Les aqueducs gallo-romains de Saintes (Charente-Maritime) - article ; n°1 ; vol.26, pg 119-144

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Gallia - Année 1968 - Volume 26 - Numéro 1 - Pages 119-144
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Publié le : lundi 1 janvier 1968
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Abel Triou
Les aqueducs gallo-romains de Saintes (Charente-Maritime)
In: Gallia. Tome 26 fascicule 1, 1968. pp. 119-144.
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Triou Abel. Les aqueducs gallo-romains de Saintes (Charente-Maritime). In: Gallia. Tome 26 fascicule 1, 1968. pp. 119-144.
doi : 10.3406/galia.1968.2494
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galia_0016-4119_1968_num_26_1_2494LES AQUEDUCS GALLO-ROMAINS DE SAINTES
(Charente-Maritime)
par Abel TRIOU
L'existence d'un aqueduc de l'époque romaine amenant à Mediolanum Sanlonum les
eaux des fontaines du Douhet, de Vénérand et de Fontcouverte, n'a jamais cessé d'être
connue à travers les âges depuis son établissement. On a toujours utilisé les trois sources
importantes et creusées de main d'homme dans les seuls environs de Saintes qui soient
un peu élevés, et comme chacune d'elles n'a cessé de montrer en évidence les captages et
rigoles romains qui en écoulent encore les eaux sur un parcours plus ou moins long, on n'a
jamais ignoré, à aucune époque, l'ouvrage construit au début de notre ère. D'ailleurs, le
parcours qu'il suivait n'était pas non plus inconnu. La plupart du temps à fleur du sol, on
le relevait facilement au Douhet, au bois des Siquets, au Vallon de la Tonne Vénérand, à
Fontcouverte, à la Grimauderie, au Vallon des Arcs, au Vallon d'Hautmont, à la Grève et à la
Berlingue et, au moins dans ces lieux-dits, il était familier à la population sous le nom de
« la Dalle ». La curiosité de savoir ce qu'il en était de ses caractéristiques n'était pas éveillée
pour autant. On utilisait largement les dalles de couverture des conduits et les pierres des
ponts-aqueducs pour de nouvelles constructions, voire l'empierrement des chemins, sans
penser plus loin et sans aucun souci d'archéologie.
En 1713-1714, l'Ingénieur Masse fait, des ponts et canaux des Arcs et d'Aumont, des
relevés sous forme de restitutions, qui ne sont nullement déplacés ni périmés de nos jours,
tant ils sont précis, exacts, et présentés par un savant homme de l'art. Nulle erreur, nulle
hypothèse autre que raisonnable et techniquement valable, une approche complète de la
réalité sur le parcours étudié, telles sont les caractéristiques du travail de Masse. Depuis
Masse, plusieurs archéologues, curieux et aussi très imaginatifs mais nullement compétents
en matière hydraulique, ont recueilli des renseignements ou fait sur le terrain des recherches
et quelques fouilles, des plus superficielles. Ils ont effectivement reconnu le parcours à peu
près exact de l'ouvrage, depuis les sources du Douhet et Vénérand jusqu'au Vallon de la
Berlingue près de Saintes, en passant par Foncouverte et la Grève. Le plus efficace fut
Bourignon, à la fin du xvme siècle. Il fallut attendre les travaux effectués entre 1900 et
1940, de M. Marcel Clouet, Président de la Société d'archéologie de Saintes, qui, entre
autres multiples œuvres d'archéologie locale, s'était attaché à l'étude de l'aqueduc de 120 ABEL TRIOU
Saintes ; il a pu recueillir de nombreux extraits de ses devanciers, qu'il a présentés, en
même temps que ses investigations personnelles, recherches et fouilles, dans une plaquette
éditée en 1941, aujourd'hui épuisée mais publiée à la même époque dans la Revue de
Saintonge et cTAunis.
L'ouvrage de M. Marcel Clouet représentait en 1941 la somme de tout ce que l'on
savait exactement (ou en hypothèses) sur l'aqueduc de Mediolanum. Sa lecture, passion
nante pour les personnes intéressées, ne laissait pas de poser des questions techniques non
résolues, quant aux pentes, aux sections de passage, aux dérivations et surtout aux hypo
thèses de restitutions partielles émises par ce savant archéologue. Depuis Masse, qui
n'avait d'ailleurs restitué que des parcours à sections et à pentes parfaitement constantes,
aucun des divers auteurs n'avait entrevu les impossibilités qu'il y aurait à faire passer,
avec une pente constante, le même débit instantané d'eau dans les sections de conduit
variant de 1 à 5, alors que les sédiments déposés montrent que ces conduits coulaient à
plein. Quoi qu'il en soit, la lecture de l'ouvrage de M. Clouet nous a entraîné à tenter de
pallier à quelques imprécisions de son livre, notamment l'énigme du Vallon de la Tonne
Vénérand, le mystère du Plantis des Neuf Puits, le virage de l'aqueduc à la cote 26 au sortir
du Pont sur le Vallon de la Berlingue, et aussi d'apporter des indications encore plus
précises sur le tracé1. Ce sont les résultats acquis au cours de neuf années que nous allons
résumer ici, et non point l'ensemble des opérations détaillées accumulées, depuis longtemps.
Les deux aqueducs de Mediolanum Santonum (fig. 20 p. 143)
Les archéologues s'accordent à penser que les premières eaux conduites par l'aqueduc
arrivèrent en ville vers l'an 20 de notre ère. Mais d'où venaient-elles alors ? La question
est facile à résoudre depuis 1960, époque où, de Fontcouverte à la Grève, on a mis au jour,
au voisinage immédiat l'un de l'autre, et sur tout leur parcours commun, deux canaux
parallèles, enfoncés faiblement dans le sol et de caractéristiques complètement différentes
(fig. I)-
L'un d'eux, le plus petit, d'une section moyenne utile de 10 décimètres carrés, est
apparemment le plus ancien. Construit en maçonnerie de moellons équarris, rarement
appareillés lorsqu'il émerge du sol, sa section utile de passage d'eau varie de 7 à 17 dcmq,
sans que sa pente moyenne s'écarte sensiblement de 0, 85 mm par mètre. Il est grossièrement
bâti dans une tranchée d'un mètre environ de profondeur moyenne (fig. 2), sa rigole est de
forme évasée avec fond arrondi. Le périmètre mouillé est enduit d'un mortier d'étanchéité
fin, rose (de tuileaux), de forte épaisseur (20 à 35 mm). Il était recouvert de dalles plates
posées jointives à bain de mortier jaune. Ces dalles ont pratiquement partout disparu.
Extérieurement, le bloc présente une section moyenne de 1, 25 m de largeur sur 0, 80 m de
hauteur, sans la dalle de couverture.
L'autre conduit, d'une section régulière et absolument constante de 33, 6 dcmq, est
(1) C'est à cette fin que se constitua l'équipe Triou frères et Bourbon, composée de M. André Bourbon, Entre
preneur de T. P., Conseiller Municipal de Saintes et Abel Triou, Ingénieur E.C.P., directeur des recherches, aidé par
ses frères, notamment en ce qui concerne les relevés photographiques. AQUEDUCS GALLO-ROMAINS DE SAINTES 121
1 Saintes. La Grève. Les deux canaux coupés dans une carrière au bois du Cormier.
3 La Font Morillon.
2 Saintes. La Grève. Section du petit canal
(lre époque). 122 ABEL TRIOU
établi en béton coulé, étanche par lui-même, et de structure infiniment plus fine. Légère
ment trapézoïdale, ouverte vers le haut, rarement rectangulaire, cette section est aussi
enduite intérieurement de mortier rose fin de tuileaux, mais seulement de 2 à 5 mm d'épais
seur. Elle est couverte de dalles plates, légèrement creusées en voûte au-dessus du conduit.
Ces dalles sont posées jointives à bain de mortier jaune. On en retrouve plusieurs en place.
Extérieurement, la section de l'ouvrage mesure en moyenne 1, 30 m de largeur sur 0, 90 m
de hauteur, sans la dalle de couverture. La rigole a généralement 0, 70 m de hauteur,
0, 43 m au fond et 0, 53 m en haut pour la largeur, la dalle de dessus ayant 0, 35 m d'épais
seur sur les bords, 0, 25 m au milieu. La pente de ce conduit est très régulière avec 0, 74 mm
par mètre, de sorte que, partant au même niveau de Fontcouverte, il s'élève peu à peu par
rapport au petit, jusqu'à le surmonter de 0, 82 m (niveau des eaux) en arrivant à la Grève.
Les deux rigoles ont conservé presque partout les sédiments déposés par les eaux jusqu'en
haut des piédroits, minces (5 à 10 mm) et durs dans le petit (eau de Fontcouverte), épais
(30 à 50 mm), tendres et spongieux dans le grand (eaux de Vénérand et surtout du Douhet,
très pétrifiantes). En outre, en amont de Fontcouverte, il n'y a plus de petit canal, c'est
le type à section rectangulaire, légèrement trapézée, en béton sauf exception justifiée et
d'une facture identique à celle du grand conduit aval.
Nous pouvons dire que la première eau parvenue à Mediolanum vers l'an 20 provenait
de la source de Fons Copertus, appelée aujourd'hui Font Morillon ou Font Nègre, trans
portée par le petit canal en maçonnerie depuis le captage jusqu'à La Grève, à l'entrée des
siphons de plomb qui la faisaient passer de la rive droite à la rive gauche de la Charente
sans perdre sensiblement de hauteur.
I. Le premier aoueduc, le plus ancien et le plus petit
Au moment où il fut décidé d'amener à Mediolanum des eaux abondantes et fraîches,
il apparaît que les auteurs du projet se sont arrêtés à un débit de l'ordre de 3.000 mètres
cubes par jour, qui leur paraissait alors suffisant. Il fallait trouver cette eau à une altitude
telle qu'elle puisse arriver à la cote 31 ou 32, de façon à alimenter les bassins, thermes,
fontaines et autres ouvrages à établir en ville sur la rive gauche.
Dans le fond d'une vallée proche, à 5 kilomètres à peine au nord-est du centre de la
ville, ils repérèrent une venue d'eau importante, à une cote acceptable, la localisèrent
comme sortant d'un rocher, et la reconnurent d'un débit suffisant. Ils l'aménagèrent
complètement, dans un bassin demi circulaire de 2, 70 m de diamètre, établi à l'intérieur
d'une salle taillée entièrement dans le rocher, mesurant 4, 70 mx6, 70 m, voûtée en coupole
également taillée dans le roc (fig. 3). L'eau sortait du bassin (et en sort encore) par un
aqueduc voûté en plein cintre de 0, 65 m de large sur 0, 72 m de hauteur à la clé ; elle
entrait quelques mètres plus loin dans le dallot de maçonnerie établi au flanc de la colline
(point kilométrique 0, cote 41, 60 m NGF). Celui-ci suivait, avec sa section moyenne de 10
dcmq, la rive gauche de la vallée, passait à travers l'actuel village de Fontcouverte au flanc
de la colline, immédiatement à l'est de l'actuelle église (PK 0, 740), continuait sur
la pente gauche du Vallon de l'Ecambouille, et arrivait au petit ravin latéral à l'est du
hameau de la Grimauderie (PK 1, 230). Il le franchissait sur un mur-pont appareillé, AQUEDUCS GALLO-ROMAINS DE SAINTES 123
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4 Vallon des Arcs. Sens de l'eau, de gauche à droite.
large de 1, 32 m, percé à sa partie inférieure d'un passage voûté pour les eaux ; il reste de
ce mur, en 1956, une longueur de 9, 50 m.
Toujours à faible profondeur, le dallot pénétrait à nouveau dans le sol, décrivait un demi
cercle presque complet vers le s.-e., en remontant alors la rive droite du Vallon dit des Arts
jusqu'au point kilométrique 2. 005. Tournant brusquement vers la droite de 140 degrés
environ, il entrait sur la culée nord (amont) du pont-aqueduc dit des Arcs ou des Arts,
pour passer sur la rive opposée, après une traversée de 298 mètres. La pente du sol étant
forte, cette culée en amont est courte, et les arches commencent à six mètres à peine. Il y en
avait 27, facilement identifiables par les pieds des piles. Il n'en reste plus que 2 encore
en fort mauvais état (fig. 4). Le conduit au-dessus a été renversé, mais sur la première, le
fond enduit au mortier rose est bien reconnaissable. La direction du pont fait 335° sur le
nord magnétique (31/7/1956).
Après les 27 arcades, dont la plus haute s'élevait à 16 mètres au-dessus du thalweg,
la culée sud (aval) commençait en mur plein, large comme le pont de 2, 38 m et se terminait
au moment ou le conduit pénétrait de nouveau, dans le sol. Là, il s'infléchissait un peu vers
le sud, sur 19 m environ (318° sur NM), puis reprenait vers l'ouest, de 14° (nouvelle dir. :
332° sur NM), en entrant dans le souterrain traversant le Plateau des Neuf Puits pour ressortir
9 124 ABEL TRIOU
5 Plantis des Neuf Puits. Entrée sous voûte 6 Galerie des Neuf Puits. Sortie au bois de la Tonne
(lre époque). (lre époque).
501 mètres plus loin, au Bois dit de « La Tonne ». Ce souterrain (fig. 5) est constitué par une
voûte en plein cintre à grands voussoirs, enduite au mortier d'étanchéité (pas rose cependant)
intérieurement et extérieurement. La largeur intérieure entre les piédroits varie de 1, 28 m
à l'entrée amont, à 1,23 m à la sortie aval en s'élargissant par endroits jusqu'à 1, 33 m. Le
conduit, nettement trapézoïdal, suit, à 0, 20 m de distance, le piédroit gauche. La banquette
droite, large de 0, 70 m à 0, 80 m, sert de chemin de visite, malgré la faible hauteur de
0, 95 m entre elle et la voûte. La section utile du conduit varie de 17 à 18 dcmq.
Le souterrain s'enfonce horizontalement dans la colline. En plan, la galerie suit une
ligne légèrement brisée, mais la direction générale est parfaitement rectiligne, axée sur
l'alignement de tous les puits, du 1er au 9e, alignement faisant 299-300° sur le NM. Le
5e puits est au point culminant du terrain : il est comblé, sa margelle arasée au sol à 16, 60 m
au-dessus du fond du conduit (mesure donnée par le nivellement), son contour interne,
resserré, est presque circulaire, le contour externe est carré (2, 30 m de côté). Le 1er puits
est complètement dégagé et montre admirablement le dispositif. Le 9e et dernier est comblé
comme le 5e et tout à fait identique, à la profondeur près, mais à partir de lui la direction
de la galerie change de 10° vers l'ouest et gagne en ligne droite la sortie, à 75 mètres en
aval. Ces puits ne sont nullement équidistants, mais seulement en ligne droite. Le
souterrain se termine sur sa courbe de niveau. La voûte est effondrée sur une longueur de AQUEDUCS GALLO-ROMAINS DE SAINTES 125
2 mètres environ avant sa sortie défini
tive. Le conduit se retrouve avec, ici, une
section très bien conservée (fig. 6) de 7
dcmq seulement mais qui s'agrandit tout
de suite à l'extérieur, sans que la pente
générale ait changé (PK 2, 780). Toujours
à flanc de colline, le canal remonte du
nord-ouest au sud-est la vallée de la
Pichauderie. A 600 mètres de la sortie du
souterrain, il tourne à droite à angle
presque droit (105°) et s'engage sur un
magnifique pont-aqueduc qui lui fait
franchir la large vallée, juste en face de
l'actuelle ferme du Chaillot (PK 3, 445).
Ce pont était à la fois un édifice remar
quable et relativement fragile (fig. 7). Long
de près de 400 mètres en y comprenant les
culées, comportant 62 arches dont les piles
ont été identifiées, sa hauteur au-dessus
du thalweg atteignait 29 mètres, alors que
les piles avaient à peine 3 mètres de lar
geur. Il offrait donc à un vent transversal
une surface énorme, ce qui a pu être l'or
igine de sa ruine autant qu'une démolition
volontaire. Après être passé sur le pont, le
conduit reprenait sensiblement une courbe
de niveau sur les collines bordant à l'est la
vallée de la Charente. Il arrivait ainsi à 7 Le Pont d'Hautmont.
l'emplacement actuel du village de La Ruines de la culée amont; au fond, la ferme du Chaillot.
Grève, plus précisément à la Cité St-Jean
(ou Roger-Griffon), qui est nécessairement
le commencement de la descente des eaux en siphons pour franchir la vallée du fleuve. Nous
sommes à une cote voisine de 37, 20 m pour le fond du conduit. Il n'a pas été possible de
retrouver l'endroit exact de l'entrée en siphons, tout ayant disparu, dans cette zone, mais
on en est à 20 mètres près.
Tout aussitôt, dans le champ dit « des Grandes Versennes » (propriété Blanchard),
on relève la présence à fleur de terre d'une plate-forme plate, tantôt garnie de sa maçonnerie,
tantôt réduite à sa tranchée de fondation, large de 1, 55 m, non pas horizontale mais
suivant la pente du sol, en direction sud-sud-ouest. On la perd après une trentaine de mètres
dès l'affleurement du sous-sol calcaire, dur et régulier (PK 5, 310). Toujours en ligne droite,
obligatoire pour des siphons en pression, le tracé, après avoir franchi l'actuelle RN 141, dite
route de Cognac, arrive à l'ancien pont-siphon sur le ravin de la Berlingue, en face le quartier
de la Grille. Ce pont, de nos jours, est entièrement détruit, mais à la fin du xixe siècle, on 126 ABEL TRIOU
reconnaissait encore les bases des piles dans le sol. Nous n'en connaissons pas le nombre,
mais nous pouvons affirmer que la plate-forme supérieure passait à 13 mètres environ au-
dessus du thalweg. Sa direction, comme celle de la plate-forme des Grandes Versennes, fait
340° sur le NM. La culée aval a été facilement reconnue en 1958 : elle se termine à son
appui sur la colline par une plate-forme dont les restes mesurent 4, 67 m sur 4, 80 m, arasée
depuis très longtemps ; elle était destinée évidemment à supporter d'importants ouvrages
(PK 5, 595). Tout de suite après, on reconnaît la plate-forme-support de tuyaux, tout à fait
analogue à la précédente, mais ayant brutalement viré vers la droite de 99° par rapport
à sa direction précédente et au pont. Depuis nos relevés, cet ensemble à disparu sous une
maison neuve construite en 1960. A cet endroit, la plate-forme n'est plus qu'à la cote
26, 48 m, ayant perdu, depuis les Grandes Versennes, 10, 72 m d'altitude sur 420 mètres
environ.
En aval, la plate-forme continue à descendre, semblable à elle-même. Nous l'avons
reconnue en plusieurs fouilles, dont la dernière à 6 mètres en aval de l'actuelle rue Mirabeau,
et à 15 mètres à l'ouest de l'actuelle rue Voltaire, propriété Hervès. Nous sommes alors à
155 mètres en aval du pont et à 1, 93 m au dessous. On a reconnu encore la plate-forme
en aval, le long de l'actuelle rue Voltaire, toujours dans la même direction. Il est facile
d'observer que son axe est bien rectiligne depuis la sortie du pont. Prolongé
vers l'aval, cet alignement atteint le coteau de l'Hôpital, point d'aboutissement imposé des
siphons pour des raisons hydrauliques et économiques de cotes, de minimum de longueur
et minimum de pertes de charge, un peu au nord de l'actuelle rue Bernard, en traversant la
Charente un peu au sud de l'ancien Pont Romain. Le point haut du terrain actuel de cette
région est à la cote 33, 143. La moyenne des cotes autour varie de 29, 55 à 30, 32. On peut
donc admettre que le bassin récepteur de l'échappement des siphons avait son niveau
utile à une cote minimale approximative de 31-32 mètres. Cela lui permettait d'alimenter
les thermes de St-Saloine, qui recevaient leurs eaux à la cote 29, 00.
Quoi qu'il en soit, on n'a jamais rien retrouvé sur cet alignement en aval de l'actuel
jardin des Haras. Cela n'a rien d'étonnant, le terrain ayant été abondamment remué et
bâti à travers les âges. Le plomb des conduites a été enlevé très tôt et remployé à d'autres
fins. Les pierres mêmes de la plate forme, d'excellente qualité et non gélives, ont été
utilisées pour diverses maçonneries. Il faut quand même considérer que la nécessité, pour
une ligne de siphons, de conserver une direction pratiquement rectiligne afin d'éviter toute
pression latérale pouvant détruire la conduite, a imposé la présence, au bout du pont-siphon
sur le ravin de la Berlingue, d'un ouvrage assez puissant assurant la sécurité du changement
de direction de 99°. Il ne reste de cet ouvrage que les plates-formes de soubassement rappelées
ci-dessus et relevées en 1958. Mais qu'était l'ouvrage lui-même ? C'était peut-être un
énorme bloc de maçonnerie épaulant les tuyaux de plomb sur quelques mètres de longueur
dans la direction de chaque branche ; ou plutôt, de par la disposition des restes, une tour-
bassin conservant la pression, recevant à sa base les 2 ou 3 tuyaux de plomb venant en
droite ligne des Grandes Versennes et laissant partir les eaux en direction à peu près perpend
iculaire, à sa base également, par 2 ou 3 tuyaux de plomb analogues, filant directement
vers le coteau de l'hôpital actuel. Une telle tour, ne dépassant pas 12 mètres, était facile
à construire et constituait une cheminée d'équilibre extrêmement utile pour régulariser AQUEDUCS GALLO-ROMAINS DE SAINTES 127
les débits, éviter les coups de bélier et évacuer les bulles d'air ou corps flottants entraînés
lors de l'entrée de l'eau dans les siphons. Elle supprimait, bien entendu, les poussées latérales
et longitudinales. Elle permettait encore le dépôt de pierres et corps lourds, et rendait
possible et facile une prise d'eau auxiliaire alimentant le quartier environnant. Il lui fallait,
par contre, se situer à l'intersection des axes de direction des plates-formes amont et aval,
c'est-à-dire juste à l'endroit des massifs reconnus. Nous avons relevé, en bordure sud de
cet emplacement, les restes d'un mur antique de 0, 65 m de large, pouvant avoir servi de
clôture à l'ensemble du dispositif.
Nous ne savons rien sur l'arrivée au réservoir final de distribution de l'eau dans
Mediolanum, sinon sa cote obligée de 31-32 mètres au moins, pour alimenter la ville haute
et le quartier de St-Saloine. Les 37 mètres aux Grandes Versennes permettaient de l'atteindre
sans difficultés. La topographie du terrain impose alors la colline de l'Hôpital comme
destination nécessaire des siphons.
L'aqueduc à écoulement libre, entre la source de Fons Coperlus et les Grandes Versennes
après la Grève, avait une pente remarquablement régulière de 0, 8 à 0, 9 mm en moyenne
par mètre. Le débit correspondant dans la section moyenne du canal, variant considérable
ment entre 17 et 6, 9 dcmq, peut-être évalué à 30 à 35 litres d'eau par seconde, soit 2 500
à 3 000 mètres cubes par jour. Pour transporter ce volume d'eau dans des tuyaux de
plomb à la romaine sur un parcours de 2 500 à 2 600 mètres, avec une perte de charge
totale de l'ordre de 5 mètres, il fallait : soit, probablement, 3 tuyaux de 0, 20 m de diamètre,
soit, moins sûrement, 2 tuyaux de 0, 25 m de diamètre. Ces deux nombres correspondent
bien à la largeur de la plate-forme-support, qui varie de 1, 55 m à 1, 65 m. Le débit de 3 000
mètres cubes quotidiens n'a rien d'exagéré pour le captage de Fons Copertus. La forte
section (25 dcmq) du canal de sortie de la source indique la puissance du volume à évacuer.
Il était possible d'y ajouter un appoint venant du Vallon des Pendants, au-dessus. Les
débits modernes sont évidemment plus faibles mais les sources sont presque complètement
ensablées : on pourrait en obtenir davantage.
Ce premier aqueduc fut mis en service vers l'an 20 de notre ère, disent les archéologues
saintongeais, Nous n'avons pas d'avis motivé sur cette date. Par contre, nous pouvons dire
qu'une fois en fonctionnement, il resta en service pendant un certain nombre d'années, au
moins une vingtaine, une cinquantaine au plus. Les sédiments des eaux de Fons Coperlus
déposés sur la rigole sont très durs et peu épais, de 5 à 8 mm, exceptionnellement 10.
Pendant cette période, Mediolanum se développa grandement et l'on eut besoin de beaucoup
plus d'eau, trois à quatre fois plus, comme le montre la section du nouveau canal. Il fallut
donc les trouver, les capter et les amener en ville au même point haut, qui convenait,
que les premières, sans pour cela, pendant les travaux, interrompre sérieusement la
distribution.
La région des recherches s'imposait par des considérations d'altitude, comme pour le
premier projet. Elle s'étendait au nord de Fons Copertus, où les ingénieurs romains surent
trouver, d'abord, à Vénérand, une source puissante au fond d'une carrière de pierres taillées,
puis au Douhet, une rivière souterraine qu'ils captèrent, à 6 mètres sous terre, dans une
zone où rien à l'extérieur ne laissait supposer son existence. Pour les amener à Mediolanum,

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