Les Neuf-Bouches (district minier de Cabrières-Péret), la plus ancienne exploitation minière de cuivre de France : travaux récents, conséquences - article ; n°1 ; vol.103, pg 143-159

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 2006 - Volume 103 - Numéro 1 - Pages 143-159
Neuf-Bouches (mining district of Cabrières-Péret), the oldest copper mine in France: recent research, consequences -The mining research of our team in the mining district of Cabrières-Péret has been carried out for a quarter of a century, and, in particular, the symbolic site of Neuf-Bouches, indicated by G. Vasseur in 1911, has recently been the subject of work, undertaken by the PCR Mines et Metallurgies préhistoriques du Midi de la France” (2002-2004). The complete clearing of undergrowth from the site has allowed a complete map of the excavations and the peripheral mining spoils to be plotted (fig. 2). Study of the mine faces has led to the location (fig. 6) of some very rare openings in correlation with some curvilinear vertical openings (probably remains of shafts, made by hammering and fire-setting). Those openings have been dated, from associated charcoal, to the Bronze Age. Finally, a new study of the prehistoric and protohistoric mining spoil (Ambert, 1996) in the south-east sector has confirmed the complexity and succession of the periods of exploitation and the post-Roman attempted re-exploitation of older mines. These data allow the confirmation of several points: the early age of the exploitation, beginning at the start of the 3rd millennium BC, as proved by the earliest dates of the metallurgic establishment (Ambert et al., 2002) of Capitelle du Broum (fig. 11). The study of the ore isotopes from this site and those from Neuf-Bouches demonstrates a correlation, at least partially, between the mine and the metallurgy (Prange et al., 2003); the use of mining technology with stone hammers (generally in local quartzite and quartz), without grooves, a hiatus which does not allow the hypothesis of hafting to be excluded. Hafting is all the more likely insofar as, exceptionally, some grooves or notches have been observed; the preserving of the relatively bulky prehistoric mining spoil, with a deposit structure in its primary position, although
14C dates point to the integration of earlier spoil at the top; the archaeological potential, not only of the site of Neuf-Bouches, but also on the peripheral exploitation locations.
Les recherches minières de notre équipe dans le district minier de Cabrières-Péret se poursuivent depuis un quart de siècle. C’est ainsi que le site emblématique des Neuf-Bouches, signalé par G. Vasseur en 1911, a fait récemment l’objet de travaux entrepris dans le cadre du PCR Mines et métallurgie préhistoriques du Midi de la France (2002-2004). Le débroussaillage intégral du site a permis le relevé d’un plan complet des excavations et des déblais périphériques (fig. 2 et 3). L’étude des parois des mines a conduit à localiser de très rares brèches en relation avec des anfractuosités verticales curvilignes (vraisemblablement des vestiges de puits produits par martelage et dépilage au feu). Ces brèches ont ici été datées, à partir des charbons associés, de l’Âge du Bronze. Enfin, une nouvelle étude des déblais protohistoriques et préhistoriques (Ambert, 1996) du secteur sud-est (fig. 3 et 4) a confirmé leur complexité, ainsi que la succession des âges d’exploitation et des tentatives de réexploitation pré-romaines des mines antérieures. Ces documents permettent de conforter plusieurs points: l’ancienneté de l’exploitation, inaugurée au début du IIIe millénaire av. J.-C., comme l’attestent les plus vieilles datations de l’établissement métallurgique (Ambert et al., 2002) de la Capitelle du Broum (fig. 11). L’étude des isotopes des minerais de ce site et de ceux des Neuf-Bouches établit, au moins pour partie, une filiation entre mine et métallurgie (Prange et al., 2003); l’utilisation de techniques minières utilisant des percuteurs en pierre (généralement en quartz et quartzites locaux) sans gorge ni rainure, lacune qui ne permet pas d’exclure un emmanchement d’autant plus vraisemblable qu’exceptionnellement des encoches ad hoc sont connues; la conservation de déblais protohistoriques relativement volumineux dont la structure de dépôt est en position primaire, même si les datations 14C obtenues soulignent l’intégration à leur sommet de déblais plus anciens; le potentiel archéologique non seulement des Neuf-Bouches, mais aussi de celui des exploitations périphériques.
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 2006
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Nombre de pages : 17
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LaurenceBOUQUET, ValentinaFIGUEROA-LARRE, MarieLAROCHE, Jean-LouisGUENDON etPaulAMBERT

BulletindelaSociétépréhistoriquefrançaise

LesNeuf-Bouches (districtminier  deCabrières-Péret), laplusancienneexploitation minièredecuivredeFrance: travauxrécents,conséquences
Résumé Les recherches minières de notre équipe dans le district minier de Cabrières-Péretsepoursuiventdepuisunquartdesiècle.C’estainsique lesiteemblématiquedesNeuf-Bouches,signaléparG.Vasseuren1911,a faitrécemmentlobjetdetravauxentreprisdanslecadreduPCRMines et métallurgie préhistoriques du Midi de la France” (2002-2004). Le débroussaillageintégraldusiteapermislerelevédunplancompletdes excavations et des déblais périphériques (fig. 2 et 3). L’étude des parois desminesaconduitàlocaliserdetrèsraresbrèchesenrelationavecdes anfractuosités verticales curvilignes (vraisemblablement des vestiges de puits produits par martelage et dépilage au feu). Ces brèches ont ici été datées, à partir des charbons associés, de l’Âge du Bronze. Enfin, une nouvelle étude des déblais protohistoriques et préhistoriques (Ambert, 1996)dusecteursud-est(g.3et4)aconrméleurcomplexité,ainsique la succession des âges d’exploitation et des tentatives de réexploitation pré-romainesdesminesantérieures.Cesdocumentspermettentdeconforter plusieurs points: l’ancienneté de l’exploitation, inaugurée au début du III e millénaire av. J.-C., comme l’attestent les plus vieilles datations de l’établissement métallurgique (Ambert et al. , 2002) de la Capitelle du Broum(g.11).Létudedesisotopesdesmineraisdecesiteetdeceuxdes Neuf-Bouches établit, au moins pour partie, une filiation entre mine et métallurgie (Prange et al. , 2003);  l’utilisation de techniques minières utilisant des percuteurs en pierre (généralement en quartz et quartzites locaux) sans gorge ni rainure, lacune qui ne permet pas d’exclure un emmanchement d’autant plus vraisemblable qu’exceptionnellement des encoches adhoc sontconnues; laconservationdedéblaisprotohistoriques relativementvolumineuxdontlastructurededépôtestenpositionprimaire, 1 mêmesilesdatations 4 Cobtenuessoulignentlintégrationàleursommet de déblais plus anciens; le potentiel archéologique non seulement des Neuf-Bouches,maisaussideceluidesexploitationspériphériques. Abstract Neuf-Bouches(miningdistrictofCabrières-Péret),theoldestcopper mineinFrance:recentresearch,consequences Theminingresearchof ourteamintheminingdistrictofCabrières-Pérethasbeencarriedoutfor 2006,tome103,n o 1,p.143-159
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Laurence BOUQUET, Valentina FIGUEROA-LARRE, Marie LAROCHE, Jean-Louis GUENDON et Paul AMBERT
aquarterofacentury,and,inparticular,thesymbolicsiteofNeuf-Bouches, indicated by G. Vasseur in 1911, has recently been the subject of work, undertakenbythePCRMinesetMetallurgiespréhistoriquesduMidide laFrance(2002-2004).Thecompleteclearingofundergrowthfromthe site has allowed a complete map of the excavations and the peripheral miningspoilstobeplotted(fig.2).Studyoftheminefaceshasledtothe location (fig. 6) of some very rare openings in correlation with some curvilinearverticalopenings(probablyremainsofshafts,madebyhamme ring and fire-setting). Those openings have been dated, from associated charcoal, to the Bronze Age. Finally, a new study of the prehistoric and protohistoric mining spoil (Ambert, 1996) in the south-east sector has conrmedthecomplexityandsuccessionoftheperiodsofexploitationand thepost-Romanattemptedre-exploitationofoldermines.Thesedataallow theconrmationofseveralpoints:theearlyageoftheexploitation,begin ningatthestartofthe3 rd millenniumBC,asprovedbytheearliestdates ofthemetallurgicestablishment(Ambert etal. ,2002)ofCapitelleduBroum (g.11).ThestudyoftheoreisotopesfromthissiteandthosefromNeuf-Bouches demonstrates a correlation, at least partially, between the mine andthemetallurgy(Prange etal. ,2003);theuseofminingtechnologywith stonehammers(generallyinlocalquartziteandquartz),withoutgrooves, a hiatus which does not allow the hypothesis of hafting to be excluded. Hafting is all the more likely insofar as, exceptionally, some grooves or notcheshavebeenobserved;thepreservingoftherelativelybulkyprehis-toricminingspoil,withadepositstructureinitsprimaryposition,although 14 Cdatespointtotheintegrationofearlierspoilatthetop;thearchaeo-logical potential, not only of the site of Neuf-Bouches, but also on the peripheralexploitationlocations.
INTRODUCTION Reconnues dès le début du XX e  siècle r G.Vasseur(1911)commedestravauxdelÂgedupa Bronze, les mines des hauteurs de Bellarade 1  (Péret, Hérault)ontétéconsidéréesparlesnéolithiciens(Gui -laine,1972; Roudil,1972),malgréuneattributionmal étayée,commelesplusvieillesvoirelesseulesmines de cuivre préhistoriques du Languedoc et de France. Eneffet,cettehypothèseétaitfondéesurlaprésence de320mailletsdepierreéparsàlapériphéried’exca -vationsassurémentminières,maisl’absencetotalede matérielarchéologiquereprésentatifdelapériodepré -citée laissait planer un doute. Il a fallu attendre les premiers travaux de notre équipe pour, au travers du matériel(céramiquetypiqueassociéeauxmailletsde pierre)découvertdanslaminedelaVierge(Ambert etEspérou,1982),validerlaprophétiedeG.Vasseur (Ambert,1996). Depuis,destravauxlimitésréalisésàlapériphérie des mines de Bellarade, et plus particulièrement de les l sceecltleeusrd),eosnNtpeeurfm-iBsoduercehpeésr(er,pupisudseidmatpeorrdtealntÂegsedu duCuivreunepartiedecestravauxminiers(Ambert, 1996et2002).Néanmoins,lecaractèreponctueldenos premières recherches et le renouvellement des mé-thodesdedatationgrâceàlaméthodeAMSontincité (Ambert,2003),danslecadreduPCR“Minesetmé -tallurgiespréhistoriquesduMididelaFrance,à entreprendreen2004unecampagnedeprélèvements dans les principaux déblais de la périphérie des BulletindelaSociétépréhistoriquefrançaise
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Neuf-Bouches,ditsdéblaissud-est.Cestaurappeldes premières investigations et aux principaux résultats obtenusrécemmentquecetarticleestdévolu. PRÉSENTATIONGÉOLOGIQUEDUSITE LesNeuf-Bouchessontlesplusvastescavitésartifi -cielles à ciel ouvert du district minier de Cabrières-Péret(g.1et2).Ellessontsituéesàlextrémiténord delacommunedePéret.Cesontlesplusvastesetles plus groupés d’une dizaine de travaux miniers dont cinq au moins ont livré des maillets. Cet ensemble comporte également des vestiges antiques et, à ses périphéries nord et est, de nombreux grattages, tran -chéesoupuitsenrelationaveclextractiondebarytine. Les déblais de certains de ces derniers ont livré quelques fragments de minerai de cuivre. Toutes les mines, y compris celles des Neuf-Bouches qui, en surface ou en profondeur, ont livré des maillets en pierre,occupentlaterminaisonsudetleversantméri -dionalduplateaudeBellarade. Ceplateaufaiblementvallonnéestenfaituntémoin delasurfaced’érosionpost-hercynienne,remarquable -ment conservée ici. Dominant d’une centaine de mètres, au nord et au sud, deux bandes de schistes excavées par l’érosion, il est sous-tendu par des cal-cairesetdolomiesdévoniensplusoumoinsfracturés ou au contraire résistants. Les dolomies forment lencaissantdesmineraisdecuivredisséminés,comme semblent l’indiquer les très faibles indices qui subsistent, dans une formation limoneuse indur é e d e 2006,tome103,n o 1,p.143-159
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