Les morsures de serpents chez les Mekeo de Papouasie-Nouvelle-Guinée - article ; n°1 ; vol.88, pg 19-43

De
Journal de la Société des océanistes - Année 1989 - Volume 88 - Numéro 1 - Pages 19-43
Summary.
Why this study about snake-bites among the Mekeo of P.N.G. ?
Because having the opportunity to work in a bush hospital in the Mekeo district, we noticed the outstanding importance of this accident in the life of this tribe. And the striking point among the Mekeo is that the bite is related to sorcery and considered to be the sorcerer 's aggression — through the snake — against a peculiar individual.
So we tried
— to make a correlation between the medical point of view of this accident and a view more cultural, more anthropological of what is regarded as an aggression
— and to study the progress of the events occuring during a snake-bite.
Résumé.
Médecin coopérant en PAPOUASIE NOUVELLE GUINÉE ayant travaillé dans un hôpital de brousse en territoire MEKEO, nous avons pu nous rendre compte de l'importance des morsures de serpents dans la vie de cette tribu. Le point le plus frappant tient au fait que cette morsure est toujours rattachée à la sorcellerie et considérée comme une agression du sorcier, par serpent interposé sur un individu particulier.
Nous avons essayé de mettre en évidence une corrélation entre le point vue médical de l'accident et un point de vue plus culturel et anthropologique, et d'étudier le déroulement des événements engendrés par l'agression du reptile.
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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Bernard Faliu
Les morsures de serpents chez les Mekeo de Papouasie-
Nouvelle-Guinée
In: Journal de la Société des océanistes. 88-89, 1989-1-2. pp. 19-43.
Abstract
Summary.
Why this study about snake-bites among the Mekeo of P.N.G. ?
Because having the opportunity to work in a bush hospital in the Mekeo district, we noticed the outstanding importance of this
accident in the life of this tribe. And the striking point among the Mekeo is that the bite is related to sorcery and considered to be
the sorcerer 's aggression — through the snake — against a peculiar individual.
So we tried
—to make a correlation between the medical point of view of this accident and a view more cultural, more anthropological of what
is regarded as an aggression
—and to study the progress of the events occuring during a snake-bite.
Résumé
Résumé.
Médecin coopérant en PAPOUASIE NOUVELLE GUINÉE ayant travaillé dans un hôpital de brousse en territoire MEKEO, nous
avons pu nous rendre compte de l'importance des morsures de serpents dans la vie de cette tribu. Le point le plus frappant tient
au fait que cette morsure est toujours rattachée à la sorcellerie et considérée comme une agression du sorcier, par serpent
interposé sur un individu particulier.
Nous avons essayé de mettre en évidence une corrélation entre le point vue médical de l'accident et un point de vue plus culturel
et anthropologique, et d'étudier le déroulement des événements engendrés par l'agression du reptile.
Citer ce document / Cite this document :
Faliu Bernard. Les morsures de serpents chez les Mekeo de Papouasie-Nouvelle-Guinée. In: Journal de la Société des
océanistes. 88-89, 1989-1-2. pp. 19-43.
doi : 10.3406/jso.1989.2851
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jso_0300-953X_1989_num_88_1_2851Les morsures de serpents
chez les Mekeo de Papouasie-Nouvelle-Guinée
par
Bernard FALIU
Pourquoi étudier les morsures de serpents nelles de Nouvelle-Guinée et discuterons cer
chez les Mekeo de Paouasie Nouvelle-Guinée tains problèmes d'anthropologie médicale liés
(PNG) ? ... Parce qu'ayant travaillé dans un aux morsures de serpents.
hôpital de brousse en territoire Mekeo, nous
avons pu nous rendre compte de l'importance
I. — ÉPIDÉMIOLOGIE DES MORSURES des morsures de serpents dans la vie des tribus
concernées. DE SERPENTS EN PAPOUASIE-NOU
Certes, dans de nombreuses régions du globe VELLE-GUINÉE
la mortalité et la morbidité engendrées par les
morsures sont aussi importantes. Mais ce qui En 1954 l'Organisation Mondiale de la Santé
frappe l'observateur d'emblée chez les Mekeo, (O.M.S.) estimait à 500 000 le nombre annuel
c'est que la morsure est toujours rattachée à la de morsures de serpents (sans tenir compte de
sorcellerie et généralement considérée comme la Russie et de la Chine) entraînant 20 à
l'agression — par serpent interposé — du 40 000 décès dont les 3/4 étaient relevés dans la
sorcier sur un individu particulier, alors que seule Asie du Sud et du Sud-Est (Nosny,
dans d'autres contrées, le rôle des sorciers ou Caron, Richard, 1965) (Swaroop et Grab,
des guérisseurs est essentiellement curatif. La 1954).
construction d'une épidémiologie de cet acci En 1981, les progrès du recensement des cas
avaient fait monter à plus de 150 000 le dent va donc en partie du moins dépendre de
ce contexte sociologique. nombre des décès (O.M.S. 1981) (Chippaux,
Les données recueillies sur les morsures de 1982) pour un chiffre annuel d'accidents comp
serpents et leurs conséquences sont souvent de ris entre quatre et cinq millions. En fait
source médicale, les anthropologues s'étant à peine 15 % des victimes sont hospitalisées
et présentent une envenimation de gravité plus spécifiquement intéressés au serpent en
tant que mythe. C'est pourquoi il nous a paru variable.
intéressant, suite à notre expérience médicale On le voit, ces chiffres très différents, col
chez les Mekeo, d'essayer de réunir ces deux lectés à plus de 25 ans d'intervalle, rendent
perspectives, et de mettre en relation la vision bien compte des difficultés d'un enregistrement
exhaustif et de l'absence de statistiques fiables. médicale avec une vision plus culturelle, plus
anthropologique de cet événement que const L'isolement de beaucoup de populations ne
itue la morsure de serpent. facilite pas le recueil des données. Les statis
Mais avant tout il apparaît nécessaire de tiques sont souvent transmises par le personnel
rappeler certaines notions générales sur les médical ou paramédical des hôpitaux ou des
serpents et leurs morsures et de faire une dispensaires, alors que les morsures ont lieu en
présentation de la population Mekeo pour majorité en zone agricole, dans les villages en
examiner ensuite la chaîne d'événements engen savane ou en forêt, ... justement loin des
drés par l'agression du reptile. Dans une structures sanitaires (Gourmand, 1985). Enfin
seconde partie nous esquisserons une étude un grand nombre d'autochtones, lorsqu'ils sont
comparative avec d'autres sociétés mordus, préfèrent se traiter avec les médica- SOCIÉTÉ DES OCÊANISTES 20
tions traditionnelles, et ne se font diriger vers du mode et du lieu de recensement des cas. Ils
une formation sanitaire qu'en cas de complicat ne servent qu'à donner une idée de l'ampleur
ion. En ce sens, les taux de mortalité et de du phénomène, de la fréquence des morsures
morbidité par morsure de serpent, seront très ophidiennes en Papouasie et plus spécialement
aléatoires et varieront encore suivant les popul en pays Mekeo.
En Nouvelle-Guinée et dans les îles et archiations étudiées, la densité ophidienne (des
serpents), et les espèces en cause. pels de l'Est, on trouve environ 110 espèces
de serpents (appartenant à huit familles). Les victimes sont le plus souvent des jeunes
hommes, mordus au cours du travail agricole. Ces sont infiniment plus nombreux
L'importance de l'endémie ophidienne est sur (nombre et variété) dans les zones côtières et
les basses terres. Ils deviennent de plus en plus tout notée dans certaines plantations indust
rielles. La grande concentration humaine et rares avec l'altitude, et il est rarissime d'en
ophidienne, au même endroit qu'une infra rencontrer au-dessus de 2 000-2 500 mètres
structure médicale, permet un dépistage plus (Cogger, 1972).
complet des cas et donc une meilleure prise en
charge. Les serpents venimeux :
En Papouasie-Nouvelle-Guinée (3 millions
Les serpents de mer (famille des Hydro- d'habitants) peu d'informations sont dispo
phidés) ne sont presque jamais retrouvés sur la nibles sur l'incidence des morsures de serpents :
terre, et s'ils ont un venin puissant, leur peu de cas sont recensés et les serpents respon
appareil inoculateur est tout à fait inefficace sables des morsures sont rarement identifiés
(genre Laticauda) (Cogger, 1972). avec précision (Cogger, 1972). Les seuls chiffres
disponibles sont ceux recueillis par Campbell — Pseudonaja textilis (« common brown
(1969). snake » ou « New Guinea brown snake ») :
Entre 1961 et 1967, le nombre de morsures a un appareil inoculateur peu efficace.
de serpents a été responsable d'un taux moyen — Pseudechis australis (« king brown snake »
annuel d'admission hospitalière de 6,3 pour ou « mulga snake ») ne se rencontre qu'en
1 000 (hôpital de Port-Moresby, la capitale). Irian Jaya (partie Nord-Ouest de la Nouv
Sur ces cas, seulement 10 % montraient des elle-Guinée, actuellement province indo
signes d'envenimation. On retrouvait 4 ou nésienne), et dans la « Western Province »
5 décès notifiés par an. En 1983, 161 patients de la Papouasie (Cogger, 1972).
furent admis à l'hôpital de Port-Moresby pour Les trois principaux serpents venimeux apmorsure de serpent, il y eut 4 décès (Hau, partiennent à la famille des Elapides et se 1985). Mais le développement, par le «Com nomment Taïpan, Papuan Black et Death monwealth Serum Laboratories» (CSL. 1984) Adder. australien de sérums polyvalents actifs contre
les morsures des plus dangereux serpents a
• le Taïpan : Oxyuranus scutellatus (Campbell, énormément facilité le traitement des morsures
1967) : ophidiennes en milieu hospitalier.
A l'hôpital de Veifa'a (ou Beipa) dans le On le rencontre dans les régions côtières du
«Mekeo District» en 1985, sur 1 711 patients Sud de la Nouvelle-Guinée et dans le Nord de
hospitalisés, 70 l'étaient pour morsure de ser l'Australie. Ce nom de « Taïpan » est d'ailleurs
pent (huit cas par mois en saison des pluies, le nom donné à l'origine à ce reptile par les
cinq cas par mois en saison sèche) (d'Halli- arborigènes d'Australie.
villée, 1985) (Faliu, 1986) soit un taux d'admis C'est un serpent brun marron, gris acier ou
sion d'environ 40 pour 1 000 pour une populat noir, avec souvent (ce qui est caractéristique)
ion d'un peu plus de 9 000 personnes (Mekeo : une bande rouge ou orange sur le dos. Pouvant
7 077 + North Mekeo : 1967; soit 9 044 — dépasser trois mètres de long, c'est le serpent
recensement de décembre 1980). On note deux à venimeux le plus dangereux de Papouasie-Nouv
trois décès dus à cet accident chaque année (en elle-Guinée et peut-être du monde avec le
général des enfants). Mais certains patients Cobra royal d'Asie. Sa morsure peut en effet
décèdent parce qu'ils ne peuvent arriver à conduire à la mort en quelques minutes par
l'hôpital à temps. Il est donc difficile ici aussi paralysie des muscles respiratoires. Il est actif
d'apprécier la mortalité due à cette cause dans le jour et en début de soirée, et on le rencontre
cette région, et de savoir s'il existe des patients le plus souvent dans les régions de savane
qui meurent pour être restés au village après la ouverte, mais aussi dans les zones forestières. Il
est présent dans la « Western » et la « Central morsure.
On le voit, ces chiffres sont très dépendants Province ». MORSURES DE SERPENTS EN PAPOUASIE 21
II a un appareil inoculateur très perfec 1959). Le serpent peut donc rencontrer l'homme,
tionné : son venin provoque des troubles de la et dans ce cas, il mord pour se défendre.
coagulation et est hautement neurotoxique. Se sentant effrayé, menacé, le serpent peut
n'injecter que peu ou pas de venin. De façon • Le Papuan Black snake : Pseudechis papua-
générale, Zeltner (1979) estime qu'une morsnus (Campbell, 1967) : ure sur vingt seulement peut avoir des con
séquences médicales graves. D'autres auteurs Ce serpent noir (avec parfois un ventre gris-
avancent le chiffre d'une sur dix (Cogger, 1 972) bleu) est le serpent venimeux le plus couram
(Epelboin, 1977). Ces chiffres varient d'autant ment rencontré en Papouasie-Nouvelle-Guinée. plus que certains auteurs raisonnent sur toutes Il ne dépasse pas deux mètres de long. Il est
les morsures et d'autres uniquement sur les actif le jour et en début de soirée. Il habite dans de serpents venimeux. les zones de savane et de marécage. On le La morsure n'est donc pas systématiquement rencontre à peu près partout en Papouasie-
suivie d'injection de venin, et l'O.M.S. admet Nouvelle-Guinée, sauf dans la « Northern Pro
que plus de 50 % des morsures par serpents vince » et dans les « Highlands ».
venimeux n'entraînent aucune pathologie, ou Son venin est « neurotoxique » et «hémolyti-
seulement des troubles mineurs (Reid, Theak- que ». ston, 1984).
Le pronostic va dépendre de différents fac• Le Death Adder : Acanthophis antarcticus teurs (Epelboin, 1977) : l'identification du (Campbell, 1966) : serpent, sa taille, sa vigueur, sa santé, son âge,
C'est un petit serpent (moins de 60 cm de le moment de la journée qui peut influencer la
long) qui ressemble à une vipère (d'où son nom qualité et la quantité de venin, la localisation
de « vipère de la mort ») avec une tête triangul de la morsure, le nombre de morsures, la
aire, un corps large qui se termine abrupte- vitesse de diffusion du venin dans l'organisme
ment par une queue courte et fine. Il est gris et (multipliée si l'injection se fait directement
strié de bandes irrégulières. Il ne se déplace que dans un vaisseau sanguin), la taille et l'âge du
la nuit et (en rapport avec sa taille), ne mord blessé (chez l'enfant le taux de létalité sera plus
pas plus haut que la cheville. Sa distribution est élevé), la réaction de l'entourage, la réaction du
très étendue en Papouasie, on le rencontre blessé (facteurs allergiques, sensibilité indivi
dans la savane et dans la forêt secondaire en duelle au venin, angoisse, panique). 19 morsur
dessous de 2 500 mètres. es sur 20 guériraient spontanément (Zeltner,
Son venin est « neurotoxique ». 1979). Ce phénomène pourrait expliquer les
Il faut ajouter à ces trois serpents : croyances en l'efficacité de beaucoup de trait
ements traditionnels, très répandus autour du
• Le Small Eyed Snake Micropechis ikaheka monde : succion, incisions, scarifications, cau
dont le caractère venimeux a été récemment térisation, pierre noire (Epelboin, 1977) ; la
prouvé (Hudson, 1988, Communication per valeur d'une thérapeutique ne pouvant se juger
sonnelle). Cette espèce a une prédilection pour que dans les cas qui ne peuvent guérir spon
les habitats aquatiques. tanément.
Venimeux ou pas, les serpents peuvent Or c'est souvent sur cette croyance en l'effica
mordre. Un serpent venimeux mord de deux cité d'un traitement traditionnel que se base le
façons : prestige de certains thérapeutes ou sorciers.
Quand la morsure (qui peut être, parfois — il mord une proie et injecte une grande
aussi, grave et rapidement mortelle) est censée quantité de venin. La fonction principale de
avoir été provoquée par un sorcier... son nombreux venins est d'immobiliser rapidement
prestige croît d'autant. la proie qui va décéder assez vite et servir de
Et c'est sur ces deux actes : provoquer et nourriture au reptile. Une autre propriété du
guérir les morsures de serpents que se base venin est de faciliter la digestion de ces proies
le pouvoir des sorciers chez les Mekeo de par le serpent (Menez, 1987).
Papouasie- Nouvelle-Guinée. — Mais beaucoup de serpents sont anthro-
pophiles, c'est-à-dire « attirés » en quelque
IL — PRÉSENTATION DE LA TRIBU sorte par les installations humaines ou les
plantations (cocotiers, caféiers, bananiers, canne MEKEO.
à sucre, rizières). En effet ces plantations sont
d'excellents terrains de chasse pour les serpents Les Mekeo (7 077 personnes, au dernier
qui se nourrissent de rats et de souris (Mertens, recensement de décembre 1980) habitent la 22 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
plaine alluviale fertile de la rivière Angabanga. man (1910), Belshaw (1951), Stephen (1974)
Ils dépendent administrativement de Bereina (1982), et Hau'ofa (1971) (1975).
(chef-lieu du sous-district de Kairuku dans Les données « de terrain » qui vont suivre
la province centrale de Papouasie-Nouvelle- ont été recueillies durant nos 14 mois (sep
Guinée). Bereina est situé à 170 km au Nord- tembre 1985-novembre 1986) de travail, en tant
Ouest de la capitale Port-Moresby, à laquelle il que seul médecin de l'hôpital Saint-Gerard de
est relié par une piste (Hiritano Highway). Veifa'a (ou Beipa) (Faliu, 1986) Faliu, 1987).
Dans cette région l'altitude varie entre zéro et
trente mètres au-dessus du niveau de la mer.
La plaine Mekeo est environnée de toutes A. — Le système de santé moderne.
parts de barrières naturelles : marécages et
collines côtières, montagnes et rivières. A ces
frontières naturelles répondent des frontières En Papouasie-Nouvelle-Guinée il y a désor
linguistiques et culturelles : mais un hôpital central dans chaque province,
et en milieu rural des centres de santé dirigés — au Nord dans les montagnes vivent les
par des officiers de santé (« Health Extension Goilala et les Kunimaipa,
Officiers : H.E.O. ») formés en trois ans, qui — au Sud, le long de la côte, les Roro et les
sont secondés par des infirmières. Ces derWaima, nières peuvent travailler seules dans les « sous-
— à l'Ouest l'Est au dans pied la des région montagnes, des marécages, les Kuni, les centres de santé». Et en première ligne, dans
certains villages ont été créés des centres North-Mekeo.
de secourisme (« aid-posts ») où un secouriste
Les Mekeo vivent dans 14 villages nu (« aid-post orderly ») (Frankel, 1984) formé en
cléaires dont la population varie de 100 à six mois ou bien une aide-soignante, fait les
1 800 personnes. Chaque village est constitué pansements et traite les pneumonies et les crises
de différents groupes de descendance patrili- d'asthme ou de paludisme. Toutefois dans le
néaire (Stephen, 1982). Ces villages sont tous territoire North-Mekeo, certains villages trop
étages le long de la rivière Angabanga. éloignés ou trop difficilement accessibles (maréc
La saison sèche va de juin à octobre, la ages), n'ont de contact avec la médecine
saison des pluies de décembre à avril. La moderne que par le missionnaire qui leur rend
végétation est un mélange de savane, de bush visite une fois tous les deux mois.
(brousse) et de forêt. Tous ces travailleurs de santé ont un rôle
Selon la tradition orale, les ancêtres des primordial à jouer, vu la faible densité des
Mekeo seraient venus de la mer dans de médecins en Papouasie-Nouvelle-Guinée : en
grandes pirogues. La plaine Mekeo était alors 1984, il y avait 281 médecins pour un peu plus
sous l'eau et les premiers se seraient de trois millions d'habitants (soit 0,8 médecin
originellement installés au pied du mont Yule. pour 10 000 habitants) (Handbook on Health
Les premiers contacts entre Mekeo et mis statistics), et la majorité exercent dans les
sionnaires français du Sacré-Cœur eurent lieu il grandes villes, très peu travaillant en milieu
a plus de 100 ans (1885) et furent pacifiques et rural.
amicaux. Le gros village de Veifa'a est globalement
Missionnaires et officiers australiens semsitué au centre du pays Mekeo, à quinze km de
blent avoir essayé, par la suite, de respecter la Bereina, et à trente de la mer. L'hôpital
structure sociale et culturelle des Mekeo. La secondaire de Veifa'a possède 40 lits d'hospital
seconde guerre mondiale et les années qui ont isation. Il a été construit par la mission
suivi, rompirent l'isolement de la société catholique française du Sacré-Cœur. A l'or
Mekeo. L'indépendance de la Papouasie-Nou- igine le terrain avait été donné à la mission par
velle-Guinée, proclamée en 1975, créa une un chef Mekeo... devenu le premier évêque
notion nouvelle, celle de « nation ». La cons papou (Mgr Louis Vangeke).
truction de la piste reliant Port-Moresby à Depuis 1980, le ministère français de la
Bereina en 1976 acheva d'ouvrir le pays Mekeo Coopération envoie à Veifa'a pour 14 mois un
au monde extérieur. jeune médecin qui accomplit ainsi son service
national. Les sœurs s'occupant de l'hôpital ont
Mais en dépit de plus de 100 ans de contact également créé sur place une école d'aide-soi
européen, une grande partie de la culture gnantes et d'infirmières. En effet, en Papouasie-
traditionnelle a persisté. Nouvelle-Guinée, les missions ont mis en place
Du point de vue anthropologique, la société beaucoup de centres de soins et d'écoles de
Mekeo a été étudiée successivement par Selig- personnels de santé, qui sont maintenant inté- MORSURES DE SERPENTS EN PAPOUASIE 23
grés dans le système de santé et financés en la fièvre, et les thérapeutes traditionnels pour
grande partie par le gouvernement papou. neutraliser le maléfice qui leur a été envoyé...
Le rôle du médecin de Veifa'a consiste à D'où pluralisme médical, ce qui explique qu'à
s'occuper des patients hospitalisés, à voir l'hôpital le malade soit souvent gardé par sa
les malades posant des problèmes à l'infi famille ou son « guardian » pour repousser les
rmière qui fait la consultation externe, à donner esprits maléfiques et que parfois, si son état ne
des cours aux élèves infirmières ou aides-soi s'améliore pas, c'est qu'il est peut-être persuadé
gnantes, à pratiquer des actes de petite chi d'être victime de sorcellerie, d'où recherche
rurgie, et à faire le diagnostic de tuberculose d'un soignant traditionnel pour apporter une
par l'examen direct du crachat au microscope. aide psychologique au patient (O.M.S., 1983).
Il est aussi chargé de visiter régulièrement Toutefois, il n'y a pas eu encore de tentative
les sous-centres de santé environnants. Les de formation de thérapeute traditionnel, ou de
malades de l'hôpital sont en grande majorité sorcier, à la médecine moderne (Jenkins, 1984).
des Mekeo, auxquels s'ajoutent quelques North- En tant que médecin travaillant en
Mekeo, et quelques patients des tribus Roro ou pays en voie de développement, il est beaucoup
Waima. Ces derniers sont censés aller en plus facile d'observer cette situation de plura
premier au centre de santé de Bereina, mais lisme médical à l'intérieur d'un hôpital de
bien souvent préfèrent venir directement à brousse, plutôt que d'aller rendre visite aux
Veifa'a. [En effet, les centres de santé du sorciers locaux. La sorcellerie, bien qu'elle soit
gouvernement de Bereina (en territoire Roro) toujours présente, est en effet très souvent
ou à Akufa (en territoire North-Mekeo) ne occultée ou dissimulée aux regards extérieurs.
fonctionnent pas tous les jours, et l'on est On peut très bien rencontrer un sorcier sans
jamais certain de pouvoir y recevoir des soins s'en rendre compte et c'est ce qui nous arriva
lors d'une fête d'achat de la mariée (« bride- la nuit ou le dimanche. De plus en ce qui
concerne les morsures de serpents, le centre de price »). Il nous parla beaucoup de l'anthropo
Bereina est très souvent à court de sérum logue Michèle Stephen qui avait vécu plus d'un
antivenimeux, et envoie donc les patients à an dans ce village (Inawi) pour étudier l'évolu
tion de la société Mekeo après l'arrivée des Veifa'a.]
Blancs (Stephen, 1974) ; et nous montra la
maison qui avait été bâtie pour son séjour.
B — Le système traditionnel. Nous n'apprîmes que deux mois plus tard,
alors que son fils venait de mourir (d'où
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, les petites problème de succession) que ce vieillard était le
maladies, les fièvres sont rattachées à des plus grand sorcier de tout le territoire Mekeo...
causes naturelles. Par contre les maladies plus Dans un autre village nous rencontrâmes
graves sont dites d'origine surnaturelle. une très vieille femme qui était une guérisseuse,
experte en plantes médicinales,... et la grand- Le traitement consiste à contrecarrer le pou
voir maléfique ou étranger, ou, au contraire, à mère d'une infirmière de l'hôpital. Elle nous
renforcer le pouvoir personnel du malade pour parla d'un médecin allemand à qui elle avait
qu'il se défende. livré une partie de ses secrets sur les plantes.
Les techniques employées comprennent l'a A partir de certaines de ces plantes ce médecin
bsorption de substances thérapeutiques telles avait même fabriqué des comprimés qu'il lui
que des plantes ou des aliments donnés, l'applipar la suite apportés... la vieille femme en
cation de et quelquefois de fumée de était très fière. Alors que nous partions elle
tabac sur la partie du corps blessée ou malade, nous demanda de l'aspirine pour son dos qui la
la purification ou l'élimination de substances faisait souffrir !
nocives par « phlébotomie » ou scarification, et En ce qui concerne le déroulement de l'évén
la capture de la substance spirituelle que l'on ement que constitue la morsure, nous avons pu
incite à réintégrer le corps de la victime. observer de nombreux faits au cours de notre
On renvoie le mal : la guérison s'apparente à travail médical, et discuter souvent avec patients,
une vengeance contre celui qui l'a envoyé infirmières, instituteurs, ou encore gens du
(« pay back »). village, lors de patrouilles de vaccinations ou
Il y a en Papouasie-Nouvelle-Guinée une bien lors de visites à caractère extramédical.
grande variété de guérisseurs, de spécialistes de
la sorcellerie, de la divination et de la
thérapie. Mais actuellement beaucoup de mala
des utilisent plus d'un système thérapeutique :
les médicaments modernes contre la douleur et 24 SOCIÉTÉ DES OCÊANISTES
sorcellerie par les rêves. Stephen (1982) cite le
cas d'un jeune homme, qui, ayant trouvé un
III. — ENCHAÎNEMENT DES ÉVÉNE python mort, l'enterra comme s'il s'agissait
MENTS LORS D'UNE MORSURE DE SER d'un être humain. La nuit suivante, un vieil
PENT CHEZ LES MEKEO. homme (qui était l'esprit du python) lui appar
ut en rêve pour le remercier et le faire
Chez les Mekeo, aucun décès, aucune mala bénéficier de ses connaissances magiques.
die grave n'est le fruit du hasard. Chacun de Il existe différentes sortes de pouvoir. Le
ces événements a pour origine un acte de plus commun de ces pouvoirs consiste à pro
sorcellerie, et la toute puissance des sorciers est mouvoir le succès de l'individu dans ses acti
évidente pour tout Mekeo. vités quotidiennes (amour, chasse, agriculture).
L'apparition de la civilisation occidentale Puis vient le pouvoir d'infliger et de soigner les
et du Christianisme, de la médecine moderne petits maux, tels que furoncles, plaies, rhume.
et de l'éducation ont peu changé le fond Ce pouvoir est dit « spécialisé ». D'autres sor
de croyances traditionnelles qui sous-tend la ciers sont plus puissants. Ils contrôlent les
société Mekeo. La morsure de serpent est forces de la nature (pluies, sécheresse, inondat
l'exemple-type d'accident rattaché à une cause ions) et interviennent pour permettre et bénir
supranaturelle et à l'activité des sorciers. Les les cérémonies et les fêtes. Toutefois, le pouvoir
sorciers sont capables de commander aux ser le plus puissant de tous, et le plus craint, est le
pents, et de les influencer afin qu'ils mordent pouvoir « ungaunga ». Pour exercer ce pouv
les gens. Dans l'esprit des Mekeo, le sorcier est oir, le sorcier doit se transformer lui-même :
en effet toujours associé au serpent noir qui est jeûne, abstinence, isolement social. Au terme
un de ses instruments. de son ascèse il aura acquis une apparence de
La future victime peut être avertie du danger fantôme (maigreur extrême, regard fixe, teint
qu'elle court par un rêve. « Rêver d'être mordu cireux...), manière symbolique d'annihiler les
par un chien indique que le rêveur sera sensations de son corps pour atteindre la vie
par un serpent, alors qu'un rêve de morsure de spirituelle du pouvoir des esprits.
serpent signifie que le rêveur sera en fait mordu Il existe cinq types de pouvoir « ungaunga » :
par un chien » (Stephen, 1982). Les experts en
rêve explicitant ce symbolisme inversé expl — le pouvoir d'infliger des maladies internes,
iquent aussi que quand un sorcier appelle les en enfermant l'esprit de la victime. Ceci en
esprits qu'il contrôle pour l'aider à tuer sa mélangeant ses affaires personnelles avec des
victime, d'autres esprits (du monde des esprits) potions sur le feu, ou bien en lui montrant, ou
l'entendent et essaient d'avertir leurs parents en jetant sur le toit de sa maison, des pierres
(appartenant encore au monde des vivants) à magiques... ce qui va le paralyser puis le rendre
travers les rêves. Toutefois il est difficile de malade. C'est ce qui explique, que, quand il y a
savoir si quelque chose va changer dans le un malade, la famille monte la garde autour de
comportement de l'homme averti. sa hutte pour chasser le sorcier qui voudrait
Mais qui sont ces sorciers, quels sont leurs jeter quelque chose sur le toit ;
pouvoirs, et comment agissent-ils ? — le pouvoir du magicien de guerre ;
Il n'y a pas un sorcier mais des sorciers. aujourd'hui transformé en pouvoir de provo
Chacun d'eux possède un certain pouvoir, bien quer les blessures par chute, glissade, attaques
défini et connu de tous. d'animaux, et les accidents... et en pouvoir
Les pouvoirs de sorcellerie sont en général d'adoucir les sentences des juges des Cours
héréditaires (héritage patrilinéaire). L'aîné des d'assises modernes ;
familles hérite du pouvoir du chef, car il doit — l'empoisonnement : le poison étant injecté
assurer la paix du clan, et c'est au second que par de fines aiguilles. Hau'ofa (1975) raconte, à
reviennent les dangereux pouvoirs de sorcell ce propos, l'anecdote de ce sorcier qui récupér
erie. Ces pouvoirs ont été confiés à certaines ait des aiguilles au centre de santé le plus
familles par le dieu qui fut pour les Mekeo à proche ;
l'origine de toutes choses : A'aisa (Hau'ofa, — le pouvoir de causer la mort instantanée ;
1981). Ces pouvoirs sont jalousés et les vieilles — et, enfin, le pouvoir de provoquer les
lignées luttent contre les plus récentes pour attaques de serpents. Guis (1936) et Hau'ofa
conserver leur prestige. (1975), étudiant la société Mekeo à 70 années
En effet, en dehors de l'ascendance, il y a d'intervalle, retrouvent sensiblement les deux
d'autres voies pour acquérir des pouvoirs de mêmes techniques pour provoquer les attaques
sorcellerie : soit en devenant l'assistant d'un de serpents.
sorcier, soit en acquérant des pouvoirs de MORSURES DE SERPENTS EN PAPOUASIE 25
Le sorcier élève dans sa case un serpent noir gagne le lieu du rendez-vous, elle rencontre le
qui va devenir un de ses instruments. serpent du sorcier qui l'attendait et la mord.
La première technique consiste à utiliser une Cette même pierre à serpent protégerait le
pierre magique : sorcier contre les morsures ophidiennes (Campb
ell, 1969). — Seligman (1910) rapporte que le sorcier
peut obtenir de son serpent « une pierre à Mais la meilleure méthode utilise le serpent
serpent » mortelle qui tuerait toute personne proprement dit.
qui la touche ; Il convient tout d'abord de le faire jeûner
— pour Guis (1936) cette pierre magique quelques jours. Puis le sorcier l'enferme dans
qui doit toucher la victime, doit être préalable un pot d'argile (ou maintenant un chaudron)
ment frottée à une plante très odoriférante. Il sur le feu avec des affaires personnelles (lam
faut ensuite faire sentir la même plante au beaux de vêtements), ou des produits corporels
serpent et le lâcher près de la victime. Le de la victime (cheveux, ongles, sang, crachat, reconnaîtrait l'odeur (?) et mordrait ; sperme, sécrétions vaginales). Ce peut être
aussi un relief de repas ou un bout de noix — Hau'ofa (1975), quant à lui, note qu'il
faut exhiber une pierre magique ou « pierre à d'arec à moitié chiquée. (Ces produits corpor
serpent du sorcier » devant les yeux de la els ne sont pas sans évoquer ce que Margaret
victime, qui devient inconsciente. On lui Mead (1963) appelle «chose sale» «déchet»
ou « dirt » chez les Arapesh) (éd. cit., p. 34). ordonne alors d'oublier l'épisode, sauf le ren
dez-vous secret qu'on lui fixe. Quand la victime Le serpent irrité par la chaleur du feu et le
Illustration non autorisée à la diffusion
Carte tirée de l'ouvrage
« It all Began on Yule Island, 100 years ago »
Memorial Volume of the Catholic Church in Papua 1 885- 1986. SOCIÉTÉ DES OCEANISTES 26
Carte des territoires
12 MEKEO et NORTH-MEKEO
Recensement de Décembre 1980
(census division n° 19 et n° 18)
NORTH
MEKEO
MEKEO
ûriropetana MORSURES DE SERPENTS EN PAPOUASIE 27
jeûne s'en prend au vêtement avec lequel il est — la chasse nocturne ;
— la marche dans les hautes herbes et les enfermé, et le mord.
Plus tard le sorcier emporte le serpent et travaux de jardinage.
le cache dans les herbes près du chemin où
Les hommes mordus par les serpents, le sont va passer la victime. Le serpent reconnaîtra
le plus souvent de nuit, au cours de la chasse. (même dans un groupe) le propriétaire du
En effet, les lampes de poche ou les bottes vêtement (ou son odeur?) et l'attaquera pré-
qu'on peut trouver facilement dans les magasférentiellement (Guis, 1936) (Hau'ofa, 1981).
ins de la capitale, ne sont pas du tout utilisées En pays Mekeo de nombreuses anecdotes se
pour aller à la chasse. La lumière, le bruit des rattachent aux morsures de serpents et aux
bottes effraient le gibier ; les hommes partent sorciers. Ainsi Guis (1936) raconte l'histoire
donc les pieds nus. Et c'est au cours de la d'un Mekeo, qui ayant maltraité un sorcier, fut
poursuite d'un wallaby ou d'un cochon saumordu par des serpents trois fois en un mois, et
vage que l'homme se fait mordre (l'opossum mourut après la troisième morsure. Il note
qui vit dans les arbres se trouve surtout dans aussi qu'aux alentours des années 1900, un
les montagnes et peu sur la côte, le casoar est officier du gouvernement était parti en guerre
devenu rare en pays Mekeo). contre les sorciers et en avait arrêtés un certain
Néanmoins, avant de partir à la chasse, la nombre. « Lors de son retour à la station, il fut
nuit, les hommes se frictionnent les pieds et les tout le long de la route assailli par des serpents,
jambes avec des feuilles de gingembre mâchées, contre lesquels ses épaisses bottes le garanti
dont l'odeur (?) repousserait les reptiles. Après rent. Tous ces porteurs et soldats reconnurent
avoir eu connaissance de cette coutume, nous de ce fait la vengeance des sorciers. » (Guis,
avons interrogé les patients hospitalisés pour 1936).
morsure de serpent. Aucun ne s'était frotté les Mais un sorcier peut aussi ordonner une
jambes avec du gingembre avant de se faire morsure, si une tierce personne le paie dans ce
mordre. Certains l'avaient fait après la morsbut. Car ce pouvoir ne s'exerce pas uniquement
ure, mais, à ce moment-là, sur le plan biolocontre les villages ennemis. Les sorciers peu
gique cela semble tout à fait inefficace, si ce vent l'exercer aussi contre certains membres de
n'est dangereux car pouvant aider à la diffuleur propre village, s'ils ont été payés pour cela
sion du venin (Faliu, 1987). (Hau'ofa, 1981). Pour notre part, nous avons
Les femmes (et parfois les enfants) sont pu remarquer que certains patients mordus par
mordues lors des travaux de jardinage. En pays des serpents et vus à l'hôpital, n'en étaient pas
Mekeo l'homme chasse et défriche le « bush » à leur première morsure.
pour faire des jardins. C'est la femme qui Ce pouvoir des sorciers engendre la crainte
plantera, arrachera les mauvaises herbes, et des Mekeo, et pourrait expliquer certaines
cultivera le jardin : c'est donc elle qui y passe coutumes : sortir toujours accompagné de peur
le plus de temps. Or certains serpents sont de rencontrer un sorcier, veiller sur les tombes
anthropophiles et donc attirés par les plantapour empêcher le sorcier de voler des osse
tions et les jardins. Les enfants se font mordre ments (Guis, 1936), avaler sa salive, et non
le plus souvent en jouant dans les hautes cracher quand on chique l'arec et le bétel de
herbes. Dans les lieux dégagés d'où l'on peut peur qu'un sorcier collecte le crachat, brûler les
voir le serpent venir de loin, les morsures sont choses dont on veut se débarrasser, et non les
beaucoup plus rares. jeter (vêtements, cheveux), brûler les serpents
tués pour annihiler aussi l'esprit du sorcier Ainsi, les villages Mekeo avec leur centre et
les alentours des maisons en terre battue ne susceptible d'habiter le reptile, et pour les
femmes Mekeo, avant d'accepter de venir sont pas des lieux de morsure. Le sol y est
accoucher à l'hôpital, exiger qu'on brûle le balayé quotidiennement, et les herbes arra
placenta tout de suite après l'accouchement, et chées.
en présence d'un membre de la famille (Raguin, De même certaines personnes prétendent que
1983), et enfin, craindre les prises de sang la construction des pistes et surtout de la
répétées et refuser de donner son sang sans grande piste, menant à la capitale (ouverte en
savoir qui va en bénéficier (Faliu, 1987). 1976) aurait fait diminuer le nombre des mors
ures. Les gens marchent le long de la voie et
non dans les hautes herbes où les serpents A — Circonstances de la morsure : qui?
peuvent se cacher. OÙ? QUAND?
Tous les terrains herbeux, s'ils sont des
A l'heure actuelle les morsures de serpents centres d'activités, doivent être fauchés ou
ont lieu préférentiellement lors de : tondus si l'on ne veut pas y rencontrer des

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