Les industries préhistoriques de la cité Fronzy, Tiaret, Algérie - article ; n°1 ; vol.61, pg 65-83

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Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1964 - Volume 61 - Numéro 1 - Pages 65-83
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1964
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R. de Bayle des Hermens
Les industries préhistoriques de la cité Fronzy, Tiaret, Algérie
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1964, tome 61, N. 1. pp. 65-83.
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de Bayle des Hermens R. Les industries préhistoriques de la cité Fronzy, Tiaret, Algérie. In: Bulletin de la Société préhistorique
française. 1964, tome 61, N. 1. pp. 65-83.
doi : 10.3406/bspf.1964.3973
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1964_hos_61_1_3973Les industries préhistoriques
de la Cité Fronzy
Tiaret - Algérie
PAR
R. de BAYLE des HERMENS *
Les abords immédiats de la ville de Tiaret possèdent d'impor
tants vestiges des civilisations préhistoriques qui se sont succédées
dans la région. Nous avons déjà décrit l'outillage lithique récolté
près du Marabout de Sidi Khaled (1) et d'autre part P. Cadenat a
également mentionné des trouvailles de surface dans la zone du
Champ de Tir (2) et au Fortin (3), sur une butte dominant la station
qui nous intéresse.
Au cours des années que nous avons passées à Tiaret nous
avons souvent prospecté la zone de la Cité Fronzy. Un important
groupe de maisons construites par le Génie Militaire français
l'occupe actuellement sur une assez grande étendue au nord de
l'Hôpital civil de la ville.
Sur les pentes voisines, dans les ravinements creusés par l'eau
de ruissellement et sur les banquettes édifiées par le Service de la
Restauration des Sols, nous avons recueilli 651 pièces taillées de
diverses époques. Il est très difficile de localiser une station précise,
les silex jonchant le sol sur plusieurs ares.
Nous croyons quand même faire œuvre utile en décrivant ces
récoltes qui appartiennent, comme c'est le cas pour de nombreuses
stations de la région, à différentes civilisations : l'Atérien, l'Ibéro-
maurusien et le Néolithique.
(*) Séance du 23 janvier 1964.
(1) Bayle des Hermens (M. et R. de), 1961 — La station préhistorique de Sidi
Khaled, Tiaret (Oranie). Bull, de la Soc. d'Et. et de Rech. Préhist. Les Eyzies, n° 11,
pp. 66-72.
(2) Cadenat (P.), 1942 — Nouvelles stations préhistoriques de la région de Tiaret.
Bull. trim, de la Soc. de Géogr. et d'Archéol. de la prov. a'Oran, t. LXIII, pp. 131-134.
(3)(P.), 1951 — Deux faciès de l'industrie néolithique aux environs de
Tiaret. Bull. trim, de la Soc. de Géogr. et d'Archéol. de la prov. d'Oran, t. LXXIV,
pp. 35-40. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 66
INDUSTRIE ATERIENNE
Elle est particulièrement bien représentéee par une série impor
tante comprenant 116 objets en silex et 48 en quartzite.
Nous établirons par ailleurs dans le tableau général d'invent
aire un classement par matériaux. Cela nous donnera une idée de
l'utilisation du silex ou du quartzite, les deux roches employées ici,
qui semblent être indifféremment utilisées pour n'importe quelle
catégorie d'outils. Cependant pour les racloirs le silex se retrouve
plus souvent et cela nous donne une indication concernant sa résis
tance en cours d'utilisation pour cet usage particulier.
A — Nucleus :
Ils sont au nombre de 16 et de taille assez réduite. 15 sont en
silex et 1 en quartzite. Ils présentent peu de variétés. Nous y disti
nguons cependant 2 pyramidaux et 14 discoïdes dont nous avons
dessiné aux nos 1 et 2 de la figure 1, deux beaux exemplaires d'où
ont été tirés des éclats qui ont laissé des contre-bulbes bien marq
ués. Trois d'entre eux sont très petits ayant été utilisés au maxi
mum. 11 exemplaires en silex de bonne qualité : blanc jau
nâtre pour cinq, brun ou jaspé pour les autres.
В — Eclats et lames Levallois :
Pour la description de l'outillage atérien, nous prendrons pour
base le récent ouvrage de F. Bordes sur la Typologie du Paléoli-
tique (4).
a) Eclats Levallois en quartzite : Les éclats Levallois en quartzite sont au nombre
de 17. Parmi eux nous trouvons ceux qui sont de plus grande taille (fig. I, n° 4).
Nous avons là 9 talons facettés, 3 talons lisses et 5 talons cassés ou supprimés par
petits enlèvements. Par forme nous les classons en : 4 sub-circulaires, 2 ovalaires et 11
sub-quadrangulaires. Ils sont assez minces et leur épaisseur moyenne est voisine
de 0,008 m.
b) Eclats Levallois atypiques en quartzite : Au nombre de 8, ils présentent 2
talons facettés et 6 talons lisses. Ils sont plus épais que les précédents et leur forme
est irrégulière. Nous avons pu observer sur deux exemplaires une légère retouche
provenant certainement d'une utilisation.
c) Eclats Levallois en silex : Au nombre de 24, ils sont de taille moyenne. Le
plus grand (fig. I, n° 3) mesure 0,059 m sur 0,052 m. Nous avons ici 12 talons
facettés, 1 lisse, 2 ьиг cortex et 9 cassés. Quant aux silhouettes elles se décomposent
en 3 sub-circulaires, 1 sub-triangulaire, 8 sub-quadrangulaires et 2 ovalaires. Quelques
exemplaires portent de légères retouches.
d) Eclats Levallois atypiques en silex : Au nombre de 16, nous y trouvons 5
talons facettés, 3 talons lisses et 8 talons cassés. Ils sont très irréguliers comme forme
et sur l'un d'eux subsiste une partie du cortex.
De la description de ces quatre séries on peut noter l'importance des talons
facettés qui, si l'on ne tient pas compte des talons cassés, nous donnent un pourcentage
de 80 % contre 20 % aux talons lisses ou corticaux.
(4) Bordes (F.), 1961 — Typologie du Paléolithique ancien et moyen. Publications
de l'Institut Préhistorique de l'Université de Bordeaux, Mémoire n° 1. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 67
Fig. 1. — Aterien ; nos 1 et 2 : nucleus discoïdes ; nos 3 et 4 : éclats Levallois ; n° 5
racloir double droit-concave ; n° 6 : racloir déjeté biconvexe. 68 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
e) Lames Levallois : Pour le classement des lames Levallois nous nous en sommes
tenus à la définition de F. Bordes : la longueur de la lame « dépasse le double de la
largeur maximale » (5). Les lames Levallois sont très rares. Nous en avons seulement
4, toutes en silex, deux à talon lisse et deux à talon cassé.
f) Lame Levallois atypique : Un seul exemplaire : c'est une lame à talon facetté
mais qui porte à sa partie distale une importante surface de cortex.
La rareté de ces pièces semble peut-être s'expliquer par leur utilisation pour la
fabrication des racloirs dont un certain nombre est obtenu à partir de lames.
С — Pointes moustériennes.
Elles sont au nombre de 7 : 3 en quartzite et 4 en silex. Elles
sont de petite taille (fig. 3, nos 3 et 4). Une a le talon facetté, deux le
talon supprimé et les trois dernières sont cassées à la base. Aucune
d'elles n'appartient au type des pointes allongées et seuls les types
triangulaires et subtriangulaires sont représentés. Les extrémités
sont obtenues par une retouche plus ou moins écailleuse, parfois
scalariforme et qui va de la pointe à la base.
D — Racloirs :
Les racloirs forment une partie importante de l'outillage. Nous
en avons 46 de différents types.
Nous devons mentionner ici une pièce qu'il est difficile de classer dans un type
(fig. 3, n° 5). C'est une pseudo-limace qui a conservé en grande partie son talon lisse
et qui a l'extrémité distale et les deux bords à retouche écailleuse. Cette pièce est
un intermédiaire entre le racloir double convergent-convexe et le grattoir en bout
de lame retouchée.
a) Racloirs simples droits : Us sont représentés par 10 exemplaires en silex,
tous pris sur éclat Levallois. Nous pouvons y déterminer : 4 à retouche écailleuse,
4 à retouche sub-parallèle, 1 à retouche écailleuse scalariforme et 1 à retouche
écailleuse scalariforme abrupte.
b) Racloirs simples convexes : Au nombre de 13- Onze sont en silex et 2 en
nos 3 et 5 ; quartzite. Quelques exemplaires sont particulièrement beaux (fig. 2,
n° 2) et de belle technique. Nous avons ici 3 racloirs à retouche écailleuse, fig. 3,
6 à retouche sub-parallèle et 2 à retouche écailleuse scalariforme de type Quina. Un
exemplaire présente au bord opposé à la retouche une coche. Un autre de très
grande taille est pris sur un bel éclat Levallois à talon lisse, il mesure 0,073 m
sur 0,052 m ; c'est la plus grande pièce de tout l'outillage. Un dernier exemplaire
(fig. 3, n" 2) a été pris sur un éclat portant une grande surface de cortex et l'un des
bords est soigneusement taillé par retouche écailleuse. Sa forme générale est celle
dome pointe dont le talon, cortical, est bien dans l'axe de la pièce.
c) Racloirs simples concaves : Peu nombreux, nous en avons seulement 3, deux
en silex et un en quartzite. L'exemplaire n° 4, figure 2, présente une retouche écailleuse
à la partie proximale qui passe ensuite à la retouche sub-parallèle courte à l'autre
extrémité.
d) Racloirs doubles : Ils sont au nombre de 13- Sept en quartzite et 6 en silex.
Ils se classent dans les catégories suivantes :
— 2 doubles droits,
n° 7), — 2 droits-convexes (fig. 2,
— 5 biconvexes,
(5) Bordes (F.), 1961 — Typologie du Paléolithique ancien et moyen. Publications de
l'Institut Préhistorique de l'Université de Bordeaux, Mémoire n° 1, p. 18. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 69
0
Fig. convergent denticulé 2. — Atehiex ; alterne nl)s : 3 n° et ; 1 5 n° : : racloir 7 racloirs : racloir sur convexes face double plane ; droit-convexe. n" ; 4 n° : 2 racloir : racloir concave convexe ; n" associé 6 : racloir à un SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 70
— 1 droit-concave (fig. I, n° 5),
— 2 convexes-concaves,
n° 2). — 1 droit associé à un denticulé (fig. 2,
Nous y trouvons les mêmes types de retouches que dans les séries précédentes
mais la retouche écailleuse scalariforme domine sur les pièces en quartzite.
e) Raclpir dêietê : Ce type est caractérisé par le fait que l'axe de l'outil est plus
ou moins incliné sur la direction de percussion de l'éclat. Nous en avons un simple
convexe en silex.
f) Racloir transversal : Un seul exemplaire de cette catégorie, il est pris sur
un éclat Levallois épais à talon lisse. La retouche écailleuse scalariforme donne un
racloir transversal droit.
g) Racloirs sur face plane : Trois racloirs sur face plane existent dans l'outillage,
2 en silex et un en quartzite. Le plus bel exemplaire (fig. 2, n° 1) sur éclat Levallois
allongé est obtenu par une retouche sub-parallèle.
h) Racloir convergent : Nous en avons un très bel exemplaire biconvexe (fig. 1,
n° 6). Il a la forme d'une pointe moustérienne mais qui, vu la position de son
talon, ne peut pas se classer dans cette catégorie.
i) Racloir convergent alterne : Cette catégorie est représentée par un unique
n° 6). La retouche sub-parallèle assez plate affecte les deux faces exemplaire (fig. 2,
de l'éclat. Le talon a été supprimé par plusieurs enlèvements.
Le nombre total des racloirs s'établit donc à 46 exemplaires
dont 11 en quartzite (25 %) et 35 en silex (75 %)• Ceci laisse sup
poser que le silex était plus utilisé que le quartzite pour la fabrica
tion des racloirs, sans doute à cause d'une meilleure résistance à
l'usage. Il faut également remarquer que les racloirs en quartzite
sont pour la plus grande majorité de facture très médiocre et géné
ralement épais.
Il convient aussi de noter certaines doubles patines sur les
objets en silex de la Cité Fronzy, fait qui est également mentionné
par J. Tixier pour le gisement d'Ain Fritissa (6).
E — Grattoirs :
Les grattoirs sont relativement peu nombreux. Nous en avons
12 : 11 en silex et un en quartzite. Nous les classons de la manière
suivante :
— 8 grattoirs sur éclat (fig. 3, nos 6 et 7), sur 6 d'entre eux subsiste le talon
(3 lisses et 3 facettés), sur les deux autres le talon est enlevé.
— 1 grattoir caréné.
— 1 sur éclat Levallois épais.
— 2 grattoirs atypiques.
En règle générale, sauf pour quatre exemplaires, ils sont de
facture assez médiocre.
F — Grattoir-burin :
Nous avons dans cette catégorie un très bel exemplaire (fig. 3,
n° 1). Sur un éclat a été aménagé un front de grattoir à la partie
(6) Tixier (J.), 1958-1959 — Les industries lithiques d'Aïn Fritissa (Maroc Oriental).
Bull. d'Archéol. Marocaine, t. III, pp. 107-204 (p. 213). SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 71
Fig. 3. — Aterien : n° 1 : grattoir-burin ; n° 2 : racloir convexe ; nos 3 et 4 : pointe;
moustériennes ; n° 5 : pseudo-limace ; nos 6 et 7 : grattoirs. 72 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
proximale ce qui a ainsi supprimé entièrement le talon et le bulbe. A
la partie distale, deux enlèvements ont donné un burin.
G — Outillage pédoncule :
Cette série qui caractérise l'Atérien (7) est représentée par
11 pièces que nous décrirons en nous fondant sur l'étude de J.
Tixier (8).
Les pédoncules présentent peu de variété et se classent de la manière suivante :
— Pédoncules retouchés sur quatre directions : 10
— Pédoncule retouché sur deux : 1
Les talons se décomposent en 7 facettés, 1 lisse, 2 enlevés et 1 cassé. On peut
donc noter la prédominance des talons facettés.
Les limbes nous donnent les types suivants :
— Eclats Levallois denticulés : 2 (fig. 5, nos 1 et 4).
n* 1 et 2). —retouchés pour donner un grattoir : 3 (fig. 4,
— Racloir : 1.
— Pointes : 3 (fig. 4, nos 3 et 4 ; fig. 5, n° 2). Elles sont toutes en silex
et de facture particulièrement soignée.
— Pièces cassées : 2 (fig. 5, n° 3).
L'on peut observer dans ce groupe que plusieurs types se trou
vent à côté des pointes et que la technique du pédoncule, comme le
fait remarque J. Tixier (9) s'est étendue à une assez grande variété
de l'outillage.
Cette série atérienne provient d'une station de surface. Nous
n'en tirerons donc aucun pourcentage ni aucun indice. Nous nous
sommes contenté de la description typologique et technique de
l'outillage qui, malgré le petit nombre de pièces, est quand même
digne d'intérêt parce qu'il marque une fois encore l'abondance de
l'Atérien dans la région de Tiaret où des gisements très importants
sont déjà connus (10).
(7) Reygasse (M.), 1922 — Note au sujet de deux civilisations préhistoriques africaines pour lesquelles deux termes nouveaux me paraissent devoir être employés. XLVIe
Congrès de l'A.F.A.S., Montpellier, 1922, pp. 467-472.
— Technique atérienne, pp. 468-470.
— Découverte d'un outillage moustérien à outils pédoncules atérien dans le Tidikelt,
Oued Asriouel, région d'Aoulef-Cheurfa, pp. 471-472.
Balout (L.), 1955 — Préhistoire de l'Afrique du Nord. Arts et Métiers graphiques,
Paris, p. 152.
(8) TixiEii (J.), 1958-1959. — Les pièces pédonculées de l'Atérien. Libyca, Anthropol
ogie, Préhistoire, Etnographie, t. VI-VII, pp. 127-158.
(9) Ibidem (p. 145).
(10) Cadenat (P.), 1939 — Les objets pédoncules du Koudiat bou Gherara. Bull,
trim, de la Soc. de Géogr. et d'Archéol. de la prov. d'Oran, t. LX, pp. 57-76.
Cadenat (P.), 1953 — Une nouvelle station atérienne du Koudiat bou Gherara.
Libyca, Anthropologie, Archéologie, préhistoriques, t. I, pp. 55-86. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 73

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