Le gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise) - article ; n°2 ; vol.92, pg 213-226

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1995 - Volume 92 - Numéro 2 - Pages 213-226
ABSTRACT Located at the foot of a residual Tertiary mound, the Beauvais deposit has revealed numerous stone and bone remains, dating from the Middle Palaeolithic period over an area of 763 m2. The sedimentological characteristics and the structure of the aeolian sand deposits containing the archaeological material, indicate cold and dry conditions in a largely open steppe environment. The accompaning fauna, dominated by reindeer, also suggests extreme climatic conditions.
RÉSUMÉ Situé au pied d'une butte tertiaire résiduelle, le gisement de Beauvais a livré de nombreux vestiges, lithiques et osseux, d'une occupation du Paléolithique moyen sur une superficie de 763 m2. Les caractéristiques sédimentolo- giques et la structure des dépôts de sables éoliens contenant le matériel archéologique, indiquent des conditions froides et sèches et un milieu steppique fortement ouvert. Le cortège faunique, dominé par le Renne, évoque également des conditions climatiques rigoureuses. L'industrie lithique est caractérisée par l'emploi d'un mode de débi- tage s'inscrivant dans un concept général discoïde et contient de nombreux éclats débordants et pointes pseudo-Levallois. L'outillage est dominé par les racloirs simples, les couteaux à dos et les éclats portant une courte retouche marginale. Des datations actuellement en cours permettront d'attribuer cette occupation au stade isotopique 6 ou au stade 4 ; le gisement de Beauvais constitue ainsi un des rares exemples de la fréquentation de ces régions durant une phase pléniglaciaire.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1995
Lecture(s) : 39
Nombre de pages : 15
Voir plus Voir moins

Jean-Luc Locht
Colette Swinnen
Pierre Antoine
Patrick Auguste
Marylène Patou-Mathis
Pascal Depaepe
Christophe Falguères
Michel Laurent
Jean-Jacques Bahain
Pascal Mathys
Le gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1995, tome 92, N. 2. pp. 213-226.
Abstract
ABSTRACT Located at the foot of a residual Tertiary mound, the Beauvais deposit has revealed numerous stone and bone
remains, dating from the Middle Palaeolithic period over an area of 763 m2. The sedimentological characteristics and the
structure of the aeolian sand deposits containing the archaeological material, indicate cold and dry conditions in a largely open
steppe environment. The accompaning fauna, dominated by reindeer, also suggests extreme climatic conditions.
Résumé
RÉSUMÉ Situé au pied d'une butte tertiaire résiduelle, le gisement de Beauvais a livré de nombreux vestiges, lithiques et
osseux, d'une occupation du Paléolithique moyen sur une superficie de 763 m2. Les caractéristiques sédimentolo- giques et la
structure des dépôts de sables éoliens contenant le matériel archéologique, indiquent des conditions froides et sèches et un
milieu steppique fortement ouvert. Le cortège faunique, dominé par le Renne, évoque également des conditions climatiques
rigoureuses. L'industrie lithique est caractérisée par l'emploi d'un mode de débi- tage s'inscrivant dans un concept général
discoïde et contient de nombreux éclats débordants et pointes pseudo-Levallois. L'outillage est dominé par les racloirs simples,
les couteaux à dos et les éclats portant une courte retouche marginale. Des datations actuellement en cours permettront
d'attribuer cette occupation au stade isotopique 6 ou au stade 4 ; le gisement de Beauvais constitue ainsi un des rares exemples
de la fréquentation de ces régions durant une phase pléniglaciaire.
Citer ce document / Cite this document :
Locht Jean-Luc, Swinnen Colette, Antoine Pierre, Auguste Patrick, Patou-Mathis Marylène, Depaepe Pascal, Falguères
Christophe, Laurent Michel, Bahain Jean-Jacques, Mathys Pascal. Le gisement paléolithique moyen de Beauvais (Oise). In:
Bulletin de la Société préhistorique française. 1995, tome 92, N. 2. pp. 213-226.
doi : 10.3406/bspf.1995.10007
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1995_num_92_2_10007Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 2 213
LE GISEMENT PALÉOLITHIQUE MOYEN
DE BEAUVAIS (OISE)
Jean-Luc Pascal LOCHT, DEPAEPE, Colette Christophe SWINNEN, avec la FALGUÈRES, Pierre collaboration ANTOINE, Michel de Pascal Patrick LAURENT MATHYS AUGUSTE, et Jean-Jacques Marylène PATOU-MATHIS, BAHAIN,
RÉSUMÉ
Situé au pied d'une butte tertiaire
résiduelle, le gisement de Beauvais a
livré de nombreux vestiges, lithiques
et osseux, d'une occupation du Pa
léolithique moyen sur une superficie
de 763 m2.
Les caractéristiques sédimentolo-
giques et la structure des dépôts de
sables éoliens contenant le matériel
archéologique, indiquent des condi
tions froides et sèches et un milieu
steppique fortement ouvert.
Le cortège faunique, dominé par 100km
le Renne, évoque également des P. Depaepe 1994 conditions climatiques rigoureuses. Fig. 1 - Localisation du gisement.
L'industrie lithique est caractéri
sée par l'emploi d'un mode de débi- The lithic industry is characterized Au pied de cette butte, des tage s'inscrivant dans un concept phases d'érosion successives ont by the use of a flaking style which général discoïde et contient de nom can be generally described as discoi- modelé le substrat tertiaire, qui se breux éclats débordants et pointes dal and contains numerous projec présente sous l'aspect d'une cuvette pseudo-Levallois. L'outillage est do ting flakes and pseudo-Levallois bien marquée. Cette morphologie miné par les racloirs simples, les points. The tool assemblage is domi particulière a très probablement joué couteaux à dos et les éclats portant nated by simple scrapers, backed- un rôle important dans le choix du une courte retouche marginale. knives and flakes showing short marg site par les chasseurs paléolithiques
inal retouch. en délimitant une véritable structure Des datations actuellement en
d'accueil abritée des vents domincours permettront d'attribuer cette Dating actually in progress will ants. occupation au stade isotopique 6 ou
allow to attribute this occupation eiau stade 4 ; le gisement de Beauvais ther to isotopic stage 6 or to 4; the Cette topographie et son orientaconstitue ainsi un des rares Beauvais deposit thus constitutes tion ont favorisé l'accumulation à cet exemples de la fréquentation de ces one of the rare examples of human endroit d'une épaisse séquence sé- régions durant une phase plénigla-
activité in these regions during a ple- dimentaire (4,5 m au maximum) qui a ciaire. niglacial phase. permis la bonne conservation et une
approche stratigraphique des n
iveaux archéologiques. Dans les anABSTRACT nées soixante, cette butte a été en ■ CONTEXTE GÉNÉRAL
majeure partie arasée par une anLocated at the foot of a residual cienne carrière. L'exploitation intenTertiary mound, the Beauvais deposit Le lieu-dit "La Justice", situé sur sive de ces sables, dont l'épaisseur has revealed numerous stone and la commune de Beauvais, à l'est de maximum était d'environ 7 m, a cebone remains, dating from the la ville, a été traversé, dans le cadre pendant épargné le secteur qui apMiddle Palaeolithic period over an des travaux autoroutiers, par la dé paraît actuellement comme le plus area of 763 m2. viation de la R.N. 31 Beauvais-Cler- important du point de vue archéolo
mont (fig. 1). Les occupations paléo gique. Ces destructions anciennes, The sedimentological characterist lithiques découvertes à l'occasion qui ont d'ailleurs été à l'origine de la ics and the structure of the aeolian de ces travaux, sont implantées au découverte de quelques artefacts sand deposits containing the ar pied du versant nord-est d'une pe paléolithiques n'affectent donc pas chaeological material, indicate cold tite butte tertiaire résiduelle local la lecture actuelle du site. and dry conditions in a largely open isée en bordure de plateau à une steppe environment. altitude de 90 m N.G.F. Elles domi Des sondages réalisés en no
The accompaning fauna, domina nent la vallée du Thérain située une vembre 1992 ont permis la décou
ted by reindeer, also suggests ex trentaine de mètres en contrebas verte de deux niveaux du Paléol
treme climatic conditions. (fig. 2). ithique moyen en place. Une ;
:
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 2 214
partie supérieure apparaissent
quelques lits plus grossiers consti
tués par des silex et (ou) des co
quilles et des fragments de coquilles
marines associés à des artefacts pa
léolithiques remaniés à patine
blanche et quelques galets avella-
naires.
Illustration non autorisée à la diffusion
Outre leur stratification plane mill
imétrique, ces dépôts montrent une
organisation générale en grandes
lentilles métriques à décamétriques à
stratification plane dans la partie i
nférieure puis oblique (15 à 25°). Dans
l'ensemble de ces dépôts les petites
cryoturbations tronquées (2-5 cm)
sont très fréquentes (fig. 4), par
contre les fentes de gel syngéné-
tiques typiques sont assez rares
Fig. 2 - Profil topographique de la vallée du Thérain et du bord du plateau (Dessin — 6 a : sable homométrique éoP. Depaepe).
lien jaune à brun-jaune clair, non cal
caire, avec nombreux vides liés à la
importante intervention de sauvetage lessivé localement dégradé par hy- dissolution de fragments de co
s'est déroulée de février à juin 1993. dromorphie) ; quilles. Cette couche comporte loc
L'aire de fouille est d'une superficie alement de nombreux lits millimé— 2 : sable jaune éolien non calde 763 m2 d'un seul tenant. La fouille triques irréguliers de coloration plus caire, essentiellement représenté manuelle s'est déroulée de façon sombre et de texture plus fine (restes dans le remplissage des fentes de gel classique ; chaque élément, lithique de matière organique ?). Le niveau qui s'ouvrent à la surface du sol 3 ; et osseux, a été relevé en trois d archéologique supérieur est inclus — 3 : limon argilo-humique gris imensions. dans la partie médiane de cette
brun (1 0 YR 4/4 4/6) à structure poly couche 6 a. édrique, avec nombreux pores raci-
— 6b: sable homométrique éonaires et nombreuses bioturbations à ■ DESCRIPTION DES PROFILS lien brun-jaune clair avec concentratremplissage argileux brun rouge pro
ion de fragments de coquilles ma- venant du sol 1 (sol humifère fort
Deux profils N.W.-S.E. de 30 et ement dégradé avec illuviations argi
50 mètres de longueur ont été rele leuses postérieures).
vés en continu de part et d'autre du La limite supérieure de cette unité, décapage lors de la fouille. La coupe soulignée par un cailloutis de silex, décrite dans la figure 3 correspond à est jalonnée par un niveau de fentes la partie médiane du profil délimitant de gel de 0,5 à 1 m de profondeur à la fouille au N.E. là où l'enregistr remplissage de sable jaune 2 ; ement pédo-sédimentaire est le plus
dilaté. — 4 a : limon sablo-argileux brun
(1 0 YR 5/6) à structure lamellaire difLes profils complets ainsi que les fuse, porosité racinaire importante, résultats des études granulome- et petites concrétions ferro-manga- triques et micromorphologiques ac niques assez abondantes (Horizon ВТ tuellement en cours seront publiés sur sable limoneux). La partie inféultérieurement. rieure de cette unité (4 b) se dis
tingue par une coloration plus rouge • Dépôts et sols quaternaires (1 0 YR 5/6 4/6) et une structure plus (fig- 3) compacte ; les concrétions ferro-
— 0 (non représenté sur la manganiques y sont plus abond
antes. La base de cet horizon est figure 1) : colluvions sablo-limo-
soulignée par une limite de décalcifineuses brunes à silex épars avec ho
cation brutale et irrégulière dessinant rizon de labour à la partie supér
des poches ; ieure ;
— 1 : limon sablo-argileux brun — 5 : ensemble de dépôts lités
rouge à forte porosité racinaire gris-jaunes à dominante sableuse,
(10 YR 5/6 4/6), avec structure pri avec lits argileux gris. Ces dépôts
smatique décimétrique diffuse soul montrent des variations texturales
ignée par des revêtements argileux brutales avec superposition de lits de
bruns-foncés, quelques plages hy- sables grossiers, d'argile et de
sables fins et contient de nombreux dromorphes grisâtres à la partie su Fig. 3 - Détail de la stratigraphie entre
périeure (Horizon B.T. de sol brun microchenaux (2-20 cm). Dans leur + 17et + 19m (légende dans le texte). :
;
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 2 215
rines remaniées. La base de ce
dépôt montre localement des strati
fications obliques correspondant à
des rides éoliennes, ainsi que
quelques galets et de nombreux silex
éolisés. Dans les parties hautes de la
cuvette, le contact 6 b/7 est assez
intensément déformé par gélifluxion
et prend l'aspect d'un horizon à
langues.
Le niveau archéologique inférieur
se situe au contact entre 6 b et le
substrat tertiaire 7 et se localise es
sentiellement dans la partie basse de
la cuvette.
• Dépôts antéquaternaires
— 7 : sables gris-verts clairs ho-
mométriques en grande partie Fig. 4 - Micro-cryoturbations dans les sables lités de l'unité 5. azoïques mais contenant localement
quelques niveaux de coquilles mar
ines (Thanétien) ;
La partie inférieure de ce dépôt climatique très nette attestée par la — 8 : cailloutis hétérométrique de contient une importante charge cal présence de structures périglaciaires silex verdis à matrice de sable vert caire constituée par des fragments syngénétiques [fentes et petites reposant au contact de la craie (f de coquilles marines tertiaires rema cryoturbations (fig. 4)]. Cette phase aciès transgressif du Thanétien niés provenant des lentilles fossili de sédimentation sous un climat marin) fères du tertiaire. Cette concentration froid et humide aboutit à la régular
- A Échantillons orientés (micro de carbonates a permis une bonne isation du versant nord-est de la
conservation des nombreux restes butte. morphologie) ;
de faune abandonnés par les Paléol- В : Échantillons non orientés Au sommet de cette séquence se ithiques en abaissant l'acidité natu(ESR) ; développe ensuite un sol argileux relle des sables tertiaires. Cette
brun-rouge indiquant le retour de conservation apparaît assez exceptRemarque : Outre les nombreuses conditions climatiques de type tempetites failles de tassement dues à la ionnelle dans ce type d'environne
pérées (unité 4). Le sol humifère dément et représente un des aspects dissolution des coquilles dans la gradé 3), directement sus- les plus originaux du site de Beau- couche 6b, une faille recoupant l'e jacent indique quant à lui des nsemble de la séquence et se perdant vais.
conditions à nouveau plus fraîches et dans le sol 4 a été observée dans les Les caractéristiques sédimentolo- surtout plus sèches (continentales). deux profils et suivie dans l'e giques et la structure de ces dépôts Les analyses micromorphologiques nsemble du décapage. Les caractéris indiquent des conditions froides et nous permettront ultérieurement de tiques de cet accident et son orienta sèches et un milieu steppique fort caractériser finement ces sols et de tion (N 110°) sont compatibles avec ement ouvert ; très favorable à mieux décrire la succession d'événela direction structurale régionale ma la mise en place des sables éoliens ments pédologiques et sédimen- jeure (anticlinal du Bray et synclinal en raison de l'absence de fixation du taires. du Thérain). sable par la végétation. Ce contexte
Une péjoration climatique imporclimatique froid et sec et l'absence
tante se marque ensuite au sommet de couvert végétal bien développé
■ ÉVOLUTION de ce complexe de sols par un glacis sont aussi indiqués par
PÉDOSÉDIMENTAIRE d'érosion avec cailloutis de silex géli- d'altération du sable tertiaire sur l
ET PALÉOMILIEUX : fractés et fentes de gel bien dévelopequel s'est installée la première occup
PREMIÈRES pées. Cette érosion précède la mise ation.
INTERPRÉTATIONS en place d'un dépôt de sables éo
La transition avec l'unité 5 est liens non carbonates (unité 2) essen
soulignée par une surface d'érosion tiellement représentés sous la forme La reconnaissance stratigraphique avec cailloutis et un changement ra de remplissage des fentes de gel, menée parallèlement à la fouille a dical de la sédimentation. En effet, la puis d'un lœss calcaire peu épais permis de mettre en évidence l'évo structure des sables et limons lités 5 observé de manière ponctuelle dans lution suivante : témoigne d'une mise en place par un un sondage. La mise en place de ces
Le niveau inférieur, localisé au ruissellement très actif qui érode fo dépôts éoliens est contemporaine de
sommet des sables tertiaires non a rtement la butte et resédimente les la dernière phase froide et sèche de ltérés, est rapidement fossilisé par un dépôts tertiaires dans les parties type périglaciaire de la séquence.
premier dépôt de sables éoliens al basses au pied de la butte. Leur
imentés par la reprise locale par le mise en place implique une augment L'évolution se termine par la fo
vent des sables tertiaires formant la ation importante de l'humidité rmation du sol argileux 1 au cours
butte (sables soufflés)". contemporaine d'une détérioration d'une nouvelle période tempérée :
:
;
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 2 216
(période actuelle). A sa partie supér tendre les résultats définitifs de été utilisées à partir de la faune de
ieure, ce sol est ensuite recouvert l'étude des nombreux restes osseux Beauvais et toutes convergent vers
par des colluvions sablo-limoneuses et les datations (11Яг1 et E.S.R.) en la même interprétation concernant la
résultant de la mise en culture du sol cours avant de présenter une inter nature du paysage et du climat lors
depuis l'époque historique. prétation définitive. de la formation des deux niveaux a
rchéologiques.
La première approche consiste à
■ DISCUSSION CONCERNANT ■ LA FAUNE considérer les exigences écolo
giques de chaque espèce, soit par L'ÂGE DES INDUSTRIES
analogie avec les formes actuelles, Les restes fauniques sont rela
soit à l'aide des données établies de D'après l'évolution climato-sédi- tivement abondants et assez bien
façon fiable dans d'autres gisements conservés. Ces découvertes ont un mentaire décrite précédemment,
pour les formes fossiles. Les esainsi que l'absence de paléosol anté caractère exceptionnel car dans un
pèces présentes à Beauvais dans les rieur aux occupations il est actuell contexte sédimentaire sableux, les
deux niveaux montrent toutes la ossements sont rares voire abement possible de proposer deux hy
même adaptation à un milieu très dépothèses chronologiques sents.
couvert de type steppe herbacée, — 1 : le complexe de sols (3/4) r Les espèces de grands mammif sans aucun indice de présence à eprésente le bilan Éémien/Début- ères présentes dans les deux n proximité de zones boisées. Le cliveaux, à l'exception des carnivores Weichsélien, les niveaux paléoli imat induit par les affinités écolothiques sont alors attribuables à la fin (3 restes), sont peu diversifiées. giques de ces taxons est caractérisé L'animal dominant est le Renne du Saalien (Stade isotopique 6) par une composante continentale (Rangifer tarandus), associé au Rhi très marquée, il est froid à très froid — 2 : le complexe de sols (3/4) nocéros laineux (Coelodonta antiqui- et sec. correspond à un faciès local fort tatis), au Cheval (Equus cf. germani- ement dilaté des sols intraweichsé- L'étude de l'anatomie fonctionncus), au Mammouth (Mammuthus liens de type Saint-Acheul (Antoine, elle du cheval de Beauvais renforce primigenius) et au Bison des steppes 1988 ; 1990), les niveaux paléoli cette interprétation. En effet, celui-ci (Bison priscus). Le Putois des thiques sont alors contemporains du présente des sabots très étroits, casteppes (Mustela cf. eversmanni) et début du Weichsélien moyen soit du ractéristique d'une adaptation à des le Loup (Canis lupus) sont représenStade isotopique 4. terrains durs, ainsi que des os longs tés par quelques restes seulement
graciles, témoignant d'un climat sec (fig- 5). Par comparaison avec la stratigra
(Eisenmann, 1984). Par ailleurs, ses phie des lœss, la première hypothèse La reconstitution du cadre écolo dents supérieures montrent des prosemble actuellement la plus pro gique des gisements pleistocenes à tocônes très allongés, caractère qui bable. En effet, ce type de pédo l'aide des grands mammifères per serait typique des adaptations à des complexe n'a jusqu'à maintenant j met, grâce à plusieurs approches climats froids (Eisenmann et David, amais été observé au sein du méthodologiques, de mettre en év 1990). Weichsélien, alors qu'il se rencontre idence les principaux paramètres ensystématiquement à la base des s Tous ces éléments concernant vironnementaux et climatiques en véquences lœssiques de la France igueur au moment de l'occupation du l'adaptation écologique du cheval de septentrionale (Antoine, 1989 ; 1993). gisement. Trois de ces méthodes ont Beauvais sont donc en accord avec De plus, les nombreuses observat
ions récentes sur le tracé de l'aut
oroute A16 ont montré que le bilan
des lœss Weichséliens est très faible Putois (11.1%) dans cette région où il n'est pas rare Ino. laineux ) (7.3%)
Bison (1.9%) Bison (11.1%) d'observer le sol Éémien ou le com Mammouth (4.6%) plexe de sols Eémien/Début-Gla- Renne (44.4%)
ciaire Weichsélien en surface comme Cheval (11.1%)
à Auteuil (Locht, Swinnen, Antoine,
1995). Rhlno. laineux (11.1% Renne (77.9%)
Cependant, le caractère local de Mammouth (11.1%) 2
la morphologie qui a piégé cette sé
quence et du matériau qui la consti
tue (sable tertiaire remanié par le
Mammouth Loup (o.4%)-\ (8.0%) i vent puis le ruissellement), rendent -Loup ->^ / Ж (6.3%) Bison (6.3%) relativement délicates les corréla Rhino, laineux (14.2%) é i Renne (37.5%)— J à Ш tions avec les séquences lœssiques Ш régionales dont les unités se suivent i S$88 m MS ■ II ^Ш-Cheval (25.0% Cheval (6.2%) Ш S&s' sur des dizaines de km et dont les щ Bison (1.3%) |: m matériaux sont essentiellements al- 1 S Benne (69.8%) ^Шр m ■тпг lochtones. i 1 Mammouth (6.3%) -Rhlno. laineux (18.8%) 3 Bien que l'ensemble de ces ob 4 servations semble actuellement privi
légier l'hypothèse d'un âge fin-saalien, Fig. 5 - 1 : Niveau 2 : nombre de restes ; 2 : Niveau 2 : nombre d'individus ; 3 : N
iveau 1 : nombre de restes ; 4 : Niveau 1 : nombre d'individus. il est néanmoins nécessaire ;
;
;
I
;
'
:
;
;
;
;
I
;
;
;
;
I
;
;
;
;
;
:
:
;
;
;
;
;
;
;
;
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 995 / TOME 92, n° 2 217
sa présence dans une steppe herba
cée sèche sous un climat froid à très
froid.
De fait, l'association mamma-
lienne mise en évidence à Beauvais
est typique de la faune qui peuplait la
"Steppe à Mammouth" définie par
Guthrie (1982), nommée aussi "Faune
à Mammouth" (Vereschagin et Bary-
schnikov, 1991). Cette "Steppe à R Pri Ar Mammouth", caractéristique des pé
riodes glaciaires pleistocenes, est
composée essentiellement par des
formations herbacées, mais des fo
rmations arborées plus ou moins dé
veloppées peuvent exister local
ement comme par exemple autour
des rivières (forêts galeries). Les va
riations saisonnières y jouent un rôle
important de par l'aspect continental
du climat qui existait durant ces
phases froides.
Les Rongeurs découverts dans le
niveau 1 (détermination J.-M. Cordy)
sont Microtus gregalis, le Campagnol QTf GTu GTc PT Gr-Ar Aq Ae Fo
des hauteurs, et le Spermophile Ci- (C) (d, tellus sp. Ces deux taxons sont ac Fig. 6 - Diagramme écologique du gisement de Beauvais (niveaux 1 et 2). tuellement les hôtes des steppes Histogramme taxinomique (a) : R = Rongeur = Insectivore Pri = Primate Ar - Artio- continentales, et ils s'intègrent donc dactyle С = Carnivore Per = Périssodactyle Pro = Proposcidiens ; A = Autres.
bien au sein du cortège mammalien des masses (b) AB - < 1 kg С = 1 à 10 kg D = 10 à 45 kg E = 45 à
1 00 kg ; F = 1 00 à 200 kg G = 200 à 1 000 kg H = > 1 000 kg. de la "Steppe à Mammouth". Histogrammme des adaptations alimentaires (c) = insectivores F = frugivores et gra
La deuxième méthode de reconst nivores HB = herbivores brachyodontes HH = herbivores hypsodontes С = carnass
iers О = omnivore. itution paléoécologique employée, Histogramme des adaptations locomotrices (d) GTf = grands mammifères terrestres focelle des diagrammes écologiques, restiers GTu = grands mammifères terrestres ubiquistes GTc = grands mammifères fait appel à l'ensemble des mammif terrestres coureurs ; PT = petits mammifères terrestres Gr-Ar = grimpeurs et arbori
ères présents, grandes et petites coles Aq = aquatiques Ae = aériens Fo = fouisseurs.
espèces. Cette méthode mise au
point par Andrews et al. (1979) a été
plus particulièrement modifiée et
utilisée par Guérin (1984 Guérin et présents sont de plus des espèces posées lors de l'examen des affinités Faure, 1987). Celle-ci consiste à ca fouisseuses inadaptées à un couvert écologiques des espèces. ractériser les associations fauniques végétal important. Les formes herbipar quatre histogrammes faisant i La troisième méthode employée vores hypsodontes dominent très ntervenir la position taxinomique, la pour déterminer le cadre écologique largement cette association fau- taille et la masse des animaux, le r des occupations humaines de Beaunique, indiquant un paysage où les égime alimentaire et l'adaptation l vais est celle des cénogrammes. formations herbacées sont très déocomotrice. Chaque espèce est ainsi Cette méthode, qui inclut également veloppées, image renforcée par représentée par quatre paramètres : la microfaune, a été élaborée par l'absence de formes adaptées à une l'ordre auquel elle appartient, sa Valverde (1964) mais plus particulialimentation dépendante d'un cermasse moyenne, son régime al èrement mise au point par Legendre tain couvert arboré. Les mammifimentaire, son mode de locomotion. (1988). Elle consiste à reporter sur un ères des espaces boisés sont abIl suffit ensuite de regrouper les pa diagramme le logarithme du poids sents, de même que les formes ramètres de tous les taxons pré d'une espèce et de classer tous les inféodées à la proximité immédiate sents dans un niveau dans les taxons mammaliens rencontrés dans d'un cours d'eau, ce qui confirme quatre histogrammes concernés, en un gisement par taille décroissante. d'une part l'extension des espaces reportant le pourcentage de cha L'allure générale donnée par les didécouverts herbeux, et d'autre part cune des classes prises en considér fférents points permet de caractériser l'éloignement de la rivière la préation. L'application de cette mé le type de milieu. Le logarithme du sence de formes fouisseuses, très thode pour le gisement de Beauvais poids d'une espèce s'obtient en calcourantes dans les formations step- permet de mettre en évidence cer culant la surface de la première molpiques, indique l'absence d'un per- tains paramètres climatiques mais aire inférieure et en utilisant l'équagélisol permanent. surtout environnementaux (fig. 6). tion de corrélation qui lie cette
La prédominance d'espèces de surface au poids de l'animal. Pour Les interprétations paléoécolo
grande ou de très grande taille est giques formulées à partir du di Beauvais, ce calcul a pu être effec
nette et elle caractérise un milieu tué pour le Rhinocéros et le Renne ; agramme écologique de Beauvais sont
découvert les petits mammifères donc en total accord avec celles pour les espèces dont les M1 sont i
!
i
i
I
i
i
i
I
i
i
i
I
i
i
i
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 2 218
la biométrie s'inscrivent dans les vaabsentes, nous avons utilisé les va ■ LES DATATIONS
riations connues de Equus germani- leurs obtenues pour des populations
Plusieurs ossements de Renne de référence. La visualisation du cé- cus du Weichsélien, d'un Mammouth
ont été analysés par la méthode fonnogramme montre d'une part un à la denture très évoluée, et des aff
dée sur les déséquilibres dans les fafaible nombre de taxons, caractéris inités observées avec des populat
milles de l'uranium (méthode U-Th). ions attribuées au stade 4, conduitique des milieux très secs, et d'autre
Les échantillons correspondent à de part la rareté de formes de taille sent à proposer une attribution à une
petites esquilles. phase pléniglaciaire du Weichsélien moyenne, fait qui témoigne d'un mi
lieu découvert ; la présence d'es contemporaine du stade isoto Deux domaines d'âge sont obtepique 4, entre 75000 et 60000 ans. pèces de grande taille confirme l'a nus : le plus ancien compris entre spect du paysage (fig. 7). 160 et 210 kans, et une période Les études taphonomiques et pa-
comprise entre 50 et 90 kans. Il Les méthodes de reconstitution lethnologiques sont en cours. Les
existe une relation directe entre la tepaléoécologique utilisées à partir des premières observations mettent en
neur en uranium et l'âge des échantmammifères de Beauvais convergent évidence : une conservation non ho
illons. En effet, les ossements dontoutes vers la mise en évidence des mogène des ossements ; des altéra
nant les âges les plus jeunes ont des mêmes paramètres climatiques et tions liées au "Weathering", à des
teneurs en uranium pratiquement environnementaux. Le milieu est r agents biologiques (plantes) et éda-
deux fois plus importantes que les phiques (dissolution). eprésenté exclusivement par une
échantillons pour lesquels des âges steppe herbacée sans espaces boi Les caractéristiques dynamiques plus grands sont obtenus. La plupart sés et par l'éloignement des zones particulières du sédiment sableux qui des ossements ont incorporé de humides. Le climat est froid à très contient les vestiges archéologiques l'uranium postérieurement à leur enfroid, sec et nettement continental. ne permet pas, dans certains endroits fouissement et ce pendant une péLa faune de Beauvais est donc un de l'aire de fouille, une distinction riode assez longue. Les âges jeunes parfait témoin de la "Steppe à Mam définitive des deux niveaux archéolo obtenus et notamment dans la partie mouth" présente durant le Pleisto giques. L'étude palethnographique centrale de l'aire de fouille, correscene en Eurasie et en Amérique du qui vient de débuter traitera dès lors pondraient donc à la dernière ouverNord (Guthrie, 1990). dans un premier temps l'ensemble ture du système (dernière incorporatCe cadre écologique des occupat du matériel archéologique. ion d'uranium). Plusieurs sédiments
ions humaines à Beauvais montre prélevés du centre vers la périphérie La fragmentation importante rédonc que les Hommes étaient pré de la zone de fouille sont en cours de sulte majoritairement d'une action sents lors d'une phase froide du mesure par spectrométrie gamma. anthropique (impacts, facturation Pleistocene dans cette région septen Cette expérience montrera l'exisur os frais, absence de marques de trionale de la France, dans un pay stence ou non d'un gradient de la teCarnivores,...). D'autres indices, sage steppique mais non désertique. neur en uranium qui expliquerait le comme les marques de découpe et
rajeunissement des âges au centre L'association d'un Rhinocéros la les ossements partiellement brûlés,
de la fouille. témoignent également du rôle préineux de la forme type du Pleistocene
supérieur (C. antiquitatis antiquitatis), pondérant de l'Homme sur l'origine Les âges obtenus par la méthode et l'histoire de cet assemblage. d'un Cheval dont la morphologie et U-Th sont préliminaires ; ils sont peu
reproductibles. D'autres analyses ra-
diométriques sont en cours d'étude. ID" Les ossements qui ont donné des
âges jeunes vont être analysés par la
méthode de la résonance de spin 14-
électronique (méthode E.S.R.). Ces ■ ■ mesures permettront d'avoir plus 12- d'informations quant au facteur d'i■ ncorporation de l'uranium et ainsi de
confirmer ou d'infirmer l'hypothèse 10- POIDS) d'un rajeunissement de la plupart
des échantillons.
CD ■ О ■ L'INDUSTRIE LITHIQUE 6-
Le niveau le plus ancien com
prend près de 1 1 700 silex taillés. Le 4- ■ niveau le plus récent est moins
dense, mais contient néanmoins en2- viron 2 000 artefacts lithiques.
п и lil l' ■ LA MATIERE PREMIERE 1 5 10 15 20 25 30
RANG DES ESPECES La collecte des rognons de silex
s'est faite aux alentours immédiats
Fig. 7 - Cénogramme du gisement de Beauvais (niveaux 1 et 2). de l'implantation préhistorique. Trois de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 2 219 Bulletin
types de matériau, d'origine locale, mension voisine de dix centimètres, assez plate et le débitage s'est pours
ont été exclusivement utilisés et se uivi alors aux dépens des deux surprésentent des traces d'écrasement
retrouvent en proportion égale dans qui peuvent laisser supposer un emp faces. Cependant, les études ré
les deux niveaux archéologiques. loi en tant que percuteur. centes (Boëda, 1993 ; Jaubert, 1993)
démontrent qu'il n'y a pas forcément A la base du sable thanétien se rupture entre les nucleus discoïdes • Le débitage trouve un silex à cortex verdâtre, et ceux autrefois décrits comme bi- dont la position est le résultat des L'usage du percuteur dur est pyramidaux, par exemple. Les rtransgressions marines tertiaires, et unique. Les talons lisses sont larg emontages effectués sur le matériel qui a été majoritairement exploité par ement majoritaires. La totalité du dé de Beauvais et leur interprétation les Paléolithiques. Ce silex devait bitage a été réalisée sur place technologique abondent en ce sens. être facilement accessible, notam comme l'attestent le nombre impor L'appellation "discoïde" au sens ment en bordure de la butte tertiaire. tant de rebuts de taille et le nombre strict telle qu'elle était naguère en
important de remontages réalisés. tendue, n'apparaît plus adéquate Un silex à cortex crayeux provient
pour définir l'ensemble des nucleus des bancs qui devaient affleurer au • Les nucleus
des deux séries traitées dans le contact entre le versant et le bord du L'étude technologique de ces cadre de cette étude. Intégrer ces plateau. Cette matière première est deux séries, étoffée par la réalisation nucleus dans un concept ou dans moins représentée que la précéd de nombreux remontages a permis une "idée" discoïde semble cepenente, et de qualité avoisinante. Ces de mettre en évidence la production dant refléter la réalité technologique, blocs semblent toutefois être de d systématique et prédéterminée en tenant compte des facteurs imensions légèrement supérieures. d'éclats débordants et de pointes propres à cette industrie.
Les galets de silex avellanaires qui pseudo-Levallois par le biais d'un
se trouvaient dans le sable thanétien débitage discoïde (Boëda, 1993 ; Pour des raisons de clarté dans la
ont été testés à plusieurs reprises. La Locht, Swinnen, 1994). L'étude tech terminologie, l'appellation discoïde
mauvaise qualité de ces blocs gélifs nologique qui suit s'est cependant n'a été utilisée que pour les nucleus
heurtée à un problème important de a en général empêché l'exploitation présentant deux surfaces non hiérar
de ce type de matière première. terminologie. Dans de nombreuses chisées. Ces deux s'articu
Quelques artefacts réalisés dans ce publications, les nucleus discoïdes lent selon un plan d'intersection mat
sont très souvent décrits comme érialisé par une arête sinueuse et matériau témoignent d'une réussite
ponctuelle dans la taille de ces gal étant des nucleus Levallois poussés sont mise en place dès la phase
jusqu'à exhaustion. Leur forme est ets. Certains d'entre eux, d'une d'épannelage (fig. 8). Elles sont le
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 8 - Nucleus discoïde abandonné immédiatement après la phase d'épannelage (+ schéma diacritique). L'aspect général
peut, de prime abord, faire penser à un nucleus globuleux. Cependant, ce nucleus est composé de deux surfaces qui s'articu
lent selon un plan d'intersection, matérialisé par une ligne sinueuse soulignée par un trait gras. Ces ont été par
tiellement exploitées de façon alternative, selon un angle très sécant (Dessin J.-L. Locht). :
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 2 220
plus souvent exploitées de façon a
lternative. Ces nucleus sont de mor
phologie variée ; les deux surfaces
de débitage peuvent présenter des
convexités très variables (fig. 9, n° 2 ;
fig. 10; fig. 11,n°1).
Les éclats sont obtenus selon un
angle sécant par rapport au plan
d'intersection des deux surfaces
(fig. 12). Chaque enlèvement laisse
un contre-bulbe profond qui modifie
à chaque fois l'arête sinueuse qui
matérialise le plan d'intersection des
deux surfaces de débitage.
Dans certains cas, l'une des deux
surfaces est utilisée comme plan de
frappe permettant l'exploitation de la
seconde (fig. 1 1 , n° 2). Une ressem
blance morphologique avec un nu
cleus Levallois centripète est alors
possible. L'angle de détachement
des éclats par rapport à la surface Illustration non autorisée à la diffusion
exploitée est sécant et laisse des
contre-bulbes très marqués qui se
raient cependant peu opportuns
dans le maintien des convexités
d'une surface de débitage Levallois.
Un système de classification i
nterne, basé sur la lecture du schéma
diacritique de chaque nucleus, a dé
montré que, malgré cette variété de
formes, ces nucleus sont le résultat
d'un mode opératoire cohérent,
obéissant à des règles précises.
L'ensemble des nucleus portent les
stigmates de gestes techniques
identiques, à tous les niveaux de la
chaîne opératoire et quel que soit
leur aspect. La répétition de ces
mêmes séquences techniques quel
que soit la morphologie du nucleus
et l'homogénéité des produits obte
nus (surtout des pointes pseudo-Le-
vallois et des éclats débordants)
illustrent la variabilité et la souplesse
du mode opératoire discoïde.
Les différents états d'abandon
Fig. 9 - 1 : Nucleus à deux surfaces articulées selon un angle proche de 90°. Ces des nucleus correspondent à un deux surfaces ne concernent pas tout le volume du rognon ; 2 : Nucleus discoïde à arrêt du débitage après une sélégèrement convexe (Dessins L. Lang). quence précise d'exploitation. La
qualité et la forme de départ du mat
ériau ont ainsi joué un rôle essentiel après la phase d'épannelage de Ils peuvent encore porter une légère dans l'initialisation du débitage et plage corticale sur leur extrémité dis- deux surfaces qui s'articulent selon la gestion des blocs. Le stade taie. La morphologie de ces blocs — un angle d'environ 90-110 degrés d'abandon du nucleus, et par consé (fig. 9, n° 1). Ces deux surfaces, de la plupart sont de forme plus ou quent sa morphologie, sont à mettre moins ronde — permet d'obtenir des superficie réduite ne concernent en relation avec ces deux para qu'une partie, plus ou moins import supports prédéterminés au prix d'un mètres, et non avec la présence de ante, du volume du bloc d'origine, et investissement technologique modplusieurs modes opératoires. De sont exploitées alternativement. Dès éré. même, l'aspect du nucleus (surfaces cet instant, la production de pointes convexes, plus ou moins planes ;...) Lorsque le débitage des deux surpseudo-Levallois et d'éclats déborrésultent de la forme initiale du bloc dants est possible. La prédéterminat faces n'est plus possible, on cons(fig. 12). ion de ces artefacts est ainsi définie tate dans quelques cas la création
Certains nucleus sont caractérisés d'une nouvelle surface de débitage, dès la phase d'épannelage, en fonc
obtenue par un ou plusieurs enlève- par la mise en place, immédiatement tion de la forme d'origine du rognon. :
:
de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 2 221 Bulletin
ments à partir d'une des deux sur
faces qui définissent un nouveau
plan d'intersection (fig. 13). Le débi-
tage se poursuit ainsi à nouveau sur
deux surfaces distinctes, s'inscrivant
à nouveau dans un concept dis
coïde. Ce geste technique apparaît
assez anecdotique dans cette série,
mais le passage vers des nucleus de
forme polyédrique pourrait être pos
sible par ce type de procédé.
• Les produits
Illustration non autorisée à la diffusion
La pointe pseudo-Levallois a été
décrite par Fr. Bordes (Bordes,
1 950). Dans le cadre de cette défini
tion, l'axe d'allongement de la pièce
est déjeté par rapport à l'axe de dé-
bitage.
La pointe pseudo-Levallois ne r
ecoupe le plus souvent qu'une arête
du nucleus, qui relie la partie débor
dante à l'extrémité pointue (fig. 14,
nos 1-4). Certaines pièces, recoupant
plus d'une arête, peuvent se présent
er sous une forme pentagonale ou
hexagonale ("pseudo-pointes pseudo-
Levallois", Bordes, 1961). Ces der
niers artefacts peuvent cependant
Fig. 10 - Nucleus discoïde (Dessin L. Lang). être considérés dans certains cas
comme de véritables éclats débord
ants.
Les éclats débordants portent sur Une distinction a été effectuée en Certains artefacts présentent des leur surface dorsale au moins deux tenant compte de plusieurs critères similitudes de forme avec des proarêtes. Dans ce cas, le tranchant de afin de pouvoir travailler sur base duits issus d'un débitage Levallois. l'éclat est parallèle ou sub-parallèle d'une classification interne cohér Les nucleus Levallois, par contre, ne au dos de débitage (fig. 14, n°s 5-7). ente. Les premiers résultats des sont pas représentés dans cette i
Pour ces deux catégories d'arte études statistiques et des analyses ndustrie. Plusieurs remontages ont
facts, le débitage a été effectué dans permis de replacer ces éclats sur factorielles sembleraient démontrer
une direction "cordale" (Boëda, que cette distinction n'est pas réell des nucleus débités selon un
1993), c'est-à-dire "ne passant pas ement significative. Il semble donc schéma discoïde ou de forme poly
par le centre" (Meignen, 1994). que le but recherché n'est pas le édrique, démontrant ainsi à nouveau
type de pièces (éclat débordant ou que des produits de morphologie Lors du débitage d'une même pointe pseudo-Levallois), mais plutôt comparable peuvent être obtenus surface, pointes pseudo-Levallois et leur dimension et sans doute celui de par des gestes techniques différents. éclats débordants peuvent être pro leur tranchant. La distinction a poster Considérée sous cet aspect, l'industduits. La distinction entre ces deux iori entre éclat débordant et pointe rie du site de Beauvais ne contient catégories d'enlèvements est parfois pseudo-Levallois ne semble donc dès lors aucun élément Levallois. délicate. Ce type de débitage induit pas correspondre à une réalité a Toutefois, il faut admettre que cerde plus un phénomène de récur rchéologique. De plus, le terme tains de ces éclats auraient pu être rence poussé, permettant la product "pointe" peut prêter à confusion, produits par une chaîne opératoire ion successive de plusieurs pointes l'acuité n'étant pas le caractère r Levallois, et ensuite amené sur le site pseudo-Levallois et éclats débor echerché. sous forme de produits finis (si l'on dants lors d'une même séquence de calcule l'indice Levallois sur base de débitage, sur les deux surfaces d'un Ce mode opératoire discoïde per ces éclats "réguliers, il apparaît tounucleus exploitées alternativement. met de plus la production d'autres tefois très bas IL = 1 , 16). Cette succession d'enlèvements pré types d'enlèvements, lors de la même
déterminés, mais aussi prédétermi séquence de que les En moindre proportion que les
éclats débordants ou les pointes pointes pseudo-Levallois et les nants, explique la grande variabilité
de morphologie et de taille des deux pseudo-Levallois, dont ils partagent éclats débordants, on trouve égale
types d'artefacts. C'est également la les critères prédéterminés/prédéterm ment des éclats dont le profil pré
sente une "rupture de pente" au 2/3 raison pour laquelle certaines pièces inants. De morphologie variable, ils
pourraient être classées dans l'une peuvent être assez difficiles à quantif de la longueur. Ces éclats "à profil
brisé" (fig. 15, n° 2) proviennent éga- ier dans une série. ou dans l'autre catégorie.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.