Le gisement acheuléen de Cagny-l'Épinette (Somme) - article ; n°2 ; vol.92, pg 169-192

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1995 - Volume 92 - Numéro 2 - Pages 169-192
RESUMÉ Le gisement acheuléen de Cagny- Г Épi nette a une séquence archéologique incluse dans les formations flu- vi at i les fines de la nappe la plus récente du complexe de la moyenne terrasse du bassin de la Somme et à la partie inférieure de la couverture sablo-limoneuse sus-jacente. D'après les données palynologiques et pa- léontologiques, les occupations humaines, attestées par la présence de silex taillés et d'ossements d'animaux montrant des signes d'actions an- thropiques, se situent dans un paysage de steppes arborées correspondant à des ambiances climatiques proches de l'interglaciaire, allant du Tardiglaciaire au Début Glaciaire. Les industries lithiques se caractérisent par la présence de bifaces de morphologie variée. Le débitage et la production des supports témoignent d'un comportement opportuniste sans chaîne opératoire élaborée. L'outillage sur éclat, non standardisé, comprend surtout des pièces de mauvaise facture, essentiellement des encoches et des denticulés. La grande faune correspond à des espèces caractéristiques du Pleistocene moyen (Bos primigenius trochoceros, Equus caballus mosbachensis, Equus hydruntinus, Cervus elaphus, Dama...). Il a été possible d'établir des comparaisons avec les faunes d'autres gisements. Les études spatiales en cours permettront de mieux comprendre les relations entre les ossements et les silex taillés.
steppic landscape interrupted by trees. The climatic conditions were close to those of an interglacial, from the Tardiglacial to the Early Glacial. The lithic industries are characterized by bifaces with various morphologies. The flaking and blank production indicate an opportunistic behaviour which did not develop any sophisticated operating scheme. On the whole non-standardized flake tools were badly manufactured : they mainly consist of notches and denti- culates. The big fauna is typical of the Middle Pleistocene one (Bos primigenius trochoceros, Equus caballus mosbachensis, Equus hydruntinus, Cervus elaphus, Dama...). Comparisons with other site fauna could be drawn. When the spatial distribution analysis is fully achieved there will be a better understanding of bones and flint artefacts.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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Alain Tuffreau
Pierre Antoine
Philip G. Chase
Harold L. Dibble
Brooks . Ellwood
Thijs van Kolfschoten
Agnès Lamotte
Michel Laurent
Shannon P. Mc Pherron
Anne-Marie Moigne
André-Valentin MunautLe gisement acheuléen de Cagny-l'Épinette (Somme)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1995, tome 92, N. 2. pp. 169-192.
Résumé
RESUMÉ Le gisement acheuléen de Cagny- Г Épi nette a une séquence archéologique incluse dans les formations flu- vi at i les
fines de la nappe la plus récente du complexe de la "moyenne terrasse" du bassin de la Somme et à la partie inférieure de la
couverture sablo-limoneuse sus-jacente. D'après les données palynologiques et pa- léontologiques, les occupations humaines,
attestées par la présence de silex taillés et d'ossements d'animaux montrant des signes d'actions an- thropiques, se situent dans
un paysage de steppes arborées correspondant à des ambiances climatiques proches de l'interglaciaire, allant du Tardiglaciaire
au Début Glaciaire. Les industries lithiques se caractérisent par la présence de bifaces de morphologie variée. Le débitage et la
production des supports témoignent d'un comportement opportuniste sans chaîne opératoire élaborée. L'outillage sur éclat, non
standardisé, comprend surtout des pièces de mauvaise facture, essentiellement des encoches et des denticulés. La grande
faune correspond à des espèces caractéristiques du Pleistocene moyen (Bos primigenius trochoceros, Equus caballus
mosbachensis, Equus hydruntinus, Cervus elaphus, Dama...). Il a été possible d'établir des comparaisons avec les faunes
d'autres gisements. Les études spatiales en cours permettront de mieux comprendre les relations entre les ossements et les
silex taillés.
Abstract
steppic landscape interrupted by trees. The climatic conditions were close to those of an interglacial, from the Tardiglacial to the
Early Glacial. The lithic industries are characterized by bifaces with various morphologies. The flaking and blank production
indicate an opportunistic behaviour which did not develop any sophisticated operating scheme. On the whole non-standardized
flake tools were badly manufactured : they mainly consist of notches and denti- culates. The big fauna is typical of the Middle
Pleistocene one (Bos primigenius trochoceros, Equus caballus mosbachensis, Equus hydruntinus, Cervus elaphus, Dama...).
Comparisons with other site fauna could be drawn. When the spatial distribution analysis is fully achieved there will be a better
understanding of bones and flint artefacts.
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Tuffreau Alain, Antoine Pierre, Chase Philip G., Dibble Harold L., Ellwood Brooks В., van Kolfschoten Thijs, Lamotte Agnès,
Laurent Michel, Mc Pherron Shannon P., Moigne Anne-Marie, Munaut André-Valentin. Le gisement acheuléen de Cagny-
l'Épinette (Somme). In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1995, tome 92, N. 2. pp. 169-192.
doi : 10.3406/bspf.1995.10004
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1995_num_92_2_10004;
de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 995 / TOME 92, n° 2 169 Bulletin
LE GISEMENT ACHEULÉEN
DE CAGNY-UÉPINETTE (SOMME)
Alain Thijs TUFFREAU, van KOLFSCHOTEN, Pierre ANTOINE, Anne-Marie Agnès Philip LAMOTTE, MOIGNE G. CHASE, et Michel André Harold LAURENT, V. MUNAUT L DIBBLE, Shannon Brooks P. McPHERRON В. ELLWOOD,
RESUMÉ steppic landscape interrupted by moneuse et des sédiments fluviatiles
trees. The climatic conditions were fins peu épais comprenant des osseLe gisement acheuléen de Cagny- close to those of an interglacial, from ments (grands mammifères, micrГ Épi nette a une séquence archéolo the Tardiglacial to the Early Glacial. omammifères ; cf. : Tuffreau et al., gique incluse dans les formations flu- The lithic industries are characterized 1986). Les cailloutis de la couverture vi at i les fines de la nappe la plus by bifaces with various morpholog contiennent des séries lithiques récente du complexe de la "moyenne ies. The flaking and blank product assez abondantes mais la faune terrasse" du bassin de la Somme et à ion indicate an opportunistic beha n'est pas conservée dans ces nla partie inférieure de la couverture viour which did not develop any iveaux. Les artefacts de la couverture sablo-limoneuse sus-jacente. D'après sophisticated operating scheme. On sablo-limoneuse sont en position seles données palynologiques et pa- the whole non-standardized flake condaire, ce qui accroît les risques léontologiques, les occupations hu tools were badly manufactured : they de mélange entre des séries diffmaines, attestées par la présence de mainly consist of notches and denti- érentes et limite leur intérêt à leurs silex taillés et d'ossements d'animaux culates. The big fauna is typical of seules caractéristiques technolomontrant des signes d'actions an- the Middle Pleistocene one (Bos pr giques et typologiques. L'échantthropiques, se situent dans un pay imigenius trochoceros, Equus cabal illonnage des séries de ces niveaux sage de steppes arborées correspon lus mosbachensis, Equus hydrunti ayant été jugé suffisant, il fut décidé dant à des ambiances climatiques nus, Cervus elaphus, Dama...). d'abandonner leur fouille, d'autant proches de l'interglaciaire, allant du Comparisons with other site fauna plus que la découverte en 1988 d'un Tardiglaciaire au Début Glaciaire. could be drawn. When the spatial chenal, où la séquence fluviatile fine
Les industries lithiques se caracté distribution analysis is fully achieved se dilate nettement, nous amena à
there will be a better understanding étudier de façon privilégiée cette risent par la présence de bifaces de
of bones and flint artefacts. partie du gisement. Dans l'Europe du morphologie variée. Le débitage et la
production des supports témoignent Nord-Ouest, les dépôts fluviatiles
fins sont parmi ceux qui sont le plus d'un comportement opportuniste
sans chaîne opératoire élaborée. susceptibles de livrer des informatLe gisement de Cagny-l'Épinette
L'outillage sur éclat, non standardisé, est l'un des gisements acheuléens ions sur le contexte paléoclimatique
en raison de la bonne conservation comprend surtout des pièces de de la région d'Amiens (fig.1). Il fait
mauvaise facture, essentiellement des depuis 1980 l'objet de fouilles qui, des ossements et des pollens. La
encoches et des denticulés. La pendant plusieurs années, ont sur dynamique fluviatile, assez faible, est
en outre favorable à un enfouisse- grande faune correspond à des es tout concerné la couverture
pèces caractéristiques du Pleistocene
moyen (Bos primigenius trochoceros,
Equus caballus mosbachensis, Equus
hydruntinus, Cervus elaphus, Dam
a...). Il a été possible d'établir des
comparaisons avec les faunes
d'autres gisements. Les études spat
iales en cours permettront de mieux
comprendre les relations entre les os
sements et les silex taillés.
ABSTRACT
Cagny-L'Épinette is an Acheulean
site of the Somme basin. Its archaeol
ogical sequence is included in the
fine fluvial formations of the most re
cent deposits of the "middle-terrace"
complex and it is covered by a sandy
and loamy deposit. The human occu
pations are witnessed by flaked and
retouched flint artefacts as well as by
animal bones showing anthropic acti
vities. The pollen analysis and pa- Fig. 1 - Cagny-l'Épinette. 1 : fouille archéologique ; 2 : courbe de niveau 3 : route
laeontological studies revealed a 4 : ligne électrique moyenne tension. ;
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ment des vestiges archéologiques saerts et Dupuis, 1986), la nappe de qui tendent à devenir plus impor
sans trop de déplacements. A partir l'Épinette serait attribuable aux tants que la sédimentation fluviatile
de 1991, une équipe de l'Université stades 10 et 9 des stades isoto fine.
de Pennsylvanie s'est jointe au pr piques. Cette hypothèse est en ac Dans le secteur où le chenal a sa ogramme d'étude du gisement de cord avec les résultats d'une data profondeur maximale, un limon (I0), Cagny-l'Épinette. Cette collaboration tion par E.S.R. effectuée sur les gris (10 YR 5/2 à 5/3 ; ép. max. : permit notamment d'informatiser la sédiments I qui a donné un âge de 0,35 m), à nombreux granules de fouille avec l'utilisation d'un théodol 296 ka ± 53 (Laurent, 1993) et les r craie, jalonné à la partie inférieure ite électronique connecté avec un ésultats de l'aminostratigraphie par un lit brun noir (7,5 YR 3/2), ar- ordinateur portable. (Bates, 1993). La séquence fluviatile gilo-calcaire organique, et à la partie fine est particulièrement bien déve supérieure par de grosses concrétLa fouille du gisement de Cagny- loppée dans un chenal (ép. max. : ions calcaires, marquant la formatl'Épinette n'est pas achevée et les 1,20 m) d'orientation sensiblement ion d'un nouveau chenal incisant le différents travaux spécialisés sont à NW- SE qui, dans le secteur des m2 dépôt sous-jacent, apparaît au-desun degré d'avancement variable, ce 25 R à 25 U, s'adosse au substrat sus du limon 11. qui rend difficile la présentation crayeux qui constituait le versant
d'une synthèse équilibrée et d'une (fig. 2). Le remplissage de ce chenal La séquence fluviatile fine se te
interprétation des niveaux d'occupat rmine par un limon argilo-sableux (I), débute par un limon fin (12), gris clair
ion de la séquence fluviatile. Cet ar (Munsell Soil Color Charts : 1 0 YR gris-brun sombre (10 YR 3/3), irrégu
ticle a pour but de livrer des informa 7/2), calcaire, induré (ép. max. : lièrement présent. Le limon est sou
tions sur la problématique, les vent érodé par un cailloutis (H1) de la 0,3 m), qui apparaît dans la partie
stratégies de fouilles et les résultats nord-ouest de la zone fouillée base de la couverture, hétérogène
des différentes études. (m2 21 M, N, О et P) (fig. 3). (silex épars, granules de craie,
concrétions calcaires). La partie infLe dépôt (11) qui présente l'exten érieure du limon I, qui montre une sion maximale est un limon gris clair structure de sol poreuse avec de ■ LE CONTEXTE (2,5 Y 6/2) incluant de nombreux pe nombreuses traces de racine et STRATIGRAPHIQUE tits blocs de craie (1 à 2 cm), des d'oxydations orangées, repose locéclats de silex gélivés et des galets alement (m2 25 Q ; campagne de Le cadre général stratigraphique tertiaires (ép. max. : 0,60 m). Dans la fouilles 1994) sur un plancher calde Cagny-l'Épinette, qui appartient à partie sud du chenal (secteurs des caire à la surface bosselée (ép. la nappe la plus récente du comp travées 18 à 21, de Q à M), les él max. : 0,25 m). Cet ensemble (I et lexe de la "moyenne" terrasse de la éments grossiers représentent plancher calcaire) témoigne d'une Somme, ne sera que brièvement jusqu'à la moitié de la matrice. Il ap pédogenèse de type tempéré de évoqué car il a déjà été exposé en paraît que cet apport résulte du dé zone humide qui se retrouve, latéradétail (Antoine et Tuffreau, 1993). La mantèlement de petits dômes de lement, sur le talus crayeux. Ce derséquence fluviatile se compose d'un graviers présents à la partie supér nier est affecté par une altération imcailloutis grossier (J : épaisseur ieure du cailloutis comme cela a été portante et par des poches de max. : 1,20 m), fortement induré, et nettement observé en 1994 dans la décalcification. de dépôts fluviatiles fins (limons I). coupe de la travée 25 R à 22 R. A
Compte tenu du contexte chronos- proximité du versant crayeux (sec La couverture se compose de dé
pôts de versant limono-sableux-argi- tratigraphique des terrasses de la teur des m2 25 R à 25 U), la pré
Somme et du caractère cyclique de sence de granules de craie, voire de leux (H), de sables lités ruisselés
blocs crayeux de dimension décimé- (SL), interstratifiés de cailloutis soli- chacune de ces séquences alluviales
qui représente un cycle glaciaire-in- trique et de rognons de silex au cor flués provenant du versant (H1, G, F,
terglaciaire (Antoine, 1990 ; Hae- tex patiné, résulte d'apports latéraux E1, E2), qui pourraient correspondre
Fig. 2 - Cagny-l'Épinette. Coupe stratigraphique dans la bande W. OA : craie altérée. OB : horizon pédologique développé dans
la craie. 1 et 2 : cailloutis de la terrasse (J) ; 4 : limon calcaire gris (11) 6 : Limon argilo-sableux gris-brun (I) ; 7 : Cailloutis ; 8 Sédi
ment hétérogène à granules de craie et silex épars ; 9 : Base de la séquence de couverture : limon, argilo-sableux (H) et sables lités
ruisselés 1 0 : Limon argilo-sableux gleyifié gris ; 1 1 : Limon argileux, brun jaune, à lits sableux irréguliers, passant à un Bt brun rouge
à structure prismatique. I
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semblages sont dominés par le BoulCAGNY EPINETTE 92 eau {Betula : 22,6 %) et le Pin (Pinus :
29,7 %) avec la présence de
quelques héliophiles {Artemisia,
Composées du type Liguliflore, Che- .38,5
nopodium, Plantago), ce qui indique
la présence d'une forêt claire de type
boréal. Les pourcentages atteints par
les thermophiles, tels que l'Aulne
(Alnus : 2 à 8 %), le Chêne {Quercus : .38m NGF
1 à 8 %), le Frêne {Fraxinus : 6 %
max.), le Noisetier {Corylus : 7 %
max.) et la présence discrète du
Charme (Carpinus) et du Hêtre
{Fagus) indiquent des conditions .37.5 semblables à celles rencontrées ac
tuellement à la limite de la forêt bo
réale.
Fig. 3 - Cagny-l'Épinette, coupe détaillée des formations fluviatiles. 2 : cailloutis hé De nouveaux échantillons ont été térogène à silex émoussés et galets crayeux (J) 3 : Limon fin gris clair (12) 4 : Limon collectés en 1991 dans la partie est calcaire gris à granules de craie et graviers épars (11) ; 5 Limon gris à granules de
craie (I0) ; 6 : Lambeau de limon argilo-sableux gris-brun (I) 8 limon hétérogène à gra de la fouille où la séquence fluviatile
nules de craie, silex, concrétions calcaires et lentilles remaniées de et I0 (H1) 9 : limon s'épaissit dans le remplissage d'un argilo-sableux non calcaire brun gris (H). Granulométrie moyenne des limons fluviatiles chenal (colonne II). I0, 12 et de la matrice fine de 11 : carbonates (СасоЗ) = 40 à 50 % ; sables (> 50 um) =
20-25 % ; limons (2-50 um) = 15-25 % ; argiles (< 2 um) = 8-10 %. La colonne III donne une success
ion qui peut s'interpréter de la man
ière suivante : steppe légèrement
arborée (11), sylvosteppe tempérée
(I), retour vers un paysage ouvert où à une phase de type début glaciaire, ciès et leur contenu minéralogique,
subsistent des arbres tempérés et ce qui est en accord avec les résul pourraient être comparables aux
modérément steppiques (H). Si on tats des analyses palynologiques. Un limons calcaires de Cagny-Cimetière,
admet que la sylvosteppe tempérée limon argileux (LAG), gleyifié, gris d'âge pleistocene moyen final (étage
est une expression des interglac(10 YR 5/4), à nombreuses traces isotopique 6 ; cf. Haesaerts et al.,
iaires du Pleistocene moyen on aud'oxydation verticales, jalonné à la 1984). L'horizon A peut être attribué
rait une succession du type Tardigla- base et à la partie supérieure par un au pédocomplexe du dernier inter
ciaire (11), Interglaciaire (I) et Début cailloutis discontinu (C2 et C1), glaciaire (Éémien).
Glaciaire (H). Malgré le faible nombre marque une certaine stabilisation du
de pollens, il n'y a pas impossibilité versant. Un sable limoneux, argilifié,
affecté par le développement d'un de synchroniser le contenu de la ■ L'ENVIRONNEMENT
couche 11 de la colonne avec le sol lessivé à fragipan, jaune brunâtre VÉGÉTAL
contenu de la couche 11 de la co(7,5 YR 5/6) apparaît ensuite (B). Cet
lonne III. La couche I0 pourrait horizon est sous-jacent à un sable Des analyses palynologiques ont
constituer un ensemble intermédiaire très argileux (A), brun rougeâtre été effectuées en 1980 dans les
couches H et I dans la partie nord- entre les couches 11 et I, c'est-à-dire (7,5 YR 5/8), présentant les caracté
le début de l'Interglaciaire caractéristiques d'un Bt à forte illuviation, est de la fouille (Munaut, in Tuffreau
et al., 1986 ; Munaut, 1988). Aucune risé par un recul de la steppe et très argileux, compact, où sont ob
servables les extrémités de coins de évolution sensible n'a été mise en l'avancée des arbres tempérés. La
colonne II débute dans la couche 12 glaces très effilés. Par ses caracté évidence dans la couverture végétale
au cours du dépôt sédimentaire qui par une forêt claire boréale, parsristiques micromorphologiques (Van
emée d'arbres tempérés, assez s'est effectué dans une ambiance foVliet-Lanoë, 1989) et minéralogiques
restière (pourcentages des A. P. comp proche sans doute de la limite sud (Balescu, 1988), l'horizon В corres
de ce biome tel qu'il pourrait se pré- pond, d'après la composition en mi ris entre 58,8 % et 77,4 %). Les
néraux lourds, au sol SL 2 du "pédo
complexe de Cagny" observable à la
partie inférieure des "lœss anciens", Tabl. 1 ■ ■ Résultats des analyses palynologiques de Cagny-l'Epinette. d'âge pleistocene moyen, de la
grande coupe classique de Cagny-la Nbre couche AP Boréaux Tempérés Steppiques Aquatiques Garenne (Haesaerts et al., 1984). pollens
Cette corrélation est confortée par la colonne III H 142 23,2 13,3 33,2 36,5 composition des minéraux lourds m2 : 23 X I 520 72,0 38,8 33,2 19,3 0,8 (fig. 4). Latéralement, un sondage 11 200 24,0 20,0 3,1 74,0
ouvert dans l'ancien front d'exploita colonne I0 126 38,1 26,0 10,4 54,0 tion, à une trentaine de mètres au m2 21 U 11 14 28,5 28,5 53,5
nord-ouest de la fouille, a montré la 10 + 11 140 37,1 27,1 10,0 55,0
présence d'un vallon colmaté par colonne II I0 588 54,9 44,5 10,4 43,9 0,2
m2 21 P. 11 402 54,8 38,7 15,9 42,6 des limons calcaires à lits de fra
12 312 74,7 65,4 9,3 23,4 gments crayeux (LC) qui, par leur :
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servé lors de la campagne 1 994 à un Cagny-l'Epinette Cagny-la-Garenne épisode tempéré de type interglaVallon Fouille
ciaire ou à un épisode de début d'in-
terglaciaire pollué par quelques pol
lens de type Picea et Fagus. La
couche 12 du profil II pourrait corres
pondre à un épisode du Début Gla
ciaire précédant piégé dans un rav
inement de la partie externe de la
nappe de graviers de l'Épinette.
La couche serait donc un dépôt
fluviatile, présentant une pédogen
èse, de l'étage isotopique 9, corre
Illustration non autorisée à la diffusion spondant dans la biostratigraphie du
bassin Nord de la Mer du Nord à l'In-
terglaciaire Holsteinien.
La couche 12 et les graviers sous-
jacents de la partie externe de la
nappe de l'Épinette se seraient dé
posés durant le Début Glaciaire de
l'étage isotopique 10, c'est-à-dire
CR (ait rel. + 21 m) durant le début du Glaciaire corres
pondant dans la biostratigraphie du
Nord à l'Elstérien. Une situation ■ Limite minéralogiqne : •1 (400 + 101 Ka ESR) comparable a pu être observée à ubiquistes (rutile, zircon ... ) /
hornblende verte et •2 : (2% + 53 Ka ESR) Saint-Sauveur (Antoine et al., 1994) grenat CR (ait reL + 27 m) où le "Sol gris de Saint-Sauveur", P. A. 94 corrélé avec le Sol SS1 de Saint-
Fig. 4 - Corrélations stratigraphiques des séquences de Cagny-la Garenne et de Sauflieu (Début Glaciaire WeichséliCagny-l'Epinette sur base stratigraphique, micromorphologique, minéralogique et en), repose de façon analogue sur la TL relative (d'après Antoine, 1990 ; Antoine et Tuffreau, 1993 ; Haesaerts et al., nappe d'Étouvie, après le dépôt local 1984 ; Haesaerts et Dupuis, 1986 ; Balescu, 1988 et Van Vliet-Lanôe, 1989). BTS d'une lentille fluviatile appartenant au horizon ВТ du sol de surface LR lœss weichséliens SH complexe de sols humifères
(Début Glaciaire Weichsélien) F fentes de gel à remplissage argilo:organique (ouver même stade froid que celle-ci. Le
ture au sommet de SH) ; SR/A : horizon ВТ sur lœss (sol de Rocourt, Éémien) LAC/LC : pléniglaciaire de l'étage 10 serait rlœss calcaires à granules de craie LAS lœss sableux non calcaires ; SL2/GSL3/SL3 eprésenté par les graviers non cal(PCC) : pédocomplexe de Cagny comportant deux horizons ВТ (SL2 et SL3) séparés caires qui ont été observés en 1990 par un dépôt caillouteux soliflué (GSL3) GLS/SL : sables limoneux à lentilles de gra
viers argileux solifluées E/F/G/H/LAG dépôts de pente sablo-limoneux ruisselés à len dans un sondage ouvert à une ving
tilles de cailloutis ARB : paléosol argileux développé au sommet de PR PR taine de mètres au nord-ouest de la coulée de craie gélifluée ; SLL sables et limons lités de la Garenne SV sables verts fouille, à la limite de l'ancien front fluviatiles : dépôts fluviatiles fins de l'Épinette avec petit sol de milieu humide au som d'exploitation de la carrière. Cette imet ; GF graviers de la Garenne DVC ensemble de dépôt de versant
crayeux à silex à lentilles fluviatiles interstratifiées ; J cailloutis fluviatile de l'Épinette nterprétation suppose la présence
CR : substratum, alt. rel. altitude relative par rapport au creusement maximum de la d'un bilan comparable à ce que l'on vallée. observe dans la nappe de la Ga
renne (Antoine, 1990 ; Antoine et
Tuffreau, 1993). Le contact entre,
d'une part, les graviers du secteur de senter au début ou à la fin d'un inte porel important entre ces trois
la fouille et la lentille 12 (Début Glarglaciaire, ou durant un interstade couches du profil, on assiste à une
ciaire) et, d'autre part, le limon 11 tempéré. La présence non négli évolution normale correspondant à
(Tardiglaciaire) correspondrait à un geable de Picea, taxon qui apparaît une fin d'Interglaciaire ou à un Début
hiatus très important. en fin ď Interglaciaire, fait pencher la glaciaire.
balance en faveur de l'hypothèse fin Si l'on admet que la succession Par contre, le contenu moyen de d'Interglaciaire. 12, 11, I0 du profil II correspond à un la couche I0 du profil II n'est pas
La couche 11 de la colonne II Début Glaciaire, il faut faire intervenir semblable à celui du profil qui lui-
montre une avancée notable des la présence d'un biseau dans 11, même montre un paysage nettement
plantes steppiques aux dépens de la entre la partie la plus profonde du plus continental bien qu'il y ait conti
forêt boréale, mais les arbres tempér chenal (colonnes II et I) et la partie du nuité stratigraphique entre I0 de la
és progressent un peu. On peut y moins épaisse où seul 11 est colonne et I0 de la colonne II.
voir le signe d'une continentalisation présent. Dans ce cas, il conviendrait
plutôt que d'un refroidissement. La Il apparaît donc que la couche de différencier deux unités stratigr
couche I0 lui est pratiquement sem du profil III représente un Interglac aphiques différentes dans la cou
blable et n'indique pas de change iaire. Cette interprétation est en ac che 11, ce qui n'a pas été observé
ment dans le paysage. On remarque sur le terrain. Il faut toutefois noter cord avec les données stratigra
la présence d'arbres tempérés de fin phiques qui permettent d'attribuer la que la couche 11 comprend beau
d'Interglaciaire {Carpinus, Fagus, pédogenèse de la couche et le coup d'éléments grossiers dans la
Picea). S'il n'existe pas d'hiatus concrétionnement sous-jacent partie ouest du chenal, la plus pro- I
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fonde, alors que les éléments ractéristiques d'un milieu restreint à les deux côtés des angles saillants
crayeux sont plus nombreux ailleurs ouvert. La Musaraigne Sorex sp., de la Mi est mesurée. L'épaisseur de
{cf. supra) ce qui pourrait plaider en la bande d'émail postérieure x 100 morphologiquement similaire à la
faveur de la présence de deux unités musaraigne commune Sorex araneus, est divisée par celle de la bande
stratigraphiques dans 11 . L'étude de le rat taupier Arvicola terrestris et le d'émail antérieure. La valeur S.D.Q.
la répartition spatiale des fragments Campagnol nordique Microtus œco de chaque Mi est la moyenne des
osseux, notamment, celle, en cours, nomus (Microtus cf. malei) sont bien valeurs S.D.Q. de tous les angles
des remontages et des apparie- représentés. Le Rat d'eau taupier est saillants. Cette méthode a été, de
ments est susceptible d'apporter semi-aquatique et le campagnol nor puis, employée par beaucoup d'au
des éléments de réponse permettant dique préfère les conditions hu teurs (Kolfschoten, 1990) et les don
de savoir si 11 correspond à deux mides. La Taupe Talpa europaea est nées concernant le stade d'évolution
unités stratigraphiques distinctes, rarement représentée dans la faune. du Rat taupier fossile ont été souvent
une remontant à une phase de type Cette espèce, fréquentant originell utilisées pour situer les faunes dans
début glaciaire, l'autre à une phase ement un paysage de forêt à espèces un ordre biostratigraphique.
de type tardiglaciaire ou si les caduques (Corbet et Harris, 1991),
La valeur du S.D.Q. montre un décquelques pollens d'espèces thermo- est maintenant présente dans la plu
lin graduel dans le temps (Heinrich, philes du profil II sont présents à part des endroits où le sol est suf
1982 Kolfschoten, 1990) qui est cel'état de reliques. fisamment humide pour permettre de
pendant interrompu par une imporfaire des tunnels. Elle est peu fr
D'un point de vue palynologique, tante fluctuation à la transition Saa- équente dans les forêts de conifères.
il est important d'insister sur le fait lien-Éémien. L'étude des données
Les espèces caractéristiques d'un que contrairement à l'Holocène dont concernant Arvicola terrestris dans le
environnement boisé telles que le les dépôts, dans le bassin de Nord-Ouest de l'Europe indique, du
Campagnol roussâtre Clethrionomys Somme, sont tourbeux et le déroule rant l'Éémien, une immigration de
glareolus et les loirs sont absentes. Il ment est comparable à ceux du Nord populations moins dérivées en pr
en est de même pour les micromammdu Bassin de la Mer du Nord, tous ovenance du Sud-Est de l'Europe
ifères tels que les spermophiles et les autres dépôts interglaciaires et après la disparition des populations
les hamsters qui témoignent de interstadiaires observés dans le Nord locales en raison de l'avancée du
conditions steppiques plus continentdu Bassin Parisien sont d'un type glacier. Cette nouvelle immigration
ales et pour les espèces comme les différent, caractérisé par un élément entraîna une fluctuation dans la
lemmings qui vivent dans des condiplus continental, sans sédiments o courbe générale de l'évolution, ce
rganiques, et dans un milieu de syl- tions arctiques. On peut donc établir qui limite les applications pour la
que la faune de petits mammifères vosteppe. biostratigraphie.
de la couche 11 de Cagny-l'Épinette
La valeur de l'indice S.D.Q. pour correspond à un environnement ou
vert et à des conditions climatiques les échantillons de Cagny-l'Épinette ■ LES MICROMAMMIFÈRES est d'environ 100 (fig. 5). Des valeurs tempérées fraîches, c'est-à-dire ni
similaires sont connues pour les glaciaires ni interglaciaires. Il s'agit Des échantillons de sédiment ont faunes du début Saalien de Maastdes conditions climatiques qui ont
été prélevés à Cagny-l'Épinette en richt-Belvédère 4 (horizon archéoloprobablement dominé dans toute
1992 et 1993 dans le but de recher gique principal), Wageningen- l'Europe du Nord-Ouest au cours
cher des restes de micromammifères Fransche Kamp et Weimar- des derniers 500000 ans.
fossiles. De volumineux échantillons Ehringsdorf (Kolfshchoten, 1990).
La faune de la couche 11 de Cagny- ont été pris dans les couches H et I. Elles sont plus faibles que celles des
Une étude préliminaire a montré que l'Épinette est plutôt moderne. Des populations 6' Arvicola de Neede
espèces telles que Sorex (Drepano- la couche H est plutôt pauvre. En ra (Pays-Bas), d'âge holsteinien (Kol
ison d'une décalcification, la couche sorex) sp., Talpa minor, Trogonthe- fschoten, 1990) et de Schôningen
H a livré un petit nombre de restes rium cuvieri et Pliomys episcopalis, 12 В (Allemagne) d'âge post-elsté-
qui apparaissent dans les assembmal conservés de Talpa europaea, rien et plus probablement post-hol-
lages du Cromérien récent de Mi- Arvicola sp. et Microtus sp. Les steinien, c'est-à-dire début saalien
restes de la couche 11 sont bien senheim I (Allemagne), Boxgrove (Thieme et al., 1993). D'autre part,
conservés et nombreux. Les groupes (Angleterre) et de la Belle Roche à elles sont plus faibles que celles de
et espèces suivants ont pu être ident Sprimont (Belgique) et qui sont Schweinskopf-Karmelenberg et de
ifiés : poissons amphibiens cra- considérées comme étant des re Wannen (Allemagne) d'âge saalien
paux et/ou grenouilles ; mammif liques du Pleistocene moyen ancien, récent (étage isotopique 6 ; cf. Kol
ères : Sorex sp. (Sorex araneus), sont absentes. Le plus grand Rat fschoten et Roth, sous presse).
taupier Arvicola terrestris de l'Europe Talpa europaea, Arvicola terresths,
Microtus arvalis/ 'Microtus agrestis, du Nord-Ouest et de l'Europe cent Une comparaison des valeurs de
S.D.Q. ô' Arvicola de Cagny-l'ÉpinMicrotus œconomus. la liste des es rale montre une évolution plutôt r
pèces diffère de celle présentée par apide durant la seconde moitié du ette (niveau 11) et d'autres popula
Cordy (1989). Neomys sp., Microtus Pleistocene moyen. Cette évolution tions du Pleistocene moyen montre
gregalis et Pitymys subterraneus se manifesta par un développement que les faunes de Cagny-l'Épinette
n'étaient pas représentés dans notre différent de la bande d'émail qui r sont proches de celles de Maast
richt-Belvédère 4 et de Weimar-Eh- prélèvement. Les micromammifères ecouvre les triangles de dentine. Hein
de la couche sont dominés par le ringsdorf qui sont corrélées avec le rich (1978, 1987) a développé une
Campagnol des champs et/ou par le méthode (S.D.Q.) pour calculer les Saalien ancien et attribuées à l'étage
Campagnol agreste Microtus arva- différences concernant la bande isotopique 7 d'après les méthodes
lis/M. agrestis, espèces qui sont d'émail. L'épaisseur de l'émail sur de datation absolue. I
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 2 174
rieur rend les structures évidentes et Plaidter Hummerich A (N = 12)
les structures latentes rares, contra
irement à ce que l'on observe dans
les périodes plus récentes, ce qui Wannen (N=2) constitue un handicap pour les ana
lyses spatiales. Le caractère "mo
derne" des populations du PaléoliRhenen (N = 9) thique inférieur et moyen est l'objet
d'un grand débat (Chase et Dibble,
1987 ; Mellars, 1988, 1991) qui est Maastricht-Belvédère^ (N=25)
en partie alimenté par la présence ou
Weimar-Ehringsdorf (N=7) l'absence de sols d'habitat durant
les périodes concernées. Les argu
ments invoqués concernent ceux re
CAGNY L'EPINETTE (N=7) latifs à l'organisation spatiale et aux
liens fonctionnels entre les activités,
l'existence de camps de base, l'am
Ariendorf 1 (N = 4) énagement d'abris et de pavement, le
transport et le stockage de nourri
ture, la chasse, la consommation de
Schóningen 12B (N = 15) la viande, les différences (organisa
tion spatiale, dimensions) entre les Bilzingsleben (N = 5)
gisements du Paléolithique inférieur
et moyen et ceux du Paléolithique
supérieur (Barrai et Simone, 1972 ; Neede (N = 12)
Bonifay, 1976 ; Bunn, 1981, 1983 ;
Bunn et Kroll, 1986 ; Freeman, 1975,
1978 ; Isaac, 1983, 1984 ; Kind,
1985 ; Leroi-Gourhan, 1961 ; Love- Miesenheim (N = 78) joy, 1 981 ; Lumley, 1 969 ; Lumley et
Boone, 1976 ; Mania et Weber, 1986,
1966 ; Potts, 1984 ; Simek, 1987 ; SDQ Stekelis et al., 1969 ; Tuffreau et
Sommé, 1988).
L'importance des implications qui
190 170 150 130 110 90 70 50 sont en jeu nécessite de tester les
hypothèses favorables ou défavorFig. 5 - Cagny-l'Épinette. Indices de SDQ ďArvicola du niveau I de Cagny-l'Épi-
nette par rapport à ceux de populations d'autres gisements du Pleistocene moyen. ables concernant la réalité de ce qui
peut s'apparenter à des sols d'habit
at lors de la fouille, ce qu'il serait im
possible de faire après. L'analyse crsements complets de grands herbi■ STRATÉGIES DE FOUILLES itique de la nature du niveau И а vores (cervidés, équidés et bovidés), influencé à la fois les stratégies de sans évidence d'un classement réDepuis 1989, les campagnes de fouilles et celles de l'analyse. sultant d'une action de la rivière. fouilles ont surtout concerné les n Les techniques de fouilles emEnfin, les observations sur le terrain iveaux 11, qui à partir de 1993 a été ployées sont celles utilisées dans les et l'examen des premiers plans de subdivisé en 11 et Mb. De nomb gisements susceptibles de contenir répartition permettent de suggérer reuses raisons permettent de pen des sols d'habitat (Leroi-Gourhan et que la répartition du matériel archéoser qu'il s'agit de niveaux correspon Brézillon, 1972). Les artefacts sont logique n'est pas aléatoire. dant à une surface d'occupation dégagés de leurs sédiments et laiunique ou d'occupations qui ont été Cependant, des arguments en fa ssés en place sur une superficie couréduites en nombre. Tout d'abord, le veur de l'existence, au Paléolithique vrant plusieurs m2. Le secteur décontexte sédimentaire est favorable inférieur, de sols d'habitat dont la r gagé fait l'objet de couvertures en raison de la faible énergie de la econnaissance découle de données photographiques verticales, de dessdynamique fluviatile. Ensuite, la dis comparables ont été fortement crit ins. La position de chaque pièce est position du matériel archéologique iqués. Dans un certain nombre de enregistrée avec un théodolite éleccorrespond à une concentration cas, il a pu être démontré que des tronique. Cette méthode d'enregisassez dense, peu épaisse et relativ facteurs non anthropiques ont été la trement permet de réunir les donement horizontale, ce qui signifie qu'il cause des dispositions observées nées nécessaires à l'analyse d'un sol fut abandonné sur une surface assez pour trois raisons, plus particulière d'habitat mais n'est pas suffisante régulière. Sa nature plaide également ment, dans le cas des gisements du pour en démontrer la réalité. en ce sens. Il s'agit de concentrat Paléolithique inférieur. La probabilité
ions de silex allant des petits éclats de l'action de phénomènes taphono- C'est pourquoi, un certain nombre
et débris à de gros rognons et d'o miques est importante en raison de d'ajouts dans les méthodes de
ssements et de fragments compren leur très grande ancienneté. La fa fouilles ont été apportés afin de col
ant toutes les catégories depuis iblesse de l'organisation des traces lecter des données appropriées à la
problématique et de répondre à plu- des petites esquilles jusqu'à des d'occupations au Paléolithique Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 2 175
sieurs types de questions, c'est-à- soient retirés : dessin à la main, coude perturbations, notamment celles
dire l'importance de l'action des dues à l'eau. Une concentration de verture photographique verticale par
m2 avec un appareil de moyen foragents naturels (transport et classe grands artefacts alors que les él
éments petits sont rares, et vice- ment du matériel par le cours d'eau mat, coordonnées X, Y et Z pour
et l'action des carnivores, l'intégrité versa, peut être une indication sign chaque pièce, orientation (horizont
de l'assemblage en terme de com ificative d'un remaniement. Par ale, inclinée et verticale) de l'axe
portement (éventuelle exportation de contre, la production d'outils et leur longitudinal et de la largeur des
supports et d'outils ou mélange ré réavivage, attestés par la présence pièces allongées.
sultant de plusieurs occupations), d'éclats de retouche et de préparat
A partir de 1991, un certain liens ou absence de liens entre la ion est un critère permettant de r
nombre de méthodes d'enregistrfaune et les éléments lithiques econnaître la présence d'une surface
ement furent adoptées de façon à (Chase et al., 1994). d'occupation où des activités de
pouvoir mieux prendre en compte les maintenance ont eu lieu.
Les remontages bien que n'étant aspects taphonomiques de la sur
Les analyses géophysiques, esune panacée (Bordes, 1980 a et b) face d'occupation supposée du nsentiellement la susceptibilité masont nécessaires pour apprécier la iveau 11. Un théodolite électronique
gnétique et la résistivité électrique, réalité de la surface de répartition est connecté à un micro-ordinateur
sont utilisées pour déceler les secdes ossements. Dans le cas présent, et à une imprimante portable. Il est
teurs perturbés ou les aires de combceux concernant les ossements sont ainsi possible d'enregistrer la prove
ustion qui seraient autrement indéplus susceptibles d'apporter des i nance de tous les objets et d'impri
celables. nformations (Enloe et David, 1989) car mer des étiquettes qui sont incluses
la viande pourrit rapidement alors dans chaque sachet avec les pièces.
que les matériaux lithiques peuvent Ce système qui a été élaboré pour
être réutilisés de multiples fois. Ce ■ METHODE les fouilles de La Quina et de
pendant, l'analyse de leur répartition D'ENREGISTREMENT Combe-Capelle bas a déjà été publié
horizontale et de leurs remontages INFORMATISÉ (Dibble, 1987 ; Dibble et McPherron,
(Cahen et al., 1979) peut apporter 1988). Les implications de l'adoption
des éléments à rencontre d'une ac Jusqu'en 1991, les surfaces déga de cette méthode sont nombreuses.
gées sur plusieurs m2 faisaient l'objet tion de la dynamique fluviatile alors La précision de l'enregistrement en
qu'une distribution verticale indique de différentes méthodes d'enregis trois dimensions des artefacts est
un remaniement (Villa, 1982, 1983). trement des artefacts avant qu'ils ne plus grande, ce qui permet un
Cependant, il faut garder à l'esprit
que les causes de remaniement sont
très nombreuses et qu'il est difficile
119 de les déceler sur le terrain (Hofman, 117 118
1992).
L'enregistrement de l'orientation
des artefacts est un moyen de décel
er une éventuelle influence de la dy
namique fluviatile dans la constitu 130 tion de l'assemblage ou dans un
déplacement des pièces. L'orienta
tion horizontale des artefacts est
susceptible de détecter l'influence
du cours d'eau qui dispose les w
pièces parallèlement ou perpendicul
airement à son action (Isaac, 1967 ;
Kelling et Williams, 1967 ; Kluskens,
X sous presse). En outre, l'orientation
129 verticale des artefacts déposés sur
une surface dépend de sa topogra A Silex taillé
phie alors que celle des pièces dé I ^ Rognon placées par piétinement ou par bio-
turbation est plus aléatoire. L'action — A Faune
du courant tend aussi à enfoncer
l'extrémité des pièces en enlevant du
sédiment fin qui est redéposé en ar
rière. Le fait que les éclats soient
trouvés reposant sur la face infé
rieure ou sur la face supérieure est
également significative.
Le tamisage à l'eau est utilisé
pour retrouver de très petits artefacts
22 et fragments d'ossements. Le cla
ssement par dimension est important Fig. 6 - Cagny-l'Épinette. Plan de répartition des vestiges d'un secteur du niveau
pour reconnaître de multiples sortes 11, établi à partir d'un enregistrement avec un théodolite électronique. I
;
:
I
;
:
;
I
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 2 176
119 majeure partie de la zone fouillée.
Dans la ouest, il a été érodé
par le cailloutis H1 localement obser
vable à la base du limon sablo-argi- V
leux H. Le niveau I0, qui correspond
à un limon remplissant un petit che
130 nal incisant le chenal principal n'est
visible que dans le secteur où ce
dernier a son épaisseur maximale
(partie ouest de la fouille). L'exten
sion du niveau 11 coïncide avec celle
du chenal. Le niveau 12 a été rw
econnu sur une superficie de 5 à 6 m2.
Dans la partie est de la fouille, où
le chenal est colmaté par du sédi
129 ment fluviatile fin, le limon argileux
gris-brun repose directement sur
les graviers (J) de la terrasse. Des
silex taillés et des fragments d'osse
ments d'animaux sont présents à la X partie inférieure du limon et parfois
reposent directement sur la surface
Lithique du cailloutis grossier J. Ce niveau a
rchéologique a été dénommé I-J. Les
Faune vestiges lithiques et osseux se répar128 tissent de façon assez diffuse dans
le niveau I-J (Tuffreau et al., 1986).
La partie supérieure des graviers de
la terrasse (J) a été fouillée sur
quelques m2 (fig. 8).
23 22 ■ LES INDUSTRIES
Fig. 7 - Cagny-l'Épinette. Niveau 11. Plan du même secteur que celui de la fig. 6 tel LITHIQUES
qu'il apparaît après de levés manuels.
Les industries lithiques de Cagny-
contrôle plus précis de la répartition fine contenant des niveaux archéolo l'Épinette sont incluses dans les
cailloutis de la couverture sablo- horizontale et verticale des objets giques est fort variable. Ces derniers
(fig. 6). Les erreurs inhérentes avec sont inclus dans le sédiment de limoneuse ou proviennent des diff
une entrée manuelle des données l'unité stratigraphique dont ils por érents niveaux archéologiques de la
sont éliminées. L'analyse de la répart séquence fluviatile fine. La matière tent le nom (I, I0, 11, 12). Ils ne sont
ition horizontale et verticale de caté première utilisée est constituée de reconnaissables que par la présence
gories variées d'artefacts est rendue de silex taillés et d'ossements d'an rognons de silex locaux, de qualité le
possible en peu de temps, avec une plus souvent médiocre, présentant imaux, observables sur une épaisseur
précision que ne saurait atteindre faible. Le niveau I est visible sur la un cortex usé par la rivière. Il s'agit
des plans faits à la main, ce qui
n'empêche toutefois pas la prise de
photographies verticales et la réal
isation de dessins sur le terrain
(fig. 7).
Enfin, l'orientation des artefacts est
automatiquement prise en compte
avec l'enregistrement de deux points
à chaque extrémité du grand axe
pour toutes les pièces allongées.
■ EXTENSION DES NIVEAUX
ARCHÉOLOGIQUES
La couverture sablo-limoneuse (n
31 29 27 25 23 21 iveaux archéologiques H à C1) est
présente sur tout le secteur concerné Fig. 8 - Cagny-l'Épinette. Extension des niveaux archéologiques. 1 limites de la par la fouille. Par contre, l'extension fouille en 1993 ; 2 : niveau 12 3 niveau I0 4 : niveau 11 5 : niveau ; 6 : niveau H (prédes limons de la séquence fluviatile sent partout).

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