Les manuscrits de Claude d'Urfé (1501-1558) au château de La Bastie - article ; n°1 ; vol.120, pg 81-97

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1976 - Volume 120 - Numéro 1 - Pages 81-97
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
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Monsieur André Vernet
Les manuscrits de Claude d'Urfé (1501-1558) au château de La
Bastie
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 120e année, N. 1, 1976. pp. 81-
97.
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Vernet André. Les manuscrits de Claude d'Urfé (1501-1558) au château de La Bastie. In: Comptes-rendus des séances de
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 120e année, N. 1, 1976. pp. 81-97.
doi : 10.3406/crai.1976.13210
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1976_num_120_1_13210LES MANUSCRITS DE CLAUDE d'uRFÉ 81
COMMUNICATION
LES MANUSCRITS DE CLAUDE D'URFÉ (1501-1558)
AU CHÂTEAU DE LA BASTIE,
PAR M. ANDRÉ VERNET.
La bibliothèque réunie par Claude d'Urfé (1501-1558) en son
château de La Bastie, en Forez, sur les bords du Lignon, près de
Montbrison, est plus célèbre que connue.
On se contente généralement de citer la notice que lui a consacrée,
en 1644, le P. Louis Jacob dans son Traidé des plus belles bibliothèques
publiques et particulières... Claude d'Urfé, nous dit-il, fut un « homme
d'un grand jugement et doctrine : car il dressa une splendide et
riche Bibliothèque dans ce chasteau, où il mit plus de 4.600 volumes,
entre lesquels il y avoit deux cens manuscrits en velin, couverts
de velours verd »*. L'essentiel est dit. Auguste Bernard, en 1839,
dans son ouvrage sur Les d' Urfé, n'en sait pas plus2. L. Delisle, dans
le Cabinet des manuscrits et à diverses occasions, énumère les manus
crits recueillis par la Bibliothèque nationale, sans entrer dans le
détail3. Henry Martin fera de même, en 1900, pour ceux de la
Bibliothèque de l'Arsenal4. L' Armoriai des bibliophiles de Lyonnais,
Forez, etc., publié en 1907, enrichit malencontreusement la liste
d'une série de dix-sept articles empruntés à la Bibliotheca Pari-
siana vendue à Londres en 17915. Le chanoine O.-C. Reure n'aborde
le problème qu'en passant dans son Honoré d'Urfé (1910), bien que,
précise- t-il, il ait « fait sur ce sujet des recherches spéciales, dont il
pourrait être intéressant de publier les résultats »6. Il n'a finalement
publié, en 1894, qu'une notice du manuscrit des Deux Procès de
Jeanne d'Arc7. Le vicomte Maxime de Montmorand, dans son
1. L. Jacob, Traidé ... (Paris, 1644), p. 671-72.
2. A. Bernard, Les d'Urfé. Souvenirs historiques et littéraires du Forez au
XVIe et au XVIIe siècle (Paris, 1839), pp. 45-46 et 83.
3. L. Delisle, Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale (nationale),
1 (Paris, 1868), p. 25 n. 3, 246 n. 4, 351, 361, 379, 477 et 550 ; 2 (1874), p. 315,
381, 420-21 ; Id., Inventaire général et méthodique des manuscrits français de la
Bibliothèque nationale, 1 (Paris 1876), p. clvii et passim; Id., Recherches sur la
librairie de Charles V, 1 (Paris, 1907), p. 233.
4. H. Martin, Histoire de la bibliothèque de l'Arsenal (Paris, 1900 ; Catal. gén.
des mss. Paris. Bibl. de l'Arsenal, 8), p. 175-76.
5. W. Poidebard, J. Baudrier et L. Galle, Armoriai des bibliophiles de Lyonnais,
Forez, Beaujolais et Dombes (Lyon, 1907), p. 665-68.
6. O.-C. Reure, La vie et les œuvres d'Honoré d'Urfé (Paris, 1910), p. 12-14;
Id., Bibliothèque des écrivains foréziens... 2 (1915 ; Recueil de mémoires et de
documents sur le Forez p.p. la Société de la Diana, 14), p. 445-49.
7. O.-C. Reure, Les deux procès de Jeanne d'Arc et le Manuscrit d'Urfé. Lyon,
1894. In-8°, 12 p. COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 82
Anne de Graville (1917)8, ne s'est attaché qu'à quelques livres de
la belle-mère du châtelain de La Bastie. Il faut arriver au -tout
récent Catalogue des livres de la bibliothèque de la maison d'Urfé,
publié par M. Claude Longeon, à Saint-Étienne, en 1973, pour avoir
en main le premier essai de reconstitution de la collection réunie par
Claude d'Urfé9. Des soixante-quatorze manuscrits recensés et qui
comprennent les volumes conservés et ceux qui sont simplement
attestés, une critique exigeante doit cependant retirer dix-sept
numéros mal assurés : restent cinquante-sept articles.
Les origines de la famille d'Urfé, d'après les traditions familiales,
seraient germaniques. Elle apparaît au xne siècle dans la région de
Noirétable où s'élèvent encore les ruines de son premier établi
ssement, un château qui doit son sobriquet de Cornes d'Urfé au
pittoresque de ses tours délabrées. Au début du xve siècle, les d'Urfé
abandonnent leur forteresse pour un château de plaine sis près de
Montbrison, sur les bords du Lignon. Edouard Perroy en a naguère
étudié les origines10.
La Bastie restera longtemps un rectangle fortifié que Claude d'Urfé
perfectionnera, puis transformera en une résidence aimable, comme
le firent de leur demeure féodale tant de ses contemporains.
L'histoire de cette métamorphose a été retracée dès 1886 par le
comte de Soultrait et Félix Thiollier11 et retouchée à plusieurs
reprises, en dernier lieu par M. Jacques Dupont12, à l'occasion des
délicats travaux de restauration que l'état d'abandon dans lequel
était tombé le château dès le xvme siècle avait rendu nécessaires.
On sait que, depuis 1912, La Bastie est la propriété de la Diana qui
y a établi son siège. Claude d'Urfé fit construire, entre 1532 et 1536,
une façade à l'italienne, avec rampe et double galerie et agrandir
la chapelle, entre 1542 et 1546. L'ornementation en fut confiée à des
artistes italiens : fra Damiano da Bergamo pour les boiseries en
marqueterie, remontées avec goût, en 1968, — au Metropolitan
Muséum de New York, hélas ! et Gerolamo Siciolante pour les
peintures, heureusement revenues, en 1955, à La Bastie. Mme Olga
Raggio, en 1972, dans un article abondamment illustré de la Revue
8. Maxime de Montmorand, Une femme poète du XVIe siècle. Anne de Graville.
Sa famille. Sa vie. Son oeuvre. Sa postérité (Paris, 1917), p. 163-65 et 273-85.
9. Claude Longeon, Catalogue des livres de la bibliothèque de la maison d' Urfé,
dans ses Documents sur la vie intellectuelle en Forez au XVIe siècle (Saint-Étienne,
1973), p. 143-57.
10. Ed. Perroy, Les origines de La Bâtie d'Urfé, dans Études foréziennes.
I. Mélanges (Saint-Étienne, 1968), pp. 45-52.
11. G. de Soultrait et F. Thiollier, Le château de La Bastie d'Urfé et ses se
igneurs. Saint-Étienne, 1886. In-fol., 57 p., 74 pi.
12. J. Dupont, La Bâtie d'Urfé, aménagements récents, dans Les Monuments
historiques de la France, N.S., 9 (1963), p. 85-97, flg. LES MANUSCRITS DE CLAUDE d'URFÉ 83
de l'art, l'a récemment établi13. Une grotte de rocailles, enfin, achève
de donner à La Bastie l'empreinte de la Renaissance italienne voulue
par d'Urfé.
On imagine volontiers la bibliothèque traitée dans le même style
et avec autant de soin, mais nous n'en connaissons ni l'emplacement,
ni, à plus forte raison, les dimensions et l'aménagement14.
Les premiers hôtes de La Bastie, officiers du roi, comme Guichard,
bailli de Forez en 1410, et Pierre Ier, grand maître des arbalétriers
de France, mort vers 1444, n'ont eu, semble-t-il, ni le goût, ni le
loisir d'être bibliophiles. Pierre II (mort en 1508), malgré une vie
agitée que son arrière petit-fils, Honoré d'Urfé, a évoquée en la
personne d'Alcippe, dans YAstrée, nous a laissé pourtant un témoi
gnage de ses préoccupations intellectuelles en faisant apposer ses
armoiries sur un recueil où sont transcrits la préface de l'Horloge de
Sapience, d'Henri Seuse, des fragments des Triomphes de Pétrarque,
le Livre des merveilles du monde et l'Histoire de Joseph (BN. fr. 1118).
Son fils unique, Claude, né en 1501, fit très jeune la campagne
d'Italie dans l'entourage de François Ier, jusqu'à la bataille de
Pavie (1521-1525)15. Son mariage, en 1532, avec Jeanne de Balsac,
petite-fille de l'amiral Louis Malet de Graville et fille d'Anne de Gra-
ville et de Pierre de Balsac, l'introduit dans une famille où se trans
mettent depuis plusieurs générations les beaux manuscrits enlu
minés et l'amour des livres.
Bailli de Forez en 1535, Claude d'Urfé reçoit François Ier à
La Bastie au début de l'année suivante (25 avril 1536). Le roi en
fera son ambassadeur auprès du concile réuni d'abord à Trente, puis
transféré à Bologne (1546-1547) et c'est dans cette ville que Claude
apprendra la mort de François Ier. Nommé alors représentant de
Henri II près le Saint-Siège, Claude résidera à Rome de 1549 à
1551. Peu après son retour à la Cour, le roi lui confie la charge de
régent et gouverneur des enfants de France (1553). Il partagera dès
lors son temps entre Fontainebleau et La Bastie jusqu'à sa mort
soudaine en 1558. La dispersion des archives de la famille d'Urfé ne
permet pas de savoir quand et dans quelles conditions Claude d'Urfé
acquit en France et en Italie les manuscrits et les imprimés dont la
13. Olga Raggio, Vignole, fra Damiano et Gerolamo Siciolante à la chapelle
de La Bastie d'Urfé, dans Revue de l'Art, 15 (1972), p. 29-52, flg.
14. M. J. Dupont a suggéré, dans l'article cité (p. 93), que la bibliothèque
avait peut-être occupé deux petites pièces situées au-dessus de la grotte de
rocailles.
15. En l'absence d'une monographie, qui fait grand défaut, voir sur les familles
de Graville et d'Urfé les études citées de Bernard (1839), Reure (1910), p. 4-17,
Montmorand (1917), p. 161-76 et Raggio (1972), p. 32-34, qui indique les sources,
p. 32 n. 17. Sur quelques épaves des archives, cf. A. de Meaux, Catalogue des
archives provenant de la maison d'Urfé conservées à Saint- Just-en-Chevalet
(cabinet du baron de Meaux), dans Bulletin de la Diana, 25 (1935-36), p. 281-307. COMPTES RENDUS DE L* ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 84
trace a été retrouvée, à l'exception, pour les manuscrits, d'un
volume qu'il fit copier pour lui à Rome, en 1549 (San Marino, Hun-
tington 1102, Livre d'Heures). Par contre, plusieurs ouvrages
imprimés lui ont été dédiés16.
L'apport des Graville est plus aisé à cerner. Vingt et un manus
crits portent encore les armes de l'amiral de Graville17, mort en 1516,
sept celles de sa fille Anne18 qui a, d'autre part, apposé sa devise
(« J'en garde un léal ») sur quatre d'entre eux19. Anne de Graville
a rappelé cette succession, qu'elle date de 1518, sur sept volumes20,
en mentionnant sur cinq les avait achetés à Rouen21, dont
quatre en 1521. Son nom, sans plus, apparaît sur trois autres22.
Poète à ses heures, Anne de Graville a reçu en hommage quelques
ouvrages de ses confrères et elle les a joints aux siens dans sa biblio
thèque, tel le chansonnier des puys de Rouen offert par Nicolas
Coquillier (BN. fr. 25535). De son union avec Pierre de Balsac était
née en 1516 Jeanne de Balsac qui donnera à son mari six enfants et
tous les livres dont elle allait hériter à la mort de sa mère, vers 1540.
Elle disparaîtra elle-même prématurément en 1542, et son mari en
1558. Leur fils, Jacques, époux de Renée de Savoie-Tende, descen
dante des Lascaris de Constantinople, malgré douze enfants, n'est
resté que le père d'Honoré d'Urfé (1567-1625) qui rappelle, en une
formule curieuse, cette filiation, sur un exemplaire de la Chronique
du Héraut Berry (BN. fr. 5048) : « Ex libris Honorati d'Urfé, fini
Jacobi, filii Claudii, eu jus Claudii fuit hic liber ».
Pour faire face à des procès ruineux, la famille d'Urfé paraît
s'être séparée, dès le xvne siècle, de quelques pièces de valeur qu'on
voit alors figurer dans des collections particulières. Le dernier
marquis d'Urfé s'éteindra sans enfant en 1724. Son titre sera relevé
par l'un de ses petits-neveux, Louis Christophe de La Rochefoucauld,
qui mourra en 1734. La dernière marquise d'Urfé, entichée de cabale
16. Cf. O.-C. Reure, Bibliothèque des écrivains foréziens ... 2 (1915), p. 448,
qui cite deux ouvrages de Jean Papon (Lyon, 1552 et 1554), des Discours de
Guillaume Du Choul (Lyon, 1556), des Dialogues d'Innocent Ringhier (Lyon,
1557) et Le triomphe des haultes vertus de Pierre Girinot du Pont Saint-Robert
en Forez (Lyon 1558).
17. De gueules à trois fermaux d'or : Berlin, Hamilton 674 ; Chantilly 279,
467, 1344 et 1886 ; Genève, BU. fr. 168 ; Londres, Br. Libr. Sloane 2423 ; Paris,
BN. fr. 18-19, 53, 203, 253, 254, 364, 20350, 20853, 24314 et nouv. acq. fr. 10053 ;
Sainte-Geneviève 1144 ; Tours, BM. 2109 ; f Varsovie ? ; anc. coll. R. Danon,
Vente 1973, n° 6.
18. Munich gall. 11 ; Paris, Ars. 3172 et 3511 ; BN. fr. 22548-50 et 22541 ;
San Marino, Huntington 1163 ; anc. coll. Bancel, Vente de 1882, n° 13.
19. Paris, Ars. 3511 ; BN. fr. 22541, 25441 et nouv. acq. fr. 6513.
20. Londres, Br. Libr. Egerton 989 et dépôt Phill. 127 ; New Haven, Yale
Univ. Marston 274 ; Paris, BN. fr. 254, 5730, 23932 et nouv. acq. fr. 1880.
21. Avec la date de 1521 : Lille, BM. 130 ; Paris, BN. fr. 10053, 24377 et
24758. Sans date : Paris, Ars. 2691.
22. Oxford, Bodl. Douce 178 ; Paris. Ars. 2776 ; BN. fr. 24368. LES MANUSCRITS DE CLAUDE D'URFÉ 85
et d'alchimie, sera la victime du comte de Saint-Germain et de
Casanova qui a raconté dans des pages hautes en couleurs ses extra
vagances et la façon dont il en tirait profit23. Elle fera transporter
à Paris, pour la mettre en vente, la célèbre collection de La Bastie.
La marquise d'Urfé rendit le dernier soupir le 13 novembre 1775,
avant la fin des tractations engagées. Le duc de La Vallière achètera
en bloc ce qui restait des livres et des manuscrits (1777). On sait que
le catalogue établi en 1783, trois ans après sa mort, amorcera la
dispersion dont souffrent encore aujourd'hui les beaux livres
regroupés avec tant d'amour par Claude d'Urfé. A l'exception des
manuscrits acquis par la Bibliothèque du Roi et que l'on peut
feuilleter à la Bibliothèque nationale, une vingtaine de collections,
publiques ou privées, se partagent à l'heure actuelle les membra
disjecta de la « librairie » d'Urfé.
Une reconstitution du contenu de cette bibliothèque peut être
tentée à partir de témoignages écrits et du recensement des manusc
rits conservés. Il a dû exister un catalogue, puisqu'au xvine siècle
on en signalait encore un, mais aucun inventaire ancien n'a été
retrouvé. Restent les attestations transmises par divers auteurs.
Et tout d'abord Antoine Du Verdier, Lyonnais d'origine, qui a
séjourné à La Bastie où il a consulté, au temps d'Anne d'Urfé,
frère aîné d'Honoré, les dix-neuf volumes qu'il cite dans sa Biblio
thèque françoise (1585) comme étant « en la librairie de La Bastie
en Forez » ou « en la librairie de Monsieur le Comte d'Urfé »24. Des
recoupements permettent d'affirmer que d'autres articles de sa
Bibliothèque françoise ont été empruntés à La Bastie, bien qu'ils ne
soient suivis d'aucune indication d'origine25. Il suffit de rappeler
l'estimation du P. Jacob en 1644 : deux cents manuscrits reliés
en velours vert. Au xvme siècle, dans sa nouvelle édition de la
23. Mémoires, éd. de La Sirène, 5 (Paris, 1927), 108 ss., 181-84 (notes,
p. 301-03) et passim, cf. Table, 12 (1935), p. 327. Ch. Samaran, Jacques Casa
nova, Vénitien (Paris, 1914), p. 212-46 (7« éd., 1 (1931), p. 213-46) ; J. Rives
Childs, Casanova, biographie nouvelle d'après des documents inédits, traduit de
l'anglais par Franci? L. Mars (Paris, 1962), p. 135-40, 228-29, etc. A. Compigny
des Bordes, Casanova et la marquise d'Urfé (Paris, 1922), p. 139-236.
24. Antoine Du Verdier, Bibliothèque françoise (1585), éd. Rigoley de Juvi-
gny, 3 (Paris, 1773), p. 14, 81, 84, 149, 227, 248, 259, 264, 265, 276, 428, 560 et
698 ; 4 (1773), 401, 528 et 558 ; 5 (1773), 111, 202 et 359. Cf. O.-C Reure, Le
bibliographe Antoine Du Verdier (1544-1600), Paris, 1897. In-8°, 68 p.
25. Ainsi le Mystère de la mort de Charles VII par Georges Chastellain et le
Traité des quatre novissimes, en vers, de frère Bigot, Céiestin, signalés sans réfé
rence 3, 104 et 248 se lisent dans BN. fr. 24315 et dans Edimbourg Adv. Mss. 19.
1. 4, avec la Bataille spirituelle, 3, 264, qui se trouve seulement dans le manus
crit de la Bibliothèque nationale. Voir aussi 3, 195 (Le Roman d'Artus de Bre-
taigne) et 264 (Le Roman de Balduin, comte de Flandres, lequel épousa le Diable(
mentionnés dans le catalogue d'Amsterdam, 2e série, nos *23, *25 et *38. 86 COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
Bibliothèque historique de la France du P. Jacques Lelong (1768-
1778, 5 volumes in-fol.), C. Fevret de Fontette, conseiller au Par
lement de Dijon26, décrit quatre manuscrits. Il donne la cote — fait
nouveau — de trois d'entre eux : des chiffres romains (XVII, LXIII
et CVI), et précise, à propos du premier, qu'il emprunte sa descrip
tion au catalogue qu'il possède. Je n'ai pas réussi à le retrouver,
ni à Dijon, ni à Paris.
Au cours des dépouillements que je poursuis, avec l'appui du
Centre national de la recherche scientifique depuis une vingtaine
d'années et en collaboration avec l'Institut de recherche et d'his
toire des textes depuis dix ans, pour établir un répertoire des cata
logues et des manuscrits survivants des bibliothèques médiévales
françaises, une de mes collaboratrices a retrouvé à la Bibliothèque
de l'Université d'Amsterdam, dans le fonds de l'église des Remont
rants, un « Inventaire de la bibliothèque de La Bastie », antérieur
à son transfert à Paris, par conséquent vers 177027. Sur huit pages
il recense, en deux séries de soixante-dix et soixante-quatre articles,
cent trente-quatre titres d'ouvrages, manuscrits et imprimés énu-
mérés dans un désordre total. A la suite de la première liste, on lit
ces mots : « Tous les livres cy dessus ont la tranche dorée, sont reliés
en velours vert avec deux escussons des armes d'Urfé au milieu de
chaque costé, et, aux quatre coins de la reliure un sacrifice, des
devises et des chiffres, le tout de cuyvre doré en relief »28. La
deuxième liste est simplement intitulée : « Autres livres » et ne porte
aucune indication sur la reliure, mais peut-être manque-t-il un ou
deux feuillets, car le texte finit abrupt en bas de page. L'auteur de
cet inventaire s'est borné à transcrire un titre et à mentionner s'il
s'agit d'un manuscrit ou d'un imprimé, et, dans ce cas, qui est celui
de trente-deux articles, il ne relève pas toujours le lieu et la date
de la publication. Dans onze occasions, il est muet sur la nature du
volume, mais après examen, il s'agit très probablement d'imprimés.
Nous devons donc, au total, à cet inventaire la connaissance de
26. Jacques Lelong, Bibliothèque historique de la France (1719), nouvelle
édition par C. Fevret de Fontette (Paris, 1768-78, 5 vol. in-fol.), n°* 5743, 16170,
16681 et 17208.
27. Amsterdam, Univ. Bibl. Remonstrantsche Kerk, III. C. 211,
Cf. M. B. Mendes da Costa, Bibliotheek der Universiteit van Amsterdam. Cala-
logus der Handschriften, VII, 1 (Amsterdam, 1923), p. 2, n. 13 et 16.
28. Le « sacrifice » évoque le thème central du décor de la chapelle (les sacri
fices de l'Ancien Testament préfigurant le sacrifice eucharistique), sous la forme
d'un autel rectangulaire, aux faces latérales concaves, sommé de flammes jai
llissantes, tel qu'on peut le voir effectivement sur les coins des reliures (fig. 1)
et sur les boiseries de la chapelle (Raggio, art. cit., fig. 13 et 39). Cf. J. Fodéré.
Narration historique et topographique des convents de l'ordre de saint François..)
(Lyon, 1619), p. 983-86, réimprimé par Bernard (1839), p. 472-73. Je dois à la
science et à l'amitié de M. Jacques Guignard d'avoir été mis sur la voie de cette
interprétation. LES MANUSCRITS DE CLAUDE D URFE 87
Fig. 1. — Reliure en maroquin vert aux armes et chiffre
de Claude d'Urïé (Paris, Bibl. de l'Arsenal 3172). COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 88
quatre-vingt-onze manuscrits. Certains sont conservés, d'autres
étaient déjà connus, mais beaucoup n'avaient pas encore été ment
ionnés. J'ajoute qu'emporté par son zèle, le copiste a décrit un
aspect du décor de cette bibliothèque dont nous ignorions tout.
Il a relevé : « Sept bustes : cinq de marbre blanc et deux de bronze.
Les premiers sont Pompée, César, Cicéron, Germanicus, et le
cinquiesme incognu. Les deux de bronze Sénèque et Socrate »29.
Dans son Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. le duc
de La Vallière, Première partie (1783), Guillaume de Bure a décrit
avec soin trente-sept manuscrits d'Urfé30. L'exactitude des notices
ne laisse rien à désirer. On ne saurait en dire autant du libraire
anglais Edwards, auteur de la Bibliotheca Parisiana, c'est-à-dire
du catalogue de vente, à Londres, en 1791, de la bibliothèque de
Paris de Meyzieu, le neveu du fameux financier Pâris-Duverney31.
Van Praet, dans son Catalogue des vélins de la Bibliothèque du Roi
(1822) et dans ses Recherches sur Louis de Bruges (1831), a dénoncé
la supercherie dont il s'était rendu coupable en attribuant à Claude
d'Urfé dix-sept manuscrits provenant de la famille de Clermont-
Tonnerre légués aux Minimes de Tonnerre et revendus par ceux-ci
en 178832. Cette fraude ne doit plus égarer les chercheurs modernes.
La meilleure preuve de l'appartenance d'un volume à la bibli
othèque d'Urfé demeure le témoignage des manuscrits survivants.
Avant de l'invoquer, il convient de préciser que j'ai cru pouvoir
retenir tous les manuscrits provenant de la famille de Graville,
même s'il est probable, mais non démontré, que tous les manuscrits
29. A. Masson, Le décor des bibliothèques du Moyen Âge -à la Révolution
(Genève, 1972;, passim, cf. l'Index, p. 182.
30. Guillaume Debure, Catalogue des livres dt la bibliothèque de feu M. le Duc
de La Vallière, Première partie (Paris, 1783, 3 vol. et Supplément, in 8°), n08 25,
290, 317, 501, 815, 1079, 1328, 1358, 1467, 1840, 2104, 2701, 2712, 2719, 2728,
2731, 2768, 2774, 2786, 2809, 2832, 2873, 2926, 3016, 3218, 3271, 3603, 4096,
4175, 4598, 4605, 4807, 4823, 5017, 5021, 5048 et 5049.
31. Bibliotheca Parisiana. A catalogue of a collection of books formed by a gen
tleman in France (...) sold by auction in London, on Monday the 26th of March 1791
(Londres, 1791), nos 25, 80, 235, 349, 365, 367, 373, 376, 414, 464, 496, 497, 520
et 545. La plupart des manuscrits sont reliés en velours vert, mais trois le sont
en velours violet (n°« 80, 235 et 370).
32. J. B. B. van Praet, Catalogue des livres imprimés sur vélin de la Biblio
thèque du Roi (Paris, 1822, 5 vol. in-8°), notamment 5, p. 108 et 189 ; Id.,
Recherches sur Louis de Bruges, seigneur de La Gruthuyse (Paris, 1831), p. 210.
En parlant des manuscrits des Minimes de Tonnerre, l'abbé J. Lebeuf écrivait
en 1730 : « Je vis leur bibliothèque et j'y comptais quarante six volumes manus
crits venant de Messieurs de Clermont-Tonnerre, couverts de velours de toutes
couleurs avec plaques de cuivre doré, tous in-folio et tous écrits vers 1450, hors
un qui est d'environ l'an 1280 ou 1300 (...). Ce sont des Histoires écrites en
françois » (Voyage à Clairvaux en 1730, éd. E. Petit, Bull, de la Soc. des sciences
(...) de l'Yonne, 3e série, 11 (1887), p. 63). Indications reprises dans une lettre de
1734 : « ils sont couverts de velours de différentes couleurs et garnis de plaques
de cuivre doré » (C. H. Talbot, Notes on the library of Pontigny, dans Analecta
sacri ord. Cist, 10 (1954), p. 118). LES MANUSCRITS DE CLAUDE D'URFÉ 89
de l'amiral ne sont pas parvenus à sa fille Anne33. Les éléments
d'identification à retenir pour Claude d'Urfé sont des ex-libris
manuscrits, généralement ainsi libellés : « A monseigneur d'Urfé »,
dont je connais sept exemples34, l'un (Arsenal 3691) y joignant un
chiffre romain (IX) qui rappelle les cotes signalées par Fevret de
Fontette. Sur trente et un manuscrits, les armes de Claude d'Urfé,
de vair au chef de gueules, ont été peintes sur les feuillets ou frappées
sur les plats des reliures et, dans ce cas, accompagnées d'un chiffre
composé de deux C croisés tête-bêche (Claude) enserrant un I
(Jeanne)35. Peu de reliures originales ont survécu : citons le Recueil
de pièces sur les croisades (BN. fr. 20853), en velours vert, devenu
bleu, le Marco Polo de la Bibliothèque nationale (Nouv. acq.
fr. 1880), en veau vert, et le Christine de Pisan de l'Arsenal (3172),
en maroquin vert (fig. 1). Le velours étant fragile, il a été remplacé
par un matériau plus solide, le veau ou le maroquin, ce qui est
le cas, par exemple, du fameux manuscrit des Procès de Jeanne d'Arc
(BN. lat. 8838) ou bien encore la reliure originale n'était pas en
velours et elle s'est maintenue, comme dans le Boèce de la Biblio
thèque nationale (Fr. 24230), le Chansonnier du même fonds
(Fr. 25535), tous les deux en maroquin vert, et le Christine de Pisan
déjà cité (Ars. 3172), en veau vert. Si la reliure a été restaurée ou
entièrement refaites ans référence à l'apparence primitive, les témoi
gnages écrits autorisent seuls à lui restituer son habit d'origine. Cela
dit, quatre-vingts manuscrits environ ont survécu, mais quelques-
uns n'ont été décrits qu'à l'occasion de leur apparition en ventes
publiques et leur lieu de dépôt actuel nous échappe trop souvent.
L'ignorance où nous sommes du classement des volumes à
La Bastie invite à adopter, dans l'aperçu du contenu qui va suivre,
un plan méthodique analogue à celui qui a été utilisé par les cata
logues du Moyen Âge et qui s'est perpétué dans l'ordonnance actuelle
des manuscrits de notre Bibliothèque nationale.
33. C'est ainsi que P. Arnauldet, dans son édition du catalogue de la bibli
othèque du château de Blois en 1518, doute que les nos 154 et 399 puissent être
identifiés avec deux manuscrits provenant de la famille de Graville, BN. fr. 24314
et fr. 364 (Le Bibliographe moderne, 7 (1903), p. 221 et 9 (1905), p. 392-93).
34. Modène, Est. XII. K. 16 ; Montpellier, BU. Méd. 253 ; Paris, Ars. 2691
et 3691 ; BN. fr. 24377, 25424 et nouv. acq. fr. 25164.
35. E. Olivier, G. Hermal et R. de Roton, Manuel de l'amateur de reliures
armoriées françaises, 24 (Paris, 1932), pi. 2452. — Manuscrits : Aix-en-Provence,
BM. 431 ; Berlin, Hamilton 341 ; Edimbourg, Nat. Libr. Adv. Ms. 19. 1. 4 ;
Gênes, Bibl. Negrotto Cambiato Giustiniani XVIII ; Londres, Br. Libr.
Add. 27697 et Burney 38 ; Lyon, BM. 1402 ; New Haven, Yale Univ. Mar-
ston 274 ; Oxford, Bodl. Douce 329 ; Paris, Ars. 2677 et 3172 ; BN. fr. 5048,
20121, 20315, 20853, 24230, 24312, 24315, 24396, 24406, 25535, nouv. acq.
fr. 993 et 1880 ; San Marino, Huntington 1102 ; Tours BM. 2128 ; Vatican,
Reg. lat. 26 ; Paris, anc. coll. privée, vers 1907 ; anc. La Vallière 25, 501, 1079
et 2786.

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