Le dolmen à couloir dit « la Ciste des Cous » à Bazoges-en-Pareds (Vendée) - article ; n°11 ; vol.75, pg 579-596

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1978 - Volume 75 - Numéro 11 - Pages 579-596
Résumé. — Situé sur le territoire de la commune de Bazoges-en-Pareds (Vendée), le dolmen à chambre circulaire et couloir des Cous fut fouillé en 1913 par M. Baudouin et L. Rousseau. Au milieu d'un nombre important de tas d'ossements représentant les restes de quelques 150 individus, furent découverts des vestiges archéologiques dont de nombreuses dents perforées et des céramiques qui permirent à C. Burnez de définir un groupe néolithique moyen dit des Cous, caractérisé par des vases carénés non décorés. Lors de nos fouilles de 1974 et 1975, nous avons mis en évidence une chambre dallée de 4,50 m de diamètre et parementée de dalles dressées le long d'un mur monté en pierres sèches qui soutenait une voûte en encorbellement. On accédait à cette chambre par un couloir long de 5 m à travers un cairn à double parement concentrique ; à l'Ouest, un troisième parement sur quelques mètres servait de contrefort à l'ensemble. Les vestiges recueillis au cours de cette nouvelle investigation furent essentiellement découverts en avant du mur de parement extérieur près de l'entrée. Ils consistent principalement en poteries, au nombre d'une quinzaine, caractérisées par un vase globulaire à col concave et des boutons de préhensions sur des bols. Cet ensemble se rapproche du « Chasséen septentrional » mais semble régionalement différent du « Chasséen à vase support ».
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1978
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Roger Joussaume
Le dolmen à couloir dit « la Ciste des Cous » à Bazoges-en-
Pareds (Vendée)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1978, tome 75, N. 11-12. pp. 579-596.
Résumé
Résumé. — Situé sur le territoire de la commune de Bazoges-en-Pareds (Vendée), le dolmen à chambre circulaire et couloir des
Cous fut fouillé en 1913 par M. Baudouin et L. Rousseau. Au milieu d'un nombre important de tas d'ossements représentant les
restes de quelques 150 individus, furent découverts des vestiges archéologiques dont de nombreuses dents perforées et des
céramiques qui permirent à C. Burnez de définir un groupe néolithique moyen dit des Cous, caractérisé par des vases carénés
non décorés. Lors de nos fouilles de 1974 et 1975, nous avons mis en évidence une chambre dallée de 4,50 m de diamètre et
parementée de dalles dressées le long d'un mur monté en pierres sèches qui soutenait une voûte en encorbellement. On
accédait à cette chambre par un couloir long de 5 m à travers un cairn à double parement concentrique ; à l'Ouest, un troisième
parement sur quelques mètres servait de contrefort à l'ensemble. Les vestiges recueillis au cours de cette nouvelle investigation
furent essentiellement découverts en avant du mur de parement extérieur près de l'entrée. Ils consistent principalement en
poteries, au nombre d'une quinzaine, caractérisées par un vase globulaire à col concave et des boutons de préhensions sur des
bols. Cet ensemble se rapproche du « Chasséen septentrional » mais semble régionalement différent du « Chasséen à vase
support ».
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Joussaume Roger. Le dolmen à couloir dit « la Ciste des Cous » à Bazoges-en-Pareds (Vendée). In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1978, tome 75, N. 11-12. pp. 579-596.
doi : 10.3406/bspf.1978.8534
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1978_hos_75_11_8534Bulletin ie la SOCIÉTÉ
PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
1978/TOME 75/11-12
Le dolmen à couloir dit
la Ciste des Cous
à j3azoges~en~Pareds (Vendée)
par Roger Joussaume
Résumé. — Situé sur le territoire de la commune de Bazoges-en-Pareds (Vendée), le dolmen à
chambre circulaire et couloir des Cous fut fouillé en 1913 par M. Baudouin et L. Rousseau. Au milieu
d'un nombre important de tas d'ossements représentant les restes de quelques 150 individus, furent
découverts des vestiges archéologiques dont de nombreuses dents perforées et des céramiques qui
permirent à C. Burnez de définir un groupe néolithique moyen dit des Cous, caractérisé par des vases
carénés non décorés.
Lors de nos fouilles de 1974 et 1975, nous avons mis en évidence une chambre dallée de 4,50 m
de diamètre et parementée de dalles dressées le long d'un mur monté en pierres sèches qui soutenait
une voûte en encorbellement. On accédait à cette chambre par un couloir long de 5 m à travers un
cairn à double parement concentrique ; à l'Ouest, un troisième parement sur quelques mètres servait de
contrefort à l'ensemble. Les vestiges recueillis au cours de cette nouvelle investigation furent essentie
llement découverts en avant du mur de parement extérieur près de l'entrée. Ils consistent principalement
en poteries, au nombre d'une quinzaine, caractérisées par un vase globulaire à col concave et des bou
tons de préhensions sur des bols. Cet ensemble se rapproche du « Chasséen septentrional » mais semble
régionalement différent du « Chasséen à vase support ».
Le monument se dresse sur la parcelle G. 145 du
LOCALISATION (fig. 1 et 2) cadastre de Bazoges-en-Pareds au lieu-dit « Les
Cous » et appartient à la Société Préhistorique Franç
aise depuis octobre 1913. Ses coordonnées sont les
Situé sur un plateau calcaire qui domine la con suivantes : longitude Ouest, 46° 39' 30" ; latitude
fluence du Loing et de l'Arkanson, le dolmen à 3° 16'. L'altitude en ce point est de 74 m. Nord, couloir des Cous appartient à un vaste ensemble de Sur cette parcelle, à quelques mètres, subsistent les
vestiges préhistoriques qui a bien souffert au cours restes imposants d'un dolmen dit « Les Pierres
des temps. Folles » qui fut probablement un dolmen angevin.
Fig. 1 - Emplacement du dolmen des Cous en Vendée. Fig. 2 - Le dolmen des Cous à Bazoges-en-Pareds. 580
II est encore en partie engagé dans un tumulus de pas à des sujets entiers ou à un seul individu, déli
pierres et fut fouillé, sans grand résultat, par M. Bau mités par des pierrailles plus ou moins grandes
douin et L. Rousseau (Mémoires S.P.F., 1915-1918). (p. 15). « La hauteur du dépôt de pierres calcaires
C'est encore un peu plus à l'Est que git un bloc de renfermant des ossements atteignait environ 1,50 m
granit qui fut probablement un menhir. Désormais au milieu ; mais le dépôt était loin d'être régulier.
un chemin qui relie le Fief des Cous à la route de Certaines parties contenaient très peu de tas d'os,
la Jaudonnière passe entre le menhir tombé et le et par contre d'autres en étaient littéralement gar
dolmen des Pierres-Folles. nies » (p. 36).
Au Sud du dolmen à couloir des Cous se distingue Le nombre d'individus par tas pouvait varier de
une bosse de terrain au pied d'un cormier. Récem 1 à 1 5 avec prédominance pour deux ou trois sujets ;
ment encore l'endroit était couvert d'un amoncelle en fait le nombre 15 est exceptionnel (p. 72). de pierres et l'on sait que des ossements y Toujours selon les travaux de M. Baudouin et
furent découverts lors d'anciennes fouilles. Selon L. Rousseau, il y aurait eu les restes d'au moins
M. Baudouin (M. Baudouin et L. Rousseau, 1915) 120 personnes dans la chambre et 15 dans le couloir
existait là un second dolmen à couloir, parallèle et (p. 73). Il s'agirait essentiellement de sujets dol
identique à celui des Cous. Nous y avons effectué ichocéphales dont la taille avoisinerait 1,67 m pour
quelques sondages en 1975 sans résultat aucun. les hommes.
Il y a quelques années, dans un champ à une Le 23 août 1913, soit trois jours après le com
centaine de mètres au Sud-Est de notre monument, mencement des fouilles, la chambre était vidée. Elle
une autre bosse de terrain profondément labourée avait livré environ 1 m3 d'ossements. Le couloir
livra au cultivateur un grand nombre d'ossements. Il d'accès fut alors découvert mais le mauvais temps
s'agissait probablement là encore d'une sépulture arrêta les travaux. Deux piliers de la chambre dispa
préhistorique. rurent pendant l'hiver 1913-1914. Le couloir fut
On sait qu'un autre menhir et un autre dolmen dégagé en une journée et demie, le 14 et le 15 avril
dit « la Pierre-Rousse » se dressaient au Sud du 1914. Une seule dalle de couverture du couloir fut
galgal. Plus rien de tout cela ne subsiste aujourd'hui découverte à 3,60 m de la chambre. Longue de
mais montre l'ampleur de cette nécropole qui, si 1,50 m pour une largeur moyenne de 0,45 m, elle
l'on en croit M. Baudouin, aurait pu être bien plus était située à 1,20 m au-dessus du dallage. C'est une
remarque intéressante qui nous permet de connaître importante encore.
la hauteur de ce couloir qui avait une largeur
moyenne de 1 m. Sous le dallage en opus incertum
de la chambre, de même que sous celui du couloir,
HISTORIQUE ET TRAVAUX ANTERIEURS les fouilleurs signalent de la terre brûlée et des
cendres (p. 21).
M. Baudouin et L. Rousseau ont noté la présence Le tumulus des Cous fut attaqué en 1910 par
« d'une murette, vue par bout et paraissant se M.-A. Paillât, de la Jaudonnière, pour extraire des
continuer dans l'intérieur du galgal », dans le couloir pierres qui servirent à l'empierrement des chemins
à 3,50 m environ de la chambre. Lors de nos fouilles vicinaux. Des ossements furent alors mis au jour,
de 1974 à 1975, nous avons mis en évidence les mais selon ses propres dires (lettre à M. Baudouin
murs de parement du cairn, mais ils se trouvent à datée du 28 mars 1911) « des fouilles avaient été
2,50 m et 5 m de la chambre et non à 3,50 m, faites, quelques années auparavant par des gens du
comme l'indiquent les précédents fouilleurs. On peut pays sur les indications d'un individu, disant que,
penser à une erreur de transcription et c'est peut- dans ce tas de pierres, il se trouvait le squelette d'un
être la murette située à 2,50 m qui fut vue à l'époque, druide ayant une faucille en or à ses côtés ».
pourtant sur le plan de Baudouin sa situation est Prévenu de ces trouvailles au début de 1911, également erronée. M. Baudouin, aidé de L. Rousseau, entreprit des
Le mobilier archéologique recueilli lors des travaux fouilles à partir du 20 août 1913. Il ne subsistait
de 1913 et 1914, signalé par M. Baudouin et alors que les deux tiers du monument ; en effet,
L. Rousseau dans leur mémoire, se compose comme toute la partie Nord avait disparu jusqu'au niveau
suit : des dalles dressées de la chambre circulaire (fig. 3).
Armés de fourches et de pelles, les ouvriers déga
gèrent la chambre en partant de la brèche faite dans A — Dans le couloir :
l'enceinte au Nord-Ouest. Les travaux furent menés
bon train selon les techniques de l'époque. 2 dentales + 3 autres lors du tamisage.
28 rondelles d'encrines (il s'agit en réalité de Si l'on en croit les observations faites par M. Bau
douin et L. Rousseau (1915), les ossements étaient perles en calcaire) + une soixantaine lors du tami
groupés par tas bien individualisés ne correspondant sage. 581
В — Dans la chambre : une dizaine d'années, dans la collection Rousseau.
Il ne nous fut malheureusement pas possible de voir
En 1913, au cours des fouilles, au milieu des tas cette collection privée.
d'ossements : nombreuses dents d'animaux percées, L'étude architecturale faite par les auteurs à cette des poinçons en os, des silex taillés et des fragments époque les amena à considérer que ce monument de poteries. D'autres éléments du même ordre furent était formé d'une chambre circulaire — la ciste découverts lors des travaux de restauration en juillet (appellation à proscrire puisque du point de vue de 1914. l'archéologie mégalithique la ciste est un monument
Nous reviendrons sur cet inventaire lors de notre funéraire de petite dimension ne contenant les restes
étude archéologique grâce à une liste établie par osseux que d'une seule personne) — de 4 m de
Dominique Sacchi, des objets qui subsistaient, il y a diamètre, à laquelle on accédait par un couloir long
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3m
Fig. 3 - Plan du dolmen à couloir des Cous. La partie grisée au Nord est celle qui fut détruite en 1910. Il manque trois dalles dressées dans
la chambre, disparues lors de l'intervention de 1910. 582
de huit mètres, enfouie dans un tumulus également cellement de pierres recouvert de broussailles et
circulaire de 20 m de diamètre. Nous verrons dans entouré de quelques noyers dont certains enfonçaient
un instant ce qu'il faut penser de tout cela. profondément leurs racines dans la masse même du
cairn.
Après débroussaillage du site, notre premier tra
vail consista à situer un plan origine et à matérialLES FOUILLES DE 1974 ET 1975
iser, à l'aide d'une corde tendue, l'axe du monument
permettant un carroyage au mètre carré. En effet,
L'intérêt des vestiges archéologiques recueillis au bien qu'encombrés de déblais plus ou moins anciens,
cours des travaux de 1913 et 1914, qui rirent que le couloir et la chambre étaient encore bien visibles.
C. Burnez créa un « Néolithique des Cous » (C. Bur- Le nettoyage du couloir permit la découverte du nez, 1976), ajouté à l'architecture très ancienne de mur de parement extérieur à 5 m de l'entrée de la ce type de monument — bien qu'on ne sache jusqu'à chambre. Le cône d'éboulis et de pierres apportées quelle époque ils furent construits — m'incita à par les cultivateurs qui les trouvent dans leurs champs demander au Service des Fouilles et Antiquités du après chaque labour, s'étalait jusqu'à environ 8 m Secrétariat d'Etat à la Culture, l'autorisation d'y pra de cette entrée, soit à 3 m au-delà du couloir. Le tiquer de nouvelles recherches. Celle-ci me fut mur de parement extérieur atteignait par endroits accordée le 3 avril 1974 sous le n° 998 et le 20 mars jusqu'à 1 ,20 m de hauteur ce qui est, si l'on en croit 1975 sous le n° 724, après avis favorable du Direc M. Baudouin, la même du couloir. Il est donc teur de la Circonscription des Antiquités Préhisto vraisemblable de penser que 1,20 m était la hauteur riques des Pays de la Loire et accord du propriétaire : primitive de ce parement extérieur. Par endroits le la Société Préhistorique Française. mur s'était écroulé sous l'action du gel qui fit éclater
Ce sont dix semaines en tout que nous avons consacrées les pierres ; mais nous avons partout retrouvé le à la fouille et à la restauration du dolmen à couloir des soubassement (d'une manière très imprécise dans la Cous à Bazoges-en-Pareds, grâce aux subventions de l'Asso partie détruite en 1910-1911). Il nous fallut souvent ciation pour les Fouilles Archéologiques Nationales et au
Conseil de la Vendée, mais aussi à l'aide précieuse de nom redresser des pierres éboulées, voire même en changer
breux fouilleurs (toutes les personnes citées ont participé beaucoup qui s'étaient émiettées. Nous avons ainsi un minimum de deux semaines) : Docteur et Madame Gruet, restauré tout ce mur de parement extérieur, partMonsieur et Madame Passini, Monsieur et Gérard iculièrement bien conservé à l'Ouest et au Sud, et Bernard, Monsieur et Madame Jean-Claude Ravard, Madame
Rolande Joussaume, Catherine Bausset, Marie-Claude Bu reconstruit toute la partie manquante au Nord.
reau, Carole Fredet, Françoise Mousset, Marinette Rottier, Les travaux de restauration du mur de façade Bruno Bertrand, Patrice Birocheau, Serge Cassen, Michel
Cottin, Philippe Courtoison, Luc Pérotin et Alain Ravard. amenèrent la découverte de nombreux tessons de
poteries se rapportant à une quinzaine de vases proIl nous faut ajouter que la topographie générale du site
a été effectuée grâce à l'aide de Monsieur Jean L'Helgouach, bablement déposés en offrande sur les murs mêmes.
Directeur de la Circonscription des Antiquités Préhisto Aucun vestige ne fut recueilli au-delà de 3 m de riques des Pays de la Loire, assisté de Monsieur Poulain, part et d'autre de l'entrée. Le mur reposait sur la technicien de cette direction. Les analyses С 14 ont été
confiées à Madame Delibrias, Directrice du Laboratoire des terre rouge du sol primitif dans lequel nous avons
Faibles Radio- activités de Gif-sur- Yvette. Les photographies récolté un certain nombre de charbons de bois.
aériennes du site sont dues à Monsieur Maurice Marsac,
Le mur de parement extérieur forme donc un de la Direction des Antiquités Historiques des Pays de la
Loire, et l'on doit au Docteur Gruet les études de résistivité cercle autour de la chambre à environ 7,50 m du
du sol. centre de celle-ci. En réalité, il ne s'agit pas d'un
Que ce soit au niveau du Secrétariat d'Etat à la Culture, cylindre parfait mais d'un prisme à côtés irréguliers, à celui de la Direction des Antiquités Préhistoriques des c'est-à-dire que le mur est constitué de pans plus Pays de la Loire, au niveau du Conseil Général de la ou moins longs qui se raccordent par l'intermédiaire Vendée ou à celui des jeunes, et moins jeunes bénévoles
qui participèrent si activement à cette fouille, je remercie d'angles plus ou moins arrondis.
vivement tous ceux qui m'ont permis de mener à bien cette Nous eûmes la surprise de découvrir à l'Ouest et entreprise, sans oublier la municipalité des Sables-d'Olonne
à environ 1,50 m du mur de parement que nous qui mit à notre disposition deux ouvriers et un camion pour
l'installation de notre cabane de chantier et celle de Bazoges- venons de décrire, un autre petit mur, haut de près
en-Pareds qui nous a reçus de si aimable manière. de 60 cm, formant comme un contrefort du côté de
la plus grande pente du terrain. Il ne nous fut pas
possible de trouver sa limite au Nord et la restau
ration que nous avons faite en cet endroit est donc A — ETUDE ARCHITECTURALE ET RITES
arbitraire (fig. 3). Fait surprenant, un crâne humain FUNERAIRES
entier, malheureusement très déformé actuellement,
avait été déposé dans la masse même de ce contre
fort ; le maxillaire inférieur était absent et aucun Lors de notre arrivée sur le site le 12 juillet 1974,
le monument se présentait sous la forme d'un autre vestige osseux ne l'accompagnait. 583
Fig. 4 - Reconstitution théorique du dolmen des Cous.
Au Sud, nous avons opéré une section complète deux autres au Sud qui doublent la première rangée ;
du tumulus afin d'en connaître son agencement il fut peut-être nécessaire de consolider cette partie,
interne. Ceci nous permit de mettre en évidence un d'où cet agencement particulier. Dans la chambre,
second mur de parement qui ceinturait la chambre ces dalles, dont la hauteur varie de 1,10 m à L50 m,
à environ 2,50 m de celle-ci, c'est-à-dire à mi-distance sont adossées à un mur en pierres sèches qui soutient
entre la chambre et l'extérieur du monument. Ce mur encore par endroits un début de voûte en encorbelle
était entièrement bâti jusqu'au paléosol, sa base ment. Une restauration prochaine devrait permettre,
étant solidement maintenue par des dalles de calcaire en dehors des murs de parement, la réfection d'une
superposées (fig. 4). partie de l'encorbellement, travail que nous avons
commencé en suivant la pente que les parties subsisLa chambre et le couloir jusqu'au mur de pare tantes nous indiquaient. Nous avons ainsi constaté ment interne sont entièrement dallés en opus uncer- que les hommes de l'époque utilisaient des plaques tum, mais on ne sait au juste ce qui est authentique de calcaire longues de 0,50 m à 1 m se recouvrant et ce qui fut modifié par M. Baudouin et L. Rouss des deux tiers. eau, aussi renvoyons-nous à leur mémoire de 1915.
Nous nous contenterons de quelques remarques au Les dalles dressées sur le pourtour de la chambre sujet de la chambre et du couloir. sont donc un parement interne et n'ont rien à voir
Les limites du couloir et de la chambre furent avec l'équilibre du toit. Nous avons dû redresser la
également construites en pierres sèches mais pare- plupart de ces dalles qui s'étaient fortement inclinées
mentées à l'aide de dalles calcaires fichées jusqu'au vers l'intérieur, uniquement maintenues à la base
sol rocheux. Douze de ces dalles ceinturaient la entre le mur et le dallage de la chambre. Ce fut un
chambre à l'origine. En fait nous en avons trouvé travail aisé réalisé à trois personnes en utilisant seu- 584
— Vers l'intérieur de la chambre et dans le lement des piquets de bois comme levier. Avec ses
4,60 m de diamètre la chambre du dolmen des Cous couloir ces dalles sont maintenues en place par le
est une des plus grandes que nous connaissions. Par pavage posé sur le sol rouge, en opus incertum, fait
contre, son couloir long de 5 m est de dimension de blocs calcaires de taille respectable soigneusement
moyenne ; il a environ 1 m de large et devait mesurer imbriqués les uns dans les autres.
1,20 m de hauteur. Il n'est pas absolument recti- — Un mur de parement est construit sur une cer
ligne mais dévie quelque peu vers le Nord à partir taine hauteur à 2,50 m des limites de la chambre.
du mur de parement interne. L'axe du couloir faisait — L'espace entre le mur interne et le mur externe un angle de 102° avec le Nord magnétique en juillet est comblé de pierres de différentes dimensions di1974. sposées de manière à constituer un plan incliné qui
Les différentes interventions que nous avons pra supportera les dalles de l'encorbellement.
tiquées sur ce monument funéraire nous permettent — Le couloir, seulement long de 2,50 m à ce
d'interpréter sa construction comme suit : moment, devait être recouvert de dalles plates. C'est
— Nettoyage (ou purification) par le feu d'une ce qui ressort de l'observation de M. Baudouin selon
surface d'une vingtaine de mètres de diamètre. laquelle une dalle longue de 1,50 m était placée
au-dessus du couloir à 3,50 m de l'entrée de la — Une série de dalles plates sont dressées selon
chambre. un cercle de 4,50 m à 4,60 m de diamètre et un
— Montage de l'encorbellement formant voûte couloir long de 2,50 m pour une largeur moyenne
de 1 m. Les dalles sont enfoncées dans le paléosol au-dessus de la chambre. Cela nécessitait de monter
jusqu'au sol rocheux. en même temps le mur de parement situé à 2,50 m
de la chambre, puisque son rôle est de maintenir — Elles sont maintenues en place par un mur
la charge placée sur les dalles de l'encorbellement. monté en pierres sèches. Le fait que le mur épouse
— On pourrait penser que le monument est resté parfaitement les formes des dalles montre qu'il fut
construit après ou au plus en même temps que les un certain temps dans cet état. En effet, le couloir
dalles furent dressées. a été bâti en deux temps et la partie antérieure est
Illustration non autorisée à la diffusion
PI. I - 1 : Façade du dolmen des Cous — 2 : Le monument vu du Nord après restauration — 3 : Intérieur de la chambre — 4 : Arrière du
cairn après restauration (clichés Patrice Birocheau). ■

585
légèrement déviée vers le Nord par rapport à la et Port-Blanc qui ne sont pas des monuments à
partie en liaison avec la chambre. chambre circulaire. Son point de vue est cependant
très intéressant et l'on peut envisager cette explication — Une deuxième enceinte formée d'un mur large
pour les Cous. Les corps sont tout d'abord déposés également de 2,50 m vient donc ceinturer le monu
entiers dans la sépulture ; lors de l'introduction d'un ment sur une hauteur de 1,20 à 1,40 m. C'est un
nouveau corps, les vestiges osseux des précédents contrefort indispensable à la solidité de l'édifice.
sont entassés au centre de la chambre et protégés — Enfin du côté de la plus grande pente du
par quelques pierres. Le fait que M. Baudouin et terrain, à l'Ouest, un autre petit contrefort est ajouté L. Rousseau aient remarqué que l'entassement était sur quelques mètres pour renforcer cette partie plus conique au milieu de la chambre peut indiquer que fragile de la construction. A cette occasion un crâne les corps étaient déposés près des parois et plus humain, qui nous pose des problèmes d'interprétation tard leurs ossements recueillis étaient déposés en compliqués, est déposé dans ce contrefort, au pied tas séparés par des pierres au milieu de la chambre. du parement extérieur. Les nouveaux défunts étaient alors installés autour Ceci nous amène à parler des rites funéraires des de ce tas central et les derniers dans le couloir où
utilisateurs de ce monument qui, il faut le reconnaître, en général les corps sont entiers.
n'a rien de mégalithique.
Le matériel archéologique qui accompagne les Nous avons déjà signalé les tas d'ossements
personnes inhumées ne paraît pas très abondant, eu humains reconnus par M. Baudouin et L. Rousseau
égard au nombre d'individus recensés : quelques au milieu des pierres de la chambre. Il semble que
poteries, rarement entières semble-t-il (mais ce n'est chaque groupe d'os, qui peuvent appartenir à plu
là qu'une impression), des éléments de parure (une sieurs personnes, était protégé par quelques pierres
vingtaine de dents perforées, de nombreuses perles, et qu'il y a eu ainsi un tassement sur quelque 1,50 m
mais beaucoup proviennent du couloir et peuvent dans la chambre. Il s'agirait donc d'un ossuaire dans
avoir appartenu à une même parure, quelques penlequel M. Baudouin a reconnu les restes de 135 indi
deloques) et quelques silex dont des armatures à vidus. En fait, il dut y en avoir davantage si l'on
tranchant transversal et des couteaux (voir étude considère les vestiges que nous avons recueillis dans
archéologique). Par contre, les céramiques recueillies les déblais des précédents fouilleurs — 471 dents,
à l'extérieur du monument, de part et d'autre de 18 rotules... — et l'on peut envisager une bonne
l'entrée, sont relativement nombreuses, une quinzaine quinzaine de personnes en plus. Mais sommes-nous
au moins, et prouvent des rites qui me font penser véritablement en présence d'un ossuaire ? Les théories
à ceux que j'ai pu observer en Ethiopie au cours qui s'affrontent en ce domaine sont loin de s'accorder.
des quatre missions du C.N.R.S. entreprises dans le Pour C. Burnez (1976, p. 34) « les inhumations pri
but d'étudier le mégalithisme du Harar : maires dans les dolmens circulaires à couloir se pré
sentent toujours sous forme de squelettes incomplets Dans les monts du Harar en Ethiopie, les musulmans et très fragmentés » et il pense que « la désincarni- ensevelissent le mort dans une fosse surmontée de deux
sation se faisait dans un premier temps en dehors dalles dressées que joint au sol une troisième pierre couchée.
Fréquemment les gens d'une même famille sont enterrés dans du dolmen ». Ceci n'est pas toujours exact et le un même espace limité par une murette de pierres sèches cairn de la Hoguette à Fontenay-le-Marmion dans formant une enceinte sacrée interdite. De temps à autre des le Calvados, avec ses chambres rondes qui ne con offrandes sont faites qui consistent à brûler de l'encens dans
tiennent que quelques squelettes complets en décu une poterie qui peut être entière, ébréchée, ou réduite à un
tesson selon les moyens de l'auteur de l'offrande. Si, quelbitus latéral fléchi, posés sur un dallage, semble que temps après, une nouvelle offrande est faite, il se peut prouver le contraire (Caillaud R. et Lagnel E., 1972). qu'elle soit déposée à côté de l'ancienne sur la murette en Pour R. Riquet (1970, p. 87) « l'utilisation d'un pierres sèches, mais le plus souvent l'ancienne est jetée bas
dolmen à couloir comme ossuaire postule un réemp sans aucun scrupule ; elle a perdu toute sa valeur et pour
tant je sais par expérience qu'il aurait été grave d'y toucher loi plus tardif », toutefois il ajoute : « mais les auparavant (comme d'ailleurs de vouloir franchir cette inhumations collectives n'apparaissent-elles vraiment murette !) qu'à une phase tardive du Néolithique Final comme
on l'admet généralement. Dans le cas de Fontenay- Aux Cous, comme pour bien d'autres monuments
le-Marmion (La Hogue) et de Bazoges-en-Pareds, on funéraires préhistoriques fouillés avec méthode, on
aurait envie de descendre d'une marche, sans pour constate la présence de nombreux tessons de poteries
autant mettre en cause la règle générale ». Enfin la autour et surtout à l'entrée des dolmens. Il paraît
théorie de J. L'Helgouach (1965, p. 88) est « qu'il très probable que des vases, voire uniquement des
est possible que ce soit l'utilisation maximum de tessons, aient été déposés sur le mur de parement
certaines sépultures qui ait conduit à les transformer externe. Peut-être aussi ont-ils été renversés et rem
en ossuaires dans lesquels les restes des premiers placés au cours de cérémonies rituelles qui ont pu
défunts étaient repoussés en tas pour faire place aux se perpétuer longtemps après que le monument ait
suivants ». Mais il faut remarquer que J. L'Helgouach été abandonné en tant que sépulture parce qu'ayant
fonde son jugement à partir des dolmens de Conguel atteint la saturation. 586
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Fig. 5 - Industrie lithique : 1 à 7, armatures à tranchant transversal ; 8, lamelle ; 11 à 14, couteaux et lames retouchées ; 9-10 et 15 à 22,
éclats plus ou moms retouchés. 587
A titre d'exemple je reviendrai en Ethiopie pour parler Tl faut y ajouter quelques éclats de silex provenant
des Gallas, population qui occupe les monts du Harar depuis des interstices du dallage de la chambre. le XVIe siècle de notre ère seulement. Les Gallas vénèrent
encore les « dolmens » dont on sait maintenant (R. Jous-
1° Industrie lithique (fig. 5) : saume, 1975) qu'ils furent édifiés au cours du deuxième
millénaire avant J.C. Il me paraît intéressant de signaler ici
La majorité de l'industrie lithique récupérée proune cérémonie qui a cours de nos jours autour du dolmen
de Ganda Kadana en Ethiopie et qui me fut rapportée par vient du tamisage des déblais des précédentes fouilles.
le Père Foucher, missionnaire français résidant à Harar : • Des sept armatures à tranchant transversal que « Chaque année, en septembre, les musulmans de la région nous présentons (fig. 5), trois proviennent des déblais y célèbrent une cérémonie (Wadaja) en l'honneur des aoulia Baudouin (nos 2, 3 et 4), le n° 5 fut trouvé en avant et en action de grâces pour la récolte qui arrive à maturité.
Aoulia (de l'arabe wali, aoulia, protecteur, saint) signifie : du mur de façade en H9, le n° 1 lors du sondage
sépulture tenue en vénération, ombre des aïeux, mânes des dans le champ à l'Ouest pour rechercher le soubassedéfunts qui ont été divinisés. ment du mur, les nos 6 et 7 dans le champ au Nord- On croit encore que les âmes des morts habitant les Est à une vingtaine de mètres du monument. M. Bautombes continuent à y mener une existence crépusculaire. douin et L. Rousseau n'avaient recueilli qu'une seule On immole une bête (bœuf, mouton, chèvre) que l'on pièce de cette nature. mange sur place. On jette les pieds et les poumons de la
bête, dont un vautour s'empare, ce qui est considéré comme Il s'agit d'armatures prises dans une lame, à
un signe de bon augure. Si aucun vautour n'apparaissait, retouche abrupte ou semi-abrupte des bords. Ces ce serait mauvais signe et il faudrait s'attendre à quelque pièces sont fréquemment associées au Néolithique malheur : maladie, épidémie (homme ou bétail). Des grains
chasséen de nos régions. Ce fait a particulièrement grillés de sorgho sont éparpillés autour de la tombe : les
oiseaux viendront les picorer ; le reste sera consommé par été mis en évidence dans les sépultures chasséennes
l'assistance. de l'éperon barré des Châtelliers-du-Vieil-Auzay (R.
On fait brûler, sur un tesson de poterie, des grains d'en Joussaume, 1972). cens ; le tesson et les cendres demeureront intacts sous la • Les déblais Baudouin, derrière la dalle axiale table du dolmen pendant toute l'année. Personne n'osera y
toucher car le tout est considéré comme une chose sacrée. de la chambre ont également livré deux couteaux à
dos dont un à dos cortical (n° 12) et l'autre où les Entre-temps, le Kabira (prêtre musulman) récite des passa
ges du Coran pendant que les assistants mâchent des feuilles traces d'utilisation sont très visibles (n° 14).
de tchat (le kat des Arabes) et boivent de Yhoggia (décoc • C'est en avant du mur de façade que furent tion de feuilles de caféier).
ramassés une lamelle avec traces d'utilisation du On notera que cette cérémonie est contraire à l'esprit de bord droit (n° 8) et un reste probable d'un autre l'Islam orthodoxe, Mahomed ayant interdit l'adoration des
couteau (n° 9). pierres levées, des tombes, etc., mais l'Islam a dû céder à
la pression populaire qui, par ses traditions, sa tendance au Il faut ajouter à cet inventaire une trentaine merveilleux, est fort inclinée à manifester de cette manière d'éclats plus ou moins retouchés et un important sa religiosité. »
fragment de hache polie en silex découvert très près Bien sûr, je le répète, il s'agit là d'événements qui
du tumulus au Sud. se passent de nos jours en Ethiopie et vouloir
Dans la collection L. Rousseau, à Cheffois éclairer nos problèmes mégalithiques atlantiques par
(Vendée), se trouvaient une armature à tranchant l'ethnologie n'est peut-être pas une démarche acceptée
transversal à retouche abrupte des bords, 4 grattoirs, de tous. Il semble toutefois qu'à certains degrés de
1 racloir, 1 couteau à dos retouché, 5 lames, 3 lacivilisation correspondent des exigences semblables.
melles et 15 éclats. C'est de cette manière en particulier que l'on aurait
tendance à vouloir expliquer le phénomène mégal
2° Parure (fig. 6) : ithique dans le monde. Pourquoi alors ne pas méd
iter le fait rapporté ici ! • 1 1 3 perles en calcaire provenant pour la plupart
Mais revenons au dolmen à couloir des Cous pour des déblais de part et d'autre du couloir. M. Bau
signaler que selon R. Riquet (1970), « les six crânes douin et L. Rousseau avaient recueilli 194 de ces
ou calottes étudiés sont dolichocrânes. La taille masc mêmes perles qu'ils considéraient, à tort, comme
uline peut être évaluée d'après la méthode de étant n° 3). fabriquées à partir d'articles d'encrines (fig. 6,
Manouvrier à 160 mm (de 1,55 m à 1,65 m) pour
les hommes et à 1,53 m pour les femmes ». • 8 dentales sciées à l'apex (fig. 6, n° 6) — contre
13 à M. Baudouin — toutes dans les déblais. A
noter que les précédents fouilleurs avaient également
découvert quatre Purpura lapillus perforées. В — ETUDE ARCHEOLOGIQUE
• 1 canine perforée à la racine, de petit carnivore,
trouvée dans les déblais derrière la dalle axiale de
Le matériel archéologique recueilli provient de la chambre (fig. 6, n° 7). Un fragment important
deux sources : le tamisage des déblais des précédents d'une incisive de bovidé, également perforée à la
fouilleurs et la fouille de la façade du monument. racine, découverte dans un interstice du dallage de

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