Le gisement chalcolithique de la grotte des Gours au Broussan (Evenos, Var) - article ; n°10 ; vol.77, pg 416-428

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1980 - Volume 77 - Numéro 10 - Pages 416-428
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1980
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Jean-Baptiste Joubert
Le gisement chalcolithique de la grotte des Gours au Broussan
(Evenos, Var)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1980, tome 77, N. 10-12. pp. 416-428.
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Joubert Jean-Baptiste. Le gisement chalcolithique de la grotte des Gours au Broussan (Evenos, Var). In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1980, tome 77, N. 10-12. pp. 416-428.
doi : 10.3406/bspf.1980.5229
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1980_hos_77_10_5229Bulletin U SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1980 /ТОМЕ 77/10-12
Le gisement chalcolithique
de la grotte des G ours
au Broussan (Evenos, Var)
par Jean-Baptiste Joubert
Résumé — La grotte à sépultures collectives des Gours a fourni pendant trois campagnes de fouilles un important
matériel lithique, céramique et osseux et en particulier une diversité d'objets de parure qui apporte une contribution à la
connaissance du Chalcolithique provençal.
Elle s'ouvre à une vingtaine de mètres au-dessus
I. — PRESENTATION DU SITE : d'un bel abri sous roche au sol entièrement lessivé,
qui surplombe le ruisseau dans les calcaires emsche-
riens du Crétacé Supérieur (fig. 1). La grotte des Gours est située dans la haute vallée du
L'entrée, orientée au N.E.E., de forme triangulDestel, en amont du village du Brousan, Commune
aire, de 0,80 m de base sur 1,20 m de haut, se d'Evenos (Var), sur la rive droite du torrent. Cadastrée
prolonge par un boyau d'environ 2 mètres de long, sous le n° 479 a de la feuille A Evenos n° 5, ses
de 0,60 de haut avant dégagement qui, après un coordonnées sur la carte I.G.N. au 1/20 000 Toulon 2
coude à gauche presque à angle droit, aboutit à une sont 887,2 — 104,6 — altitude 410.
salle orientée N.E.E.-S.O.O. de 8 mètres de long et
d'une largeur et hauteur moyenne de 1,50 m avant le
début des travaux. De la paroi sud, partent deux
diverticules dont l'un très important et une cheminée
verticale non explorée qui doit communiquer avec
l'extérieur (fig. 2).
II. — TRAVAUX
La grotte a été découverte en décembre 1969 par
MM. Tanguy et Abbona, du groupe spéléologique
« Tourisme et Travail » de Toulon, qui ont recueilli
en surface un outillage lithique composé d'une hache
en roche verte, deux pointes et plusieurs lames en
silex de grande taille, l'une d'elle mesurant 172 mm
(fig. 4, n° 1). Un sondage autorisé par M. Gagnière,
Directeur des Antiquités Préhistoriques de Provence,
a eu lieu en septembre 1970 et montré l'intérêt de ce
site. Trois campagnes de fouilles ont alors été orga
nisées d'une manière intermittente, en 1972, 1973 et
1974.
Les travaux ont porté principalement sur le grand
Fig. 1 - Plan de situation de la grotte. diverticule, l'entrée de la grande salle et la seconde 417
entrée С partie de cette salle vers le fond ; une bande de deux
mètres a été laissée sur toute la largeur à titre de
témoin entre les deux zones fouillées (1).
A — La zone de l'entrée (A2 - A3 - B2 - B3) a fait
apparaître la stratigraphie suivante :
— Une couche supérieure de terre grise pulvéru
lente remaniée ne fournit que quelques ossements
humains, des tessons épais de pâte brune dont deux
rebords et quelques petites perles grises en steatite.
— A partir de 20 cm, le sol devient dur avec de
nombreux petits cailloux de 4 à 5 cm de diamètre
formant caladage ; cette couche d'une quinzaine de
centimètres d'épaisseur est stérile.
— Ensuite, à mesure que l'on descend, les parois
se rapprochent et ne sont écartées que de 25 cm à
70 cm de profondeur, puis descendent verticalement
sur 15 cm ; les travaux ont été alors stoppés pour
laisser un accès vers le fond de la grotte. Le sol en
place est compact, jaunâtre et contient de rares peti
tes perles, mais apparaissent des perles en steatite
plus grosses et des perles en calcite ainsi qu'une
lame en silex brun foncé brisée aux extrémités et une
lamelle de silex blond ; les ossements se raréfient
au-delà de 55 cm de profondeur. Signalons contre la
paroi nord un quadrilatère de 1 x 0,53 m délimité
par de gros blocs de pierres qui semblent posés i
ntentionnellement, avec d'importants fragments de ca
lotte crânienne sous une pierre plate de 15 x 20 cm.
В — La fouille de la grande salle, dans sa partie
vers le fond de la grotte, a montré qu'il s'agissait
d'un ossuaire dans lequel il est très difficile de r
econnaître une stratigraphie dans un remplissage assez
homogène ; les très nombreux ossements épars sont
brisés en fragments plus ou moins gros, très rar
ement en connexion anatomique.
Les travaux ont porté sur les carrés A6 — A7 —
A8 et B6 — B7 — B8, et partiellement A5 et B5
c'est-à-dire que sur plus de trois mètres ils ont cou
vert toute la largeur de la grotte sur 1,60 m à 1,90 m entrée de la de profondeur ; le remplissage est moins épais à nouvelle salle
mesure que l'on s'éloigne de l'entrée.
En descendant et en progressant vers le fond, nous
avons pu voir apparaître un diverticule dans la paroi Fig. 2 - Plan de la grotte avant la fouille (A. Reymondon et C.
nord en B7 (riche en perles) et constater que la Beauquin).
grande salle se prolongeait au-delà des carrés A8 et
B8. L'ensemble du remplissage est constitué d'une
terre grise, pulvérulente, qui, à partir de 50 cm,
devient plus compacte, parfois même très dure et (I) Les travaux ont été conduits avec la collaboration de MM. P. mêlée de calcite détachée du plafond, parcourue de Ballencie et A. Reymondon, du Centre de Documentation Archéologique
du Var. des deux inventeurs et d'un groupe de quelques fouilleurs que je terriers. Au-delà de 1,50 m et dans le diverticule
tiens à remercier, ainsi que Madame Lorna Saint-Aubin, propriétaire du nord, le sol change de nature, la terre devenant jauterrain. nâtre, fine et sèche. J'ai également reçu la visite et les conseils de MM. Berard, J.-L.
Roudil ainsi que de M. Sauzade, assistant à la Direction des Antiquités Les deux premières couches sont très riches en Préhistoriques à Marseille. Je les remercie ainsi que Monsieur F. Lévè- ossements humains, tessons de poteries, petites que. Conservateur à la Direction des Antiquités préhistoriques de Poitou-
Charentes. perles steatite et outillage lithique ; dans la seconde 4J8
couche, à côté des petites perles, on en rencontre de S'il n'est pas possible de déterminer de niveaux
plus grosses, en steatite et en calcite. La troisième archéologiques proprement dit, on peut cependant
couche est relativement pauvre en ossements et en penser que des ensembles funéraires ont été inten
matériel archéologique. Dans la couche médiane, on tionnellement disposés, délimités par des blocs de
peut cependant discerner quelques structures et quel pierres calcaires ou plus rarement de stalagtites tom
ques ensembles osseux : bés du plafond. Mais on ne note nulle part la pré
sence d'un plancher stalagmitique constitué par des a) En B6, entre 60 cm et 80 cm des éléments d'un
blocs détachés du plafond. squelette en position repliée, ossements déplacés par
le passage d'un terrien et non en connexion : 2 f С — Le grand diverticule de gauche (Sud). Le
émurs, 2 humérus, 2 cubitus, 3 fragments de tibia, diverticule qui s'ouvre dans la paroi sud de la grande 1 fragment de bassin, 1 fragment crânien de 7 x 6 cm, salle, en A5, part en direction Sud-Est sur 125 cm en plus 7 petits (occipital), 1 rocher, un maxillaire droit faisant un angle d'environ 60° par rapport à l'axe de avec 3 molaires, 1 prémolaires, 2 vertèbres cervica la paroi, puis devient presque perpendiculaire au les et 40 fragments d'os brisés plus difficilement
grand axe de la grotte sur 100 cm. Cette diaclase part identifiables — à proximité, un gros tesson gris, une
vers le haut à 45° par rapport à l'horizontale ; de perle tonnelet et une grande lame de silex.
60 cm au départ, sa largeur se réduit très vite à 30
b) A 1,15 m de profondeur, à l'intersection des puis 25 cm ; la hauteur, 80 cm à l'entrée, va très vite
carrés A6 — A7 — B6 — B7, apparaît un rond en s'amenuisant.
régulier de 1 10 cm de diamètre constitué de grosses
Les ossements humains sont très nombreux, brisés pierres irrégulières dont un gros bloc de calcite te
généralement en petits fragments, mais à 70 cm de rminé par une stalagmite tournée vers l'extérieur. Ce
rond contient une importante quantité d'ossements : l'entrée apparaît une calotte crânienne. Un crâne
plusieurs os longs (3 fémurs, 3 cubitus, 3 péronés, posé sur le côté droit, avec un trou ovale au niveau
2 humérus), 3 rochers et rotules, une calotte cr du temporal gauche, est alors dégagé dans des condi
ânienne posée sur 3 pierres ; 84 perles en steatite, 1 tions difficiles par M. Balencie. Il manque les deux
perle en cuivre, 1 perle tonnelet, des pendeloques, mandibules mais les mâchoires supérieures portent
des tessons de poterie, une pointe foliacée et une encore quelques dents ; à proximité, une eminence
petite pointe perçoir d'axe en silex blond (fig. 5, mentonnière et dix fragments de maxillaires infén° 6). A l'extérieur du rond, en A7, une lame ap rieurs, dont deux droits, avec début de branche montpointée en place, une pointe foliacée au tamisage. ante. L'ensemble des dents se compose de 16 incisi
ves, 15 canines, 10 prémolaires, 28 molaires ; il Presque au milieu du rond — à son niveau infé
aurait pu y avoir quatre individus. rieur ( — 135) — perpendiculairement à l'axe de la
grotte, allant d'une paroi à l'autre, des pierres droi Il n'est pas rare de trouver des crânes dans des tes posées de chant forment comme un seuil.
enfractuosités, par exemple à la grotte de Terrevaine
Sous le rond, en A7-B7 des petits blocs de pierre à La Ciotat.
délimitent des sortes de coffres remplis d'ossements
La fouille du diverticule a également fourni : 36 humains et de terre avec de nombreuses perles en
perles en steatite, 3 pendeloques à pointe en os, steatite.
1 pendeloque et 1 anneau en os ainsi que plusieurs
c) А 1,80 m on observe deux ensembles elliptiques tessons de poterie.
délimités par des pierres irrégulières de dimensions
variées.
III — MOBILIER Sur A6-A7, mais débordant sur B6-B7, une pre
mière ellipse à peu près perpendiculaire au grand axe
de la salle et mesurant 1 x 0,80 m contient en son
centre un rond de petites pierres plates recouvrant
A) Objets de parure (fig. 3) plusieurs tessons de poterie grise.
En A7-A8, un ensemble perpendiculaire au précé — 1762 perles discoïdes ou cylindriques en steatdent, de taille et forme voisines, mais délimité par ite de couleur bleu-noir ou vert sombre, de diamètre de grosses pierres plates et la paroi est de la grotte, moyen de 3 à 5 mm ; les plus petites n'ont que contient une grande quantité d'ossements humains 1 1/2 mm de diamètre alors que les plus grosses dont plusieurs os longs entiers ou peu fragmentés. atteignent 7 mm. Leur épaisseur varie entre 1 et Pas de perles, ni poterie, ni industrie. 2 mm, mais les plus grosses dépassent 4 mm (n° 11).
Les deux ellipses sont séparées par deux énormes Les trous sont très irréguliers : ronds, cylindriques
ou biconiques. blocs de calcaire polyédriques. 419
— 33 pendeloques « en griffe » ou crochet en os
dont une noire ; 25 d'entre elles sont plus ou moins
brisées (n° 2),
1 — 16 pendeloques à pointe ou piriformes en os,
longues de 10 à 16 mm dont une de type conique
mais aplatie (nos 6-8),
— 10 pendeloques en os à pointe en pas de vis ou
tubes subsegmentés (n° 5) dont : Illustration non autorisée à la diffusion
1 de 30 mm de long à 10 rainures,
1 de 2 mm à 4 rainures, brisée au milieu de la tête,
1 à 3 bourrelets et extrémité conique,
2 à 4 bourrelets, cône à la base, tête carrée à trou rond,
1 à 2 cône à la base, tête à trou
3 sans tête ni base, de 2 à 6 bourrelets.
— 1 pendeloque en os à tige droite,
— 1 en os à tige plate avec cône à la
base, percée de 2 trous superposés,
0 1 2 3 4 5c — 2 pendeloques à pointe à base losangique de
19 mm de longueur (n° 6),
Fig. 3 - Objets de parure (cliché A. Maulny, Commission Régionale — 5 pendeloques en cristaux de quartz hyalin, Inventaire Poitou-Charentes).
percées à une extrémité ou au milieu (n° 1) :
• 1 piriforme,
• 1 allongée à 6 pans terminée à la base par une pyramide ; Elles sont assez bien réparties sur l'ensemble du partie supérieure brisée au niveau du trou (L =28 mm), site mais relativement plus nombreuses dans les cou • 1 en forme de polyèdre à 6 faces, allongée (L = 22 mm) à
ches supérieures. trou biconique,
• 1 ovale (L = 12 mm) plus opaque que les autres, — 77 perles en calcaire, grises mais devenant • 1 en quartz très transparent, à pointe en bâtonnet (L = 23 blanches après nettoiement (n° 9). mm) brisée près du trou.
Elles sont de deux types du point de vue dimen — 1 anneau en calcaire : diamètre extérieur = 19 mm
sions : intérieur = 13 mm
• diamètre moyen de 6 à 8 mm, trou central 2 mm,
hauteur 3 mm, — 1 rectangle en nacre (L = 15 mm, 1 = 10 mm)
• d'autres, moins nombreuses, sont plus petites, de percé de 2 trous (origine indéterminée),
diamètre moyen 3 mm. — 1 triangle equilateral métallique de 6 mm de Réparties sur l'ensemble du site sauf le diverti- côté, cule, à partir de 50 cm de profondeur, elles sont
— 1 perle tubulaire en cuivre oxydé avec renflesurtout abondantes au-delà de 1 mètre.
ment en son milieu — brisée en 14 fragments, devait — 14 perles métalliques en cuivre, discoïdes ou
mesurer 15 mm de long, cylindriques, d'un diamètre de 3 à 4 mm (n° 7).
— 2 fragments de cuivre. L'une d'elles est constituée par une feuille enroul
ée, une autre n'est pas entièrement percée. En dehors des objets de parure, il a été trouvé un
Plus 3 petits fragments de plaquette métallique poinçon en bois durci.
non enroulés.
— 3 perles à ailettes, dont deux trilobées (n° 3) et B) Industrie lithique (fig. 4 et 5)
une du type fondamental III, à tige droite de 18 mm
avec un petit anneau perpendiculaire à son milieu La presque totalité de l'industrie est constituée de
(n°4.). (1) pointes et de lames :
— 6 perles « tonnelet » ou olivaires en roche gris- Pointes ou flèches vert de longueur respective de 10, 15, 15, 16, 19 et
23 mm et de diamètre de 7 à 9 mm (n° 10). — Flèches bifaces, foliacées, plates, plus ou
moins larges ou allongées. Elles sont au nombre de
1 1 ; cinq sont à retouches bifaciales couvrantes irré
gulières. Les autres ne sont retouchées que sur une (1) f. M. Bordreuil - Recherches sur les perles à ailettes. Congrès face ou à retouches latérales. Préhistoriques de France, Ajaccio 1966, p. 252, fig. 1. 420
0 1 2 3 4 5cm
Fig. 4 — Industrie lithique — Pointe et grandes lames provenant des couches supérieures.
— Une extrémité brisée de pointe, à coupe biconA l'exception d'une petite pointe en silex blond
vexe et retouches bifaciales trans verses (fig. 5, n° translucide de 20 mm à extrémité distale pointue, les
longueurs s'échelonnent entre 25 et 50 mm, l'épais 7),
seur entre 3 et 5 mm (fig. 4, n° 2) (fig. 5, nos 4 et 8 à — Une flèche en silex gris blanc de 64 mm, à long
14). Elles sont en silex : brun, gris ou noir... sauf pédoncule, à soie axiale et bords convergents ; re
l'une d'elles en quartz translucide avec des taches de touches bifaciales. L'extrémité distale, arrondie,
rouille (fig. 5, n° 9). semble ravivée en grattoir (fig. 5, n° 5). I
421
if
72 13 14 15
0 12 3 4 5cm
Fig. 5 — Industrie lithique — Lames (1 à 3) ; pointes (4 à 14), à pédoncule (5) ; lamelles (15-16).
Lames longueur supérieure à 96 mm et la plus longue atteint
172 mm (fig. 4, n° 1). J'ai trouvé une lame analogue Neuf lames en silex brun foncé ou très foncé, sauf
il y a quelques années dans une grotte voisine. Elles la plus grande qui est de couleur grise, très claire.
sont toutes bien retouchées latéralement et certaines Trois appointées à une extrémité, une à troncature
oblique (fig. 4, n° 5). Sept d'entre elles ont une portent des traces d'utilisation (faucille ?). Les sec- 422
que déjà décrite ; il s'agit d'une poterie noire, fine, mince (4 mm tions sont trapézoïdales ou en arc brisé. Deux
d'épaisseur) avec deux rainures irrégulières parallèles au bord à 4 fragments trouvés dans des endroits voisins de la et 13 mm au-dessous, grotte se raccordent parfaitement pour former une — deux petits fragments de fonds, poterie mal cuite avec lame de 96 mm (fig. 5, n° 1). coups de feu, épaisseur 6 mm,
— fragments de poterie à épaulement — pâte noire vacuolaire, Lamelles lustrée extérieurement, épaisseur 4 mm.
Une lamelle en silex clair gris-blanc, très étroite à
retouches distales et latérales discontinues (fig. 5, n° Moyens de préhension
15). — Tesson avec mamelon de préhension, genre
Une lamelle en silex blond, à retouches distales et bouton rond proéminent de 16 mm — épaisseur de la
mésiales discontinues, burin d'angle (fig. 5, n° 16). poterie 13 mm, brune extérieurement, noire intérieu
rement.
Outillage divers
Tesson de poterie brun rougeâtre, bien cuite, à — Un grattoir sur bout de lame épaisse (fig. 4, n° gros grains de dégraissants avec rebord et oreille de 3) analogue à celui trouvé à la Station de la Calade, préhension horizontale, longue de 40 mm, proémiFontvieille (Bouches-du-Rhône) coll. Poumeyrol et nente de 20 mm, pas tout à fait parallèle au bord ; reproduit fig. 68 n° 8 in « Néolithique de Provence » épaisseur du tesson 11 mm.
de J. Courtin.
— Trois tessons à anse funiculaire verticale :
— Un perçoir d'axe en silex blond, brisé à la 1 — pâte grise noirâtre, bien cuite à nombreuses particules de base ; la coupe de la cassure est en forme de trapèze dégraissant siliceux, brune et lustrée intérieurement — anse ver
(fig. 5, n° 6), ticale à trou rond ;
2 — pâte brune bien cuite, lustrée, trou central allongé ; — Un bout de grattoir en silex à fines retouches, épaisseur 8 mm ;
— Sept éclats de silex dont un éclat d'amorçage, 3 — pâte mal cuite, coups de feu ; épaisseur 8 mm, trou
central allongé ; — Deux nuclei en silex noir,
— un tesson à anse funiculaire horizontale tunneliforme, dé
— Une hache en roche verte de 61 mm, de section part à 22 mm sous le rebord, large de 33 mm à trou presque rond,
poterie brune, dure, à dégraissant siliceux, avec rebord, épaisovale.
seur 10 mm.
C) Céramique
D) Ossements humains
II a été recueilli 572 tessons de poteries, mais bien
II a été recueilli au cours des fouilles 107,950 kg entendu, tous ne présentent pas la même importance
d'ossements humains. par leurs dimensions, leur nature, leurs types. Les
formes sont simples, généralement à fonds ronds et Ces ossements sont généralement brisés en petits
lustrage irrégulier. Dans l'ensemble, la pâte est plu fragments difficiles à identifier. Ils sont entassés
tôt bien cuite et la teinte la plus courante est le brun dans l'ensemble du site qui constitue un ossuaire
avec des variantes rougeâtre ou marron clair ; le dans lequel ils ont été jetés pêle-mêle sans que des
lustrage est fréquent, soit intérieur, soit extérieur, sépultures puissent être individualisées. Certains
portant rarement sur les deux faces. Le dégraissant fragments sont cependant suffisamment importants
est constitué de fines particules de silice et l'épais pour être reconnus, d'autres sont entiers.
seur moyenne des tessons varie entre 8 et 10 mm. En
On peut dénombrer par exemple : 1 980 fragments plus petite quantité, on rencontre aussi une variété de
d'os longs, 23 humérus, 11 radius, 16 cubitus, pâte mal cuite, plus foncée avec trace de coup de feu
28 fémurs, 18 tibias, 47 rotules, 29 rochers, 16 cal- et gros grains de dégraissant calcaire ; tessons
caneums, 76 vertèbres, 535 phalanges. d'épaisseur inférieure à 8 mm.
En B6 à Z = 155, bien que les ossements ne soient Les reconstitutions partielles montrent qu'il s'agit
pas en connexion, on note un ensemble assez cohéde récipients de grande taille. Cependant, 18 tessons
rent qui peut correspondre à un squelette replié déjà de poterie rougeâtre, non lustrée et mal cuite, de 5
signalé en (a) dans la description de la fouille de la mm d'épaisseur se raccordent pour former un bol
grande salle. hémisphérique de 18 centimètres de diamètre, à r
ebord légèrement aminci. Un tesson porte à 12 mm En A7/A8, parmi les os longs entiers ou presque, sous le bord un bouton de préhension allongé, sans on note en particulier : perforation. — 2 fémurs, 2 tibias, 2 humérus, 1 cubitus, 2 cotyles et os
Il convient de signaler également : iliaques... appartenant vraisemblablement au même individu ;
— neuf rebords, la plupart en forme de bourrelets, souvent très — 2 fémurs, 2 tibias, 2 humérus, 2 radius, 1 cotyle et os
iliaque... appartenant à un autre individu de plus petite taille. déversés vers l'extérieur. L'un d'eux se différencie de la :
:
:
:
423
L'étude en a été effectuée par M. Risterruci, Quelques mandibules sont plus complètes :
Conservateur du Muséum de Toulon. Un fémur me — Deux corps mandibulaires sans branches montantes dont un
sure 45 cm, un radius 21 cm, un humérus 29 cm et appartenant à un enfant de 1 1 à 12 ans où l'on voit apparaître à la
l'autre humérus 32 cm ; il s'agirait d'individus de radio, sur le côté gauche, la dent de 12 ans et le germe de la dent
de sagesse. 1,65 m environ. Les indices platycnémiques mesurés — Une mandibule sans branche montante droite, avec présur deux tibias appartenant à deux individus diffé sence de toutes les alvéoles, mais où ne restent que des molaires rents sont respectivement de 64 et 65 cm. mal conservées.
— Une mandibule sans condyle gauche très dentée, et les En tenant compte du nombre des dents et de cer dents absentes (4 incisives et 1 prémolaire) ont disparu post tains ossements caractéristiques : atlas, rochers, pha mortem ; usure importante sur un sujet d'âge avancé.
langes, rotules... on peut avancer un chiffre min Les deux crânes trouvés dans le diverticule ont été imum de 58 individus. étudiés par Mademoiselle Odile Bœuf du Laboratoire
Il a été trouvé 1 324 dents plus environ 400 de Paléontologie des Vertébrés et Paléontologie Hu
fragments de couronnes ou de racines. maine de la Faculté des Sciences de Poitiers, dirigé
par M. le Professeur Guth. Je tiens à les remercier.
La répartition est la suivante : 448 molaires, 298 Cette étude fait l'objet d'une annexe spéciale. prémolaires, 199 canines, 379 incisives.
3 1 dents lactéales ont été dénombrées dont E) Ossements ď animaux
22 molaires bien conservées appartenant à des sujets
de 3 à 12 ans. Ils sont assez rares et proviennent essentiellement
d'animaux fouisseurs et de capridés. Les dents ont été examinées par le Docteur Fou-
Ils ont été examinés par M. Risterruci, Conservatrestier, Chef du Service Stomatologique de l'Hôpital
eur du Muséum d'Histoire Naturelle de Toulon ; ont des Armées de Toulon, et un lot de 710 dents a fait
été identifiés : l'objet d'une étude du Docteur Giovanelli,
Chirurgien-Dentiste à Toulon, qui sera publiée dans Capridés
une revue spécialisée. Je le remercie de m 'avoir — 1 crâne qui se présentait à l'envers, cornes en bas,
— 3 fragments de mâchoire supérieure avec quatre dents chaautorisé à reproduire ci-dessous quelques-unes de ses
cune, conclusions : — 9 molaires, dont trois très usées,
— 1 bassin, « En ce qui concerne les dents permanentes,
— 3 humérus, 2 fémurs, 1 cubitus et divers fragments longs l'étude pathologique ne fait apparaître qu'un nombre (côtes), infime de caries : quelques fausses caries ne sont que — 7 vertèbres,
des évidements coronaires post mortem. Le volume — 4 métatarsiens,
pulpaire est souvent important bien que les dimens — 1 osselet.
ions de la dent soient proches de nos dents actuelles. Rongeurs L'abrasion pour les molaires et prémolaires inférieures — 1 crâne,
est horizontale, légèrement oblique vers le côté li — 6 dents,
ngual, c'est sur ces dents que l'usure est la plus im — 1 bassin et divers ossements.
portante ; pour le maxillaire supérieur, l'abrasion se Petits carnivores fait du côté palatin. — 1 branche droite de maxillaire inférieur,
— 1 mâchoire inférieure, Si la carie n'atteint jamais les molaires, l'usure et — 1 dent et deux griffes.
la parodontolyse sont fréquentes entraînant le jeu des
ainsi que molaires entre elles et leurs usures proximales ; on — 1 molaire et divers os de patte d'un bovidé, s'aperçoit également de la présence constante des — divers ossements d'oiseaux, dents de sagesse, toujours en position fonction — plusieurs helix aspersa.
nelle. »
Pour les unicuspidées, on observe que les incisives
inférieures dont les racines sont très droites, sont IV. — CONCLUSION
rarement bien conservées, que les incisives supérieures
le sont mieux. Comme l'écrit Jean Courtin (1), le Chalcolithique
Le nombre de fragments mandibulaires et maxill qui débute dans la deuxième moitié du IIIe millénaire
aires est relativement important, 30 pour les pre « ne constitue pas en Provence un Age du Cuivre en
miers — dont 8 eminences mentonnières — 14 pour raison de l'absence de gîtes métallifères ». Le Chal
les seconds. La plupart des alvéoles sont déshabi- colithique se caractérise par des critères typologi
tées, soit post, soit ante mortem ; il n'y a jamais ques : grandes lames en silex, flèches, perles, pen
d'incisives en place. deloques... 424
une influence italienne de la civilisation de La Po- La Grotte des Gours, grotte à sépultures collectives,
lada. La Grotte des Gours n'a rien donné de semblaba livré un mobilier funéraire caractéristique analogue
à celui défini ci-dessus et appartient donc bien au le et serait plus typiquement chalcolithique.
Chalcolithique provençal ; mais il y avait aussi des L'importance et la diversité du mobilier trouvé perles de cuivre. apportent des renseignements qui confirment l'inté
Elle renferme en particulier certains éléments de rêt de cette grotte pour l'étude des sépultures collec
tives du Chalcolithique de Provence. Les travaux parure : pendeloques en griffe, perles à ailette, à
doivent pouvoir être poursuivis et développés, d'aupointe... qui seraient des importations languedociennes.
tant plus qu'il est certain que la grande salle se Elle diffère d'une autre grotte chalcolithique que prolonge vers le fond et qu'un diverticule peut-être j'ai fouillée il y a quelques années dans le Var, la important s'ouvre dans la paroi nord. Baume des Maures à la Garde-Freinet (2). D'abord
J.-B. JOUBERT, par le rite funéraire : alors qu'aux Gours les osse Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites, ments humains sont entassés pêle-mêle, à la Baume Hôtel de Sully, 62, rue Saint- Antoine, 75004 Paris, des Maures, ils sont dans des coffrages, sortes de Centre de Documentation Archéologique du Var,
petites cistes en dalles de gneiss, brûlés et fragment Antenne de Toulon.
és. Ensuite, par certains éléments de mobilier,
(1) J. COURTIN — Le Néolithique de Provence. Paris. Klincsieck, p. 11. essentiellement de flèche à bords denticulés et sur (2) J.-B. JOUBERT — La Grotte de la Baume des Maures. Annales de la tout une tasse à fond rond, biconique, avec une anse Société des Sciences Naturelles et Archéologie de Toulon et du Var, 1967 - 1968 - 1969. en ruban relevée de type Bronze ancien qui dénote

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