Les gisements Cerny d'Hébécrevon le village de l'Hôtel Torquet et La Couesnerie (Manche) - article ; n°4 ; vol.96, pg 529-546

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1999 - Volume 96 - Numéro 4 - Pages 529-546
Résumé L'apport principal de cette fouille réside dans la mise en évidence d'une occupation du Néolithique Moyen I (Cerny) qui a permis l'observation d'un four, type de structure encore inédit pour cette période. L'état de conservation général du gisement interdit hélas toute interprétation d'ordre fonctionnel ou ethnologique. Le mobilier recueilli renouvelle cependant le corpus céramique régional et confirme les données acquises dans le Bassin parisien et en Haute-Normandie sur la filiation V.S.G./Cerny-Videlles.
Abstract The main contribution of this excavation lies in bringing to the fore a Middle Neolithic I (Cerny) occupation, permitting the observation of a new type of structure for that period : a kiln. Although the general state of conservation of the site unfortunately makes any attempt at functional or chronological interpretations impossible, the artefacts found during the excavation renew the regional ceramic corpus, and provide a first archaeological link between the regional sites of the V.S.G. and Cerny cultural groups. They thus confirm the data already gathered from the Paris Basin and Upper Normandy regarding the chronological relation between the V.S.G. and Cerny-Videlles periods.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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Emmanuel Ghesquière
Cyril Marcigny
Hubert Lepaumier
Marie-France Dietsch-Sellami
Valérie Renault
Xavier Savary
Les gisements Cerny d'Hébécrevon "le village de l'Hôtel
Torquet" et "La Couesnerie" (Manche)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1999, tome 96, N. 4. pp. 529-546.
Résumé L'apport principal de cette fouille réside dans la mise en évidence d'une occupation du Néolithique Moyen I (Cerny) qui a
permis l'observation d'un four, type de structure encore inédit pour cette période. L'état de conservation général du gisement
interdit hélas toute interprétation d'ordre fonctionnel ou ethnologique. Le mobilier recueilli renouvelle cependant le corpus
céramique régional et confirme les données acquises dans le Bassin parisien et en Haute-Normandie sur la filiation
V.S.G./Cerny-Videlles.
Abstract The main contribution of this excavation lies in bringing to the fore a Middle Neolithic I (Cerny) occupation, permitting the
observation of a new type of structure for that period : a kiln. Although the general state of conservation of the site unfortunately
makes any attempt at functional or chronological interpretations impossible, the artefacts found during the excavation renew the
regional ceramic corpus, and provide a first archaeological link between the regional sites of the V.S.G. and Cerny cultural
groups. They thus confirm the data already gathered from the Paris Basin and Upper Normandy regarding the chronological
relation between the V.S.G. and Cerny-Videlles periods.
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Ghesquière Emmanuel, Marcigny Cyril, Lepaumier Hubert, Dietsch-Sellami Marie-France, Renault Valérie, Savary Xavier. Les
gisements Cerny d'Hébécrevon "le village de l'Hôtel Torquet" et "La Couesnerie" (Manche). In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1999, tome 96, N. 4. pp. 529-546.
doi : 10.3406/bspf.1999.11016
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1999_num_96_4_11016Emmanuel GHESQUIÈRE,
Les gisements Сету Cyril MARCIGNY
et Hubert LEPAUMIER avec d'Hébécrevon
la contribution de Marie-France
"le village de l'Hôtel Torquet " DIETSCH-SELLAMI,
Valérie RENAULT
et "Lu Couesnerie " (Manche) et Xavier SAVARY
L'apport Résumé principal de cette fouille réside dans la mise en évidence d'une occupat
ion du Néolithique Moyen I (Cerny) qui a permis l'observation d'un four, type
de structure encore inédit pour cette période. L'état de conservation général du
gisement interdit hélas toute interprétation d'ordre fonctionnel ou ethnologique.
Le mobilier recueilli renouvelle cependant le corpus céramique régional et
confirme les données acquises dans le Bassin parisien et en Haute-Normandie
sur la filiation V.S.G./Cerny-Videlles.
Abstract
The main contribution of this excavation lies in bringing to the fore a Middle
Neolithic I (Cerny) occupation, permitting the observation of a new type of struc
ture for that period : a kiln. Although the general state of conservation of the site
unfortunately makes any attempt at functional or chronological interpretations
impossible, the artefacts found during the excavation renew the regional ceramic
corpus, and provide a first archaeological link between the sites of the
V.S.G. and Cerny cultural groups. They thus confirm the data already gathered
from the Paris Basin and Upper Normandy regarding the chronological relation
between the V.S.G. and Cerny-Videlles periods.
La fouille du site de " L'Hôtel Torquet" à Hébécrevon C.N.R.S.) dans la zone 1 (fig. 2) lors d'une visite de
fait suite aux travaux de diagnostic archéologique réa terrain permet d'en connaître les composantes :
lisés par Valérie Renault, sur le projet de déviation de - l'horizon A et la terre végétale du sol, d'une épaisseur
l'agglomération de Saint-Lô (maître d'ouvrage : Direc constante de 25 à 30 cm, sont constitués d'une couche
tion des Routes Départementales de la Manche, humifère grumeleuse limono-sableuse panachée de
Conseil Général). teintes rosâtre et brun-gris présentant une activité
biologique importante (nombreuses tubulures et va
cuoles) ;
- sous ces niveaux perturbés récemment, s'observe une LOCALISATION GEOGRAPHIQUE couche de 15 à 18 cm d'altérite rougeâtre remaniée
ET CONTEXTE GÉOMORPHOLOGIQUE (vestiges d'altérites infratriasiques). Cette matrice li-
mono-argileuse possède une structure massive pré
Le gisement est localisé au nord de la commune d'Hé sentant cependant de nombreux pores liés à la propa
bécrevon, sur un plateau culminant à 79 m d'altitude gation des racines. Dans ce niveau se trouvent des
encadré par deux talwegs, le long de la R.D. 77 (fig. 1, fragments quartzeux de toutes tailles et de petits agré
site 1 et fig. 2). gats (pisolites de fer). L'activité biologique est res
treinte dans ce niveau ;
- le dernier niveau examiné dans les sondages archéoLa stratigraphie générale du site est simple. Une coupe
géomorphologique réalisée par le Centre de géomor logiques (niveau de lecture des structures) est formé
d'altérites de schiste à dominante jaunâtre. En phologie de Caen (J.-P. Ozouf et J.-P. Coutard,
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n" 4, p. 529-546 530 Emmanuel GHESQUIÈRE, Cyril MARCIGNY et Hubert LEPAUMIER et coll.
l'absence de sondage profond, l'épaisseur de cette Les résultats les plus importants sont liés à la découv
couche sablo-argileuse est inconnue. Elle présente erte d'une occupation du Néolithique moyen I.
quelques plaques d'altérites rougeâtres diffuses et des
fragments de schistes encore reconnaissables et Les structures disposés en bande. Aucune activité biologique n'est
observable. Malgré de nombreux problèmes de conservation des
structures dus à la disparition d'une partie des format
Les faits archéologiques, toutes époques confondues, ions superficielles lors de la mise en labour de cette
ont été observés au niveau de ce dernier horizon. zone du bocage, trois structures ont pu être repé
L'examen de la couche d'altérites rougeâtres, et en par rées dans les zones I et II : St. 10/St. 11, St. 9 et St. 29
ticulier la répartition des blocs quartzeux manifeste (fig. 2).
ment en place au sein de cette matrice, ont mis en év
idence son remaniement moderne sans doute d'origine La structure de combustion St. 10/11 (fig. 3)
anthropique. La perturbation de cette couche peut être
liée à des défrichements. Sous le niveau d'altérite rougeâtre, la structure St.
10/11 formait une vaste tache oblongue cendreuse au
contour flou (d'environ 300 x 150 cm) tranchant sur
l'encaissant de teinte jaunâtre. L'OCCUPATION NEOLITHIQUE Dès le nettoyage du sommet de la fosse, il est apparu
clairement qu'elle comprenait deux entités (fig. 3). La
Les données acquises à l'issue des travaux concernent première, St. 11, de plan grossièrement quadrangulaire
de nombreuses structures archéologiques dont les data (120 cm x 140 cm) présentait des parois rubéfiées.
tions s'échelonnent du Néolithique à nos jours (fig. 2). La seconde, St. 10, séparée de la précédente par un
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 1 — Hébécrevon, situation topographique des sites. 1 : Hébécrevon "Village de l'Hôtel Torquet " ; 2: Hébécrevon "La Couesnerie" (dessin E. Ghesquière, A.F.A.N.).
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n" 4, p. 529-546 gisements Cerny d'Hébécrevon " le village de l'Hôtel Torquet " et " La Couesnerie " (Manche) 531 Les
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 2 — Hébécrevon " l'Hôtel Torquet", plan masse des structures. En noir, structures datées du Néolithique moyen
(dessin E. Ghesquière, A.F.A.N.).
étranglement surtout marqué au sud-est, avait un plan un limon brun piqué de charbons de bois, reposant sur
ovalaire. un niveau rubéfié. Le profil général de l'ensemble
Deux coupes réalisées dans les grands axes de la struc est asymétrique ; il présente un fond plat à paroi ren
trante au niveau de St. 11 et un fond lenticulaire en ture ont permis d'appréhender son mode de comble
ment sur la trentaine de centimètres de hauteur obser St. 10. Quelques pierres reposaient sur le comblement
vée (fig. 3). Les deux unités sont comblées dans leur sommital des deux structures, au niveau du décapage
partie sommitale par un même niveau de limon gris- (schiste, quartzite et un granite). Elles ne présentaient
brun très charbonneux. La structure 11, plus profonde, aucune trace de rubéfaction et elles ne semblent
présente à la base de son remplissage une épaisse avoir aucun lien fonctionnel avec la structure de
couche de plaques de limon rubéfié emballées dans combustion.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n° 4, p. 529-546 .
532 Emmanuel GHESQUIÈRE, Cyril MARCIGNY et Hubert LEPAUMIER et coll.
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Fig. 3 — Hébécrevon " l'Hôtel Torquet ", le four St. 10/St. 1 1 а : labour ; b : altérite de schiste rouge ; с : limon
brun-gris et charbons ; d : limon brun-gris et nodules d'altérite rubéfiée ; e : rubéfiée ; f : céramique ;
g : silex (dessin E. Ghesquière et J.-M. Richard, A.F.A.N.).
enterré (ou en " sape ") mais bel et bien comme une L'interprétation hypothétique de cette structure
comme four apparaît à ce jour comme la plus probante. réalisation parfaitement aboutie au point qu'on pourr
Elle est formulée sur la base de plusieurs traits morphol ait douter de sa datation au Néolithique moyen I s'il
ogiques. Le plus important est la nette concavité des n'y avait le mobilier et le résultat du I4C.
parois de St. 1 1 suggérant une structure voûtée, hypo Ce type de structure est, dans l'état de nos recherches
thèse renforcée par les nombreux fragments de parois bibliographiques, inconnu dans le Néolithique ancien
reposant sur le fond rubéfié de la fosse. L'unité St. 10, et moyen d'Europe du nord. Tout au plus peut on citer
avec son fond en pente douce, peut être interprétée les quelques découvertes datées du final
comme une fosse d'accès à la chambre de chauffe. Le en Suisse où des fours circulaires à coupoles ont été
mode de couverture de cette et les moyens de mis en évidence dans les unités d'habitation (Audouze,
contrôle de la température restent bien entendu im 1989). Ils sont cependant typologiquement éloignés du
possibles à déterminer. Ils peuvent cependant être four mis au jour à Hébécrevon.
assez proches des modèles protohistoriques, la struc
ture d'Hébécrevon possédant visiblement les mêmes Les structures St. 9 et St. 29 (fig. 4)
caractéristiques que les fours que l'on rencontre à l'Âge
du Bronze ou à l'Âge du Fer. Par rapport à ces exemp Les St. 9 et St. 29 sont deux fosses de plan
laires beaucoup plus tardifs, la structure d'Hébécre circulaire ou sub-circulaire.
von ne se présente pas comme un prototype plus ou La fosse St. 9, située à proximité du couple de struc
moins bien maîtrisé ou un lointain ancêtre du four tures St. 10/St. 11, a été repérée dès le décapage du
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n° 4, p. 529-546 gisements Cerny d'Hébécrevon " le village de l'Hôtel Torquet " et " La Couesnerie " (Manche) 533 Les
labour. Elle a un diamètre, au niveau du décapage, de
l'ordre du mètre pour une profondeur moyenne de
0,80 m sous la surface topographique. Ses contours ont
été observés au niveau de l'altérite jaune ; son fond est LO lenticulaire et ses parois sont évasées. Les dimensions st29 originelles de la fosse devaient être supérieures à celles
mesurées au niveau de lecture comme semble le dé
montrer la répartition du mobilier archéologique et en
particulier la présence dans les niveaux supérieurs de
vestiges à l'extérieur des limites reconnues de la fosse.
La fosse 29 a posé plus de problèmes d'identification.
Sa position à proximité d'un fossé de parcellaire mo
derne (dans la zone II) et ses limites de creusement qui
ne dépassent pas l'altérite rougeâtre ont été autant Illustration non autorisée à la diffusion
d'éléments perturbants qui ont limité l'approche de la
structure. Sa forme générale peut cependant être r
econstituée à l'aide de la répartition du mobilier et d'une
couche de charbons de bois mêlés à un limon brun-gris
différent de l'encaissant. Elle affecte un plan ovalaire
de 1,30 m de long pour une largeur moyenne de 0,90 m.
Sa profondeur exacte reste cependant inconnue.
SITUATION ET ORGANISATION DU SITE :
TENTATIVE D'INTERPRÉTATION
La position topographique du site d'Hébécrevon sur
une crête dominant un paysage encaissé est un élément
qui doit être souligné. Ce cas de figure est, en effet, fo
Fig. 4 — Hébécrevon " l'Hôtel Torquet", les structures St. 29 et St. 9. rtement éloigné du modèle de colonisation rubanée a : labour ; b : altérite de schiste rouge ; с : limon brun-gris et charassocié aux plaines loessiques et doit répondre à de bons ; d : nodules d'altérite rubéfiée ; e : céramique ; f : silex (dessin nouveaux impératifs d'exploitation du milieu. Cette s E. Ghesquière, A.F.A.N.).
ituation préférentielle dans le paysage pourrait avoir un
lien étroit avec le statut du site. Malheureusement,
l'état de conservation général du gisement interdit
toute interprétation d'ordre fonctionnel ou ethnolo
gique et il est même impossible de parler de son organi niveau d'apparition des vestiges à l'interface altérite
sation interne (dans le sens de liens entre les diffé rougeâtre remaniée/altérite de schiste jaune (10 cm
rentes structures constituant le gisement). au-dessus du décapage). Les contours des structures ne
La structure de combustion elle-même pose de nomb sont véritablement apparus qu'au niveau de l'altérite de
reuses questions qui ne trouveront pas de réponse schiste jaune.
dans le cadre de cette fouille pour les raisons de conser La distribution verticale des vestiges dans le remplis
vation indiquées plus haut. L'utilisation et la fonction sage des structures 9 et 29 apporte peu d'éléments. Par
de la structure restent conjecturales (séchoir à grain, contre, la répartition spatiale des restes céramiques et
four culinaire, four de poterie...) ; de même, sa place au lithiques dans les couches de comblement du four est
sein de l'occupation ne peut être déterminée (à proxi plus riche d'enseignement. Les artefacts sont principa
mité de l'habitat ou au contraire en marge de la zone lement concentrés dans la fosse d'accès du four et au
habitée). Les implications d'une telle structure quant à niveau de l'entrée de la chambre de chauffe, dans la
l'économie agricole néolithique sont sûrement impor couche de comblement sommitale de la structure. Ce
tantes mais impossibles à appréhender dans le cas niveau constitué de limon gris-brun très charbonneux
d'Hébécrevon. On ne peut qu'espérer la multiplication est particulièrement riche en vestiges essentiellement
de découvertes de ce type dans les années à venir pour céramiques. Ces derniers appartiennent à de nombreux
répondre aux questions posées par ce site. individus très fragmentés parfois représentés par un ou
deux tessons. Cette couche semble alors résulter d'un
rejet que l'on pourrait qualifier de secondaire (par
opposition à un rejet de type primaire généralement LE MOBILIER constitué de céramique plus ou moins entière). Il t
émoigne vraisemblablement du rebouchage de la struc
La fouille des structures a été réalisée par passes suc ture après utilisation avec un sédiment prélevé à proxi
cessives et arbitraires de 5 cm à partir du niveau de mité et lié probablement au sol d'habitat. Les différents
décapage. Les deux premières passes correspondent au matériaux ont alors été rejetés dans les excavations les
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- échantilon HEB 22 : cette pâte présente également plus accessibles (l'accès au four), la chambre de chauffe
étant encore couverte. des quartz, des feldspaths très altérés et des fragments
de roches magmatiques. Ces derniers sont beaucoup
plus fréquents que dans l'échantillon HEB 21. L'enLe mobilier céramique semble de ces grains est très mal classé entre les silts
Le mobilier céramique est relativement abondant pour et les sables très grossiers (supérieurs au millimètre).
la période concernée ; 392 tessons ont été mis au jour, Les grains sont assez anguleux. Cette pâte contient de
soit un poids total de 3 300 g (étude préliminaire et r nombreuses biotites disséminées dans la matrice ou
incluses dans les lithoclastes magmatiques. Ce emontage du mobilier, S. Clément Sauleau, A.F.A.N.).
Malgré un taux de fragmentation élevé, 34 individus cortège est accompagné par quelques grains ferrug
céramiques ont pu être différenciés (dont 22 ont pu ineux et de nombreux grains de couleur marron
faire l'objet d'une reconstitution graphique). La totalité contenant parfois des petits grains d'argilite ;
- échantillon HEB 31 : les éléments figurés sont dodu mobilier provient des fosses St. 9 et St. 29 et de la
structure de combustion St. 10/St.ll {cf. tableau 1 pré minés par des quartz de la taille des silts. Quelques
sentant les caractères discriminants du corpus). Les feldspaths (orthoses maclées Carlsbad) accompag
quelques tessons découverts hors structure n'ont pas nent cette fraction fine. Les autres éléments sont des
été retenus dans le cadre de l'étude, leur position strati- quartz, des fragments de roches magmatiques et des
fragments de roches sédimentaires de type grau- graphique et leur état de conservation interdisant tout
commentaire d'ordre typo-chronologique. wacke. Ils peuvent atteindre les 500 micromètres. Ces
grains sont généralement assez arrondis. Quelques
muscovites et de rares tourmalines sont à signaler. Nombre Décor Structure d'individus
Vase en demie sphère 7 10/11, 9, 29 La détermination de la provenance des deux échantil
Vase en trois-quarts de sphère 2 10/11 9 lons HEB 21 et HEB 31 est rendue difficile en raison de
Vase à col ("bouteille") 1 ou 2 9, 10/11 ? l'altération des feldspaths. Cependant, il semble qu'il y
" Plat à pain " 1 ait un mélange de plagioclases et d'orthoses. Pour 10/11
Rebord encoche ou impressionné 5 10/11, 9 l'échantillon HEB 22, l'organisation de la pâte permet
Anse à ensellement médian 2 10/11 de conclure sur son origine, il s'agit d'une altérite de
Anse funiculaire 4 roche magmatique de type granitoïde. La composition 10/11, 9, 29
Pastilles au repoussé 6 associant quartz, plagioclases, orthoses et biotites pourr10/11, 9, 29
ait indiquer l'emploi d'une argile issue d'une grano- Impression 1 10/11
Cordon en V 1 29 diorite mancellienne. Les massifs de granodiorites sont
situées dans le sud du Calvados, de la Manche et dans Tabl. 1 — Caractères discriminants du corpus.
les départements de l'Orne, de la Mayenne et de l'ïlle-
et-Vilaine. Le massif le plus proche (Massif de Vire-
Carolles) est situé à une trentaine de kilomètres du site
d'Hébécrevon. L'échantillon HEB 21, par analogie, Technologie (par X. Savary, S.D.A.C.)
pourrait avoir la même origine, notamment en fonction
L'ensemble du lot céramique est relativement homo de la présence de fines biotites mêlées à la matrice
gène ; une seule source argileuse semble avoir été phylliteuse. Son organisation est cependant moins
utilisée pour la fabrication des vases. Les seules diff caractéristique de ce type d'altérite. La pâte de l'échant
érences mises en évidence lors de l'examen macrosco illon HEB 31 contient de nombreux éléments d'ori
pique des pâtes résultent d'une variation granulomé- gine armoricaine. La présence de fragments grauwac-
trique des inclusions (en particulier les grains de keux pourrait indiquer une source briovérienne. Quoiq
quartz). u'il en soit, cette céramique semble avoir été fabr
iquée à l'aide de matériaux locaux, le site étant localisé
Trois échantillons observés en lame mince permettent dans une zone où de nombreuses formations géologi
de se faire une idée des pâtes constituant le corpus ques sont issues de l'érosion du Massif armoricain.
- échantillon HEB 21 : les inclusions sont essentiell La céramique est montée au colombin dont les traces
ement des quartz et des feldspaths fortement altérés. sur la coupe des tessons sont toujours nettes sous la
Ils sont mal classés et englobés dans une matrice forme de cassures en biseau ou en gouttière. Les sur
phylliteuse. Leurs tailles varient des silts aux sables faces extérieures des vases, lorsqu'elles sont conser
fins (200 à 300 micromètres environ) ; ils sont relayés vées, sont généralement bien régularisées. Deux tech
dans la fraction grossière par des fragments de roches niques semblent avoir été utilisées ; la plus fréquente
est l'égalisation à " la main mouillée " qui donne à la magmatiques associant quartz et feldspaths, la taille
de ces fragments variant de 200 micromètres à surface du vase un aspect uni et mat, la seconde est réa
lisée à l'aide d'une spatule avant cuisson sur pâte 1,3 mm). Ces grains sont généralement assez angu
leux et de forme subsphérique ; ils sont accompagnés humide.
de quelques grains ferrugineux. De rares muscovites Les couleurs des parois extérieures des vases varient
et de rares tourmalines constituent le cortège se d'un individu céramique à l'autre. Elles peuvent être
condaire. La fraction silteuse est largement domi sombres ou au contraire d'un rouge-orangé vif. La
teinte dominante reste cependant le brun-jaune ou le nante ;
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n° 4, p. 529-546 gisements Cerny d'Hébécrevon " le village de l'Hôtel Torquet " et " La Couesnerie " (Manche) 535 Les
" la main mouillée ". Aucun élément de préhension ne beige. Les parois intérieures plus homogènes sont
essentiellement de teinte sombre. Dans la plupart des peut être rattaché à cette forme. Le second vase est
cas, les couleurs ne sont pas uniformes ce qui traduit un représenté par un unique fragment de la partie médiane
mode de cuisson rudimentaire en tas sans couverture n° 8). Sur le plan morphologique, il d'un col (fig. 5,
de confinement (cuisson réductrice intense puis oxy appartient au groupe des vases à col mais sur le plan
dante). typologique, il doit être proche des vases en trois-quarts
de sphère.
La dernière catégorie est constituée d'un petit fragment Définition du corpus
d'une galette d'argile cuite de 1 1 cm de diamètre proche
n° 14). La définition du corpus repose sur quatre groupes de sur le plan typologique d'un plat à pain (fig. 5,
vases. Le premier, et le mieux représenté, est le groupe Un certain nombre de tessons n'a pu être rattaché à au
des vases en demie sphère. Puis, viennent les vases en cune de ces classes morphologiques mais participe c
trois-quarts de sphère, les vases à col (" bouteilles ") et ependant à la définition du corpus. Les décors en parti
un dernier groupe représenté par un individu qui peut culier doivent faire l'objet d'une attention particulière.
être comparé à un plat à pain de petite taille. Plusieurs éléments sont décorés de pastilles au
repoussé (fig. 5, nos 20 et 22) et un tesson épais apparteLes formes en demie sphère proviennent des trois
structures. Leur diamètre maximum à l'ouverture est nant probablement à un vase de grand format (vase de
compris entre 19 et 23 cm. L'épaisseur des tessons est stockage par exemple) est décoré d'un cordon en V
n° 18). comprise entre 0,3 et 0,8 cm. Les fonds, lorsqu'ils ont prenant appui sur un bouton ou une anse (fig. 5,
été observés, sont exclusivement arrondis sans varia
tion d'épaisseur importante. Les rebords appartiennent Le mobilier lithique à deux grands groupes typologiques. Les plus fréquents
sont des rebords arrondis (fig. 5, nos 5, 6, 7 et 11). Les Matière première
autres n° 3). Les sont éléments des rebords de préhension à lèvre dissymétrique sont placés (fig. sur 5, le Cinq types de silex sont présents :
quart supérieur des vases (fig. 5, nos 3 et 11) ou plus - un silex noir à cortex roulé ;
n° 7). Il s'agit - un silex gris clair à gris foncé, à cortex assez épais et rarement à proximité de la lèvre (fig. 5,
d'anses funiculaires ou à ensellement médian. Les non roulé ;
surfaces, très abîmées en général, n'ont pas permis la - un silex brun clair translucide, à cortex fin et roulé ;
reconnaissance de motifs faiblement imprimés ou inci - une chaille de qualité médiocre (un seul éclat) ;
sés dans la pâte. Les décors sont cependant fréquents : - un silex brun appelé silex du Cinglais, originaire du
il s'agit de pastilles au repoussé souvent cassées, sud de la Plaine de Caen (st. 9 et objet 1 uniquement),
disposées en ligne horizontale sur un ou plusieurs dont la qualité permet un débitage laminaire régulier.
nos 11 et 10) ou en diagonale (probable registres (fig. 5,
nos 5 à 7), de décors imprimés sur la partie " V ", fig. 5, Les quatre premiers d'entre eux sont de qualité
nos 3 et 10) ou disposés en sommitale des lèvres (fig. 5, moyenne et possèdent peu d'inclusions grenues ou de
bandeau sur la panse du vase de part et d'autre de l'anse fissures internes ; le dernier est un silex de très bonne
(fig. 5, n° 3) et d'un cordon en "V" (fig. 5, n° 18). qualité.
Les vases en trois-quarts de sphère sont typologique- Aucun de ces matériaux n'est présent à l'état naturel
ment assez proches du groupe précédent si ce n'est leur dans l'environnement géologique du site. Leurs ori
partie supérieure incurvée vers l'intérieur. Deux indi gines doivent être recherchées en direction du Bessin, à
vidus peuvent être rattachés avec certitude à cette une vingtaine de kilomètres vers l'est (silex gris clair),
n° 4 est repréclasse morphologique. La forme fig. 5, dans la Plaine de Caen et dans les formations rés
sentée par un col de vase, d'un diamètre à l'ouverture iduelles constituées de Cénomanien marin ou des gis
ements de la fin de la transgression qui sont plus ou de 29 cm, décoré d'incisions sur la lèvre et de deux
lignes horizontales parallèles de pastilles au repoussé moins bien conservés (silex noir, brun clair). Ceci ex
n° 9 appartient à sur le haut de la panse. La forme fig. 5, plique en partie l'absence des témoins des phases d'ini
un petit vase archéologiquement complet, dépourvu de tialisation des nucleus ; une partie du débitage a dû en
décor, de 12 cm de diamètre à l'ouverture pour une effet être effectuée à proximité des lieux de ramassage.
hauteur restituée de 9 cm. Il faut également souligner l'état de fraîcheur du silex,
Le groupe des vases à col ou " bouteilles " est repré qui a permis la reconnaissance d'un lustré sur un petit
senté par deux individus morphologiquement très éclat. Son observation au microscope (200 x) dans
différents. Le premier est le plus caractéristique (fig. 5, l'espoir de découvrir des stries d'utilisation particulière
n° 1). L'état de fragmentation du vase n'ayant pas per s'est cependant révélée infructueuse en raison du grain
mis une reconstitution exacte de son profil, celle-ci est du silex. Deux lames en silex du Cinglais ont montré
proposée à titre d'hypothèse. La forme générale est un lustré du type "lustré de céréales".
grossièrement globulaire, sa hauteur est évaluée à une
trentaine de centimètres. Son fond est arrondi et Le four : débitage
épaissi, la face interne des tessons présente à cet en
droit un encroûtement cendreux (caramel de cuis L'ensemble du débitage est orienté vers la production
son ?). Son aspect extérieur est fruste et seul son col d'éclats irréguliers, assez épais et de petite taille (fig. 6,
n° 5). Les négatifs d'enlèvement présents à la surface de éversé semble avoir fait l'objet d'un lissage sommaire à
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536 Emmanuel GHESQUIÈRE, Cyril MARCIGNY et Hubert LEPAUMIER et coll.
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I
10 cm 10
13 12
у—
15 14 16
i
19 21 22 I 20
Fig. 5 — Hébécrevon " l'Hôtel Torquet ", mobilier céramique. 2 à 4, 6, 8, 11 à 16 et 19 à 22 : de la structure St. 10 ; 1, 5, 7, 9 et 10 : de la structure St. 9 ;
17 à 19 : de la structure St. 29 (dessin E. Ghesquière et D. Giazzon, A.F.A.N.).
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n° 4, p. 529-546 gisements Cerny d'Hébécrevon " le village de l'Hôtel Torquet " et " La Couesnerie " (Manche) 537 Les
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Fig. 6 — Hébécrevon "l'Hôtel Torquet", mobilier lithique. n° 1 à 9 : St. 10 (dessin E. Ghesquière, A.F.A.N.).
ces éclats sont orientés dans la même direction, ce qui (cf. infra) semblent avoir participé aux opérations de
suggère l'emploi de nucleus unipolaires. Les talons débitage. Deux nucleus à éclats sont présents dans la
série (fig. 6, nos 8 et 9). Le premier a été abandonné malsont larges et épais et les bulbes de percussion proémin
ents. Ces stigmates indiquent l'emploi exclusif du per gré une taille encore relativement importante. Il est
cuteur dur. Les percuteurs en grès découverts sur le site unipolaire et ne comporte pas d'accidents de taille (de
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