Les habitats danubiens de Sainte-Pallaye (Yonne) : contact de civilisations, acculturation ou évolution - article ; n°1 ; vol.96, pg 21-38

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1999 - Volume 96 - Numéro 1 - Pages 21-38
Résumé Cet article constitue la publication des fouilles de sauvetage effectuées à Sainte- Pallaye (Yonne) à partir de 1956. Ces fouilles devaient révéler l'existence de structures inconnues à l'époque dans cette région, entre autres : maison trapézoïdale en poteaux de bois, plancher de rondins, fosses garnies de gros galets rubéfiés. Les relations chronologiques entre ces structures sont examinées. Le matériel céramique et lithique qui appartient au Groupe d'Augy-Sainte-Pallaye (dernière étape du Groupe de Villeneuve-Saint-Germain) est étudié par unité de fouille.
Abstract This article is the publication of the rescue excavations carried out at Sainte- Pallaye (Yonne) from 1956 onwards. These excavations were to reveal the existence of structures previously unknown in the region, including a trapezoidal house built with wooden posts, a log floor, and pits filled with large rubefied pebbles. The chronological relationship between these structures is examined. The ceramic and lithic material, which belongs to the Augv-Sainte-Pallaye group (the last phase of the Villeneuve-Saint-Germain group) is studied by excavation units.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
Lecture(s) : 26
Nombre de pages : 19
Voir plus Voir moins

Henri Carré
Les habitats danubiens de Sainte-Pallaye (Yonne) : contact de
civilisations, acculturation ou évolution
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1999, tome 96, N. 1. pp. 21-38.
Résumé Cet article constitue la publication des fouilles de sauvetage effectuées à Sainte- Pallaye (Yonne) à partir de 1956. Ces
fouilles devaient révéler l'existence de structures inconnues à l'époque dans cette région, entre autres : maison trapézoïdale en
poteaux de bois, plancher de rondins, fosses garnies de gros galets rubéfiés. Les relations chronologiques entre ces structures
sont examinées. Le matériel céramique et lithique qui appartient au Groupe d'Augy-Sainte-Pallaye (dernière étape du Groupe de
Villeneuve-Saint-Germain) est étudié par unité de fouille.
Abstract This article is the publication of the rescue excavations carried out at Sainte- Pallaye (Yonne) from 1956 onwards. These
excavations were to reveal the existence of structures previously unknown in the region, including a trapezoidal house built with
wooden posts, a log floor, and pits filled with large rubefied pebbles. The chronological relationship between these structures is
examined. The ceramic and lithic material, which belongs to the Augv-Sainte-Pallaye group (the last phase of the Villeneuve-
Saint-Germain group) is studied by excavation units.
Citer ce document / Cite this document :
Carré Henri. Les habitats danubiens de Sainte-Pallaye (Yonne) : contact de civilisations, acculturation ou évolution. In: Bulletin
de la Société préhistorique française. 1999, tome 96, N. 1. pp. 21-38.
doi : 10.3406/bspf.1999.10906
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1999_num_96_1_10906Les habitats danubiens
de Sainte-Pallaye (Yonne) :
contact de civilisations,
Henri CARRÉ acculturation ou évolution
Résumé Cet structures Pallaye article (Yonne) inconnues constitue à partir la à publication l'époque de 1956. dans des Ces fouilles cette région, de devaient sauvetage entre autres révéler effectuées : maison l'existence à Sainte- trapé de
zoïdale en poteaux de bois, plancher de rondins, fosses garnies de gros galets ru
béfiés. Les relations chronologiques entre ces structures sont examinées. Le
matériel céramique et lithique qui appartient au Groupe d'Augy-Sainte-Pallaye
(dernière étape du Groupe de Villeneuve-Saint-Germain) est étudié par unité de
fouille.
Abstract
This article is the publication of the rescue excavations carried out at Sainte-
Pallaye (Yonne) from 1956 onwards. These were to reveal the exis
tence of structures previously unknown in the region, including a trapezoidal
house built with wooden posts, a log floor, and pits filled with large rubefied
pebbles. The chronological relationship between these structures is examined.
The ceramic and lithic material, which belongs to the Augv-Sainte-Pallaye group
(the last phase of the Villeneuve-Saint-Germain group) is studied by excavation
units.
La mise au jour de plusieurs maisons danubiennes à HISTORIQUE Charmoy dans l'hiver 1967-1968 comparables à celles de
la vallée du Rhin, a ensuite établi définitivement l'avan
En 1956, il y a 40 ans déjà, fut découverte la première cée de ce type de construction dans la région. Dès lors,
les découvertes se sont multipliées en France et plus maison néolithique dans un petit décapage artisanal.
Une petite fosse voisine a livré de la céramique qui fut particulièrement dans la vallée de l'Aisne. Ces nouvelles
attribuée au Danubien. Classée dès 1957 comme constructions étaient beaucoup plus classiques et la cér
première maison danubienne trouvée en France, amique possédait des caractères communs avec celle
connue du Bassin parisien. La céramique de Sainte- l'annonce de cette découverte qui portait l'extension de
cette civilisation jusqu'au cœur du Bassin parisien, a eu Pallaye présentait, avec Augy, des différences notables
une répercussion dans toute l'Europe, témoin la repro qui ont fait créer, par Bailloud, le faciès d'Augy-Sainte-
Pallaye proche du Chasséen. Différentes études récentes duction du plan dans diverses encyclopédies ou revues
étrangères. ont replacé cette céramique dans le Danubien tardif, à la
La poursuite de l'étude de cette parcelle isolée au transition du VSG et du Cerny, avec une large extension
milieu d'une gravière a donné les plans de plusieurs vers l'ouest jusqu'à la Loire. Il existe une distinction
autres constructions à proximité de la première. dans les décors d'Augy qui possèdent, outre de nomb
J'aurais aimé pouvoir les rapprocher de celles de Kôln- reux rubans, des boutons au repoussé et des groupes
Lindenthal, les plus proches connues en France à cette de boutons formant des thèmes propres au Cerny, alors
époque. Il n'y avait de toute évidence pas concordance, que Sainte-Pallaye, avec des décors en V sur anse par
ni dans les plans, ni dans l'organisation. pincement présente des caractères VSG.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n" 1, p. 21-38 :
22 Henri CARRE
Le fait d'être pionnier de la découverte d'une maison rien sur plusieurs centaines de kilomètres. Plutôt que
néolithique qui s'est révélée sans équivalent pendant des lieux de séjours permanents, les entrées de grottes
de nombreuses années a contribué à repousser la publi dans des zones restées boisées semblent avoir été occu
cation de Sainte-Pallaye. pées lors d'expéditions de chasse.
En aval, encore longée par de petites falaises calcaires
jusqu'à Auxerre (à 20 km) la vallée s'élargit. Elle a livré
d'autres sites de cette période comme Augy et Esco-
POSITION DU SITE lives-Sainte-Camille. Au-delà, les sites connus
montrent une occupation généralisée avec des maisons
À la découverte de cette première maison, il n'existait traditionnelles.
aucun plan jusqu'à la vallée du Rhin et, progressive Le choix de l'emplacement du site de Sainte-Pallaye
correspond exactement au point de rencontre des ment, de nouveaux sites ont occupé une vaste zone au
nord et à l'ouest jusqu'à la Normandie et la vallée de la vallées de l'Yonne et de la Cure, où les alluvions se
Loire. À l'est de Sainte-Pallaye, depuis la Lorraine et confondent. Les plaines alluviales s'élargissent à
l'Alsace jusqu'au Massif central, vallée de la Saône l'approche du confluent où la Cure tourne brusque
comprise, il ne se découvre aucun plan de sites de plein ment et les deux rivières se rencontrent après un par
air du Néolithique ancien jusqu'au Chasséen (fig. 1). cours convergent d'1 km. Les différentes occupations
ont été nombreuses à ce confluent, du Danubien au Sainte-Pallaye représente une avancée extrême de
l'influence de la céramique d'origine danubienne à l'est Gallo-romain, et s'étalaient bien au-delà de la petite
du Bassin parisien. En effet, l'occupation de la vallée de gravière qui enserrait la parcelle étudiée.
la Seine en direction de sa source s'arrête apparemment Cette bande de terre de 10 par 130 m était encore oc
à Marolles. Il ne semble pas avoir eu de pénétration par cupée par une vieille vigne, en exploitation. Le déca
le Serein et l'Armançon, affluents de l'Yonne. L'Yonne page, réalisé en bonne partie manuellement pour éviter
et la Cure possèdent en amont des vallées étroites, des des destructions a dégagé plusieurs zones distinctes
défilés et des falaises, avec de nombreuses cavités l'extrémité est sur 65 m présente les structures an
(Nermont, les Fées, la Roche au Loup, La Rochère ciennes dites danubiennes sans les trous parasites ce
entre autres) qui ont fourni quelques tessons, à une pe qui interdit toute interprétation. Dans la partie centrale,
tite journée de marche de Sainte-Pallaye et puis, plus fortement perturbée par l'existence très ancienne d'un
Fig. 1 — Localisation du
site de Sainte-Pallave.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n" 1, p. 21-38 :
habitats danubiens de Sainte-Pallaye (Yonne) contact de civilisation, acculturation ou évolution. 23 Les
*
• ■-■■••■ ••■•.'..■■ •• ■■• .•■■'• •' ."••■..• El ^.
'••♦••.•;' 'в' "• J. .'•' .- -Z"*-. Ш ::sï£ '/г^'£ш\л • %^лл-.'-'«"*.*:"?ПйС -_^4'„
:,*♦;;' •' ; ' ; •■•;î"-*"î #;?».w>. -V-:.. ".v;"--- '.•••"■**. •' '. v:.''- Г *л."-.. "v. ;/;^J .*■'. :*''y-^
*$
Fig. 2 — Sainte-Pallaye. Plan général de la parcelle, toutes civilisations confondues.
bosquet qui a multiplié les trous dans le gravier, l'inte fosse ou gros poteau central, puis l'alignement de trois
rprétation est difficile. Le dernier tiers ouest comprend fosses rectangulaires (fig. 15) sans pouvoir leur attr
d'abord un cimetière du Bronze puis un mégalithe et ibuer des alignements de trous de fondation de char
une maison du Néolithique final qui ont fait l'objet de pente. En prolongement, un ensemble complexe d'une
publications (Carré, 1983 ; Carré et Mordant, 1988). grande fosse compartimentée accompagnée de deux
foyers possède un encadrement de trous, de forme rec
tangulaire (fig. 15, ensemble 9). Une autre fosse proLE VILLAGE fonde (fig. 15, fosse 10) a été à demi coupée par l'exploi
tation voisine. Doit-on ajouter une maison rectangul
Le site avait été décelé à la fin de l'exploitation voisine aire (fig. 15, cabane 11) avec trois poteaux centraux en
de granulats sans soupçonner son importance et la alignement et une orientation différente? Elle se
vigne toujours cultivée semblait une garantie contre trouve à peu de distance de trois sépultures du Bronze
une exploitation prochaine. Deux mois plus tard, un ar final (Carré et Mordant, 1988). Après un imbroglio de
tisan local a commencé à décaper avec un engin rudi- petits fossés ou de trous de poteaux contigus, au milieu
mentaire et a enlevé le gravier sur une longueur de des sépultures, deux grands foyers (fig. 15, foyers 13 et
15) et un autre plus petit (fig. 15, foyers 13, 14) doivent 30 m.
La partie côté est comprend plusieurs maisons et ca aussi être associés à cet ensemble de structures.
banes qui forment un ensemble, un village. Un grand Il est certain que cette bande étroite de 10 m traversant
bâtiment complexe (fig. 3) à foyers qui continuait dans ce groupe de structures ne peut représenter l'ensemble
la partie détruite, forme un axe central avec deux mai du village. Déjà, l'extrémité de la maison 4 était im
sons (fig. 2 et 3, maison 1 et 4) sensiblement parallèles plantée sur un reliquat de gravier resté en place de
de chaque côté. À l'extrémité est de la maison 1, en l'exploitation voisine. À 3 m à l'ouest de l'extrémité de
prolongement, se trouve une petite cabane circulaire cette cabane, un trou de poteau avec calage de pierres
(fig. 3, cabane 2). Au côté sud et à côté du grand était entouré de traces d'autres trous donnant l'impres
complexe à foyers, vers son extrémité ouest, existe sion de former une nouvelle cabane qui aurait été trop
aussi une cabane avec fosse et foyer (fig. 2 et 3, ca décapée ? À 5 m plus au Nord existait deux autres
bane 5). fosses rectangulaires alignées et parallèles à l'align
Le village continue en partie centrale. Au décapage, la ement 7. Dans cette même parcelle voisine, en face de
multitude de trous montrait plusieurs types de remplis l'ensemble 9, en prolongement de la maison 3, a aussi
sages correspondant à des diamètres et dessinant des existé un alignement de 5 foyers à galets qu'il n'a pas
ensembles différents, c'est ainsi qu'il a été possible de été possible d'étudier. Ils devaient occuper une autre
connaître une cabane ronde (fig. 15, cabane 8) avec construction. À quelque distance (200 m), d'autres
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n" 1, p. 21-38 24 Henri CARRÉ
Fig. 3 — Sainte-Pallaye. Plan du village.
traces ont été repérées probablement d'une période présente le même nombre de poteaux (5) de chaque
voisine, mais ce n'est plus le même ensemble. côté. À l'intérieur, vers l'extrémité une fosse rectangul
L'appellation " village " pour cet ensemble de struc aire de 1,80 m par 0,80 m est perpendiculaire à l'axe de
la maison. Son fond, à 0,20 m dans le sable, possède un tures n'apparaît pas exagéré. De toutes celles-ci, aucune
ne recoupe une autre et elles paraissent même avoir été petit fossé en Z et 5 petits trous pouvant recevoir des
disposées avec ordre, respectant certaines distances. Il bois. Il n'a été trouvé aucun indice de son utilisation et
apparaît même une symétrie : les maisons à foyers r son remplissage se composait uniquement de sable fin.
eprésentant l'axe, les deux maisons à gros poteaux appe De chaque côté de la fosse, deux gros poteaux sont en
alignement avec celui du milieu de la tierce. Ils lées danubiennes, de chaque côté, les alignements de
fosses rectangulaires étant orientés aussi est-ouest. À pouvaient servir de soutènement à la toiture.
ces dispositions s'ajoutent celles des cabanes qui occu Cette maison possédait un plancher de rondins disposé
pent les espaces libres. en long dans la partie étroite et en travers dans l'autre.
Ce village si différent des installations connues dans le La découverte de traînées noirâtres dans le sable fut
Bassin parisien est-il vraiment danubien ? incomprise au moment de la découverte. Il restait un
angle à décaper sous les déblais. Pour avoir la confirmat
ion de son existence dans cette construction, quatre
ans plus tard, après la mise au jour de celui de la plat
LE PREMIER GROUPE DE STRUCTURES eforme de la grande maison à foyers, cet angle a été
décapé et il possédait bien des traces de rondins.
L'industrie de cette maison (fig. 4) comprend 20 tesLa maison trapézoïdale 1 sons dont dix bords et un seul est décoré d'une ligne de
La première description de cette maison (Carré, coups d'ongle ou de pincements sous bord, type cou
Dousson, Poulain, 1957) a servi de prise de date alors rant au VSG. Il provient d'un vase d'assez grande d
que la fouille n'était pas encore terminée. Elle nécessite imension. La pâte possède souvent un dégraissant abon
une reprise des détails. dant qui correspond au sable granitique. L'industrie
Cette maison présente des particularités qui ne permett lithique est pauvre. Elle comprend, sur 50 silex, deux
ent pas de la classer parmi les autres constructions du petits nucleus polyédriques, six fragments de lames et
Danubien. Ses dimensions sont restreintes avec 12 m quelques petits éclats qui ont été utilisés en l'état.
de long et les deux petits côtés de 1,80 m et 4 m (fig. 3).
Cette maison possède en son milieu une tierce qui n'a La maison 4 pas son équivalent au petit côté avec deux poteaux ni
au grand côté qui en possède quatre. Si l'on considère Cette maison n'est connue que par sa petite extrémit
la moitié ouest, le petit côté possède 9 poteaux au nord é qui présente des similitudes avec la maison 1, elle
est un peu plus large avec 2,20 m. et sa forme, par et seulement 5 au sud. Cette différence suggère un ren
forcement de la paroi nord qui devait être plus élevée l'écartement de ses lignes de poteaux donnerait le
pour recevoir un toit à une pente. L'autre moitié est, même trapèze.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n° 1, p. 21-38 :
Les habitats danubiens de Sainte-Pallaye (Yonne) contact de civilisation, acculturation ou évolution. 25
de long et sa largeur connue à l'est était de 3 m. Son La maison 3 ou complexe 3
extrémité ouest était fermée par un petit fossé connu
Cette construction représentée avec tous ses trous de sur 2 m. L'arasement du gravier à la limite de la parcelle
fondation et sa plate-forme est complexe. Heureuse a supprimé la paroi nord. Cette maison pouvait être à
ment une grande partie de sa surface a pu être décapée parois parallèles ou légèrement trapézoïdales. À l'inté
manuellement, et dans la zone centrale une stratigra rieur se trouvait, à l'extrémité ouest, la fosse à cér
phie fine a montré que le bâtiment avait subi deux amique avec les trois foyers dans l'alignement.
transformations de cette partie qui se sont trouvées Il est difficile de concevoir sa forme architecturale. La
concrétisées par le remplissage des trous de poteaux. paroi nord a été entrevue avant destruction. La paroi
Ces modifications ont obligé à reconstruire complète sud comprend une ligne de poteaux avec, accolé devant
ment la partie centrale d'où la multiplication des trous. chaque intervalle de foyers ou fosses, un ou plusieurs
L'existence de sept cloisonnements entre le troisième autres poteaux dont la destination n'apparaît pas mais
étaient peut-être destinés à remplacer les cloisons. et le septième foyer, soit sur 6 m, révélait les modifica
tions successives avec l'augmentation du nombre de Existait-il seulement une toiture ? Peut-être laissait-on
foyers. Un essai de reconstitution des trois états peut un espace libre au-dessus du foyer fonctionnel ?
être tenté sachant que des erreurs peuvent se faire, par
exemple rien n'indique à quel moment le fossé La fosse 1 à céramique
quadrangulaire de la plate-forme a pu être creusé, mais
il est évident qu'il existait à l'état final. Certainement l'agencement de cette maison à foyers
était prévu à sa construction, et peut-être même des
fosses déjà creusées, les deux premières avec des dia
mètres de 1,60 m et la troisième 1,80 m. La petite fosse ESSAI DE RECONSTITUTION DES ETATS
se différenciait avec 0,95 m. Son étude a révélé une SUCCESSIFS DE LA MAISON 3
organisation interne (fig. 5).
La couche supérieure de quelques centimètres conteLe premier ensemble 1 nait dans une terre sableuse d'origine granitique quel
Au début, il existait deux constructions de conceptions ques silex correspondant au sol néolithique envi
différentes : l'une avec foyers, l'autre sans (stade 1, ronnant, et trois fragments de céramique, tous sans
fig. 6). La grosseur des poteaux de la première ne caractéristiques particulières. Vient ensuite une couche
dépassait pas 0,15 m alors que l'autre construction de 0,45 m à 0,50 m de terre brun-noir stérile. Deux dé
donnait des diamètres qui variaient entre 0,20 et 0,40 m. pôts de gros galets encadraient ensuite des ossements
et, pour les maisons trapézoïdales, entre 0,30 et 0,50 m en mauvais état de conservation et quelques tessons
de diamètre. La première maison à foyers avait 11,60 m dont des fragments de panse d'un gros vase ceinturés
( L
ZZJ
Fig. 4 — Sainte-Pallaye. Maison 1, céramique et silex.
n° 1, p. 21-38 Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, i
.
,
26 Henri CARRÉ
installation suggère l'utilisation de cette fosse comme
garde-manger dans des gros pots.
Le fond de cette fosse nettoyé, quelle ne fut pas la sur
prise de voir apparaître un trou circulaire de 0,30 m qui
avait été camouflé par les tessons, puis, après avoir
creusé encore 0,20 m, de trouver une omoplate de bo
vidé sur le sable. Ce dépôt rituel ne paraît pas connu, ni
Plan au niveau des galets ce type de fosse tapissée dans cette période bien datée o a m par la céramique. Omoplate de boeuf L'industrie de cette fosse (fig. 7) ne regroupait que de Fig. 5 — Sainte-Pallaye. Plan et coupe de la fosse l à céramique. rares silex, des éclats peu caractéristiques, mais l'essent
iel de la céramique de cette période provient de cette
fosse. Ce sont 170 tessons dont 24 bords et 5 anses.
d'un cordon aplati à son sommet. Le fond en cuvette Dans cet ensemble il n'existe que 13 fragments décorés
de cette fosse de 0,75 m de profondeur était tapissée de qui, dès leur découverte, ont été associés aux tessons
tessons soigneusement posés sur le sable. Cette d'Augy (Bailloud, 1964). Cette association fait l'objet de
[от
Ô'
Zone détruite Zone inconnue
••• • &
о •; о
Fig. 6 — Sainte-Pallaye. Stade 1 Plans de l'évolution de la maison Stade 3. 2 Stade 3
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n° 1, p. 21-38 :
Les habitats danubiens de Sainte-Pallaye (Yonne) contact de civilisation, acculturation ou évolution. 27
Fig. 7 — Sainte-Pallaye. Maison 3, fosse 1, céramique.
plusieurs études rétablissant la position (Constantin, Cette construction a été entièrement réalisée en creu
sant des trous de 0,25 m et 0,40 m. Si la paroi d'extré1983 ; Carré, 1983) Ainsi, à Sainte-Pallaye le cordon est
présent mais pas abondant. Le bouton repoussé s'o mité a été sensiblement droite, les deux autres cloisons
rdonne en lignes sous bord et non en motifs entre les ont été implantées fortement inclinées. Le nombre de
poteaux internes respectifs sont de 4, 7 et 6. Cette dianses comme à Augy, les lignes de coups d'ongle, de pi
ncements en V, de bords encoches et de ligne de boutons sposition de cloisons droites et inclinées était destinée à
sous bord, tout concourt à placer cet ensemble dans un assurer la rigidité de l'ensemble, ce que l'on trouve
VSG récent où il manque le bracelet-disque. Quelques généralement dans les tierces des maisons danub
petits éclats de silex avec un fragment de lame indique iennes. L'absence de tierces supprime la vision du toit
à double pente qui devait exister. une certaine indigence de ce matériau.
À l'extrémité est de la maison 3 se trouve une construc L'industrie de cette construction initiale a disparu avec
tion en poteaux que nous appelerons " maison centrale " les deux reconstructions totales et les nouveaux amé
à cause de sa situation intermédiaire entre les maisons 1 nagements du sol, le creusement des trous et
et 4. des foyers. C'est seulement la dernière occupation qui a
L'apparente complémentarité de cette maison avec la laissé quelques documents.
maison 3 conduit à penser que ces deux constructions
ont été réalisées en même temps. C'est une maison qui Le deuxième ensemble a subi deux transformations principales par raccourci de la maison 3 ssement d'une extrémité et allongement de l'autre. La
maison centrale initiale était séparée de la maison 3 par La première transformation a consisté à ajouter un
un espace de 2 m. Elle a été implantée avec un décalage foyer à la maison qui obligea à réimplanter quelques
poteaux pour l'inclure dans le bâtiment (fig. 6, stade 2). d'axe d'environ 1 m, ce qui posera des problèmes de
raccordements ultérieurs. La maison centrale a été alors entièrement reconstruite
Cette maison était légèrement trapézoïdale, son petit en laissant le même passage de 2 m environ. Le dépl
côté était de 4 m, sa longueur connue de 8 m et sa la acement vers l'est d'un mètre obligea à remplacer les
deux cloisons inclinées par une seule. Plus loin une rgeur occidentale approchait 5 m, le creusement du fos
sé quadrangulaire et de la plate-forme ayant détruit les autre d'inclinaison inverse, trouvée en bordure du fossé
traces de la paroi terminale. quadrangulaire, renforçait la stabilité.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96, n' 1, p. 21-38 :
Henri CARRE 28
L'ajout d'un foyer supplémentaire n'apparaît pas comme la technique architecturale de cette construction. Le
une nécessité, il suffisait de nettoyer les autres décalage d'axe des deux bâtiments a fait passer les
nouveaux foyers le long de la paroi nord alors que les 4 les occupants savaient le faire (cf. infra). La maison cent
premiers sont proches de la paroi sud. Ainsi la maison rale, avec ses gros poteaux ne pouvait être plus vétusté
que la maison à foyers. Faut-il croire que leur esprit de initiale à 3 foyers et sa fosse à céramique de 12 m de long
méthode a été mis en défaut en reconstruisant complè atteint dans sa phase finale 18 m ne formant plus qu'un
tement cette partie au lieu d'allonger la maison à foyers seul bâtiment avec 6 foyers. La seule pièce qui reste
maintenant de la maison centrale est associée à la platvers l'ouest au-delà de la petite fosse à céramique ? Un
grand espace était disponible de ce côté-là. eforme et son extension orientale est presque inconnue.
Le fossé quadrangulaire Le troisième ensemble de la maison 3
Le fossé qui a détruit tous les indices Encore une fois la maison est démontée alors que la
maison à foyers reste en l'état (fig. 6, stade 2). Deux d'occupation des premières installations indique, dans
nouveaux de 1,60 m de diamètre sont creusés dans ses parois et son remplissage, la chronologie de son
le même alignement et sensiblement à la même dis creusement à l'abandon de la maison 3 et vraisembla
tance, laissant un espace d'environ 0,60 m entre eux. La blement du village.
maison centrale est reconstruite toujours sur le même La couche des alluvions dans cette zone des exploita
emplacement et une nouvelle fois la cloison centrale a tions des champs Guyot possède la particularité de pré
senter une couche de sable fortement concretionné sur été déplacée elle est reliée avec la maison à foyers selon
Coupe est-ouest E
Coupe nord-sud.
V :^'^й^^1Ш^>^
Coupe maison centrale E
777TT^T:<-7;4.rvr.x--r:î-'^7V r;'.' V/ '^ irjjrrrrt ^(ТГГгутУТУУУ^Г^ТЛ'?? *7/tv.^>'f7 /.7 .^Д
Fig. 8 — Sainte-Pallaye. Coupes de la plate-forme, de ses fossés et de la maison centrale.
Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999. tome 96, n" 1, p. 21-38 :
habitats danubiens de Sainte-Pallaye (Yonne) contact de civilisation, acculturation ou évolution. 29 Les
une épaisseur d'environ 0,40 m au niveau de la nappe interne nord, plus éloignée du foyer de la plate-forme,
phréatique qui a contraint les exploitants de granulats n'a reçu aucune cendre.
du temps de la fouille à s'arrêter à ce niveau. Cette De ces observations il résulte que l'implantation du
couche, dure comme du béton, existait déjà quand le fossé est contemporaine du dernier réaménagement de
fossé fut creusé et elle a été entaillée sur une largeur de la maison centrale qui avait déjà une extension à l'est et
0,20 m et 0,10 m de profondeur. La concrétion était que le foyer de la pièce la plus proche de la maison
certainement en cours de formation et le gravier se lais centrale n'a été utilisé que postérieurement à cette
sait encore entailler. modification. Il semble que l'arrêt des rejets a été
Ce fond de fossé forme un carré parfait de 5 m de côté simultané et marque un abandon généralisé de ces
avec les angles vifs au fond. Les pentes intérieures et structures et de cette partie du village.
extérieures ont été réalisées en élargissant légèrement
la partie basse. Les angles extérieurs sont arrondis alors La plate-forme
qu'à l'intérieur ils sont vifs.
Le remplissage révèle son histoire. Trois foyers ont été L'idée de creuser un fossé quadrangulaire au travers
vidés de leurs cendres dans ce fossé. Le foyer de la d'une construction existante n'était pas d'en faire une
plate-forme a alimenté les pentes internes sud et est, les fosse à détritus. Ce fossé entourait une partie centrale
plus proches. Le volume de ces rejets était peu consé qui fut aménagée en une plate-forme légèrement bom
quent, il devait être allumé occasionnellement. bée et abaissée de 0,20 m en son centre et de 0,30 m sur
Du côté ouest, un petit dépôt de limon a couvert la les côtés. En raison des pentes régulières du fossé la
pente externe avant de recevoir des cendres du foyer plate-forme représente une aire carrée de 3,70 m de
proche de la maison centrale. Il apparaîtrait que cette côté. La stratigraphie est un peu différente de celle ren
structure a été fonctionnelle seulement un certain contrée dans la maison voisine. Outre la terre arable et
temps après le creusement du fossé. Sur ces cendres un la terre sableuse habituelles se trouve en dessous une
rejet important de gravier cendreux avec des fragments autre couche de terre tassée brun-jaune argileuse
contenant un peu de sable qui doit provenir des collu- de galets brûlés indique un nettoyage de foyer, et peut-
être son recreusement, étant donné leur abondance, à vions du bas de la colline toute proche. C'est sous cet
moins que ce soit un réaménagement à l'intérieur de la apport que le plancher de rondins (fig. 9) a été organisé.
dernière pièce de la maison centrale. L'activité du foyer Si plusieurs indices indiquent une occupation peut-être
a repris avec un nouveau dépôt de cendres. limitée sur les rondins, la partie supérieure de la couche
À l'opposé, au côté est, un foyer à proximité du fossé a de terre d'apport en a livré d'autres. Il n'a été constaté
couvert immédiatement la pente externe de ses aucune trace d'isolement par des écorces sur les
cendres. Il est possible qu'il existait déjà cette transfo rondins pour empêcher les infiltrations et certains
rmation dans l'extension de la maison centrale, réalisée documents trouvés au-dessus de cette terre brun-jaune
peu avant. peuvent appartenir aux autres périodes qui ont égal
Sa garniture de galets est d'une conception plus ement occupé le site.
ancienne (cf. infra). À noter que les maisons 1 et 4 n'ont Cette plate-forme est apparue rayée de rubans de
apporté aucun dépôt sur les pentes voisines. La pente terre noirâtre de faible épaisseur (2 à 3 cm) qu'il a fallu
1/7 s 1
Fig. 9 — Sainte-Pallaye. Les planchers de rondins mis en évidence.
n" 1, p. 21-38 Bulletin de la Société Préhistorique Française 1999, tome 96,

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.