Le site mégalithique « Min Goh Ru » près de Larcuste à Colpo (Morbihan) - article ; n°1 ; vol.73, pg 370-397

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1976 - Volume 73 - Numéro 1 - Pages 370-397
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
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J. L'Helgouach
Joël Lecornec
Le site mégalithique « Min Goh Ru » près de Larcuste à Colpo
(Morbihan)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1976, tome 73, N. 1. pp. 370-397.
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L'Helgouach J., Lecornec Joël. Le site mégalithique « Min Goh Ru » près de Larcuste à Colpo (Morbihan). In: Bulletin de la
Société préhistorique française. 1976, tome 73, N. 1. pp. 370-397.
doi : 10.3406/bspf.1976.8399
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1976_hos_73_1_8399de la Société préhistorique française, tome 73, 1976, Etudes et Travaux Bulletin
" Min Goh Ru " Le site mégalithique
près de Larcuste à Colpo (Morbihan)
par J. L'Helgouach (1) et J. Lecornec (2)
I. GENERALITES par une dalle de 2 mètres de diamètre, était dallée
de pierres d'assez grandes dimensions. Le matér
iel lithique recueilli est conservé au Musée de
A une vingtaine de kilomètres au Nord de la Société Polymathique à Vannes (Marsille, 1920, Vannes et à environ trente en retrait p. 7) et comprend 7 pièces en silex dont un
du littoral morbihannais (fig. 1, carte 1), le bourg grand couteau en silex blond, à retouches conti
de Colpo est à peu près au centre d'une étroite n° 1), nues et obliques sur les deux bords (fig. 2,
bande de granites gneissiques (Cogné, 1960) n° 5), un grattoir semi-circulaire sur éclat (fig. 2,
orientée N.O.-S.E,, allant du Blavet à l'Oust, et nos 2, 3 lames et 1 éclat non retouchés (fig. 2,
communément appelée Landes de Lanvaux. Ces 3, 4, 6) et 2 pendeloques de formes irrégulières
granites qui, en haut de carrière, se débitent (fig. 2, nos 7 et 8) ; nous n'avons pas vu les
en plaquettes, parsèment également la campagne quelques fragments de poteries signalés dans le
de blocs de grandes dimensions dont les faces rapport de fouille.
supérieures arrondies par l'érosion s'opposent Au Nord de Larcuste, à Min-Goh-Ru (ou Min- aux faces inférieures généralement plus planes et gouru), c'est encore Lallement qui entreprit des régulières. Les Landes de Lanvaux sont limitées, recherches sur un dolmen. Une dalle de couverau Sud et au Nord, par des talwegs où coulent ture devait reposer sur des murs en pierre sèche, de petites rivières, le Loch, l'Arz et la Claie ; au-dessus d'une chambre circulaire de 2,40 m elles ont été intensément fréquentées durant les de diamètre limitée par des dalles de 0,50 m de IVe et IIIe millénaires ainsi qu'en témoignent de hauteur ; aucune trace de couloir ne fut remarqnombreux monuments mégalithiques, apparte uée. Le matériel archéologique, un grattoir sur nant à tous les types, grands menhirs, dolmens à bout de lame (fig. 2, n° 9) et la partie supérieure couloir, allées courtes (fig. 1, carte 2). d'un vase globuleux à ouverture rétrécie et rebord
Le village de Larcuste est lui-même le centre légèrement n° 10), était déversé, groupé dans de très la partie belle facture orientale (fig. de la 2, d'un très important site pré- et protohistorique,
déjà repéré sur les anciens inventaires (Mahé, chambre ; il est également conservé au Musée de
1825, pp. 103 et 121 ; Cayot-Delandre, 1847, la Société Polymathique à Vannes (Marsille,
p. 207 ; Rosenzweig, 1863, p. 184). Les premières 1920, p. 7).
fouilles connues y furent exécutées à la fin du C'est à proximité immédiate de ce dolmen, XIXe siècle par des membres de la Société Poly- détruit en 1967 au cours d'opérations de remembmathique du Morbihan (de Cussé et Lallfment, rement, que se trouve l'ensemble que nous 1885). Au Sud de Larcuste, dans le Champ de la avons fouillé de 1968 à 1972, et qui fut sommaiMotte, Lallemand fouilla un tumulus de l'Age du rement décrit par Lallement ; il y désignait un Bronze qui est toujours visible ; il y découvrit un dolmen qui est notre dolmen à couloir I A, une vase à quatre anses dans un caveau en pierres série de 7 menhirs disposés en cercle qui sont sèches. A proximité, H. de Cussé devait explorer devenus notre dolmen à couloir I B, et un galgal un édifice, maintenant disparu, dont la descrip avec 7 tables énormes qui est le cairn II (fig. 3). tion trop sommaire paraît indiquer un dolmen
La description de l'état des lieux à notre arrià couloir sous un cairn ; la chambre, couverte
vée sur le site correspond exactement, compte
tenu des détails d'interprétation, à celle donnée
en 1885 et il semble bien que le site n'ait pas (1) Maître de recherche au C.N.R.S., 2, allée Gharcot, Nantes.
évolué depuis cette époque. (2) Professeur, 2, rue Rodin, Vannes.
370 Fig. 1. — Carte 1 : position de Colpo sur les Landes de Lanvaux. — Carte 2 : situation des grands édifices mégalithiques
autour de Colpo. Les triangles sont des menhirs ; 1 et 2 : Kermarker à Moustoirac ; 6 : Pont du Loc à Grandchamp ; 8 : Goh-Menhir : 10 : Kerdramel ; 12 : Minguen ; 13 : Coleo à Saint-Jean-Brévelay. Les points sont des chambres mégalithiques, 3 et 4 : dolmen de Larcuste ; 7 : allée couverte de Ker j agu à Colpo ; 9 : dolmen de Roh-Koh-Koët ; 11 : dolmen de Kerusan ; 11 : allée couverte de Kerallant à Saint-Jean-Brévelay ; 15 : allée couverte de Mein Goarec ; 16 : de Cadio à Plaudren. — Carte 3 : implantation cadastrale des cairns de Min-Goh-Bu, au Nord du village de Larcuste. Le dolmen de la parcelle ZS 21 est détruit. — ETAT GENERAL DES LIEUX AVANT LES IL ce cairn achevaient de le rendre aussi peu
FOUILLES (fig. 3) ET TECHNIQUE DES compréhensible que possible. (3). Le terrain a été partagé en quadrants par deux
axes orientés sur les points cardinaux et se
Le site de Min-Goh-Ku se trouve au Nord de
Larcuste, à l'altitude d'environ 120 mètres NGF,
sur le début d'une déclivité s'étendant vers
l'Ouest et le Nord-Ouest. Dans cette direction on
domine un large panorama actuellement très
boisé ; c'est d'abord une dépression (60-100
mètres NGF) orientée Sud-Nord qui est emprunt
ée par la route nationale de Vannes à Locminé,
puis, à l'horizon, ce sont les reliefs (140 mètres
NGF) de Moustoirac.
Le monument fouillé par Lallement a donc
été détruit : son emplacement reste cependant
marqué, dans la parcelle ZS 21, par un sol
rocailleux envahi de fougères et de ronces. A 20
mètres à l'Ouest se situent les autres monuments,
groupés dans un mouvement de terrain de faible
relief allongé N.E.-S.O. Au Nord-Est un talus de
pierre sèche matérialisant un ancien découpage
agraire recoupait le bord du tertre. Les éléments
mégalithiques visibles en surface avant les tra
vaux se déterminaient déjà en deux sous-ensemb
les. Le plus au Nord, que nous appelons
désormais cairn I, offrait lui-même à l'œil exercé
l'évidence de deux dolmens à couloir indiscu
tables, l'un avec dalles de couverture subsis
tant sur quelques piliers verticaux, l'autre
simplement indiqué par sept pointements de
Illustration non autorisée à la diffusion pierres circonscrivant une chambre. Vers le Sud-
Est quatre autres dalles verticales, numérotées
AN2, ASI, AN1 et AS1 ne laissaient aucun doute
sur la direction des couloirs. Séparé de ce cairn I
par un ensellement large de 4 mètres, le sous-
ensemble le plus au Sud, qui sera le cairn II,
était délimité par d'importants talus en crois
sants atteignant 1,50 mètre de hauteur, formés
par les déblais d'excavations anciennes prati
quées au centre de l'édifice, notamment sous les
six dalles de granites apparentes ; contrairement
aux assertions de Lallement, des éléments de
murs en pierre sèche étaient visibles sous cer
taines de ces dalles. Très manifestement une
grande tranchée avait été creusée depuis la bor
dure occidentale et traversait tout le tertre vers
l'Est. Châtaigniers, chênes et pins croissant dans
(3) Les recherches ont été conduites pendant cinq années consécutives, soit au total environ 18 semaines de fouilles avec un effectif moyen de 12 étudiants auxquels nous adressons encore nos remerciements sincères pour leur dévouement et leur constante bonne humeur. Les autorisations de fouille nous ont été accordées régulièrement avec beaucoup de bienveillance par M. le Ministre des Affaires Culturelles sur les avis favorables de M. P.-R. Giot, directeur des Antiquités Préhistoriques de Bretagne que nous remercions infiniment
pour ses encouragements.
Nous tenons à remercier très vivement M. Henri Le Sommer, 10 propriétaire du terrain, qui nous a autorisés à y travailler et a manifesté son vif intérêt pour nos travaux. A M. le Maire de Colpo, à M. le Directeur de l'Ecole Publique et à MM. les Fig. 2. — Matériel archéologique recueilli au cours des fouilles Instituteurs nous sommes particulièrement reconnaissants de de 1885 et conservé au Musée de la Société Polymathique l'aide qu'ils ont apportée, spécialement cour résoudre du Morbihan à Vannes, nos 1 à 8 : dolmen à couloir et à les problèmes de logement. Une mention spéciale doit être grand dallage du Champ de la Motte au Sud de Larcuste (nos 10 à 15 du catalogue du Musée de la Soc. Polym. du attribuée à M. Henri Poulain, dessinateur au Service des Fouilles et Antiquités, qui nous a aidés dans les travaux de Morbihan) ; nos 9 et 10 : chambre dolménique détruite de Min-Goh-Ru, parcelle ZS 21 (nos 16 et 17 du catalogue du terrain ; nous lui devons également la mise au net des figures de cet article. Musée de la Soc. Polym. du Morbihan).
372 :
w
Fig. 3. — Topographie générale du site de Min-Goh-Ru, parcelle ZS 20, avant les fpuilles. Les courbes de niveau, établies à partir du point le plus haut, sont équidistantes de 10 cm ; elles montrent clairement les limites du cairn II, cependant que le périmètre du cairn I se confond davantage avec le relief naturel du terrain. 3 : dalle verticale visible ; 2 dalle de couverture présumée ; 1 : arbre ou souche.
recoupant en un point central dans l'ensellement rieur maximum observé dans les secteurs les
séparant les cairns I et II (fig. 3). Ainsi le cairn I mieux conservés (4).
s'est trouvé presque totalement englobé dans le
quadrant N.-E., cependant que le cairn II était
III. — LE CAIRN № I (fig. 4) inclus dans le quadrant S.-O. Le quadrillage a été
établi à partir de ces axes N.-S. et E.-O. ; il a
servi pour toutes les recherches sur les structures Le cairn n° 1 est situé autour des pierres des cairns. En revanche les fouilles dans les visibles dans le quadrant nord-est de notre dolmens ont été faites le long d'axes particuliers. topographie. Il se trouve sur une déclivité assez La topographie générale est basée sur un niveau sensible, évaluée à 1,00 m environ entre le zéro artificiel qui est le sommet des déblais centre du site et sa bordure nord. Il était recoupé anciens du cairn II. Toutes les cotes d'altitude à l'Est par un talus moderne en pierre sèche. données dans le texte font référence à ce niveau.
A. — Fouille des structures extérieures. Les consolidations d'urgence ont été réalisées
par nous-mêmes au fur et à mesure de l'avanc 1" Les murs de parement : orientés selon les ement des travaux. Elles ont consisté à redresser axes du quadrillage général, plusieurs décapages des piliers inclinés, à reprendre des murailles
endommagées, à stabiliser les dalles de couvert (4) Une consolidation plus poussée a été réalisée, à l'issue de nos recherches, par les soins de la Direction des Antiquités ure. D'une manière générale, les murs n'ont Préhistoriques de Bretagne, avec le concours de l'entreprise jamais été reconstruits au-delà du niveau M ah о de Baud.
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д. гл
Fig. 4. — Colpo, Larcuste, Min-Goh-Ru ZS 20. Plan général des recherches sur le cairn n° I : les courbes de niveau sont celles de la topographie générale. Les bases des murs d'enceinte ont été renforcées. Les points notés Ao et Во les origines des axes des dolmens à couloir internes.
ont été effectués autour des deux dolmens cen en pierre sèche dont les structures en place, très
traux A et B. Trois tranchées principales menées inégalement conservées, était masquées par de
vers l'Ouest, une tranchée vers le Nord, ont été, forts éboulis étalés à plus de six mètres en avant.
à la faveur des résultats obtenus, réunies par Les murailles d'enceinte dégagées circonscrivent
des décapages complémentaires. Sur les flancs un cairn dont le grand axe, S.O.-N.E., a une lon
sud et est, des carrés de fouille consécutifs ont gueur de 13 mètres ; perpendiculairement, la
permis le dégagement des structures périphéri dimension maximum est de l'ordre de 10 mètres.
ques. Le périmètre ainsi exploré s'inscrit dans Deux parements principaux, espacés de 0,80
un cadre de vingt mètres de côté. mètre à 1 mètre, englobent totalement la masse
Ces recherches ont mis immédiatement en de l'édifice. Au Sud-Est, la façade où s'ouvrent
évidence l'existence d'une construction générale les entrées des deux dolmens est composée de
374 :
:
о
\ во
Fig. n° découverts. 5. 11) Colpo, ; 4 : 1 fragments Larcuste, : tessons Min-Goh-Ru d'un décorés vase du de ZS vase forme 20. à Plan indéterminée. piédestal et élévation ; 2 divers de la tessons façade du de poterie cairn I ; situant 3 : vase les de principaux type Cam (fig. objets 6,
trois tronçons de murailles. A gauche de l'en ne tient pas compte des adjonctions aux extré
trée B, le parement principal, conservé sur 0,70 mités, cette façade des entrées est à peu près
mètre de hauteur, décroît très vite vers l'angle rectiligne. Le passage aux murs latéraux nord
sud ; d'autre part il est doublé par un massif et sud se fait par des angles bien marqués, mais
complémentaire. Le même détail a pu être ce sont les zones les moins bien conservées ;
observé à l'opposé de cette façade, c'est-à-dire à au Nord-Est, notamment, la muraille est inte
droite de l'entrée A ; malheureusement, extr rrompue pendant presque trois mètres de lon
êmement endommagés par la superposition du gueur, et au Sud-Ouest, il ne subsiste guère plus
talus moderne, les murs ne subsistent ici que d'une assise du parement extérieur.
sur une ou deux assises. En revanche, entre A Heureusement, à l'opposé des entrées, donc
et B, le parement est fort bien conservé, prat face au Nord-Ouest, l'état de conservation est
iquement vertical sur une hauteur de 0,60 mètre meilleur, sans doute parce qu'ici, probablement
environ pour 7 à 8 assises superposées. Si l'on en raison de la forte déclivité naturelle du
11
Fig. 6. - Colpo, Larcuste, Min-Goh-Ru ZS 20. 9 à 11 poteries découvertes devant l'entrée du dolmen I A ; 1 à 8 : maté- ri el provenant du dolmen I Л.
375 les deux parements principaux ont été terrain, diamètre au col, 178 mm de diamètre à l'ouver
protégés par un mur complémentaire, derrière ture et 3,5 à 4,5 d'épaisseur. Ce vase
les chambres dolméniques. Cette façade arrière, ressemble beaucoup au vase découvert dans le
si l'on ne tient compte que du tracé des murs dolmen voisin détruit (fig. 2, n° 10) et aux
fondamentaux, est presque rectiligne. poteries de type Carn (L'Helgouach, 1971, p. 184).
Ainsi, malgré les légères convexités des murs (ii) Des tessons d'un vase de forme indéter
latéraux, la forme générale du cairn I est celle minée. La pâte est grisâtre ; la surface est gros
d'un rectangle de 13 mètres par 8,50 mètres. sièrement lissée bien que le dégraissant soit fin.
Pour la première fois, la forme d'un cairn à La pâte semble avoir été plusieurs fois pliée
deux dolmens à couloir peut être déterminée avant le façonnage final car les fragments se
(L'Helgouach, 1965, p. 30), et il est évident que délitent selon des plans parallèles à la surface ;
cette forme est très éloignée de celle d'un cercle ; par ailleurs des décollements en biseau indiquent
au contraire il est à remarquer que le plan un montage au colombin.
général a été déterminé par le volume des sépul
tures centrales, sans étalement excessif au-delà
des strictes nécessités de construction.
2° L'aire située devant la façade des entrées,
au Sud-Est, présentait quelques détails intéres
sants, observés surtout devant l'entrée du do
lmen B, non remaniée par le talus moderne.
Devant cette entrée B, à la base des éboulis supé
rieurs, nous avons pu remarquer une série de
pierres plus volumineuses et moins régulières
que celles généralement utilisées dans la cons
truction du cairn ; ces pierres étaient disposées
sur le sol selon un arc de cercle partant de
l'angle sud du cairn et aboutissant à gauche de
l'entrée du dolmen A. Elles pouvaient constituer
la limite d'un blocage de l'entrée du dolmen В
après son utilisation.
Une autre structure est apparue aussi très cla
irement, celle d'un dallage régulier, juste au pied
du parement entre les deux entrées. Le niveau
de ce dallage était à — 202, c'est-à-dire au même
niveau que le dallage repéré dans le couloir du
dolmen A.
3° Après dégagement total de la base du cairn,
il est très facile de relever les cotes d'altitude du
sol de construction ; 195 à l'angle sud-est, et 275
à l'angle nord, ce qui confirme l'existence d'une
pente sensible d'environ 5 %.
4° Aucun matériel archéologique notable n'a
été découvert autour du cairn I, sur les flancs
nord-est, nord, ouest et sud. En revanche la
façade des entrées nous a offert quelques pièces
archéologiques dont une peut être considérée
comme capitale dans la connaissance de la cér
amique néolithique armoricaine.
a) Devant l'entrée du dolmen A nous avons
recueilli de nombreux fragments de poterie,
malheureusement pulvérisés par les chutes de Fig. 7. — Colpo, Larcuste, Min-Goh-Ru ZS 20. Dessin et photo pierres. Ces tessons se répartissent essentiell du vase à piédestal découvert devant le mur reliant les entrées A et B. ement à droite de l'entrée, sur une vingtaine de
centimètres de hauteur, entre — 215 et — 235 ;
parmi eux, on peut distinguer : (i) quelques él (iii) Deux minuscules fragments de rebords, de éments d'un vase globuleux (fig. 6, n° 11), à col couleur noirâtre, avec des épaisseurs de 3,5 à resserré et rebord déversé ; la lèvre est simple. 5 mm, ont des lèvres simples à section équarrie
La pâte est rougeâtre ou brunâtre en surface, ou légèrement convexe (fig. 6, nos 9 et 10).
bien polie malgré un dégraissant à base de
quartz, feldspath et micas souvent grossiers. b) La même pulvérisation a affecté les pote
ries devant l'entrée de B. Cependant deux fragLes dimensions sont : 147 mm de hauteur,
ments d'un vase grisâtre permettent d'en obtenir 197 mm de diamètre à la panse, 173 mm de
376 -150 de la Niveau
topographie générale
Fig. 8. — Colpo, Larcuste, Min-Goh-Ru ZS 20. Plan et élévations du dolmen à couloir I A. 1 : silex ; 2 : poteries ; 3 : argile du sol ; 4 : terres remaniées ; 5 : fragments de piliers brisés. En encart : coupe au travers du couloir.
377 le profil ; il s'agit d'un bol simple, à lèvre en lithiques, des dolmens à couloir à chambre
sifflet (fig. 13, n° 9). Sa surface est correctement simple (L'Helgouach, 1965).
lissée, le dégraissant est fin ; le délitage dans 1° Le dolmen à couloir I A. l'épaisseur indique encore un pliage de la pâte
avant le façonnage. La hauteur du vase est de a) II est situé le plus au Nord dans le cairn,
68 mm, le diamètre d'ouverture, 130 mm et son entrée se situant à droite de la façade sud-
l'épaisseur de 4 à 5 mm. est. Un couloir court de 2,80 m de longueur
et 1,10 m de largeur, débouche dans une chambc) C'est à 0,30 m de la base du mur de pare re légèrement déportée vers la droite du couloir. ment, entre A et B, que nous avons découvert Cette chambre est de forme oblongue (3,30 m le vase orné à pied creux (fig. 7). Un peu en avant de longueur pour 3,10 m de largeur). et à gauche de l'entrée de A croissait un chêne.
Le couloir est bordé par quatre dalles vertiA la suite de l'extraction de la souche de cet
arbre nous découvrîmes les premiers tessons cales AS1, AS2, AN2, AN3, fichées dans la terre
décorés de coups de poinçons triangulaires qui jaune (5), non jointives car séparées par de
petits murets en pierre sèche reposant sur le sol firent penser à une céramique de tradition poin
au niveau — 235. çonnée. Plus près du mur nous dégageâmes
ensuite de nombreux autres tessons au centre La dalle AN1 semble avoir été plantée ult
desquels reposait le pied, presque entier malgré érieurement en fonction des adjonctions de pare
la chute des pierres. Nous nous aperçûmes assez ments à droite de l'entrée. rapidement que les tessons décorés s'adaptaient Les dalles AS1 et AN2 sont les plus hautes au pied. Nous avons pu reconstituer ce vase (1,05 m et 0,85 m), mais elles devaient être surextraordinaire dont finalement il ne manque pas montées par une muraille qui soutenait les dalles beaucoup de fragments. Il s'agit d'une coupe à de couverture. De celles-ci il ne subsiste plus pied creux, d'une hauteur totale de 152 mm. qu'une, reposant sur le haut des piliers С 1 et Le pied a un diamètre de base de 111 mm puis С 10 qui définissent un passage rétréci, de 0,80 m se rétrécit à 90 mm ; il s'évase à nouveau pour de largeur, entre le couloir et la chambre. L'ense joindre, à une hauteur de 56 mm, à la coupe semble du couloir était dallé de larges pierres supérieure dont la panse n'a pas moins de régulières, au niveau — 200. La hauteur n'est 180 mm de diamètre, tandis que l'ouverture est que de 0,80 m entre ce dallage et la face infétrès rétrécie à 116 mm. Le rebord est large, plat rieure de la dalle de couverture. et forme un net bourrelet externe. Si le pied est
La chambre est également bordée de dalles inorné, la coupe est totalement couverte de coups
verticales, non jointives à l'exception de G 1, С 2 de poinçons triangulaires disposés selon des
lignes très obliques, et également autour de deux et С 3. Ici encore, des murets en pierre sèche
reposant sur la terre séparent les dalles qui s'engroupes de deux boutons qui s'opposent diamé
foncent de 0,30 m dans le sol. La plus haute tralement juste au-dessus du maximum de la
panse. La couleur de ce vase est beige-orangée ; dalle en place est G 5 dont le sommet est à
— 125, mais deux dalles actuellement brisées, le lissage et le façonnage sont excellents. L'épais
seur de la paroi est de l'ordre de 5 à 6 mm G 3 et G 9, atteignaient originellement le niveau
— 100. Donc, de la base des murets au sommet pour le pied et de 4 à 10 mm pour la coupe
de la plus haute dalle, la hauteur était de 1,65 m, supérieure. C'est la première fois qu'un tel type
ce qui, tout en étant supérieur à la hauteur du de vase est mis en évidence. Son appartenance
couloir, reste un peu inférieur à la hauteur au Néolithique est indéniable ; la qualité de la
moyenne des chambres des dolmens à couloir, poterie est celle des meilleurs vases armoricains,
et l'on peut donc supposer que la muraille en le décor par groupe de deux boutons opposés
se trouve sur d'autres vases comme ceux des pierre sèche montait un peu plus haut que le
dolmens à chambre compartimentée du Sud- sommet des piliers et soutenait effectivement la
dalle de couverture. Celle-ci a des dimensions Finistère (Le Roux et L'Helgouach, 1967, p. 34) ;
importantes (4,00 m par 3,20 m) ; sa surface même les rebords très larges sont connus avec
est d'environ 10 m2 et son épaisseur moyenne des poteries de Kerleven, La Forêt-Fouesnant
de 0,50 m, d'où un poids approximatif de 15 (Le Roux et L'Helgouach, 1967, p. 34), de
tonnes. Gaignog, Landéda (L'Helgouach, 1971, p. 113) et
surtout du Déhus à Guernsey (L'Helgouach, Cette chambre a été fort endommagée par la
1969, p. 218). En revanche le poinçonnage trian démolition, sans doute très ancienne, des assises
gulaire total est une nouveauté. supérieures des murailles, provoquant la des
Nous avons toutes les raisons de penser que cente de la dalle de couverture et le bris des
ce vase de Colpo se trouvait posé sur le parement
entre les dolmens A et В et qu'il s'est écrasé au (5) Une analyse granulométrique de ce sol jaune a été réalisée pied du mur ; si la coupe a éclaté, elle a amorti par J.-R. Monnier, attaché de recherche au C.N.R.S., E.R. n° 27, Rennes. Les résultats donnent : 2,8 % de graviers (2 cm à le choc reçu par le piédestal qui a bien résisté. 2 mm) ; 20,8 % de sable grossier (2 mm à 200 microns) ; 11,2 % de sable fin (200 microns à 500 microns) ; 36,2 % de limon grossier (50 microns à 20 microns) ; 8,1 % de limon H. Les sépultures internes. fin (20 microns à 2 microns) ; 18,4 % d'argile (moins de 2 microns). Ce sol pourrait donc être un mélange d'arène et de limons éoliens (méthode utilisée : microgranulomètre de Deux édifices sont inclus dans le cairn I ; Casta ; teneur en argile précisée par la pipette de Robinson- ce sont, dans la typologie des sépultures Kohn ; colonne de tamis pour les fractions sableuses).
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