suivante et se terminent le tion qu'elle figure dans la carte au 1/25 000 de l'IGN 351
) GARONNE
LE CER
PLATEAU PARRAI
ABRI JUMEAU
ABILLOU
Fig. 1 - Lacaud. sa situation dans la vallée de l'Isle. en Périgord et en France. :
'
352
5-6). X = 444.70. Y = 3 309.60. Elle occupe la (Mussidan 5-6). Le nom de Trou du Renard étant
parcelle n 622, section A, feuille G du plan cadasttrès commun et évoquant par ailleurs l'existence
ral de la commune de St-Front-de-Pradoux. d'une grotte, nous avons jugé préférable de baptiser
Lacaud le gisement de plein air que nous venions de
Les gisements paléolithiques les plus proches découvrir.
sont le Cerisier à 1 400 mètres, le Plateau Parrain à
La station occupe une pente qui regarde le Sud-Est 1 700 mètres. Solvieux à 2 100 mètres et la grotte de
et s'incline sous 10" environ vers le fond du vallon Gabillou à 3 800 mètres.
dont elle est distante de 30 mètres à peine. L'altitude
est de 95 mètres.
Le couvert forestier environnant, constitué de pins
maritimes, de châtaigniers, de chênes pubescents et LA FOUILLE de charmes, abrite une végétation de fougères, de
bruyères et de graminées connues dans la région sous
le nom de Palènes. La fouille du gisement de Lacaud s'est effectuée
durant les années 1982 et 1983 au rythme d'une L'accès au gisement est assez facile. Partant de la journée de travail par semaine (généralement le
route départementale D-709 à la hauteur du village dimanche) et de deux campagnes de trois semaines de Pariot. un chemin vicinal y conduit après un chacune au cours de l'été. Les signataires de ces parcours de 700 mètres. Au prix de quelques cahots, lignes l'ont menée à bien sans aide étrangère à il est possible d'accéder au gisement en automobile, l'exception de celle d'un jeune étudiant de la région
mais, en période pluvieuse, les ornières faites par les (M. Gendreau) durant le printemps et l'été de gros engins de terrassement rendent le chemin abso l'année 1983. lument impraticable aux voitures de tourisme.
La technique de recherche utilisée a été conditionLa position géographique de la station est la née par un certain nombre de facteurs dont le suivante sur la carte de l'IGN à 1/25 000 (Mussidan principal était l'assurance formelle que nous avions
affaire à une seule couche résultant d'une occupation
temporaire. D'autre part, si l'habitation au sens strict
était relativement riche en restes industriels, il n'en
était pas de même des alentours où une densité de
3 ou 4 débris ou esquilles par mètre carré était
d'observation courante.
11 fallait donc pour ces différentes raisons :
1) Fouiller la totalité du gisement pour avoir si
possible une idée sur la forme de l'habitation et sur
les structures d'occupation s'il en subsistait.
2) Effectuer la fouille le plus rapidement possible
afin d'éviter au maximum les dégradations impor
tantes dont souffrent souvent les gisements de plein
air difficiles à protéger contre les intempéries de tout
ordre et contre les collectionneurs de silex.
3) Avoir la certitude que toute l'industrie avait été
recueillie et par conséquent, surtout dans les zones
pauvres, afin de ne rien laisser passer, être obligé de
pousser les recherches jusqu'à la base et même un
peu en dessous du sol d'occupation avec pour consé
quence la destruction complète de l'agencement
initial.
Nous avons donc effectué une fouille horizontale
mais contrairement à ce que nous avions fait sur les
autres gisements (Guillassou. Solvieux-Sud. le Ceri
50 M sier, le Plateau Parrain, le Breuil) nous avons enlevé
le matériel lithique au fur et à mesure de sa décou
Fig. 2 - Lacaud. situation cadastrale. Le gisement est indiqué par une étoile. verte en ne laissant en place que les gros éléments. :
:
,
353
c'est-à-dire les galets. Le repérage spatial a été endroits n" 3). Très à une indurée, marmorisation elle oppose très aux marquée grosses racines (fig. 3. effectué selon la technique classique des coordonnées
cartésiennes. Cependant, la cote verticale a été une barrière infranchissable et sa fouille a nécessité
négligée en raison du caractère de la couche archéo l'usage du burin et du marteau. Elle est parcourue
logique parfaitement plane, mince et bien régulière.
De nombreux clichés photographiques ont été pris
(diapositives couleur, format 24 x 36).
/ < ^ I - / S S / ^, La fouille a nécessité en permanence l'usage du
marteau et du burin. La couche végétale et les
sédiments récents n'ont posé aucun problème parti
culier mais le sol paléolithique, très dur. résistait à
tous les instruments généralement utilisés et n'était
pas ramolli par les arrosages qui nous avaient donné
d'excellents résultats sur beaucoup d'autres gis
ements.
Tous les déblais ont été déposés en avant de la
fouille dans l'ancienne extraction qu'ils ont en partie
remblayée.
E3
LA STRATIGRAPHIE
V>/ s/z-'^-'w /- '
La stratigraphie de Lacaud est simple à l'exception
toutefois de la zone ouest qui a été l'objet de
remaniements assez complexes.
Cette stratigraphie se présente de la manière
suivante : partant du haut vers le bas, il est success
ivement rencontré
n" 1) avec 1) Une couche de terre végétale (fig. 3,
des racines, des débris divers en voie de décomposit
ion, et des cailloux siliceux dans une matrice sa
bleuse de couleur gris foncé. Il n'y a pas d'éléments
calcaires. Quelques cailloux portent des traces D5
d'oxydes métalliques, seuls témoins d'une mise en
culture passée. Il faut noter en outre la présence de
fragments de poterie vernissée commune et de débris '-/^TX7 чТ,<">^>О,' </ 0 de tuile canal. L'épaisseur de cette couche est assez
uniforme et varie autour de 15 cm. La végétation sus-
jacente est constituée de fougères, de bruyères, et de
châtaigniers. •2- -■.■•.'■•' : 2) Une couche de sédiments sablo-limoneux à
faible teneur en argile, ne contenant ni graviers ni
cailloux (fig. 3, iV 2). Sa couleur brune uniforme
tranche nettement sur celle des couches sus et sous-
jacentes selon une limite horizontale bien marquée.
Elle est peu compacte, non structurée. Elle ne
contient aucun vestige humain mais cependant, elle
50 semble bien contemporaine de la couche à occupat
ion néolithique du Plateau Parrain et du Breuil.
Cette couche, très uniforme sur toute la surface C8
fouillée, est épaisse de 25 cm.
Fig. № magdalénien. arable 3 4 - Coupes remaniement ; N" 2 stratigraphiques L'échelle : sédiments moderne est en post-glaciaires ; centimètres. dans № 5 les : remaniement carrés ; № E-3. 3 : D-5 sédiments ancien et C-8. ; N" wurmiens N" 6 1 : niveau : terre ; 3) Une couche de sédiments de couleur brun
rouge avec des taches plus claires aboutissant par 354
petite fosse ou plutôt d'un chenal rempli d'un sédpar les mailles d'un réseau de fentes verticales qui
affectent toute l'épaisseur de la couche. Ces fentes, iment argilo-sableux. collant, non structuré et de
larges de 3 à 7 cm. dessinent une reticulation faite de couleur rouge. Pas un seul éclat humain n'y a été
rencontré. Sa situation sous la couche 2 permet de lui polygones irréguliers dont la superficie moyenne
avoisine le mètre carré. L'intérieur de ces fentes est assigner un âge pleistocene mais il est impossible de
préciser s'il s'agit d'un chenal de ravinement antéconstitué par un sédiment de couleur rouge foncé,
non structuré, avec une amorce de ferralitisation rieur ou postérieur à l'occupation humaine.
latérale.
Dans toute la zone fouillée, il n'a pas été trouvé de
trace de bouleversement d'origine animale ni même Cette couche repose sur une nappe de cailloux
végétale en dépit de la présence de chênes et surtout siliceux difficile à dater (colluvion quaternaire ou
de châtaigniers dont les souches atteignent plusieurs tertiaire en place). Ces graviers n'ont jamais été
mètres de circonférence. atteints durant la fouille mais leur profondeur est
connue dans la partie exploitée de la carrière (70 cm Le pH de ces diverses couches varie entre 6-3 et environ au-dessous du sol actuel). 6-6.
Le niveau paléolithique qui fait l'objet de cette
étude s'intercale dans la partie supérieure à 15 cm
au-dessous de son sommet (fig. 3. n" 6). Il est à noter
que sa position n'a pas été affectée par les mouve
ments géologiques dont il a été le témoin intime. A
L'INDUSTRIE l'inverse de ce qui avait été découvert à la Croix de
Fer où la reticulation était marquée par des éclats
redressés en position oblique et souvent même verti
Les vestiges industriels découverts à Lacaud se cale, à Lacaud il n'a pas été trouvé un seul objet qui
composent uniquement de matériel lithique et de ne soit strictement horizontal. Il n'y a ni festons ni
colorants. guirlandes. On a l'impression que les mouvements
qui ont affecté ce terrain ont été essentiellement des
Ainsi qu'il est de règle dans tous les gisements de retraits tels que l'on peut en imaginer sous un climat
plein air de la vallée de l'Isle. la faune, les charbons, froid et sec et que les fentes ont été ensuite comblées
les cendres et le calcaire ont complètement disparu par de fins matériaux apportés par le vent ou par un
en raison de l'acidité du sol et du lessivage auquel il a ruissellement très léger. été soumis.
Telle est la stratigraphie dans la partie géologique- Ont disparu aussi les colorants en poudre qui ment intacte du gisement c'est-à-dire dans 56 mètres tapissaient sans doute le sol de l'habitation. carrés. Le reste a été l'objet de diverses intrusions.
La plus récente, moderne, résulte de l'exploitation
des graviers (voir plan). Elle a fait disparaître une Les colorants
partie de l'habitat mais cette destruction ne semble
pas très importante. Elle affecte les carrés C-l. G-l. Les matières colorantes sont très abondantes à H-l, 1-1 mais surtout D-l. E-l et F-l. Les éclats Lacaud. Elles se présentent sous la forme de nodules récoltés par le professeur Creach proviennent vra d'oxydes ferrugineux de dimensions très variables. isemblablement de cet endroit. Les plus petits ont la grosseur de pois chiches. les
plus gros atteignent la dimension d'une belle orange. Le deuxième bouleversement a détruit la partie
médiane au bord ouest de l'habitation. Il s'agit d'une Les ocres jaunes sont rares (proportion : 5 %). 11 fosse manifestement récente puisqu'elle recoupe les n'y a pratiquement que des ocres rouges ou violacés. couches 2 et 3 (fig. 3, n" 4). Elle renferme un Ils sont tous de très bonne qualité. mélange ďargile grossière et de graviers, déchets
probables d'une extraction voisine. La présence de Les couleurs sont vives et le rendement en poudre
quelques tessons de poterie vernissée verte ou jaune utilisable est voisin de 100 % en raison de l'absence
permet d'affirmer qu'elle est postérieure au Moyen de silice étrangère et d'oxydes métalliques très résis
Âge. Cette fosse recoupe tout ou partie des carrés tants et impossibles à broyer. Aucun de ces blocs ne
B-l à B-6, C-2 à C-6, D-4 et D-5 (voir plan). porte de trace d'utilisation. Il n'y a ni raclage, ni
usure.
La troisième modification à la stratigraphie expo
sée dans le début de ce chapitre est de nature bien La rareté des colorants noirs contraste avec la
différente. Elle affecte les carrés B-7, B-8 et partie richesse des rouges et des violets. Il n'a été trouvé
des carrés C-7 et C-8 (fig. 3. n" 5). Il s'agit d'une qu'un seul fragment d'oxyde de manganèse. :
355
Tous les ocres proviennent des formations ter Les autres variétés de silex ou roches siliceuses
sont peu abondantes. Le silex rubanné du Maastrich- tiaires voisines. Les dépôts sidérolithiques et les
cuirasses de nappe de la région abondent en matières tien local y est presque inconnu, à peine 0.50 %.
colorantes et la recherche de Госге en particulier ne Cette absence est d'autant plus étonnante que dans
soulève aucun problème. La mine d'ocre rouge la les gisements les plus proches, les silex du Maastrich-
plus importante que nous connaissons est située à tien constituent l'essentiel des matériaux utilisés. Les
5 km de Lacaud. à quelque 800 mètres au Nord du sources d'approvisionnement des gens de Solvieux ou
bourg de Douzillac. En cet endroit, au lieu-dit les du Plateau Parrain étaient inconnues de ceux de
Pradelles. un filon courant sous l'humus fournit en Lacaud.
abondance un ocre rouge de si bonne qualité qu'il a Autres variétés, mais en proportion presque négliété utilisé récemment par un artisan local. Ma- geable, des calcédoines rouges, grisâtres ou translucroscopiquement les ocres de Lacaud et ceux des cides. Pradelles sont absolument identiques.
Aucun silex étranger, c'est-à-dire d'importation Il n'a été trouvé sur le gisement ni meule, ni lointaine, n'a été trouvé à Lacaud. Parmi les absents, broyeur, ni aucun instrument pouvant faire penser à il faut également signaler les silex vermiculés. les bois un quelconque travail des matières colorantes. silicifiés. les silex pailletés et les silex arc-en-ciel si
abondants par ailleurs dans la plupart des stations
préhistoriques de la vallée de l'Isle.
Nous avons dit précédemment que le matériel en
LE MATÉRIEL LITH1QUE silex était très peu patiné ; il ne présente pas non plus
de cupule de gel. ni aucune de ces ébréchures
fréquemment rencontrées sur les pièces malmenées
par la cryoturbation ou par le piétinement des gros Le matériel lithique découvert à Lacaud se répartit animaux. Deux éclats seuls portent quelques craquelcomme suit ures thermiques.
outils 136
nucleus 28
percuteurs 5
débitage 1 931 Les dolentes
choppers 3
galets 5
petits cailloux 34 Les dolérites ne sont pas abondantes puisque
représentées seulement par 3 pièces mais leur pré
sence étonne ici. Absentes des dépôts tertiaires ainsi
que des hautes et moyennes terrasses, on ne les Matières premières utilisées
rencontre que dans le lit de la rivière ou dans la
terrasse wurmienne. On ne comprend pas la raison
pour laquelle les hommes de Lacaud sont allé cherA l'exception des galets, des choppers et des
cher à 2 km des galets de dolérite lourds et encombpercuteurs qui ont utilisé quartz et dolérite. l'indust
rants alors qu'ils avaient sur place, en abondance, rie de Lacaud est essentiellement à base de silex.
des quartz de forme semblable. Il y a là un problème
Le plus fréquemment rencontré est le silex noir — il n'est pas particulier à Lacaud — pour
fourni en abondance par les terrasses voisines et par lequel il nous est impossible de fournir une explica
le lit de la rivière. Ce silex n'est pas patiné, à peine tion valable. Et pourtant il devait y avoir une raison
par endroits un très léger voile bleuâtre ou quelques certaine à ce transport à grande distance relative
pommelures, mais cette altération n'est pas toujours (plusieurs kilomètres) d'un matériau sans caractère
facile à distinguer. particulier tout au moins en apparence.
Après le silex noir vient le silex gris du Campanien.
Cette variété, généralement peu utilisée par les
artisans de la vallée de l'Isle se rencontre ici en
Les quart! relative abondance (12 % environ de l'ensemble du
matériel lithique). Il se présente sous la forme d'une
roche, à cassure micro-grenue, de couleur gris cen
dré, avec de larges pommelures qui ne correspondent Une des singularités de Lacaud et non des moind
pas à une altération superficielle mais à des zones de res, est la parcimonie avec laquelle les quartz ont
silicification inachevée. Là encore la source de ce été utilisés. Alors que sur tous les gisements de la
matérieu est peu éloignée. 2 ou 3 km au maximum. vallée de l'Isle. et de plein air. et sous abri, le quartz 356
Les esquilles et les petits déchets sont très nombreprésente et en poids et en nombre la majorité des
matériaux, il en va tout autrement ici et sa proportion reux, nettement plus que dans les industries des
eisements voisins. y est presque négligeable.
LE DEBIT AGE L'OUTILLAGE
Le débitage de l'industrie de Lacaud ne brille ni L'outillage de Lacaud. non compris les percuteurs
par sa perfection ni par son élégance. Les nucleus et les choppers, comporte 136 pièces se décomposant
sont généralement globuleux ou informes. Ils sont comme suit (liste typologique de J. Perrot et de Mme
faits à partir de rognons mais quelques-uns utilisent D. de Sonneville-Bordes).
de gros éclats. Ces rognons ont été apportés là sans 1 grattoir sur bout de lame 12 8.8 r.r avoir subi la moindre préparation préalable ; tous les 2sur bout de lame atypique 4 2. У 'Ус éclats d'épannelage se retrouvent en effet dans 5 grattoir sur lame retouchée 3 2.2 r'i
12caréné atypique 1 0.7 % l'habitat.
13 sirattoir à museau épais 8 5.8 °/r
Seuls trois nucleus pyramidaux témoignent d'une 24 bec 52 38.2 °c
27 burin dièdre droit 2 1.4 % bonne maîtrise dans la taille du silex. 28dé jeté 2 \Л(Ус
30 burin dièdre d'angle sur lame cassée 15 1 1 .0 % Il n'a pas été trouvé de nucleus à lamelles. 35sur troncature retouchée oblique 4 2.9 °c
36 burin sur concave 2 1 .4 °i Dans l'inventaire général de l'industrie nous avons 39 transverse sur encoche 2 1 .4 °r classé ensemble lames et éclats en raison de l'abon 41 burin multiple mixte 2 1 .4 % dance des formes intermédiaires difficilement classa- 60 lame à troncature retouchée droite 3 2.2 %
bles mais ceci ne doit pas sous-entendre qu'il s'agit, là 65 lame à retouches continues sur un bord 2 1.4 %
74 pièces à encoche 4 2.9 % d'un débitage mixte, bien au contraire. La mise en 75denticulées 3 2.2 % chiffres précis de la plupart des objets intermédiaires 11 racloir 3 2.2 °>c risquerait d'atténuer les traits essentiels de ce débi 92 divers 9 6.6 %
tage dont la caractéristique est d'être très peu lami 94 lame ou éclat à tranchant esquille 1 0.7 %
naire. Nous disons très peu car les lames n'y sont pas Total 136
inconnues ; certaines même sont assez remarquables, indice grattoir 22 mais elles sont là en quantité infime puisqu'il ne s'en indice burin 21
trouve guère qu'une dizaine, ce qui est peu sur un Ibt 14
Ibt 7 total de plus de 2 000 pièces. La plus longue mesure indice bec 38 11 cm de longueur pour une largeur de 3 cm et une
épaisseur de 8 mm au maximum (grattoir sur lame,
fig. I, n" 4). Mais mis à part ces quelques lames et
certains éclats allongés, ce sont les éclats vrais qui Les grattoirs
constituent la grande majorité de l'ensemble. Ce
débitage s'apparente très étroitement à celui du
Magdalénien 0 de Guillassou. avec les mêmes éclats Les grattoirs sur bout de lame contrastent par leur
épais et informes. Le débitage sur nucleus discoïde, fini et leur élégance avec le reste de l'outillage qui est
rencontré dans le Magdalénien ancien de la Croix de de facture toujours très grossière. Ils ont pratique
Fer. est ici inconnu. Le caractère grossier du débitage ment monopolisé toutes les belles lames (fig. 4).
est aggravé par le fait que plusieurs nucleus de Trois d'entre eux portent quelques retouches laté
mauvaise qualité (impuretés, gel ou autres causes) rales (fig. 4. n" 4 et 7 ; fig. 5. n' 10). Le grattoir
ont éclaté dès les premiers impacts en donnant de double trouvé en 3 fragments répartis dans les carrés
nombreux cassons. D-5 et G-5 a un front distal très abrupt que le dessin
(fig. 4. n" 1) rend assez mal. D'autres grattoirs sur Les bulbes de percussion sont en saillie très nette lame ont été retrouvés fragmentés (fig. 4. n 's 4 et 6). avec parfois un concoïde fortement individualisé. Les Ces fractures ne paraissent résulter ni d'un choc ni plans de frappe sont plutôt larges et l'angulation avec d'une torsion mais plutôtd'une flexion dans le sens de la face d'éclatement oscille d'ordinaire entre 100 et l'axe de la lame. 120 degrés. Le facettage, quand il existe, ne paraît
pas résulter d'une action préméditée mais plutôt du n"s Les 1. 2 grattoirs et 7) n'offrent sur bout rien de lame bien particulier. atypique (fig. 5, simple hasard. 357
Fig. 4 - Grattoirs sur bout de lame.
Les grattoirs à museau épais méritent presque tous d'enlèvements frontaux qu'il est permis de se demand
le qualificatif d'atypique et constituent un lot sans er s'il ne s'agit pas là de becs atypiques transformés
homogénéité (fig. 6. n"4 2. 3. 4. 6. 9. 10 et 11). en grattoir par l'utilisation (fig. 6. n1 7). Nous en
L'appartenance à cette famille d'outils peut parfois reparlerons par la suite.
être mise en doute et quelques-uns présentent si peu 358
Fig. 5 - Grattoirs et divers.
pas et ne saurait être définie avec trop de précision Les becs
sous peine d'une pénurie extrême des formes typi
ques. C'est ainsi par exemple que la frontière qui Sur un total de 136 outils, la présence de 52 becs passe entre les grattoirs à museau épais et les becs n"a étonne. Mais s'agit-il bien de becs ? jamais été délimitée de manière très rigoureuse, ainsi
Dans la typologie classique, il existe quelques d'ailleurs que celle qui passe entre ces derniers et les
perçoirs ou les lames appointées. outils dont la morphologie, sinon la fonction, n'est

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