Les extractions de silex de la station néolithique des Plantis à Hardivillers (Oise) - article ; n°9 ; vol.56, pg 545-561

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1959 - Volume 56 - Numéro 9 - Pages 545-561
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1959
Lecture(s) : 27
Nombre de pages : 20
Voir plus Voir moins

Roger Agache
Les extractions de silex de la station néolithique des Plantis à
Hardivillers (Oise)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1959, tome 56, N. 9-10. pp. 545-561.
Citer ce document / Cite this document :
Agache Roger. Les extractions de silex de la station néolithique des Plantis à Hardivillers (Oise). In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1959, tome 56, N. 9-10. pp. 545-561.
doi : 10.3406/bspf.1959.3608
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1959_num_56_9_3608exfractions de silex Les
de la station néolithique des Plantis
à Hardivillers (Oise)
PAR
Roger AGACHE (1)
I) Le contexte rjéoijraphique et archéologique.
Aux limites Sud de la Picardie, sur les plateaux crayeux dominant les
sources de la Noyé, s'étendent d'importantes stations néolithiques. Les
quatre principaux ateliers de taille de silex, se trouvent aux abords
immédiats (Fig. 1) et à l'Ouest de Breteuil-sur-Noye (Canton de Froissy,
Oise). Trois d'entre eux sont sur le terroir d'Hardiuillers et le quatrième
sur celui de Troussencourt. Du Nord au Sud nous avons : la station-
atelier des Broches fou plus exactement au lieu-dit « au-dessus des
Broches») qui se situe à 1,3 km au Nord-Est du village d'Hardivillers, sur
le rebord du plateau, à l'amorce d'un petit thalweg latéral. Cette station
est la moins étendue, les trouvailles ne sont denses que sur 2 hectares au
Sud de la parcelle 85, section ZB du nouveau cadastre. Les grandes
ébauches de haches sont particulièrement abondantes. B) La station-
atelier des Plantis qui fait l'objet de cette communication, s'étend sur
10 hectares, à 600 m de la première, dont elle est séparée par une zone
presque stérile. C) La station-atelier de la ferme du bois d'en. Bas, à
1,5 km du même village, soit 1 km au Sud des Plantis, sur le plateau
situé de l'autre côté de la vallée sèche séparant ces deux stations. Dans
les champs qui dominent cette ferme isolée (2), sur 6 hectares au Sud-
Ouest de la parcelle 31, section ZD, nous avons récolté un outillage
lithique très volumineux et grossier où les grandes pièces allongées
sont nombreuses. D) La station-atelier des Bois du Blanc-Mont est la
plus importante. Elle s'étend sur 15 hectares, à 1 km de la précédente,
sur le rebord d'un plateau, juste au-dessus du village de Troussencourt
(parcelles 313, 438, 439, 440, 441..., section A). L. Thiot l'a publiée (XVIII).
Ces quatre stations-ateliers présentent de grandes similitudes entre-
clles comme elles en offrent d'étonnantes avec Spiennes. L'outillage
lithique est presque identique : grosses pièces frustes, souvent à
peine ébauchées ou brisées, énormes masses d'éclats de toutes dimensions,
pièces finies peu abondantes et de tailles plus modestes, rarissimes silex
polis, pas de roches dures importées si l'on excepte un remarquable
broyon en granulite trouvé à Troussencourt. Enfin dans ces stations, la
matière première est identique : silex noirs du sénonien sous-jacent, en
rognons assez plats, parfois en plaques. Les pièces taillées recueillies
en surface sont presque toutes profondément cacholonnées et cette
belle patine blanche, rare pour le néolithique de la région, achève de
leur donner un air de famille avec l'outillage de Spiennes. Comme en
(1) Cette communication, faite à la séance de Septembre 1959, cons
titue la lr" partie d'une Noie préliminaire sur la station d'extraction et de
taille de silex des Plantis. Les Kodschromes projetés en séance ont été
pris par l'auteur et par l'abbé Charles Martin que nous tenons à remerc
ier vivement.
(2) Une petite station-atelier satellite s'étend de part et d'autre de la
route nationale 30 en C1 de la Fig. 1.
SOCIETE PREHISTORIQUE FRANÇAISE 35 SOCIÉTÉ PREHISTORIQUE FRANÇAISE 546
Belgique encore, les silex taillés, trouvés dans le remblai des puits
préhistoriques, sont beaucoup moins patines, ou le sont en blanc-bleuté
et présentent des adhérences calcaires. Au point de vue géographique ces
stations-ateliers sont situées de la même façon, c'est-à-dire sur des
plateaux crayeux mais juste sur les rebords de ceux-ci, immédiatement
au-dessus des vallées ou des vallons. Les éclats, les débris de taille jon
chent le sol calcaire par milliers, mais se font rares dès que l'on s'éloigne
vers l'intérieur du plateau et cessent rapidement dès que l'on descend sur
Fig. 1. — Les stations néolithiques d'Hardivillers et de Troussencourt
(Oise). D'importantes stations-ateliers sont situées sur le rebord de
plateaux crayeux : en A, les Broches; en B, les Plant is; en С et C1, le
Bois d'en Bas; en D, les Bois du Blanc-Mont. Les stations de faciès domest
ique (en E et en F) sont établies sur un sol plus riche mais sont moins
bien exposées; il pourrait s'agir d'habitats estivaux d'agriculteurs tandis
que les stations de faciès d'exploitation correspondraient peut-être à des
occupations hivernales d'extraction et de taille de silex. En B, la flèche
indique l'emplacement de la carrière Linet (cf. PI. I). Les vestiges de la
ville gauloise et gallo-romaine de Brastupantium se trouvent à l'Est de
Caply. (Croquis établi d'après la nouvelle carte en couleurs et les vues
aériennes de VI. G. N.).
les pentes. Nous avons d'ailleurs des dispositions identiques dans deux
importantes stations-ateliers, encore inédites, et que nous venons de
découvrir dans la Somme (I, c.). On retrouve le même fait dans les cé
lèbres centres miniers du Néolithique d'Outre-Quièvrain et, par exemple à
Spiennes tant au « Champ à Cayeux » qu'au « Petit Spiennes » ou à
Sainte-Gertrude, dans le Limbourg hollandais (XII). Notons au passage
une autre bien curieuse similitude : ces stations-ateliers se trouvent à
proximité et souvent au-dessus de gisements de craie phosphatée. Cette
constatation est valable ici, à Hardivillers-Troussencourt, mais aussi dans. PRÉHISTORIQUK FRANÇAISE 547 SOCIÉTÉ
la Somme et parfois en Belgique, Bien que nous ne voyons aucune expli
cation à ce fait, il nous a semblé utile de le noter, il paraît suffisamment
fréquent pour que l'on ne puisse y voir une simple coïncidence.
Les quatre ateliers d'Hardivillers-Troussencourt ne sont pas isolés,
ils s'insèrent dans un ensemble néolithique fort complexe et mal
connu (3). Un peu partout, sur le terroir de ces deux communes, on a
récolté un outillage néolithique banal, haches polies et silex taillés noirs,
généralement non patines et de petites dimensions. Entre Puits-la-Vallée
et La Chaussée, sur un sol plus riche, MM. Rayé et Watripon, ont trouvé
de belles séries lithiques comprenant en particulier des hachettes en
roches vertes exotiques. Une petite station de faciès domestique existe
également sur un sol argilo-sableux, entre le Mont Moiry et le Quèvre-
mont (parcelles 1, 2, 4, section С du cadastre de Troussencourt). Elle a
fourni un outillage de petites dimensions, parfois très élégant (coll.
Г)г Damade et Ch. Martin). La station de faciès domestique la plus riche
des environs est celle de Vendeuil-Caply, au Sud-Ouest du Buisson
Cœuillet (Fig. 1). Située sur un versant lœssique exposé au Nord-Est,
elle est assez étendue, mais les débris lithiques n'y sont vraiment abon
dants ([ue sur 1 ou 2 hectares à peine (parcelle 154, section С ,'i, cadastre
de Vendeuil). Les silex taillés ou polis sont en silex noir à patine grise
ou, parfois, sans patine. Les tranchets, les percuteurs et les petits pics
sont nombreux, mais les grattoirs très rares. Ch. Martin y a trouvé une
grande meule plate et le Dr Damade une flèche à tranchant transversal.
Tant par la taille et les dimensions, cet outillage de faciès domestique
forme le plus grand contraste avec l'industrie de faciès d'exploitation
des stations des minières voisines. Il semble donc s'agir d'un habitat et
probablement d'un habitat d'agriculteurs puisqu'il est établi sur un sol
lœssique, alors que les ateliers voisins le sont sur un sol caillouteux,
presque incultivable, où la craie affleure. On est donc amené à se demander
si malgré la dissemblance de l'outillage lithique, les stations de Vendeuil-
Caply et du Quèvremont ne correspondraient pas à des habitats agricoles
d'été, tandis que les ateliers d'Hardivillers-Troussencourt seraient des
habitats d'hiver, de mineurs et de tailleurs de silex, installés sur sols
crayeux très « pauvres », avec des « fonds de cabanes », remarquable
ment exposés en plein midi (sauf pour la station du Bois d'en Bas),
à l'abri de l'humidité et des vents, immédiatement en dessous du rebord
du plateau calcaire? Cette hypothèse pourrait être confirmée par l'exis
tence de dispositions semblables dans la Somme (4) : aux deux stations-
ateliers récemment découvertes, sont juxtaposés des habitats de faciès
domestique, établis sur sols moins caillouteux, plus facilement culti
vables. Mais on pourrait aussi supposer que de petits groupes d'agri
culteurs sont venus s'établir à proximité de familles de mineurs spécial
isés. Cependant, si dans la Somme la contemporanéité de ces types de
stations associées est probable, ici, l'examen du matériel lithique
récolté ne permet pas de l'affirmer, bien que certains auteurs considèrent
l'outillage de Caply et celui de l'atelier de Troussencourt comme iden
tiques, pièces polies en moins (XIII, n. 310). Rappelons aussi, comme
nouvel exemple de la pérennité de l'habitat que. dans toute cette région,
les vestiges proto-historiques et gallo-romains sont nombreux. C'est
ainsi que sur les terroirs d'Hardivillers, de Troussencourt, de Vendeuil-
Caply, les cultivateurs trouvent fréquemment des monnaies gauloises et
gallo-romaines. Elles ont été recueillies en grand nombre avec de remar
quables bronzes et céramiques, sur le terroir de cette dernière commune,
au lieu-dit «Saint-Denis». Déjà en 1722. le Père De Montfaucon dans
son ouvrage sur « l'Antiquité expliquée » disait qu'il y avait ramassé
(3) D'autres stations existent plus loin, à Blancfossé (IV) à Paillart
et aux abords de la cité antique de Bratuspantium, entre Caply et
Beauvoir.
(4) Cette juxtaposition de stations de mineurs et de stations d'agri
près culteurs d'Angoulême, avait déjà par été A. notée Favraud. (in XIII, Mais p. nous 370) n'avons à la « pas Petite-Garenne observé ici de »,
retranchements analogues à ceux constatés souvent à proximité des
grands ateliers d'extraction et de taille de silex. Ainsi à Spiennes où
l'on n'en connaissait pas, la prospection aérienne a permis récemment d'en
déceler un. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 548
une grande quantité de médailles et monnaies gauloises... « d'un si mauv
ais goût, que les curieux les rejetaient et ne voulaient pas leur donner
place dans leurs cabinets» (!) (t. III, p. 88, lre partie, livre 2). Bien
des archéologues considèrent cet emplacement comme celui de la cité
.gauloise de Brastupantium (5). Depuis 1574, des fouilles y sont menées
périodiquement (III, p. 5). Actuellement des archéologues de la région
mettent au jour des substructions signalées sur la nouvelle carte de
l'I.G.N. au 1/25 000 (feuille n° 1-2 de Saint-Just-en-Chaussée).
II) Historique.
Toute cette région du Nord de l'Oise semble particulièrement riche
en gisements néolithiques qui ont fait l'objet en 1899 d'une remarquable
étude d'ensemble par l'abbé H. Breuil (V). L'illustre préhistorien men
tionne sur la carte plusieurs stations « campigniennes » à l'Ouest de
Breteuil. Dans le texte, il signale une station de « faciès d'exploitation »,
avec des haches épaisses et grossières à Ebeillaux (Coll. Duboille, Lema-
gnen et abbé Mille). Malgré nos recherches nous n'avons rien retrouvé aux
abords immédiats du hameau d'Ebeillaux et il est probable que H. Breuil
faisait allusion à la station des Plantis située à moins de 1 km de ce
hameau. En 1905, L. Thiot note la similitude effectivement très remar
quable de l'outillage néolithique aux environs de Breteuil, avec celui de
Spiennes et des plateaux de l'Yonne (XVIII). Depuis, ces stations-ateliers
ont fait l'objet de brèves notules, généralement sans illustration. On
trouvera dans la bibliographie la liste de celles de A. Bertin (IV) qui le
premier a signalé les Plantis. Il décrit sommairement l'industrie récoltée
et la considère comme paléolithique. En 1920, le Dr Soubeiran (XVII)
fait allusion à des puits dans la craie phosphatée, avec des pics en bois
de cerf recueillis par Lemagnen (6). Puis, G. Durville (VIII) signale
dans cette station des éclats néo., à plan de frappe à facettes. Enfin, en
1954, paraît la première notule d'ensemble sur « les stations campi
gniennes d'Hardivillers » avec une planche montrant bien l'aspect massif
de l'outillage (X).
On voit donc que les stations-ateliers d'Hardivillers-Troussencourt ne
sont pas inconnues dans la littérature scientifique mais la place qu'elles
y occupent ne correspond nullement à leur importance réelle et surtout
(5) A notre époque où la prospection archéologique par vues aériennes
a donné, particulièrement en Angleterre, les remarquables résultats que
l'on sait, on a trop tendance à oublier les précurseurs français. Con
trairement à ce qu'on a écrit dans ce bulletin (t. LIV, 1957, p. 692), ce
n'est pas seulement depuis 1948 qu'on a détecté chez nous des crop-sites.
Si les Anglais ont créé le mot, et qu'une fois de plus l'avons adopté
par snobisme, la chose est connue en France depuis des siècles. Ainsi, en
1631, dans l'Histoire (les Antiquités du païs de Rcauvaisis (t. I, p. 24),
voici ce qu'écrivait Louvet à propos de cette cité gauloise et gallo-r
omaine : « ... quand cette grande campagne est ensemencée en bled, on и
reconnoit encore le compassement et les endrois des rues où le bled est
plus petit qu'\es lieux où les maisons étaient bâties.. » Rappelons que
l'on entend par crop-site, un site archéologique détectable grâce à des
variations dans la croissance des cultures et en particulier des céréales,
que les soil-sites apparaissent par des différences dans la coloration du
sol et que les shadow-sites se manifestent par des ombres portées en
lumière frisante, trahissant ainsi des micro-reliefs, indiscernables
autrement.
(6) Ajoutons que les puits néolithiques d'Hardivillers étaient connus
surtout par cette laconique mention, d'ailleurs erronée, puisque les
extractions néolithiques n'affectent que l'assise campanienne de craie
blanche et non les couches sous-jacentes de craie grise phosphatée
dépourvue de silex (Santonien supérieur). Précisons aussi, pour éviter
des confusions déjà faites (XIII, p. 335), que la distinction entre Hardi-
villiers (canton de Froissy) et Hardivillers (près de Breteuil) ne repose
que sur une faute d'orthographe : il n'y a pas de « i » après les « 1 »
d'Hardivillers et ces deux villages n'en font qu'un. PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 549 SOCIÉTÉ
à l'intense prospection dont elles ont fait l'objet depuis plus d'un demi-
siècle. Que sont devenus les silex ramassés? Le plus souvent, ils ont,
probablement été dispersés ou même jetés puisque, chez nous, c'est
le sort commun des collections privées. Seules quelques belles pièces
provenant des Plantis se trouvent au Musée de l'Homme et d'autres au
Musée Boucher de Perthes à Abbeville où une vitrine a été consacrée
aux stations d'Hardivillers-Troussencourt (coll. du Dr Damade). Le site
est si fréquenté que certains paysans, comme au Grand-Pressigny ou à
Spiennes, mettent de côté les silex taillés qu'ils trouvent pour les-
vendre aux « parisiens ». Pendant des années, Mésenguy, l'instituteur
d'Hardivillers, a écrémé la station avec des élèves de sa classe (et la loi
sur les fouilles?). Il réunit ainsi des séries lithiques considérables qui
ont disparu récemment, à son décès accidentel. A l'école communale il
n'en subsiste qu'une caisse de cailloux. Cependant, malgré les ramas
sages intensifs de ces cinquante dernières années et les épierrages
effectués périodiquement par les cultivateurs, nous avons encore pu
réunir une notable collection de silex taillés (avec quelques broyons et
une meule en grès) en même temps que d'autres chercheurs (M. Gasnier,
juge de Paix à Montmorency, M. Leclerc, photographe à Formerie et une
équipe d'Amiénois, le Dr Damade, l'abbé Ch. Martin et Mmc G. Dupon-
treué) (7). Voilà qui peut donner une idée de l'incroyable richesse de
ces stations qui sont néanmoins en voie d'épuisement.
Non seulement cette énorme masse de documents archéologiques
récoltés en surface n'a fait l'objet d'aucune publication détaillée mais
encore les fouilles effectuées n'ont, à notre connaissance, même pas été
mentionnées. D'après les renseignements fournis par les villageois, deux
séries de ont été faites peu de temps avant la dernière guerre.
Les premières ont eu lieu aux Plantis au point culminant du plateau, à
l'endroit où les trouvailles de surface sont les plus denses, c'est-à-dire à
l'extrémité Est de la parcelle 35 de la section ZC du nouveau cadastre
d'Hardivillers, en bordure du bois Tanneur. Elles n'auraient donné que de
maigres résultats. Les deuxièmes, effectuées par une équipe de chercheurs
pendant une longue période vers 1938-1939, auraient permis d'abondantes
trouvailles sur le coteau dominant Troussencourt, au Nord. Malgré nos
efforts nous n'avons pu connaître les noms de ces archéologues. M. Gabriel
Monehaie de Troussencourt a bien voulu nous dire que ces préhistoriens
avaient fait appel à lui pour les aider dans les travaux de terrassement. Il
nous a conduit sur le terrain et montré l'emplacement des anciennes
recherches. De grands sondages effectués dans les parcelles en culture (par
celles 313 et 441 section A du cadastre de Troussencourt), auraient donné
peu de résultats. Par contre, les tranchées encore visibles dans le petit bos
quet de la parcelle 440 auraient mis au jour des « fonds de cabanes », avec
un très abondant matériel lithique. Enfin, dans le bosquet de la parcelle
311, les fouilleurs auraient exploré plusieurs puits et galeries d'extraction
de silex. D'après M. Gabriel Monehaie, certains puits dépassaient 6 m de
profondeur, avec un diamètre d'environ 1 m. Ils débutaient par un enton
noir et s'évasaient également à la base. Ils ne descendaient pas à la verti
cale mais légèrement en oblique. Les galeries étroites et très basses
rejoignaient parfois celles d'autres puits qui, dans certains cas, étaient
fort rapprochés. D'après M. Gabriel Monehaie la grande cuvette visible
dans le bois du Blanc Mont résulte de l'effondrement de deux puits néoli
thiques presque contigus et qu'il a aidé à dégager. Nous avons cru pou
voir faire allusion à ces fouilles inédites, puisqu'elles datent de plus de
vingt ans et nous espérons que leurs auteurs feront connaître le résul
tat de leurs recherches; il serait utile de le confronter avec les obser
vations que nous avons effectuées dans une autre minière néolithique à
2 km au Nord-Ouest, sur le rebord du plateau des Plantis. C'est cette
station d'extraction et de taille de silex des Plantis qui fait l'objet prin
cipal de cette communication et de celle qui fera suite (8).
(1) Dans son étude (VIII, p. 396), G. Durville mentionne en outre la
collection P. Fitte.
(8) Nous avons insisté un peu longuement sur les découvertes faites
aux abords des Plantis car le contexte archéologique des stations
d'extraction et de taille de silex a été peu étudié et J. G. D. Clark a fait
remarquer, avec raison, que si l'on connaît mal l'organisation écono
mique des centres miniers néolithiques c'est que l'on a peu prêté atten
tion « aux traces d'établissements en liaison avec les mines » (VI, p. 267). SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE Ô50
III) Le site des Plaiitis, topoyraphie et géologie.
Dans les labours, les silex taillés sont fréquents sur l'ensemble du pla
teau qui est appelé le Bois des Plantis, sur la nouvelle carte en eouleurs
au 1/25 000 (I. G. N. feuille de Saint-Just-en-Chaussée). Sur cette vaste
étendue se trouvent plusieurs stations-ateliers séparées par des zones à
peu près stériles. Aussi, nous avons utilisé la toponymie en usage chez les
paysans (et non celle de cette dernière carte et du cadastre) en appelant
station des Broches, celle qui se trouve au Nord du Buis Guyot et réser
vant le nom de Plantis au terrain situé au-dessus de la carrière, immé
diatement à l'Ouest du Bois Tanneur et débordant à peine au-delà de la
cote 165, ce qui correspond essentiellement à la parcelle 35 de la section
cadastrale ZC. A cet endroit le plateau dépasse 160 m d'altitude et do
mine une vallée sèche par un coteau crayeux et abrupt de 40 m de déni
vellation {Fig. 2).
Les éclats de taille abondent en surface du sol, sur une bande de
terrain étroite mais allongée, sur la portion la plus élevée du plateau,
large d'environ 150 m et longue de 700 m aux abords du versant le plus
abrupt. Cette disposition se retrouve dans toutes les stations-ateliers
que nous connaissons aux environs de Breteuil, aussi bien que dans
celles de la Somme. La terre est si caillouteuse que la culture en est
rendue difficile. Au Sud, le calcaire affleure, tandis qu'ailleurs, sur le
plateau, de minces lambeaux d'argile à silex la recouvrent (photo 7). Il
semble bien que les préhistoriques n'aient pas utilisé les silex de cette
argile dont l'exploitation eût été très facile. Ils ont volontairement négligé
cette abondante matière première qui affleurait dans l'argile, pour recher
cher les rares silex de la craie à belemnites et cela au prix d'un énorme
travail de mineur ; creusement de puits, de « descenderies » et de galeries
souterraines. Cela tient probablement à ce que le silex de l'argile se
débitait mal, étant parfois gélivé et aussi à ce que les préhistoriques de
cette station semblent avoir porté leur prédilection sur les silex tabu
laires de la craie, ces derniers se prêtant particulièrement bien à la
taille des haches.
Les extractions néolithiques affectent une assise de craie blanche cam-
panienne à Belemnitclla mucronata, Actinocama.v quadratus et Micraster
pseudo-glyphus qui, d'après la carte géologique, renferme des silex noirs
« en lames ». Néanmoins, avec Raymond Petit, nous n'avons pas remarqué
que les silex y soient toujours disposés « en lames ». Ce sont souvent des
rognons, sans doute assez plats par rapport à leurs deux autres dimens
ions, mais individualisés et disposés en bancs ou lits et non pas en plaques
minces de grande étendue. Les lits de silex exploités par les Néolithiques,
présentent la particularité de ne pas suivre les plans de stratification de
la craie, mais au contraire de les couper obliquement suivant un angle de
■30 à 45" (9). C'est pourquoi, les extractions néolithiques se sont appro
fondies « en descenderies », en suivant de plus ou moins près ces lits
inclinés de silex qui fournissaient au fur et à mesure la matière recher
chée. Cette particularité explique probablement l'absence de puits carac
térisés, bien verticaux qui, ici, n'étaient pas nécessaires comme à
Spiennes, à Champignolles ou à Nointel, par exemple, où il fallait
atteindre, en profondeur, des lits horizontaux de silex.
Sous cette assise de craie blanche, existent plusieurs couches de craie
grise phosphatée (sans silex) qui ne semblent pas avoir été atteintes par
les mineurs néolithiques. La plus profonde encore à Micraster cor angui-
num (Santonien supérieur), est actuellement exploitée pour sa teneur en
phosphate par la Société Linet. Une grande carrière à ciel ouvert attaque-
le versant Sud du plateau des Plantis (photo 1) et y creuse un vaste cirque
de plus de 30 m de haut, en plusieurs paliers. Les deux gradins supérieurs
permettent d'examiner la coupe d'une minière néolithique avec ses divers
modes d'extraction et avec ateliers de taille de silex en place, à
(9) La stratification de la craie est évidemment horizontale et seuls
quelques bancs de silex de l'assise supérieure présentent un pendage de
30 à 45", ils se sont donc formés dans des failles postérieurement au
dépôt de la craie. SOCIETE PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 551
OIS des /# Г I a П Г 1 5 U.'frr
^ carrière de traie
" btrnin it mot-o-tross
250m
11?
•t
Fig, 2. — La station néolithique d'extraction et de taille de silex des
Plantis. Le versant Sud du plateau des Plantis est attaqué par une
grande carrière à ciel ouvert de craie phosphatée. C'est ainsi qu'apparaît
en С la coupe d'un remarquable centre d'extraction. La craie phosphatée
est également exploitée par des grandes galeries souterraines qui s'e
nfoncent vers le Nord, à 30 m de profondeur. Actuellement abandonnées,
ces galeries s'effondrent en A et en B, ce qui permet d'observer d'autres
vestiges préhistoriques. Nous avons fouillé aux points 1 (cf. photo 13)
et 2 de ce plan (photos 9, 10, 12 et note 15).
Figurations conventionnelles : 1) Emplacement des extractions néoli
thiques observables actuellement. 2) Bouches d'aération de la carrière
souterraine moderne de craie phosphatée. 3) Bouches d'aération r
ecoupant des galeries néolithiques. 4) Les points donnent une idée de la
densité relative des trouvailles faites, en surface, dans les labours.
5) Effondrements récents d'extractions néo. (Il existe bien d'autres
cuvettes d'effondrement mais c'est dans ces cas seulement que nous
pouvons affirmer qu'il s'agit bien de l'affaissement de galeries néo.)
6) Fronts de taille de la carrière à ciel ouvert. 7) « Rideaux ». (Croquis
établi d'après le plan cadastral d'Hardivillers et les vues aériennes
de Г1. G. N.). SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 552
la partie supérieure des excavations creusées et remblayées par les préhis
toriques (photo 8).
D'autre part, la craie phosphatée est actuellement exploitée par de vastes
galeries souterraines qui s'enfoncent sous le plateau des Plantis à 30 m de
profondeur. Il arrive fréquemment qu'elles s'effondrent en formant dans
les champs de la parcelle 35, d'immenses entonnoirs qui s'agrandissent
chaque année. Pour la commodité nous appellerons effondrement A le
plus ancien et le plus vaste (Fig. 2). Il atteint près de 100 m de long sur
60 de large et se trouve sur le rebord du plateau, à 50 m au Nord-Ouest de
la carrière à ciel ouvert en forme de cirque. Nous appellerons effondr
ement В celui qui se trouve à une quinzaine de mètres au Nord-Est du
premier, sur le sommet du plateau (Fig. 2). Il s'accroît rapidement sur
50 m de diamètre et tend à rejoindre le premier. Sur les rebords de ces
effondrements et dans les larges et profondes fissures qui les entourent,
on peut également observer des extractions et des ateliers de taille de
silex.
IV) Les extractions néolithiques.
Les deux gradins supérieurs (photo 4) de la carrière Linet constituent
une très remarquable coupe d'une station d'extraction et de taille de
silex. C'est pourquoi nous avons adressé une demande de classement au
Directeur de la Circonscription préhistorique et nous nous sommes bien
gardés de détériorer cet ensemble par des fouilles même localisées. Ces
gradins n'étant accessibles que par un étroit et vertigineux passage, il
serait facile d'en protéger l'accès efficacement et à peu de frais. Dès
que l'on examine cette coupe, fort complexe, les galeries néolithiques
apparaissent immédiatement. Il n'en est pas de même de leurs « puits »
d'accès toujours recomblés par les préhistoriques, le remblai étant
presque de la même teinte que celle de la craie en place. Il faut donc
examiner la coupe attentivement pour les distinguer (10). Par contre,
les galeries n'ont été que partiellement remplies, le plus souvent sur
le tiers ou la moitié de leur hauteur primitive. Les vides restants
PL I. — La station néolithique d'extraction de silex d'Hardivillers.
1) Vue d'ensemble de la carrière Linet. A la partie supérieure on dis
tingue des galeries néolithiques et leurs bures d'accès que nous avons
rendues visibles en les nettoyant, c'est pourquoi elles apparaissent en
blanc. Noter qu'elles s'enfoncent en s'inclinant vers l'Est comme les
bancs de silex (deux d'entre eux ont été soulignés par des pointillés).
2) Puits remblayé s'enfonçant au-delà de la coupe. 3) Galerie néoli
thique à demi-remblayée (le pointillé indique la base). C'est la moins
profonde, elle est creusée à 0,70 m de la surface du sol. Une galerie
complètement remblayée s'enfonce obliquement vers la droite. 4) Partie
centrale de la carrière Linet, vue du deuxième gradin. Sectionnées par
l'exploitation moderne de craie phosphatée, les galeries néolithiques
apparaissent à différentes hauteurs; la plus profonde est à gauche.
Un banc de silex incliné est visible dans le prolongement de la flèche.
5) Galerie recomblée par les néolithiques et qui a été creusée oblique
ment, en « descenderie », en suivant un banc de silex, observable dans
son prolongement (flèche). 6) Paroi Ouest de la carrière Linet. Elle est
inabordable et la photo est prise d'assez loin. On distingue néanmoins
sur cette section Nord-Sud, une galerie néolithique subhorizontale,
presque remblayée et la partie inférieure de la bure d'accès qui débouche
en surface, au-delà de la coupe. 7) Paroi Est de l'effondrement B. Une
galerie est visible au niveau d'un banc de silex paraissant horizontal
(section plus ou moins Nord-Sud). Noter la présence d'argile à silex
très cryoturbée et que les Néolithiques ont négligée, la matière première,
parfois gélivée, se taillant assez mal. Photos R. Agache, 1959.
(10) Aussi, avons-nous été obligé de nettoyer quelque peu la coupe aux
niveaux des remblais néolithiques pour les rendre discernables sur les
photos publiées.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.