Le crâne trépané magdalénien de Rochereil - article ; n°2 ; vol.68, pg 485-495

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1971 - Volume 68 - Numéro 2 - Pages 485-495
Résumé. — Trouvé isolé et bien en place dans un gisement du Magdalénien final, le crâne de Rochereil III est celui d'un enfant de 2 ans et demi à 3 ans et nettement hydrocéphale. La partie moyenne du frontal présente une large ouverture circulaire limitée par un bord taillé en biseau aux dépens de la face endocrânienne et qui offre les caractères bien connus des trépanations posthumes néolithiques destinées à prélever des rondelles crâniennes. La seule différence est qu'ici le biseau est inversé, ce qui laisse supposer que, chose exceptionnelle, la trépanation a été faite sur un frontal détaché du crâne et travaillé par sa face interne. C'est le premier cas connu d'une trépanation pour rondelle antérieure au Néolithique. Il faut sans doute l'interpréter comme d'ordre médico-magique.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1971
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Henri-V. Vallois
Le crâne trépané magdalénien de Rochereil
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1971, tome 68, N. 2. pp. 485-495.
Résumé
Résumé. — Trouvé isolé et bien en place dans un gisement du Magdalénien final, le crâne de Rochereil III est celui d'un enfant
de 2 ans et demi à 3 ans et nettement hydrocéphale. La partie moyenne du frontal présente une large ouverture circulaire limitée
par un bord taillé en biseau aux dépens de la face endocrânienne et qui offre les caractères bien connus des trépanations
posthumes néolithiques destinées à prélever des rondelles crâniennes. La seule différence est qu'ici le biseau est inversé, ce qui
laisse supposer que, chose exceptionnelle, la trépanation a été faite sur un frontal détaché du crâne et travaillé par sa face
interne. C'est le premier cas connu d'une pour rondelle antérieure au Néolithique. Il faut sans doute l'interpréter
comme d'ordre médico-magique.
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Vallois Henri-V. Le crâne trépané magdalénien de Rochereil. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1971, tome 68,
N. 2. pp. 485-495.
doi : 10.3406/bspf.1971.10348
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1971_hos_68_2_10348Bulletin de la Société préhistorique française, tome 68, 1971, Etudes et Travaux, fasc. 2
Le crâne trépané magdalénien de Rochereil
par Henri-V. Vallois (*)
Résumé. — Trouvé isolé et bien en place dans un gisement du Magdalénien final, le crâne de Rochereil III
est celui d'un enfant de 2 ans et demi à 3 ans et nettement hydrocéphale. La partie moyenne du frontal présente
une large ouverture circulaire limitée par un bord taillé en biseau aux dépens de la face endocrânienne et qui
offre les caractères bien connus des trépanations posthumes néolithiques destinées à prélever des rondelles
crâniennes. La seule différence est qu'ici le biseau est inversé, ce qui laisse supposer que, chose exceptionnelle,
la trépanation a été faite sur un frontal détaché du crâne et travaillé par sa face interne. C'est le premier cas
connu d'une trépanation pour rondelle antérieure au Néolithique. Il faut sans doute l'interpréter comme d'ordre
médico-magique.
Le crâne qui fait l'objet de cette étude a été reil III) qui fait l'objet de ce travail. Avec une
découvert en 1939 par le Dr P.-E. Jude au cours très grande obligeance dont j'ai été profondément
de ses fouilles dans la grotte de Rochereil, Dor- touché, il m'a apporté ces précieuses pièces au
dogne. Le récit détaillé de ces recherches ainsi Laboratoire d'Anthropologie que j'avais alors
que la description complète de l'important matér créé à Toulouse. Leur étude devait être faite
iel archéologique recueilli par lui dans cette et publiée en même temps que celle du gisement
grotte ont donné lieu de sa part à un mémoire lui-même. Survenue peu après, la guerre de
exhaustif (1960) dans lequel on trouvera tous les 1939-1945, puis les événements qui l'ont suivie
renseignements nécessaires sur la situation de ont empêché la réalisation de ce projet. Ce n'est
ce crâne et les circonstances de sa trouvaille. qu'en 1960 que le Dr Jude put terminer et faire
Je me contenterai donc d'en donner ici un bref imprimer son mémoire. Il devait décéder en
résumé. 1967. Privé de mon matériel toulousain pendant
près de 10 ans et pris alors par de nombreuses Située dans la commune de Grand-Brassac, obligations, je n'avais pour ma part pu reprendre sur la rive droite de la Dronne, et à 1,5 km à peu aussitôt le travail si brusquement interrompu près de la route qui, venant de franchir cette en 1939. Je n'ai pu m'y remettre que récemment. rivière, va de Périgueux à la Tour-Blanche et On voudra bien considérer la présente monograpVillebois-Lavalette, la petite grotte de Rochereil hie, qui ne concerne que le crâne Rochereil III, est une des nombreuses excavations de la falaise comme un hommage dédié à la mémoire de calcaire qui, depuis Bourdeilles, borde au Nord l'excellent et trop modeste préhistorien que fut cette rivière. Menées de 1935 à 1939, les fouilles le Dr Jude. du Dr Jude lui ont montré l'existence de deux
couches archéologiques très différentes : l'une Dans sa couche magdalénienne, celui-ci avait
supérieure, de 1,80 m d'épaisseur, à industrie distingué deux niveaux, l'un et l'autre faits de
azilienne ; la seconde immédiatement sous- cendres noires friables et très homogènes et que
jacente, de 0,40 m d'épaisseur, à industrie magdal ne distinguaient que de minimes différences
énienne VI. L'une et l'autre contenaient des d'industrie. C'est dans le niveau supérieur, dont
restes humains. Dans la première, le Dr Jude l'outillage présentait certains traits archaïques,
trouvait (1937) un squelette complet d'homme et à faune froide avec Renne et Lemming, que,
adulte (Rochereil I) et un peu plus tard quelques le 30 avril 1939, était mis au jour un morceau
débris de deux autres sujets (Rochereil II) ; de voûte que le Dr Jude constata correspondre
dans la seconde (1939), le crâne d'enfant (Roche- à un crâne d'enfant reposant sur deux pierres.
Il recouvrait aussitôt le lieu et le protégeait so
igneusement en même temps qu'il prévenait D.
Peyrony, directeur de la circonscription préhis- (*) Institut de Paléontologie humaine, Paris.
485 torique. Ce n'est que le 10 mai, en présence de plètement ce qu'avait dit d'emblée le Dr Jude,
celui-ci et de diverses autres personnes dont les conclusions de la Commission étaient donc
MM. E. Peyrony, Kidder, Passemard et le Dr formelles : le crâne appartenait bien au Magdal
Cheynier, qu'il fut procédé à l'extraction du énien supérieur. La couche azilienne qui le
crâne et à l'examen minutieux de ses conditions surmontait et dont un important témoin avait été
stratigraphiques. Un procès-verbal fut alors conservé, ne présentait d'ailleurs aucune trace
dressé dont je reproduis, d'après le mémoire de remaniement. Il n'y avait aucun doute sur
du Dr Jude (1960, p. 42), les parties essentielles : l'antiquité de la pièce.
« la calotte crânienne est située à 0,60 m de Au procès-verbal précédent, je n'ajouterai que la paroi ouest, à l'aplomb de la voûte et à trois faits : 1" aucune autre pièce humaine ne environ 2,70 m de celle-ci. Elle est au-dessous se trouvait dans les niveaux paléolithiques ; du niveau azilien et en pleine couche magdalén c'est donc isolé et séparé du reste du squelette ienne. A cet endroit, et au-dessus d'elle, se que le crâne avait été déposé sur les deux reconnaissent trois zones très nettes : la supé pierres sur lesquelles il reposait ; 2° contrairerieure, d'environ 6 cm d'épaisseur, blanchâtre ment à ce qui a été constaté pour divers Magdalet très cendreuse, dont il persiste un lambeau ; éniens, il n'était pas recouvert d'ocre ; 3° malgré la médiane, brunâtre, d'épaisseur à peu près son dépôt dans un lit cendreux, il ne paraissait égale ; et l'inférieure, d'environ 7 cm, rougeâtre. pas avoir subi l'atteinte du feu, ou du moins Ces trois zones superposées et assez générale n'en portait-il pas de marques. ment horizontales offrent un aspect de continuité
sur tout le front de la fouille. Au-dessous s'étend Son extraction s'est révélée particulièrement
une ligne de foyer très noire et très charbonneuse, difficile car les os, déjà minces vu le jeune
sans discontinuité apparente, légèrement inclinée âge du sujet, ramollis en outre par l'humidité
vers l'Ouest, à gauche du crâne. La couche qui de la couche supérieure de la grotte, étaient
renferme le crâne a une épaisseur à cet endroit extrêmement friables. Une tentative faite pour
d'environ 0,55 m (0,24 m au-dessus et 0,23 m recouvrir le crâne de plâtre échoua, heureuse
au-dessous). Cette couche, ainsi que la ligne de ment car l'expérience m'a montré que, si ce
procédé est valable pour des os solides — qui foyers superposés, ont révélé une industrie nett
ement magdalénienne. Le crâne attribué à un n'en ont donc pas besoin — , il est désastreux
jeune enfant, paraît déjà fortement endommagé pour ceux trop fragiles que désagrège ensuite
dans la couche. Il s'en est détaché une partie l'ablation du plâtre. Il fallut finalement se
du maxillaire avec les dents. » Corroborant résoudre à creuser au-dessous de l'emplacement
DORDOGNE 4LA TOUR BLANCHE 0 2 4 6 8 10k 0 10 50 km.
\) гол ne
PERIGUEUX
Sarlat
■ Bergerac
/^RIBERAC PERIGUEUXN^S
Fig. 1. — Le gisement de Rochereil, situation géographique.
486 du crâne et y glisser une toile épaisse ; le bloc les Hommes du Paléolithique. Il donne à la
ainsi dégagé fut transporté à Toulouse où, après pièce trouvée par le Dr Jude une valeur except
tamisage soigneux, les nombreux morceaux en ionnelle.
lesquels s'était réduite la précieuse pièce et dont
les figures 4 et 5 donnent une idée, furent
recueillis un à un. Finalement, et non sans peine
et patience, le crâne put être entièrement recons Etat et (orme générale du crâne ; mensurations.
titué (fig. 2).
Ce ne devait du reste pas être le terme de ses La tète osseuse avait été, comme je viens
mésaventures. Lorsque, fixé alors à Paris, j'ai de le dire, extrêmement fragmentée. Le crâne
pu enfin, près de 10 ans plus tard, y transporter cérébral présente d'importantes lacunes, les plus
mes collections toulousaines, le crâne, malgré les grandes au niveau des pariétaux, mais d'autres
soins pris pour son emballage, s'effondra en partie aussi sur les écailles du frontal, des temporaux et
et une nouvelle reconstruction fut nécessaire. La de l'occipital. Du côté gauche, et comme le
pièce reste toujours extrêmement fragile. Elle est montre la figure 4, ces lacunes ont pu être
cependant en assez bon état pour permettre une comblées sans trop de difficultés, les os ayant
étude. Or celle-ci s'avère particulièrement intéres gardé leur forme et leurs courbures normales ;
sante, non tant du point de vue anthropologique et leurs raccordements, tant au niveau de la
pur, car un crâne de jeune enfant ne manifeste voûte que de la région occipitale, permettant
guère encore de caractères raciaux, que du point cette opération. Du côté droit malheureusement,
de vue purement préhistorique. Il est en effet il n'a pu en être de même : la partie inférieure
apparu, dès la première reconstitution, que la du pariétal a subi, durant son long séjour dans
région frontale présentait une large trépanation le sol, une forte extroversion qui la projette
intentionnelle destinée à l'ablation d'une rondelle en dehors. A sa place primitive existe aussi une
crânienne. Un tel fait est jusqu'ici unique pour large lacune agrandie encore par l'absence des
Fig. 2. — La tète osseuse Roehereil III, après la première reconstitution
vue de face et vue latérale gauchi; ; à peu près 1/2 G. N.
487 regions voisines du frontal et temporal. Au niveau lement entre 2 1/2 et 3 ans, coincées entre les
de la base, seuls subsistent le pourtour du trou deux dents voisines, présentent une réduction
occipital et les rochers. Le massif facial supé d'un type tout a fait exceptionnel et qui ne
rieur, enfin, est réduit à la portion inférieure semble même pas avoir été observé à un tel
des maxillaires et au malaire gauche. Grâce à degré sur des enfants actuels. La gauche arrive
la mandibule, restée entière et dont l'articulation tout juste au niveau du plan masticateur, la
avec les temporaux était possible, on a cependant droite reste nettement au-dessous de ce plan.
pu arriver à placer la mâchoire supérieure dans Les deuxièmes molaires, dont l'éruption est
une position approximative correcte. complète à trois ans, étaient en place mais leur
surface masticatrice comme celle des premières
On conçoit qu'avec toutes ces reconstructions molaires était encore absolument intacte alors
et les nombreuses lacunes qui y ont malgré tout que celle des incisives, dont la sortie est beau
subsisté, le crâne de Rochereil III ne se présente coup plus précoce, 1 1/2 à 2 ans, montrait déjà
pas dans des conditions très favorables pour des traces d'usure. En arrière des molaires de
une étude anthropologique. Un certain nombre lait inférieures enfin — en haut, la partie corre
de données peuvent toutefois y être recueillies, spondante du rebord alvéolaire faisait défaut — ,
Fig. .'i. — Le crâne Rochereil III, norma verticalis ; deuxième reconstitution ; dessin au diagraphe ; 2/8 G. N.
et tout d'abord celles concernant la détermination on voit les alvéoles des deux premières molaires
de son âge individuel, point qui, on le verra plus définitives avec le bourgeon des dents correspon
loin, présente un grand intérêt pour l'interpréta dantes ; or ceux-ci se forment normalement entre
tion de la forme générale de la tête. Elle peut être 2 1/2 et 3 ans. Tout, dans l'évolution dentaire de
faite sans difficultés grâce à la conservation de ce crâne, concorde ainsi pour indiquer que l'âge
presque toutes les dents de lait. En haut comme du sujet doit être estimé entre ces deux limites,
en bas, celles-ci étaient sorties mais les 2 ans et demi et 3 ans, et sans doute plus près
canines inférieures, dont l'éruption a lieu norma- de la seconde.
488 Contrastant absolument avec la détermination Le crâne de Rochereil est en conséquence extr
précédente est l'aspect général de la tête. Si le êmement brachycéphale avec un indice de 88,6.
massif facial supérieur a des dimensions en rap Son périmètre horizontal enfin, parallèlement
port avec l'âge dentaire, le crâne cérébral est à la largeur, s'est aussi accru : 478 mm, alors
beaucoup plus volumineux que celui d'un enfant que sur 5 crânes d'enfants de 3 à 4 ans, je
normal de 3 ans. Il présente un élargissement trouve 445 à 460 mm et, cela bien que l'opistho-
transversal qui commence au frontal, et atteint cranion étant ici très bas situé, ce périmètre ne
son maximum au niveau des bosses pariétales. passe pas sur les pariétaux mais sur les écailles
Bien visible sur la vue norma facialis (fig. 2 et 5) temporales, c'est-à-dire en une région où l'éla
où il paraît encore exagéré à droite par l'extro- rgissement se manifeste beaucoup moins.
version du pariétal signalée plus haut, cet éla On pourrait penser que les modifications prérgissement existe non moins net à gauche. Des cédentes résultent d'une déformation post moréléments de comparaison avec les crânes actuels tem. Mais cette supposition n'est pas valable de même âge dentaire font malheureusement car, alors, elles devraient être compensées par défaut dans la littérature, mais il suffira de dire une diminution proportionnelle des deux autres que, tandis que la largeur maximale vaut ici diamètres principaux de la voûte ; or ce n'est 148 mm, la même dimension, chez les enfants pas le cas ici. En fait, on se trouve là en prénormaux de 3 ans (série du Holstein, Martin, sence d'un état anormal dont la seule explication 1928), n'est que de 140 mm chez les garçons est qu'il s'agit d'hydrocéphalie. et 137 chez les filles. L'épaisseur du cuir chevelu
étant, les deux côtés réunis, d'au moins 5 mm On sait que cette maladie, qui atteint les
chez ces enfants, on voit que la différence réelle très jeunes enfants et se manifeste souvent dès
Fig. 4. — Le crâne Rochereil III, norma lateralis gauche ;
deuxième reconstitution ; dessin au diagraphe ; 2/;i G. N.
entre leur largeur crânienne et celle du sujet la naissance (hydrocéphalie primitive), consiste
de Rochereil devait être au minimum de 13 à en une hyperproduction, pouvant dans les cas
17 mm. En fait, le crâne de ce dernier correspond extrêmes atteindre plusieurs litres, du liquide qui
ait pour cette dimension à celui d'un enfant remplit les ventricules de l'encéphale. Il en
actuel de 7 à 8 ans. Sa longueur maximale, par résulte une dilatation, parfois localisée mais le
plus souvent généralisée, de toute la partie contre, 167 mm, est sensiblement identique à
celle des enfants actuels du même âge (respec supérieure du cerveau et, par contre-coup, de
tivement 170 et 165 mm pour la série utilisée ici). la voûte crânienne. La tête prend alors une forme
489 globuleuse au front bombé et habituellement trace de suture métopique, la ligne qu'on aperçoit
accompagnée de brachycéphalie, et qui fait au-dessous de lui (fig. 5) et qui va jusqu'à la
contraste avec la petite masse triangulaire de racine du nez étant légèrement à droite de la
ligne médiane et correspondant seulement à une la face, restée de dimensions normales. Or ces
caractères, y inclus la coïncidence d'une externe fracture post mortem. Le rebord même de l'ori
brachycéphalie avec l'accroissement du volume fice est aigu et remarquablement régulier (fig. 7),
crânien, sont justement ceux qui frappent sur la petite encoche qui l'entame à droite, comme la
la tête du jeune Magdalénien de Rochereil. Faut- très courte zone abimée qui fait face à celle-ci,
il ajouter que sa maladie a dû d'autant moins résultant visiblement, comme le montre leur
échapper à ceux qui l'entouraient que l'hydrocé aspect, d'une destruction relativement récente,
phalie, sauf si elle est très restreinte, s'accom sans doute au cours de l'extraction du crâne.
pagne de troubles psycho-physiologiques manif
estes : vertiges, convulsions, arriération mentale L'examen du rebord est très intéressant. Celui-
plus ou moins grande, essentiellement ? Non ci en effet, là où il est intact, n'est pas perpend
traitée, elle aboutit souvent à une mort précoce, iculaire à la surface osseuse. Il est taillé en
ce qui a très bien pu être le cas ici. biseau aux dépens de la table interne et ceci
rig. 5. — Le crâne Rochereil III, norma facialis ; deuxième
reconstitution ; dessin au diagraphe ; 2/3 G. N.
La trépanation crânienne. quel que soit le diamètre suivant lequel on le
considère (fig 8). Bien que l'épaisseur du frontal
soit faible, le biseau n'en est pas moins net parSituée, comme le montrent les figures 2 et 5, tout et entame l'os sur une largeur qui va de sur l'écaillé frontale, l'orifice qui lui correspond
2 à 4 mm. Etant donné sa direction, l'orifice est de dimension considérable et de forme pres endocrânien est donc moins grand que l'exocrâ- que circulaire : pris sur la face exocrânienne, nien ; la différence entre les deux diamètres son diamètre horizontal est de 45 mm, son dia correspondant à un même niveau est de 4 à mètre vertical de 41,5. Il occupe sensiblement 6 mm. Un dernier fait à noter est enfin que le la partie médiane du front, empiétant seulement biseau de section ne montre aucune trace de de 4 à 5 mm de plus sur le côté droit. Son extré cicatrisation : partout entre les deux tables, le mité supérieure est à 34 mm du bregma, son diploë apparaît absolument indemne. extrémité inférieure à 38 mm du nasion. En bas
et du côté endocrânien, l'orifice entame la partie De cet ensemble de constatations, un fait
supérieure de la crête frontale interne. Ni au- fondamental se dégage. Déjà indiqué par la
dessus, ni au-dessous de lui on n'aperçoit de grandeur et la forme régulière de l'orifice, il est
490 catégoriquement confirmé par la disposition si Prunières, dans ces opérations, avait, avec une
spéciale de son bord : il ne s'agit pas là d'une remarquable sagacité, distingué deux groupes :
lésion pathologique mais d'une opération volon les trépanations proprement dites, faites sur le
tairement pratiquée et qui rentre ainsi dans vivant avec un but semble-t-il curatif et dont
le groupe de ce que l'on appelle les trépanations beaucoup, n'ayant pas entraîné la mort, se recon
préhistoriques. Seulement, il est bien connu que naissaient à ce que leurs bords présentaient des
celles-ci ne sont pas toutes du même type et de traces de cicatrisation ; puis des trépanations
plus elles sont classiquement considérées comme posthumes, destinées à enlever des morceaux
propres aux Hommes de l'âge de la Pierre polie plus ou moins grands d'os auxquels il avait
ou des époques immédiatement postérieures. La donné le nom de « rondelles crâniennes » et
trépanation du Magdalénien de Rochereil soulève qu'il considérait comme des amulettes.
ainsi un double problème, celui de sa nature Il s'est longuement étendu sur ces rondelles exacte et celui de sa chronologie. Je les exami dont il avait recueilli près de 165 exemplaires nerai successivement. et dont la forme pouvait être très diverse, mais
le plus souvent circulaire, ce qvii justifiait le
nom qu'il leur avait attribué. Il en avait distingué
4 modes de fabrication dont le plus fréquent de
beaucoup et que l'on pouvait, spécifie-t-il (1882,
p. 647), considérer comme typique, est celui où
la pièce est limitée par un bord régulier, taillé en
biseau, sans échappée, et dirigé obliquement en
dedans, de sa face externe vers sa face interne.
L'ouverture que détermine son ablation est donc
tronconique, la partie la plus large du cône
correspondant à l'orifice exocrânien, la plus
étroite à l'endocrânien. Le biseau, ajoute Pru
nières, est plus ou moins large suivant son obli
quité et l'épaisseur de l'os. La section a été faite
avec un poinçon en silex et est d'une régularité
parfaite. Quand on a la chance de trouver un
crâne avec, à côté de lui, la rondelle qui en a été
détachée, on constate que celle-ci s'adapte parfai
tement à l'ouverture. Plusieurs des dessins de
Prunières (en particulier 1874, fig. 50 et 56)
montrent bien la disposition du biseau qui peut
atteindre dans certains cas des dimensions consi
dérables et s'observe même dans le cas où les
rondelles ont une forme irrégulière. Dans son
travail sur les trépanations préhistoriques, de
Baye (1876) donne également un certain nombre
de figures de crânes trépanés et de rondelles,
dont la plupart proviennent des grottes du Petit- Fig. 6. — Mandibule de Rochereil III ; G. N.
Morin. Ici aussi le biseau, plus ou moins grand
suivant le cas, est partout visible et, comme sur
les pièces de Prunières, taillé aux dépens de la 1" - Les trépanations pour rondelles crânien face externe de l'os. L'auteur déclare du reste nes. — C'est le Dr Prunières, de Marvéjols, qui, que les rondelles recueillies par lui sont identile premier, en 1867, examinant les crânes recueill ques à celles de Prunières. Il s'agit donc là d'une is par lui dans les grottes ou les dolmens de la particularité technique à peu près constante. Lozère considérés alors comme néolithiques —
mais qui en fait sont le plus souvent énéolithi- Si on compare maintenant la description pré
ques ou même du début de l'âge du Bronze — , cédente à ce que nous avons vu sur le crâne
signalait l'existence des trépanations préhisto de Rochereil, on constate immédiatement que la
riques. Appuyé par l'autorité de Broca, qui en trépanation de celui-ci correspond tout à fait tant
avait très vite compris tout l'intérêt chirurgical, par sa forme que par sa structure à celles desti
il les étudiait systématiquement et leur consac nées à la fabrication posthume des rondelles
rait plusieurs mémoires (essentiellement 1874 crâniennes néolithiques. Mais une différence
et 1882). De Baye peu après (1876) en signal essentielle se présente : l'inversion du sens du
ait chez les Néolithiques de la vallée du Petit- biseau. Celui-ci en effet ici est dirigé de telle sorte
que la grande ouverture est située sur la face Morin, dans le Bassin parisien. Puis, en France
et ailleurs, les découvertes se sont multipliées exocrânienne. C'est l'opposé de ce que l'on
et la question, discutée au début, de ce qu'il trouve sur toutes les pièces de Prunières et de de
Baye. La disposition de celles-ci s'expliquait par s'agissait bien là de ces trépanations inten
tionnelles ne fait, depuis longtemps, plus de le fait que leur fabricant, désirant tailler des
rondelles à bord aminci, et commençant par doute.
491 poussait son poinçon de dehors en riques intentionnelles, qu'elles soient curatives l'exocrâne,
dedans de façon à avoir toujours sous les yeux ou destinées à l'ablation de rondelles, ne débutent
qu'au Néolithique. Antérieurement, elles feraient le bord primitivement délimité de l'os et à ne
complètement défaut à moins qu'on admette pas l'entamer. Le fait que le biseau est inversé
à Rochereil donne à penser qu'ici le travail a comme telles les orifices pratiqués occasionnelle
ment dans des fragments crâniens du Mésolicommencé par la face endocrânienne, donc que
thique d'Afrique du Nord et qui ne sont bien le frontal avait, après la mort, été détaché du
crâne pour être opéré par dedans. Une telle façon évidemment que des trous de suspension. J'en
d'agir ne présentait pas de difficulté chez un ai donné récemment une synthèse (Vallois, 1971).
enfant de 3 ans où les os de la voûte ne sont pas Encore faut-il noter qu'ils correspondent à la
encore engrenés et ne sont séparés que par des seconde partie de ce Mésolithique, le Capsien,
sutures membraneuses très aisées à détruire. La dont la fin, chronologiquement, est contempor
aine du premier Néolithique français. En Europe conclusion de cet exposé sera donc simple : l'ori
fice pratiqué dans le frontal de Rochereil entre cependant, et antérieurement au Néolithique,
deux cas d'orifice volontairement pratiqué dans sans conteste la catégorie des trépanations
le crâne ont été signalés, l'un qui date du Magda- posthumes destinées à la fabrication de rondelles,
Bregma
î
a I Suture
fronto- fc
pariétale
droite
ш Шш
Я щ шШ
ШШ Щ
Ш щ Suture ж
fronto - ' j^ Suture gauche fronto malaire -
malaire
аг I droite
i
Nasion
Fig". 7. — L'orifice de trépanation : aa', ligne verticale médio- frontale ; bb', ligne oblique menée de la suture coronale à la suture fronto-malaire ; c, ligne oblique perpendiculaire à la précédente ; dessin au diagraphe ; G. N.
mais le mode de section utilisé ici est d'un type lénien, l'autre du Mésolithique. Etant donné le
tout à fait exceptionnel. peu d'échos qu'ils ont soulevés en même temps
que l'intérêt qui s'attache à leur comparaison
avec l'enfant de Rochereil, j'y insisterai quelque 2° - Trépanations et chronologie. — Un
peu. second problème est posé par l'époque magdalé
nienne de la trépanation de Rochereil. Classique Décrit il y a déjà 50 ans par Lagotala (1920),
ment, il est admis que les trépanations préhisto- dans vine courte note, le premier concerne un
492 morceau de pariétal d'enfant recueilli avec divers l'os et suivant la technique employée à la même
ossements d'animaux dans la station magdalé époque pour percer les dents destinées à orner
nienne du Veyrier, Haute-Savoie. Près d'un de des colliers : l'utilisation d'un silex pointu auquel
ses angles, l'os était perforé d'un trou régulièr on imprime un mouvement de rotation. Fait
ement circulaire et de section tronconique, son après la mort, et sans doute sur un fragment d'os
orifice externe ayant 6 mm de diamètre, l'interne, déjà isolé, un tel orifice n'a rien de comparable
4 mm. Visiblement, il s'agissait là d'un trou de aux trépanations chirurgicales, et encore moins
suspension foré à partir de la table externe de à celles destinées à découper des rondelles crâ-
a
Crête frontale
3'
Coupe 3
Coupe Ь
Coupe С
Fig. figure 8. — précédente Coupes menées ; dessin suivant au diagraphe les lignes ; G.N. aa', bb' et с de la
493

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