Les bases de la civilisation ; lectures de « L'homme primitif » de Louis Figuier (1870) - article ; n°1 ; vol.90, pg 31-49

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Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1993 - Volume 90 - Numéro 1 - Pages 31-49
19 pages
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Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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Claude Blanckaert
Les bases de la civilisation ; lectures de « L'homme primitif » de
Louis Figuier (1870)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1993, tome 90, N. 1. pp. 31-49.
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Blanckaert Claude. Les bases de la civilisation ; lectures de « L'homme primitif » de Louis Figuier (1870). In: Bulletin de la
Société préhistorique française. 1993, tome 90, N. 1. pp. 31-49.
doi : 10.3406/bspf.1993.9579
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1993_num_90_1_9579:
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de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1993/ TOME 90, n° 1-2 31 Bulletin
LES BASES DE LA CIVILISATION
Lectures de L'homme primitif de Louis Figuier (1870)
Claude BLANCKAERT
guier de « dénaturer » et « abâtardir » « L'ouvrage de M. Louis Figuier, en 1. INTRODUCTION.
trois mois, s'est vendu à cinq mille UN OUVRAGE « LIÉ » les jeunes intelligences en les tra
exemplaires. Dieu sait pourtant la înant « dans les sentiers de la folie, masse de réclamations que ce livre a de l'impossible et de l'absurde » Publié en 1870, l'ouvrage du vul soulevées de la part de tous ceux qui (Figuier, ibid. : II). Ni récréative, ni garisateur scientifique Louis Figuier, connaissent un peu la question [...] apologétique, la popularisation qu'il L'homme primitif, présente pour N'importe, c'est une publication utile, déploie est volontiers, et volontairl'historien plusieurs intérêts. Le pre qui vulgarise les découvertes nouv
mier sans doute est suscité par le elles, et les fait accepter par un public ement (1), démystifiante, laïque, d
qui n'aurait pas lu un livre plus sé idactique et rationaliste. Dans les anpropos de l'auteur, qui prétend, dans
rieux » (Mortillet, 1870:51). nées 1860, le Tableau de la Nature, sa préface, exposer « une science
la collection où figure L'homme priqui n'existe pas encore ». Figuier af Un succès indéniable ; une firme que « la science des temps an- mitif, a d'ailleurs été au centre d'une deuxième édition remaniée dès polémique sur le statut fictionnel de téhistoriques », la science des « or 1870, une cinquième édition presque la vulgarisation scientifique. Rigoriste igines positives de l'humanité », est conforme en 1882. Dans un champ une « sorte de chaos » que personne et professoral, Figuier fut accusé de de connaissances encore livré à l'ajusqu'ici n'a entrepris de « débrouill n'avoir rien compris aux ressorts de rbitraire de l'amateurisme (Cf. Ri l'imaginaire juvénile. Il apparaîtra er ». Figuier n'a pas l'ambition de chard, 1991 b, 3e part., chap. I), et isolé face à des adversaires qui, rassembler toute la matière docu qui, touchant aux aspects les plus comme Victor Meunier, l'accuseront mentaire qu'il voit consignée dans métaphysiques du rapport de de « travailler à la mutilation de les mémoires des archéologues et l'homme à l'histoire de l'univers, l'homme » (Diguet, 1990). Contre les bulletins des sociétés savantes. s'ouvrait aux controverses philoso Meunier, Hetzel et Jean Macé qui Mais il espère pourtant en produire la phiques et religieuses, Figuier avait veulent instruire en amusant, Figuier matrice épistémologique, ce qu'il trouvé un ton juste, une « voix impart peut bien avouer « avoir pris acte nomme « Г ébauche du plan de cette iale ». L'ouvrage, à la différence de des lauriers de Jules Verne » (cit. science » (Figuier, 1870 a : Ml). ceux de C. Royer ou des ecclésias ibid., note 5 : 160) ; il paraît encore Autre intérêt, aiguisé par cette dé tiques, devenait sérieux à force que son Tableau de la Nature soit claration d'intention, Figuier publie d'être plat. En quoi il s'accordait e aujourd'hui perçu comme une « ausL'homme primitif alors que se multi xpressément à la philosophie de la tère recension de toutes les connaiplient les ouvrages de synthèse re vulgarisation définie par Figuier, à ssances du temps en histoire latifs à la préhistoire. Ces ouvrages l'idéal de sa « poétique » naturelle » (Beguet, 1990 : 24). Le « liés », comme les qualifie Figuier « Le style grave et précis du profes texte de L'homme primitif se préen déplorant faussement leur ab seur dans ses cours, ou, comme on le sente effectivement comme un résence, sont pourtant nombreux disait au dernier siècle, le ton de la pertoire chronologique des âges de dans les dates de sa publication. conversation entre honnêtes gens, l'humanité depuis l'époque du Grand Citons pour mémoire chronolog voilà, selon nous, ce qui convient le Ours jusqu'à celle du fer. L'auteur ique, et pour rester dans un cadre mieux aux ouvrages destinés à popul compile un grand nombre de citanational, L'origine de l'homme et ariser les sciences. Chercher constam
tions des préhistoriens contemporament la clarté par la simplicité du dides sociétés de Clémence Royer
ins, il paraît au fait de la littérature scours, la justesse de l'expression, (1869), Le monde et l'homme primit l'enchaînement logique, la succession spécialisée et peu de grandes déif selon la Bible de monseigneur graduelle et bien calculée des notions couvertes lui échappent, au moins Meignan (1869), L'ancienneté de et des pensées, telle est. selon nous, la dans la deuxième édition de 1870. Il l'homme du marquis de Nadaillac poétique à suivre dans l'exposition fa ne mène pas de polémiques expli(1869), le Précis de paléontologie milière des faits scientifiques » (Figuier, cites, sinon contre l'hypothèse de humaine de Ernest-Théodore Hamy 1 864 a X). l'origine simienne de l'homme, qui (1870). Tout indique un effort editor « attriste » la conscience publique et ial sans équivalent dans les pre De là des positions d'auteur : refus
« préoccupe péniblement la jeumières années 1860. Comme le s de la mise en scène dialoguée du sa
nesse » (Figuier, 1870 a II). Surtout, vant et de l'ignorant, de l'« entretignalent les Matériaux pour l'histoire
ien », cette « forme surannée », ce primitive et naturelle de l'homme
(1870 : 51), « le goût des études « genre vieilli » (Figuier, ibid. : IX-X) (1) Rappelons, pour justifier ces choix d'auque ressuscitait encore, après Fonte- préhistoriques se propage rap teur, que Guillaume-Louis Figuier (1819-1914) était docteur en médecine (1841) et docteur es idement ». Tout indique également nelle et l'abbé Pluche, le vulgari sciences (1850). Professeur agrégé de chimie à que Figuier, en s'assurant ainsi une sateur Pierre Boitard dans ses l'Ecole de pharmacie de Montpellier (1846-
promotion directe, cherchait à oc Etudes antédiluviennes. Paris avant 1853) puis à l'Ecole de pharmacie de Paris (1853-1862), il abandonnera ses fonctions uniculter des rivaux potentiels qui eus les hommes. L'homme fossile, etc., versitaires après s'être opposé, dans une série sent compromis son succès de l publiées à titre posthume en 1861 d'articles, aux thèses de Claude Bernard sur la
fonction glycogénique du foie (1855). Figuier est ibrairie. Avec Emile Cartailhac et refus encore des œuvres d'imaginat devenu vulgarisateur au début des années Eugène Trutat, Gabriel de Mortillet ion et du romanesque scientifique à 1850. Cf. pour une bio-bibliographie complémentaire, Zachar, 1987-1988. en témoigne incidemment : la Jules Verne, capables selon :
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vrage de vulgarisation appelé à trouver l'Adam biblique, quoiqu'il soit « antéil s'emploie à masquer les opposit
auprès des « gens du monde » une au diluvien » et certainement créé. Il ions et apaiser les conflits d'écoles.
L'autorité des livres saints n'est pas dience comparable, à savoir Le pré reste à considérer s'il est « préhisto
mise en question : en vérité, affirme historique (3) de Gabriel de Mortillet rique » et s'il peut, dans la logique
(1883). C'est une nouvelle raison d'inFiguier, « les scrupules théologiques, des faits mobilisés par l'auteur,
qui ont si longtemps arrêté les pro térêt pour l'historien de la préhistoire. s'identifier ou non à l'homme « fos
sile » inventé par les contemporains. grès de l'étude de l'homme primitif, Dans la mesure où Figuier est au Quelle image de « l'homme avant ont aujourd'hui disparu, par suite de jourd'hui perçu comme un création-
l'histoire » Figuier a-t-il popularisée la démonstration de la parfaite ind niste situé dans « la grande tradition
épendance de cette question avec le qui lui ait permis de montrer dans académique du catastrophisme »
l'industrie « primitive » les « bases de dogme catholique » (Figuier, 1 870 a : (Coye, 1988 : 10), on pourrait croire 3). Il lui semble donc possible de dis la civilisation » (1870 a : III), et ceci que son homme primitif emprunte à siper un préjugé daté ou dirimant : sans relativiser les « faits scientifla version biblique des origines de « la science de l'homme primitif a iques » qu'il prétendait enregistrer et l'humanité le fond de son argument
besoin du concours et des lumières sans concéder rien aux doctrines adation. On comprendrait alors, et verses qui se partageaient le monopde tous, et son plus grand malheur d'une même considération, pourquoi serait de revêtir une couleur antirel ole du discours préhistorique ? Mortillet, professeur d'athéisme et de igieuse ou de représenter telle ou matérialisme (Richard, 1989 ; telle secte de philosophie » (Figuier, 1991 b : 305 sq.), lui soit hostile et
1870 a : V). Malgré ces précautions pourquoi Figuier eut soin de disso 2. LA PERFECTIBILITE, œcuméniques, ce juste milieu, cette cier la science de l'homme antéhis- ATTRIBUT SUPRÊME sobriété presque ostentatoire (2), torique des « spéculations de la ph DE L'HOMME l'ouvrage n'a pas les faveurs de tous ilosophie ». Néanmoins, en chargeant les préhistoriens. Alors que Cartail- Figuier de toutes les pesanteurs d'un En 1867, à l'occasion de l'exposihac et Trutat (1870 : 391) célèbrent la conservatisme doctrinaire, on né tion universelle, Gabriel de Mortillet « valeur » de la deuxième édition de gligerait à tort son ralliement incon avait organisé des salles consacrées 1870, qui « vaut bien mieux que la testable à la cause du préhistorique, à l'« histoire du travail » montrant le première à beaucoup d'égards » et son acceptation non conditionnelle développement des techniques et dont les planches nouvelles ajoutent de l'antiquité de l'homme ou sa cro des arts depuis l'époque de la pierre à « l'œuvre révisée » de leur « popul isade populaire pour la reconnais taillée jusqu'à la civilisation du fer. aire et savant confrère », Gabriel de sance des travaux de Boucher de Ces étapes dans la marche continue, Mortillet manifeste son refus sans le Perthes et Mortillet. En définitive, et industrielle et morale, de nos ancirconstancier : comme le montre la thèse de Nathal cêtres préhistoriques permettaient à « Le livre de M. Figuier a produit un ie Richard (1991 b), l'historiographie Mortillet de dégager des tendances double résultat en ce qui me concerne. ne peut, sans risquer la caricature, évolutives qu'il présentait comme au
D'une part, de nombreux confrères réduire les débats idéologiques de tant de « faits » irréfutables « Loi du
m'ont demandé de publier un traité gé l'époque positiviste à un antago progrès de l'humanité, Loi du déve
néral, résumant toutes les données de nisme simple, ouvert, irréconciliable loppement similaire, Haute antiquité la science actuellement connues, et entre tradition et progrès, entre rel de l'homme » (Mortillet, 1867 a : 368). surtout exposant sommairement et igion et science. Cette considération Ces propositions avaient valeur de conjointement les faits géologiques et nous fait un motif supplémentaire de thèses critiques. Elles impliquaient les faits archéologiques. Ces dé relire L'homme primitif dans une trois ordres de réalités théoriquement marches m'ont décidé à écrire L'ori
perspective contextuelle et idéolo indépendantes mais ici associées. La gine de l'homme dont j'ai déjà émis le
prospectus. gique pour éclairer, parmi d'autres première et la seconde thèses affi
points de doctrine, les désaveux de rmaient la perfectibilité générale de Mais, d'autre part, la vue des l Mortillet. Après tout, si le mot « pri l'humanité sous la condition nécessacunes et des inexactitudes existant mitif » évoque certainement l'ancêtre aire de l'unité psychique de toutes dans L'homme primitif m'a rendu craint
if et circonspect, ce qui retarde un peu primordial, originaire, il évolue dans les races de l'homme, thèses rar
la publication de mon ouvrage [...] une famille notionnelle dont les réfé- ement concédées par les anthropo
l'œuvre ne peut qu'y gagner » (Morti rents varient sans se superposer. Le logues de l'école polygéniste dans llet, 1870:51-52). ces années 1850-1860 (cf. Blanc- primitif n'équivaut pas chez Figuier
au « sauvage » ethnographique, non Ainsi, L'homme primitif peut être kaert, 1981 : 389 sq.). La troisième
plus qu'au « précurseur » simiesque. considéré comme la cause occasionn thèse récusait, sur le terrain empir
elle, même indirecte, d'un autre ou- Plus subtilement, il ne renvoie pas à ique, l'exégèse chronologique trad
itionnelle des théologiens qui assi
gnait à l'homme une origine (2) Dans certains textes de Figuier, comme (3) Entre-temps, l'ouvrage prévu sur L'origine l'a noté Dominique Zachar (1987-1988 71) le de l'homme aura pris encore un autre titre Pa moderne, ou du moins comprise message apologétique réalise un « véritable i léontologie de l'histoire (cf. Matériaux pour l'his dans les limites généalogiques de toire primitive et naturelle de l'homme. 2° série, ntertexte biblique «. Ce n'est pas le cas dans
L'homme primitif. vol. 8, 1873: 156). l'histoire sainte (cf. Grayson, 1983 et :
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les peuples sauvages les plus arrié acte, un effort ordonné en vue d'un Laming-Emperaire, 1964, chap. i). F
rés » (Mortillet, 1867 a : 366). Figuier but, plus qu'une série hasardée d'esiguier, trois ans plus tard, retint ces
conclusions au bénéfice de sa propre enchérit sur cette humilité des or sais plus ou moins chanceux.
conception du préhistorique et, sous igines pour mieux manifester la gran Selon Figuier, l'histoire des progrès deur des émergences : « quoi qu'en ce rapport, Mortillet n'eut pas de de l'industrie et des arts domestiques propagandiste mieux intentionné. puisse souffrir notre orgueil, il faut prouve l'unité psychologique de l'hUne interprétation « erronée » de reconnaître qu'aux premiers temps umanité, sa faculté de produire de tous l'Ancien Testament avait seule conclu de son existence l'homme ne dut temps et en tous lieux des réponses que l'homme avait été créé il y a six pas se distinguer beaucoup de la semblables, adaptatives, à des bemille ans. Avec son esprit de conciliat brute. [...] Il ne put se nourrir d'abord soins fondamentaux qui varient seuleion, Figuier sacrifiait les « faiseurs de que de fruits et de racines, car il ment dans leur degré d'importance systèmes chronologiques », réaf n'avait encore inventé aucune arme relative. C'est pourquoi la séquence firmant avec Edouard Lartet (1861 pour terrasser les animaux sauva évolutive des âges de la pierre, du ges» (1870 a: 37). 236 249) et Frédéric Troyon (1 867 bronze et du fer, démontrée valable 168 sq.) que l'autorité de la Bible Si la première œuvre de ses mains en Europe occidentale et nordique, n'était pas mise en question par les peut passer à bon droit pour une peut être généralisée. Elle répond, travaux montrant la coexistence de « ébauche informe sans doute », il ne comme on l'a vu chez Mortillet à prol'homme et des espèces anté faut pas se tromper sur les capacités pos de la « loi du développement sdiluviennes. Il soulignait que cette techniciennes de l'homme de ce pre imilaire », à un impératif logique autant chronologie aventurée n'avait jamais mier matin. Sa destination est déjà v qu'à des arguments empiriques, matété érigée en dogme par l'Eglise, que isible, et comme enveloppée, dans ériels. Les époques archéologiques certains ecclésiastiques s'adonnaient ses gestes les plus élémentaires. Les témoignent d'époques mentales. Les eux-mêmes « avec ardeur aux études pierres taillées portent ainsi concrète outils caractéristiques ou les monude l'homme antéhistorique » et que la ment témoignage, au même titre que ments mégalithiques sont comme les datation relative, par Morlot et Gillie- ses inventions ultérieures, du fait que fossiles témoins des âges de la terre. ron, des stations lacustres de la l'homme est, selon une expression Leur succession n'acquiert une valeur Suisse avait produit des chiffres ca du xvine siècle, « habillé de raison », et anthropologique réelle qu'à la condipables de porter « un coup funeste » que les combinaisons de son intel tion d'être uniforme, irréversible et aux savants calculs exégétiques (F ligence ne varient pas dans leur nature universelle. La deuxième loi de Mortiguier, 1870 a : 1-4, 360-362). De là en se multipliant. Comme la croi illet, qui n'a pas ici le bénéfice de cette affirmation ssance d'un germe, l'habileté est af l'originalité puisqu'il s'agit d'une
« Grâce au mutuel appui que se sont faire de temps, et non d'aptitude. simple adaptation des principes de prêté trois sciences soeurs, — la géol L'archéologue contemporain de Bou l'histoire « raisonnée » ou « conjecturogie, la paléontologie et l'archéologie cher de Perthes reconnaît sur ces ale » de la fin du xvme siècle, est cla— grâce à l'heureuse combinaison « monuments » d'un autre âge la suite irement énoncée par Figuier qu'ont su faire de ces trois sciences ordonnée des pensées qui anticipent « Le développement de l'humanité a des hommes animés d'un zèle ardent l'outil ou l'objet manufacturé à venir. été sans doute le même dans toutes pour la recherche de la vérité — grâce
« Bien que les formes de ces instr les parties de la terre, de sorte que enfin à l'intérêt hors ligne qui l'attache
à un tel sujet, il a fallu reculer extraordi- uments de pierre soient très variables, on dans quelque contrée qu'on le consi
dère, l'homme a dû passer par les peut les rattacher toutes à un certain nairement les limites que l'on avait
mêmes phases, pour arriver à son état longtemps attribuées à l'existence de nombre de types dominants, qu'on re
actuel. Il a dû avoir partout son âge de trouve d'ailleurs dans les contrées les l'espèce humaine, et reporter dans la
la pierre, son époque du bronze et son plus diverses. D'abord simples et irrégunuit des âges les plus ténébreux sa
époque du fer, se succédant dans première apparition » (Figuier, ibid. 3). lières, les haches en silex accusent peu
à peu un plus grand talent d'exécution, l'ordre que nous avons constaté en Eu
rope » (1870 a 415). Né dans les ténèbres, l'homme pri une entente meilleure des besoins aux
mitif de Figuier aspire aux lumières quels elles doivent répondre. Les pro La possibilité de généraliser l'egrès de l'esprit humain sont écrits en de l'esprit. Ses premiers pas sont nsemble des faits relatifs à l'antiquité caractères ineffaçables sur ces tablettes « chancelants », mais « le progrès i de l'homme tient essentiellement à de pierre, qui ont défié les injures du ndéfini est sa loi. C'est là son attribut temps, à l'abri d'une couche épaisse de cette considération, déjà énoncée suprême » (Figuier, ibid. 38). Mort terrain. Ne dédaignons pas ces premiers dans son principe par Buffon. illet avait signifié que les vitrines de essais de nos pères, ils marquent la l'exposition sur Г « histoire du tra Figuier considère que si l'homme date de la naissance de l'industrie et vail » illustraient la loi de perfectibilité primitif a été barbare et troglodyte, la des arts » (Figuier, 1 870 a 45-46).
inhérente à l'homme : « on voit l'i sauvagerie n'a pas en elle-même de
ndustrie débuter par des instruments Le primitif, finalement, paraît plus finalité historique. Elle n'est ni une fa
de pierre, simplement taillés à éclats, rustique que sauvage, même si le mot talité biologique ni une sanction di
est utilisé. Sa pratique, qu'on peut en vine, ni même un état, mais un passi primitifs, si rudimentaires, qu'ils
sage obligé dans les « progrès de sont de beaucoup inférieurs à tout ce core lire sur ses rares vestiges, at
l'esprit humain » s'acheminant vers que nous trouvons de nos jours chez teste une conduite, une rationalité en 34
et consacré dans L'homme primitif chronologie et la question diluviale. plus d'autonomie, de maîtrise de soi
comme « l'un des hommes les plus et du monde (Figuier, 1880 : 30-33). Si Figuier accepte rapidement la pre
L'homme étant égal à lui-même dans versés dans les connaissances rela mière, ainsi qu'on l'a vu, il reste ca-
tives à l'antiquité de l'homme » (Fson potentiel intellectuel, c'est le tastrophiste et ne remet pas en
système changeant des besoins do iguier, 1870 a : 209). Le libre penseur question l'existence d'une succes
minants qui détermine, ou suscite, Mortillet participe également de cette sion de cataclysmes dus en par
ses innovations matérielles dans la philosophie évolutionniste mais il ticulier au soulèvement alpin, à des
voie tracée des développements de nous faut bien croire qu'il y investit éruptions volcaniques ou à des phé
l'espèce. La plupart des découvertes d'autres idées que le conservateur nomènes glaciaires. Publiant après
rapportées par Figuier sont ainsi pr Figuier. Et, en effet, les principes de 1860, il partage avec les cuviéristes
écédées d'un marqueur fonctionna- Figuier, sa conception de la nature de la seconde génération l'idée que
liste qui spécifie leur nécessité et leur humaine, sa vision toute entrepre ces catastrophes, globales à
cohérence dans un contexte donné. neurial de la place de l'homme dans l'échelle continentale, ne sont pas
Un exemple suffira à rendre visible la nature sont largement démarquées universelles (cf. Laurent, 1987, livre n).
des auteurs déistes et rationalistes ce singulier procédé d'exposition, Si « le déluge asiatique a été posté
présent chez d'autres vulgarisateurs. des Lumières et, au premier chef, de rieur à l'homme, et si la race hu
Il permet de réduire à peu de frais les Buffon dont la présence est sensible maine, alors aux premiers temps de
éléments forcément contingents de dans certaines pages d'éloquence son existence, a eu certainement à
de L'homme primitif. Comme Buffon, l'évolution de l'homme antéhistorique, souffrir de ce cataclysme », Figuier
au profit d'une dynamique presque Figuier considère que l'homme a été convient toutefois, avec Marcel de
lamarckienne : « l'homme sentit bien « marqué au front du sceau divin ». Serres, que Moïse, parlant du déluge
tôt le besoin de se fortifier contre les Au-delà de l'allégorie religieuse, biblique, « n'a entendu désigner que
entreprises des bêtes féroces. Il voul reste la conséquence relative à l' la partie du globe qui était alors peu
ut, en même temps, faire sa proie interprétation des vestiges archéolo plée, et nullement sa surface en
giques. C'est là qu'apparaît vraiment d'animaux paisibles, le cerf, les pet tière » (Figuier, 1864 a : 371 et 409).
le point de dissentiment entre Figuier its ruminants, le cheval. C'est alors Ainsi l'orthodoxie se voyait-elle
qu'il commença à se fabriquer des et les spécialistes de l'évolution cul réconciliée avec la géologie acadé
armes » (Figuier, 1 870 a : 44). turelle comme Mortillet ou Lubbock. mique : « nous le répétons, le déluge
Pour en bien comprendre les don biblique est réel ; seulement il fut Du fait de la loi de perfectibilité, nées, pour rendre sensibles les choix local, comme tous les phénomènes l'homme ne saurait s'attarder dans d'auteurs et l'engagement philoso de ce genre, et fut la conséquence cette condition primitive sans souff phique implicite de Figuier, il faut ce du soulèvement des montagnes de rir, comme le sauvage moderne, pendant rappeler des querelles d'au l'Asie occidentale » (Figuier, 1864 a : c'est-à-dire anachronique, d'un torité aujourd'hui oubliées. 410). Au début des années 1860, Fmanque essentiel : ce dernier est
iguier a popularisé des idées moins « arriéré », comme le voulait
développées parallèlement par Mortillet, que « dégénéré » au regard
l'abbé Lambert dans Le déluge mo3. PROGRES des modalités d'évolution normale
saïque (1 868 : chap, iv et v), ouvrage OU RÉGÉNÉRATION : de l'espèce humaine. Pour Figuier,
où le caractère relatif de l'universalité comme pour la plupart des auteurs LA PROBLÉMATIQUE
du déluge venait compenser son cacontemporains (cf. Le Hon, 1867 : THÉOLOGIQUE
ractère géologique désormais iDE L'HOMME PRIMITIF 183), notre ancêtre n'échappe à sa
nacceptable. Le déluge doit être intercondition première, durable mais
prété en effet comme un événement transitoire, qu'avec la conquête des La « science des origines positives
d'une portée anthropologique plus de l'humanité » pouvait moins qu'aumétaux. C'est là la frontière de toute
que géologique. Lambert, qui est l'histoire sociale de l'humanité : « si cun autre domaine de savoir échap
partisan de l'homme antédiluvien l'homme n'eût jamais connu les mét per à des controverses dogmatiques.
contemporain des espèces disaux, il serait demeuré éternellement Depuis Victor Meunier (1867), l'hist
parues, signifie que dans le Livre de à l'état sauvage [...] Sans le métal, oriographie de la préhistoire n'a j
l'homme eût été condamné à végéter amais négligé les antagonismes doc la Genèse, l'écrivain sacré n'impli
quait pas que la terre fût tout entière sans cesse misérablement ; avec cet trinaux entre science et religion. La
inondée. La catastrophe fut resirrésistible levier, sa puissance a été mémoire disciplinaire, nécessaire
ment militante, a d'ailleurs dramatisé treinte à la région peuplée par les centuplée, et son empire s'est gra
duellement étendu sur la nature » (Fcertains épisodes de cette lutte premiers hommes. Elle eut donc,
pour l'homme, le caractère de l'uniguier, 1870 a : 249-250). Ainsi, le d'émancipation pour mieux contras
ter les lumières de la science et iversalité, ceci sans rien préjuger des concept de l'évolution humaine dé
veloppé par Figuier est délibérément l'obscurantisme des Eglises tradi terres inhabitées par les représen
techniciste, rationaliste et progress tionnelles. Mais elle a sélectivement tants de la race d'Adam. Le dogme
iste. L'on pourrait s'étonner à bon limité ces antagonismes à deux dé inaliénable de l'Eglise était ainsi mis
droit des réserves de Mortillet, vanté bats centraux : l'ouverture de la en accord avec les développements :
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de la science. Figuier s'en est réjoui, l'harmonie paradisiaque et pastorale de la philosophie progressiste des
mais la sécularisation croissante des de la création divine a fait place à un Lumières, selon laquelle l'humanité
études le conduira rapidement à plus monde hostile et menaçant. Un fossé s'était d'elle-même exhaussée d'un
de prudence. Il affirme encore en rocheux protège les préhistoriques. état de sauvagerie primordiale pour
C'est en vérité une frontière symbol1864, dans la quatrième édition de accéder à la barbarie puis à la civil
La terre avant le déluge que « rien ique divisant dorénavant l'univers hu isation. L'Ancien Testament fut sol
n'empêche de voir dans le déluge main et le monde naturel. licité et confirma les thèses fonda
mentalistes du « dégénérationnisme asiatique, conformément au texte de Sur ces deux points de doctrine
la Genèse, un moyen dont Dieu se culturel », ainsi promues dogmatique, Figuier a donc rompu
servit pour châtier et punir la race avec les credos officiels de l'Eglise, 1. un Dieu parfait ne pouvait voul
humaine, alors au début de son exis même si certains atermoiements tr oir une création imparfaite. La
tence, et qui s'écartait des voies qu'il ahissent sous sa plume et sous le sauvagerie est un état imparfait, lui avait tracées » (1864 a : 409). crayon de Riou, les incertitudes du or Dieu a fait l'homme « à son
Néanmoins, en 1870, L'homme pri temps. Mais il manifeste également image », c'est-à-dire parfait.
mitif n'en fait plus mention. Sans ses choix sur un autre terrain de 2. L'homme tient ses premiers enplus d'explications, Figuier lui substi controverse religieuse dont les réso seignements de la révélation ditue la « période glaciaire », cet nances idéologiques sont plus sen vine. Il n'a pu, de lui même, et « hiver universel et subit » qui « dut sibles encore pour l'historien de la sans aucun secours, trouver la atteindre l'homme lui-même » (1870 préhistoire. voie de son accomplissement a : 38) (4). De même, Figuier ne r Ce troisième débat portait sur la terrestre et spirituel. enonça pas immédiatement à l'image condition morale et matérielle des 3. La Bible atteste la disgrâce de édénique de la création du « premier premiers hommes, sur le statut vér l'homme après sa sortie du Pahomme sorti du sein de Dieu » dans itablement « primitif » du sauvage radis jusqu'à l'épisode du déles riches plaines bordant l'Euphrate « préhistorique » lui-même et, en déf luge, et cette dereliction s'en(Figuier, 1864 a 403). Pour les pre initive, sur la représentation scienti tend également de la dispersion mières éditions de La terre avant le fiquement accréditée du progrès de qui frappa notre espèce lorsque déluge, le dessinateur Edouard Riou l'humanité. Bien des théologiens, les hommes orgueilleux vouluavait créé une série de « vues idéales rappelons-le, acceptaient le principe rent construire la tour de Babel, de paysages de l'ancien monde » où d'un stade ancestral « préhistor dressée vers les cieux. figure l'allégorie paradisiaque du pre ique >> où l'outillage de pierre, gros 4. Frappé du péché originel, mier couple humain environné d'an sier ou perfectionné, eût précédé l'homme s'est dégradé et il ne imaux non seulement modernes mais l'apparition du métal. Pourtant, une peut aspirer à sa réhabilitation encore familiers, tels le mouton, la objection exégétique demeurait, irr qu'en obéissant à la parole de chèvre, la vache ou le cheval. Mais en ésolue et rédhibitoire : n'y avait-il pas l'Esprit Saint. De même, les sau1866, alors que Figuier a déjà affirmé quelque « habileté perfide » (Hamard, vages contemporains, histordepuis trois ans son ralliement aux 1883 : 1) à faire accroire au public iquement dégénérés, sont incathèses de Boucher de Perthes, la v profane, par une disposition tendan pables de se civiliser sans l'aide ision édénique de l'apparition de cieuse des pièces lithiques, que extérieure des colons et des l'homme s'accorde désormais aux notre espèce a débuté par la simpli missionnaires. stéréotypes picturaux de l'ancêtre cité toute grossière des sauvages, quaternaire. Le « paléopaysage » (5) 5. Il en résulte que, dans l'hypoalors que la Bible nous dévoile dans revu et corrigé par Riou montre une thèse où l'homme primitif eut le prétendu « primitif » des âges antribu de troglodytes aux traits euro été créé vraiment sauvage, il le ciens un homme déchu, un « Adam péens évoluant dans un cadre végétal fût demeuré de toute éternité. dégénéré » ? De sorte que la questtropical de palmiers et fougères, les De cet ensemble de thèses, partaion ne portait plus sur la réalité des femmes dans l'ombre d'un abri sous gées par toute l'école traditionaliste vestiges archéologiques mais sur la roche, les hommes armés de haches bien avant l'ouverture du débat sur le « vue spéculative », progressiste, primitives contemplant le mammouth, préhistorique (cf. Maistre, s.d., 2e enqu'ils étaient censés confirmer dans le rhinocéros et d'autres espèces di tretien), on crut pouvoir déduire deux l'esprit public, chez les visiteurs du sparues. L'un d'entre eux défend la corollaires qui avaient force de prinMusée de Saint-Germain ou lors des demeure contre un ours téméraire, cipes dans le débat des origines hugrandes Expositions universelles. A les hyènes guettent. Comme l'a ana maines dire vrai, les arguments développés lysé Martin Rudwick (1989 : 235-236), 1. le prétendu « progrès » de l'hpar les protagonistes n'avaient pas
l'avantage de la nouveauté. Mais ils umanité est, dans ses variétés c
(4) La seconde édition de 1870 revient sur ce avaient celui de l'actualité critique. ivilisées, une simple « régénérapoint d'étiologie « le cataclysme diluvien eut tion », une « remontée de la Depuis la Restauration monarchique, probablement pour cause le réchauffement du globe » (op. cit. 1 99). les théologiens d'obédience traditi dégradation », qui confirme à r(5) L'expression est de François Ellenberger. onaliste avaient contesté ce qu'ils ebours qu'il y a eu « déchéance Je la tiens de Martin Rudwick (communication
personnelle). de l'état primitif » « l'homme appelaient les sophismes dangereux :
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donc a été créé à l'état parfait Châlons-sur-Marne, évoqué par F tière à réflexion. Mais justement, en
iguier comme Г « un des hommes de de complet développement phy refusant implicitement cette version
orientée et édifiante des âges fsique, intellectuel et moral ou re France les plus versés dans cette
ligieux, par conséquent ayant science nouvelle » (Figuier, 1970 a : arouches de l'humanité, Figuier pre
reçu de Dieu la seule, l'unique 2), pouvait vanter « l'admirable série nait parti explicitement pour les part
isans du progrès contre les religion vraie et nécessairement de ['Histoire du travail dans les v
révélée » (Maupied, 1844 : 130). itrines de l'exposition universelle ». Il théoriciens de la décadence origi
considérait même que la mise à jour, naire de l'homme antéhistorique. 2. Il y eut une civilisation primitive, à Moulin-Quignon, des restes de Somme toute, sa position de recul dont on discuta, d'auteur à au l'homme antédiluvien, serait « désor est encore une de combat. teur, le degré d'avancement re mais un élément intégrant de l'apol Mortillet n'y pouvait rien trouver à relatif. Les premiers hommes ogétique chrétienne ». Mais il ne dire. Tardivement dans le siècle, un connaissaient-ils ou non l'écr concédait rien à la libre pensée en se publicisté hargneux contre les iture, les arts élémentaires ? ralliant au combat de Boucher de athéistes disait de Figuier que perC'était probable, comme il était Perthes : sonne ne le « soupçonnera de partialassuré qu'ils possédaient une « il ne faut pas espérer toutefois ren ité en faveur de la Bible » (Darville, supériorité mentale et morale contrer dans l'histoire et sur le globe 1 893 : 1 40). Ce jugement est excesssur leurs successeurs ensauva- des traces de l'homme primitif tel qu'il if, mais il reste, à ce niveau d'apologés, descendus « jusqu'au der sortit des mains du Créateur, brillant de gétique, essentiellement avéré. Dans nier degré de l'échelle ». La civ jeunesse, de force et d'intelligence. L'homme primitif, Figuier n'invoque ilisation n'était pas alors le Ces beaux jours d'innocence et de aucune antique malédiction frappant grandeur n'ont duré que juste assez de résultat nécessaire de l'intel la génération adamique, et sa philtemps pour que le genre humain en ligence humaine, la loi de son or osophie de la nature humaine, d'inspiconservât le douloureux souvenir. En ganisation. Loin d'être imma se révoltant dans I' Eden contre l'Auteur ration rationaliste, confesse la modnente à son devenir, elle était estie du point de départ pour mieux de leur vie, nos premiers parents en ont d'inspiration divine et répondait bien vite changé les conditions. Si la magnifier et authentifier la « marche d'un plan providentiel révélé ou géologie retrouve les restes de ascendante » du « roi de la créaaccompli par des ministres de l'homme primitif, ce seront des restes tion ». Dans le registre didactique de l'autorité divine. de déchu ; ils ne pourront la littérature scientifique, Figuier était guère témoigner que des effets ter d'ailleurs tenu d'incarner l'école du ribles d'un châtiment divin » (Meignan, La doctrine progressiste du préhis Progrès. Son concurrent editorial, 1869: 134-135). torique proposée par Mortillet et l'abbé Moigno, chanoine de Saint- Aussi bien le progrès apparaissait- Lubbock dès les années 1860 était Denis, avait en effet embrassé la ainsi contrebalancée par un modèle il conditionnel, tel une reconquête cause dégénérationniste adverse et dégénérationniste capable de l'a salvatrice : servi la propagande du contre-prénnexer sans lui donner raison. Final « Les débris divers retrouvés dans historien Eugène Robert. Moigno ement, la question de chronologie, les couches supérieures terrestres t était du nombre de ces auteurs qui, émoignent de ce progrès de l'humanité celle-même du déluge, cédaient au dire de Mortillet, « compromettent mais le point de départ, dans cette d'importance face au mystère plus tout à la fois la religion et la marche ascendante, nous montre l'eprofond encore de la création pr science ». Il soutenait, selon un rxtrême misère des premiers hommes imordiale de l'espèce humaine. Ce après le péché. Les traces de l'indus ésumé publié dans Les matériaux débat d'exégèse traversait la science trie première et même les ossements pour l'histoire positive et philosopréhistorique, il ne lui était pas exté humains que rencontre le géologue, i phique de l'homme (1864-1865 : rieur comme on aurait tendance à ndiquent, assure-t-on, une race primitive 350), que « l'état sauvage ne peut l'admettre aujourd'hui. Ainsi l'abbé inférieure et même sauvage. Les enne pas remonter à l'origine du monde : mis du christianisme célèbrent ces déBourgeois, l'inventeur du site tertiaire en effet, les deux premiers fils couvertes avec emphase. Nous de Thenay, pouvait-il concilier sa d'Adam, Caïn et Abel, furent l'un croyons, nous, qu'on a transformé bien hardiesse de savant avec ses agriculteur et l'autre pasteur. Caïn, légèrement une preuve de la véracité convictions religieuses. Il résultait en outre, construisit des villes [...] où de la Bible en objection contre elle. La pour lui, des découvertes des ter donc placer l'âge de la pierre, l'âge révolte et la désobéissance de rains diluviens de Saint-Acheul, que l'homme expliquent l'état misérable où du bronze, l'usage des pirogues ? Il l'Europe était habitée, « au moment il vécut d'abord, et les rigueurs aux n'y a pas place pour tout cela avant de la grande catastrophe », « par des quelles il fut soumis à l'âge où il habita le déluge » (cf. Lagrée, 1989 : 175- hommes déjà descendus à l'état les cavernes et les asiles lacustres 176). sauvage » (Bourgeois, cit. in Mahou- prouvent, à quiconque croit à la bonté
de Dieu, qu'un grand crime avait armé deau et Capitan, 1901 : 130). Les Déplacée hors du champ des pol
sa Justice » (Meignan, 1869 138). trois âges industriels attestaient alors émiques anticléricales, la question de
un « mouvement de retour vers la c Rien n'indique que la vulgarisation la véracité des événements bibliques
prenait une forme plus épistémolo- ivilisation ». Plus explicitement encore concordataire, éclectique et toute de
Guillaume-René Meignan, évêque de retenue de Figuier ait trouvé là gique la chronologie de la Genèse :
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d'Amérique ne pouvaient d'eux- avait-elle une valeur paradigmatique, devait porter moins sur des articles
de foi que sur des « faits scienticontraignante, informative ? En affi mêmes se policer sans secours extér
rmant que la création du genre hu fiques ». Mais ce serait trop dire ieur. Ils tenaient donc obligatoir
main est un « mystère divin et éte ement les rudiments de leurs arts qu'ils n'y fussent pas mêlés.
rnellement impénétrable pour nous », domestiques des antiques traditions,
Figuier (1864 a : 403) ne disait ni sans les perfectionner ni même les
plus ni moins que certains positi égaler. Whately semblait ainsi af4. LE PRIMITIF EST-IL
firmer que « les progrès qu'une sovistes contemporains (cf. Jourdy, UN BARBARE ABSOLU ?
1872). Quoique son allégeance pa ciété a faits vers la civilisation par
raisse plus évidente quant à la doc ses propres ressources ont toujours Cette querelle plus discrète, plus trine du déluge, il avait marqué ses commencé d'une condition éloignée dialectique aussi, avait trouvé sa distances vis-à-vis de la dogmatique de la barbarie complète, d'où il ne conclusion provisoire et de nouvelles chrétienne dès 1863, à propos du paraît pas que jamais les hommes raisons d'actualité en 1867, lors de la procès de la mâchoire de Moulin- soient parvenus à sortir d'eux- session de Dundee de la British AsQuignon : mêmes » (Whately, cit. in Lubbock, sociation for the Advancement of 1868 : 233). Il mettait en demeure les « La science française a d'ailleurs Science (Gillespie, 1977). A cette oc évolutionnistes — au sens culturel du une sage et excellente règle. Elle a pour casion, John Lubbock, président de mot — de produire des exemples de principe de ne jamais mêler la religion l'Ethnological Society of London et sauvages modernes faisant effort et la science, deux éléments qu'il n'est champion de la cause préhistorique, vers l'état civilisé par des inventions pas au pouvoir de l'homme de pouvoir attaqua les thèses dégénération- toujours faire accorder. Le savant doit spontanées. Mais il y a plus significatnistes publiées en 1832 puis en 1855 faire de la science, le théologien de la if : dans la mesure où toute l'histoire par l'archevêque de Dublin Richard théologie, et ce n'est jamais sans péril humaine était normée par le souvenir Whately, professeur d'économie popour la dignité et la majesté de l'une et d'une civilisation primitive, l'homme litique à Trinity College décédé en de l'autre de ces grandes lumières, que originel était nécessairement investi l'on tente de les amalgamer. La foi est octobre 1863. Personnalité notoire de qualités mentales et spirituelles la foi, la science est la science, les l de l'Eglise anglicane, Whately n'était qui n'étaient pas inférieures à celles umières de l'homme sont faibles voilà nullement un adversaire des de l'homme moderne. C'était affice qu'il faut dire pour éviter la tentation sciences. Il s'efforça même, dans un rmer l'unité de la nature humaine de fusionner ces incompatibles élé contexte d'opposition radicale, d'en ments. Etudions et enregistrons les faits dans sa forme la moins historique, la promouvoir l'enseignement dans les scientifiques sans nous préoccuper, plus essentialiste. collèges d'Oxford afin de restaurer pour le moment, de leur accord ou de l'aristocratie dans sa domination i A cette occasion, Lubbock déveleur désaccord avec les faits d'un autre
ntellectuelle et idéologique (Corsi, loppa des arguments bientôt clasordre » (Figuier, 1864 b 232).
siques sur la dynamique civilisation- 1988 chap. 7, 148 ; chap. 14). Pour
Ainsi, quand Figuier évoque des raisons d'opportunisme poli nelle des sauvages, arguments déjà
administrés dans L'homme avant l'homme primitif, il parle de l'an tique, il pratiqua tout au long des an
nées 1820 une ouverture « libérale » cêtre primordial de l'humanité sans l'histoire, repris et étendus dans une
faire allusion à aucune déchéance peu prisée des conservateurs mais il série de conférences faites en 1868
et publiées sous le titre polémique ayant frappé ses successeurs. Et restait fondamentaliste, comme
c'est d'ailleurs parce qu'il ne saurait l'abbé Moigno en France, jésuite et Les origines de la civilisation. Etat
y avoir de solution de continuité savant. Conformément à la tradition primitif de l'homme et moeurs des
dans l'ascension positive de l'h anglaise de théologie naturelle, il sauvages modernes. Les conclusions
de cet ouvrage sont importantes. En umanité, considérée dans sa général croyait que la chute de l'homme
avait précédé sa réhabilitation dans premier lieu, elles rendaient public, ité, que le vulgarisateur découvre
dans la première industrie paléoli les voies, tracées par la providence au titre de manifeste, le programme
de recherche de l'école évolution- thique les bases, et comme la pro divine, de la société civilisée. Il doub
lait son argumentation théologique niste anglaise ; d'autre part, elles messe, de la civilisation moderne.
Celle-ci exprime l'effective solidar de considérations ethnographiques contredisaient les affirmations de
ité des générations humaines, et sur l'immobilité anachronique des Whately et des dégénérationnistes
relatives à la permanence de l'esprit non les vicissitudes d'une rédempt sauvages actuels. A leur exemple,
humain dans la longue durée de ses ion conditionnelle. Elle atteste aussi l'homme eût-il été jeté dans le
monde comme un « orphelin de la manifestations : « les sauvages acque, du préhistorique à nous, il s'agit
tuels ne sont pas les descendants bien du même homme, doué des nature », il n'aurait pu soutenir son
d'ancêtres civilisés. La condition prmêmes pouvoirs et prérogatives. existence, non plus que ses progrès.
Pour cette raison, et d'une manière imitive de l'homme était un état de Sans une organisation sociale, des
apparemment paradoxale, Figuier institutions, un certain niveau de cul barbarie absolue. Plusieurs races se
sont élevées au-dessus de cet état » devait se désolidariser des thèses ture matérielle et morale, d'origine
(Lubbock, 1873 466). Il faut endéveloppées par Lubbock, Mortillet révélée, l'espèce n'eût pas vécu. Les
tendre la barbarie absolue des ori- et les évolutionnistes. Le désaccord sauvages australiens, les Indiens :
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religieuse et presque politique » gines, avancée par Lubbock, dans tée par les étapes de l'industrie pa
(1864 b : 230). Par ailleurs, les son sens le plus négatif, déficitaire. léolithique puis néolithique, l'intel
Pour les évolutionnistes, le primitif controverses françaises se dérou ligence humaine est moins un produit
de l'histoire qu'un « don supérieur » n'est pas un homme civilisé égaré au laient dans un cadre idéologique
temps des cavernes. Sa structure semblable. Anatole Roujou (1867 a) qui se déploie dans l'histoire. La
attaquait le père Hyacinthe, conféd'esprit est autre, et pour tout dire nuance n'est pas mince. Elle est en
rencier de Notre-Dame, Mortillet me vérité enveloppée dans une série de quasi animale, ses habitudes ment
nait campagne contre Moigno ou propositions anti-transformistes par ales n'anticipent en rien les régula
Valroger (Mortillet, 1875), l'abbé Ha- tions comportementales de l'homme lesquelles Figuier conclut, avec Ar
mard répondait à Mortillet, Cartailhac mand de Quatrefages (1867, 2e part., moderne, ses exigences logiques
et Clémence Royer dans la revue ca chap, i), à l'incommensurabilité de paraissent, ainsi que chez les sau
tholique La controverse en dénon l'homme et de l'animal (Figuier, vages arriérés, faiblement articulées
çant « ces hommes à systèmes, ces et comme attachées au seul espace 1879 : 8, 578-579). L'animal peut
esprits aventureux et paradoxaux, sensible. Les attributs du primitif être intelligent, il n'a pas cette fa
novateurs téméraires et haineux sont, de par leur essence, privatifs : il culté, spéciale au règne humain,
jusqu'au fanatisme, qui, envisageant qu'on appelle l'abstraction et à ln'a ni moralité, ni religion, mais une
la science au travers d'un épais ban aquelle l'auteur rattache deux attributs imperfection de langue réciproque
deau de préjugés antichrétiens, n'y de la grossièreté de ses moeurs ; ses distinctifs, à savoir le sentiment
voient et n'y cherchent autre chose archaïsmes ne sont pas des « surv moral et la notion de la divinité (F
qu'une arme pour démolir, s'il se ivances », ou des souvenirs obscurcis iguier, 1880 29) : « comprendre
pouvait, le vieil édifice des dogmes l'idéal et l'infini, créer la poésie et d'un ancien âge d'or, mais des « faits
religieux, unique sauvegarde de la loi actuels ». Ses raisons sont « souvent l'algèbre, voilà l'homme » (Figuier,
morale » (Hamard, 1883 : XIII). Inte 1864 a : 401). Au-delà de cette rhéfort absurdes », ses idées fan
rvenant tardivement dans ce débat, tasques. En dressant dans leurs pre torique de convention, il nous faut
Pierre-Julien Hamard avait clairmiers écrits ce portrait presque ani- lire la thèse contestataire.
ement percé les arrière-pensées des malisé de l'homme des origines, les
évolutionnistes. Pour eux, l'homme Pour Figuier, le « propre de évolutionnistes anglais tels Spencer, l'homme » est de trouver et comprimitif représentait un degré zéro Lubbock, Tylor ou Mac Lennan prendre l'équation (a + b)2 = a2 + d'humanité, moins immoral qu'amoradhéraient sans aucun doute aux 2ab + b2. Or la question des numératal, n'ayant encore développé audoctrines transformistes populari
cune des grandes institutions carac ions, pour garder l'exemple, était à sées par Darwin, Huxley et Vogt
téristiques de la civilisation, et même cette époque âprement disputée, car (1869). Ils proposaient surtout, sur un les dégénérationnistes croyaient que de toute communauté humaine. mode naturaliste et sécularisé, une Quand ils se donnaient pour objet la mathématique avait été révélée véritable épigénèse de la raison alors d'enquête l'origine (absolue) de la aux premiers hommes. Lubbock n'en que leurs adversaires limitaient l'i société, du droit, du langage, du ma concédait rien (Lubbock, 1868 : 236). nnovation humaine à la seule généalo riage ou de la religion et qu'ils en Représentants arriérés de l'homme gie de ses réalisations. La raison cherchaient les mécanismes naturels avant l'histoire, les sauvages pour ces derniers ne se construisait de développement, les évolutionn contemporains « manquent absolpas dans le temps, elle était dès la istes refusaient explicitement d'ad ument de termes pour rendre les création de l'espèce, impartie à mettre que la vie spirituelle des pre idées abstraites » (Lubbock, 1867 : l'homme et préformée par un Dieu miers hommes, non plus que leur vie 478). Lubbock inversait à dessein les sage, bon et prévoyant. La querelle matérielle, soit d'inspiration divine signes de la dignité humaine pour de Dundee, qui clôturait une série de (cf. Stocking, 1987 : chap. 5). mieux montrer l'extrême dénuement discussions du même genre, eut des des commencements et la nécesséchos en France. Dans la Revue des En 1870, les auteurs anglais res aire historicité de la culture. Figuier cours scientifiques de la France et de taient peu connus en France à l'e refuse cette inference : l'absence de l'étranger, le vulgarisateur Wilfrid de xception de John Lubbock et d'Ed savoir-faire technologique n'est pas Fonvielle publia l'allocution de Lub ward B. Tylor dont certains textes nécessairement le signe d'un défaut bock qui reprenait et synthétisait les circulaient dans la presse scienti dans les facultés intellectuelles. éléments du débat (Lubbock, 1868). fique (cf. Tylor, 1867, 1869). Mais L'homme primitif est pour lui un sauQuelques années plus tard, Lubbock Clémence Royer, dans VOrigine de vage circonstanciel, non une semi- livrait les pièces du dossier content l'homme et des sociétés (1869), et brute incertaine dans ses attributs : ieux dans l'Appendice à son livre sur dans ses conférences publiques,
les origines de la civilisation. Figuier avait popularisé des idées compar « Nous sommes loin, on le voit, de
partager l'opinion des naturalistes qui se ne put l'ignorer. Il convenait déjà en ables. Or, si Figuier admettait le pro représentent l'homme, aux débuts de 1 863, à propos du procès de la mâ grès et refusait globalement la dégé l'existence de son espèce, comme une choire de Moulin-Quignon, que « la nération primordiale de l'espèce, il sorte de singe, à la face hideuse, au question de l'homme fossile est de restait fixiste, créationniste et corps poilu, habitant les cavernes
conservateur. Telle qu'elle est comme les ours et les lions, et partici- venu chez nos voisins une question ;
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pant des instincts brutaux de ces an Figuier la marche d'une civilisation 5. LA POESIE D'AURIGNAC imaux féroces. Sans doute l'homme pri qui est pareillement naturelle, unique, mitif a traversé une période dans l Mais il y a plus significatif. imperative. Les premiers veulent donaquelle il a dû disputer sa vie aux bêtes Quoiqu'affirmant que la foi et la ner à voir l'émergence d'un ordre (6), féroces, et vivre en sauvage dans les science sont deux ordres de le second l'actualisation temporelle bois ou les savanes où la providence connaissances parallèles, Figuier sait l'avait jeté. Mais cette période d'éducat d'une puissance. Cette thèse or célébrer leur sainte alliance. Dans ion n'a pas dû être longue, et l'homme, donne en sous-main toute la narraêtre éminemment sociable, a prompte- L'homme avant l'histoire, Lubbock tion du préhistorique et sa constructment trouvé dans sa réunion en groupes avait cité des exemples de peuples ion militante. animés des mêmes désirs, rapprochés n'ayant aucune religion. L'athéisme par les mêmes intérêts, le moyen de La raison humaine étant identique primordial était requis pour représentdompter les animaux, de triompher des à soi dans les diverses étapes de sa er le stade initial de la séquence éléments, de se préserver des périls i réalisation, Figuier télescope et an évolutive religieuse. Figuier n'en nnombrables qui le menaçaient, et de
soumettre à son empire les autres habi tedate souvent des inventions ap concède rien. Il fait voir la consolante tants du sol » (Figuier, 1864 a 403- partenant à des périodes plus ou doctrine de l'immortalité de l'âme 404). moins récentes. Il affirme ainsi que déjà inscrite au coeur des pratiques
« l'art du potier existait déjà à la Le primitif est dès lors installé dans paléolithiques. La sépulture d'Auri-
son monde tel un conquérant, l'esprit première époque que l'on peut assi gnac, de l'âge du grand Ours,
éveillé, sociable, réagissant ration gner au développement de l'human fouillée par Edouard Lartet, celle du
ité » (Figuier, 1870 a 56). Certes, nellement aux défis d'une nature i Crot du Charnier à Solutré, datée de
nhospitalière, déjouant ses pièges, en l'auteur s'appuie sur les résultats de l'âge du renne par son inventeur
toute humanité. C'est un « sauvage fouilles effectuées en 1835 par Joly Henri de Ferry, récusent par des faits
intelligent », et certainement moral. dans la caverne de Nabrigas, en Lo incontestables les postulats avancés
Comme la société, la famille mono zère. Mais le silence des faits auto par les évolutionnistes anglais et les
game est naturelle. Une « famille à rise Figuier à suppléer par le raiso matérialistes de la Société d'Anthro
l'âge de pierre », dessinée par Emile nnement au défaut des vestiges. pologie de Paris. L'inhumation des
Bayard, pose d'ailleurs pour la post Pour lui, l'action de durcir des ar morts, le dépôt d'objets votifs, nourr
giles par le feu est « tellement érité au frontispice de L'homme pri iture, bois de cervidés, bijoux rudi-
simple » qu'elle n'a pu échapper à mitif de 1870. La moralité s'y dévoile mentaires, armes élégantes, les
plus sûrement que dans les scènes l'homme primitif. La poterie devait restes de repas funéraires, attestent
pittoresques ou cruelles illustrant, sortir, presque naturellement, de le respect des défunts, la prescience
ses mains industrieuses. De même dans le récit des voyageurs, la de l'au-delà et la croyance en un être
condition des barbares actuels. Figuier récuse l'origine aryenne suprême invisible aux sens.
Quand il évoque le livre de Lubbock, orientale du bronze, passée à l'état « Les débris recueillis dans l'intérieur Prehistoric Man, traduit en français de dogme chez les préhistoriens de la grotte funéraire d'Aurignac ont en 1867, Figuier commente : « près contemporains : « c'est de la fantai conduit à une induction bien remarde la moitié de l'ouvrage est occu sie historique. Nous opposerons à quable, et qui montre combien sont ipée par un article sur les Moeurs des ce roman de l'archéologie la simple ntéressantes et fécondes les études des sauvages modernes ; et l'on convien explication que la chimie nous sug naturalistes sur l'antiquité de l'homme.
dra que les « sauvages modernes » gère. Nous croyons que le bronze a Ces armes, ces trophées, ces objets de
font une assez étrange figure dans été fabriqué sur les lieux, par les parure, ces quartiers de viande placés
dans la tombe, à côté du défunt, tout un livre ayant pour titre L'homme peuples mêmes qui en firent usage.
cela ne paraîtrait-il pas établir la avant l'histoire » (Figuier, 1870 a VI). Pour obtenir le bronze, il suffit de
croyance en une vie future, à une Figuier pourtant fait grand cas des mêler... » (Figuier, 1870 a : 253). époque extraordinairement reculée ? analogies entre les premiers hommes N'ajoutons rien à cette citation. Elle Pourquoi, en effet, ces provisions de et les sauvages contemporains signale l'intervention active du vu voyage, pourquoi ces instruments de (ibid. :40 ; 43 55 112 118 ; 205 ; lgarisateur qui n'hésite pas à faire guerre, si l'homme qui disparaît de etc.). Il requiert souvent le principe valoir ses connaissances scienti cette terre ne doit pas revivre dans un
comparatiste pour éclairer la nai fiques, ses diplômes de pharmacien autre monde ? Cette grande et su
ssance des techniques et des arts ou de chimiste pour décider en prême vérité, que tout ne meurt pas
quotidiens, et l'on comprendrait mal avec notre enveloppe matérielle, est bonne rationalité des questions
donc bien innée dans le coeur de l'objection qu'il oppose à Lubbock si techniques et chronologiques les
l'homme, puisqu'on l'y retrouve aux l'on oubliait que, selon ses concept plus discutées. temps les plus reculés, puisqu'elle ions, le primitif est un sauvage noble existait déjà dans le coeur de l'homme alors qu'il est essentiellement de l'âge de pierre » (Figuier, 1870 a ignoble, voire criminel, dans le dis 74) (7). (6) Parmi les contradictions internes à l'école cours des anthropologues (Lubbock, évolutionniste, cette idée impliquait l'unité psychique de l'humanité et donc la reconnaissance 1867 : chap, xin Stocking, 1987 : d'une rationalité élémentaire, et pour tout dire 152-154). Les évolutionnistes privil humaine, dans la conduite des sauvages. Cf. (7) Sur la nécropole de Solutré, voir 1870 b 174-184. égiaient le scénario de l'humanisation, Stocking, 1987 176 sq.

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