Les anneaux en pierre. Conclusion archéologique - article ; n°1 ; vol.27, pg 108-115

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Gallia préhistoire - Année 1984 - Volume 27 - Numéro 1 - Pages 108-115
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Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jacques Gaillard
José Gomez de Soto
III. Les anneaux en pierre. Conclusion archéologique
In: Gallia préhistoire. Tome 27 fascicule 1, 1984. pp. 108-115.
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Gaillard Jacques, Gomez de Soto José. III. Les anneaux en pierre. Conclusion archéologique. In: Gallia préhistoire. Tome 27
fascicule 1, 1984. pp. 108-115.
doi : 10.3406/galip.1984.1925
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1984_num_27_1_1925108 JACQUES GAILLARD ET JOSÉ GOMEZ
production de disques en test dont les formes du disque, lui, a été obtenu par un outil qui
et les perforations sont proches de la perfection reste inconnu mais qui a des chances de ressemb
géométrique. Si les perforations sont attri- ler à un foret creux.
buables à des forets, le découpage circulaire Yvette Taborin4.
III
LES ANNEAUX EN PIERRE. CONCLUSION ARCHÉOLOGIQUE
par Jacques GAILLARD et José GOMEZ
Les deux anneaux en pierre (fig. 10 et 11) l'orifice. Les stries de finition y restent très
sont deux disques aplatis légèrement irréguliers, visibles.
largement évidés au centre. Les perforations Identité de matière, de technique, de
elles-mêmes ne sont pas des ouvertures à dimensions : tout indique que les deux anneaux
furent conçus comme une paire indissociable contour régulier, celle de l'anneau 2 est nett
ement plus sub-ovalaire et décentrée que celle et sont certainement l'œuvre d'un même arti
de l'anneau 1. Les sections sont aplaties, arron san.
dies à l'intérieur, amincies à l'extérieur, le
bord externe restant mousse (tabl. 2).
Tabl. 2. Dimensions des anneaux en pierre.
Largeur Grand 0 (D) Petit 0 (d) de la bande Épaisseur Rapport Djd Poids maximale
max. min. max. min. max. min.
190 185 58,5 Anneau 1 79 77 54 11 2,40 532 g 2. 194 187 80 78 60 53,5 11,5 2,41 568 g
Les deux anneaux sont réalisés dans la même D'autres anneaux en pierre ont déjà été
découverts en Centre-Ouest. En tenant compte roche : une phyllite (G.-T. Le Roux, p. 116).
Leur technique de fabrication est analogue : des matières utilisées pour leur réalisation, il est
la régularisation de l'ébauche a été effectuée possible de les diviser en deux groupes5.
par un piquetage dont un polissage incomplet
n'a pas effacé toutes les traces. Ce dernier a
été réalisé en deux étapes : dégrossissage avec
un polissoir à gros grains, dont subsistent des
4. Maître-assistant à l'Université Paris I, LA 275. stries très visibles sur une face de l'anneau 1, L'illustration de cette partie est de Y. Taborin sauf la parfait par ponçage avec un outil abrasant à fig. 9 qui est un cliché de J. Gaillard.
grains fins. Rien n'indique que la perforation 5. Les auteurs remercient MM. Mohen et Renard,
fut préparée par attaque de la pièce sur les qui leur ont fait part des découvertes de Semussac,
Charente-Maritime, et de Saint-Léger-de-Montbrillais, deux faces : le bord interne de l'anneau Deux-Sèvres, et en ont autorisé la mention, et Mlle Ch. présente bien un aspect légèrement évasé, Eluère qui a effectué le relevé de l'anneau de Saint-
mais qui put être produit simplement par le Yrieix au M.A.N., le Dr Gauron qui nous a informés
mouvement naturel de la main régularisant sur ses fouilles de Chenon et permis d'en faire état. TOMBE NÉOLITHIQUE DE GERMIGNAG 109
11 Les anneaux en pierre de Germignac.
Indre-et-Loire.
1. Sublaines, Les Danges. Anneau en une
roche de groupe des néphritoïdes. Trouvé vers
1875 dans des conditions inconnues. M.A.N.
(Gordier, 1950 et 1975, p. 607).
Les anneaux en pierre de Germignac. 2. Sublaines, près du dolmen de Villaine.
Un fragment, en amphibolite (Gordier, 1972,
p. 92).
1. Une série d'anneaux en roches rares, autres
Vienne. que des schistes.
12 exemplaires, en prenant en compte 3-4. Saint-Christophe, Tararou. Deux an
ceux de Sublaines, Indre-et-Loire, géographi- neaux, l'un de 175 mm de diamètre externe,
quement proches des exemplaires les plus perforation de 73 mm de diamètre, épaisseur
septentrionaux du Centre-Ouest, dont 3 pro de 9 mm au centre à 4 mm sur les bords.
viennent de sépultures, 1 d'un habitat ; L'autre « de même forme, mais un peu plus
8 furent découverts dans des conditions de large de quelques centimètres (4 cm environ) ».
gisement imprécises. Tous sont complets, sauf Les deux sont « en roche granitique, à mica
celui de Ghampagnac, Charente-Maritime et un verdâtre abondant et feldspath rose » (Ménard
de Sublaines. Pour celui de Saint- Yrieix, il et Gapitan, 1891). Les deux anneaux ont été
faudrait vérifier la détermination ancienne, trouvés en même temps, lors de l'arrachage
faite très certainement à l'œil nu. d'arbres, sans que leur contexte fût observé,
Leur inventaire est le suivant (fig. 12 et 13). s'il existait {ibid., et de Mortillet, 1907, p. 386). 12-13 1-2O • * >
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13 Les anneaux en pierre du Centre-Ouest de la France. Carte de répartQuelques anneaux en pierre du Centre-Ouest. 1 : Jonzac, La 12
ition. 1 : en roche rares, 2 : anneaux en schiste. Les numéros Mailloche; 2 : Saint-Palais-du-Né; 3: Saint- Yrieix, Les Planes;
renvoient à la liste donnée dans le texte. 4 : Bourg-Charente, lit de la Charente. TOMBE NÉOLITHIQUE DE GERMIGNAG 111
5. Loudun. « Grand anneau plat en granit quadrangulaire (Ghenon-al.). La plupart pro
poli qui mesure 0,108 mill, (sic) de diamètre viennent de sépultures dolméniques, mais un
total, soit un cercle de 0,043 de largeur fut découvert dans une grotte sépulcrale, sept
ceinturant un vide de 0,065 de 0. Trouvé au moins sur des sites d'habitat, un dans un
en 1870 » (Charbonneau-Lassay, 1915, p. 28-29). lit de la Charente. Leur inventaire s'établit
ainsi6 (fig. 12 et 13) : Charente-Maritime.
Indre-et-Loire. 6. Jonzac, La Mailloche (fîg. 12, n° 1).
Anneau en roche volcanique. Découvert après 12-13. Sublaines, dolmen de Villaine. 1 frag
un labour accroché au soc d'une charrue. ment t.p.a. et 1 débris. M.A.N. (Cordier, 1972,
Musée des Carmes à Jonzac (inédit). p. 58-59). 1 autre fragment trouvé à proximité
du dolmen (ibid., p. 92). 7. Ghampagnac, La Rouletterie. Fragment,
entaillé sur chaque face d'un sillon creusé à Vendée. une date très postérieure à la fabrication de
14. Le Château-d'Olonne, Le Fossé des l'anneau (incisions non patinées). L'objet
Sarrazins. 1 fragment. Ancienne collection du s'est brisé le long d'incisions transversales
Dr Baudoin, Musée des Sables-d'Olonne entaillant les deux faces. Don Salle au Musée
(Sacchi, 1966-67). des Carmes de Jonzac (inédit).
8-9. Germignac, Le Bois-du-Bourg. Cf. ci- Deux-Sèvres.
dessus. 15. La Mothe-Saint-Héray, dolmen de La
Villedieu de Comblé. 1 fragment, t.p.a. Musée Charente.
du Pilori à Niort (Burnez, 1976, p. 252). 10. Saint-Palais-du-Né (fig. 12, n» 2). Anneau
en amphibolite. Découvert au cours d'un curage Vienne.
de fossé. Musée des Carmes à Jonzac (inédit). 16. Bournand, La Pierre Folle. 1 fragment
11. Saint-Yrieix, Les Planes (fig. 12, n» 3). (Cordier, 1954).
Anneau « en pierre schisteuse brune ». Il n'a 17. Saint-Léger-de-Montbrillais, La Mang
pas été observé en place, mais il est assuré eoire. 2 fragments, récoltes de surface, coll.
qu'il provient d'une sépulture en pleine F. Renard (inédits).
terre qui ne paraît pas avoir contenu d'autre
18. Arçay, dolmen de Briande 1. 1 fragment mobilier. M.A.N. (Perrier du Carne, 1894 ; t.p.a. Musée de Poitiers (Cordier, 1972, p. 72 ; de Mortillet, 1907, p. 380).
Pautreau, 1979, fig. 17).
2. Une série d'anneaux en schiste. 19. Basses, dolmen du Petit-Ponçay7. Le
monument aurait contenu plusieurs anneaux. (Schiste métamorphique pour les quatre
Il ne subsiste qu'un fragment. Musée de exemplaires qui ont fait l'objet d'une détermi
Poitiers (de Mortillet, 1907, p. 386 ; Cordier, nation pétrographique : Sublaines, dolmens
1971, p. 445 ; Pautreau, 1979, fig. 17). A4 et A 6 de Chenon). Leur nombre (en
comptant 3 fragments de Sublaines, Indre-et- 20. Aslonnes, Camp Allaric. 1 fragment,
Loire, et un d'Oradour-sur-Vayres, Haute- t.p.a. Musée de Poitiers (Pautreau, 1979,
Vienne) reste imprécis, compte tenu d'incer fîg. 15).
titudes sur les découvertes anciennes, mais 21. Savigné, grotte du Chaffaud. 1 fragment,
dépasse 24 exemplaires. Tous sont brisés, t.p.a. (Pautreau, 1979, t. I, p. 99, d'après
mais le plus souvent une ou deux perforations Brouillet, 1865, pi. IV, fig. 23). transforment le fragment, dont les cassures
ont été pour la plupart polies, en pendentif.
La section de ces anneaux est généralement 6. Abréviation : t.p.a. = transformé en pendentif aplatie ou biconvexe et parfois anguleuse à arciforme. l'extérieur. Elle est rarement triangulaire 7. Souvent situé sur la commune voisine de Sam-
(Basses, peut-être Ghenon-allée couverte) ou marçolles. .
JACQUES GAILLARD ET JOSÉ GOMEZ 112
Charente-Maritime.
22. Saint-Léger, Les Tallas. 1 fragment,
t. p. a. Surface gravée d'un quadrillage som
maire, peut-être postérieur. Coll. Lassarade
(Lassarade, 1964).
23. Semussac, Chez Reine. Plusieurs frag
ments. Fouille Mohen, M.A.N. (inédits).
♦26 '30 Charente8.
24. Bourg-Charente, lit de la Charente.
1 fragment (fig. 12, n° 4) (inédit).
25. Chenon, nécropole dolménique. 1 frag
ment, dolmen A 4, t.p.a. et 1 autre, dolmen A 6,
t.p.a. Collection Dr Gauron (Gauron et Massaud,
1983, p. 82) ; 1 fragment dans l'« allée couverte »
(Patte, 1941, n° 27 ; Cordier, 1972, p. 72).
26. Gombiers, dolmen de La Mouline.
1 fragment t.p.a. Collection Chauvet à
l'Institut de Paléontologie de l'Université de
Poitiers (Chauvet, 1877 ; Cordier, 1972, p. 72 ; 10 15 Epaisseurs maxima Burnez, 1976, p. 250).
14 Diagramme de répartition d'anneaux en pierre du 27-28. Gensac-la-Pallue, Camp de Soubérac.
Centre-Ouest en fonction de leur rapport diamètre 2 fragments, t.p.a., locus 1, couche 1. M.A.N. externe D/ diamètre interne d et de leur épaisseur (Burnez, 1965, fig. 5 et p. 307 ; idem, 1976 ; maximum. Points : anneaux en roches rares, croix :
Cordier, 1972, p, 72). anneaux en schiste. Les numéros renvoient à la liste
donnée dans le texte. 29-30. Saint-Georges, dolmen de Pierrefitte.
2 fragments, t.p.a. Collection Chauvet à
l'Institut de Paléontologie de l'Université de
Haute-Vienne. Poitiers (Chauvet, 1899 ; de Mortillet, 1907,
p. 380; Cordier, 1972, p. 72; Burnez, 1976, 33. Oradour-sur-Vayres, tumulus. 1 frag
p. 253). ment, t.p.a. Musée de Rochechouart (Cordier,
31. Saint-Mary, grotte sépulcrale d'Artenac. 1972, p. 72 ; Burnez, 1976, p. 344).
1 fragment, t.p.a. M.A.N. (Burnez, 1976,
3. Addendum. p. 289).
Cet article était rédigé et prêt pour l'impres32. Vœuil-et-Giget, Camp de Pierre Dure.
sion lorsque nous avons appris l'existence de 1 fragment perdu, sans doute t.p.a. : « une de
fragments d'anneaux qui nous avaient échappces petites plaques de schiste en forme de
é. Ces pièces ont pu être portées sur la carte hausse-col que l'on trouve parfois dans les
(fig. 13), et sur le diagramme (fig. 14) pour dolmens du bassin de la Seine et qui ont dû
certaines. être insérées dans les colliers... » (Lièvre, 1889)9.
34. Auzay, Vendée. Éperon barré des
Châtelliers du Vieil Auzay. Fragment d'anneau
8. P. de Mortillet (1907, p. 380) commet diverses en roche verte. Musée de Fontenay-le-Comte erreurs dans son inventaire : le dolmen de La Mouline (Joussaume, 1978, p. 121-124). est placé à Edon au lieu de Combiers ; le dolmen est
à nouveau cité sous l'appellation de « dolmen de
Colombiers » ; plusieurs bracelets sont attribués à la
grotte de La Gélie (Charente-Maritime) (sic) ( = grotte
9. Cet objet est attribué par erreur au Camp de de La Gélie à Edon, Charente) qui n'en a pas livrés, mais
Recoux à Soyaux, Charente, par C. Burnez (1976, p. 255). un sphéroïde perforé. NÉOLITHIQUE DE GERMIGNAG 113 TOMBE
35 à 37. Saint-Jouin-de-Marnes, Deux- substitution, nécessité de traiter à part les
Sèvres. Station des Sablons. La moitié d'un anneaux en schiste, chronologie.
anneau en schiste, non t.p.a. et deux petits Les anneaux de Germignac sont en roche
débris de deux autres. Coll. Hébras (Ch. Hébras, étrangère à la région. Il en est d'ailleurs de
1978, p. 613-624). même pour toutes les pièces qui ont subi une
détermination pétrographique (cf. C.-T. Le 38. Idem. Station de Ventecul. Fragment
Roux, p. 116). Il est actuellement impossible d'anneau, type et roche non précisés. Coll.
de déterminer s'ils sont parvenus dans la région Hébras (ibid., p. 618).
avec leur possesseur ou par voie d'échange, et 39. Maulais. Deux-Sèvres. Station des Châ- si, dans ce cas, ils furent importés à l'état de telliers. Petit fragment d'anneau étroit, non roche brute, d'ébauches ou d'objets finis11. t.p.a., roche non précisée. (Gh. Hébras, 1980, Les anneaux en pierre, selon la largeur de p. 571-588). leur couronne, sont classables en un type
40-41. Goulon, Deux-Sèvres. Le coteau de large et un type étroit, la limite entre les deux
Montigné. Petit fragment d'anneau-disque se situant au voisinage d'un rapport diamètre
(roche non précisée) et un d'anneau étroit en externe/diamètre interne voisin de 1,8 (Le Roux
schiste, t.p.a. (T. Joussaume, 1981, p. 401-402). et Lecerf, 1971). D'autre part, P.-R. Giot
(1959) insiste sur la nécessité de considérer
à part les anneaux en roches « nobles » et les
anneaux en schistes ou en roches locales Les anneaux en pierre, objets exceptionnels banales. Il est particulièrement éloquent de et particulièrement beaux lorsqu'ils sont réali comparer les dimensions des anneaux du sés dans des roches « nobles » telles les jadéites Centre-Ouest (fig. 14)12. La totalité des anneaux ou les serpentines, ont de longue date fasciné en roches rares montrent un rapport diamètre les préhistoriens et inspiré des interprétations externe/diamètre interne supérieur à 1,8. Un variées : armes de jet (tchackras), outils, seul anneau de schiste présente un rapport éléments de lithophones, pièce d'ornementation supérieur à 1,8, l'un des deux de Soubérac de la tête ou du vêtement, enfin bracelets ou à Gensac-la-Pallue, Charente (l'anneau « en anneaux de cheville10. Cette interprétation granite poli » de Loudun, Vienne, n'a pu trouve confirmation par des découvertes dans être pris en compte, les dimensions données des sépultures, telle celle, récemment fouillée, par Charbonneau-Lassay (1915) laissant de Jablines, Seine-et-Marne, où un squelette
portait trois anneaux en pierre au-dessus du
coude droit et un au-dessus du gauche (Tarrête, 11. A l'Age du Fer, des ébauches ont été diffusées 1981 a et b) : si pour la tombe de Germignac telles quelles dans la région : il en a été trouvé sur le
cette interprétation ne peut être rejetée, elle site de Meipins, Charente (inédit, fouilles J. Piveteau).
n'est que probable vu l'absence d'observations Des ateliers d'anneaux en schiste importé, attribués
au Néolithique de tradition danubienne, sont connus en place. à Villerable et Conan, Loir-et-Cher (Allain, 1981, En dehors de la question de leur utilisation, p. 342).
pour laquelle un consensus paraît désormais 12. Les dimensions ont été mesurées sur les originaux
établi, les anneaux en pierre posent toute une qui nous ont été accessibles, reprises des publications
antérieures ou à défaut calculées sur les figures. Un série d'interrogations. La problématique a été
certain nombre des anneaux indiqués dans les listes posée en termes particulièrement pertinents n'ont pu être pris en compte. D'autre part, nous avons par P.-R. Giot en 1959 : provenance des considéré les pendentifs arciformes, bien qu'il soit
matières premières « nobles » et des roches de actuellement d'usage de les traiter en objets auto
nomes, comme des bracelets incomplets : en effet, leur
roche est la même que celle de quelques fragments
10. Les anneaux-disques ont suscité une littérature d'anneaux non perforés, tels ceux du Château-d'Olonne,
pléthorique, dont on trouvera les principaux titres cités Vendée, de Bourg-Charente, Charente, ou de Saint-
Léger-de-Montbrillais, Vienne, dont ils apparaissent dans les travaux de P. de Mortillet (1907 et 1911) et
plus récemment G. Cordier (1950), P.-R. Giot (1959), également proches par les sections et la position chrono
J.-P. Watté (1970), G.-T. Le Roux et Y. Lecerf (1971). logique, du moins pour les exemplaires datés. 114 JACQUES GAILLARD ET JOSÉ GOMEZ
raître des invraisemblances. La comparaison Chalcolithique : on les trouve en milieu
du rapport diamètre externe/diamètre interne « Vienne-Charente » (dolmen de Gombiers) ou
avec l'épaisseur maximale isole à nouveau artenacien (Grotte d'Artenac), peut-être aussi
l'ensemble des anneaux de schiste : il faut en contexte peu-richardien II, mais les condi
tions stratigraphiques des exemplaires de donc considérer que, en Centre-Ouest, les
deux groupes sont typologiquement séparés. Gensac-la-Pallue ne sont pas sûres (Burnez,
Enfin, dans le groupe des anneaux en roches 1965, p. 3-5) et ces objets pourraient tout
rares s'isole un de cinq pièces, compre aussi bien être rapportés à l'Artenacien. Il en
nant les deux anneaux de Germignac, ceux de va de même pour les exemples récoltés en
Sublaines, celui de Saint-Christophe dont les surface à Saint-Léger-de-Montbrillais. Les
dimensions sont connues (fig. 14). Le second ensembles clos du Néolithique final ou du
anneau de Saint-Christophe s'adjoindrait sans Chalcolithique, d'autre part, n'ont pas livré de
doute à ce groupe. fragments d'anneaux en roches rares à cette
date. Enfin, la parure y est relativement peu
abondante, et même si l'utilisation de la
coquille est attestée (un disque en cardium Datation de la tombe. Conclusion archéologique.
dans l'Artenacien de la grotte de Marsa à
La datation de la tombe n'est pas aisée : Beauregard, Lot), elle ne montre nulle part
l'unique comparaison possible s'établit avec l'abondance observée à Germignac. Une data
celle de Saint-Yrieix, Charente, dont le seul tion Néolithique final-Chalcolithique paraît
mobilier connu est un anneau en pierre. Ces donc exclue.
deux tombes possèdent des caractères originaux Ni les sépultures du Groupe des Cous, qui les différencient des autres sépultures chasséennes ou peu-richardiennes, ces dernières néolithiques connues en Centre-Ouest, et qui encore insuffisamment connues, ne livrent dans sont déposées soit dans des grottes, des coffres la région d'anneaux en roches rares, et la parure (Saint-Germain-la- Rivière, Vienne), des mégal en coquille y est peu représentée : ces cultures ithes, des tumulus, ou dans les remparts des ne peuvent non plus être retenues. camps de Saintonge et de Vendée (Joussaume, La sépulture de Germignac paraît donc devoir 1981) : ce sont les seules sépultures connues se situer dans la frange du Néolithique ancien en pleine terre, les à livrer des anneaux ou du Néolithique moyen encore mal connue. en roches rares, et celle de Germignac a donné
L'importance du Néolithique cardial sur la pour deux inhumés un nombre de disques en
côte du Centre-Ouest commence à être reconnue coquille sans équivalent en France.
(Pautreau et Robert, 1980 ; Joussaume, 1981 ; La division en deux ensembles distincts des
Joussaume, Gomez, Pautreau, 1983). Dans les anneaux en pierre du Centre-Ouest peut
régions méridionales, où il est bien connu, on contribuer à la solution du problème de
voit apparaître les disques percés en coquille l'attribution chronologique et culturelle de la
(Taborin, 1974, p. 311), mais les anneaux en tombe de Germignac, et par extension, des
pierre, également attestés (Courtin et Gutherz, autres anneaux en roches rares de la région13.
1976), diffèrent de ceux de Germignac. Les en schiste datés — que leurs
Un dernier courant d'influences, dont on fragments eussent été ou non transformés en
sait maintenant qu'il a atteint les marges du pendentifs arciformes — sont bien datés en
Centre-Ouest et le Centre-Ouest lui-même, Centre-Ouest du Néolithique final et du
paraît pouvoir rendre compte de la composition
du mobilier de la tombe de Germignac : le 13. Il nous paraît difficile de retenir l'attribution courant des cultures de tradition danubienne au Ier Age du Fer proposée par G. Cordier (1975, p. 607)
au Néolithique moyen. Si le Rubané lui-même pour l'anneau de Sublaines, anneau dont il n'est pas
établi qu'il provient bien du tumulus princier des est inconnu, des groupes de tradition sont
Danges. Le petit débris d'un autre anneau trouvé au attestés : Groupe de Cerny aux Alleuds,
cours des fouilles, même s'il se trouvait dans les déblais Maine-et-Loire (L'Helgouach, 1976, p. 20), des fouilles anciennes, a pu parvenir dans le tumulus à Conan, Chambon et Lublé, Indre-et-Loire avec les terres de construction, et provient d'un anneau
typologiquement différent. (Allain, 1981, p. 342, 349-350), peut-être dans TOMBE NÉOLITHIQUE DE GERMIGNAG 115
la grotte du Quéroy à Ghazelles, Charente Germignac : enfilés en collier, cousus sur le
(inédit)14, Groupe d'Augy-Sainte-Pallaye sur le vêtement (Taborin, 1974, p. 320-323). La
site du dolmen de La Bajoulière à Saint-Rémy- limitation à un seul type des parures de
la-Varenne, Maine-et-Loire (Gruet et Passini, coquillage à Germignac pourrait s'expliquer
par le maintien d'une tradition : le goût pour 1982) et à Saint-Léomer, Vienne (Pautreau,
à paraître)15. On rappellera que les vases des les coquilles, qu'on retrouve aussi à Jablines,
coffres de Saint-Germain-la-Rivière et de contrebalancé par un changement de mode
l'abri de Bellefonds, Vienne (Patte, 1971) ont qui peut n'être que local.
parfois été interprétés dans une optique Si tant les anneaux en pierre que les disques
danubienne. En Saintonge même, la curieuse en coquille sont des parures ubiquistes, il n'en
pioche inachevée en cornéenne d'Ozillac reste pas moins que c'est dans la tradition
danubienne que le mobilier de la tombe de (Coffyn, Gachina, Gomez, 1975, p. 374) pourrait
être un instrument inspiré de modèles rubanés Germignac s'insère le mieux.
Les pièces nouvelles (nos 34 à 41) s'intègrent (Hatt, 1973, p. 3).
Les caractères communs à nombre de tombes parfaitement dans les cadres que nous avons
danubiennes et de tradition et à celle de définis ci-dessus, tant pour leurs dimensions
Germignac sont évidents : inhumation en (cf. fig. 14) que pour leur cadre chronologique.
pleine terre, richesse du mobilier comprenant Si l'anneau d'Auzay peut difficilement être
parure en coquille et anneau en pierre (Bailloud, attribué à une culture de tradition danubienne,
1976). On objectera que des différences sont il est loisible de l'insérer dans la série chasséenne,
observables. Elles sont réelles, il convient de ce qui nous laisse dans le Néolithique moyen.
les discuter : Cet anneau peut être mis en relation avec les
séries armoricaines, l'Armorique et la Vendée" 1) les anneaux de pierre du Rubané récent
entretenant des relations privilégiées au Néolisont en général en schiste ; dans le Groupe de
thique moyen (Joussaume, 1981). Cerny, on en retrouve encore (Bulard et
Tarrête, 1980). La mode des anneaux en roches
rares se développe au Néolithique moyen :
c'est l'époque des monuments du Groupe L'attribution culturelle proposée, et portant carnacéen d'Armorique (Giot, 1962) et donc une datation au début du IVe millénaire
du célèbre anneau du Mané-en-Hroech à (datation non corrigée) d'après les dates 14G Locmariaquer, c'est aussi celle des anneaux- connues pour le Groupe de Cerny dans le disques irréguliers d'Alsace (Thévenin, 1976). Bassin parisien (Tarrête, 1981 b), ou en NorLa tombe du Groupe de Gerny de Jablines, mandie (L'Helgouach, 1979), c'est-à-dire dans Seine-et-Marne (Tarrête, 1981 a et b) contenait les premiers temps du Néolithique moyen, ne des anneaux en calcaire, mais aussi en roches peut, en l'état actuel de la documentation, rares : ces parures étaient appréciées dans le être considérée qu'en hypothèse, hypothèse Néolithique de tradition danubienne, même si que renforcent toutefois les quelques découla production des anneaux en schiste persistait ; vertes citées plus haut, qui attestent la présence
2) les parures en coquillage offrent une plus en Centre-Ouest d'éléments appartenant à
grande variété dans le Rubané récent, leur des cultures de tradition danubienne. La tombe
abondance décroît très sensiblement au Néoli de Germignac et les découvertes d'anneaux en
thique moyen (Taborin, 1974). C'est dans les roches rares géographiquement proches mar
tombes du Rubané récent que les disques queraient ainsi — si notre hypothèse se vérifie
percés en coquille sont les plus abondants pour — l'ultime avancée méridionale, vers la façade
un même individu, et peuvent se compter par atlantique, du courant danubien.
centaines. Leur utilisation est la même qu'à
Jacques Gaillard et José Gomez16.
14. La datation de ce vase pourrait être sensiblement
plus ancienne et on ne peut exclure son rattachement à 16. C.N.R.S., LA 27 et Institut d'Archéologie de
un Néolithique ancien d'affinités méridionales. l'Université de Poitiers, 151, rue de Paris, 16000 Angou-
15. Nous remercions J.-P. Pautreau, qui nous a lême. L'illustration de cette partie est de J. Gaillard,
communiqué cette information inédite. flg. 9 à 12 et J. Gomez, fig. 13.

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