Les Annales de l'ancien Royaume de S'ieng Khwang - article ; n°2 ; vol.53, pg 557-674

De
Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient - Année 1967 - Volume 53 - Numéro 2 - Pages 557-674
118 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1967
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Charles Archaimbault
Les Annales de l'ancien Royaume de S'ieng Khwang
In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 53 N°2, 1967. pp. 557-674.
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Archaimbault Charles. Les Annales de l'ancien Royaume de S'ieng Khwang. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient.
Tome 53 N°2, 1967. pp. 557-674.
doi : 10.3406/befeo.1967.5059
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1967_num_53_2_5059LES ANNALES DE L'ANCIEN ROYAUME
DE S'IENG KHWANG
par
Charles ARCHAIMBAULT
PRÉFACE
Bordée à l'Est par la Chaîne Annamitique, au Nord par la Nàm K'an, à l'Ouest
par la province de Luong P'râbang, au Sud par la région de Wieng Càn, la pro
vince de S'ieng Khwang étend, sur près de 20.000 km2, son relief tourmenté. Cent
rée sur un plateau désertique qui s'étage jusqu'à 1.200 mètres, elle est enserrée
par un bourrelet montagneux constituant une barrière abrupte que viennent
entailler les vallées de la Nàm Mat, de la Nàm Ngirn, de la Nàm Ngiep, portes
ouvertes à toutes les invasions.
C'est ce vaste territoire qui aurait été, selon la tradition, assigné à Čet Čirang,
le frère de Khun Lô, fondateur du Lan S'àng. Liée à la cosmogonie de « Khun
Bulôm », le fils du roi des Thên, l'histoire de Murang P'uon (1) comme celle
du royaume de Luong P'râbang reporte les origines dans un temps mythique.
Ce fait est d'importance car tournée vers les mythes et les archétypes, la mémoire
collective ne retiendra guère les événements qui constituent la trame même de
l'histoire. Rédigées à la demande des princes, les annales ne seront que de brèves
listes mentionnant la généalogie des rois descendants de Čet Čirang. Privés d'une
biographie substantielle, ces monarques, sauf quelques rares exceptions, devront
leur prestige moins à des actes exprimant leur valeur qu'à leur illustre ascendance.
Si s'emparer d'un Bouddha précieux, palladium du royaume, prive le territoire
même de sa puissance, ravir ou détruire les annales coupe une famille princière du
tronc originel et la vide de sa substance. Les humbles feuilles de latanier en effet
sont des « appartenances » que l'on se transmet de génération en génération et
qui recèlent la « vertu » même ou plutôt la « puissance en mérites » d'une lignée.
Les Siamois qui partagent cette croyance avec les Lau l'ont bien compris et, au
cours des guerres contre le Lan S'àng, ils ont souvent appliqué cette stratégie.
ď Ce royaume a porté au cours des siècles plusieurs noms :
Murang S'ieng Wong s'ieng Wang;
Micang P'uon ou royaume des P'uon, c'est-à-dire de ces représentants du rameau lau possé
dant des coutumes propres qui vinrent s'installer en ce pays;
Trân-ninh (Trín-ninh) ou « garder la paix », nom qui fut donné à cette région par les Vietnamiens. 558 CHARLES ARCHAIMBAULT
Dépossédés de leurs lettres de noblesse, les princes, la paix revenue, s'en remett
aient alors à des lettrés, bonzes ou ačan, du soin de recomposer les annales. Parf
ois un fragment de manuscrit ancien était entre temps découvert : copie partielle
d'un texte rédigé dans les mêmes circonstances par un scribe, quelque cinquante
ans auparavant. Les lettrés incorporaient immédiatement ce texte dans celui qu'ils
rédigeaient sans aucun souci d'exégèse. C'est ce qui explique le caractère le plus
souvent composite de ces annales lau, mélange incohérent de morceaux hétérogènes.
Plus que les autres annales celles de Mirang P'uon présentent aux yeux de l'historien
ce défaut. Ceci ne saurait surprendre quand on sait qu'au cours des siècles, le
royaume p'uon fut dévasté par des guerres avec le Lan S'àng, envahi et occupé par
les Annamites, pillé par les Siamois et les Ho. Il est même étonnant que malgré
tous ces bouleversements M des manuscrits aient pu être préservés. Quand
Le Boulanger rédigea son histoire du Laos en 1931, il ne put malgré les recherches
qu'il fit jusqu'à Hué trouver trace des annales p'uon et il dut se baser pour la
partie concernant S'ieng Khwang sur l'article rédigé en 1906 par le capitaine
De Pélacot (2). Pourtant à cette époque des textes existaient.
Čau Sàinàwông le cousin de Čau Khànti — le dernier roi de S'ieng Khwang —
possédait en effet plusieurs versions des annales de Mirang P'uon. Jalousement
gardées, elles devaient disparaître, il y a quelques années, dans l'incendie qui
ravagea une partie de S'ieng Khwang lors de l'avance vietminh. Toutefois une
version des annales appartenant à Čau Bun K'ông — frère de Čau Khànti — avait
été remise en 1950 à un lettré de kuong P'râbang, Čau K'âm Man, qui l'édita en
1952 après l'avoir revue et corrigée. En 1954 nous découvrîmes par hasard, à
liUong P'râbang, quatre textes concernant l'histoire de Mirang P'uon. Trois de
ces textes furent identifiés par Člu Sai K'àm, le chef de la province de S'ieng
Khwang, comme les copies mêmes des versions que possédait son père, Čau
Sàinàwông. Ces copies auraient été exécutées vers 1925 à la demande du vice-roi
de t-uong P'râbang.
Le premier de ces textes que nous dénommerons version A résume l'histoire de
Muang P'uon depuis la fondation jusqu'à l'établissement du protectorat français
et donne une liste généalogique des princes p'uon presque identique à celle qui
figure dans la version éditée par Člu K'âm Mán ou version В ^3^. Le deuxième
<lJ En 1866, Cupet écrivait : « Depuis l'invasion des НИ la solitude s'est faite dans ce pays naguère
si animé. Le terrible fléau n'a rien laissé debout. Partout des villages rasés, des pagodes en ruines,
des rizières incultes dont la vue si souvent répétée obsède à l'égal d'un cauchemar » (Mission Pavie,
t. III, p. 63).
En 1899, S'ieng Khwang ne s'était point relevé de ses ruines ainsi qu'en fait foi un passage de
Raquez : « Xieng Khouang, capitale du royaume Pou Eun, est complètement déchu de son ancienne
splendeur et n'existe plus guère qu'à l'état de souvenir. Ruines que sa vaste enceinte, ses fossés...
les forts qui garnissaient les mamelons d'alentour... Dans la pagode principale, des hommes sont
étendus sur des nattes de fumeurs d'opium... Tous fument avec frénésie recherchant sans doute
la torpeur des bouddhas qui président à leur réunion », in Pages laotiennes, Hanoi, 1902, p. 380-381.
№ Le Tran-ninh historique, in Revue indochinoise (1906), p. 569-580; 661-665, 755-767. Dans
cet article l'auteur n'indique pas s'il se réfère à la tradition écrite ou orale. Le 4 août 1931, Le Boulan
ger fit dactylographier le texte de De Pélacot et l'adressa à tous les chefs de provinces. L'exemplaire
des archives du Commissariat de Wieng Cân porte la notice ci-jointe due à Le Boulanger : « Les
annales du Tran-ninh ont disparu. Je les ai vainement cherchées à Xieng Khouang, à Luang Prabang,
à Hué, à Hanoï. Leur étude critique par le capitaine De Pélacot parue en 1906 dans la Revue indochi
noise, constitue le seul document que nous possédions actuellement sur le passé du pays des Phouens »
(bordereau n° 144-B, du 5-8-1931). Quant aux courts extraits intitulés « Chronique de Mirang
P'uon » qui figurent dans les recueils siamois partie 70 et qui ne présentent guère d'intérêt, ils ne
furent publiés qu'en 1941.
(3) Ce texte ayant été édité en 1952, nous n'en donnerons pas une traduction intégrale. Toutef
ois de même que pour le version C, nous en un résumé sous forme de notes. LES ANNALES DE L'ANCIEN ROYAUME DE S'IENG KHWANG 559
manuscrit ou version С est un « Nit'an Khun Bulôm » rédigé manifestement par
un P'uon car le texte est émaillé d'expressions particulières au patois de S'ieng
Khwang. Cette version fort intéressante débute par une introduction qui mêle,
fait curieux, la création du monde propre à la cosmogonie bouddhique au mythe
du déluge des cosmogonies t'ai. D'autre part cette histoire de « Khun Bulôm » relate
l'histoire de Mirang P'uon en fonction de celle du Lan S'àng. La liste généalogique
incluse dans ce texte et fort différente de celle qui figure dans les versions A et В se
clôt, au début du xvne siècle, sur le roi p'uon Càu Munti. Ce manuscrit qui serait
d'un intérêt capital non seulement pour la chronique de Mixang P'uon mais éga
lement pour celle de ^uong P'ràbang est malheureusement si altéré et si raturé qu'il
est impossible d'en donner une édition ; il ne peut guère être utilisé qu'en référence.
Le troisième texte ou version D est un composite des versions A et C. L'auteur
après avoir résumé, non sans erreurs grossières, la version C, a voulu relater les
événements qui survinrent après le règne de Čau Munti. Pour ce faire, il a recopié,
à la suite, la version A, ou une copie de A, en commençant au roi Čau K'âm
Phông — qui serait monté sur le trône en 1288 AD selon В — dont il fit purement
et simplement le fils de Munti! Mais si distinctes que soient les versions A et C,
il leur arrive parfois de mentionner le même roi auquel elles attribuent une parenté
différente. C'est ce qui explique que le rédacteur de D contraint de recopier deux
fois le nom d'un même souverain que les versions A et С placent à des périodes
différentes de l'histoire ait usé de procédés pour camoufler cette duplication. Il
modifie par exemple l'orthographe des noms propres. Ainsi Khieu K'àm 5ïô, qui
évoquerait trop T'iem K'àm Nô précédemment décrit, est-il devenu Khieu Nô
K'âm, Càu S'àt'ta de même a été camouflé en K'àm T'a. S'il ne recourt pas à cet
artifice facile, le rédacteur supprime de la biographie du double tout ce qui pourrait
rappeler les traits du monarque dont il n'est que le pâle reflet. Cette version qui
résume le texte С nous permet de saisir sur le vif les méthodes de composition
employées par les scribes lau.
Le quatrième manuscrit découvert à Luong P'ràbang est un texte unique en
son genre. Mi-biographie, mi-journal, cette version, rédigée en 1932, relate les
déportations massives des P'uon par les Siamois, l'instauration de l'administration
annamite au Tran-ninh, les luttes que soutinrent les princes p'uon contre les H<3,
le conflit franco-siamois et les répercussions à l'échelle provinciale de l'établiss
ement du protectorat français. Ce texte est d'autant plus précieux que son auteur
n'est autre que le fameux T'àu P'an, le « conseiller » de T'ông S'ieng K'âm cité
longuement par Pavie et qui devait faire l'objet d'une clause spéciale — la clause 5
— dans le traité signé en 1893 entre la France et le Siam. Personnage curieux que
les circonstances ballottèrent de Vinh à Bangk6k, T'àu P'an fut chargé tantôt de
combattre contre les Français, tantôt de lutter contre les H<5 aux côtés des Français.
Si intéressant que soit ce récit, nous laisserons toutefois T'àu P'an en 1893. Les
démêlés qu'il eut par la suite avec les administrateurs quoique narrés dans un style
fort savoureux concernent trop indirectement l'histoire de la province pour que
nous les relations.
Les annales de Mirang P'uon qui retracent l'histoire de ce mirang depuis les
origines jusqu'à l'établissement du protectorat français contiennent en fait, comme
toutes les annales lau, bien peu de matière historique et quand il leur arrive de
signaler des faits antérieurs au xixe siècle dont l'existence est attestée par les
annales vietnamiennes ou siamoises, elles les situent n'importe où dans le temps.
Telle l'aventure du prince Le Duy Mât que les annales du Vietnam placent au
XVIIIe siècle et les versions lau au début de l'histoire du mirang. Quoi qu'il en soit,
si les annales ne peuvent servir à constituer de Mirang P'uon — même 560 CHARLES ARCHAIMBAULT
si nous possédions des versions plus nombreuses et plus cohérentes ce travail
serait vain, vu l'absence complète de témoignages épigraphiques — elles peuvent,
par contre, fournir une certaine contribution à l'étude des structures religieuses de
sa province de S'ieng Khwang.
Descendants de Čět Čuang, le fils de Khun Bulôm, les rois p'uon comme leurs
parents, les rois de ^uong P'ràbang seront susceptibles, à leur mort, d'entrer dans
la catégorie des « monarques divinisés » et figureront, en bonne place, dans la liste
des grands génies protecteurs du territoire. Or ce fait caractérise uniquement les
chefferies qui ont hérité et gardé intacte la tradition de Khun Bulôm. Dans le Sud-
Laos, où cette tradition a été altérée, la catégorie des « monarques-thên » est en
effet inconnue.
D'autre part, ces « monarques-thên » de Mu-ang P'uon résident, en permanence,
dans un autel de construction récente qui renferme deux reposoirs. Le second de
ces reposoirs est affecté, temporairement, lors du sacrifice du buffle, aux génies
subalternes protecteurs des villages. Selon la tradition, ce reposoir serait un substi
tut des autels provisoires qu'étaient tenus d'ériger autrefois les gardiens des onze
autels de villages, près de l'autel central réservé aux grands génies protecteurs. Or
si les annales ne rendent pas compte de cette modification récente, elles confirment
du moins que Mirang P'uon possédait autrefois douze autels de génies. Un ačan
venu de (iUong P'ràbang aurait en effet calqué l'organisation religieuse de S'ieng
Khwang sur celle de ce royaume.
En outre parmi « les monarques divinisés » figure un génie annamite qui n'est
autre que Le Duy Mât, prince de la dynastie des Le, beau-frère du roi p'uon,
Čau K'àm Phông, qui aurait péri tragiquement à S'ieng Khwang.
Un bref examen des cérémonies montre de même l'aide que peuvent apporter
les annales. Lors du Nouvel An, des offrandes sont déposées dans la grotte de Mat
et présentées à deux éléphants en pierre. Or les annales nous apprennent qu'un
prince du nom de Čau K'àm Kot se retira dans cette grotte où il vécut en ermite;
d'autre part décrivant le rituel observé lors de la fondation de S'ieng Khwang, elles
relatent l'expulsion magique d'éléphants maléfiques qui troublaient le territoire.
A l'occasion de la fête du T'at, la population se divisant en deux camps : Mirang
K'àm et Mu-ang K'un, joue au Ti K'i. Ce jeu de mail que nous avons étudié dans
d'autres localités du Moyen-Laos ^ revêt ici une signification spéciale. La victoire
en effet n'est point fixée d'avance comme à Wieng Cân. Si le camp de la circon
scription de Muang K'âm l'emporte, cette victoire est considérée comme un pré
sage néfaste pour Mu-ang K'un, l'actuelle circonscription de la ville de S'ieng
Khwang. Or une des versions des annales nous révèle l'origine de cette croyance :
les princes de Mirang K'àm trahirent en effet autrefois leur souverain Čau Nî5i.
Ce texte nous suggère en outre qu'il s'agit — vu les dates de règne de Čau No*i —
d'une réinterprétation récente d'un jeu qui comportait vraisemblablement autrefois
la même fonction qu'à Wieng Cân. Si nous examinons maintenant le rituel bouddhi
que <2) en usage dans cette province, certaines cérémonies, telle l'ordination des
W Contribution à l'étude du jeu de Ti K'i, in BEFEO, XLVIII, fasc. i, p. 221-231.
(*) Quoique le mot « rituel » ne doive point être employé au sujet du bouddhisme on peut toutefois
l'utiliser pour ce bouddhisme fort particulier qu'est celui du Trán-ninh qui a retenu quantité
d'éléments folkloriques.
Dans le cours de l'ouvrage nous nous référons pour les annales de Mu-ang P'uon aux manuscrits
originaux, mais pour les annales du Lan S'àng nous nous reportons aux copies qui ont été faites
sous notre surveillance pour l'EFEO. Ces copies de même que les photocopies des annales p 'uon
ont été déposées au centre de l'EFEO à Paris. Nous adoptons pour la transcription des noms lau le
système officiel paru in BEFEO, XXX, p. 377-379, pour le siamois nous suivons la transcription LES ANNALES DE L'ANCIEN ROYAUME DE S'IENG KHWANG 561
bonzes par exemple ne peuvent être comprises qu'à la lumière des annales qui
précisent l'influence exercée sur le bouddhisme p'uon par un clergé étranger.
Ces quelques exemples suffisent à prouver que les annales de Mirang P'uon
peuvent être de quelque utilité pour l'ethnologue et l'historien des religions.
Nous donnons ci-dessous la liste des manuscrits lau et des ouvrages siamois
cités en référence. Précisons que la majeure partie de ces textes ne peuvent ni con
firmer ni infirmer réellement les faits allégués par les annales p'uon. Les « Nit'an
Khun Bulôm » comme les annales du Lan S'àng qu'ils soient en lau ou traduits en
siamois ont en effet subi les mêmes corrections, c'est-à-dire les mêmes déformations
que les annales p'uon. Dans l'apparat critique nous avons soigneusement souligné
les divergences, volontairement masquées par les « historiens », qui existent entre
les différents textes. Si la lecture de ce commentaire pouvait décourager toute
tentative d'élaborer un jour une « histoire » du Laos, nous estimerions n'avoir point
complètement perdu notre temps.
TEXTES LAU
Annales de Mwang P'uon
Version A (27 pages), cahier grand format (30 cm X 19 cm), ni titre, ni date.
Le nom du scribe n'est pas mentionné.
Version В : Annales de Mirang P'uon, généalogie des rois de Mirang
P'uon, éditées par Čau K'àm lyiàn Wongkôt Rátaná. Imprimerie Lau T'àn
Sâmài, Wieng Cân, 1952 (tirées à 1.000 exemplaires), 65 pages.
Version С : Khun Bulôm, cahier grand format (30 cm X 19 cm), 49 pages.
Le nom du scribe est mentionné : Can Liem. La date de rédaction n'est pas
indiquée.
Version D (20 pages), cahier grand format (30 cm X 19 cm), ni titre, ni date.
Le nom du scribe n'est pas mentionné.
« Mémoires de T'aù P'an » : cahier grand format de 38 pages (30 cm X 19 cm).
En titre : « à Mirang K'àm le 20 septembre 1932, histoire de Mirang
P'uon ». La dernière page porte la signature de T'aù P'an. Une copie de
ces textes a été déposée en 1954 au Hô P'rà Këu.
Annales du Lan S'àng et Niť an Khun Bulôm :
R343 R344 Bibliothèque royale de ^uong P'râbang.
E114
Bibliothèque du Hô P'rà Kêu (Wieng Càn).
E 11
proposée par M. Cœdès, in BEFEO, XXXI, n° 3-4, p. 355-359. Nous suivons scrupuleusement
l'orthographe propre à chacun des scribes sans essayer de la normaliser. Précisons qu'orthographe
et accentuation sont souvent, dans un même texte, fort fluctuantes.
La traduction des annales de S 'ieng Khwang a été entièrement revue par Maha Lai et par M. Kruong
Pathoumsad, directeur des cultes. Nous devons à l'un et à l'autre maintes suggestions et corrections.
Nous tenons à leur exprimer ici toute notre gratitude. 562 CHARLES ARCHAIMBAULT
Kong Din Muang P'uon :
R173.
Kong Din Muang Lan S'àng :
Fonds upârat (désigné par U).
P'ôngsawâdan Muang Wieng Can :
Fonds upârat (fonds U).
TEXTES SIAMOIS
P'rârac'â p'ôngçawâdan châbâp p'rârac'â hâtthlekha :
Réédition de l'impression Dâmrông, Annales du Siam, 4 vol., Bangkok, 1954.
P'rârac'â p'ôngçawâdan krungrâtanâkosin râc'c'akan t'i 3 :
Annales du IIIe règne, Bangkok, 1934.
Prâc'um p'ôngçawâdan ph'ak' t'i 64 :
Recueil de chroniques concernant l'histoire d'Ayuth'ya, Bangkok, 1936 &\
Prâc'um p'ôngçawâdan ph'ak t'i I :
Ce recueil de chroniques contient entre autres les annales birmanes et les
annales du Lan S'àng (p. 387-432), Bangkok, 1914. Réédité en 1956.
Prâc'um p'ôngçawâdan ph'ak t'i 5 :
Annales de ^uong P'ràbang, p. 232-278, Bangkok, 1917. ,
Prâc'um ph'ak' t'i II :
Annales de tuong P'ràbang, 65 pages, Bangkok, 1919.
Prâc'um p'ôngçawâdan ph'ak' t'i 70 :
Ce recueil contient une version de « Khun Borôm », trois versions des annales
de Càmpasàk, les annales d'Atopa, deux fragments de l'histoire de Muang
\ P'uon et un fragment de l'histoire de Wieng Cân. Bangkok, 1941.
{ Prâc'um p'ôngçawâdan ph'ak' t'i 24 (Répression de l'invasion hS), Bangkok, 1922.
\Ph'ak' t'i 22 (Histoire des Hua P'àn), 1921.
v
v Côt Hmai het ru ang Prap Khâbôth Wieng cân :
Répression de la révolte de Wieng Cân par Čau F'à Krôm P'râya Ph'anu-
p'ânth'uwông Wôrâdet, Bangkok, 1926.
Dans le cours de cette étude noue abrégerons le titre des recueils en PP. LES ANNALES DE L'ANCIEN ROYAUME DE S'IENG KHWANG 563
AUTRES SOURCES
De Pélacot, art. cit.
Mission Pavie en Indochine, t. II, 1898, Leroux éditeur : traduction dont le
seul tort, si nous en jugeons d'après les critiques de Le Boulanger, est de
respecter l'incohérence des textes.
P. Le Boulanger : Histoire du Laos français, 1931, Pion éditeur.
S'appuyant sur les annales de ^uong P'râbang, l'article de De Pélacot, les
versions de Pavie, cet ouvrage « sincère et de bonne foi » — comme l'indique
la préface — introduit entre les textes la relation qui manquait. N'hésitant
point à relier tel fait rapporté par l'une des versions à tel autre figurant dans
un second texte, grappillant en outre les dates de-ci de-là, sans jamais indi
quer ses sources, l'auteur non sans art a réussi à présenter cette cohérence
comme inhérente aux versions. Grâce à cette cohérence, « histoire »
demeurée populaire sert toujours de référence aux historiens du Sud-Est.
Mâha Sila : P'ongsawâdan Lau, lre édition, Wieng Can, 1957, 2e édition 1962.
C'est à la seconde édition que nous nous référons.
Cet ouvrage a été traduit en anglais (1er octobre 1958) à l'usage des experts
américains. Il est dommage que les traducteurs aient omis la préface,
véritable introduction à toute histoire future du Laos qui indique les critères
adoptés par l'auteur dans la sélection des faits « historiques ». Ainsi l'une
des versions relate que le grand roi F'à Ngôm qui est censé avoir fait l'unité
du Laos aurait fait périr son compagnon d'infortune, son père, pour régner
seul sur le Lan S'àng. Étant donné qu'après la victoire qu'il remporta sur
Wieng Càn, F'à Ngum exposa à ses sujets un programme de politique
interne qui bannissait toute effusion de sang et qui révélait sa générosité, sa
vertu, le grand roi n'a pu évidemment agir précédemment en complet désac
cord avec lui-même. La version incriminée doit donc logiquement être
écartée au profit d'une autre qui présente les faits sous un jour beaucoup
plus favorable, c'est-à-dire plus objectivement. 564 CHARLES ARCHAIMBAULT
VERSION A
Que la prospérité règne ! Nous proposant de traiter succinctement l'histoire
du Mirang S'ieng Khwang, nous établirons seulement la liste des rois qui ont
régné et celle des princes qui n'ont pas accédé au pouvoir. Les noms des uns et
des autres figurent dans ce texte, selon l'ordre de succession indiqué dans les textes
anciens et dans l'histoire du roi Khun Bulôm, textes que nous avons revus et
dont nous avons extrait ce qui nous semblait exact. Comme le Mtrang S'ieng
Khwang fut troublé et dévasté maintes fois et que les documents originels ont
disparu, nous avons procédé également à des enquêtes auprès de ceux qui se rappel
aient le passé et nous avons consigné cette tradition orale dont nous donnons ici
un aperçu.
A l'origine, dit-on, un grand roi du nom de Khun Bulôm descendit du ciel et
aménagea le monde. Il eut sept fils qu'il envoya fonder sept royaumes. Le premier
fils nommé Čau Khun Lô alla fonder le Mirang S'ua-Lan S'ang-^uong P'râbang,
[le royaume] Lau.
Le second nommé Čet Čirang alla instaurer Murang S'ieng Khwang, [le
royaume] P'uon.
Le troisième nommé Čau Ču bong alla demeurer à Mirang P'âkân (Annam).
Le quatrième nommé S'âifiâp'ông alla s'installer à Mirang S'ieng fylâi, [le
royaume] Nuon.
Le cinquième nommé Čau Ua In alla s'installer à Mirang Kung Si Nott'âna
(Siam).
Le sixième, Čau Lok Kôm, alla s'installer à Muang Hôngsawâdi, [le royaume]
Mon.
Le septième, Čau Niphalan, alla s'installer à Mirang Turn Wang, [le royaume]
des Ho U).
Selon le sort, chacun d'eux obtint un royaume dont l'importance était proportionn
elle à celle de ses mérites. Le mois où ils arrivèrent dans leurs royaumes respectifs
fut considéré par chacun d'eux comme le premier mois [du calendrier]. Fin du
règne du roi Khun Bulôm.
Nous relaterons maintenant [les événements qui se déroulèrent] à partir de
l'an 60 de l'ère bouddhique (2). Čau Khun Lô, le frère aîné, régnait à Muang
S'ua-Lan S'ang-^uong P'râbang, Čau Čět Čurang régnait à Muang S'ieng
Khwang. Tous les deux échangèrent des serments et chargèrent huit « khun »
d'aller tracer les frontières entre le royaume de S'ieng Khwang, de Luong P'râbang
<x) (8) Erreur Sur la descente pour ère de CS. Khun La version Bulôm. et В la (p. fondation 1, 1. 1 à des 4) qui sept omet royaumes, la liste cf. des infra, fils de p. Khun 177-178. Bulôm
débute par la fondation de S'ieng Khwang qu'elle fait remonter également à l'an 60 nuis de l'ère
CS (698 AD) : « Dès que Čět Čirang, le fils de Khun Birlôm eut quitté Na NÎSi ôi Ijiu (Mirang
Thên ou Thêng), il descendit à Mirang S'ieng Khwang (P'uon) en 60 ère CS. Quand il fut arrivé
à Mirang S'ieng Khwang, il monta sur le trône. Mirang S'ua (Luong P'râbang) et Mirang P'uon
procédèrent à la délimitation des frontières. » LES ANNALES DE L'ANCIEN ROYAUME DE S'IENG KHWANG 565
et de P'âkân — propriété de Čau Ču L°ng — ainsi qu'il est indiqué dans l'histoire
du roi Khun Bulôm (1).
Parlons maintenant de čau Čet Čuang qui fonda Muang S'ieng Khwang
ainsi que des rois qui se succédèrent sur le trône [de ce territoire] et dont les noms
figurent ci-dessous ;
1. Čau Čet Čuang, le père, régna.
2. Čau Čet Čon, fils de Čau Čet Čirang, régna.
3. Čau Čet Čot, fils de Čau Čet čon, régna.
4. Čau Čet Čiu, fils de Čau Čet Čot, régna.
5. Čau Čet Čán, fils de Čau Čět Čiu, régna.
mais 11 ' dans Le tracé les textes des frontières intitulés « par Kong les Din huit » « (frontières). khun » ne figure pas dans « l'histoire de Khun Bulôm »,
Selon le Kong Din Muang P'uon de II Bibliothèque royale de Luong P'ràbang (R 173, p. 1
à 3), c'est en 61 ère CS, année po-k si, lors de la pleine lune du 12e mois, un dimanche, que Khun
Lô et Čět Čirang chargèrent huit « khun » de procéder à la délimitation des deux territoires après
avoir déclaré : « Ce que nous établissons tous les deux, respectons-le à l'avenir, n'y contrevenons
point et que notre décision se transmette de génération en génération, qu'aucune contestation ne
s'élève entre les deux royaumes jusqu'à ce que la religion du bouddha ait atteint cinq mille ans! »
Les huit « khun » délimitèrent alors le territoire de Mirang S'ua et de Mirang P'uon ainsi que
celui des six Hua P'àn qui dépendait de Mirang P'uon. Ils fixèrent en outre le tribut que devaient
verser, tous les trois ans, les territoires vassaux de Mirang P'uon : Mirang La, Mirang Muok,
Mirang K'wai, Mirang Khang ; ce dernier territoire dut offrir, à date fixe, des arbres d'or et d'argent
du poids de un « bat ». Puis ils revinrent rendre compte de leur mission à Khun Lô et à Čět Čuang
qui s'engagèrent par un nouveau serment : « Que cette délimitation ait force de chose jugée et qu'elle
reste en vigueur dans l'avenir. Même si l'océan et les eaux détruisent le monde, si le mont Meru
tremble et disparait, si le feu détruit ce kalpa, il faut que notre serment subsiste! Il ne faut pas que
les princes qui nous succéderont, durant cette ère, contreviennent à ce serment. Que celui qui passant
outre à notre accord, lèvera une armée pour détruire le territoire de l'autre, disparaisse comme les
fleurs du bananier et que dix sortes de malheurs le frappent ! Qu'à sa mort il subisse de grands tour
ments dans la marmite de l'Awici et cela durant dix mille ans!... »
Le Kong Din Mirang P'uon inclus dans la version В (p. 31 à 33), indique seulement que « Khun
Lô », désireux de recevoir son frère, l'invita à venir lui rendre visite. Lors de leur rencontre — le
texte ne précise pas en quelle année — ils firent procéder à la délimitation de leurs territoires par
huit « khun », puis s'engagèrent par un serment identique à celui rapporté par la version précédente
i respecter ces frontières.
Selon le Kong Din Muang Lan S'àng (fonds U, p. 4, 1. 24), un an après la fondation de Mirang
S'ua et de S'ieng Khwang, Čet Čirang accompagné de nobles rendit visite à son frère. A cette occa
sion les deux princes décidèrent de faire procéder è la délimitation de leurs territoires.
Enfin VHistoire de Micang P'uon (PP 70, p. 175 à 181) relate la réception de Čet Čirang par
son frère. Une cérémonie de « fixation des âmes » eut lieu en son honneur, sur la colline P'u Si où
avait été installé le pavillon royal. Après avoir conversé sur l'administration de leurs territoires,
les deux frères décidèrent, leurs royaumes étant voisins, de faire procéder au tracé de leurs frontières
par huit dignitaires. Ce texte fait mention d'une modification de frontières qui aurait eu lieu en
1542 AD. Le roi du Lan S'àng, Suwànnà Bànlang aurait octroyé au roi p'uon, Nai K'àm Kong de
nouveaux territoires. [Notons en passant que selon les annales du Lan S'àng, Suwannà Bànlang
serait monté sur le trône soit en 1455 AD (selon E II), soit en 1469 AD (selon PP 5) ou en 1479
(selon R 343 et 344). Quant au roi [Lan] K'àm Kong, que la version D fait arriver à Mirang P'uon
en 1434 AD, c'est en 1372 AD qu'il aurait, selon la version В obtenu le pouvoir.] En 1560 AD, toujours
selon PP (partie 70), le roi du Lan S'àng déplaça à nouveau la frontière au profit de Mirang P'uon.
Enfin en 1583 AD, le roitelet de Mirang K'àm Kot K'àmmuon qui avait été taxé d'une amende
de cent quarante-sept « c'àng », dix-neuf ■ tàmlirn g », deux < bat », un « sàlirng », un « f 'irong »
d'or et cent soixante-seize « c'àng », quarante « bat » d'argent par le roi de Mirang P'uon aurait offert
son territoire au roi p'uon contre remise de l'amende. Les différents « Kong Din » mentionnent
le nom des collines, des ruisseaux et des villages qui servirent de points de repère aux huit khun.
En admettant que cette toponymie ait jamais été exacte, les lieux ayant changé de noms plusieurs
fois au cours des siècles, ne peuvent plus être localisés.

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