Le Conseil du roi et le Grand Conseil pendant la première année du règne de Charles VIII [premier article]. - article ; n°1 ; vol.43, pg 594-625

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Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1882 - Volume 43 - Numéro 1 - Pages 594-625
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1882
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Noël Valois
Le Conseil du roi et le Grand Conseil pendant la première année
du règne de Charles VIII [premier article].
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1882, tome 43. pp. 594-625.
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Valois Noël. Le Conseil du roi et le Grand Conseil pendant la première année du règne de Charles VIII [premier article]. In:
Bibliothèque de l'école des chartes. 1882, tome 43. pp. 594-625.
doi : 10.3406/bec.1882.447097
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1882_num_43_1_447097LE CONSEIL DU ROI
LE GRAND CONSEIL
PENDANT
LA PREMIÈRE ANNÉE DU RÈGNE DE CHARLES VIII.
De tous les grands corps qui constituaient en France l'admi
nistration centrale, il n'en est peut-être pas de plus important
que le Conseil : il n'en est pas de moins connu. On attribue cette
ignorance plutôt à la rareté des documents qu'à l'insuffisance des
recherches. Les archives anciennes du Parlement, de la Chambre
des comptes et de la Cour des aides ont survécu, au moins en part
ie, aux désastres du dernier siècle; l'histoire de ces institutions
s'y lit, pour ainsi dire, d'un bout à l'autre. Le Conseil, moins
heureux, ne possède qu'à partir de 1550 environ une série con
tinue de registres. Qu'il ait tenu régulièrement son journal,
comme le lui prescrivaient les ordonnances * , je ne le nie
point; cependant quarante feuillets, détachés d'un registre du
temps de Charles VII, sont, avec un document dont je vais
parler, les seuls débris d'une collection qui devrait s'étendre
au moins depuis le commencement du xive siècle jusqu'au milieu
du xvie.
Dans cette longue période, l'année 1484 se présente comme une
époque exceptionnelle et privilégiée, pendant laquelle les docu
ments abondent. On connaît le fragment qu'a publié M. A. Ber-
1. Ordonnance du 16 novembre 1318, art. 7. Ordonnance de décembre 1320,
art. 4. du 27 mai 1413, art. 222. (Ordonnances, t. I, p. 668 et
732, et t. X, p. 90.) 595
nier sous ce titre : Procès-verbaux des séances du Conseil
de régence du roi Charles VIII pendant les mois d'août
1484 à janvier 1485 i. L'original est un manuscrit de l'époque8,
provenant de l'ancien fonds de la Bibliothèque royale, mais mal
heureusement mutilé : le commencement du registre et trois feuil
lets correspondant au mois de décembre y manquent depuis plu
sieurs centaines d'années3.
Une partie de ces lacunes pourra être comblée, grâce à l'un
des volumes de la collection Baluze4. A une époque que l'on ne
saurait préciser5, et par suite de circonstances que nous ne con
naissons pas, Etienne Baluze a eu entre les mains la première
partie du manuscrit français 5265 ; il en a extrait les passages
saillants; ses transcriptions nous restent6.
Ainsi viendront s'ajouter au journal publié dans les Documents
inédits d'importants fragments de procès -verbaux du 4 mars
au 16 juillet 1484. Une liste, également dressée par Baluze, fera
connaître les noms des conseillers présents pendant cette période
de cinq mois7. Au titre fautif de l'édition Bernier sera substitué
celui-ci : « Registre des commandemens et expéditions faites
au Conseil du Roy par maistres Estienne Petit et Jehan
1. 1836. Collect, des Documents inédits. Ce titre est d'ailleurs inexact : qui
dit Conseil de régence suppose une minorité; or, Charles VIII, âgé de 13 ans
et deux mois à la mort de son père, fut reconnu majeur par les états généraux.
2. Bibl. nat., ms. coté autrefois n° 9824 de l'ancien fonds, aujourd'hui
n-5265 du fonds français. Papier; 129 feuillets; 279 millimètres sur 207. Fré
quentes ratures et surcharges ; écriture très négligée.
3. Toutes les copies de ce registre, et l'une d'elles (Bibl. nat., ms. Dupuy,
n° 556) remonte à l'année 1631, sont postérieures à ces lacérations. Voir aux
Archives nationales le registre coté KK 630 bis, qui est la reproduction du ms.
Dupuy; à la Bibliothèque nationale, le ms. de Brienne, n" 296, qui faisait
double emploi avec le ms. Serilly, n° 193; le ms. français, n° 16220 (ancien
n° 77 H. de Saint-Germain) ; enfin le registre KK 630 des Archives
К 76, n° 22), dont l'écriture n'est pas aussi ancienne que le supposait Bernier.
(Avant-propos, p. iv.)
4. Vol. 17, if. 13 à 26.
5. Probablement avant l'année 1715, date de la publication du t. VII des
Miscellanea. Baluze y a inséré, aux pages 563-582, des documents du 18 mars
et du 21 juillet 1484, qui paraissent extraits du même manuscrit. Ils ont été
réimprimés aux pages 362-367 du tome Ie1' de l'édition Mansi (1761). Baluze les
donne comme extraits « ex regesto originali » Caroli VIII.
6. Elles seront reproduites plus loin en appendice.
7. Baluze, qui, en opérant ses transcriptions, avait omis les noms des conseil
lers présents aux séances, toujours cités en tête des procès-verbaux, les a 596
Mesme, notaires et secrétaires du Roi, greffiers dudit Cons
eil, commençant le iiij* jour de mars , l'an mil CCCC
1IIIXX et troys » (vieux style). Enfin ce titre même nous
apprendra que la plume de greffier était tenue, pendant les séances,
par deux hommes de fortune inégale, tous deux appliqués à l'a
dministration des finances.
Jean Mesme fut clerc ordinaire des Comptes et cessa d'en
exercer les fonctions vers le mois de décembre 1483 ^ C'est tout
ce que l'on sait de lui. La biographie d'Etienne Petit serait plus
facile à reconstituer. Ancien serviteur de Charles VII, il avait été,
dès 1441, «par lui commis à la recepte générale de toutes ses finances
es pays de Languedoc et duchié de Guyenne2, » puis pourvu en titre,
vers 1444, de l'office de « trésorier général3 » et de « receveur
général des finances des pays de Languedoc et duchié de Guienne4. »
En même temps, il était « commis par la Royne à la recepte et
distribucion de ses finances oudit pays5. » Le titre de conseiller
du Roi ne tarda pas à récompenser ses premiers services6. Après
la mort de son frère Jean, qui arriva vers 1474, il fut commis par
Louis XI « à parachever la recepte des aides de l'élection de
Gisors7. » Bientôt nommé « procureur réal du Roi et receveur du
général dans les pays et comtés de Roussillon et de Cerdagne8, »
il échangea cet office, le 26 janvier 1476, contre celui de contrô
leur général du Languedoc, ou plus exactement de « contrôleur
de la trésorerie et recette générale des finances du pays de Lan
guedoc9. » Mais cette charge, qu'il exerça au moins jusqu'en
1497 t0, ne l'obligeait qu'à de rares chevauchées dans le midi de
réunis sur une feuille à part (f° 23), sous la rubrique : « Les gens du Conseil
pendant cette année-là 1484 estoient... » D'ailleurs, il ne s'est servi, pour
dresser liste, que du fragment correspondant aux mois de mars à juillet.
Elle serait bien plus longue, s'il avait connu la suite du registre.
1. Arch, nat., P 2301, f° 753 r°. Cf. Bibl. nat., Pièces originales, vol. 1943.
2. Bibl. Pièces originales, vol. 2248, v Petit, pièces n" 41, 44-54.
3. Ibid., pièces n0> 55, 58, 59, 61, 63-65, 68, 71-81.
4.n" 56, 57, 59, 61, 69-74, 76-81. Chronique de Mathieu
d'Escouchy, éd. de M. de Beaucourt, Pièces just., t. III, p. 251.
5. Bibl. nat., Pièces originales, vol. 2248, v° Petit, pièces n" 58 et 76.
6. Ibid., pièce n° 76.
7.n° 82.
8. Ibid., pièce n° 84.
9.pièces n08 83 et 91.
10. 13 septembre. Arch, nat., P 2302, p. 397. 597
la France; le service du Roi, « les grans et privez affaires » de
Sa Majesté, comme on disait alors, le réclamaient auprès de la
personne de Louis XI, par qui il se trouvait « continuellement
occuppé » : il recevait même, à ce titre, outre ses gages de con
trôleur, 12 sous parisis par jour, comme les secrétaires des
finances1. C'est le commencement de sa plus grande faveur :
Louis XI se fait donner par lui des nouvelles du procès du duc
de Nemours2. Le 27 juillet 1478, il lui ordonne de se transporter
en la chambre des comptes de Dijon, en l'abbaye de Saint-
Bénigne, en l'abbaye de Tournus, en l'abbaye de Saint-Pierre-
lès-Chalon, où se trouvent, dit-on, des titres favorables à ses
prétentions sur la Bourgogne, d'en faire dresser des vidimus
authentiques et de les lui apporter3. Il lui donne, le 20 avril
1479, peut-être pour reconnaître ce dernier service, une rente
de 132 écus 6 sous 8 deniers, que percevaient les ducs de
Bourgogne4; vers 1481, la terre de Saint-Nazaire-de-Lada-
rez5; en 1482, la seigneurie de Torcy-en-Brie6. Etienne
Petit était, vers le même temps, le distributeur des aumônes
royales7. Charles VIII, qui l'employait, comme on voit, en
1. Bibl. nat., Pièces originales, vol. 2248, v° Petit, pièce n° 84.
2. « ... Sire, ledict de Nemoux a aussi esté examiné sur l'astrologie et juge-
men[s] que lui et ung cordellier, усу prisonnier, nommé frère Guy Briansson,
qui estoit son confesseur, ont fais : dont vous envoyé sa déposition, ensemble
le double de Toroison qu'ilz disoient à genoulx, avant qu'ilz commançassent à
faire lesdictz jugemens. Sire, je prie à Dieu qu'il vous doint très bonne vie et
longue et acomplissement de voz très nobles et très haults désirs. Escript à
Paris, le ne jour de janvier [1477J. Vostre très humble et très obéissant sub-
gect et serviteur, Estienne Petit. » Bibl. nat., ms. français, n° 2895, f° 13 r°.
3. Gachard, Rapport à M. le ministre de l'Intérieur sur les documents con
cernant Vhistoire de la Belgique qui existent dans les dépôts littéraires de
Dijon et de Paris, lre partie. Bruxelles, 1843, in-8°, p. 94.
4. Arch. nat., PP 110, p. 483.
5. Ibid., p. 493.
6.p. 502, et Xla 1490, f» 176 v.
7. « Inventaire de ce que M' Estienne Petit baille à M. du Boschage par
l'ordonnance du Boy, à Mehun-sur-Loyre, le xxe juillet м сссс lxxx et deux.
— La quittance des relligieulx de Saint-Glaude de 6000 1. de rente, que le Roy
leur a donné ou Daulphiné, dont ledit Petit leur a fait délivrance. La quittance
des relligieulx de Saint-Anthoine, en deux pièces, de HIIm 1. de rente, que
ledict seigneur leur a donné ou Daulphiné, dont ledit Petit leur a fait déli
vrance. Quatre certifficacions des oft'randes de quatre mecredis desjà escheuz
à Nostre-Dame-de-Grace, que Me Estienne Petit a paiez. Item autres quatre
certifficacions des offrandes des quatre mecredis desjà escheuz à Nostre-Dame-
40 S98
qualité de greffier du Conseil, n'eut garde d'oublier les « bons,
grans et recommandables services » qu'il avait rendus à son
aïeul, à son père et à lui : il le pourvut, le 13 septembre 1497,
d'un office de maître lai en la Chambre des comptes1, digne
couronnement d'une vie longtemps occupée au service des
finances. Reçu le 15 janvier 14982, confirmé, le 17 juin, à l'av
ènement de Louis XII3, Etienne exerçait encore cet office au mois
de juillet 15084. Il eut en outre à convoquer et à présider au
moins huit fois, à titre de commissaire du Roi, les états du Lan
guedoc, de 1445 à 1494 5. Il joua même un rôle diplomatique,
notamment en Espagne, en 1497 6, ce qui permit à Louis XII de
rappeler ses « loingtains voyages » et les dangers qu'il avait
courus7. Un auteur lui attribue en partie la conclusion de la paix
malheureuse de Barcelone, qui rendit à l'Espagne la Cerdagne
et le Roussillon8 (19 janvier 1493). En tous cas, il faisait partie
delà deputation qui alla, au mois de février 1501, demander à
l'empereur Maximilien l'investiture du Milanais pour Louis XII,
et de l'ambassade qui fit entendre à Bruxelles, le 23 août 1505,
des protestations contre les entreprises du roi de Castille en
Flandre et en Artois 9.
C'est à ce personnage actif et à son collègue, Jean Mesme, que
l'on doit les procès- verbaux en question, d'autant plus précieux,
je le répète, qu'ils répandent une vive lumière sur une petite part
ie d'une histoire fort obscure.
d'Ambrun, que ledit Petit a payez. Et désormais cellui que ledict Petit a com
mis, par chacun mois, à faire le paiement desdictes offrandes desdicts mecredis
à Ambrun et à Saint-Anthoine lui doit envoier les certiffîcacions desdictz mec
redis, pour les bailler au Roy. » Bibl. nat., ras. français, n° 2905, f° 98.
1. Arch, nat., P 2302, p. 397 et 401.
2. Ibid., p. 383.
S.Ibid., p. 645.
4. Bibl. nat., Pièces originales, vol. 2250, v° Petit, pièces n0> 10 et 11.
5. D. Vaissète, t. V, p. 6, 29, 30, 60, 77, 80, 83, 85.
6. Arch, nat., P 2302, p. 401.
7. Ibid., p. 645.
8. Bibl. nat., ms. Dupuy, n° 745, f° 32 r°.
9. Le Glay, Négociations diplomatiques entre la France et l'Autriche durant
les trente premières années du XVIe siècle. Paris, 1845, t. I, p. 37 et 87.
Etienne Petit est encore mentionné, comme ambassadeur de Louis XII, dans
l'acte de l'investiture du Milanais donnée conditionnellement par Maximilien à
Philippe le Beau, le 7 avril 1505 (ibid., p. 79). Mais M. Le Glay élève des
doutes sur l'authenticité de cette pièce. 599
Cette époque, si riche en documents authentiques, se trouve
être d'ailleurs doublement intéressante, d'abord à cause des discus
sions bruyantes que soulève la question du Conseil dans les états
généraux réunis à Tours, puis pour le développement pris, vers
le même temps, par une cour issue du Conseil et appelée à deve
nir bientôt un rouage indispensable dans le mécanisme du gou
vernement monarchique.
CHAPITRE PREMIER.
CONSEIL DU ROI.
I.
Le jeune Charles VIII avait promis à son père, le 21 sep
tembre 1482, de conserver tous ses conseillers et serviteurs1.
Louis XI mourut (30 août 1483).
Aussitôt les factions se formèrent. Le sire et la dame de
Beaujeu voulaient joindre au gouvernement de la personne du
Roi2 le gouvernement du royaume. La reine mère se laissait
porter à la tête d'un parti qui revendiquait la garde du jeune
prince et la régence3. Le duc d'Orléans abandonnait volontiers
la garde de son cousin à la dame de Beaujeu, pourvu qu'il eût,
en qualité de premier prince du sang, l'administration du
royaume4.
1. Musée des Archives, n° 511. Denys Godefroy, Preuves pour servir à l'his
toire de Charles VIII, p. 307 et suiv.
2. Elle leur avait été confiée par Louis XI, dans les dernières heures de sa
vie. (Commynes, édit. de Mlle Dupont, t. II, p. 255.)
3. Ce parti considérait Charles VIII comme mineur, tant qu'il n'aurait pas
quatorze ans révolus. Les termes ambigus de l'ordonnance de Charles V
(Ordonn., t. VI, p. 261) autorisaient cette interprétation.
4. On remarqua autour de Charles VIII, dans les premiers jours du règne,
une affluence extraordinaire de princes, de prélats, de chevaliers de Saint-
Michel, de seigneurs, de conseillers. Les documents officiels en attribuent la
cause à une convocation royale. Voir les lettres du 9 octobre 1483, nommant
le duc d'Orléans lieutenant général (Ordonn., t. XIX, p. 152), les lettres du
24 octobre pour la convocation des états (Bibliothèque de l'École des chartes,
1866, p. 33), le discours prononcé par le chancelier pour l'ouverture des états,
le 15 janvier 1484 (Journal des états généraux de France tenus à Tours en
1484, par Л. Bernier, 1835, p. 46). 600
Le rapprochement momentané de ces partis autour du tom
beau de Louis XI donna naissance à un conseil provisoire de
douze, puis de quinze membres, qu'on appela le Conseil Étroit1.
Chacun des princes tâcha d'y introduire sa créature2, et les
diverses factions y furent inégalement représentées. Le résultat,
plutôt favorable au duc d'Orléans, ne pouvait satisfaire la sœur
du Roi, et on ne laisse pas d'être surpris à la vue du rang relat
ivement inférieur qu'y occupait le sire de Beaujeu, alors que la
reine Charlotte, les ducs d'Orléans et de Bourbon partageaient
avec le Roi l'honneur de constituer le Conseil. Les quinze
conseillers étaient donc :
Le sire de Beaujeu.
Le comte d'Albret.
Le de Dunois.
Jacques de Saint-Pol et de Luxembourg, comte de Richebourg.
Jean d'Estouteville, seigneur de Torcy.
Louis d'Amboise, évêque d'Albi.
Philippe de Crèvecœur, maréchal des Querdes.
Pierre de Rohan, comte de Marie, maréchal de Gié.
Jean de Hangest, seigneur de Genlis.
Antoine de Châteauneuf, baron du Lau.
Jean de Baudricourt, gouverneur de Bourgogne.
Odet d'Aydie, comte de Comminge, seigneur de Lescun.
Aymar de Poitiers, seigneur de Saint- Vallier.
Geoffroy de Pompadour, évêque de Périgueux.
Philippe de Commynes, seigneur d'Argenton3.
1. Le Conseil du Roi, souvent appelé aussi Grand Conseil, est généralement
désigné, pendant les premières années du règne de Charles VIII, sous le nom
de Conseil Étroit. C'est ainsi que les états généraux discutent, suivant Mas-
selin, sur la composition du Consilium Arctum {Journal des états généraux,
p. 488, 490, 494, 508, 642). Le serment imposé aux membres de cette assemblée
s'appelle le serment de « Messieurs du Conseil Estroit. » (V. Séances du
Conseil de Charles VIII, p. 99 : « ... le sèrement que Messieurs dudit Cons
eil Estroit ont accoustumé de faire en tel cas, et ainsi que les articles dudit
Conseil le contiennent. y>)
2. C'est ce que dit positivement Masselin. (Journal des états généraux,
p. 104.)
3. La liste des membres du Conseil Étroit fut communiquée aux états dans
la séance du 6 février 1484. Elle avait été sans doute dressée longtemps aupa
ravant, puisqu'elle était revêtue de la signature de la reine Charlotte. (Voir
Journal des états généraux, p. 122.) 601
En somme, quelques serviteurs fidèles, sur qui la fille de
Louis XI pouvait compter1, un plus grand nombre de seigneurs
remuants, prêts à se tourner du côté contraire2, un prince
subtil3, adroit négociateur, capable d'exploiter au profit de son
cousin, le duc d'Orléans, toutes les ambitions et tous les
mécomptes, tel était le Conseil éminemment aristocratique, dont
la destinée semblait être d'accomplir l'œuvre de réaction contre
le gouvernement du feu Roi, si impatiemment attendue par la
noblesse4.
Il en fut autrement. Je n'ai pas à rappeler comment, malgré
les premiers triomphes de la cabale orléaniste, après le châtiment
des plus tarés d'entre les conseillers de Louis XI, les Doyat, les
Olivier le Daim, lorsque les princes eurent assouvi leur première
soif de grandeur et convoqué les états généraux, Anne de Beaujeu
sut regagner pas à pas le terrain qu'elle avait paru d'abord
abandonner. La mort de la reine mère vint, avant la fin de
l'année 1483, anéantir un des deux partis qui lui disputaient le
pouvoir.
1. L'évêque d'Albi avait, avec quelques autres conseillers, dirigé les affaires,
en 1480, pendant la maladie de Louis XI. Le maréchal des Querdes combattit
longtemps pour le gouvernement des Beaujeu. Le seigneur de Saint-Vallier,
qui avait épousé une iille naturelle de Louis XI, servit le Roi, son beau-frère,
à titre de chambellan et de grand sénéchal de Provence. (P. Anselme, t. II,
p. 204. Bouche, Histoire de Provence, Aix, 1664, in-fol., t. II, p. 499.)
2. Lescun, Richebourg, l'évêque de Périgueux, Commynes allaient tremper
dans tous les complots des princes.
3. François d'Orléans, comte de Dunois.
4. M. de Cherrier {Histoire de Charles VIII, 1868, in-8°, t. I, p. 61)
s'exprime ainsi : « Anne de Beaujeu n'épargnait pas les promesses, pour
gagner les princes venus à Amboise. Elle y assembla le Conseil et le fit prési
der par le Roi, ce qui lui donnait le droit d'y assister elle-même. Cette mesure
habile était comme une prise de possession de l'autorité suprême. La première
séance avait été fixée au 12 septembre... Dans la seconde séance, le 22 sept.,
également présidée par le roi, plusieurs décisions importantes furent prises... »
Est-il bien sûr que la présence du Roi au Conseil autorisât la dame de Beau-
jeu à y assister? Si M. de Cherrier fixe au 12 et au 22 septembre les deux
premières séances du Conseil, serait-ce en raison de la date de deux lettres
royaux transcrites au recueil des Ordonnances ? Qui prouve que le Conseil
ne s'est pas réuni plus tôt, et qu'il ne s'est pas réuni dans l'intervalle?
D'ailleurs, la première de ces ordonnances est expédiée par le Roi : elle
n'a donc pas été délibérée en Conseil (V. Ordonn., t. XIX, p. 125). Il y eut
séance le 22; mais les lettres expédiées ce jour-là sont signées « par le Roy
en son Conseil », et non « par le Roy estant en son Conseil » ; Charles VIII
n'était donc pas présent. (V. Ordonn., t. XIX, p. 140.) 602
Une victoire moins remarquée fut celle qui transforma peu à peu
le Conseil à son profit. Les princes amenaient alors au Conseil une
partie de leur suite ; le duc d'Orléans s'y faisait accompagner sou
vent par le seigneur de Vatan, son chambellan1 ; Louis de Culant2
y escortait le connétable de Bourbon, et Guillaume Gouffier, se
igneur de Boissy, autre partisan des princes, s'y introduisait sous
leurs auspices : autant d'intrus, qui, non contents d'assister aux
séances, prenaient part aux délibérations3. On pense bien que le
sire de Beaujeu ne se faisait pas faute d'imiter, sur ce point,
l'exemple de ses rivaux : grâce à ses adroites menées, le nombre
officiel de quinze conseillers ne tarda pas à être entièrement fictif.
Je ne parle pas des princes du sang4, auxquels les portes du
Conseil avaient dès l'origine été ouvertes ; la présence du chanc
elier5, qualifié dans une ordonnance de « conseiller spécial »,
n'a même rien qui doive nous étonner. Mais du mois d'octobre au
mois de février, c'est-à-dire avant toute intervention des états,
combien d'autres conseillers, dont les noms figurent au bas des
ordonnances expédiées par le Roi en son Conseil! L'arche
vêque de Reims6, les évêques de Langres7 et de Coutances8, le
1. Bibl. nat., Quittances, ms. français, n» 26099, quitt. 77 et 119 (23 nov.
1484 et 2 avr. 1485).
2. Le seigneur de Culant ne fut régulièrement admis parmi les membres du
Conseil Étroit que le 13 septembre 1484, jour où il prêta le serment accou
tumé. {Séances du, Conseil de Charles VIII, p. 99.)
3. Journal des états généraux, p. 124. Ordonn., t. XIX, p. 157. Arch. nat.,
JJ 211, f" 20 r\
4. Les princes qui assistaient alors au Conseil étaient le duc d'Orléans, le
comte d'Angoulême (Arch. nat., JJ 214, f° 28 r°), Charles de Bourbon, cardinal-
archevêque de Lyon (Arch. nat., JJ 212, f° 42 v°, et JJ 213, f° 7 v), le duc de
Bourbon (Arch. nat., JJ 211, f° 20 r°), le sire de Beaujeu {Ibid.), le duc
d'Alençon (Ordonn., t. XIX, p. 157), le comte de Vendôme, Louis de Bourbon,
dauphin d'Auvergne (JJ 212, f° 62 v°), le d'Albret, le comte de Dunois,
Philippe de Savoie, comte de Beaugé, seigneur de Bresse {Ordonn., t. XIX,
p. 157), et François de Laval, comte de Montfort {Ibid. Cf. Ordonn., t.
p. 164).
5. Guillaume de Rochefort (Arch, nat., JJ 211, f° 20 r°. Cf. t. XIX,
p. 134).
6. Pierre de Laval {Ordonn., t. XIX, p. 157).
7. Jean d'Amboise, frère de l'évêque d'Albi et du futur cardinal Georges
d'Amboise (Ordonn., t. XIX, p. 165).
f° 8.17 Geoffroy r°, et К 73, Hébert n° 10). (Journal Il cessa des de états faire généraux, partie du Conseil p. 124. vers Arch, le nat., mois JJ de 212, sep
tembre 1484 (Séances du Conseil de Charles VIII, p. 99).

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