Les céramiques « cannelées » du Néolithique morbihannais - article ; n°1 ; vol.72, pg 343-367

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1975 - Volume 72 - Numéro 1 - Pages 343-367
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1975
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Gérard Bailloud
Les céramiques « cannelées » du Néolithique morbihannais
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1975, tome 72, N. 1. pp. 343-367.
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Bailloud Gérard. Les céramiques « cannelées » du Néolithique morbihannais. In: Bulletin de la Société préhistorique française.
1975, tome 72, N. 1. pp. 343-367.
doi : 10.3406/bspf.1975.8339
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1975_hos_72_1_8339Bulletin de la Société préhistorique française, tome 72, 197ô, Etudes et Travaux
"cannelées"
Les céramiques
du Néolithique morbihannais
par Gérard Bailloud (*)
HISTORIQUE L'existence supposée d'une telle tradition cér
amique possédant une certaine homogénéité à la
fois chronologique et culturelle à l'échelle de En 1938, Jacquetta Hawkes publiait une ambit l'Europe occidentale sert encore d'armature, en ieuse synthèse, à l'échelle européenne, concer 1953-54, à l'étude synthétique de S. Piggott sur nant une variété de céramique néolithique ou le Néolithique et le Chalcolithique de la France chalcolithique définie par elle de façon plutôt (Piggott, 1953-54), où des groupes à céramique ambiguë sous le nom de channeled ware (Hawk
cannelée (Fontbouïsse, Peu-Richard, Conguel) es, 1938). Malgré ce terme qui suggère de façon
servent à définir, avec les Campaniformes, Seine- inintentionnelle un rapprochement avec le mot
Oise-Marne et quelques autres variétés céramifrançais cannelé, la définition de la channeled
ques, un horizon « chalcolithique » à l'échelle ware est loin d'être appuyée uniquement sur
de la France. l'emploi d'une technique décorative particulière,
et comprend à la fois des éléments de technique Très peu de temps après, l'essor des fouilles
et de répertoire décoratif. Le mieux est de rappel concernant la période néolithique en France,
er le texte même de l'auteur (1). Après l'avoir ainsi que le progrès des recherches dans les pays
tant bien que mal définie, J. Hawkes décrivait voisins, montraient à l'évidence que la channeled
dans toute l'Europe occidentale de nombreux ware de J. Hawkes incluait des éléments qui, en
groupes régionaux de cette « céramique cannel dépit d'une certaine parenté stylistique, ressor-
ée », en cherchant à mettre ceux-ci en relation tissaient à des cultures très largement étalées
génétique selon l'optique diffusionniste alors en dans le temps et qu'elle ne pouvait à l'évidence
pleine vogue. Dans cette diffusion supposée de la pas constituer un fossile directeur utilisable, que
Méditerranée vers le Nord-Ouest de l'Europe, ce soit sur le plan chronologique ou sur celui de
par voie maritime et continentale à la fois, l'apparentement culturel. C'est ainsi qu'en Lan
J. Hawkes voit moins l'effet de déplacements de guedoc, la céramique cannelée du Néolithique
population que celui de la migration de symb ancien (Cardial et surtout Epi-Cardial) n'a stri
oles, apparentés aux motifs ornant les idoles ctement rien à voir avec celle de la culture chalco
ibériques et les mégalithes ibériques, bretons et lithique de Fontbouïsse, et ni l'une ni l'autre
irlandais, symboles qui furent à un certain n'ont de relations avec les céramiques de Peu-
moment « l'expression d'une communauté Richard ou de Conguel de l'Ouest de la France.
d'idées originelle dérivée d'un culte qui, sous des En Bretagne, qui nous concernera plus partformes variées, était répandu dans les régions iculièrement dans ce travail, P.-R. Giot et J. L'Hel- méditerranéennes ». gouach renoncent également rapidement à la
pseudo-unité de la channeled ware ou de la
céramique de Conguel telle que l'avait définie (*) Centre National de la Recherche Scientifique, Paris. S. Piggott en 1954, en y englobant des éléments (1) « To find a comprehensive name for the type of pottery certainement très différents sur le plan de la under consideration is a hard task ; its most universal criterion is an engraved ornementation, with a tendency towards chronologie. En 1962, ces auteurs, dans un formal arrangement, that is often built up from groups of concentric semicircles and panels or bands of horizontal and ouvrage de synthèse consacré à la Préhistoire
vertical lines... This may be executed in deep narrow grooves, de la Bretagne (Giot, L'Helgouach et Briard, or in shallow broad ones, in a variety of stab-and-drag 1962) séparent très nettement deux éléments techniques, or even, in a hybrid form, in cord ; while the semicircle motive, though widely characteristic is not an dans la céramique cannelée de J. Hawkes, en se absolutely essential element. I have been driven at last to basant à la fois sur la technique céramique et select the inadequate but inclusive term of channeled ware, as it is suggestive of the French term cannelure, already asso sur celle de la décoration : d'une part une vériciated with some branches of this pottery, without excluding table channeled ware, au décor de cannelures any of the other variants. »
343 sur céramique de bonne qualité, relativement aux décors à section curviligne dont la largeur
rare et bien illustrée par la poterie du Castellic est supérieure à 3 mm. Pour les décors de traits
et du Mané-Hui en Carnac ; d'autre part une cannelés et de cannelures, la profondeur relative
céramique beaucoup plus grossière, au décor de l'impression n'est pas sans intérêt ; d'une
beaucoup plus incisé que cannelé, dont la bonne façon générale, les impressions les plus légères
série de vases recueillie par F. Gaillard dans le paraissent être caractéristiques des sites les plus
dolmen de Conguel en Quiberon est particuli anciens ; dans certains cas, le trait est si peu
èrement représentative. Ultérieurement, J. L'Hel- profond que le motif est difficilement lisible,
gouach devait préciser ces deux aspects, d'abord ce qui expliquera certaines différences de lec
en publiant une étude détaillée du mobilier du ture selon les auteurs.
dolmen de Conguel (L'Helgouach, 1962), puis en Pour la présentation des matériaux, nous procaractérisant brièvement un « groupe néoli céderons évidemment site par site, mais les bases thique du Castellic » 1971, pp. d'un classement sont difficiles à établir. Un 182-183). classement géographique ne présente guère d'in
Il ne semble pas cependant que tout ait été dit térêt, car l'aire de distribution des sites concer
sur les céramiques « cannelées » bretonnes. En nés est relativement restreinte : la presque
reprenant ce terme ici, notre but n'est aucune totalité des gisements à poterie cannelée est
ment de remettre à la mode les ambitieuses, concentrée dans la zone côtière et insulaire du
mais fallacieuses synthèses de J. Hawkes et département du Morbihan, et particulièrement
S. Piggott. Notre motivation est triple : en pre dans la région située entre la rivière d'Etel et le
mier lieu, il nous paraît très souhaitable de golfe du Morbihan, où se trouve également,
publier une masse de matériaux restée jusqu'ici notons-le dès maintenant, la majorité des do
inédite, ou très insuffisamment publiée, et qui lmens ornés de Bretagne. Hors du Morbihan, on
permettra de mieux appréhender les problèmes ne peut citer qu'un petit groupe de vases pro
posés par ces types céramiques ; en second lieu, venant de dolmens du Sud-Ouest du Finistère,
nous voulons compléter l'inventaire des groupes et illustrant un seul des aspects culturels connus
à céramique cannelée qui peuvent être individual dans le Morbihan. Ni la côte nord, ni le centre
isés en Bretagne, préciser leur position chrono de la péninsule armoricaine ne présentent le
logique et les relations, s'il en est, qui existent moindre matériel apparenté à celui qui nous
entre eux. Enfin, le problème de relations éven préoccupe.
tuelles des groupes bretons à céramique cannel Un classement chronologique présente un
ée soit avec d'autres ensembles céramiques de intérêt bien supérieur, à condition de ne pas
l'Ouest de l'Europe, soit avec l'art mégalithique reposer au départ uniquement sur des bases de
atlantique mérite d'être au moins brièvement typologie céramique, ce qui serait considérer réexaminé. Cette étude n'a été possible que comme a priori résolu les problèmes qu'il s'agit
grâce à l'obligeance des Conservateurs des Mus justement d'étudier. Mais l'ordonnancement des ées de Carnac, de Vannes et de Saint-Germain- matériaux dans le temps sur d'autres bases pré
en-Laye, qui nous ont donné toutes facilités pour sente de sérieuses difficultés, difficultés qui sont
travailler sur les collections dont ils ont la d'ailleurs communes à toute l'étude du Néoligarde : qu'ils en soient ici remerciés. thique breton : absence totale de stratigraphies,
due à la faible épaisseur des sols ; rareté des
ensembles clos, due à l'usage quasi-exclusif de
sépultures collectives utilisées pendant de très PRESENTATION DES MATERIAUX nombreux siècles, ainsi qu'à l'absence de fosses
dans les rares habitats décelés. Nous sommes
cependant, pour l'étude des céramiques cannelPour de simples raisons de commodité, nous
ées, un peu plus favorisés sans doute que pour conservons dans cette étude, à la suite de
J. Hawkes, le terme de céramiques cannelées les autres styles céramiques du Néolithique
armoricain. Au Castellic en Carnac, une dépresdans un sens très général, dépassant de beau
sion naturelle entre des blocs rocheux a permis coup la signification de : céramique décorée de
la conservation d'un ensemble archéologique cannelures. Dans la description des décors, cepen
homogène et d'un grand intérêt, qui permet de dant, il convient d'utiliser un vocabulaire beau
coup plus précis. Nous appellerons incisés les définir un horizon chronologique à céramique
motifs linéaires exécutés avec une pointe aiguë, cannelée remontant au Néolithique moyen. Si
c'est-à-dire déterminant dans l'argile du vase un l'homogénéité des matériaux recueillis dans les
petits « camps » en éperon barré de Pen-Men décor en creux à section en V ; ces motifs sont
dans l'ensemble rares. La plupart des décora à Groix et de Groh-Collé en St-Pierre-Quiberon
tions linéaires dont nous aurons à nous occuper est moins certaine, le coffre du Mané-Hui en
ont été effectuées avec des outils à pointe mousse Carnac et les coffres ou foyers d'Er-Lannic repré
sentent à nouveau des milieux clos. On ne peut (probablement en bois ou en os), donnant sur
que regretter qu'il ne soit plus possible aujourla surface du vase une dépression à profil en U ;
d'hui de reconstituer foyer par foyer l'inventaire lorsque celle-ci est relativement étroite (1 à
3 mm) nous emploierons le terme de trait du mobilier recueilli lors des fouilles d'Er-Lannic,
où la céramique cannelée est particulièrement cannelé : c'est le cas de beaucoup le plus
abondante. Enfin parmi les mobiliers dolméni- commun. Le terme de cannelure sera réservé
344 si difficiles à utiliser le plus souvent dans lement, et de plus des lignes horizontales ornant qiies,
les études de chronologie, celui du petit dolmen la partie supérieure (Hawkes, 1938, fig. 5, n° 2
de Conguel en Quiberon apparaît comme un des et pi. IV, rangée du haut).
plus utilisables, et il a permis à J. L'Helgouach — Le petit vase à épaulement dit « de
(1962) de définir deux horizons chronologiques Baden », et dont la provenance est vraisembla(Conguel inférieur et Conguel supérieur) de blement le dolmen aujourd'hui détruit de la l'évolution des céramiques cannelées au Néoli Pointe du Berchis en Larmor-Baden ; celui-ci de thique final / Ghalcolithique. même est décoré, sur l'épaulement et sur le col,
L'étude des industries lithiques associées aux de motifs incisés très originaux plusieurs fois
ensembles clos ou supposés s'inscrire dans une reproduits (3) ; la forme est typiquement chas
durée relativement brève peut fournir quelques séenne, de même que « l'encoche labiale » qui
éléments chronologiques. Les ensembles cér se trouve au fond de ce récipient et qui est très
amiques dont la qualité technique est la meilleure, caractéristique du Chasséen morbihannais.
dont les formes sont les plus proches de celles — Eliminons aussi les fragments d'un vase de la céramique chasséenne sud-armoricaine, décoré du dolmen ouest de Mané-Kérioned en comme ceux de Lann-Vras (Le Castellic) et du Carnac, également cité par les auteurs britanMané-Hui en Carnac, sont associés à des flèches niques, et figuré par J. Hawkes (1938, fig. 8) : exclusivement tranchantes. A Er-Lannic par il est évidemment postérieur au Néolithique contre, Z. Le Rouzic a recueilli à la fois des (Bronze final ?). flèches tranchantes (69) et à pédoncule et ail
erons (16) ; les unes et les autres se trouvent 1) Lann-Vras près du Castellic (Carnac) (4).
dans les foyers et l'association flèche à pédonc Les recherches dans la lande dite Lann-Vras, ule et ailerons -f- vase-support, inconnue à 700 m au Sud-Ouest du hameau du Castellic, ailleurs en France, a été observée 3 fois (foyers se sont déroulées en plusieurs étapes. A la suite 26, 46 et 50 ; Le Rouzic, 1930). Enfin dans les de la mise au jour de matériel archéologique habitats de Groh-Collé en St-Pierre-Quiberon et par les carriers, F. Gaillard a fouillé le 30 avril d'Er-Yoh à Houat, où la céramique cannelée n'a 1891 une dépression naturelle dans le sol plus la belle qualité de celle de Lann-Vras ou rocheux contenant un mobilier néolithique abond'Er-Lannic, les flèches tranchantes ont presque dant et de bonne qualité, qu'on doit vraisembladisparu, alors que les flèches à pédoncule et blement considérer comme des débris provenant ailerons sont nombreuses. Le dolmen de Conguel d'un habitat. Ce matériel, essentiellement cérn'a malheureusement pas livré d'armatures de amique (5), a été décrit par Gaillard de façon flèches. précise (Gaillard, 1893), mais les illustrations
Si ténus soient-ils, nous utiliserons ces indices correspondantes n'ont pas été publiées. Il faudra
comme éléments d'orientation pour ranger dans attendre près de 80 ans pour que les principaux
un ordre grossièrement chronologique les ensemb tessons ornés soient figurés par J. L'Helgouach
les à céramique cannelée du Néolithique mor- (L'Helgouach 1971, pi. 12, nos 16 à 28), qui les
bihannais. Mais avant d'en aborder la présent attribue d'ailleurs au tertre fouillé non loin de
ation, Ц convient de préciser qu'on n'y trouvera là en 1922 par Péquart et Le Rouzic (Le Rouzic
pas un certain nombre de sites régulièrement et Péquart, 1923). Il s'agit d'une céramique
cités dans les travaux britanniques évoqués parfaitement homogène de très belle qualité,
ci-dessus : il s'agit de mégalithes ayant livré des fine et presque toujours lustrée, dont la couleur
vases isolés de forme et de technique chas- dominante est le brun, avec des variations de
séennes, mais pourvus d'un décor inhabituel brun-rouge à beige. La céramique décorée (la
dans cette culture, et apparenté de plus ou moins seule conservée) se rapporte à un nombre de
près à celui des séries que nous étudierons ult formes extrêmement limité : quasi-exclusive
érieurement. Ainsi : ment nos 5, des 8, bols 11 ; à fig. carène 2, nos franche ou adoucie (fig. 1, 4, 16), à fond convexe — Le vase à épaulement, souvent représenté
sans aucun doute. Un seul tesson se rapportait (2), du dolmen nord de Mané-Bras à Kervilor
probablement à un bol à épaulement, si l'on en en La Trinité-sur-Mer, qui porte sur l'épaule-
juge par la rupture de profil assez brusque qu'il ment des séries de 20 demi-cercles emboîtés, montre au niveau de la cassure (fig. I, n° 10). traités en trait cannelé très étroit. Si le décor est
La préhension est assurée par des boutons original, la forme est typiquement chasséenne, (fig. 2, n° 21), des languettes non perforées comme la technique et la localisation du décor,
(fig. 2, n° 22) ou perforées verticalement (fig. 1, qui ne manque pas de parallèles dans le Chas-
séen méridional (cf. Arnal, Bailloud et Riquet,
1960, fig. 29, n° 2 ; fig. 30, nos 2, 3). (3) Chatellier P. du, 1897, pi. 5, n° 6-7 ; Luco, Bull. Soc. — Un vase à épaulement du dolmen à cou Polym. Morbihan, 1881, pi. IV ; Dechelette J., Manuel, I, 1924, fig. 206, il» 7 ; L'Helgouach J., 1965, fig. 42, n° 5 ; loir du Moulin-des-Oies en Belz, qui a également L'Helgouach J., 1971, pi. 116, n° 9. Musée de Vannes. des séries de demi-cercles emboîtés sur l'épau- (4) Gaillard F., 1893 ; Chatellier P. du, 1897, pi. 6, noil 1
ii° à 4 1-2 ; ; Arnal Giot P.-R., J., Bailloud L'Helgouach G. et J. Riquet et Briard R., J., 1960, 1962, flg. pi. 54, 2
(à l'envers) ; L'Helgouach J., 1971, pi. 112, n°s 16 à 18, 20 à 28. Musée de Carnac. pi. L'Helgouach (2) 116, Hawkes n° 3. J., Musée 1938, 1965, de fig. Carnac. 7 38, ; Piggott n° 1 ; S., L'Helgouach 1954, fig. 8, J., nu 1971, 9 ; (5) Seuls les tessons décorés et les organes de préhension ont été conservés.
345 ,
11
10 " — c
Fig. 1. — 1 à 11 : Lann-Vras, Le Castellic, Carnac (Musée de Carnac).
346 n" 10 n" 12), ; par fig. des 2, n" anses 19), funiculaires parfois jumelées de type (fig. banal 2,
(fig. n" 23). 2, n" Ces 20) éléments ou à ensellement sont situés le médian plus souvent (fig. 2,
au niveau de la carène, mais parfois aussi près
du bord (fig. 1, n° 10). On notera l'existence
d'un vase à goulot tubulaire (fig. 1, n° 1), trop
grand pour être comparé aux classiques « bibe
rons » d'Italie du Nord et d'ailleurs.
Les vases décorés comprennent deux caté
gories : de grands vases probablement en forme
de sac, dont le décor se résume à une ligne de
n° gros 9), boutons et les au vases repoussé carénés soulignant dont le col décor (fîg. est 1,
beaucoup plus complexe et plus varié. Un des
traits les constants de l'ornementation est
l'existence d'une ligne d'impressions horizontale
au niveau de la carène, qui est parfois rendue
plus épaisse et plus aiguë par l'adjonction d'un
nos 15, bourrelet de pâte supplémentaire (fig. 2,
18) ; ces impressions sont de types très variés :
nos circulaires 6 à 8), ou ovalaires punctif (fig. ormes 1, n° (fig. 11 1, ; fig. n° 5 2, ; n° fig. 17), 2,
losangiques n° 16), cunéiformes (fig. 2, n° (fig. 15), 1, triangulaires n° 8 ; fig. 2, (fig. n° 4), 2,
etc.. Le décor occupe la totalité de la partie
comprise entre le rebord et la carène, sans
jamais empiéter sur la partie du vase située au-
dessous de celle-ci. Les techniques décoratives
utilisées sont l'impression punctiforme (rare :
fig. 1, n° 5), l'incision (fig. 1, n° 2 ; fig. 2, nos 1,
6 à 8, 10, 11), le trait cannelé (rare : fig. I, n° 3)
n° et la 5). cannelure Celle-ci est (fig. parfois 1, nos très 7, 8, légère, 10, 11 au ; fig. point 2,
d'être à peine visible, ce qui explique que cer
taines de nos lectures diffèrent parfois un peu
de celles de J. L'Helgouach (fig. 1, n° 8). Les
motifs sont assez variés. On notera tout d'abord
l'abondance nos 6 à 8) ou des emboîtés demi-cercles (fig. 1, juxtaposés nos (fig. 2,
n" 2), le plus souvent sous le rebord 7, 11 ; ou fig. au- 2,
dessus de la carène, mais parfois englobés dans
des motifs très complexes (fig. 1, n° 2). Moins
complexes n° 8 ; fig. sont 2, le n° motif 9) qui onde pourrait horizontal dériver (fig. du 1,
précédent, le motif en rameau (fig. I, n° 2 et peut-
être aussi n° 8), ou l'ornementation se résumant
n° 10). à de simples cannelures verticales (fig I,
Homogène et relativement abondant, cet ensemble
céramique convient admirablement à la défini
tion d'un type original, connu dans d'autres
sites morbihannais que nous passerons en revue.
Après la fouille de Gaillard, le site de Lann-
Vras fut fréquenté épisodiquement par les
archéologues qui y firent des trouvailles isolées
se rapportant au même faciès archéologique
n° 7, recueilli en 1896). Les seules fouilles (fig. 1,
ultérieures furent cependant celles de Z. Le
Rouzic et M. et St-J. Pequart en 1922, qui concer
nèrent un tertre bas situé à une centaine de
mètres au Sud de la fosse explorée par F. Gail
lard (Le Rouzic et Pequart, 1923). Cette fouille
livra des structures intéressantes, dont des data
tions С 14 ultérieures ont précisé l'âge néolithique moyen et le remaniement à une époque Fig. 2. — 1 à 23 : Lami-Vras, Le Castellic, Carnac (Musée de Carnac).
347 plus tardive. Mais le mobilier fourni par ce qu'il y a, sous la ligne de boutons, le motif des
monument est misérable et ne se prête à aucun doubles demi-cercles passant à la double ligne
commentaire particulier ; quelques tranchées ondée, déjà décrit au Mané-Hui, surmontant des
et sondages effectués par les fouilleurs de 1922 séries de emboîtés, thème bien
dans un rayon d'une centaine de mètres autour connu à Lann-Vras.
du tertre permirent de retrouver quelques
4) Dolmen à couloir de Kerlagat (Carnac). tessons décorés dans le même style que ceux
Au Sud-Est de la ferme de en Garnac nos recueillis 4, 6 ; par fig. Gaillard 2, nos 3, trente 4). ans plus tôt (fig. 1, et à peu de distance de Lann-Vras se trouve un
tertre circulaire recouvrant deux dolmens à coul2) Tumulus du Mané-Hui à Kerléarec (Car oir, fouillés en 1905 par De Keranflech, puis par nac) (6). Lukis ; en 1927, Z. Le Rouzic devait restaurer
Ce grand tumulus de 88 X 22 m n'a été ces monuments et revoir les déblais des fouilles
exploré que très partiellement. La seule fouille anciennes. Dans le compte rendu de ces travaux
qui ait fourni du mobilier est celle d'un coffre (Le Rouzic, 1930 a), il note : « Le tamisage et
fermé exploré en 1896 par F. Gaillard (Gaillard, le lavage des terres sorties du premier dolmen,
1897). Z. Le Rouzic y a exploré ultérieurement le plus à l'Est et qui est à grand dallage, m'ont
3 petits coffres sans mobilier (1903). Le mobilier donné... des débris de 8 vases dont deux portent
recueilli par Gaillard correspond probablement un ornement formé de deux rainures en forme
à une sépulture unique et peut être considéré de fer à cheval, semblable à certains ornements
comme homogène. Il comprend plusieurs haches découverts dans le cromlech d'Er-Lannic ». Nous
polies fragmentées, 7 flèches tranchantes en n'avons pas retrouvé ces tessons dans les collec
silex, 6 tessons d'un grand vase orné d'une ligne tions du Musée de Carnac, mais il doit s'agir,
de boutons au repoussé sous le col (fig. 3, noS 2-3) ici comme à Er-Lannic, de tessons décorés dans
et un vase reconstituable (fig. 3, n" 1) dont la le même style que ceux que nous avons décrits
technique, la forme et la décoration se rappro dans les paragraphes précédents.
chent très étroitement de la céramique de Lann-
Vras décrite plus haut. Il s'agit là encore d'un 5-6) Dolmens à couloir de Kergouret (Carnac)
et de Kermarker (La Trinité-sur-Mer) . grand bol caréné, de teinte brune et lustré, dont
la carène avivée intentionnellement est souli Il s'agit là encore de dolmens à couloir sous gnée par une ligne d'impressions ; elle porte tumulus rond ; le premier a été exploré par F. deux languettes horizontales également recou Gaillard en 1885, et était déjà bouleversé à cette vertes par les impressions. Le décor de la partie époque. Le rapport de fouille (Bull. Soc. Anthrop. supérieure du vase, au trait cannelé, possède Paris, 1886, pp. 160-162) ne mentionne, en fait de nombreux éléments communs avec l'un des de céramique décorée, que du Campaniforme ; vases de Lann-Vras (fig. I, n° 2) : motifs en cependant un tesson du Musée de Carnac, assez rameau et en bouquet, doubles demi-cercles épais mais de bonne qualité, brun-rouge à noir emboîtés passant ici clairement au motif onde, et un peu lustré, porte un décor de demi-cercles composition en oblique d'une partie du décor, emboîtés (fig. 3, n° 12) comparable à ce qui est qui s'adapte à la forme triangulaire des motifs connu à Lann-Vras et Mané-Rouquellec ; l'éten bouquet. iquette collée au dos porte, de la main de F.
Gaillard, la mention « tumulus de Kergouret, 3) Mané-Rouquellec (Plouharnel) (7). Carnac, fragment pareil à Kermarker, février La nature du site est indéterminée, celui-ci 1886 ». Nous n'avons pas trouvé de traces de ayant déjà été irrémédiablement mutilé par les ce dernier tesson (la fouille de Gaillard à Kercarriers au moment (Juin 1893) ou F. Gaillard marker date de juillet 1887). y a recueilli, dans les déblais de ceux-ci, quel
ques objets. De ceux-ci n'ont apparemment été 7) Dolmen à couloir d'Er-Roh (Arradon) (??).
conservés qu'un lot de tessons décorés se rap Avant sa récente transformation, le Musée de portant tous à la partie supérieure d'un même Vannes montrait, sous l'étiquette « dolmen d'Er- vase ; il s'agit d'un bol en belle poterie fine, Roh à Arradon », deux tessons de bonne qualité, brun lustré, orné d'une ligne de boutons au rouges lustrés, décorés de demi-cercles superrepoussé sous le rebord et de motifs exécutés posés, tout à fait dans la manière de Lann-Vras au trait cannelé très peu appuyé, si léger que la (fig. 3, nos 8 et 9) ; actuellement un de ces lecture des motifs est très délicate, ce qui tessons figure sous l'étiquette « dolmen de La explique des différences sensibles entre les Migourdie, Plumelec, époque romaine » ; nous auteurs ; nous ne garantissons pas absolument pouvons affirmer que ces tessons, non tournés, la lecture des quelques tessons représentés ici ne sont pas romains, et cette dernière provefig. 3, nos 5 à 7 ; on peut cependant affirmer nance apparaît invraisemblable, le rapport de
fouille du dolmen de La Migourdie (Bull. Soc.
Polym. Morbihan, 1885) ne mentionnant pas la (6) Gaillard F., 1897, pi. 5, n° 10-11 ; Chatkllikr P. m\ présence de céramique préhistorique. Malheu1897, pi. 6, nos 6 à 8 ; Piggott S., 1954, fig. 8, n° 8 ; Arnal .T., 1ÎAILLOUD G. et Riquet R., 1960, fig. 53, n° 3. Musée des Anti reusement ces tessons ne sont pas marqués et quités Nationales. le catalogue du Musée de Vannes ne mentionne (7) Gaillard F., 1894 ; Chateli.ier P. du, 1897, pi. в, n° 5. expressément aucune trouvaille comparable dans Musée des Antiquités Nationales.
348 Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 3. — 1 à 3 : Le Mané-Hui, Kerléarec, Carnac. — 4 à 7 : Le Mané-Rouquellec, Plounarnel. — 8, 9 : dolmen d'Er- Roh, Arradon (?). — 10, 11 : tumulus nord du Manio, Carnac. — 12 : dolmen de Kergouret, Carnac. — 13 : de Mané-Gravor, Carnac (1 à 7, 13 Musée des Antiquités Nationales. — 8, 9 : Musée de Vannes. — 10 à 12 : Musée de Carnac) .
349 le dolmen d'Er-Roh. Un doute plane donc sur 10) Er-Lannic (Arzon) (9).
l'origine de ces objets, qui nous paraissent de Bien qu'il soit l'un des plus prestigieux des toute façon se rattacher sans aucun doute à la sites néolithiques du Morbihan, et très certaintradition céramique que nous étudions. ement celui d'entre eux qui a livré le mobilier le
plus abondant, Er-Lannic reste relativement mal 8) Tumulus Nord du Manio (== Mnnio 5) (Car- connu. Les seuls travaux sérieux qui aient été nac). faits sur ce minuscule îlot de 100 X 132 m,
certainement rattaché à la terre ferme au NéoCe tumulus est le plus important du groupe
lithique, sont ceux menés par Z. Le Rouzic de du Manio et est proche par ses dimensions 1923 à 1925, dont la restauration du cromlech (60 X 22 m) du tertre de Mané-Hui. Ses struc nord était l'objectif principal. Ces travaux ont tures internes, connues par la fouille faite par amené la mise au jour de nombreux petits coffres Z. Le Rouzic en Mai 1916 (Le Rouzic, 1921) ou foyers, qui ne se rencontrent pas seulement évoquent à la fois ce dernier tertre (coffre rec à proximité immédiate des menhirs du cromlech, tangulaire en petites dalles) et les autres tertres mais aussi bien au-delà de celui-ci, sur toute la du Manio (enceinte quadrangulaire, coffre en surface explorée par Z. Le Rouzic. De ce fait, ruche). Le mobilier, dont de rares tessons ornés, la liaison directe et le synchronisme entre le était dispersé tant à l'intérieur qu'à l'extérieur
cromlech d'une part, les coffres et le mobilier des deux coffres. Z. Le Rouzic signale la décou qu'ils contiennent d'autre part sont loin d'être verte d'un rebord de vase orné de deux rangs assurés. La répartition très uniforme des fragde boutons en relief (non retrouvé) et le mobil ments de vases-supports dans les coffres ou ier conservé au Musée de Carnac montre un foyers de toute l'aire fouillée permet par contre tesson décoré de deux cannelures horizontales, d'attribuer ceux-ci à une seule et même période un bord de vase portant deux larges cannelures
chronologique, la longévité de ce type ne devant presque verticales (fig. 3, n° 10) et un tesson pas avoir été fort importante. Mais une partie décoré de lignes de ponctuations (fig. 3, n" 11), non négligeable du mobilier a été recueillie hors thème connu à Lann-Vras et Er-Lannic. Dans des foyers et peut théoriquement illustrer son ensemble, la céramique recueillie dans le d'autres périodes d'occupation du site. Il n'en tertre nord du Manio est de bonne qualité, est que plus regrettable de ne plus pouvoir isoler lissée et très souvent lustrée, de teinte brune à aujourd'hui les ensembles clos du reste, et de rougeâtre, techniquement proche de celle des devoir examiner en bloc tout le matériel récolté, autres sites à poterie cannelée. Rappelons que
où les éléments post-néolithiques sont heureusele seul des autres tertres du Manio à avoir livré ment en proportion tout à fait négligeable. Une une série céramique intéressante, celui du part notable de ce très abondant mobilier a été Manio 2, n'a pas fourni de tessons décorés, et réenterrée sur place après la fouille, et seuls que les formes reconstituables, à une exception sont conservés au Musée de Carnac les bords, près, sont proches de celles de la poterie chas- les fonds, les éléments de préhension et les séenne morbihannaise (Le Rouzic, 1934, fig. 1 ; tessons décorés. Il n'y a donc guère de formes L'Helgouach, 1971, pi. 116, n° 11).
reconstituables, mais il semble bien, d'après
l'étude des tessons décorés, que la plupart des 9) Dolmen de Mané-Gravor (Carnac). vases n'étaient représentés que par un fragment
Du dolmen ruiné de Mané-Gravor, à l'Ouest du ou un nombre infime de tessons. De cette cér
Moustoir en Carnac, le seul élément mobilier amique abondante et variée, seuls les vases-
supports ont été étudiés et publiés en détail ; connu, et souvent cité et figuré (8), est un petit
vase entier à fond plat, muni d'un bec-verseur, il est vrai qu'ils représentent un nombre de
de couleur brun noirâtre. Ce vase est décoré, vase (162) considérablement plus élevé que
sous le rebord, d'un motif de chevrons exécutés l'ensemble des vases-supports trouvés jusqu'à
au trait cannelé double, se transformant en présent non seulement en Bretagne, mais même
demi-cercles pour contourner le bec-verseur (fig. dans toute la France, et ceci justifie amplement
3, n° 13). L'utilisation du double trait cannelé, l'intérêt qui y a été porté. Mais le reste de la
non utilisé au Néolithique final, nous incite à céramique, connu seulement par une photo très
rapprocher le vase du Mané-Gravor de ceux de réduite (Le Rouzic, 1930 b, fig. 4), ne mérite
sites tels que Lann-Vras, le Mané-Hui et le pas moins d'attirer l'attention. Contrairement à
Mané-Rouquellec ; la forme suggérerait par ce qu'on pourrait attendre après l'intérêt exclusif
porté aux vases-supports depuis 50 ans, les contre une datation plus tardive ; en fait, ce
vase n'a pas de proche parallèle dans tout le éléments typiquement chasséens, loin d'être
Néolithique breton et est de ce fait difficile à dominants, font plutôt figure d'exceptions. Nous
situer chronologiquement d'une façon précise. en avons représenté l'essentiel sur la figure 4.
Il s'agit de fragments de vases de céramique fine
et bien cuite, bien lissée et un peu lustrée, de
fig. (8) 9, Chatellier n» 4 ; Daniel P. G., du, 1960, 1897, pi. XV 7, a n° ; Arnal 8 ; Piggott J., Bailloud S., 1954, G. (9) Chatellteh P. du, 1897, pi. 4 ; Le Rouzic Z., 1930 b ; et Riquet R., 1960, fig. 43, n« 4. Musée des Antiquités Na Le Rouzic Z., 1934, fig. 10, n° 1. Musée de Carnac et Musée des tionales. Antiquités Nationales.
350 Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 4 — 1 à 22 : Er-Lannic, Arzon (Musée de Carnac).
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