Les enquêtes scientifiques françaises et l'exploration du monde exotique aux XVIIe et XVIIIe siècles - article ; n°1 ; vol.52, pg 143-155

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Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient - Année 1964 - Volume 52 - Numéro 1 - Pages 143-155
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1964
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Pierre Huard
Ming Wong
Les enquêtes scientifiques françaises et l'exploration du monde
exotique aux XVIIe et XVIIIe siècles
In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 52 N°1, 1964. pp. 143-155.
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Huard Pierre, Wong Ming. Les enquêtes scientifiques françaises et l'exploration du monde exotique aux XVIIe et XVIIIe siècles.
In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 52 N°1, 1964. pp. 143-155.
doi : 10.3406/befeo.1964.1592
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1964_num_52_1_1592LES ENQUÊTES SCIENTIFIQUES
FRANÇAISES
ET L'EXPLORATION DU MONDE EXOTIQUE
AUX XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES
par
P. HUARD et M. WONG<»
La révolution scientifique du xvine siècle vaut dans tous les domaines. A la
curiosité désordonnée et individuelle du Moyen Age et de la Renaissance, succède
un mode de connaissance plus précis et plus quantitatif, facilité par les progrès
dans la technique des moyens de transports terrestres et maritimes. Faute d'an
nuaires, de statistiques et d'archives, faute de documentation, les enquêtes étaient
obligatoires aux xvne et xvine siècles dès qu'il s'agissait d'une question un peu
importante intéressant l'État, les Sociétés Savantes ou les simples curieux. Leur
forme très variée va d'un simple questionnaire à des navigations au long cours
ou à de grands voyages terrestres. Il est difficile de les énumérer tous; beaucoup
plus malaisé de les classer et de les apprécier. Leurs conséquences sont la consti
tution de musées, de cabinets de curiosités, de collections et de jardins qui prennent
dans toute l'Europe une importance considérable. Essayons de donner un pano
rama de ce vaste mouvement en nous limitant à la France et en éliminant les
enquêtes sur la Chine qui méritent, à elles seules, une étude spéciale.
XVIIe SIÈCLE
Les initiatives partent de l'Académie des Sciences, du premier médecin du Roi
et aussi du gouvernement. Henri IV et Louis XIII s'intéressent aux pays lointains
et encouragent l'apothicaire Jean Mocquet à faire ses voyages en Afrique, en
Asie et aux Indes Occidentales et Orientales entre 1601 et 1615. Louis XIII crée
même au Louvre un « Cabinet de Singularitez » dont il donne la garde à Jean
Mocquet. Comme son père avait créé le Jardin Botanique de Montpellier (1593),
(!) Pour la bibliographie générale, consulter Nguyen Thanh Buu, La Médecine navale et exo
tique française au XVIIe et au XVIIIe siècle, Thèse de Paris, 1962. 144 P. HUARD ET M. WONG
Louis XIII créa la Jardin royal des Plantes médicinales (1635). Pendant près de
cent ans (1635-1718), ce fut aussi un centre supérieur de recherches médicales
où Louis XIV fera diffuser la théorie de la circulation du sang, selon Harvey, par
Dionis et Joseph Guichard-Duverney.
Colbert, qui prit une part considérable à la formation de l'Académie des Sciences,
est le signataire d'une circulaire du 29-X-1672, recommandant aux agents diplo
matiques français de « faire recherche de manuscrits » pour la Bibliothèque du
Roi. C'est pour lui que le R. P. Raphaël, du Mans (1613-96), rédige son Etat de
Perse (1660).
Louvois (1641-1691) encouragea, en Chine, une enquête d'ordre technologique
et scientifique par des Jésuites, savants professionnels, pensionnés, qui se consa
crèrent uniquement à la recherche. Le gouvernement prit partiellement à sa charge
les trois voyages de YAmphitrite à Canton. Guy Crescent Fagon (1638-1718),
né et mort au Jardin du Roi, dont il était surintendant, était un grand amateur
de plantes exotiques. Il encouragea les recherches du R. P. Plumier (1646-1706)
aux Antilles (1689), du R. P. Feuillée (1660-1732) au Chili et au Pérou; de Tour-
nefort (1656-1708) au Levant (1700); de Lippi en Haute-Egypte et en Nubie;
II prôna la culture et l'usage du thé, du café et du cacao. Il introduisit l'ipéca
et le quinquina dans la médecine française. Il commença également à exporter
des plantes et des semences. Un pied de caféier venu de Batavia via Amsterdam
et multiplié dans une serre chaude (1714), fournira des graines à toutes les colonies
françaises (Y. Laissus).
Dès sa fondation, l'Académie des Sciences suscita des voyages scientifiques
et encouragea des voyageurs. Citons seulement l'astronome Richer à Cayenne
(1672).
Une place doit être faite aux voyageurs isolés, Exquemelin (1646 f après 1707),
chirurgien des boucaniers mais aussi naturaliste; le R. P. Ange Labrosse, auteur
d'une Pharmacopoea persica (1681) ; Dellon, médecin de la Compagnie des Indes,
auteur d'un des premiers traités de pathologie exotique (1685) ; F. Bernier (1620-
1688) médecin du grand Moghol; Surian (-f- 1696) et Vaux de la Martinière (f 1716),
collaborateurs du Père Plumier (1646-1706) aux Antilles.
XVIIIe SIÈCLE
Le XVIIIe siècle est celui de la curiosité, des collectionneurs, des cabinets d'his
toire naturelle W. Sa grande passion est l'acquisition de connaissances scienti
fiques et technologiques, accroissant le pouvoir de l'homme sur la Nature et fai
sant mieux connaître celle-ci. Aussi a-t-il la manie des renseignements et des
enquêtes. Il en fait à tout propos. L'abbé Berthe a montré que F. Dubois de
Fosseux (-{- 1817), secrétaire de l'Académie d'Arras à la veille et au début de la
Révolution, a écrit quelque 13.850 lettres de 1785 à 1793 dont certaines sont de
véritables enquêtes sur des sujets intéressants l'Académie.
Louis XIV avait diffusé jusqu'en Chine la découverte de Harvey sur la circu
lation du sang et envoyé des savants dans les différentes parties du monde connu.
Le Régent (1674-1723) continua cette tradition. Il avait installé au Palais Royal
d) A ce sujet, consulter Ed. Lamy, Les cabinets d'histoire naturelle en France au XVIIIe siècle
et le Cabinet du Roi (1635-1793), Rennes, 1930; Ant. Joseph Desallier d'Argenville, La Conchyo-
logie, Paris, 1742-1780; Ant. Nicolas d'Argenville, Conchyologie nouvelle et portative, Paris, 1767,
et L. V. Thiery, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, 1787. LES ENQUÊTES SCIENTIFIQUES FRANÇAISES 145
un laboratoire de Chimie très bien monté dont îe chef était Homberg (1652-
1715). Il s'intéressait également aux pays d'outre-mer. Par exemple, il avait
adressé à Le Maire, consul de France au Caire (-J- 1722), à la demande de Reaumur,
un questionnaire « sur la manière de faire éclore les poulets sans le secours des
poules », et un autre, lorsqu'il fut en poste à Damas, sur les techniques des damas-
quineries. C'est encore par l'intermédiaire du Régent, que Réaumur est renseigné
par d'Angervilliers (1675-1740), intendant d'Alsace, sur des méthodes sidérur
giques rhénanes. Le médecin du Régent, Pierre Chirac (1650-1732) reprit l'in
térêt de Fagon pour les plantes exotiques. C'est en partie, grâce à lui, que les capi
taines des navires durent ramener, en France, ces nombreuses plantes exotiques
qui firent de Nantes le « Jardin des Iles ». L'accession de Philippe V au trône
d'Espagne permit aux successeurs de Louis XIV d'obtenir que des expéditions
scientifiques françaises puissent aller en Amérique du Sud, soit seules, soit en
collaboration avec des savants espagnols. C'est ainsi que le R. P. Feuillée alla
herboriser au Chili (1708) ; que F. Frézier relia Saint-Malo au même pays (1712) ;
que La Condamine, les Godin, Bouguer et J. de Jussieu, partirent pour l'Amérique
du Sud (1735) suivis de Joseph Dombey (1742-1794).
Louis XV créa l'Académie de chirurgie et s'intéressa vivement aux Sciences
naturelles et à la Médecine.
Il s'informa des découvertes de Réaumur sur les insectes et le pria de les lui
exposer. Après sa mort, il fit lever les scellés de sa succession pour se faire montrer
deux pots de poison avec lequel les Amérindiens enduisaient leurs flèches (Torlais).
Il se fit démontrer par Daviel l'opération de la cataracte. Il eut à la Muette
son cabinet de physique et de curiosités. Il encouragea l'extension considérable
donnée par Buffon au Jardin du Roi par ses propres découvertes et celles des
autres naturalistes de son temps. Il avait un réel penchant pour la botanique
et voulut avoir à Trianon un grand jardin, ordonné suivant les classifications
les plus récentes. Le responsable en fut son médecin Louis-Guillaume Le Monnier
(1717-1799) qui enrichit les jardins du Trianon de végétaux venus de tous les
coins du monde. Il suivit le système de Linné et, nommé à la chaire de Botanique
de Jussieu l'Aîné, il céda sa place au célèbre Laurent de Jussieu. Le Monnier
avait la passion des plantes exotiques. En tant que botaniste et médecin de Louis XV
et Louis XVI, il sut mettre sur pied une excellente organisation de naturalistes
voyageurs qu'il adjoignit à toutes les grandes expéditions scientifiques ^.
II envoya Philibert Commerson (1727-1773) avec Bougainville autour du monde
(1766-1772); René Louiche-Desfontaines (1751-1833) en Barbarie; Jacques Julien
Houton de la Billardière (1755-1834) en Syrie et au Liban; André et François
André Michaux aux Amériques (1746); G. Samuel Perrotet dans les mers d'Asie
et de la Guyane.
Louis XVI eut la passion de la mécanique, de la météorologie ^ et de la géo
graphie. C'est lui qui supervisa les grandes lignes du voyage d'exploration confié
à La Pérouse.
L'exemple du Roi était suivi par la famille royale. Chez les Orléans, on connaît
le beau cabinet d'Histoire naturelle de Louis le Génovéfain (1703-1752) et celui
de son petit-fils Louis-Philippe (1725-1785) dont le garde était J. Et. Gettard
W Tourneux, Projet d'encouragement à des médecins sous Louis XVI, dans Chr. Méd., 1903,
p. 600.
(2) «Sa Majesté me faisait l'honneur de me faire demander par M. Lemonnier, son médecin ordi
naire, le résultat de mes observations 4 fois par jour», nous dit le R. P. Cotte (Table des observations
faites à Versailles sous les yeux du Roi, pendant l'année 1786).
BEFEO, LII-1 10 146 P. HUARD ET M. WONG
(1715-1786). Louis-Joseph, dit Égalité (1747-1793) eut aussi un cabinet fameux.
Il fit construire un observatoire au Palais Royal et prit une part active aux premières
ascensions en ballon (1784).
Chez les Bourbons, le duc de Bourbon (1692-1740), exilé à Chantilly en 1726,
réunit un cabinet d'Histoire naturelle, l'un des plus importants d'Europe. Son
fils, Louis-Joseph, prince de Condé (1736-1818) en confia la direction à Valmont
de Bomare (1732-1807). Confisqué en 1793 comme bien d'émigré, il fut attribué
au Museum W.
Nous n'insisterons pas davantage, renvoyant à la brochure d'Edouard Lamy
qui donne la liste des principales collections parisiennes contemporaines : 17 en
1742; 61 en 1780.
Les goûts de la famille royale sont évidemment ceux de toute une époque.
Dans la haute administration, comme dans le clergé, l'armée ou la marine,
les sciences comptent de nombreux amateurs.
Le marquis de Cousmont (1721-1789), frère aîné de Turgot, brigadier des armées
et ancien gouverneur de la Guyane, termina sa vie comme associé libre de l'Aca
démie des Sciences. Il ne doit pas nous faire oublier un officier subalterne du
régiment de Beaujolais (1761-1768), le chevalier de Lamarck, dont personne
ne prévoyait alors la célébrité.
La Marine devient une armée savante à partir du xvine siècle. Elle n'a plus
pour seule activité la guerre d'escadre ou la guerre de course. Beaucoup de voyages
faits par des navires de ont surtout pour but des observations astronomiques
et des calculs de longitude, le grand problème qui, à cette époque, excitait tous les
marins, évoqué par les noms d'Après de Mannevillette f2), de Claret de Fleurieu (3)
et de Borda <4).
Duhamel du Monceau ouvrit à Paris une École de Constructions navales
où des ingénieurs remplacent les anciens maîtres de hache. Le dépôt des cartes
et plans fut créé ainsi que l'Académie de Marine pour favoriser le développement
de l'hydrographie et de la navigation mathématique. Le genre botanique begonia
<!) La collection du Muséum s'enrichit au moment de la Révolution :
1. De la ménagerie de Versailles, 1792;
2. De la collection du Stathouder de Hollande, expédiée par Pichegru en 1795;
3. De celle des Condé (1793).
(2) A. de Mannevillette (1707-1780) mit au point le Neptune oriental (1745) qui remplaça le
Neptune français de Chazeïles (1693). On lui doit l'hydrographie des Mascareignes et de la côte
orientale d'Afrique. Dans son voyage de 1749, sur le Cheval Marin, il fit la première détermination
de la longitude en mer par le calcul des distances des étoiles à la lune et au soleil.
<3' Claret de Fleurieu (C. P.), Voyage fait par ordre du Roi en 1768 et 1769, à différentes
parties du Monde, pour éprouver en mer les Horloges marines inventées par M. Ferdinand Ber-
thoud, Paris, Imprimerie royale, 1773, 2 vol. in-4° de (4), lxxix, 803 p.; et (4), XL, 622 p.
Ch.-Pierre C. de Fleurieu (1738-1810) avait conçu l'idée avec le constructeur Berthoud d'une
montre marine presque invariable qui devait, pendant une longue traversée, indiquer exactement
l'heure constatée au moment du départ, ce qui est la grande moitié du problème puisqu'il n'y a plus
alors qu'à déterminer l'heure du vaisseau toujours obtenue par l'astronomie avec la plus grande
facilité et une exactitude suffisante. Berthoud désirait aussi une épreuve de ses horloges. Elle eut lieu
pendant la campagne de la frégate VIsis dont le commandement fut confié à Fleurieu. Il relâcha aux
Canaries, à Cadix, à Gorée, aux îles du Cap-Vert, aux Antilles et à Saint-Domingue... ayant ainsi
voyagé sous des latitudes diverses, il détermina et rectifia un grand nombre de points omis ou mal
indiqués sur les cartes.
<4> Le chevalier de Borda (1733-1799) participa au voyage de La Flore (1771-1772), commandée
par Verdun de la Crenne de l'Académie de Marine. Son état-major comprenait Pingre (1711-1796),
Pierre Ozanne, Mersais. Pierre Ozanne avait construit ce superbe bateau d'après les données du
Suédois Chapman et de l'Espagnol Don Antonio d'Ulloa. Il devait étudier, en outre, l'hygiène
navale. ENQUÊTES SCIENTIFIQUES FRANÇAISES 147 LES
fut dédié à l'intendant Michel Begon (1638-1710), beau-père de l'amiral Roland
Michel Barin de la Galissonnière (1693-1756), membre de l'Académie des Sciences
dont faisaient également partie plusieurs autres amiraux ^K
A côté des cabinets de curiosités, il faut noter l'importance des jardins botaniques
auxquels nous avons déjà fait allusion. En France même, le Jardin royal des Plantes
médicinales devient Jardin du Roi. Il cesse d'être purement médico-pharmaceut
ique. Ses intendants ne sont plus des médecins. Il s'ouvre largement aux Sciences
naturelles. Buffon est en correspondance avec tous les naturalistes amateurs,
les médecins et pharmaciens des colonies lointaines pour enrichir ses collections.
Il les encourage en créant le brevet de « correspondant du jardin » ou du « Cabinet
du Roi ». Il reçut des envois de l'Impératrice de Russie, du Roi de Pologne, etc.,
faits suivant une technique précise ^\
Le plus important des jardins était le jardin botanique de Rochefort (3) fondé
par l'intendant Michel Begon, le grand-père de l'amiral de la Galissonnière,
assez versé en botanique pour que Linné lui ait dédié le genre bégonia. Ses
672 plantes furent l'objet d'un catalogue de 237 pages imprimées en 1793.
Pour ravitailler ces jardins en plantes exotiques, des instructions imprimées
furent distribuées aux marins et aux voyageurs.
Le Jardin des apothicaires de Nantes fut transformé en Jardin d'Acclimatation
des végétaux exotiques (1726) grâce à Chirac et à un groupe de botanistes amateurs.
En faisait partie de La Galissonnière qui codifia avec Duhamel de Monceau
les règles du transport des plantes en mer et transforma en arboretum exotique
le parc de son château. Le jardin royal groupait autour de lui de nombreux jardins
privés de la région nantaise, appartenant à des armateurs ou à des commerçants.
Ils échangeaient des graines avec les jardins de Rouen, Paris, La Rochelle,
Angers, etc. Son histoire a été étudiée par les professeurs Auvigne et Kerneis,
MM. Courteix-Penheleux et Jean Doucet.
Enfin, il y avait de curieux essais privés d'acclimatation des plantes médicin
ales.
En 1777, Coste d'Arnoba importa en France Rhea palmatum qui fut cultivé
dans les environs de Paris, à Grosbois et à Claye. En 1787, Genthon, pharmacien
à Lorient, réserva une région de la Bretagne (Le Rheumpole) à la culture de la
rhubarbe, importée par Desbarres, neveu d'un médecin de l'Amirauté. Il obtint
des rhubarbes rapontiques sur lesquelles il fit un rapport au ministre Brienne.
Il y en avait aussi à Lorient et au Jardin botanique de Brest où un seul pied, pen
dant l'an ni, fournit 20 livres de drogues.
Toute cette question a été étudiée par Cambry (1859), F. Guegen (1895),
E. Maurin (1935), Hardouin (1945) et Dizerbo (1961).
Í1' Lamontagne Roland, La Galissonnière, directeur du Dépôt de la Marine, Revue d'histoire
des Sciences, 1961, n° 1.
Emmanuel (Marthe), Le passage de la mer du Nord et de la mer de l'Ouest sous le régime
français, dans Rev. d'hist. de l'Amérique française, décembre 1959.
La Montagne (Roland), L'exploration de l'Amérique du Nord à l'époque de Jean Talon,
dans Rev. hist. Se, janvier-mars 1962.
(3) Duhamel du Monceau, Avis pour transporter par mer des arbres, plantes vivantes, semences,
etc., 1753.
Turgot, Mémoire instructif sur la manière de rassembler, de préparer, de conserver et d'en
voyer les diverses curiosités d'histoire naturelle, 1758.
Marvye, Méthode nécessaire aux marins et aux voyageurs pour recueillir avec succès les curio
sités d'histoire naturelle, etc., 1763.
W Sur les relations du Jardin botanique de Rochefort avec le Jardin du Roi, consulter les Archives
de la Marine, В 2 307, 466, 742, В 2, 321, 194, В 2 314, 399, 46, В 2 317, 405.
10. 148 P. HUARD ET M. WONG
II nous reste à dire un mot des nombreuses enquêtes scientifiques et des voyages
entrepris au xvnie siècle. Nous avons parlé de quelques animateurs, Buffon,
Le Monnier. Il y en a beaucoup d'autres. Pour « quêter dans toutes les parties de
l'Europe et dans les différentes parties du monde » les pièces rares destinées à ses
recherches, ou à son magnifique cabinet d'histoire naturelle, Réaumur, nous dit
M. Torlais, fut en rapport avec de nombreux correspondants : Gauthier (du
Canada), Cossigny (de l'île Bourbon), de La Nux (de Madagascar), Bougnie (de
Pondichéry), Frenay (de Port-au-Prince), Chervain (de Saint-Dominique), Michel
Adanson (du Sénégal), Thibault de Chanvalon (de la Martinique), de Vernon,
(d'Arthur et de l'Isle-d'Espot), de la Vieuville (de Cayenne), de Septenville (de la
Martinique), de Charmentier (de Java), de Castelan (de l'Angola), de l'abbé de la
Caille (du Cap de Bonne-Espérance), du prince de Craon (de Cochinchine).
Les ministres font quelquefois des interventions très utiles dans ce domaine.
Maurepas (1701-1781) tient la main à ce que le cabinet du Roi s'enrichisse de toutes
les curiosités qui peuvent être trouvées aux Indes orientales et occidentales.
Turgot (1727-1781) envoya Joseph Dombey (1742-1794) au Pérou et au Chili d>
(1775-1785) sur le conseil de Jussieu et de Condorcet. Henri-Léonard Bertin
(1719-1792) créa l'École vétérinaire d'Alfort, favorisa l'anatomiste Fragonard
et fit faire de nombreuses enquêtes sur les gisements miniers français. Chargé
pendant de longues années de la correspondance littéraire avec la Chine, il reprit
d'une façon beaucoup plus méthodique le projet de Louvois et entreprit une très
vaste enquête scientifique et technologique sur l'Extrême-Orient.
Pierre Poivre (1718-1786), intendant des îles de France et de Bourbon, de
1767 à 1773, importa dans ces îles de nombreuses espèces venues de l'Extrême-
Orient et de l'Indonésie. Il envoya au Jardin du roi de nombreuses espèces précieuses
et fut à l'origine de plusieurs enquêtes. Il ne faisait qu'imiter ses collègues métrop
olitains qui transmettaient à leurs administrés des questionnaires envoyés par
le Gouvernement. Ses collaborateurs furent : J. Nicolas Céré (1737-1810), Joseph
Hubert (1747-1825) et Lislet Geoffroy (1755-1836), le seul mulâtre correspondant
de l'Académie royale des Sciences.
Le siècle est d'ailleurs celui du cosmopolitisme. On connaît des enquêtes scien
tifiques internationales avec collaboration franco-anglaise ou franco-espagnole.
Bertin a un certain nombre de correspondants étrangers et Sir Joseph Banks des
amis français. Enfin, des sauf-conduits sont donnés par les belligérants aux navires
participants aux voyages de découverte ou aux voyages scientifiques. Les Sociétés
savantes ne restent pas non plus inactives. Astruc (1684-1766), l'Académie royale
de Chirurgie et la Société royale de Médecine adressent des questionnaires aux
Jésuites de Pékin pour connaître l'état de la vénéréologie, de la chirurgie, de la
sphygmologie et de la médecine chinoise. La Société royale de Médecine rédige
la partie médicale des Instructions ^ donnée à La Pérouse pour son grand voyage
autour du monde. Elles furent signées de Mauduyt, Vicq d'Azyr de Fourcroy et
Thouret et lues en la séance du 31 mai 1785. Mme Campan (3) prétend à tort que
(1) Salar Riquelme, Joseph Dombay (1742-1794), dans CR, XVI, Cong. Int. Hist. Méd., I,
p. 160-162.
(2) Projet, instructions, mémoires et autres pièces relatifs au voyage de découverte organisé
par le Roi, sous la conduite de M. de Lapérouse, Capitaine des vaisseaux de Sa Majesté, Com
mandant ses frégates la « Boussole » et Г« Astrolabe », expédiées du port de Brest en 1785, p. 185
à 202, Bibliothèque Mazarine, ms. 1546.
3) Mémoires de Mme Campan, 1826 (5e éd., I, p. 363). LES ENQUÊTES SCIENTIFIQUES FRANÇAISES 149
ces instructions jusqu'ici inédites et qui ont été récemment publiées m
extenso ^\ eurent Louis XVI pour rédacteur ^\
Dans toute la France et ses colonies, la Société royale de Médecine fit faire de
très nombreuses enquêtes de géographie, de topographie et d'épidémiologie.
L'Académie des Sciences commença (1716) un catalogue des richesses de la France,
centralisant des listes de plantes, de minéraux et des animaux. En 1750, elle
s'occupa de la carte de France. A la suite de la querelle entre les Cassiniens et
les Newtoniens, elle fit faire des mesures géodésiques dans les régions polaires et
équatoriales. L'expédition de Laponie (1736-1737) fut dirigée par Maupertuis,
assisté de Camus, Clairaut et Lemonnier, auxquels furent adjoints l'abbé Outhier
et Celsus, professeur à Upsal. L'expédition du Pérou partit de La Rochelle en
1735. Ses membres (Godin, Bougner, La Condamine, Joseph de Jussieu) se que
rellèrent et revinrent en ordre dispersé de 1744 à 1773 ^3^. L'Académie des
Sciences avait, en outre, encouragé le calcul de la distance Paris-Amiens (1699-
1670) par l'abbé Richard. Elle avait envoyé Richer observer à Cayenne la parallaxe
de Mars (1672) et l'abbé de La Caille au Cap. Dans la suite, elle eut dans les colonies
de nombreux médecins naturalistes comme membres correspondants. A la fin du
siècle, l'Institut (lre et 2e classes) rédige les instructions qui accompagneront le
capitaine Baudin dans son voyage aux terres australes (1880-1904) (4). Les
instructions anthropologiques furent rédigées par Cuvier; les instructions dié
tétiques par Bernardin de Saint-Pierre. Les instructions astronomiques et géogra
phiques dues à Binache ont été perdues.
François Péron (1775-1810), étudiant en médecine, ayant présenté aux profes
seurs de l'Ecole de Médecine ses observations sur l'anthropologie fut proposé par
eux et par Cuvier pour faire partie du voyage aux Terres australes (5).
L'Institut rédigea également des instructions pour l'Institut d'Egypte (Mémoires
des Classes des Sciences morales et politiques, III, 4, 22). Desgenettes, médecin
W P. Huard et M. Zobel, La Société royale de Médecine et le voyage de Lapérouse, dans Congrès
des Sociétés savantes, Poitiers, 1962.
W Consulter aussi :
Voyage de La Pérouse autour du monde, Paris, an v (1797), 4 vol. in-4°, 1 atlas in-fol. d'Entrecasteaux envoyé à la recherche de La Pérouse, Paris, 1808.
Relation du voyage à la recherche de La Pérouse, par Labillardière, Paris, Janson, an Ш, 2 vol.
in-4°, atlas in-fol.
<3) Guyot, La figure de la terre, dans Annales Gebkard, 1962.
<4> G. Hervé, Note sur les instructions données par l'Institut national au capitaine Baudin,
dans An. Acad. Se, 1910,
G. Hervé, Les instructions anthropologiques de Cuvier sur le voyage du géographe et du natur
aliste aux Terres australes. Note instructive sur les recherches à faire relativement aux différences
anatomiques des diverses races d'homme, dans Rev. École Anthrop. de Paris, septembre 1910.
<5' Péron Fr., Observations sur l'anthropologie, Paris, 29 messidor, an vm, publiées par Hervé,
dans Revue d'Anthropologie, janvier 1913.
Les manuscrits de Péron sont conservés à la Bibliothèque du Museum d'Histoire naturelle
du Havre où son ami Lesueur (+ 1846) les déposa.
Desaulses de Freycinet, Voyages aux Terres australes, t. II, 1816.
Girard M., Fr. Péron, naturaliste, voyageur aux Terres australes, 1857.
Le Dru, Voyage aux Iles de Teneriffe, la Trinité, Saint-Thomas, Sainte-Croix de Porto-Rico,
Paris, 1810.
Lennier, Note sur l'expédition française des Terres australes, 1800-1804, dans Soc. Zool.
France, 1883.
Hamy, L'œuvre ethnographique de Nicolas Martin Petit (f 1804), dessinateur à bord et
géographe, dans U Anthropologie, 1891, p. 601.
G. Hervé, Les premières armes de François Péron, dans Revue ď Anthropologie, janvier 1913.
Delaunay P., l'abbé A.-P. Le Dru (1761-1825), La Province du Maine, 1941. 150 P. HUARD ET M. WONG
en chef de l'Armée d'Egypte, fut également l'initiateur d'une grande enquête,
envoyée à ses sous-ordres (1>.
Notons, au passage, que l'Egypte et la Chine furent l'objet des enquêtes fran
çaises les plus importantes du xvnie siècle.
On sait que la Commission des Savants et des Artistes de l'Armée d'Egypte était
dirigée par le général du génie Caffarelli du Falga. Elle était ainsi composée, d'après
F. Ch. Roux de nombreux spécialistes :
1. Académiciens : Monge, Berthollet, Dolomieu, Vivant-Denon.
2. Ingénieurs en chef des Ponts et Chaussées : Gratien, Lepère et Girard, assistés de Malus, de
Horace Say, Duvai, Cordier, Thévenot, Caristre.
3. Mathématiciens : Fourier, Costaz et Corancez.
4. Astronomes : Nouet, Beauchamp (1801) et Méchain.
5. Géographes : Corabœuf, Testevinde, Duperret.
6. Naturalistes : E. Geoffroy Saint-Hilaire et Lelorgne de Savigny.
7. Chimistes : Descoties, Champy et Delille.
8. Médecins : Ant. Dubois, Larrey, Desgenettes.
9. Pharmaciens : Boudet.
10. Orientalistes : Ripault, Raige.
11. Dessinateurs : Dutertre et Redouté; Peintre : Rigo.
12. Musicien : Villoteau.
13. Poète : Parseval.
14. Architectes : Le Père, Protain, Norry, Balzac.
15. Aéronaute : De Conté.
A la suite de cette commission étaient placés une vingtaine d'élèves de l'École
Polytechnique et de celle des Mines ^2\
Nous avons résumé dans les deux tableaux suivants la plupart des expéditions
scientifiques ou recherches importantes dues à la France pendant le xvne et le
xvine siècle.
A. EXPÉDITIONS ET VOYAGES SCIENTIFIQUES
ENTREPRIS PAR LES FRANÇAIS AU XVIIe SIÈCLE
1581-1609. — Voyage autour du monde de P. Olivier Malherbe (de Vitré).
1603. — Voyage de Champlain au Canada.
1603. — de Vespasien Robin en Guinée.
1604. — Voyage des marchands de Saint-Malo, Vitré et Laval aux Indes orient
ales, par F. Martin.
1601-1605. — Voyages de Jean Mocquet en Afrique et aux Indes occidentales
et orientales.
'г) Desgenettes, Histoire médicale de l'Armée d'Orient, F. Didot, 1835, 2e éd.
Neveu, Louis Franck (1761-1825), médecin orientaliste, dans Soc. fr. d'Histoire de la Médecine,
1931, p. 279.
(2) Charles Roux, Savants français d'Egypte, dans R. de Paris, 1934, n° 12. LES ENQUÊTES SCIENTIFIQUES FRANÇAISES 151
1609. — Lescarbot (c. 1570-c. 1620) fait paraître à Paris son Histoire de la
Nouvelle France.
1612-1614. — Voyage au Brésil de С d'AlbeviUe et d'Yves d'Évreux.
1620. — Voyage de Vespasien Robin (1579-1662) aux côtes barbaresques.
1630. — en Chine de Henri de Feynes.
1632-1673. — Relations scientifiques envoyées chaque année à Paris par les
Jésuites français du Canada.
1635. — Voyage du botaniste Cornut au Canada.
1636-1676. — Voyages de J. B. Tavernier en Perse.
1640-1656. — Voyage botanique du R. P. du Tertre (1610-1687) aux Antilles.
1648. — Voyages maritimes de Vincent Le Blanc (1554-1640).
1658-1667. — Séjour de F. Bernier (1620-1688) à la cour du Grand Mogol
Aurangzeb.
1660. — Le R. P. Raphaël du Mans (1613-1696) fait paraître son État de la Perse.
1663-1665, 1667. — G. Druillette, Jean Boudon, le R. P. C. Dalbon et Guillaume
Couture cherchent la route de la Baie d'Hudson.
1664-1670, 1670-1676. — Voyages de J. Chardin (1643-1713) en Perse.
1664-1673. — Séjour en Perse du R. P. Ange de Labrosse, auteur de la Pharmac
opée persane.
1664. — Pierre Boucher (c. 1622-1710) publie à Paris son Histoire véritable et
naturelle des mœurs et productions du pays de la Nouvelle France vulgai
rement dite le Canada.
1664-1667. — Voyage de J. Thévenot (1633-1667) en Perse.
1666. — Voyage de Villault de Bellefond à la Côte de Guinée.
1669. — Le R. P. C. Dablon cherche dans le Nord-Ouest du Canada un passage
vers le Japon.
1672. — Louis Jolliet cherche la route allant du Canada à la mer du Sud.
1672. — Richer (1630-1696) observe à Cayenne le parallaxe de Mars.
1673. — Le R. P. Marquette découvre le Missouri.
1679. — Voyage de Galland en Orient, envoyé par Colbert pour collecter des
manuscrits arméniens.
1682. — Cavelier de La Salle descend le Mississipi jusqu'à la mer.
1683. — Louis Hennepin (c. 1640-1700) fait paraître à Paris sa Description de la
Louisiane.
1685. — Voyage médical de Dellon aux Indes orientales.
1685-1730. — Séjour de Michel Sarrazin (1659-1734) au Canada.
1685-1687. — Voyage du R. P. Tachard (1650-1712) au Siam.
1697-1703. — Recherches du R. P. Plumier (1646-1704) aux Antilles, en coll
aboration avec Surian (-j- 1696) et Vaux de La Martinière (-f- 1716).
1698-1700. — Premier voyage de YAmphitrite à Canton.
1700-1701. — Voyage du R. P. L. Feuillée à Smyrně et à Alexandrette.

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