Le peuplement préhistorique de la Cordillère des Andes - article ; n°4 ; vol.91, pg 264-274

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1994 - Volume 91 - Numéro 4 - Pages 264-274
ABSTRACT The earliest settlements (14/13000 BP, Peru and Colombia) correspond to hunters of Pleistocene megafauna. The highlands (> 4 000 m) were only occupied around 1 1 000 BP, after the retreat of the last glaciers, by specialised hunters who exploited the present fauna (Cervidae and Camelidae). Their technical equipment included tools on flakes and bifacials, and a bone industry. Horticultural experimentation took place as early as 8500 BP in Peru, where Camelidae were domesticated around 6000 BP. The first public buildings date from с 4500 and pottery appeared с 3800 BP.
RESUMEN Las primeras ocupaciónes (14/13000 BP, Peru y Colombia) cor- responden a grupos cazadores de megafauna. La zona altoandina (> 4000 mts.) esta ocupada hacia 11000 BP, despues de la retirada de los ultimos glaciares, por cazadores especializados quienes explotan una fauna actual (cervidos y camélidos). El equipo tecnico incluye arte- factos sobre lasca y bifaciales, y instrumentos de hueso. Algunas plantas se cultivan desde 8500 BP en el Peru, donde se domestica los camé- lidos a partir de 6000 BP. La construcción de los primeros edifi- cios « publicos » se remonta hacia 4500 BP y la ceramica aparece hacia 3800 BP.
RESUME Les premières occupations (14/13000 BP, Pérou et Colombie) correspondent à des installations de chasseurs de mégafaune pleistocene. Les hautes terres (> 4 000 m) ne sont occupées que vers 11000 BP, après le retrait des derniers glaciers, par des chasseurs spécialisés qui exploitent une faune actuelle (cervidés et camélidés). L'équipement technique comprend des outils sur éclat et bifaciaux et de l'industrie d'os. Des expériences horticoles ont lieu dès 8500 BP au Pérou, où les camélidés sont domestiqués vers 6000 BP. Les premiers édifices publics sont construits vers 4500 BP et la céramique apparaît vers 3800 BP.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1994
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Danièle Lavallée
Le peuplement préhistorique de la Cordillère des Andes
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1994, tome 91, N. 4-5. pp. 264-274.
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Lavallée Danièle. Le peuplement préhistorique de la Cordillère des Andes. In: Bulletin de la Société préhistorique française.
1994, tome 91, N. 4-5. pp. 264-274.
doi : 10.3406/bspf.1994.9735
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1994_num_91_4_9735Abstract
ABSTRACT The earliest settlements (14/13000 BP, Peru and Colombia) correspond to hunters of
Pleistocene megafauna. The highlands (> 4 000 m) were only occupied around 1 1 000 BP, after the
retreat of the last glaciers, by "specialised hunters" who exploited the present fauna (Cervidae and
Camelidae). Their technical equipment included tools on flakes and bifacials, and a bone industry.
Horticultural experimentation took place as early as 8500 BP in Peru, where Camelidae were
domesticated around 6000 BP. The first "public" buildings date from с 4500 and pottery appeared с
3800 BP.
Resumen
RESUMEN Las primeras ocupaciónes (14/13000 BP, Peru y Colombia) cor- responden a grupos
cazadores de megafauna. La zona altoandina (> 4000 mts.) esta ocupada hacia 11000 BP, despues de
la retirada de los ultimos glaciares, por "cazadores especializados" quienes explotan una fauna actual
(cervidos y camélidos). El equipo tecnico incluye arte- factos sobre lasca y bifaciales, y instrumentos de
hueso. Algunas plantas se cultivan desde 8500 BP en el Peru, donde se domestica los camé- lidos a
partir de 6000 BP. La construcción de los primeros edifi- cios « publicos » se remonta hacia 4500 BP y
la ceramica aparece hacia 3800 BP.
Résumé
RESUME Les premières occupations (14/13000 BP, Pérou et Colombie) correspondent à des
installations de chasseurs de mégafaune pleistocene. Les hautes terres (> 4 000 m) ne sont occupées
que vers 11000 BP, après le retrait des derniers glaciers, par des "chasseurs spécialisés" qui exploitent
une faune actuelle (cervidés et camélidés). L'équipement technique comprend des outils sur éclat et
bifaciaux et de l'industrie d'os. Des expériences horticoles ont lieu dès 8500 BP au Pérou, où les
camélidés sont domestiqués vers 6000 BP. Les premiers édifices "publics" sont construits vers 4500 BP
et la céramique apparaît vers 3800 BP.:
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LE PEUPLEMENT PREHISTORIQUE
DE LA CORDILLÈRE DES ANDES
Daniele LAVALLÉE
Peru, donde se domestica los camé- trente, cinquante, voire soixante-dix RESUME
mille ans — ancienneté revendiquée lidos a partir de 6000 BP. La
Les premières occupations construcción de los primeros edifi- par certains chercheurs et fort
(14/13000 BP, Pérou et Colombie) cios « publicos » se remonta hacia contestée par d'autres — au regard
correspondent à des installations de de la profondeur des préhistoires afr4500 BP y la ceramica aparece
chasseurs de mégafaune pleisto icaine, asiatique et même euro3800 BP.
cene. Les hautes terres (> 4 000 m) péenne ? Elle constitue par ailleurs
ne sont occupées que vers un champ d'étude très différent de
11000 BP, après le retrait des der La préhistoire du Nouveau Monde celui offert par l'Ancien Monde. Outre
niers glaciers, par des "chasseurs est une préhistoire relativement r sa relative "jeunesse", l'expérience
spécialisés" qui exploitent une faune écente. Que représentent en effet américaine se déroula dans des
actuelle (cervidés et camélidés).
L'équipement technique comprend
des outils sur éclat et bifaciaux et de
l'industrie d'os. Des expériences hor GISEMENTS PREHISTORIQUES
ANDINS ticoles ont lieu dès 8500 BP au MER DES ANTILLES Pérou, où les camélidés sont domest
iqués vers 6000 BP. Les premiers Sueva • - Première occupation avant 1 1000 B.P ▲ - " entre 1 1000 et 8000 BP édifices "publics" sont construits A- " " 8000 et 4000
vers 4500 BP et la céramique appar - Terres situées au-dessus de 3000 m aît vers 3800 BP.
ABSTRACT
The earliest settlements (14/13000
BP, Peru and Colombia) correspond to
hunters of Pleistocene megafauna. The
highlands (> 4 000 m) were only occu LaGalgada
pied around 1 1 000 BP, after the retreat Guiiarrcro- of the last glaciers, by "specialised Huaricoio- hunters" who exploited the present
fauna (Cervidae and Camelidae). Their
technical equipment included tools on
flakes and bifacials, and a bone indust [ Pachamachay ry. Horticultural experimentation took
' I Panaulauca Telamiachay Uchkumachay place as early as 8500 BP in Peru,
where Camelidae were domesticated
Pikimachay, around 6000 BP. The first "public" bui
l f Jay Pucnie wamachay. ldings date from с 4500 and pottery
appeared с 3800 BP.
H- RESUMEN
Las primeras ocupaciónes
(14/13000 BP, Peru y Colombia) cor-
responden a grupos cazadores de
megafauna. La zona altoandina /
(> 4000 mts.) esta ocupada hacia
11000 BP, despues de la retirada de
los ultimos glaciares, por "cazadores
PP & ^ especializados" quienes explotan
caméli- una fauna actual (cervidos y
dos). El equipo tecnico incluye arte-
factos sobre lasca y bifaciales, y ins-
trumentos de hueso. Algunas plantas
Fig. 1 - Carte des gisements préhistoriques andins. se cultivan desde 8500 BP en el :
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conditions tout autres, "en vase lume l'article de N. Guidon ef alii.) goureux, elles n'ont pourtant jamais
clos", au contraire de l'Afrique ou de alors que, dans la partie ouest du représenté un obstacle pour
l'Asie où actions et réactions des sous-continent et notamment dans la l'homme qui s'y installa il y a au
groupes préhistoriques aux mêmes région andine, ces mêmes indices moins une quinzaine de milliers d'an
époques furent multiples et restent n'ont au plus qu'une quinzaine de nées.
souvent difficiles à démêler. En Amér milliers d'années. Toutefois, la
ique, les premiers groupes humains science préhistorique est en Amér
arrivés d'Asie orientale par la Béringie ique, surtout en Amérique du Sud, L'EVOLUTION DU CLIMAT — un pont terreste de mille kil une science jeune et les sites correc AU PLEISTOCENE FINAL omètres de large occupant, au mo tement étudiés y sont encore rares.
ment des grandes crues glaciaires, La densité des gisements préhisto
l'emplacement de l'actuel détroit de riques connus ne reflète guère que la Les études de V. Margraf (1989, Bering — virent s'ouvrir devant eux densité des recherches effectuées, 1991), J.H. Mercer (1984), M. Servant des espaces vides, aux paysages et de telle sorte qu'elle ne saurait four (1978), T. Van der Hammen (1992) et à la faune non modifiés par l'homme. nir qu'une image très incomplète et d'autres encore permettent aujourUn univers intact aux milieux naturels très déséquilibrée du peuplement d'hui de retracer à grands traits l'hifortement tranchés, souvent contra préhistorique réel (en raison de stoire climatique des Andes depuis ignants mais auxquels l'homme — conditions de travail de terrain très environ 50000 ans. Trois phases déjà un Homo sapiens sapiens — put différentes selon les régions). Cela principales peuvent être distinguées : s'adapter sans avoir à subir, au est particulièrement vrai dans la Cord une première phase relativement moins au début, la concurrence de illère des Andes, d'accès souvent froide et très humide avant 25/21000 ses semblables. difficile et dont il serait faux de pen BP, une deuxième très froide et ser qu'elle n'a plus de secrets à livrer sèche entre ca. 21000 et 14000 BP Les premiers occupants de l'Amé aux préhistoriens. (= Wùrm 3 européen), enfin, à partir rique du Sud sont donc arrivés du de 10000 BP et jusqu'à nos jours, nord, au cours du Pleistocene final, une troisième phase aux conditions après avoir traversé l'Amérique cen
climatiques pratiquement compartrale et un isthme de Panama plus L'ESPACE ANDIN ables aux conditions actuelles (Van large que de nos jours (en raison
der Hammen, 1991). Toutefois, les d'un niveau de l'océan plus bas oscillations qui ont rythmé toute Sont considérées comme "an- qu'aujourd'hui), couvert en outre par cette période n'ont entraîné dans le dines" toutes les régions apparteune végétation de savane arbustive
paysage que des modifications nant au système montagneux de la plus aisément franchissable que l'ac d'ampleur modérée. Même durant la Cordillère situées à une altitude sutuelle forêt tropicale. A partir de là et dernière grande crue glaciaire du périeure à 1 800 m. A l'intérieur de compte tenu des conditions géogra
Quaternaire enregistrée entre 21000 ce très vaste ensemble qui s'étend phiques et climatiques probables à et 14000 BP, jamais les champs de du Venezuela aux extrémités méril'époque, deux voies de pénétration
glace n'ont formé une barrière inidionales du Chili et de l'Argentine, vers le sud pouvaient être emprunt nterrompue. Au nord, dans les Andes les "hautes terres" correspondent ées l'une par les terres basses de
vénézuéliennes, colombiennes, aux territoires des Andes tropicales l'est le long du littoral atlantique, équatoriennes ainsi que dans le nord qui, situés au-dessus de 3 000 m, l'autre suivant la chaîne andine. Deux du Pérou, régions où l'altitude est constituent une unité géographique possibilités aux conditions très diffé
largement compensée par la latitude, où l'altitude joue un rôle primordial. rentes, car il n'y a pas une mais deux les secteurs englacés restent alors Entre les chaînons de la Cordillère, Amériques du Sud. A l'est, celle des séparés les uns des autres par des grossièrement orientés nord-sud et étendues immenses et monotones, bassins ou plateaux au climat plus plus ou moins parallèles, dont les vastes plaines de l'Orénoque, tempéré. Si, plus au sud, dans les hauts sommets culminent au- énorme bassin tropical de l'Amazone,
Andes centrales du Pérou, toutes les dessus de 6 000 m, s'étendent de interminables espaces des pampas terres situées au-delà de 4 000 m vastes hauts-plateaux appelés pá- et steppes argentines ; à l'ouest, celle sont recouvertes par une large ramos en Colombie et en Equateur, de la Cordillère des Andes, colossal bande de glace continue, le haut- système montagneux — le deuxième punas du Pérou à l'Argentine, élar
plateau bolivien, le nord du Chili et le gis en altiplano en Bolivie, dont l'adu monde après l'Himalaya — qui, du
nord-ouest de l'Argentine en demeur11e degré de Latitude nord au 55e ltitude oscille entre 3 300 et 4 500 m
ent dépourvus, à l'exception de (plus élevés dans la partie centrale degré de Latitude sud, forme une quelques massifs isolés au-dessus du massif, au Pérou et en Bolivie où barrière continue de 8 500 kilomètres de 4 500 m. Plus au sud encore, un ils atteignent leur ampleur maxidont les plus hauts sommets, au vaste glacier recouvre en revanche male). Pérou, en Bolivie et en Argentine, cu toute la chaîne montagneuse à partir lminent à près de 7 000 m. En raison de leur extension et de de 3 200 m d'altitude et s'étend à la
Dans l'état actuel de nos connais leur étagement, de la variété des mod Terre de Feu pour se déverser enfin
sances, c'est la voie "atlantique" qui dans l'Océan Pacifique. Une des elés, des expositions et de la plu
semble avoir été la première emp viométrie, les hautes terres andines conséquences majeures de la crue
runtée, dans la mesure où il semble présentent une très grande variété glaciaire est, par suite de l'abaiss
de climats, à l'origine d'une mo ement des températures dans les rbien que les plus anciennes traces
de présence humaine en Amérique saïque de facettes écologiques à la égions s'étendant en contrebas, une
fois très différentes mais proches les descente de la limite altitudinale des du Sud, détectées dans le nord-est
du Brésil, remontent au moins à unes des autres. En dépit de l'alt zones de végétation la limite supé
50000 ans (voir dans le présent itude et d'un climat le plus souvent rieure de la forêt s'abaisse tandis ;
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que, au-dessus, gagnent en extens rons de 15000 BP, avec une phase seuses qui bordent l'ancien lac plei
dite "Ayacucho" (14150 ± 180 BP). ion, au nord les paramos, au centre stocene de la Sábana de Bogota, à
et au sud les steppes et toundras de Précisons cependant que son inven 2600 m d'altitude, celui de El Abra II
\apuna. A partir de 14000 BP cepend teur voudrait en reculer le début de est occupé par l'homme vers
près de dix mille ans selon lui, du 12500 BP (niveau C3 : entre ant, après une dernière crise froide
de courte durée vers 11000 BP (Tar- rant une première phase "Paccai- 12400 ± 160 et 10720 ± 400 BP)
casa" (25000-15000 BP), des outils diglaciaire), le réchauffement général (Correal, 1981 ; Correal et Van der
isé aboutit progressivement à la de pierre grossiers (choppers et Hammen, 1977 Van der Hammen,
mise en place des conditions clima grands éclats) associés à des restes 1978 et 1991). Selon ces auteurs,
tiques actuelles. Accompagné d'un de faune quaternaire fossile (édentés des chasseurs l'auraient fréquenté
rétablissement du rythme saisonnier Scelidotherium et Megatherium, che pour de courtes expéditions de
val Equus Amerhippus et cervidé des précipitations, il entraîne d'une chasse au cervidé, ce qui reste du
façon générale une augmentation de fossile Palaeolama) témoigneraient domaine de l'hypothèse car aucun
la couverture végétale en altitude et, du passage dans la grotte de petites reste de faune (très mal conservée)
dans les Andes du nord, une remont bandes de chasseurs qui auraient n'a pu être identifié dans le niveau.
ée de la forêt. traqué dans leur repaire ce gros g Quant au matériel lithique, il se com
ibier avant de le dépecer et le pose d'un petit nombre d'éclats de
L'installation de l'homme fut, on consommer (MacNeish et al., 1980- chert parfois grossièrement retou
s'en doute, largement dépendante de 83). Cette phase demeure toutefois chés par percussion en grattoirs ou
ces fluctuations climatiques. Au très hypothétique d'une part, les denticulés, complexe industriel
maximum de l'extension des glaciers, datations 14C ont été obtenues, non quelque peu rudimentaire dit
lorsqu'en contrebas s'étendaient de "Abriense" et bien incapable d'avoir à partir de charbons (le niveau ne
grandes surfaces froides et humides, contenait aucune trace d'un quel constitué un armement efficace ; ce
les vallées et bassins intra-monta- conque usage du feu) mais sur os de qui amène Correal et Van der Ham
gneux d'altitude inférieure, abrités et Scelidotherium, grand édenté qui ha men à pourvoir ces chasseurs de
relativement secs, constituaient des bitait la grotte à l'époque comme le pointes en bois également hypothét
secteurs favorables à l'établissement prouve la présence de ses excré iques. Il fallait bien pourtant qu'ils
de petits groupes chasseurs-collect ments ; de telle sorte que ses car abattent de quelque manière des
eurs. Dans les phases de régression casses pouvaient s'y trouver sans proies de taille respectable puisque,
glaciaire, au contraire, l'augmentation avoir été nécessairement apportées non loin de là et à la même altitude,
de la couverture végétale herbacée par l'homme, peut-être même bien le site de plein air deTïbito I, (Unité 3 :
en altitude favorisait la multiplication avant l'arrivée de celui-ci. D'autre 11740 ±110 BP) contenait des
de la faune, notamment celle des part, les "outils" qui lui sont attribués restes osseux de cervidé actuel
herbivores, cervidés et camélidés. consistent (à l'exception de 4 objets (Odocoileus virginianus) mais surtout
Les vastes espaces ouverts des ayant pu glisser depuis les niveaux de grandes espèces fossiles comme
hauts-plateaux devenaient alors très supérieurs) en fragments ébréchés et le cheval (Equus Amerhippus) et sur
propices à des groupes mobiles de plus ou moins informes de tuf volca tout le mastodonte (Haplomastodon
chasseurs. nique, matériau dans lequel est creu et Cuvieronius Hyodon) dont plu
sée la grotte elle-même et, au de sieurs défenses calcinées reposaient
meurant, plutôt inapte à la taille ; ces sur le sol (Correal, 1981). Le matériel
improbables outils pourraient fort lithique associé, en gros semblable à
bien, comme le pensent de nom celui de El Abra, comporte cepenLES PREMIERS breux spécialistes, n'être que de dant quelques outils plus élaborés OCCUPANTS simples débris détachés de la paroi de tradition dite "Tequendamiense", (AVANT 11000 BP) du nom d'un troisième abri, Tequen- rocheuse. Durant la phase suivante
"Ayacucho", en revanche, un ou dama, occupé à peine plus tard
(Zone : 10920 ± 260 BP). Les trois tillage lithique plus abondant, plus Dans les conditions décrites ci- clairement — de 200 outils occupations commencent donc à la dessus, il n'est pas étonnant que les consistant en choppers, bifaces fin de l'interstade climatique relativplus anciennes traces de l'homme, grossiers et grands éclats parfois r ement tiède de Guantiva et se poursuiantérieures au retrait définitif des gla etouchés — élaboré en matériaux vent durant le stade froid et sec de El ciers, aient été détectées dans les exogènes atteste la fréquentation du Abra, pendant lequel l'existence dans régions d'altitude modérée qui ne fu lieu par des chasseurs dont le gibier la région d'une couverture végétale rent jamais affectées, sinon de man comprend quelques espèces pleist dense devait être particulièrement fière indirecte, par la glaciation. Soit, ocenes (mégathéridés, cheval et ca- avorable à la prolifération des grands ou bien des régions où les glaciers mélidé fossile Palaeolama) mais, mammifères. étaient peu importants comme les déjà, des espèces actuelles de plus plateaux de Colombie, ou bien des Les niveaux les plus profonds des petite taille (camélidés et rongeurs). vallées et bassins intra-montagneux quatre gisements cités présentent Pourtant, là encore, aucune trace de non atteints par les langues gla les particularités suivantes feu n'a été découverte. ciaires, toutes se situant à une alt
itude inférieure à 3 000 m. Les pre — ils ont livré un matériel lithique
mières de ces traces remontent à Trois autres gisements, situés taillé exclusivement constitué d'éclats
une quinzaine de milliers d'années cette fois dans les Andes septentrio (El Abra, Tibito, Tequendama),
dans le bassin d'Ayacucho au Pérou, nales de Colombie, sont occupés un d'éclats et de galets grossièrement
la grotte de Pikimachay, à 2 850 m, a peu plus tard, entre 13000 et travaillés (Pikimachay) mais, dans
livré une séquence d'occupation qui 11000 BP. Parmi les nombreux abris tous les cas, dépourvu de pièces bifa-
débute vraisemblablement aux ciales finement façonnées, notam- creusés dans les formations ;
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ment d'armatures de trait. La r Quant au mode de vie de Dans les Andes septentrionales
etouche par pression n'y est pas non l'époque, il reste difficile à caractéri de Colombie, aux gisements préc
édemment occupés - El Abra, Tibitó plus attestée ser. Il s'agissait à l'évidence de petits
groupes très mobiles, à l'équipement et Tequendama - s'ajoute celui de — la mégafaune pleistocene, qui technique relativement fruste reflé Sueva (entre 1 1 000 et 1 0000 ?) (Cor- disparaît à partir de 11000 BP et tant l'application de techniques real, 1979). En Equateur, où aucun dont l'extinction sera totale dans les simples. L'usage des pointes de trait, gisement plus ancien n'est encore Andes à partir de 9000 BP, est bien et donc celui des armes de jet, connu (mais très peu de recherches représentée parmi les restes de semble encore ignoré, à moins que y ont été jusqu'alors effectuées), faune des trois gisements les plus n'aient été utilisés des bâtons ou des trois stations de moyenne altitude anciens cheval, édenté géant et lances de bois appointies au feu, ou sont occupées entre 11000 et 8000 cervidé fossiles à Pikimachay, cheval des pointes en os. Il est aussi pro BP le site de plein air de Cubilán et mastodonte à Tibitó. En revanche, bable, bien que nous n'en possé (entre 10300 ± 170 et 9100 ± le site un peu plus récent de Tequen- dions aucun témoignage, que les 120 BP), à 3 100 m, où ont été rdama ne contenait que des espèces hommes surent très tôt mettre à prof econnus les restes d'un campement actuelles. it un milieu naturel riche en res et ceux d'un atelier de taille renfe
rmant tous deux un beau matériel li- sources diversifiées et compléter, A l'heure actuelle, ces 4 gis selon les saisons, les produits de la thique taillé sur jaspe (outils sur ements occupés avant 11000 BP chasse par ceux du piégeage et, là éclats et pointes bifaciales à pédoncsont les seuls susceptibles d'illus où il s'en trouvait, la collecte de ule ou foliacées) mais dont la faune trer un peuplement de la montagne baies, graines ou tubercules comest est absente (Temme, 1982), et, sans andine dès le Pleistocene final, et ibles. doute un peu plus tard, la grotte de l'utilisation d'un outillage dépourvu Chobshi à 2400 m (entre 10010 ± de pointes de trait, deux proposi 430 (?), 8615 ± 90 et 8430 ± 200 BP), tions fort contestées par nombre de qui a livré un matériel lithique assez ■ L'EPOQUE préhistoriens de l'Amérique mais semblable associé à des restes de dont la réalité semble pourtant se DES CHASSEURS cervidé (Odocoileus virginianus) et de SPÉCIALISÉS confirmer chaque jour davantage rongeurs (Lynch et Pollock, 1981; (11000 À 8000 BP) dans le reste du continent (au Ve Lynch, 1989). Plus problématique se nezuela, au Brésil, au Chili, en Pata- révèle le vaste atelier de taille d'obsigonie argentine, au Mexique et Le réchauffement rapide, à partir dienne de El Inga, à la stratigraphie même aux États-Unis, fief des op de 11000 BP, marque le début d'une confuse et, de surcroît, fouillé par nposants les plus obstinés). Cette nouvelle phase de la préhistoire an iveaux artificiels, où furent récoltés grande rareté des sites andins, en dine, mieux jalonnée et plus riche plus de 80 000 produits parmi ledépit d'une multiplication récente d'indices que la précédente, et peut- squels de belles pointes bifaciales des recherches, tendrait à indiquer être l'accroissement soudain du dont la forme (dite "en queue de que la Cordillère fut peuplée relat nombre des gisements découverts poisson") a incité ses inventeurs à lui ivement tard et que la densité de la reflète-t-il réellement une augmentat attribuer, en dépit de dates 14C population y resta longtemps très ion de la population. toutes plus récentes que 8000 BP, faible, comme du reste sur la plaine
littorale pacifique, où l'âge des pre
miers indices d'occupation n'ex
cède pas non plus 12/13000 ans
(13030 ± 130 BP à Monte Verde et
11600 ± 190 à Quereo-Los Vilos,
Chili). Il demeure toutefois surpre
nant que, si l'homme est effectiv
ement présent au Brésil il y a ci
nquante mille ans, il n'ait atteint les
région andines qu'avec plus de
trente mille ans de retard. Les spé
cialistes n'ont encore aucune expli
cation satisfaisante à fournir sinon Illustration non autorisée à la diffusion
— mais cela reste du domaine de
l'hypothèse — qu'un cheminement
ancien ayant emprunté, depuis le
passage obligé que représentait
l'isthme de Panama, les terres
basses de la plaine côtière atlan
tique, rencontrait probablement
moins d'obstacles naturels qu'en
suivant la Cordillère. Une autre poss
ibilité étant que, durant des millé
naires, le passage sporadique de
groupes humains sans doute très
réduits en nombre et en taille n'ait Fig. 2 - Outillage lithique de El Inga (Equateur) 1-2 pointes en "queue de poisson" (niveau inférieur) 3 pointe type "Ayampitin" (niveaux moyen et supérieur) 4-5 pointes à pédoncule (niveau supérieur) 6 lame (tous niveaux) guère laissé subsister de traces au 7 racloir-grattoir (tous niveaux) 8 racloir (tous niveaux) 9 burin d'angle (tous niveaux). D'après W.J. Mayer- jourd'hui perceptibles. Oakes, 1963, Early Man in the Andes, Scientific American. :
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une ancienneté de 9000 ans ou da préhistorique. En effet, les hauts-pla sans que les modifications subies
vantage (Bell, 1965 Mayer-Oakes, teaux, récemment libérés des glaces, par l'environnement au début du
1986). Nous reviendrons plus loin sur sont promptement colonisés par une postglaciaire aient joué un rôle aussi
le problème soulevé par ces pointes dense végétation herbacée. L'exten déterminant le bassin d'Ayacucho,
durant les phases "Puente (11000- si particulières. sion de grandes steppes à grami
nées favorise la croissance de popul 9000 BP) et "Jaywa" (9000-7800 BP) Sur les hautes terres froides et ations d'ongulés et c'est alors que paraît plus densément peuplé
arides des Andes méridionales, peu les grottes et abris de la puna péru (grottes de Pikimachay, Puente, Jay- atteintes par l'ultime crue glaciaire vienne, entre 4 000 et 4 500 m — wamachay) (MacNeish, 1980-83) mais où des conditions climatiques Lauricocha, Pachamachay, Uchku- tandis que, dans la large vallée du
plus sèches qu'au nord ont entraîné Santa (Callejon de Huaylas) au nord machay, Panaulauca, Telarmachay la formation de déserts d'altitude — commencent à être, à partir de ca. du pays, la grotte de Guitarrero est
parsemés de grands lacs salés, au 9000 BP, intensivement utilisés par occupée à partir de ca. 9800 BP cune trace d'occupation plus an des chasseurs de cervidés et de ca (Complexe entre 9790 ± 240 et cienne n'a encore été décelée. Celle- mélidés qui, peu à peu, se spéciali 9140 ± 90 BP. Une date plus anci paraît débuter vers 11000 BP, sent dans la chasse des seconds ( cienne de 12560 ± 360 BP est rejeobéissant semble-t-il à deux straté vigognes et guanacos) (Cardich, tée par l'inventeur lui-même) (Lynch, gies adaptatives distinctes dans des 1964 ; Rick, 1980 Kaulicke, 1980 1980:33). environnements assez différents, la Lavallée et al., 1985). Dans le même "puna sèche" des confins péru- temps (1 1000 à 8000 BP), les régions Si les gisements connus sont donc salée" viano-chiliens et la "puna plus nombreux qu'auparavant (end'altitude plus modérée, entre 2 500 Nord- d'Atacama du Chili et du et 3 000 m, connaissent également core n'avons-nous cité que les plus
Ouest argentin. Les refuges naturels représentatifs et les mieux documen- une recrudescence de l'occupation de la la seconde, plus méridionale —
Tuina 1 (ca. 10820 BP), San Lorenzo
(entre 10400 et 9960 BP), Chulqui
(9590 BP), Huachichocana III (entre
9620 ± 130 et 8670 ± 550 BP), Inca
Cueva 4 (9230 ± 70 BP) — semblant
avoir été occupés un peu plus tôt
que ceux de la première — Las Cue-
vas (9540 BP), Toquepala (9580 ±
160 BP), Tojo-Tojones {ca. 9500 BP),
Carů (8190 BP), Patapatane
(8160 BP) — mais, dans les deux
cas, par des chasseurs de guanaco
(Lama guanicoe) et surtout de ron
geurs (Lagidium viscacia), qui comp
lètent leur alimentation carnée par
une collecte intensive des plantes
sauvages. Dans les deux cas semble
aussi avoir été pratiquée une sorte
de "transhumance" entre les diff
érentes niches écologiques du ver
sant occidental de la Cordillère. Ils Illustration non autorisée à la diffusion
se différencient aussi par l'emplace
ment des lieux de campement choi
sis, un peu moins élevés en puna
sèche (entre 2 500 et 3 500 m), et
par les types de pointes bifaciales
utilisées, surtout triangulaires dans
les gisements les plus méridionaux,
surtout foliacées et rappelant les
types des Andes centrales, vers le
nord. Ces divers types de pointes
étant par ailleurs associés, dans
tous les cas, à un outillage sur éclat
très comparable et classique pour
l'époque (grattoirs, couteaux, denti-
culés, etc..) et à de nombreux instr
uments d'os (Santoro et Nuňez,
1987 ; Fernandez Distel, 1986
Aschero, 1979).
C'est toutefois dans les Andes
centrales (Pérou) que semble se pro Fig. 3 - Outillage utilisé pour le travail des peaux, Telarmachay, Pérou 1 grattoirs lithiques (la face interne était enduite d'ocre rouge) 2 épingle et aiguille d'os utilisées pour l'assemblage 3 et 6 racloirs sur omoplate de camé- duire l'augmentation la plus soudaine lidé 4 poinçon sur métapode de oamélidé 5 lissoir sur cubitus de cervidé. Clichés D. Lavallée-Mission Archéoloet la plus importante du peuplement gique de Junin. ;
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1994 /TOME 91, n° 4-5 269
tés), les données d'ordre palethnolo-
gique que l'on peut en tirer restent
très inégales. Les fouilles effectuées,
depuis une dizaine d'années seule
ment, autrement qu'en tranchée ou
en "cabine téléphonique" (comme d
isent nos collègues anglo-saxons) de
meurent trop rares encore et les ana
lyses spatiales — étude des
structures d'habitat, détermination Illustration non autorisée à la diffusion des aires d'activité — exceptionn л!".-«. ."-4 .- ».nî. '-
elles. Certaines caractéristiques
communes peuvent cependant être
dégagées :
— Presque tous les gisements ont
livré les témoignages d'une exploita
tion intensive des ressources ani
males, dont la nature varie selon les
régions : cervidés et très nombreux
rongeurs dans les Andes septentrio Fig. 4 - Sépulture d'enfant de Telarmachay, Pérou (ca. 7200-6800 BP) un collier de perles de coquille et un en nales, cervidés mais surtout caméli semble de pendeloques en os polies (vestiges d'un bandeau de portage ?) accompagnaient le corps, lui-même saupoudré d'ocre rouge, li s'agit d'une des plus anciennes sépultures humaines trouvées dans la région andine. Cliché dés dans les Andes centrales, à nou D. Lavallée-Mission Archéologique de Junin.
veau cervidés et rongeurs dans les
Andes méridionales. Dans les habi
tats, la majeure partie des activités
identifiées concernent essentielle
ment le traitement et l'utilisation de
enfant de quelques mois était à demi gentin (où elles sont toutefois plus matières animales (dépeçage, activi
masqué par un collier de perles en récentes). Cette diversité de forme tés culinaires, traitement des peaux).
coquille marine (témoignage, dès des armatures suggère l'existence
— Les structures d'habitat cette époque, de l'existence d'échan de traditions, sinon d'unités sociales,
(lorsqu'elles ont été étudiées) témoi ges interrégionaux) et une série de différenciées, autant qu'elle t
gnent pour la plupart d'occupations pendeloques en os poli à Laurico émoigne des différentes adaptations
longues et répétées des murets ou cha, un enfant de 12 ans fut enterré aux matériaux disponibles et au gi
des alignements de poteaux, des avec plusieurs instruments de pierre bier chassé. Seuls, les gisements de
foyers aménagés, des fosses. Ce et d'os et des perles de turquoise, un la Sábana de Bogota en Colombie
pendant, la pratique d'un noma autre recouvert d'une poudre brillante continuent de livrer une industrie
disme saisonnier est bien attestée. de minerai de fer. La plupart des sé taillée de type "Abriense", c'est-à-
D'amplitude limitée, il vise à l'év pultures contiennent aussi des traces dire composée d'éclats de petite
idence à une exploitation optimale de l'ocre rouge dont furent saupou taille parfois retouchés unilatérale
des diverses ressources accessibles drés les corps, soit en vertu de ment par percussion, ce qui amène
dans un rayon de quelques dizaines croyances qui nous échappent soit, certains spécialistes à envisager
de kilomètres au plus. plus prosaïquement, pour les préser l'existence concomitante de deux
grandes "familles" d'industries ver du pourrissement. Quant au type — Dans quelques refuges naturels humain de l'époque, il reste mal lithiques : l'une de technologie fruste, on été mises au jour des sépultures connu. Les individus adultes sont en représentée depuis Panama jusqu'à
— les plus anciennes connues des général dolichocéphales, avec une l'extrême nord du Pérou en passant
Andes bien que leur âge n'excède face haute. Ils paraissent avoir été par les Andes colombiennes et qui,
pas une dizaine de milliers d'années fortement musclés mais d'une stature en Colombie, persistera jusqu'à — qui démontrent que les morts n'excédant guère 1 ,60 m. l'époque céramique, l'autre plus élaétaient respectés et leur ensevelisse borée et comportant de nombreuses
ment parfois entouré d'un rituel éla — Dans les équipements tech pointes. La première témoignerait
boré. Il s'agit le plus souvent de sé niques, on constate à partir de d'une économie fondée sur l'explo
11000 BP l'apparition de panoplies pultures individuelles, comme à itation d'un large spectre de re
Lauricocha ou Telarmachay au lithiques plus élaborées et plus diver ssources (chasse non spécialisée,
Pérou. Les corps, en position allon sifiées qu'auparavant, comportant piégeage, collecte), la seconde étant
gée ou fléchie, reposaient dans des notamment des armatures bifaciales plus caractéristique d'une économie de formes variées, foliacées ou pen- fosses creusées au plus profond des de chasse spécialisée des grands
tagonales (surtout dans les Andes abris, accompagnés d'éléments de herbivores (Bray, 1990).
parure ou d'outils : à Telarmachay, centrales), triangulaires (Andes méri
une femme d'une vingtaine d'années dionales), pédonculées ou "en queue Les pointes "en queue de pois
de poisson" (Andes septentrionales). a ainsi été ensevelie avec un en son" trouvées à El Inga posent,
semble d'outils réservés au travail Les plus largement et abondamment quant à elles, un problème particul
des peaux (racloirs et grattoirs de représentées sont les pointes foli ier. Plus ou moins ovales, elles pos
acées, du type dit "Ayampitin" pour pierre, lissoirs et poinçons d'os en sèdent un large pédoncule dont la
avoir été identifiées dès 1940 dans core enduits d'ocre rouge) tandis forme évoque en effet la queue d'un
que, à proximité, le squelette d'un ce gisement du piémont oriental poisson et la plupart d'entre elles :
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— Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1994 / TOME 91 n° 4-5 270
présentent, sur une ou deux faces, la
cicatrice d'un mince enlèvement ver
tical proximal ou "cannelure". Dans
les Andes, en dehors d'EI Inga où
elles sont nombreuses, des exemp
laires isolés ont été récoltés en sur
face dans le nord du Venezuela, le
nord-ouest de la Colombie, le sud du
Chili. Toutefois, leur répartition dé
passe largement l'aire andine
puisque, un peu partout en Amérique
du Sud, des pièces isolées ont été
trouvées en surface sur la côte nord
du Pérou, dans l'est du Brésil, en Ar
gentine et en Uruguay. D'autres
exemplaires, cette fois trouvés en
stratigraphie et bien datés, provien
nent du nord de l'Argentine (Cerro La
China : 10700 BP) et de la Patagonie
chilienne (grotte Fell : entre 11000 et
8500 BP). Ainsi, à une originalité
technique indiscutable, ces pointes
joignent une répartition difficilement
Illustration non autorisée à la diffusion explicable à l'échelle du sous-conti
nent. Pour nombre de spécialistes,
elles dériveraient directement des
pointes "Clovis" d'Amérique du Nord
(qui caractérisent, entre 12000 et
11000 BP, la tradition paléoindienne
"Llano"). Pour les plus conservateurs
d'entre eux, elles témoigneraient d
irectement de l'arrivée de chasseurs
nord-américains venus, les premiers,
peupler l'Amérique du Sud aux alen
tours de 11000 BP. D'autres, plus
nuancés, y voient seulement la diffu
sion, toujours depuis l'Amérique du
Nord, d'un trait technique adopté par
les populations pré-existantes. Cer
tains enfin, peu nombreux, considèr
ent qu'il pourrait s'agir d'une sorte
de "produit de synthèse" né en Amér
ique du Sud à la technique de la
cannelure proximale (fluting) diffusée
depuis l'Amérique du Nord se serait
combinée celle du rétrécissement
basai déjà connu dans l'Extrême-sud
où façonnage bifacial et pointes de
trait auraient été inventés indépen Fig. 5 - Outillage lithique utilisé par les chausseurs-collecteurs des Andes centrales (entre 9000 et 4000 BP) : 1-11 Précéramique récent (5000-4000 BP) 12-17 Précéramique moyen (7000-5000 BP) 18-25 Précéramique damment. Le tout ayant donné nai ancien (9000-7000 BP). Matériel provenant de l'abri de Telarmachay, Pérou. Dessins C. Chauveau. ssance aux fameuses "queues de
poisson". On aura deviné que les te
nants de la première explication sont
les mêmes qui dénient à l'homme rait dans ce cas du plus ancien maïs grotte péruvienne de Guitarrero déjà sud-américain une antiquité supér citée, du piment (Capsicum chi- cultivé d'Amérique ; malheureusemieure à 11000 ans, les autres ac nense) cultivé est présent dès le ent, l'hypothèse d'une stratigraphie ceptant sans restriction l'idée d'un perturbée et d'un matériel par consédébut de l'occupation, des haricots peuplement plus ancien. La contro également cultivés (Phaseolus luna- quent intrusif ne peut être exclue. verse ne semble pas près de se Sur le paramo colombien enfin, un tus et P.vulgahs) à peine plus tard clore. (Complexe lld : 8800-8200 BP et Ile grain de maïs "probablement domest
iqué" provient d'un niveau de tourRestent enfin à signaler pour cette 7680 ± 280 BP) (Lynch, 1980 : 145).
période quelques trouvailles isolées, A Huachichocana, dans le nord- bière daté de 8300 BP (Herrera,
indices encore ténus dont la signif ouest de l'Argentine, des haricots 1990). Ainsi, il n'est pas impossible
ication revêtrait pourtant, si leur au que, dès le huitième millénaire, aient mais aussi du maïs (Zea mays) pro
thenticité se confirme et si les dé viennent d'un niveau daté d'entre été effectuées en divers points de
l'aire andine les premières manipulatcouvertes s'en multiplient, une 9620 ± 130 et 8670 ± 550 BP (Fe
importance exceptionnelle : dans la rnandez Distel, 1974 et 1986). Il ions d'espèces végétales, prélude à ;
de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1994 /TOME 91, n° 4-5 271 Bulletin
vant ensuite le versant oriental des une domestication qui sera évidente lière. C'est en effet sur sa culture i
et bien prouvée quelques siècles ntensive que se fonderont plus tard Andes. Cette hypothèse rejoint celle
toutes les "hautes civilisations an- plus tard. Une horticulture primitive de D. Lathrap (1971) qui, soulignant dines" est peut-être déjà pratiquée en apparues, pour les premières que la plupart des espèces végétales
d'entre elles, au cours du 2e milléquelques endroits, alors que partout domestiquées en Amérique du Sud,
ailleurs une économie de prédation naire avant notre ère. Un peu plus qu'il s'agisse du maïs, du haricot,
continue de prédominer. Ce qui tardifs que les restes (douteux) dé des cucurbitacées, du manioc ou de
n'aurait rien d'étonnant dans la me couverts à Huachichocana, ceux l'arachide, sont originaires du milieu
sure où quelques indices d'ancien d'un maïs primitif mais clairement tropical humide, a proposé pour
neté comparable ont été décelés au domestiqué sont signalés à Guitar l'agriculture andine une origine amaz
"née" à l'est des Andes où Mexique (haricot cultivé dans la rero entre 7600 et 4000 BP (Comp onienne,
grotte de Guilá Naquitz, entre 9400 lexe III) et à Ayacucho entre 6500 et auraient eu lieu, dès le début de
et 8700 BP). Pour le moment, le p 5000 BP (Phase "Chihua"). Dans les l'Holocène, les premières expér
iment et les haricots de Guitarrero deux régions, ces éléments témoi iences (intentionnelles ou non) de
domestication, puis "exportée" vers demeurent néanmoins les plus an gnent désormais d'une manipulation
ciens témoignages de plantes cult de plusieurs espèces végétales et la côte après avoir traversé la Cord
ivées que l'on possède pour la Cord donc de l'existence, à l'époque, de illère. Idée loin d'être acceptée par
illère des Andes. pratiques horticoles déjà élaborées, d'autres qui soutiennent que l'agr
sinon d'une véritable agriculture. Ce iculture fut bel et bien inventée là où
pendant, la part de la chasse et de la en ont été découverts les indices les
collecte reste économiquement fo plus anciens, soit dans les vallées et
ndamentale, dans un contexte tou bassins intra-montagneux, les uns et LES DEBUTS D'UNE
les autres acceptant d'ailleurs que jours non sédentaire. ÉCONOMIE DE
les foyers de domestication furent PRODUCTION L'histoire du maïs est complexe et sans doute multiples.
son origine loin d'être éclaircie. S'il
est à peu près admis que la plante Quant aux espèces dont l'origine A partir de 8000 BP environ, le
est originaire du Mexique, sa diffu montagnarde ne fait aucun doute — développement culturel de l'aire an-
sion et sa domestication restent mal la pomme de terre (Solanum tubero- dine connaît un rythme nouveau.
expliquées. Pour certains, la diffu sum), plante andine par excellence, Progressivement se mettent en place
sion d'un maïs déjà domestiqué se et autres tubercules exclusivement de nouveaux modes de vie sans que
serait effectuée très tôt depuis le andins tels que l'oca (Oxalis tube- disparaissent pour autant ceux fon
Mexique, ce dont témoigneraient des rosa), l'olluco (Ullucus tuberosus) et dés sur la chasse et la collecte. Les
indices (pollens ou phytolithes) dé la mashua (Tropaeolum tuberosum), innovations sont de deux sortes :
tectés au Panama et sur la côte sud ainsi que la maca (Lepidium meyenii) d'une part, la généralisation progres
de l'Equateur, datés d'entre 7000 et et la quinoa (Chenopodium quinoa) sive de l'horticulture, d'autre part
6000 BP. Pour d'autres, c'est un — l'histoire en est mal connue. La mais seulement dans certaines ré
maïs encore sauvage qui aurait at distinction entre les espèces saugions aux conditions géographiques
teint l'aire andine où il aurait connu vages et cultivées est difficile et les particulières, l'apparition de l'él
une(des) domestication(s) indépen analyses palynologiques font encore evage.
dante^) dans l'aire andine centrale et défaut. Le seul indice concret de
A Guitarrero, des courges (Cucur- méridionale (Bonavia et Grobman, pomme de terre cultivée provient pa
bita sp.) et des calebasses (Lagena- 1989 Piperno, 1989). L'ensemble radoxalement de la côte et ne r
ria sp.) cultivées viennent s'ajouter des données dont nous disposons emonte qu'à 4000 BP (à Huaynuma,
aux espèces précédemment repr suggère en tous cas que, dans l'aire Pérou), ce qui implique à l'évidence
ésentées (Complexe Ile : 7575 ± andine, la culture des trois plantes une domestication beaucoup plus
220 BP) ; de même dans le bassin essentielles que sont le haricot, la ancienne dans les hautes terres, do
d'Ayacucho (Phase "Piki" : entre courge et le maïs, aurait débuté plus mestication dont les témoignages
7700 et 6300 BP). Toutefois, aucune tôt dans la Cordillère que sur le litto restent à découvrir.
de ces plantes n'occupera jamais ral. Antériorité qui peut s'expliquer si
dans l'alimentation une place aussi l'on accepte le modèle d'une diffu A l'inverse des espèces végétales,
importante que le maïs qui, s'il ne fut sion ancienne depuis le Mexique, les espèces animales andines aptes
traversant les zones tropicales à la domestication étaient fort peu pas le plus anciennement cultivé, ac
nombreuses : deux camélidés, la vi- querra vite une importance basses d'Amérique centrale et
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 6 - Scène de chasse aux camélidés peinte dans l'abri de Chaclarragra, Pérou. Longueur 1 ,40 m. D'après Cardich, 1964, fig. 1 14.

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