Le gisement mésolithique du Petit Marais, La Chaussée-Tirancourt (Somme) - article ; n°2 ; vol.92, pg 249-260

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1995 - Volume 92 - Numéro 2 - Pages 249-260
RÉSUMÉ Situé en bordure de la plaine alluviale de la Somme, le Petit Marais de La Chaussée-Tirancourt présente une superposition de niveaux mésolithiques compris dans des sédiments favorables à la reconstitution du paléoenvironnement et à la préservation de la faune. Les occupations principales sont attribuables à la fin du Mésolithique moyen. Elles livrent un mobilier riche et diversifié, témoignage de multiples activités allant des travaux domestiques au traitement des défunts. Trois grandes fosses sont associées spatialement à une inhumation secondaire et à un dépôt d'incinération humaine.
ABSTRACT Located along the edge of the alluvial plain of the Somme, the site of the Petit Marais at La Chaussée- Tirancourt offers a superposition of mesolithic levels, included in sediments which are favourable for the reconstitution of the paleoenviron- ment and the preservation of fauna! vestiges. The main occupations are attributable to the end of the Middle Mesolithic. They give rich and diversified remains, which are the evidences of numerous activities, going from domestic works to the treatment of dead persons. Three big pits are spatialy associated with a secondary burial and a deposit of human cremation.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1995
Lecture(s) : 82
Nombre de pages : 12
Voir plus Voir moins

Thierry Ducrocq
Isabelle Ketterer
Le gisement mésolithique du "Petit Marais", La Chaussée-
Tirancourt (Somme)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1995, tome 92, N. 2. pp. 249-260.
Résumé
RÉSUMÉ Situé en bordure de la plaine alluviale de la Somme, le "Petit Marais" de La Chaussée-Tirancourt présente une
superposition de niveaux mésolithiques compris dans des sédiments favorables à la reconstitution du paléoenvironnement et à la
préservation de la faune. Les occupations principales sont attribuables à la fin du Mésolithique moyen. Elles livrent un mobilier
riche et diversifié, témoignage de multiples activités allant des travaux domestiques au traitement des défunts. Trois grandes
fosses sont associées spatialement à une inhumation secondaire et à un dépôt d'incinération humaine.
Abstract
ABSTRACT Located along the edge of the alluvial plain of the Somme, the site of the "Petit Marais" at La Chaussée- Tirancourt
offers a superposition of mesolithic levels, included in sediments which are favourable for the reconstitution of the paleoenviron-
ment and the preservation of fauna! vestiges. The main occupations are attributable to the end of the Middle Mesolithic. They
give rich and diversified remains, which are the evidences of numerous activities, going from domestic works to the treatment of
dead persons. Three big pits are spatialy associated with a secondary burial and a deposit of human cremation.
Citer ce document / Cite this document :
Ducrocq Thierry, Ketterer Isabelle. Le gisement mésolithique du "Petit Marais", La Chaussée-Tirancourt (Somme). In: Bulletin
de la Société préhistorique française. 1995, tome 92, N. 2. pp. 249-260.
doi : 10.3406/bspf.1995.10010
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1995_num_92_2_10010:
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 995 / TOME 92, n° 2 249
LE GISEMENT MÉSOLITHIQUE DU "PETIT MARAIS",
LA CHAUSSÉE-TIRANCOURT (SOMME)
Thierry DUCROCQ et Isabelle KETTERER
RÉSUMÉ Yoppidum. Un prospecteur, Alain
Bayart, y signala la présence de Situé en bordure de la plaine allu faune et d'industrie lithique. Des previale de la Somme, le "Petit Marais" mières observations confirmèrent la de La Chaussée-Tirancourt présente présence d'un site mésolithique très une superposition de niveaux mésoli étendu, mais en partie détruit par ces
thiques compris dans des sédiments terrassements (fig. 2). S'ensuivirent favorables à la reconstitution du pa plusieurs campagnes de sondages léoenvironnement et à la préservation qui avaient trois objectifs principaux de la faune. Les occupations princ esquisser la cartographie du gisipales sont attribuables à la fin du ement (repérer les secteurs i
Mésolithique moyen. Elles livrent un ndemnes), préciser son importance mobilier riche et diversifié, témoi scientifique et préparer une éventFig. 1 - Localisation du site. Les pointgnage de multiples activités allant uelle intervention de plus grande illés correspondent à l'extension du des travaux domestiques au trait ampleur. Le résultat de ces travaux fond de vallée marécageux. Les plages ement des défunts. Trois grandes noircies représentent des étangs artif aboutit d'abord à la reconnaissance fosses sont associées spatialement à iciels liés à d'anciennes extractions de de plus de 2000 m2 de surface atourbes ou à des gravières récentes. une inhumation secondaire et à un rchéologique préservée. Routes et constructions actuelles ne dépôt d'incinération humaine. sont pas figurées. Devant de possibles menaces de
destruction, il fut décidé de pratiquer
un sauvetage pendant l'été et l'hiver ABSTRACT
1990. Cette première fouille confirma
Located along the edge of the al le caractère exceptionnel du gisese situe précisément sur l'extrême
luvial plain of the Somme, the site of ment. La découverte de restes hubas du versant limoneux, au niveau the "Petit Marais" at La Chaussée- mains et d'un contexte géologique de la confluence de la Somme et de
Tirancourt offers a superposition of beaucoup plus complexe qu'il était l'Acon. Le versant opposé est
mesolithic levels, included in sedi pressenti permit même de qualifier crayeux et abrupt. Il correspond à
ments which are favourable for the ce site de majeur. Évidemment, les une des limites naturelles du célèbre reconstitution of the paleoenviron- menaces de destruction furent alors oppidum du Camp César. L'Acon est
ment and the preservation of fauna! écartées. Depuis, les travaux de terun ruisseau de moins de 1 km, qui vestiges. The main occupations are rain se poursuivent sous la forme draine une petite vallée sinueuse
attributable to the end of the Middle d'une fouille programmée pluri- dessinant une série de promontoires
Mesolithic. They give rich and diver annuelle. limoneux. sified remains, which are the ev
idences of numerous activities, going Excepté la frange littorale et les • Méthode de fouille from domestic works to the trea buttes sableuses, toutes les possibil
tment of dead persons. Three big pits ités offertes par la morphologie r Les sondages de 1 989 nécessitèrare spatialy associated with a secon égionale sont réunies autour du site, ent la mise en place d'un carroyage dary burial and a deposit of human sur une distance inférieure à couvrant l'ensemble du site. La sucremation. 500 mètres. perficie totale du gisement fut divisée
en surfaces de 25 m sur 25 m. Le
secteur fouillé correspond essentiel
• Chronologie des recherches lement à une partie des sections 4, ■ DONNÉES GÉNÉRALES 5, 10 et 11. Il s'étend sur environ
Ces travaux s'inscrivent dans une 150 m2 (fig- 2).
approche d'ensemble du Mésoli• Localisation géographique La totalité du sédiment est tamithique des milieux humides du Bass
sée à l'eau avec une maille d'un peu in de la Somme (Ducrocq, 1991). En I.G.N. : feuille topo plus de 1mm (maille 14 du commeffet, depuis quelques années, la dégraphique Amiens 5/6 - 1/25000, erce). Cette technique permet de couverte de nombreux gisements en coordonnées Lambert, zone I, recueillir aisément les petits vestiges contexte alluvial a permis de reconx = 587,9/588,15 ; y = 249,9/250,1 ; fragiles. Il s'agit de rechercher l'inaître un nouveau domaine géograz =15/20 (fig. 1). ndustrie lithique, la faune, les éléments phique favorable pour l'étude de
Sur la rive droite de la Somme, de parures, mais aussi la microfaune cette période.
15 km en aval d'Amiens, et à environ et les charbons. Cette récupération
45 km de l'estuaire, le gisement du Au printemps 1988, les travaux quasi-exhaustive n'interdit pas de
"Petit Marais" occupe un secteur d'aménagement du parc de loisirs de procéder en parallèle à des prélève
ments de sédiments pour l'anthraco- particulièrement bien individualisé Samara perturbèrent les terrains
dans le paysage. Exposé au sud, il compris entre le fond de vallée et logie et la micropaléontologie. ;
:
:
:
;
;
:
:
:
;
;
:
:
;
:
:
;
;
;
:
:
;
250 Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 2
150 000 pièces) constitue un handi ■ STRATIGRAPHIE (fig 3 et 4)
cap supplémentaire pour parvenir
rapidement à des résultats no
• Aperçu tables.
Le sédiment contenant le mobilier Le manque d'informations sur
mésolithique est scellé par des l'environnement du Mésolithique ré
tourbes stériles, elles-mêmes sugional a toujours nui à la compréh
rmontées par un limon qui livre une ension de cette période charnière
industrie plus récente. La base de la entre deux mondes à l'économie
séquence correspond à un limon radicalement différente. La recon
ruisselé attribué au Pleistocene sunaissance des relations qui unis
périeur. Les dépôts tardiglaciaires sent ces hommes à leur milieu na
sont absents. turel doit être l'un des principaux
objectifs de l'étude. Elle ne peut On observe d'abord une topograFig. 2 - Plan du gisement où sont figu être menée qu'après une reconsti phie héritée du Pleistocene supérrés la fouille et les principaux son tution rigoureuse des biocénoses ieur. Ensuite, une légère dynamique dages. Les hachures correspondent à locales. Cet aspect de l'étude se de versant (cf. ci-dessous) a permis la surface du site. Les plages aux ha développe à partir du secteur fouillé chures croisées indiquent une surface la mise en place d'un limon orga(palynologie par A.-V. Munaut, an- partiellement détruite. Les flèches nique qui contient la majeure partie montrent l'axe du versant. L'échelle est thracologie par J.-M. Pernaud, ma des artefacts mésolithiques. Plus donnée par la représentation du car- lacologie par N. Limondin et micr tard, le plan d'eau s'est étendu prroyage (section de 25 m sur 25 m). omammifères par J.-D. Vigne et J. ogressivement sur les versants en Dubois). Il est actuellement comp provoquant le dépôt de limons tourlété par l'étude géologique et pa- beux, puis la formation de tourbes lynologique d'un transect complet La fouille des niveaux archéolo franches archéologiquement stériles. giques est un compromis entre une de la vallée d'Acon (P. Antoine et Enfin, les sédiments fluviatiles sus- A.-V. Munaut). approche stratigraphique verticale et jacents traduisent un changement le décapage horizontal d'un éventuel hydrodynamique (chenalisation). La L'étude anthropologique est réalreliquat de sol d'habitat. Des sur terminaison de la séquence correisée par I. Le Goff et F. Valentin. faces restreintes (4 m2) sont fouillées spond à plusieurs dépôts récents L'approche archéozoologique est een plan et élargies quand une struc complexes produits par l'activité huffectuée par A. Bridault. L'analyse ture apparaît. maine. techno-économique du débitage et
l'étude de l'organisation spatiale du • Organisation de l'étude • Les niveaux post-Mésolithique site sont traitées par I. Ketterer. La
La plupart des études sont réal coordination de l'ensemble et l'a Plusieurs niveaux de remblais t
isées bénévolement, ce qui implique pproche typologique reviennent à émoignent du bouleversement de la
un délai très important avant l'ob Th. Ducrocq. Les datations radiocar- partie supérieure de la stratigraphie.
tention de données interprétées. De bones sont réalisées à Gif-sur- Ils proviennent des travaux du par
plus, la masse de vestiges (plus de Yvette. king de Samara, mais aussi de l'en-
Illustration non autorisée à la diffusion
Ti ^З^Т^ЩШШЗДЩ
des contact Fig. principal 0a fentes 3 sableux, - très (levé lllb-lllc de bioturbé de avec dessiccation P. 3 granules Antoine) limon de 0 colmatées tourbeux et de coupe craie 2 2 brun stratigraphique et par limon silex de sombre la épars argileux boue présent crayeuse de 0b compact la à faciès paroi l'Est issue gris et nord hydromorphe au brun du Sud-Est de limon sombre la zone 6 gris de (niveau organique fouillée la clair fouille Nia ; 1 situé (4 4 V21 limon lbs au tourbe à contenant contact gris 5 D21). noire brun 4/2 0a très clair le et niveau lœss dégradée 4/3) correspondant jaune mésolithique 5 limon montrant orangé hu- au
mifère compact présentant des lits calcaires qui contiennent de nombreux mollusques fluviatiles (niveau Ile et lld) 6 limon gris
sombre calcaire ayant livré quelques microtessons de céramique gallo-romaine (colluvions) 7 boue calcaire moderne montrant des
empierrements correspondants à des chemins Rp et Rh divers remblais contemporains. :
de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 2 251 Bulletin
• La tourbe noire • Les niveaux mésolithiques
Une tourbe noire sépare le n Le plus récent est un niveau dif
iveau II des limons humifères conte fus (Nia), qui correspond à une sur
nant le Mésolithique. Ce sédiment face archéologique et géologique. Il
organique, très dégradé et comp s'agit essentiellement de quelques
ossements retrouvés bien à plat sur rimé, a un aspect textural proche
de la lignite. Un réseau de fentes de l'interface limon organique/tourbe
dessiccation colmatées par de la noire ou tourbeux/tourbe
noire. De l'outillage en bois de cerf boue crayeuse y dessine un pseudo
sol polygonal. Quelques-unes de garantit la nature anthropique de ces
vestiges. Un dépôt très dense de ces fissures semblent avoir rejoué
récemment. Elles présentent un petits bois flottés, situé au sud-est
remplissage issu des remblais ré de la fouille, positionne la berge de
cents. Cette formation, archéologi- l'époque.
quement stérile, est capitale pour le Fig. 4 - Présentation schématique de la site car elle scelle les niveaux mé 10 % de la surface fouillée, situés stratigraphie archéologique. vers la vallée, montrent un limon solithiques sur toute la surface de
la fouille et les sépare du niveau II. brun tourbeux (Ibt) (fig. 5), qui s'inter
cale entre la tourbe et le limon orgaLes datations radiocarbones de ce
sédiment garantissent l'absence nique brun sombre (lbs). Le passage tretien de l'Acon qui fut probable
ment canalisée au 17e siècle. Du mat d'éléments post-mésolithiques à la tourbe noire semble être pro
gressif. Il n'y aurait donc pas de hiaériel militaire britannique de la pre dans la couche archéologique prin
cipale. Trois résultats ont été obte tus entre ces deux formations. Lbt mière guerre mondiale y fut
comprend quelques restes osseux et sporadiquement découvert. Situé à nus. Deux concernent la partie
moyenne de la tourbe 6350 ± 60 de rares silex. La présence de bois la base de ces couches, un limon
BP et 6380 ± 60 BP (Gif 8914 et flottés épars et l'accumulation de micalcaire livre quelques rares tessons
8915). Le dernier a été réalisé sur le crofaune (micromammifères, amphi- de céramique gallo-romaine.
premier centimètre du dépôt et i biens et poissons) indiquent clair
Le niveau sous-jacent est diff ement son origine fluviatile. Vers la ndique l'âge du début de cette fo
éremment bien conservé suivant les rmation, au niveau de la fouille : vallée, sa mise en place a entraîné
secteurs. Il s'agit d'un limon humi- une légère érosion du limon orga- 6900 ±60 BP (Gif 9619).
fère qui présente des lits calcaires
contenant de nombreux mollusques
fluviatiles. Pour le moment, il a seu M N 0 P QRS T U V W X Y A В С D lement été fouillé sur une surface
de moins de 10 m2 située vers les
marges de la fouille. Ailleurs, il a
souvent subi des perturbations r
écentes qui l'ont presque totalement
détruit. Subsistent pourtant
quelques lambeaux. Deux niveaux
archéologiques y ont été observés.
Le plus ancien (I Id) correspond à la
surface de contact entre ce limon
et la tourbe noire sous-jacente. Le
second (Ile) est en fait une couche
archéologique d'une vingtaine de
centimètres d'épaisseur placée à la
partie inférieure du limon orga
nique.
Ce niveau complexe (II) n'a pas
livré d'éléments diagnostics qui per
mettraient une attribution chronocul-
turelle précise. Les quelques arte
facts lithiques présents témoignent
d'un débitage laminaire. La plus
grande partie du mobilier consiste en
ossements de cervidés, bovidés et
suidés. Des os humains représentent
près du quart des vestiges (soit une
trentaine de pièces). Ils sont disper
sés et montrent une absence de
connexions anatomiques. La position Fig. 5 - Répartition sur la zone fouillée (cf. légende de la figure 6) des différentes chrono-stratigraphique de cet en couches à bois flottés. Les plages en pointillés denses montrent le secteur où se semble le placerait dans le Néoli superposent le niveau à petits bois flottés de la base de la tourbe noire et le lbt. thique. Les autres surfaces pointillées correspondent à l'extension du reste du lbt. :
:
:
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 995 / TOME 92, n° 2 252
turbations sensibles. Le facteur an- nique sous-jacent (lbs). En revanche, 7770 ± 80 BP et Gif 8913 : 7840 ±
sa limite d'extension vers le versant thropique doit aussi être pris en 90 BP). Les dates situées vers
montre nettement une absence compte, car les creusements de 7800 BP sont directement liées à un
d'abrasion du lbs. Lbt y est seule fosses ont également bouleversé la moment d'occupation (Illb), car Gif
ment présent dans quelques dépres disposition des vestiges plus an 8913 provient de l'analyse d'un seul
sions qu'il tapisse. ciens. gros charbon issu du remplissage de
la fosse 2, au niveau du profil d'équilSur la majeure partie de la zone ibre. Gif 9331 donne la même data
explorée, un limon organique (lbs) tion à partir d'un lot de noisettes ca■ LE MÉSOLITHIQUE constitue la seule unité stratigra- lcinées de la couche archéologique DU LBS (IIIB-IIIC) phique placée entre les tourbes et en 10 W4 et X4. En revanche, Gif
les formations lœssiques du Pleisto 9329 et 9330 montrent la présence cene. Son épaisseur varie entre une • Complexité du niveau d'un Mésolithique plus ancien (Illc).
dizaine et une trentaine de centi Ces deux dates 14C sont issues La présence de plusieurs sépulmètres. Ce sédiment noirâtre contient d'échantillons de noisettes brûlées tures et la densité de mobilier une microfaune abondante et de venant respectivement du rempliscontrastent avec la majeure partie nombreux mollusques généralement sage de la fosse 1 (contenant la majdes gisements connus dans le Nord terrestres. Parmi ceux-ci, on note orité des os humains brûlés) et de la de la France. Pour progresser dans beaucoup de Cepea. Cependant, au couche archéologique du secteur 4. la compréhension de ce site original, cune concentration de coquilles ne Deux possibilités sont envisail apparaît capital d'y déterminer la permet de lier leur présence à des geables présence d'une ou plusieurs occupatactivités humaines. La mise en place
ions. * les lots de noisettes sont homode ce sédiment est difficile à appré
gènes et une occupation mésolihender. Une origine fluviatile est Des différences chronologiques thique date bien de 8400 BP ; écartée pour des raisons de géomét sont tout d'abord décelables par les rie de dépôts (étude en cours du * ces ensembles de noisettes coranalyses radiocarbones. Les 4 résultransect de l'Acon par P. Antoine) et respondent à un mélange de pièces tats déjà disponibles montrent nettaussi par l'absence de microfaune ement l'existence de deux occupat datant de 7800 BP et d'autres plus correspondante. De plus, l'analyse anciennes ; la date de 8400 BP ne ions relativement éloignées dans le microstratigraphique ne met pas en temps (Gif 9329 8460 ± 70 BP ; Gif correspond pas, dans ce cas, à un évidence de structures caractéris moment d'occupation. 9330 : 8420 + 70 BP ; Gif 9331 tiques d'un limon d'inondation. L'hy
pothèse retenue actuellement fait i
ntervenir une certaine dynamique liée
au versant. L'approche palynolo-
gique en cours situerait sa mise en
place dans la deuxième moitié du
Boréal (Ducrocq, Bridault et Munaut,
1991).
L'occupation archéologique la
plus ancienne (Illd) est représentée
par quelques pièces lithiques très
patinées qui sont situées à la base
de lbs. Le niveau principal (lllb-lllc)
est une couche archéologique qui
correspond à l'ensemble du lbs (da
tations situées vers 8400 BP et 7800
BP). Les petits objets sont générale
ment dispersés sur l'ensemble de la
couche. En revanche, les éléments
plus volumineux ont été moins sujets
à des déplacements. D'ailleurs, cer
tains ensembles d'artefacts ont été
observés bien en place. Ces mouve
ments post-dépositionels ont plu
sieurs causes. La sédimentation liée
au versant a pu déplacer quelques
petites pièces. Cependant, des
traces oxydées et des concrétions
calcaires tubulaires témoignent
d'une bioturbation conséquente qui
est probablement le plus important
facteur de dispersion. En effet, la
surface du lbs correspond à un hia Fig. 6 - Plan de la zone fouillée où sont représentées les fosses (F2, F3 et F4). F4 tus de à peu près 1 000 ans pendant correspond à l'inhumation. Le remplissage de F1 contient de nombreux restes hulesquels la végétation holocène a pu mains brûlés. A localise les fragments de crâne humain retrouvés dans la couche
se développer et produire des archéologique. :
;
;
:
de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 995 / TOME 92, n° 2 253 Bulletin
De nouvelles analyses sur des
échantillons plus homogènes sont
programmées pour lever cette incer
titude.
Les perturbations n'ont pas autor
isé la conservation d'une microstra
tigraphie satisfaisante. Toutefois,
l'observation de certains secteurs
permet de séparer des groupes de
vestiges qui correspondent à des oc
cupations mésolithiques différentes.
Des remontages d'artefacts, en
cours d'étude, devraient aboutir à la
reconnaissance de synchronismes
sur l'ensemble de la surface fouillée.
Environ un millier de raccords de
silex taillés ont été effectués jusqu'à
présent. L'existence liaisons entre
des vestiges de la couche archéolo
Fig. 7 - Niveau de décapage optimal de la sépulture F4. Le contour de la fosse n'a gique et d'autres provenant des rem pas été représenté, car il a été impossible de le déterminer précisément. plissages des fosses pourra aussi
apporter des informations chronolo
giques.
Pour l'instant, il est prématuré • L'inhumation (F4) de combustion sur le fond et les pa
d'envisager une chronologie interne rois de la fosse indique que la créUn squelette humain presque précise du Mésolithique du lbs mation fut effectuée en dehors de complet (fig. 7), d'un individu masculi(lllb-lllc). Les analyses radiocar- F1 . Si les restes humains sont tous n, a été trouvé dans une petite débones indiquent l'existence de deux brûlés, la moitié des autres vestiges pression d'une trentaine de centoccupations. La détermination de s n'a pas subi l'action du feu (industrie imètres, qui occupe une position équences chronologiques plus fines lithique, ossements animaux et élcentrale entre trois grandes fosses. (subdivision de Illb ou de Illc) sera éments de parure). Des découvertes Les tibias, fémurs et humérus étaient récentes montrent que l'incinération envisagée dans un deuxième stade groupés et rangés en parallèle au humaine était pratiquée par plusieurs de l'étude. fond de la fosse. Le crâne reposait groupes mésolithiques. Le meilleur dessus. La plupart des os pairs élément de comparaison est la cré(coxaux, astragales, calcanéums, mation de Oirschot V, au sud des • Restes humains, sépultures clavicules...) étaient placés symétr Pays-Bas, gisement qui a livré le iquement de part et d'autre du crâne. et fosses (fig. 6) même spectre microlithique que La La majorité des os de petites dimen Chaussée-Tirancourt (Arts et Hoo- sions sont absents de la structure. Les os humains comprennent les gland, 1987). Excepté une pièce, ils n'ont pas été restes d'un individu presque comp retrouvés sur l'ensemble de la surlet retrouvés dans une petite fosse face fouillée, ni dans les autres (F4), des os brûlés découverts es fosses. Cette disposition funéraire sentiellement dans la fosse 1 (F1) et n'a pas d'équivalent dans le Mésoliplusieurs fragments d'un unique thique européen. crâne localisés dans la couche a
rchéologique en 4 V21 et 4 V22. F1 et • Les os calcinés F4 se trouvent associées spatial
ement à de grandes fosses dont la La plupart des os humains brûlés
contemporanéité est actuellement proviennent de la fosse 1. Ils compt
discutée. Aucun recoupement n'a ent plus d'une centaine de fragments
été observé entre ces différentes (phalanges, fragments crâniens,
structures. dents...) représentant plusieurs indi
vidus, dont un enfant. Située à 50 cm
L'interprétation de cet ensemble de la grande fosse 2, F1 a une lo
de restes humains est tributaire de ngueur de 1,5 m, une largeur de plus
la compréhension de la chronologie de 1 mètre et une profondeur de
interne du site. Il pourrait évidem Fig. 8 - Plan et coupe de la fosse 2. 30 cm. Son remplissage homogène L'horizontale du haut du remplissage corment s'agir d'un cimetière. Certains diffère du lbs par sa densité de char respond à la base du lbs ; en pointillé objets provenant des fosses pour bons et de cendres. Les vestiges y serré limon brun sombre organique raient être interprétés comme des sont dispersés et ne présentent pas comparable au lbs en pointillé moins
offrandes funéraires. Cependant, dense limon brun sombre associé à du de localisations particulières par ca
lœss du substrat sous forme de poches ces grandes structures semblent tégorie. Des nodules de terre brûlée ou de lits (niveau à coques percées) en avoir aussi possédé une fonction et d'ocre furent trouvés dans ce rem noir : limon brun noir organique contenant détritique. plissage, mais l'absence de traces de nombreux charbons. :
;
:
:
I
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 2 254
• La fosse 2 (F2) La partie supérieure du comble
ment correspond à un limon orga
La plus grande des fosses est nique très proche de la couche a
grossièrement circulaire et mesure à rchéologique (lbs). Il en diffère par
peu près 3 m de diamètre sur 2 m de des concentrations de charbons plus
profondeur (fig. 8). Le fond du rem importantes. Sa densité de vestiges
plissage, sur 50 cm d'épaisseur, a pourrait s'expliquer par un piégeage
livré un abondant débitage lithique, naturel ou par une ultime fonction
ainsi que de nombreux microlithes, détritique. Cependant, la in
des fossiles tertiaires percés et des itiale de F5 est difficile à appré
vestiges osseux. Ce mobilier a pu hender : Fig. 10 - Plan et coupe de la fosse 5
être volontairement jeté dans la (cf légendes des figures 8 et 9). Le
— les parois verticales et la pré mince remplissage situé au fond de la fosse (fonction détritique ?) ou sim fosse, sous d'importants effondresence de la nappe aquifère évoquerplement piégé lors du premier rem ments de parois, contenait des restes aient un puits, dont la présence plissage. En revanche, une hémi d'insectes et de graines. pourrait paraître surprenante à proximandibule de cerf, une d'aurochs,
mité du cours d'eau. Néanmoins, deux mandibules de jeunes sang
l'eau recueillie dans une nappe liers, posées l'une sur l'autre, et des
phréatique est généralement moins aussi une dispersion non aléatoire. os longs entiers furent retrouvés bien
souillée que celle récoltée directe Les déchets liés au travail du bois en place sur le haut des parois peu
ment dans les cours d'eau. de cerf sont également bien regroupentues de la fosse. Il pourrait s'agir
pés. d'offrandes funéraires, associées aux — cette fosse a pu être abandonsépultures proches. De plus, le profil Les silex brûlés, non taillés, sont née peu après son creusement, car d'équilibre du remplissage de F2 est considérablement nombreux (39 643 les mésolithiques auraient alors souligné par la présence d'une ving pièces, 93 691 Gr). Ils sont présents constaté la présence de la nappe taine de coques percées, ce qui sur l'ensemble de la surface fouillée, aquifère et l'effondrement des parois étayerait cette hypothèse. mais se trouvent surtout concentrés de la fosse.
en deux endroits (fig. 11). Le pre
mier, vers 4 V23 et 4 W24, corres• La fosse 5 (F5) • La fosse 3 (F3) pond à un amas, ou un pavage, cou
vrant plus de 4 m2 et s'étendant au La forme de cette fosse est iden F3 présente une forme très diffé remplissage de la fosse 2. L'abtique à F2, mais ses dimensions sont rente (L : 2 m, 1,5 m, prof. : 70 sence de sédiment rubéfié et la plus modestes diamètre de 1 ,8 m et cm) (fig. 9). C'est une fosse allongée faible densité de charbons montrent profondeur de plus d'un mètre au fond plat sur lequel reposait un qu'il ne s'agit pas d'un foyer en (fig. 10). La base du remplissage est grand biseau sur merrain de bois de place. Des objets non brûlés ont constituée d'une fine couche orga cerf. La plus grande partie du rem aussi été retrouvés au sein de cette nique et hydromorphe dépourvue de plissage est homogène. C'est un structure. Cette masse de silex brûmatériel archéologique. Cependant, sédiment cendreux pétri de char lés a donc subi un déplacement. La elle contient quelques restes végé bons de bois (vidange de foyer ?) seconde concentration (centrée en taux et animaux très bien conservés qui contenait un très abondant débi 1 0 S8 et 1 0 S9) présente des carac(graines et insectes). Les mésoli tage lithique. La densité de vestiges téristiques identiques. Deux intethiques ont donc arrêté de creuser contrastant avec celle de la couche rprétations de ces structures sembau niveau de la nappe phréatique de archéologique environnante, il est lent possibles l'époque. possible de proposer une fonction
détritique pour cette fosse. De gros — il s'agirait de deux dépôts dé
La plus grande partie du remplis fragments de crâne de sanglier et le tritiques provenant d'un foyer (v
sage, jusqu'au profil d'équilibre, est biseau en bois de cerf seraient liés à idange d'une structure de combust
constituée de lœss témoignant de la fonction initiale de cette structure. ion particulière) très importants effondrements des Il pourrait s'agir d'offrandes funér — ces deux concentrations separois, qui devaient être quasiment aires. D'ailleurs, la forme du fond raient les pavages de deux unités verticales à l'origine. de la fosse évoque celle d'une d'habitation, ou de structures liées tombe. au rituel funéraire.
Les très nombreux silex brûlés sur • Autres structures l'ensemble de la zone fouillée pour
raient d'autre part s'expliquer II est prématuré de proposer une comme des traces d'assainissement approche précise de l'organisation du lieu, qui devait être très humide spatiale du site. Cependant, les pre au Boréal à proximité de la vallée. mières analyses mettent parfois en
Aucun foyer n'a été clairement évidence une répartition préférent
identifié. Pourtant, les traces de feu ielle des différents types de ves
sont présentes sur toute la surface tiges. On observe ainsi des secteurs
explorée et pas seulement sous la correspondant à des rejets de débiFig. 9 - Plan et coupe de la fosse 3 forme de silex brûlés. Chaque mètre tage lithique, d'autres à des (cf. légende de la figure 8). Les plages carré a livré des lots de noisettes calconcentrations d'outils (en particullaissées en blanc correspondent à des cinées, de charbons, de faune brû- effondrements de parois (lœss). ier les grattoirs). La faune montre :
1
;
Т
;
Г
;
'
'
I
:
1
:
I
:
'
;
'
:
I
1
:
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 995 / TOME 92, n° 2 255
et d'amphibiens. Il est encore difficile M H * 0 P "i —■■■■ 0 'V" — R S T U ■ V И^— W — M— — X — — M Y — " A В С D
d'y déterminer les espèces qui au
raient pu constituer de petites proies
pour les mésolithiques.
• L 'outillage en os et en bois de cerf
L'outillage à base d'os et de corne
compte près d'une trentaine de
pièces retrouvées sur l'ensemble de
la surface fouillée. Le secteur le plus
dense est celui des fosses et des sé
pultures. La fabrication, sur le site,
d'objets en bois de cerf est attestée
par la présence de rebuts.
L'ensemble comporte des bi-
pointes en os (hameçons droits ?) et
d'autres débris pointus d'outils. Des
fragments de bois de cerf montrent
une extrémité sciée et l'autre appoin
tée ou biseautée. Il s'agit de merrain
ou d'andouiller. L'outillage en bois
de cerf du niveau Illa est très diffé
rent. Il comprend une gaine de hache
perforée et une lame de hache en
bois de cerf (ou lissoir). Deux dé
fenses de sanglier biseautées posent
un problème d'attribution stratigra-
phique (niveau Illa ou Illb -Illc ?). 12
• Les éléments de parure le Se A
A part les vertèbres de squale, в ID
d'autres restes fauniques ont été
utilisés comme éléments de paFig. (en 1 00 4 à 11 V23) 500 - Répartition, gr à environ E 50 à 20 par 1 00 gr. gr M2, A et des > F 2000 poids < 50 gr gr. de В silex de 1 brûlés 000 à 2000 non gr taillés, С 500 allant à 1 de 000 5 gr 409 D gr rures. En effet, trois craches de cerf
et une incisive de grand ruminant
présentent une perforation de la ra
cine.
Des coques (Cardium), contemporlée. Certaines zones, beaucoup plus masse de matériaux. Néanmoins,
denses en charbons et en bran- aines des mésolithiques, sont perfoune liste spécifique provisoire a été
rées. Une vingtaine de pièces endressée. Les espèces retrouvées frchettes brûlées, peuvent corres
tières proviennent de la fosse 2 et pondre à de petits foyers qu'il était équentent soit un milieu forestier, soit
environ 130 fragments ont été redes zones humides. La conjugaison quasiment impossible d'observer
cueillis sur l'ensemble de la surface nettement à la fouille (perturbation). de ces deux milieux correspond
fouillée. L'âge holocène de ces tests Des nodules de terre rubéfiée ont d'ailleurs à l'implantation morpholo
explique leur fragilité. 326 coquilles gique du site. L'animal prédominant été retrouvés dans le remplissage de
perforées de petits gastropodes F1 (cf. discussion ci-dessus), mais est le Sanglier, suivi du Cerf, du Chev
constituent la majorité des éléments aussi en 10 T5 où un foyer a pu reuil et de l'Aurochs. Les carnivores
de parure. Elles ne sont pas encore fonctionner. Cependant, la masse comprennent le Blaireau, la Martre et
déterminées, mais il est possible d'objets brûlés et l'incinération hu le Chien. Des oiseaux et des reptiles
d'affirmer que 95 % d'entre elles apont aussi été consommés. Il s'agit maine (F1) impliquent l'existence de
partiennent à une seule espèce. Le structures de combustion plus im respectivement de la Buse variable,
reste comprend une dizaine de types portantes, qui n'ont pas encore été du Canard colvert et de la Cistude.
représentés par quelques rares De nombreuses vertèbres et dents découvertes.
exemplaires. La plupart des coquilles de Brochets témoignent également
sont brisées ou brûlées et plus de la d'activités de pêche. Parmi les restes • Les vestiges mobiliers moitié est cassée au niveau de la de poissons, quatre vertèbres de
perforation. Elles se trouvent sur squales sont à rapprocher des él• La faune presque toute la surface de la fouille, éments de parures.
Plusieurs milliers de restes osseux mais leur densité est plus importante
dans la zone des fosses et des sésont présents sur le site. Ils sont gé Une très abondante microfaune a
été recueillie sur toute la surface pultures, notamment dans les remnéralement bien conservés et leur
état de surface permet souvent de fouillée. Elle comprend surtout des plissages de F1 et F2. Une de ces
pièces a été découverte dans un déceler des traces de découpe. A. ossements de micromammifères,
Bridault n'a pu effectuer jusqu'à pré mais aussi de nombreux restes de sondage situé à une soixantaine de
sent une étude approfondie de cette poissons, de passereaux, de reptiles mètres de la zone fouillée. Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 2 256
• L'INDUSTRIE LITHIQUE Tabl. 1 - Décompte des microlithes de Illb-c comprenant les pièces entières et les
fragments identifiables. 83 débris de microlithes pointus et 21 autres fragments
s'ajoutent à cet ensemble. La majeure partie de la matière
Microlithes Nbre % première taillée par les mésolithiques
Lamelle à dos (dont 495 fragments) 506 est le silex de la craie coniacienne ou 67,7
turonienne, qui est disponible en à dos tronquée (dont 53 fragments) 78 10,5
abondance sur le versant opposé de Segment 18 2,4
l'Acon, à proximité immédiate du site Pointe à troncature oblique 27 3,6
(une centaine de mètres). Les blocs à base retouchée 66 8,8
provenant de cet affleurement Feuille de gui 37 5
crayeux sont essentiellement des r Triangle scalène 5 0,7 ognons de forme généralement irrégul Trapèze 3 0,4 ière. La qualité du silex, dans l'e Divers 7 0,9 nsemble assez bonne, est parfois 747 100 altérée par quelques impuretés (fos
siles, inclusions crayeuses) et surtout
par des fissures dues au gel. Le cor
tex usé de certains blocs débités t Tabl. 2 - Décompte des outils du fonds commun. 72 débris sont à rajouter. émoigne d'une autre origine : il s'agit
Outils du fonds commun Nbre % d'un silex secondaire repris dans les
Grattoir 90 38 formations quaternaires. Le silex
Denticulé 11 exogène (tertiaire) se limite à 4,6
quelques rares outils. Racloir 8 3,4
Couteau à dos retouché 2 0,8 L'inventaire provisoire des pièces Perçoir 10 4,2 non retouchées totalise près de Burin 39 16,5 54 000 objets. Les produits du débi- Pièce esquillée 13 5,5 tage mésolithique, principalement émoussée 1 0,4 des lamelles (1 003 entières et Eclat retouché 37 15,6 5 685 fragments) et quelques lames 1 Eclat tronqué 0,4 (54 entières et 248 fragments), sont
Eclat à coche 1 0,4 très abondants. Les nucleus sont au
Lame retouchée 3 1,3 nombre de 135 (et 30 débris). 34677
Lamelle 9 3,8 esquilles et petites pièces
(L < 2 cm), 4318 éclats (et tronquée 1 0,4
6 620 fragments d'éclats), 26 crêtes Macrolithe 8 3,4
à un seul versant préparé (et 30 Divers 3 1,3
fragments), ainsi que 221 tablettes 237 100
de réavivage (et 26 fragments) ont
été comptés.
L'analyse technique et écono Tabl. 3 - Décompte des pièces "utilisées".
mique du débitage, encore en cours, Nbre Pièces utilisées % est effectuée essentiellement par le Eclat utilisé (dont 44 fragments) 237 55,4 biais de la méthode des remontages Lame utilisée (dont 25 67 15,6 de silex taillés. Lamelle (dont 56 fragments) 124 29
La percussion directe, à la pierre 428 100
dure et à la pierre tendre, semble
avoir été employée pour la préparat
ion des nucleus, alors que les pro
duits de débitage paraissent surtout Le bord d'un plan de frappe, exploité dont l'angle de percussion est de
un certain temps, peut ainsi être dé venu inutilisable). extraits par percussion directe au
bité à son tour, selon un nouvel axe grès. Cette matière est présente sur
le site sous la forme de quelques de débitage orthogonal au précéd La majeure partie de l'outillage (cf.
ent. Cette technique, observée par tableaux) consiste en pièces "utiléclats et blocs. Les méthodes de
mise en forme du plan de frappe et ailleurs sur le site mésolithique isées". Il s'agit d'éclats (souvent a
d'Hangest "Gravière II Nord" (Kette- du dos des nucleus sont variées. llongés), de lamelles ou de lames,
rer, 1992) entraîne la création de dont une partie des tranchants est Des fragments de blocs gélifs, et des
éclats (18), ont été débités par les pièces qui pourraient être dénom affectée par des retouches "a poster
mées "crêtes tablettoïdes". Elles re iori". Les outils du fonds commun mésolithiques. Les nucleus à débi
ssemblent fortement aux crêtes de sont dominés par les grattoirs et les tage lamellaire successif à partir de
burins, dont les supports sont des deux plans de frappe (ou plus) sont mise en forme d'une table laminaire,
à un seul versant façonné. Elles s'en éclats ou des éclats laminaires. Les prédominants. Les changements de
sens de débitage sont fréquemment distinguent néanmoins assez aisretouchés, les denticulés et
ément par l'aspect souvent légère les perçoirs sont également bien rpratiqués par les tailleurs du "Petit
Marais", ce qui permet d'accroître le ment concave de leur face supér eprésentés. 8 macrolithes façonnés
rendement économique des nucleus. ieure (témoin d'un plan de frappe sur des blocs de silex peuvent être de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 2 257 Bulletin
dustrie inédite de la gravière d'Han-
gest-sur-Somme (concentration III2).
Cette dernière a livré deux dates
s'accordant avec celles de La
Chaussée-Tirancourt : 8290 ± 70 BP
(Gif-9276) et 8160 + 90 BP (Gif-
9277).
L'association des lamelles étroites
à dos et des armatures à retouche
couvrante a été soulignée par plu
sieurs auteurs, dont A. Gob (1985)
qui en fait une des caractéristiques
principales du R.M.S.A., qu'il date
autour de 8000 BP d'après des ana
lyses radiocarbones obtenues sur
des gisements du sud des Pays-Bas.
Cette position chronologique coïn
cide avec les datations de La Chaus
sée-Tirancourt. Pour la Basse et
Moyenne Belgique, P. -M. Ver-
meersch (1984) opère une bipartition
chronologique du Mésolithique et
définit ensuite des groupes d'après
les spectres microlithiques. Parmi
ceux de la première moitié du Mésol
ithique, le groupe de Sonnisse Heide
comprend des séries marquées par
une prédominance des lamelles à
dos. Inclus dans cet ensemble, le g
isement de Helchteren-Sonnisse
Heide 2 a livré une datation absolue
de 8000 ± 110 BP (Gendel et alii,
1985). Les travaux réalisés sur le Mé
solithique de l'Ile-de-France, par
J. Hinout (1991), insistent sur la pré
sence des feuilles de gui dans le Tar-
denoisien. Une succession chronolo
gique des gisements est proposée.
L'industrie de La Chambre des Fées Fig. 12 - Échantillonnage de microlithes provenant de Illb-c. à Coincy-l'Abbaye, fort proche de
celle de La Chaussée-Tirancourt, est
placée dans le Tardenoisien Moyen
II. En accord avec l'auteur (Hinout, considérés, dans certains cas, melles à dos (pièces cassées en 1991), nous pensons que les dates comme de grossières haches cours de fabrication ou déchet proxi obtenues sur ce site sont beaucoup mal du microlithe ?). taillées, et dans d'autres, comme trop jeunes. des outils prismatiques massifs. Ils
sont comparables aux pièces dé Ces industries sont donc bien ca• Attribution chronoculturelle crites dans le Mésolithique nor lées chronologiquement autour de
dique. L'assemblage microlithique se 8000 BP. Leur extension géogra
compose d'éléments connus dès le phique est relativement limitée du L'assemblage microlithique début du Mésolithique moyen nord de la France au nord-ouest de (fig. 12) se compose de 747 pièces (pointes à troncature, segments, l'Allemagne (fig. 13). Ces peuples largement dominées par des lamelles pointes à base retouchée et peut- mésolithiques ont donc vécu dans à dos très étroites. Pointes à base être triangles), auxquels s'ajoutent des régions au relief peu accidenté : retouchée, feuilles de gui, pointes à des lamelles à dos et des feuilles de des plateaux et des plaines. Il est troncature très oblique et segments gui. Les éléments caractéristiques du probable que cet ensemble représont également nombreux. Mésolithique récent (trapèzes et l sente une unité culturelle à la fin du
Le faible nombre de microburins amelles à retouche montbani) sont Boréal.
(31) s'explique par la pauvreté numér quasiment absents. Des assemb
ique des armatures pointues. Par lages similaires ont déjà été obser Il convient ici de discuter un ar
ailleurs, les extrémités aiguës de cer vés sur d'autres gisements du bassin ticle récent du Dr Rozoy (1993), qui
tains microlithes sont peut-être par hydrographique de la Somme : le n propose la reconnaissance et la défi
fois obtenues par d'autres procédés. iveau supérieur de Saleux "La Vierge nition du "Groupe de la Somme".
L'importance des lamelles cassées Catherine" (Coudret, 1992), la série Pour plusieurs raisons, nous n'adhé
dans la coche (32) pourrait d'autre patinée de Thennes "Le Grand Mar rons pas, pour l'instant, à l'identifica
part être liée à la réalisation des ais IV" (Ducrocq, 1991) et une tion d'une unité culturelle localisée

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.