Le gisement épipaléolithique de la Muette I, commune du Vieux-Moulin (Oise) - article ; n°10 ; vol.82, pg 377-388

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Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1985 - Volume 82 - Numéro 10 - Pages 377-388
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
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Jacques Hinout
Le gisement épipaléolithique de la Muette I, commune du Vieux-
Moulin (Oise)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1985, tome 82, N. 10-12. pp. 377-388.
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Hinout Jacques. Le gisement épipaléolithique de la Muette I, commune du Vieux-Moulin (Oise). In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1985, tome 82, N. 10-12. pp. 377-388.
doi : 10.3406/bspf.1985.8647
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1985_hos_82_10_8647:
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gisement épipaléolithique de La Muette 1 Le
commune du v îeux-Moulin (Oise)
par Jacques Hinout
dune arasée qui s'est formée sous des vents nord- Ce gisement est situé dans la forêt de Compiègne,
au lieu-dit « La Muette » qui tire son nom d'un ouest. Cette dune possède encore à sa partie la plus
rendez-vous de chasse La Muette, nom dérivé de La haute une puissance de 2,20 m au-dessus du dépôt de
Meutte (Château de la Meutte au bois de Boulogne, pente.
1743). A cette époque, on savait par la tradition que
ce mot s'écrivait muette mais se prononçait meute ;
l'oubli vint et Ton prononça muette selon récriture.
Ce gisement a été découvert, en 1982, par J.-C.
Blanchet et fouillé, en 1985. par l'auteur. Cette
DESCRIPTION DE LA COUPE (fig. 1) publication résume les données observées sur le site :
1) l'examen d'une coupe située dans la zone d'occu
pation, coupe qui présente plusieurs facteurs pédogé
Une coupe en К et L, 23, montre la succession nétiques ; 2) l'étude de la disposition de l'habitat et
des ateliers de taille ; 3) un schéma de densité des suivante de haut en bas : de 0 à 0,10 m, sol humique
produits bruts de débitage, recueillis par tamisage actuel, présentant une couverture végétale composée
après carroyage métrique ; 4) la description et un de fougères, mousses et herbacées ; de 0,10 à 0,50 m,
un horizon lessivé blanchâtre avec de nombreuses diagramme des éclats et des lames, bruts de taille ; 5)
l'étude typologique des outils et des armatures- racines de fougères actuelles et des plaques disconti
standard par l'analyse des données. nues d'un sol ancien noirâtre contenant le mobilier
lithique accompagné de minuscules charbons de bois.
De 0,50 à 1 m. sable ocre avec un alios démantelé en
tuyau d'orgue, oblitéré par d'anciennes racines de
fougères qui se traduisent par de petits tunnels
remplis d'un sédiment jaune clair, témoin d'une
LE SITE pedogenese complexe. De 1 à 2,20 m. les sédiments
deviennent plus pâles, avec des passées argileuses,
zébrés de petits horizons bruns et de tunnels laissés
Le site de « La Muette 1 » est situé dans une petite par d'anciennes racines d'arbres comblées par des
clairière au milieu d'une pinède qui a succédé à une sables plus clairs. De 2,20 à 2,50 m. un dépôt de
hêtraie centenaire. Le sol, à cet emplacement, est pente constitué de blocs de grès, de galets de Sinceny
constitué de sables de couverture (E, S. 2. p), et de fossiles très érodés, emballés dans une matrice
E : matériau de remaniement éolien : S sable ; sablo-argileuse. légèrement solifluée. marque d"un
2 drainage naturel modéré : p podzol ( 1981 . Wùrmien final. Cette couverture éolienne et ce dépôt
Cartes des sols de la forêt de Compiègne). L"aire de pente viennent surcharger la roche-mère en place,
d'occupation est limitée par un petit plateau, d'une constituée de sables verdâtres à lignes d'accumulat
centaine de mètres carrés, au sommet d'une petite ion noires. :
:
.
378
peut le voir sur le schéma de densité représenté sur la
figure n° 3. Il s'agit peut-être de l'emplacement ďun
abri avec, au sol, un revêtement quelconque, végétal
ou animal ? Sur ce même plan, on relève également
en pointillé les distances séparant les parties des
différents outils ou armatures remontés et figurés sur
les planches 5, 6 et 9. Un bloc de grès pyramidal
triangulaire, hauteur : 0,18 m, largeur à la base
0,12 m et épais de 0,07 m, présente un polissage sur
les deux faces et quelques traits finement gravés. Il
était dressé sur l'un de ces côtés, à la limite des carrés
J et К 23 sur le sol d'occupation. En J 18, une pierre
calcaire, en forme de pic ou de quartier d'orange, de
0,18 m de long, de 0,06 m de large et de 0,05 m
d'épaisseur présente en son milieu deux traits gravés
(fig. 11). Ce sont les deux seuls objets recueillis sur le
site et qui ne soient pas en silex. Rappelons qu'aucun
dépôt de pente n'a été mis au jour sur le sol d'habitat,
ce gisement se trouvant sur des sédiments éoliens,
tout objet lourd était forcément apporté par
l'homme.
SCHEMA DE DENSITE DES ECLATS BRUTS
DE TAILLE
Les 3 244 produits bruts de débitage étaient répart
is comme le montre la figure 3. Au centre du
gisement, trois carrés contenaient plus de 150 éclats :
L 20, N 21 et N 22 coloris 4 ; 15 carrés entre 50 et
150 éclats, N et О 19 ; К, M et N 20 ; K, L. M 21 et
22 ; K. L, M, N 23 coloris 3. Il s'agit du centre de 2 50
l'atelier principal de débitage. Dans un coloris plus
clair : 2, les carrés contenaient entre 10 et 50 éclats. Fig. 1 - Épipaléolithique de La Muette 1. Coupe en К, L, 23 de haut en bas : S,
sol actuel ; FR, racines de fougères récentes ; P, plaques noirâtres d'un Les carrés les plus clairs, coloris 1, ne contenaient
ancien sol ; I, industrie lithique en place ; FA, petits tunnels de racines de que 1 à 10 éclats. Bien entendu, les carrés blancs fougères anciennes, remplis d'un sédiment plus clair ; RA, tunnels de
racines d'arbres anciens, comblés par des sédiments plus clairs ; A, étaient stériles, il est à noter que les P 21 et
passées argileuses : D, dépôt de pente légèrement soliflué. Q 20, confirment la présence d'un abri,
comme indiqué plus haut.
PLAN DE L'HABITAT
INVENTAIRE DU MOBILIER LITHIQUE
La structure principale est une surface d'occupat
ion de forme ovalaire, limitée par l'espace stérile Nucleus 21
entourant ce campement (fig. 2). Sur le plan, on note Flanc de nucleus 7
que les nuclei étaient rejetés pour la plupart, à la Tablette ďavivage 7
limite des ateliers de débitage, avec trois concentrat Lame à crête 16
ions principales au nord, à l'est, à l'ouest et, Galet débité 10
Lame entière 168 nettement détaché, au sud, un petit emplacement de
Éclat entier 181 taille avec quelques outils, dont cinq grattoirs. Entre
ce petit groupement d'outils, d'armatures et d'éclats fragmenté 2 533
de taille, et la zone principale de l'habitat, un espace Lame, fragment distal ou médial 198
est vide d'outils et de déchets de taille, comme on proximal 103 3 244 379
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Fig. 2 - Épipaléolilhique de La Muette 1. Plan de l'habitat. 1. nucleus : 2. Rrattoir ; 3. pointe de la Muette et pièce à dos : 4. pointe de Tjonger en deux parties
5. recoupes de dos et de piquant-trièdre : 6. pointe à soie : G, grès poli et gravé : С pic en calcaire. 380
Fig. 3 - Épipaléolithique de La Muette I. Schéma de densité des produits bruts de débitage : 1. de 1 à 10 : 2, 1 1 à 50 ; 3, de 51 à 150 ; 4, plus de 150. .
.
.
.
.
.
381
1 dans le rapport de deux largeurs pour une longueur : Chute de burin
L/l = 2. Il apparaît que cette limite est aléatoire et 5 Recoupe de dos abattu de piquant-trièdre 2 que dans de nombreux cas. elle est dépassée, et le
terme « éclat laminaire » se justifie largement. Tous Encoche et cran technique 5 13
ces éclats et ces outils ne présentent aucune patine ; il Troncature simple 8
semble qu'ils ont été très vite recouverts par des Lame utilisée 4
sédiments et restés enfouis jusqu'à leur mise au jour Éclat utilisé 2
2 16 lors de la fouille. Fragment de percuteur
1 Bloc de grès poli et gravé
Pic en calcaire ? 1 2
6 5,41 % Burin
Grattoir 61 54.95 QUELQUES ASPECTS DU DÉBITAGE
7 6.31 Racloir
Denticulé transversal 3 2.70 latéral 5 4.50 Les nuclei sont de types prismatiques pour la Lames à retouches marginales . 8 7.21 plupart, nus 1 à 3 (fig. 5) ; à un ou deux plans de Lame à indentations 8 7,21 frappe, à plans croisés, n" 2. Ils sont tous à lames et 10 9,01 Outil-troncature sont ravivés par enlèvements de tablettes, de à 1 0,90 Bec crêtes ou de flancs de nuclei, n's 4 à 6 et 9. Par suite Couteau à dos naturel 2 1,80 de la préparation des plans de frappe, les lames Total des outils 111 100,00 % présentent parfois un rétrécissement à la partie
1 Pointe de Tjonger 1.30 % proximale, n's 13 et 14. On constate nettement une
2 2.60 à soie entière recherche de lames robustes et épaisses pour la
3 3.90 Pointe à soie fragment production des différentes armatures dont l'épaisseur à dos et troncature droite 12 15.58 varie de 3 à 6 mm (fig. 9). Comme les éclats, une
Pointe à dos et tr. dr. fragment . 31 40.26 grande quantité de ces lames étaient fracturées, n"s 5, à dos fragment distal 9 11.69 6, 8 et 10. Deux fragments de galets débités présen
Lamelle à dos fragment distal . 5 6,49 taient des traces de percussion, tel le n1 7. Les à dos médial . 12 15,58 quelque 300 fragments distaux, médiaux ou proxi-
Lamelle à dos fragment proximal 2 2,60 maux, donnent une idée du nombre de pointes à dos
Total des armatures 77 100,00 et à troncature produites sur ce gisement. La techni
que du piquant-trièdre est très peu employée,
l'obtention des pointes se faisant par retouches
abruptes directes, d'où la présence de quelques
recoupes de dos, n's 43 et 44, ainsi que celle d'une
LAMES ET ECLATS BRUTS ET RETOUCHES pointe non terminée n° 21 (fig. 9), ce qui précise le
mode de fabrication de ces armatures. Parfois une
retouche distale, opposée à la retouche principale,
Le diagramme représenté sur la figure 4, montre la venait apointer l'armature, nos 5 à 11 et 13. Environ
répartition des éclats et des lames, longueur x 30 % de l'ensemble du mobilier lithique a subi
largeur, exprimées en millimètres. Les petits carrés l'action du feu. Par ailleurs, aucune trace de gel ne
représentent les lames brutes entières (168), les semble avoir affecté ce matériel.
carrés plus gros, les éclats entiers bruts (181), 1, 8 à
11 la position des outils mesurables ; 2 à 7, les lames
à retouches marginales et un burin sur cassure avec à la base. La forme du nuage,
TYPOLOGIE DES OUTILS ET ARMATURES qui va en s'élargissant vers les grands éclats et les
lames, est classique dans ce mode de débitage. Les
lames utilisées pour la fabrication des armatures se
situent au centre du diagramme, contrairement à ce Les burins
que l'on a pu observer dans les gisements mésolithi
ques de cette région (1984, J. Hinout). Aucun outil ni
armature n'ont été fabriqués sur des lames ou des
éclats de dimensions inférieures à 30 mm et la n' Trois 16 (fig. burins 6) ; deux sont sont simples, sur cassure à un dont enlèvement, l'un a été production de ces artefacts, apparemment inutilisés,
pose un problème. La droite de pente 2 qui partage le remonté avec le grattoir d'où il provenait, n°" 3 et
diagramme en deux parties est la limite habituell 15 : un seul est sur lame cassée, à troncature droite.
ement admise pour distinguer une lame d'un éclat. Un racloir présentant un enlèvement légèrement 382
: о ■ ■
Fig. 4 - Épipaléolithique de La Muette 1. Diagramme. 1, 8 à 11, racloirs marginaux ; 2 à 6, lames à retouches marginales et à indentations : 7, burin sur lame à
retouches marginales ; 0, ligne de pente 2, séparant les éclats des lames. .
383
Fig. 5 - Epipaléolithique de La Muette 1 1 à 3 nuclei : 4, flanc de nucleus ; 5. grattoir sur lame à crête fracturée et présentant deux patines : 6, tablette d'avivage : 7.
fragment de percuteur : 8 à 12, lames entières ou remontées, le n" 9, à crête ; 13 et 14, lames à talon rétréci. 14 a, remontée sur 14 h. ;
384
Fig. 6 - Épipaléolithique de La Muette 1. 1 à 12 grattoirs, le n" 3. se remonte avec un burin sur cassure avec retouches d'arrêt, n" 7, grattoir opposé à une troncature
oblique et traces d'utilisation sur le bord de la face inférieure, n" 12, grattoir et denticulé latéral 13, denticulé latéral ; 14. denticulé transversal ; 15 à 17,
burins divers ; 18, fragment proximal d'une lame à retouches marginales ; 19, racloir ; 20, racloir sur la face inférieure et coup de burin retouché dans
l'entaille ? ; 21, couteau à dos naturel ; 22, outil-troncature sur lame à crête ; 23, outil-troncature. .
:
:
.
385
retouché. n° 20, pourrait être aussi un burin simple ce faire, le grattoir-standard de chaque gisement est
sur racloir. représenté par un carré, et. de plus, chaque outil-
standard est dessiné près du groupe. Dans ce cas. Le nombre réduit de burins par rapport aux nous constatons que le nuage est divisé en quatre grattoirs : 6 ou 7 pour 61, soit 10 %, montre bien que amas distincts, sur le plan 1x2 (fig. 8). L'amas A, nous ne sommes plus au Paléolithique supérieur mais azilien, est nettement séparé des deux amas T, à la période de transition — V Épipaléolithique — qui tardenoisien. et E, épipaléolithique de La Muette, de précède le Mésolithique. Vénerolles et de Hannappes. La quatrième concent
ration N. néolithique, opposée aux trois autres,
Les grattoirs s'étire du Néolithique ancien au Néo-Chalcolithique
récent. 11 est à noter que le groupe des grattoirs-
standard épipaléolithiques s'approche du groupe taCe sont les outils les plus nombreux et ils représent rdenoisien, sans s'y mêler ce qui n'est pas sans ent 55 % des outils. Une analyse factorielle a permis signification. de mettre en évidence le grattoir-standard de cet
ensemble (fig. 7). Sur le plan 1 x 2, le nuage affecte
la forme d'une ellipse centrée de façon relativement
lâche et présentant quelques vides ainsi que quelques
points extrêmes, mais la densité des carrés représent
ant les grattoirs est importante au centre de gravité
du nuage tandis qu'elle diminue de façon constante
lorsqu'on s'approche de la périphérie. Cette forme,
classique, traduit la présence d'une seule « populat
ion » de grattoirs selon les critères dimensionnels
employés ici. Ce grattoir-standard, situé au milieu du
nuage, présente les cotes suivantes : longueur :
43 mm, largeur : 29 mm, épaisseur 10 mm, angle de
la retouche : 62°. Une seconde analyse de plusieurs
« populations » de grattoirs, appartenant à trois
gisements aziliens, à six tardenoisiens, à cinq néo-
chalcolithiques et à trois épipaléolithiques, permet de
comparer les différents standards par époque. Pour
Fig. 8 - Epipaléolithique de La Muette 1 Analyse de plusieurs populations de
grattoirs. Variables A = longueur. В = largeur. С = épaisseur. D =
angle de la retouche ; A. gisements aziliens : ï, tardenoisiens ; E,
épipaléolithiques : N. néo-chalcolithiques.
La figure 6 présente une partie des grattoirs qui ont
servi à réaliser la première analyse factorielle. Le
n° 1, le plus éloigné du centre, se place en deçà de la
variable A. longueur. A l'opposé, le grattoir n" 6. est
un des plus courts. Le n' 9, le plus large, se trouve
près de la variable D. largeur. Le n" 11. le plus épais,
est proche de la variable C, épaisseur ; les n ч 7. 8 et Fig. 7 - Épipaléolithique de La Muette 1. Analyse en composantes principales 12 sont au centre du nuage. Le grattoir-standard est des grattoirs. Variables : A = longueur. В = largeur. С = épaisseur. D =
angle de la retouche : 1, grattoir-standard. identique au n" 12.

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