Le dépôt de bronzes de Maintenon (Eure-et-Loir) et les haches à douille à décor de nervures verticales de types britanniques - article ; n°4 ; vol.76, pg 119-128

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1979 - Volume 76 - Numéro 4 - Pages 119-128
10 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1979
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Christiane Eluère
Le dépôt de bronzes de Maintenon (Eure-et-Loir) et les haches
à douille à décor de nervures verticales de types britanniques
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1979, tome 76, N. 4. pp. 119-128.
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Eluère Christiane. Le dépôt de bronzes de Maintenon (Eure-et-Loir) et les haches à douille à décor de nervures verticales de
types britanniques. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1979, tome 76, N. 4. pp. 119-128.
doi : 10.3406/bspf.1979.5193
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1979_num_76_4_5193:
Bulletin
de 1» SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1979/TOME 76/4
Le dépôt de bronzes
de Mamtenon (Eure-et-Loir)
et les nacnes à douille à décor
de nervures verticales de types britanniques
par Christiane Eluère
II s'agit d'un ensemble de huit bronzes découverts n° — Hache à douille subquadrangulaire (fig. 1,
au lieu-dit Le Parc, sur la commune de Maintenon, 3) ; hauteur : 106 mm ; largeur du tranchant :
en 1975. Lors de travaux d'aménagement d'un 48 mm ; ouverture de douille : 43 mm X 41 mm ;
profondeur de douille : 80 mm. Hache massive, au jardin face à une maison nouvellement construite,
un particulier les découvrit dans les déblais de fon tranchant épais. Bavures de coulée mal ébarbées.
dation. Ce détail laisse supposer qu'il ne pourrait Patine verte avec encroûtement vers le tranchant.
L'ouverture de la douille est bien marquée d'un relief s'agir que d'une partie d'un dépôt plus volumineux ;
malheureusement, il n'est pour le moment plus pos anguleux ; en dessous, moulure circulaire à hauteur
sible de le vérifier, mais les pièces recueillies sont de l'anneau latéral assez petit.
assez caractéristiques et il semble intéressant de — Fragment de hache à douille subquadrangulsignaler ce nouveau dépôt du type dit « en langue aire (partie proximale) (fig. 1, n° 4) ; hauteur : de carpe ». 73 mm ; ouverture de douille : 37 mm X 35 mm.
Bavures de coulée non ébarbées. Patine verte en
croûtée. Moulure circulaire sous le bourrelet d'ou
verture de douille à hauteur de l'anneau latéral assez
petit. Décor sur chacune des faces d'ailerons accolés /. — DESCRIPTION DU MATERIEL
simulés par deux arceaux en relief parallèles.
— Hache à douille subquadrangulaire, cassée sur
n° 5) ; une face à la partie proximale (fig. 1, — Hache à douille subquadrangulaire (fig. 1
n° hauteur : 96 mm ; largeur du tranchant : 46 mm ; hauteur : 120 mm ; largeur du tranchant 1) ;
ouverture de douille : 40 mm X 35 mm ; profon38 mm ; ouverture de douille : 38 mm X 36 mm
deur de douille : 65 mm. Patine foncée, surface profondeur de douille : 72 mm. Patine foncée
lisse sans bavure de coulée visible. Sous le bourrelet bavures de coulée martelées surtout vers le tran
d'ouverture de douille, petite moulure circulaire à chant. Aucun décor à l'exception d'une légère moul
hauteur de l'anneau latéral. Sur une face de la ure circulaire en dessous du bourrelet d'ouverture
hache, à la partie proximale, décor de trois globules de la douille.
en faible relief, de 4 mm de diamètre, placés en
— Hache à douille ronde ou subcirculaire (fig. 1. triangle. Le martelage du tranchant est visible aux n" hauteur : 102 mm ; largeur du tranchant 2) ; extrémités distales des côtés.
52 mm ; ouverture de douille : 39 mm X 39 mm ;
— Hache à douille subcirculaire (fig. 1, n° profondeur de douille : 78 mm. Patine vert bleuâtre 6) ;
luisante, surface bien lisse. Bavures de coulée ébar- hauteur : 93 mm ; largeur du tranchant : 51 mm ;
bées. La section devient quadrangulaire juste au- ouverture de douille : 44 mm X 39 mm ; profon
dessus du tranchant, probablement à la suite du deur de douille : 74 mm. Patine bleu vert, surface
martelage de cette partie, marqué aussi par un petit lisse, bavures de coulée ébarbées mais encore
visibles. Sur chaque face, décor sous l'ouverture creux à l'extrémité distale des côtés. Moulure circu
laire sous le bourrelet d'ouverture de la douille. évasée de trois nervures verticales de 35 mm de
Assez gros anneau latéral. long environ, en relief assez faible ; une extrémité 120
tranchant : 43 mm ; épaisseur des ailerons : 39 mm. des faces de la hache (celle opposée à l'endroit de
l'anneau) est légèrement anguleuse de telle sorte Patine foncée ; un aileron est brisé à son extrémité.
qu'on hésite à la qualifier de quatrième nervure ver Bord proximal ébréché.
ticale. Tranchant très arqué, dont le martelage est
accusé sur l'extrémité distale des côtés. n° — 2) Fragment ; hauteur proximal : 60 mm de pointe ; largeur de lance maximale (fig. 2, :
— Hache à ailerons subterminaux et anneau laté 34 mm ; épaisseur maximale : 13 mm. Patine foncée,
n° 1) ; hauteur : 135 mm ; largeur du ral (fig. 2, encroûtée.
Fig. 1 - Haches à douille du dépôt de Maintenon (Eure-et-Loir). 121
ture de douille se signalent dans de nombreux dépôts,
//. — ETUDE DU DEPOT DE MAINTENON par exemple à Graville-Sainte-Honorine, à Marlers,
etc.. Ce type est déjà représenté en Eure-et-Loir à
La Ferté-Villeneuil (Nouel, 1967, pi. III).
L'ensemble présenté se retrouve fréquemment La hache, fig. I, n° 3, quoique un peu plus dans la composition classique des dépôts de bronzes trapue, en est proche. De ce type on peut citer en de la fin de l'Age du Bronze : les haches à douille, Eure-et-Loir les exemplaires de Cloyes et de Lutz- les haches à ailerons subterminaux et les pointes de en-Dunois (Nouel, 1967, pi. III). lance sont en effet des objets typiques des dépôts
La hache, fig. I, n° 2, a une section médiane bien du complexe en langue de carpe français et se
ronde jusqu'à hauteur du tranchant qui est très retrouvent associés à maintes reprises, par exemple
arqué, ce qui la différencie des deux précédentes. à Amiens-Plainseau, Civry-la-Forêt (Mohen, 1977,
Elle serait assez comparable à la hache de la p. 156), Choussy (Breuil et Bouillerot, 1912), parmi
cachette de Choisy-le-Roi (Mohen, 1977, p. 166). une quantité d'autres outils, parures, etc..
Le fragment de hache, fig. I, n° 4, est typique. Si la hache à ailerons subterminaux est un des Il appartient à une hache à douille subquadran- objets « les plus caractéristiques en France du
gulaire de forme longiligne du type Plainseau, complexe de l'épée en langue de carpe » (Briard
décorée sur ses faces de deux ailerons simulés par et Verron, 1976, fiche 631), et ne pose donc pas de une double nervure en relief. Ce décor d'ailerons problème particulier ici, de même que le fragment
simulés de cette façon se retrouve abondamment de lance, le dépôt de Maintenon peut par contre
dans des dépôts français, surtout lorsqu'il s'agit de servir à l'étude de certains types de haches à douille
nervures simples : au Plainseau, à Lyzel (Mohen, atlantiques.
1972, fig. 8), à Au vers, Graville-Sainte-Honorine, n° 1, est proche par exemple La hache, fig. 1, Le Folgoët, Lutz-en-Dunois, etc.. Les ailerons
d'exemplaires de la cachette de Thiais (Val-de- simulés à nervures doubles se trouvent moins sou
Marne) (Mohen, 1977, p. 164) qui contenait aussi vent, par exemple dans le dépôt de Déville-les-
le moule en bronze pour fabriquer ces haches ; cette Rouen (Coutil, 1900), le dépôt de Vénat (Georges
forme élancée et un assez haut bourrelet d'ouver- et Chauvet, 1895, pi. III, n° 13).
La hache, fig. I, n° 5, est proche dans sa forme
de la hache n° 3 ; son originalité réside dans le
décor de trois globules très effacés sans doute en
raison de sa fabrication par surmoulage. Le thème
décoratif du globule se retrouve assez souvent sur
les haches à douille ronde et celles du type du
Plainseau, entre les ailerons simulés qui sont à la
base de leur décor le plus courant. Des globules
seuls ornent aussi parfois ces haches : décor d'un
globule (Lutz-en-Dunois, Graville-Sainte-Honorine,
Thiais — avec le moule correspondant dans ce der
nier dépôt) (Mohen, 1977, p. 164) ; décor de deux
globules : dépôt de Vaux-sur-Auré (avec une hache
à douille à nervures verticales), moule en bronze
d'Azay-le-Rideau (Cordier, Millotte, Riquet, 1959) ;
décor de trois globules : il se trouve sur un exemp
laire britannique de Chrishall (Essex) (Evans, 1881,
p. 117).
La hache, fig. I, n° 6, est proche de la forme des
haches nos 2 et 5, quoique avec un tranchant plus
fortement arqué. Sous l'ouverture de la douille, une
légère moulure circulaire de laquelle partent les ner
vures verticales également en très faible relief, sur
tout sur une face. Cette hache est comparable à
quelques exemplaires français, dont à un tout proche
géographiquement à Lutz-en-Dunois, mais elle l'est
surtout à de nombreux exemplaires britanniques.
Ces comparaisons seront évoquées au paragraphe III.
En ce qui concerne le dépôt de Maintenon, on Fig. 2 - Hache à ailerons subtenninaux et fragment de pointe de
peut déjà dire, étant donné les trouvailles faites dans lance du dépôt de Maintenon (Eure-et-Loir). 122
en Grande-Bretagne et elles y sont caractéristiques
de dépôts de la fin du Bronze final. Plusieurs auteurs
ont étudié ces objets : Evans (1881), Henderson
(1937), Fox (1939), Hodges (1956), puis encore
Butler (1963), Burgess (1968), et en France Briard
et Verron (1976).
Parmi ces haches décorées de nervures, largement
réparties outre-Manche, se distinguent plus part
iculièrement certaines variétés locales mieux connues,
telles les haches du type de Galles du Sud et les
haches du type du Yorkshire. Cependant, d'une façon
générale, on peut dire qu'il existe deux grands
groupes de ces haches : dans le Sud-Ouest de la
Grande-Bretagne, des haches trapues à section sub-
quadrangulaire, dont les nervures verticales longues
naissent à la base du bourrelet d'ouverture de la
douille ; ces haches s'apparentent au type de Galles
du Sud qui, sensu stricto, comporte l'anneau latéral
placé à partir du sommet aplati de la douille, et le
tranchant est souvent rectiligne ; l'autre groupe est
celui des haches à douille de section subcirculaire,
dont les nervures verticales naissent en dessous d'une
moulure circulaire intermédiaire plus ou moins mar
quée ; l'une des variantes les plus caractérisées en
est le type du Yorkshire (ce type précis a des ner
vures courtes et très écartées l'une de l'autre, pres
que divergentes, et forment parfois des arceaux) ;
ces haches à moulure intermédiaire du groupe de
l'Est de l'Angleterre ont leur anneau latéral nais
Fig. 3 - Haches à douille du dépôt de Maintenon (Eure-et-Loir). sant à hauteur de cette moulure, leur tranchant est
arqué et retroussé en cornes aux extrémités latérales.
Dans les études sur le Bronze final britannique, la région d'Eure-et-Loir de diverses haches à douille ces deux groupes de haches sont parfois confrontés de type atlantique (Cloyes, Thiville, La Ferté- ou étudiés ensemble Leur répartition est en gros Villeneuil, Roinville...) (Nouel, 1967, et Anonyme, complémentaire. Les deux modèles étant représentés 1976) que cette nouvelle découverte s'intègre bien en France par quelques exemplaires répartis surtout dans les séries locales connues. Ce dépôt de Main- à l'Ouest et au Nord-Ouest du pays, il paraît intétenon est notamment très proche de celui de Lutz- ressant de voir quel genre de relations avec les Iles en-Dunois qui a livré toute une variété de haches Britanniques ils permettent d'évoquer. à douille, une quarantaine au total, dont une
Les haches de type gallois et ses variantes sont douzaine décorées (y étaient associés un outil à
cantonnées au Sud-Ouest de la Grande-Bretagne, douille, bifide, cassé, des fragments de lame d'épée
au Pays de Galles et à la Cornouaille. Elles ne se en langue de carpe). Parmi ces haches, des décors
trouvent pratiquement que dans des dépôts « docomme les nervures verticales, le globule et les ail
mestiques », constitués de haches seules, et parfois erons nervures, sont autant de points communs avec
de haches et d'outils. Dans un seul cas, ces haches Maintenon. Il est d'ailleurs vraisemblable que ce
ou outils sont accompagnés d'armes, dans le gros dépôt, à l'état entier, était aussi composé d'une
dépôt de Storgusey (Somerset) qui permet donc des majorité de haches à douille.
corrélations chronologiques. Les haches du groupe
du Sud-Ouest britannique ne présentent aucune
relation avec le complexe en langue de carpe du
///. — LES HACHES A DOUILLE A NER Sud-Est de l'Angleterre dans les dépôts duquel elles
VURES VERTICALES DE TYPES BRITAN n'apparaissent pas. Des haches à douille de ce type
NIQUES EN FRANCE à nervures verticales naissant directement sous le
bourrelet d'ouverture de la douille sont signalées
en France : le type gallois « pur » est représenté
Des haches à douille à décor de nervures verti par les exemplaires des dépôts de Notre-Dame-d'Or
et de Gouesnach (fig. 4. nos 1-2), tous deux de type cales (le plus souvent au nombre de trois) sont
nombreuses dans les Iles Britanniques, notamment en langue de carpe incontestable. D'autres haches 123
de type du Sud-Ouest britannique, mais de la
variante avec l'anneau en position plus basse, dont
des exemplaires sont aussi largement connus au Pays
de Galles (St-Arvans, Monmouthshire ; St-Fagans,
Glamorganshire) (Grimes, 1951, fig. 66-67) sont
signalés en France à Avranches, Bassin des Sub
sistances à Cherbourg, Le Folgoët, Boissy-aux-
Cailles, Le Plainseau, St-Quay-Portrieux. Ce dernier
site a livré une autre hache, proche de celle du dépôt
de Challans, à nervures verticales, et que les auteurs
britanniques attribuent au même type : il s'agit d'une
variante à ouverture de douille très haute, en entonn
oir, que l'on retrouve un peu sur un exemplaire
gallois du dépôt de Llanwit Major (Glamorgan)
(Grimes, 1951, fig. 69), un autre de St-Arvans
(Monmouthshire). Autre exemple de variante du
Pays de Galles : la hache à anneau placé assez bas
et à tranchant très arrondi mais non évasé, comme
n° 3) ; elle se celle du dépôt du Folgoët (fig. 4,
retrouve par exemple à Upper Cwmyoy, Monmouths
hire (Grimes, 1951, fig. 61). Des haches de ce
groupe du Sud-Ouest britannique ont parfois plus
de trois nervures : dans le Pays de Galles, le dépôt
de St-Arvans a des haches à quatre nervures, le
dépôt de St-Fagans comporte une hache à cinq ner
vures, tout comme l'exemplaire du dépôt de Vénat.
En France, les haches à douille subcirculaire
décorées de nervures verticales partant d'une moulure
intermédiaire, ou du type de l'Est de l'Angleterre,
comme celle du dépôt de Maintenon, ne sont pas
proches du type du Yorkshire pur, car elles ne sont
pas si trapues et la position caractéristique des ner
vures ne se reconnaît pas. Par contre, elles re
ssemblent de près à une grande quantité de haches
britanniques issues du même groupe et les compar
aisons sont nombreuses : par exemple, le dépôt de
Bagmoor à Burton upon Stather (Lincolnshire)
(Smith, 1957, fiche 23) présente ce type associé au
type du Yorkshire, dans un dépôt domestique com
posé uniquement de haches ; dans le Cambridges
hire, le dépôt de Reach Fen (Smith, 1956, fiche 17)
en contient également avec d'autres haches à douille
associées à des objets du complexe en langue de
carpe ; on les signale aussi dans des dépôts de la
région de Nottingham, de Leicester et de l'Essex
(Smith, 1956 et 1958) à Heathery Burn Cave, Co
Durham, dans un des rares dépôts du type en langue
de carpe de cette région. Dans le Sud-Est de l'Anglet
erre, ces haches se trouvent assez peu en contexte
avec des dépôts du type à langue de carpe, mais
l'association se produit parfois, comme à Bexley Fig. 4 - Exemples de haches à douille décorées de nervures verti
cales : Heath, Kent (Schauer, 1972, fig. 4, 5). Au Pays de type du Sud-Ouest de la Grande-Bretagne : 1, Notre-Dame-d'Or Galles, de telles haches se trouvent parfois dans des (Vienne) ; 2, Gouesnach (Finistère) ; 3, Le Folgoët (Finistère) ;
dépôts de haches galloises ou du groupe du Sud- 4, Bassin des Subsistances, Cherbourg (Manche) ; 5, Amiens-
Plainseau (Somme) ; Ouest : Llanegryn. Merio ; St-Arvans (Grimes, 1951, type de l'Est de l'Angleterre : 6, Saint-Pabu (Finistère) ; 7, Juvin- fig. 67, n" 6, fig. 68. n" 9), Burton-upon-Water court-et-Damary (Aisne).
(1, d'après Millolte et Riquet, 1959, fig. 1 ; 2, 3, 6, d'après Briard (Gloucestershire) (Dunning, 1932, fig. 3) (où d'ailleurs et Verron, 1976, fiche 732 ; 5, d'après Verron, 1976, fig. 4, n« 6 ; des exemplaires sont fort proches de celui de St- 4, d'après Gaucher et Mohen, 1974, ill. 42 ; 7, d'après Jockenhiivel n° 6). ou encore en trouvailles isolées : et Smolla, 1975, fig. 2, n<> 11.) Pabu, fig. 4, 124
verticales du type du Sud-Ouest britannique et on Christchurch (Grimes, 1951, fig. 61), Andoversford
peut supposer qu'elles sont parvenues par le canal (Gloucestershire) (Allen, Britton, Goghlan, 1970,
pp. 193-194). de Bristol ou la Cornouaille vers la presqu'île du
Cotentin et les côtes bretonnes, voire le littoral Ce type, répandu surtout dans l'Est de l'Anglet
atlantique. La carte de répartition (fig. 5) montre en erre, se trouve en France exclusivement dans des
effet que le groupe du Nord et du Bassin Parisien dépôts du type en langue de carpe, certains bien
ne comporte que fort peu d'exemplaires de ce type. connus et importants, comme ceux de Graville-Ste-
On peut imaginer que les bronziers insulaires ou les Honorine, Juvincourt-Damary, St-Pabu, Amiens-
bronziers continentaux qui ont rapporté ces haches St-Roch, Marlers. Quelques-uns de ces dépôts conte
du Sud-Ouest de la Grande-Bretagne dans l'aire naient en outre une majorité de haches à douille de
métallurgique en langue de carpe de France atlantypes divers, comme Lutz-en-Dunois, Graville-Ste-
tique, les aient ensuite redistribuées au hasard Honorine.
d'échanges ou de transports. D'autres objets gallois,
comme la faucille à douille de Paris (Mohen, 1977,
p. 159) proche de celles de Cardiff et Llyn Fawhr CONCLUSION (Fox, 1936) sont signalés dans ces régions quoique
en petit nombre. Il y aurait eu là deux genres de
relations : 1°) l'importation organisée d'un type Un fait apparaît d'abord nettement de ces info d'objets provenant d'une aire métallurgique étran
rmations : ces haches, de l'un ou l'autre groupe gère ; 2°) la redistribution secondaire et aléatoire
britannique, ne se trouvent en France pratiquement de ce type à l'intérieur d'une même aire métallur
que dans des dépôts du complexe en langue de gique, celle du complexe en langue de carpe en
carpe, alors que dans les Iles Britanniques, cette France.
association serait relativement rare, et ne concer
Le phénomène est peut-être un peu différent pour nerait que le type de l'Est. Une observation plus
les haches à nervures à moulure intermédiaire. Elles précise de la répartition de ces haches d'outre-
ont été produites, d'une part, par des moules bivalves Manche fait ressortir le fait que celle-ci ne corre
en bronze, tel celui trouvé dans le Yorkshire, à spond absolument pas à celle du complexe en langue
Roseberry Topping (Hodges, 1960, fig. VIII), mais de carpe en Grande-Bretagne (Burgess, 1968, fig. 14)
d'autre part, il est possible, comme le remarquait qui ne comprend, à part quelques rares points isolés
déjà Evans, que pour des haches de ce type, dont dans le reste du pays que deux fortes concentrations,
le décor n'apparaît plus bien souvent qu'en très faible d'une part autour de l'embouchure de la Tamise et
relief (c'est le cas à Maintenon) des moules en terre jusqu'à la hauteur de Londres, d'autre part sur une
aient pu servir à les reproduire par surmoulages portion de la côte Sud-Est de l'Angleterre, à peu
successifs. Le mode de répartition de ces haches près entre Portsmouth et Eastbourne.
sur le continent paraît moins ponctuel. Elles ont pu Il semble, notamment, pour les haches du groupe venir, et c'est vraisemblablement souvent le cas, du Sud-Ouest de la Grande-Bretagne, que leur fabri avec des relations entretenues à l'intérieur du cation soit restée totalement autonome, issue d'un complexe en langue de carpe, comme par exemple groupe métallurgique bien individualisé. On se les épées d'Ewart Park, puisqu'elles sont présentes demande alors pourquoi des contacts ont pu s'établir déjà dans quelques dépôts anglais de ce type ; en ce avec le groupe en langue de carpe français, car des cas on peut dire qu'elles ont moins le caractère relations assez directes ont dû exister. Les moules « étranger » des haches galloises et on peut considérer bivalves en pierre trouvés notamment à Helsburry qu'elles auraient été introduites chez nous déjà ass(Cornouailles) (Hodges, 1960, pi. II) donneraient imilées au groupe métallurgique en langue de carpe une indication sur le lieu de fabrication de ces objets anglais, qui alors nous les aurait redistribuées. Les que l'on trouve aussi dans les îles anglo-normandes. haches de ce type de l'Est de l'Angleterre sont en On peut se demander si l'usage de moules en pierre France réparties en proportion égale, tant dans le ne traduirait pas l'originalité d'un tel groupe métal Nord-Bassin Parisien que dans les régions bretonnes. lurgique peut-être déjà influencé par ailleurs par C'est peut-être là le signe d'une intégration déjà l'Irlande ? Il faut noter à ce propos que plusieurs établie avant leur arrivée en France, dans un groupe moules bivalves en bronze pour haches à section métallurgique qui n'est pas celui d'origine. D'autre polygonale considérées souvent comme originaires part, il est évident que les groupes métallurgiques d'Irlande ont été trouvés aussi tout près de là, dans le de l'Est de l'Angleterre aient été plus facilement Somerset et dans le Wiltshire (Hodges, 1960, ouverts vers le Sud du Pays et vers le continent tout pi. VIII) et de telles haches se rencontrent aussi proche (France, Belgique, Pays-Bas ; cf. Desiterre, dans les dépôts du Folgoët, d'Auvers, de Gouesnach. 1976). Il est vrai que c'est sur les côtes de la Manche et
dans le Nord de l'Atlantique que l'on trouve en Quelques haches (non cartographiées), éloignées
France le plus grand nombre de haches à nervures géographiquement de la zone du Channel, ont par- 5 - Carte de répartition des haches à douille à décor de nervures verticales, en France et dans les Iles Britanniques. Fig.
Etoile : haches à douille à nervures verticales naissant sous l'ouverture de la douille (type gallois et variantes).
Barre : à à sous une moulure intermédiaire du Yorkshire et variantes). Carré : moules.
Amiens-Plainseau (Somme) (Gaucher et Mohen, 1974) ; Boissy-aux-Cailles (Seine-et-Marne) (Noue), 1957) ; Bassin des Subsistances, Cherbourg
(Manche) (Verron, 1976) ; Avranches (Manche) (Coutil, 1910) ; Au vers (Manche) (Jacob-Friesen, 1968) ; Notre-Dame-de-Livoye (Manche)
(Coutil, 1910) ? non cartographie ; Jersey (Burgess, 1968) ; Saint-Quay-Portrieux (Côtes-du-Nord) (Briard, Onnée, Veillard, 1970) ; Le Folgoët
(Finistère) (Briard, 1965) ; Gouesmach (Finistère) (Briard, 1965) ; Mellac (Finistère) (Briard, 1965) ; Locmariaquer (Morbihan) (Briard,
1965) ; Saint-Père-en-Retz (Loire-Atlantique) (Briard, 1965) ; Challans (Vendée) (Eygun, 1957) ; Notre-Dame-d'Or (Vienne) (Millotte et Riquet,
1959) ; Vénat (Charente) (Georges et Chauvet, 1895) (étoiles).
Amiens-Saint-Roch (Somme) (Breuil, 1903) ; Marlers (Somme) (Gaucher et Mohen, 1974) ; Compiègne (Plessier, 1912) ; Juvincourt-et-Damary
(Aisne) (Jockenhovel et Smolla, 1975) ; Maintenon (Eure-et-Loir) ; Lutz-en-Dunois (Eure-et-Loir) (Nouel, 1967) ; Vaux-sur-Auré (Calvados) (Coutil,
1907) ; Cherbourg (Manche) (Coutil, 1910) ; Graville-Sainte-Honorine (Manche) (Dubus, 1912) ; Saint-Pabu (Finistère) (Briard, 1965) ; Belz
(Morbihan) (Briard, 1965) (barres) (plus indication de quelques trouvailles belges).
Répartition dans les Iles Britanniques, d'après Fox, 1939 ; Hodges, 1956 ; Burgess et Miket, 1976. 126
Coutil L. (1907) — Inventaire des découvertes de l'Age fois été apparentées à ces types britanniques : par
du Bronze dans le département du Calvados, A.F.A.S., exemple, dans l'Aude (Guilaine, 1972, fig. 105, n° 5) Reims, 29 p. ill. ou dans le dépôt de Hangen-Weisheim (Jockenhovel,
Coutil L. (1910) — L'Age du Bronze dans le départe1972, fig. 3, n° 11) en Allemagne du Sud ; elles pour
ment de la Manche, A.F.A.S., Toulouse, 36 p. ill. raient constituer un épiphénomène de ces redistribu
tions de types ou d'exemplaires. Par contre certaines Desiterre M. (1976) — Autochtones et immigrants en
Belgique et dans le Sud des Pays-Bas au Bronze Final, Dishaches d'Allemagne du Nord à nervures verticales
sertât iones Archaeologicae, XVI, pp. 77-94, 6 fig. semblent appartenir à une autre production originale
Dubus A. (1912) — Epoque du Bronze, carte et tableau (Sprockhoff, 1941, p. 122).
analytique de la répartition du bronze en Seine-Inférieure, Le problème des objets « importés » est délicat. Bulletin de la Société de Géologie de Normandie, t. XXXI.
Il ne faut pas oublier non plus que certains objets
Dunning G. С (1912) — Bronze Age settlements and a considérés « d'origine britannique » dans les dépôts Saxon Hut near Bourton on the Water, Gloucestershire, français sont souvent d'origines différentes ou éloignées The Antiquaries Journal, XII, pp. 279-293, 7 fig.
(hache à douille du Pays de Galles et faucille à
Evans J. (1881) — Bronze Age implements of Great douille de la région de la Tamise, trouvées ensemble Britain. dans le dépôt du Plainseau), et les relations directes
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ANNEXE
Analyse des bronzes Je Mamtenon
par J. Bourhis
Sn Pb As Sb Ni Bi Fe Zn Mn Haches à douille Cu Ag
— ^ 5 — ~ 11 0,15 0,08 0,015 0,02 0,003 tr tr № 4 (84)
~ 5 — ~ 11 0,08 0,08 0,02 0,05 0,002 0,01 0,005 № 5 (84)
— — — 10,7 6,8 0,20 0,20 0,06 0,025 0,006 № 2 81,6
~ 7 — — — ~ 13 0,10 0,15 0,07 0,03 0,002 № 6 (80)
~ 10 — — — ~ 13 0,01 0,05 0,03 0,10 tr № 1 (77)
~ 7 — — ~ 10 0,005 0,05 0,005 0,005 0,001 tr № 3 (83)
Hache à ailerons — — — 0,70 № 7 78,4 11,3 9,2 0,25 0,15 0,01 0,006
Pointe de lance — — № 8 10 5 0,04 0,10 0,06 0,0 1 5 0,0003 0,001 (85)
— Les teneurs en impuretés ont été déterminées témoins. (Prélèvements insuffisants). (Dosage semi-
par spectrographie d'arc. quantitatif, les teneurs sont données à 1 ou 2 %
près). Les prélèvements 4, 5, 6, 1 et 3 ont été réunis — Pour les échantillons 2 et 7, les teneurs en
permettant d'avoir une quantité de métal suffisante cuivre et en plomb ont été déterminées par electrol
yse, les teneurs en étain par gravimétrie. pour faire une electrolyse. On a obtenu les résultats
suivants Cuivre 75,7 %, Etain 12,5 %, Plomb — Pour les autres échantillons les teneurs en
6,7 %, la teneur en cuivre est déficitaire, la prise étain et plomb ont été déterminées par spectro
d'essai contenant des produits de corrosion. — ( ) : graphie d'arc par comparaison avec des échantillons

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