Les burins - article ; n°11 ; vol.60, pg 791-803

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1963 - Volume 60 - Numéro 11 - Pages 791-803
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1963
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Dr André Cheynier
Les burins
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1963, tome 60, N. 11-12. pp. 791-803.
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Cheynier André. Les burins. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1963, tome 60, N. 11-12. pp. 791-803.
doi : 10.3406/bspf.1963.3956
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1963_num_60_11_3956Les Burins
PAR
André CHEYNIER
Avec le concours des membres de la Commission du paléolithique supérieur
de la S.P.F.
Déchelette définit ainsi les Burins : « On nomme burins des lames
terminées par une pointe en angle dièdre. »
Nous pourrions préciser : le burin est essentiellement un angle
dièdre obtenu intentionnellement sur la tranche d'une lame ou d'un
éclat par une ou plusieurs fractures au moyen d'un procédé dit « coup
du burin ». Le point choisi pour le dièdre est appuyé sur un corps dur
servant d'enclume. Un coup latéral est donné par un percuteur variable,
un bâton par exemple. Il s'en détache une esquille que l'on appelle
« lamelle de coup de burin ». Cette lamelle emporte un petit bulbe et
laisse, sur la facette du burin, son empreinte en conchoïde concave.
Elle se termine souvent en charnière, ce qui laisse sur la pièce un
ressaut caractéristique (a). Parfois plusieurs coups sont nécessaires
pour obtenir une arête dièdre convenable, surtout quand la pièce est
épaisse. On a alors plusieurs facettes sur le plan, juxtaposées ou chevau
chantes, formant entre elles un angle à peine marqué, proche de 180°.
Si cet angle est moindre, on obtient une ligne brisée, ce qui conduit
au burin polyédrique (b).
Certains auteurs ont proposé des définitions et des classifications.
Le Gay serait le premier à avoir reconnu leur usage, mais il les appelait
tarauds (Bull, de la Soc. Anthr. Paris, 1877).
Les Bouyssonie, dans leur monographie de la grotte Lacoste, pro
posent quatre types (1) :
1) Burin bec-de-flûte. C'est le burin classique le plus simple de tous.
Le biseau, placé à l'extrémité de la lame, est formé de deux faces qui
se rejoignent en un angle dièdre assez aigu dont l'arête est perpendic
ulaire au plan de la lame. Il n'y a guère qu'un seul enlèvement de
chaque côté.
2) Burin à facettes multiples, a) Les uns dérivent du burin busqué
sans encoche, b) D'autres ont l'enlèvement lamellaire multiple des
deux côtés du biseau. Nous les appellerons volontiers « burins polyé
driques » (ou burins-ciseaux quand le biseau est large), c) Le burin à
facettes est encore fabriqué latéralement sur une lame épaisse ou un
petit bloc allongé et mériterait le nom de « nucléiforme » ou mieux
« prismatique ». Les enlèvements lamellaires font rarement le tour. Le
méplat est une surface naturelle ou produite par l'enlèvement d'une
seule écaille large perpendiculaire aux arêtes.
3) Burin à troncature retouchée (décrite à Noailles et au Bouïtou).
On en distingue deux groupes : a) les plus simples ont un enlèvement
(a) A Saint-Marcel les fractures en ressaut sont toujours situées à 0,035 m
du bout (emmanchement?).
(b) L'arête se décompose alors en plusieurs dièdres élémentaires juxtaposés. SOCIÉTÉ PREHISTORIQUE FRANÇAISE 792
latéral; b) les autres, qui se rattachent directement à certains grattoirs
carénés, sont à facettes latérales multiples disposées autour du bord
et passent souvent sous la lame en amincissant celle-ci. On pourrait
proposer pour cette variété le nom de « burin plan ».
4) Burin sans retouche sur la troncature.
Une première classification avait été donnée par ces auteurs en
1906 (2) : 1) burin busqué; 2) burin d'angle; 3) burin en bec-de-flûte.
Avant eux l'abbé Labrie avait classé de nouveaux « burins-gratt
oirs » (24).
L'année suivante Bourlon se lance, d'accord avec les Bouyssonie,
dans une nouvelle classification des burins (3).
On appelle « biseau », dit-il, la partie utile de l'outil formée par la
rencontre de deux pans, chacun pouvant être composé de plusieurs
facettes. Erreur de base, car le biseau n'est pas un dièdre, mais un
pan coupé obliquement. Il donne le tableau suivant :
FAMILLES GENRES TYPES
ordinaire
à facettes simples 1°) B. bec-de-flûte
à multiples
rectiligne
transvers. concave
convexe à troncature 2°) B. d'angle retouchée (type rectiligne
I. B. à biseau Noailles pour les concave
rectiligne oblique petits) convexe
bec de
perroquet
sur lame cassée
ordinaires
3°) B. sur lame appointée
à facettes multiples
4") B. à un seul coup
l avec coche
1°) B. busqués
( sans coche
2°) B. prismatiques et polyédriques II. B. à biseau
^ rectilignes polygonal ( l transvers ' concaves
3°) B. d'angle \ ordinaires
) à facettes multiples i / obliques
/ concaves
plans
Les Mortillet ne décrivent pas le burin à deux pans dit burin
simple (4). Les burins n'apparaîtraient qu'à la fin du Solutréen et
seraient essentiellement magdaléniens. La figure est la même que celle
de Déchelette. Le bec de perroquet n'est pas classé dans les burins.
(Pommerol l'aurait comparé au « bec d'âne ».)
Goury écrit (5) : « Le burin n'est pas autre chose qu'une lame dont
on a détaché deux éclats obliques au sommet. L'intersection des deux
points d'éclatement donne une pointe en angle dièdre. Puis il donne la
classification des Bouyssonie et de Bourlon en la simplifiant. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 793
burin simple ou en bec-de-flûte polyédrique ou burin-ciseau
burin busqué prismatique
burin à troncature retouchée ou burin de Noailles
le bec de perroquet est rangé timidement dans les burins sans en donner
les raisons (p. 343) ; il caractérise le Magdalénien V. Personne d'ailleurs
ne le range dans les burins sur éclats ni n'indique qu'il est à retouches
abruptes.
D'après l'abbé Breuil les burins sont (6) :
en bec-de-flûte (ordinaires)
i droite
polyédriques-prismatiques transverse convexe
concave
sur angle de lame à retouche ^ droite
oblique ) convexe
concave
C'est lui qui a dit, dans une boutade : « le burin est une scie à une
dent. »
Peyrony avait ses idées sur les burins. Il les a exposées tout au long
dans son ouvrage sur La Ferrassie (7).
Il dit qu'un burin d'angle à troncature oblique est un bec-de-flûte et
qu'un burin à double biseau est un burin droit. Page 44 nous lisons :
nos « lorsque 8, 11, la 12). troncature Il est généralement est oblique le obtenu est par en deux forme coups de bec donnés (fig. 44, au
même point, mais dans des directions différentes. »
Déchelette qualifie le burin à double biseau de burin ordinaire (8) et
le burin d'angle de burin latéral.
Les Kidder (M. et M""'), sous l'inspiration des Bouyssonie, ont mis en
valeur un burin à un pan (ou biseau) creusé par la retouche latérale
d'une profonde encoche, ce qui dégage le burin au maximum en rédui
sant son angle dièdre au minimum : c'est le de Lacan (9), magdal
énien III.
L'abbé Breuil avait déjà rencontré un burin semblable dans le Proto-
Solutréen du Trilobite. Il l'a longuement décrit comme burin-perçoir (10).
Il se trouve placé sur éclat ou sur lame courte, tandis que celui de Lacan
est sur lame.
Dans sa monographie des niveaux magdaléniens anciens de Badegoule,
A. Cheynier (11) décrit un nouveau genre de burin qui est un fossile
directeur de ces niveaux après les « raclettes », c'est le « burin à
coche sur éclat » fait sur une encoche préalable, placé n'importe où
sur le bord d'un gros éclat et dans n'importe quelle direction. Ce burin
caractérise à son sens, le plus bas niveau, a) de son proto-Magdalénien I.
F. Bordes a retrouvé ce fossile à la même place à Laugerie-Haute (12).
L'abbé Nouel avait identifié ces burins au Beauregard de Nemours (13)
mais il ne les a pas séparés de certains burins d'axe à troncature concave
qui sont surtout sur lames. Il les appelle « burins obliques sur enco
ches » ou plus simplement « à coche ». Ces derniers burins se rappro
cheraient des burins de Lacan (PI. VII et VIII).
Dans le même travail sur le Magdalénien ancien de Badegoule, A. Chey
nier a essayé d'orienter la classification des burins sur la forme même
du dièdre, portion agissante de l'outil plutôt que sur la forme générale
de l'objet et sur son mode de confection. Il a mis en valeur une forme
ou variété de burin d'axe à un pan, le burin « gouge » qui a l'extrémité
de son biseau creusée en forme de cuiller (p. 385 et PI. 11). 794 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
La classification de Bourlon mentionne le burin transversal; mais à
vrai dire c'est à Vignard que nous devons la mise en lumière de ce
burin dans une station d'Egypte (14-15) et ensuite dans diverses stations
de France (16). Depuis cette époque ce genre est signalé.
Tout récemment Mme Bordes de Sonneville après le chanoine Bouys-
sonie a montré, dans son étude sur le résultat des fouilles de Coiffard
aux Vachons, Charente (17), que le burin transversal sur éclat est un
t>on fossile du Périgordien (ou gravétien) final. Cheynier trouve ces
mêmes objets au Cirque de la Patrie (18).
Au congrès de Périgueux de 1934 de la S. P. F., notre collègue anglais
Noone a tenté de trouver une classification complète des burins (19).
Cette tentative a porté sur la technique et se présente de façon théo
rique englobant toutes les manières de fabrication des burins existantes
ou possibles. Cela a pour but, en cas de trouvaille d'un nouveau type, de
le caser dans une catégorie prévue. Malgré cet effort il y a encore des
variétés qui n'entrent pas dans les lignes régulières. Il y a trois ordres,
16 types et un certain nombre de variétés dans chaque type; en tout
62 sortes de burins. Il note ensuite une douzaine de particularités de
biseaux.
Avec justesse il a remarqué que certains burins « réformés » ont été
transformés en une catégorie différente — par exemple d'un burin à
biseau simple on a fait un burin à double biseau. Mais il n'a pas parlé
des burins rafraîchis sur lesquels Bourlon s'était beaucoup étendu, et
bien que sa figure 3 n° h en donne un exemple.
Il signale aussi une classification des burins par Burkit (21).
Après ces nombreux essais sur les burins qui ont amené, au cours de
cette première moitié du siècle, à multiplier et à préciser les types,
Mme Denise Bordes a pu établir sa liste type pour le paléolithique supé
rieur (22); elle a trouvé 18 sortes de burins types.
1 (27) burin dièdre droit
2 (28) b. dièdre déjeté
3 (29) b.d'angle
4 (30) b. dièdre sur lame cassée
5 (31) b.multiple
6 (32) b. busqué
7 (33) b. bec de perroquet
8 (34) b. sur troncature retouchée droite
9 (35) b.oblique
10 (36) b. sur concave
11 (37) b. sur troncature retouchée convexe
12 (38) b. transverse sur troncature latérale
13 (39) b. sur encoche
14 (40) b. multiple sur retouchée
15 (41) b. mixte (b. dièdre + b. sur troncature retouchée)
16 (42) b. de Noailles
17 (43) b. nucléiforme
18 (44) b. plan.
Ces enumerations sont peut-être fastidieuses, mais elles sont néces
saires pour établir l'historique de la question.
Pour compléter cette documentation nous ajoutons encore la nouvelle
nomenclature donnée récemment par Laplace qui compte 9 types pr
imaires :
Bl — Burin à un pan. — Burin dièdre sur éclat ou lame, résultant
de l'intersection d'un pan latéral, transversal ou oblique, avec une
surface de débitage ou adapté. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 795
B2 — Burin à deux pans obliques. — Burin dièdre sur éclat ou lame
dans lequel le biseau, déterminé par les deux pans, d'obliquité sens
iblement égale sur l'axe de la pièce, se trouve sur cet axe ou en position
légèrement déjetée. Très exceptionnellement la ou les recoupes peuvent
être arrêtées par une coche.
B3 — Burin latéral à deux pans. — Burin dièdre sur éclat ou lame
dans lequel l'un des pans est parallèle à l'axe de la pièce (pan latéral),
le second pan, plus ou moins concave ou convexe, lui étant à peu près
orthogonal (pan transversal) ou parfois franchement oblique (pan
oblique) .
B4 — Burin busqué. — Burin sur éclat ou lame, généralement dièdre
à un ou deux pans, parfois sur retouche, dont les enlèvements multiples
du pan convexe sont arrêtés par une encoche tendant souvent vers la
troncature concave, plus rarement par une retouche simple ou denticulée.
B5 — Burin à un pan sur cassure. — Burin sur éclat ou lame résultant
de l'intersection d'un pan généralement latéral avec la surface de
cassure de la pièce ou pan de fracture adapté.
B6 — Burin latéral sur troncature. — Burin sur éclat ou lame résul
tant de l'intersection d'un pan latéral avec une troncature droite ou
oblique, rectiligne, concave ou convexe.
B7 — Burin oblique sur retouche. — ■ Burin sur éclat ou lame dans
lequel le biseau, déterminé par l'intersection d'un pan oblique et d'une
retouche oblique, simple ou abrupte, rectiligne, concave ou convexe,
se trouve dans l'axe de la pièce en position légèrement déjetée.
B8 — Burin transversal sur retouche. — ■ Burin sur éclat ou lame
résultant de l'intersection d'un pan transversal avec une retouche laté
rale, simple ou abrupte, rectiligne ou concave.
B9 — Burin bec de perroquet. — Burin sur éclat ou lame générale
ment mince, résultant de l'intersection à angle aigu d'un pan latéral
avec une retouche convexe très abrupte, bilatérale ou périphérique
arrêtant la recoupe (35).
Nous allons maintenant essayer de forger une classification qui puisse
satisfaire, non tout le monde, mais l'ensemble des lecteurs de notre
bulletin et sans nous livrer à des critiques pénibles.
Nous procéderons par enquête où chacun est appelé à donner son
avis pour essayer de se mettre d'accord une fois pour toutes. Est-ce
possible?
Essai de classification simplifiée et raisonnée.
Que voyons-nous lorsque nous examinons des burins
A l'extrémité d'une lame un petit plan oblique ou pan limité par
une arête s'adosse, soit à un plan oblique semblable, soit à un versant
adjacent ordinairement obtenu par des retouches.
Ce petit plan oblique est la définition même du « biseau ».
La figure à deux plans obliques adossés (ou pans) est un « double
biseau ».
Cela posé, nous trouvons des biseaux simples et des doubles biseaux
situés au bout d'une lame dans son axe.
D'autres pans placés sur le bord d'une lame tronquée ne sont pas
des biseaux étant ordinairement parallèles à l'axe de la lame.
Le pan longitudinal peut être adjacent à un autre pan transversal ou
à une retouche sur la troncature.
Voilà donc quatre catégories de burins correspondant à ce que l'on
rencontre en pratique sur les lames.
Il s'agit de s'accorder sur les noms à leur donner.
SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 50 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 796
Pour ceux placés en bout des lames, les burins d'axe ou burins droits
nous retiendrons : burins à simple biseau et burins à double biseau ou
si l'on préfère burins à un et deux pans (a).
Pour les sur angle de troncature retouchée nous pensons
qu'on peut garder le nom de burins d'angle à troncature (b) et sur lame
cassée.
Mais une difficulté survient quand on considère l'obliquité des tron
catures. Qu'elles soient faibles (droites, concaves ou convexes) il n'y a
pas d'intérêt à leur donner un nom spécial. Au contraire, si la tronca
ture est très oblique, et qui plus est, très concave, elle arrive à se
trouver en position semblable à celle d'un burin à simple biseau à
retouche concave (ou burin sur lame appointée). Un seul moyen de les
distinguer est de voir si l'arête dorsale est interrompue (lame tronquée)
ou si elle va se terminer sur le dièdre (lame appointée). On pourrait
Fig. 1. — 1 : burin de Lacan à un biseau sur encoche; — 2 : burin d'angle sur
troncature concave oblique; — 3 : burin-gouge du Proto-Magdalénien le
de Badegoule; — 4 : burin double à deux pans, chacun à ligne brisée; —
5 : burin d'angle à deux pans par réfection de burin d'angle à troncature
oblique concave, du Magdalénien V du Peyrat. Ech. : 2/3.
(a) Ce sont les derniers que l'on compare au bec d'une flûte. Mais Peyrony
a raison d'appeler de ce nom les burins à biseau simple. Il existe des flûtes à
simple et à double biseau.
(b) Nous conviendrons que «troncature» sous-entend « retouchée » et que
« cassure » signifie troncature sans retouche. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 797
arbitrairement décider qu'un burin de ce genre est un burin d'angle
avec une inclinaison moindre de 45° par rapport à la transversale.
Mais il faudrait bien mesurer l'angle au départ du dièdre et non sur la
corde de l'are-.-. -- -
Dr Allain propose de prendre comme base la bissectrice de Le
l'angle d'ouverture du burin avec l'axe de la pièce. Si l'angle ainsi
déterminé est inférieur à 45°, c'est un burin d'axe; s'il est supérieur
à 45° c'est un burin d'angle.
Lorsqu'un d'angle est à troncature brute, sans retouches, il y
a lieu de voir de près comment la lame a été cassée (par exemple par
flexion ou par coup latéral) et quelle est la facette ou le pan qui porte
le conchoïde en creux. On peut ainsi les classer comme burins d'angle
sur cassure ou comme burins transversaux bruts (sans encoche).
Après cela il est loisible de décrire, suivant le cas, telle ou telle
variété comme le burin de Noailles, le burin plan (qui est ordinaire
ment d'angle à plusieurs facettes dirigées vers la face inférieure — mais
peut aussi être à une seule facette et même dorsale ou transversale (23)),
le burin-ciseau, le burin-gouge, le burin de Lacan, le burin-bec, le
burin déjeté, le burin-perçoir, etc. Ces variétés ne sont pas négligeables.
Elles constituent parfois, dans certains gisements, des fossiles directeurs
de la plus haute importance.
Nous devons, maintenant, aborder la catégorie des burins busqués,
surtout importants dans l'Aurignacien. Ils se rencontrent souvent sur
des éclats épais, sur de petits blocs, mais aussi sur des lames. Ils pré
sentent des enlèvements multiples et courbes limités d'une part par un
méplat situé aux points d'impact des coups du burin, d'autre part par
une encoche inconstante : ce sont des burins polyédriques courbes. Il
convient donc de les grouper avec ces derniers sous le nom de burins
sur méplat. Ce dernier (le méplat) peut être oblique et former un
biseau; c'est alors une variété de burin à double biseau. On passe du
burin polyédrique par diminution de la valeur des angles des facettes
entre elles. Le biseau opposé s'élargit et se raccourcit; il devient un
méplat. Si le nombre des facettes atteint 4 et plus, on a un burin pri
smatique qui passe lui-même au burin nucléiforme en s'épaississant et
au burin caréné par raccourcissement.
Il reste les burins à coches sur éclats caractéristiques du proto-Magdal
énien la (Badegoulien). On peut les grouper avec les burins transver
saux que l'on rencontre dans le Gravétien final. Les uns et les autres
peuvent être sur lames généralement grossières. L'encoche ou la coche
ne sont d'ailleurs pas obligatoires et peuvent être remplacées par une
retouche droite.
Les burins en bec de perroquet sont ordinairement faits sur des éclats
remarquablement choisis, parfois très grands et plats, comportant une
belle retouche périphérique strictement abrupte qui leur est exclusive
dans le milieu où ils se trouvent. Ces burins sont très rares et ne se
rencontrent que dans le Magdalénien V et peut-être VI. La facette de
coup du burin est souvent en retrait sous le biseau.
Enfin les micro-burins, outils spéciquement tardenoïsiens, mais que
l'on rencontre dès le Magdalénien, surtout depuis la pratique du tamis
à mailles fines et dans l'eau.
Ces instruments relèvent de la segmentation de la lame. Ils sont les
déchets de la fabrication des triangles et des trapèzes.
On les obtient par un coup perpendiculaire au plan de la lame
appuyée sur un objet dur servant d'enclume et après préparation d'une
encoche préalable.
Ils sont généralement considérés comme n'ayant pas d'usage propre
comme burins, mais ce n'est pas une opinion unanime.
Ordonnons, suivant l'usage les divers burins que nous venons de
passer en revue en un tableau : SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 798
VARIETES GROUPES CATEGORIES (à développer)
burin ordinaire de Lacan
b. perçoir (Breuil)
simples b. gouge
b. ciseau
b. à un pan plan
b. à 2 plans, un naturel
b. ordinaire
b. multiple I. Burins en biseau b. polyédrique (en biseau) ou à pans b. associés
b. en série (sur éclats
doubles ou plaquettes)
b. à 2 pans sur burin à
un pan rafraîchi
b. à 2 bords retouchés
dos à dos (sans coup
du burin)
b. ordinaire
b. de Noailles
sur troncature b. plan
b. et gouge à la fois (retouchée)
b. oblique
II. Burins d'angle b. d'angle sur grattoir
b. polyédrique d'angle
sur fracture
(sans retouches)
b. busqué avec encoche
courbes b. sans
b. busqué caréné
III. Burins sur méplat j \ b. prismatique
( droits ) b. nucléiforme
v b. polyédrique à méplat
/ b. transversal
V ' b.oblique plan sur éclats
IV. Burins à coche / b. multiple en série
b. récurrent
sur lames Í b. transversal
i b. oblique
V. Burin bec de perroquet
de pointe
de base VI. Micro-burins doubles
Krukowski (a)
(a) Le burin Krukowski est le bout cassé d'une pointe par le coup du micro
burin. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 799
On n'a pas terminé l'étude des burins tant que l'on n'est pas entré
dans le détail des différentes parties de leur structure.
Et d'abord le dièdre, cette partie agissante de l'outil (b). L'arête en
est souvent rectiligne, mais elle peut former une ligne brisée lorsqu'il y
a plusieurs facettes. C'est le cas notamment des burins à méplat. Elle est
concave si le conchoïde est placé contre elle ou si elle a été voulue
par des retouches, comme pour les burins gouges.
La plupart du temps cette arête est intacte; mais elle peut être ébré-
chée par l'usage, voire polie (comme c'est le cas dans le Solutréen
final de Badegoule). C'est dans ces cas, sans doute, que l'on a procédé
au rafraîchissement de l'outil et fait un dièdre neuf par un nouveau
coup du burin. On rencontre des dièdres ainsi refaits jusqu'à 6 ou
7 fois.
Si l'on regarde de près les burins à biseau simple sur l'axe de la
lame (becs-de-flûte de Peyrony — ou sur lame appointée de Bourlon)
on remarque que la retouche adjacente est ordinairement préalable à
la confection du burin et qu'elle n'atteint pas tout à fait le dièdre,
séparée qu'elle en est par quelques millimètres lisses (probablement
par coup de burin discret). Cette retouche de préparation est le plus
souvent concave.
Lorsqu'on mesure l'angle du dièdre, il ne faut tenir compte que de
la portion initiale, un centimètre et même moins. Cet angle est la
mesure du « chemin » de l'outil dans le creusement d'une rainure.
Les angles dièdres sont voisins de 80° pour les burins d'angle et de
10° à 20° de moins pour les burins en biseau.
Dans le proto-Magdalénien I de Badegoule (Badegoulien) les angles
moyens relevés sont de 80° pour les burins d'angle, de 72° pour les
burins en biseau simple, de 67° les burins-gouges et de 60° les à double.
Les burins d'angle du Cirque de la Patrie ont en moyenne 80°.
La différence est plus marquée aux Gros-Monts où les burins d'angle
ont 90° en moyenne quand le troncature est retouchée alors que les
burins à double biseau mesurent en moyenne 50° et peuvent descendre
à 30°.
La longueur des dièdres est aussi à étudier. Elle est le plus souvent
inférieure à 1 cm sauf sur de très grands burins, surtout sur éclats ou
sur nuclei, en particulier les burins-ciseaux, comme aussi elle peut
tomber à moins de 1 mm, par ex. sur les burins de Noailles.
Les troncatures des burins d'angle ont pu être étudiées en détail.
Au Cirque de la Patrie plus de la moitié sont concaves, parfois forte
ment. La retouche est abrupte, directe, jamais abrasive.
La troncature est transversale, rarement oblique ou faiblement.
Daleau, dans ses notes, les appelait « burins-grattoirs ». L'abbé Labrie
a eu la même idée dès 1904 (24).
M. Noone a suggéré à son tour que la gorge constituée par la tron
cature ait pu être utilisée comme grattoir. De fait on constate, au Cirque
de la Patrie, où dominent les burins d'angle, qu'il y a peu de grattoirs
et assez de troncatures retouchées.
Le burin d'angle est souvent placé du côté du bulbe, l'autre bout
restant mince et tranchant, ce qui exclut son appui dans la paume de
la main. Cet outil devait être tenu à la manière d'un crayon ou
emmanché.
Les bords des lames portant des burins sont nets, tranchants ou bien
retouchés partiellement ou entièrement. La retouche périphérique se
rencontre davantage à l'Aurignacien typique.
(b) Des esprits subtils ont pensé que lorsqu'un versant est aménagé par des
retouches le burin n'est plus un dièdre. Le dièdre y est, sinon ce ne serait plus
un burin. C'est la dernière écaille de la retouche qui fait le dièdre si celui-ci
n'est pas préexistant (facette naturelle ou с de b.).

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