Les problématiques successives de l'épipaléolithique (« Mésolithique) - article ; n°5 ; vol.90, pg 340-351

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1993 - Volume 90 - Numéro 5 - Pages 340-351
RÉSUMÉ La première problématique fut chronologique : présence ou absence d'industries humaines en Europe entre le Paléolithique et le Néolithique. La seconde fut d'établir la continuité des vestiges. Le « hiatus » ne fut vraiment comblé que par l'emploi des stratigraphies fines, du tamisage, par la palynologie et le radio- carbone. Une complication vint du « Campignien » (en réalité néolithique), qu'une typologie très insuffisante tirait de sites de surface. Il eût fallu se fonder sur des éléments clos. L'introduction très positive de la notion de culture, mais couplée avec la méthode si médiocre du fossile directeur unique, mena à la théorie des migrations, en fait une contagion depuis la Protohistoire. On ne put venir à bout de cette troisième problématique que par l'étude de tout l'outillage avec une typologie détaillée (fossiles directeurs multiples), permettant de montrer l'évolution sur place et la grande stabilité des groupes humains dans leurs territoires traditionnels. La compréhension du rôle des armatures dans la chasse et du grand progrès constitué par la généralisation de l'arc avant la fin du froid permit d'en finir avec le misérabilisme attribué aux chasseurs mésolithiques (quatrième problématique) comme avec une dépendance mécanique des industries envers le climat (cinquième problématique). La problématique actuelle est d'abord de compléter et préciser le tableau des groupes régionaux, ce qui nécessite un nombre élevé de petites fouilles bien menées. Cette base permettra ensuite de mettre en évidence l'organisation sociale des archers. Ces deux problématiques exigent la collaboration des chercheurs des régions voisines, dont des exemples parfaits sont fournis par l'attitude amicale des chercheurs picards, belges, luxembourgeois et néerlandais envers le présent auteur. Au-delà de cette coopération informelle, la constitution officielle de programmes interrégionaux organi- sés par la réglementation actuelle des fouilles devient une nécessité urgente.
ABSTRACT The first question was chronological : the presence or absence of human industries in Europe between the Palaeolithic and the Neolithic. The second one was to establish the continuity of the remains. The « hiatus » was filled thoroughly through fine stratigraphies only, sieving, paly- nology and 14-C. A complication came from the « Campignien » (which is neolithic actually) which was considered from surface sites because of insufficient typology. Research sould have been based on closed assemblages. The introduction of the very positive notion of culture, though coupled with the poor method of a unique type fossil, lead to the theory of migrations, in fact a contagion from the protohistorians. We were able to get rid of that third subject only with the study of the li- thics on a whole, with a detailed typology (numerous type fossils), showing evolution on the same area and full stability of the human groups on their traditional territories. Understanding that the armatures were used for hunting and how large the progress was when the bow was brought in general use before the end of the cold allowed to put an end to the ideal of wretched mesolithic hunters (4th question) as much as to mechanical dépendance of industries upon the climate (5th question). The present issue is firstly to finish and make more accurate the table of the regional groups, which needs a large number of small well conducted digs. This basis will then enable to give evidence of the hunters' social organization. Both problems require that searchers of neighbouring areas work together; excellent examples are those of the friendly behaviours of the searchers from Pi- cardie, Belgium, Luxemburg and Netherlands towards the author of this paper. Beyond that informal cooperation it becomes urgent to set up the official structure of interregional organised programs, which are demanded by the current rules about digging.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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Dr Jean-Georges Rozoy
Les problématiques successives de l'épipaléolithique («
Mésolithique)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1993, tome 90, N. 5. pp. 340-351.
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Rozoy Jean-Georges. Les problématiques successives de l'épipaléolithique (« Mésolithique). In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1993, tome 90, N. 5. pp. 340-351.
doi : 10.3406/bspf.1993.9644
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1993_num_90_5_9644Résumé
RÉSUMÉ La première problématique fut chronologique : présence ou absence d'industries humaines
en Europe entre le Paléolithique et le Néolithique. La seconde fut d'établir la continuité des vestiges. Le
« hiatus » ne fut vraiment comblé que par l'emploi des stratigraphies fines, du tamisage, par la
palynologie et le radio- carbone. Une complication vint du « Campignien » (en réalité néolithique),
qu'une typologie très insuffisante tirait de sites de surface. Il eût fallu se fonder sur des éléments clos.
L'introduction très positive de la notion de culture, mais couplée avec la méthode si médiocre du fossile
directeur unique, mena à la théorie des migrations, en fait une contagion depuis la Protohistoire. On ne
put venir à bout de cette troisième problématique que par l'étude de tout l'outillage avec une typologie
détaillée (fossiles directeurs multiples), permettant de montrer l'évolution sur place et la grande stabilité
des groupes humains dans leurs territoires traditionnels. La compréhension du rôle des armatures dans
la chasse et du grand progrès constitué par la généralisation de l'arc avant la fin du froid permit d'en finir
avec le misérabilisme attribué aux chasseurs mésolithiques (quatrième problématique) comme avec
une dépendance mécanique des industries envers le climat (cinquième problématique). La
problématique actuelle est d'abord de compléter et préciser le tableau des groupes régionaux, ce qui
nécessite un nombre élevé de petites fouilles bien menées. Cette base permettra ensuite de mettre en
évidence l'organisation sociale des archers. Ces deux problématiques exigent la collaboration des
chercheurs des régions voisines, dont des exemples parfaits sont fournis par l'attitude amicale des picards, belges, luxembourgeois et néerlandais envers le présent auteur. Au-delà de cette
coopération informelle, la constitution officielle de programmes interrégionaux organi- sés par la
réglementation actuelle des fouilles devient une nécessité urgente.
Abstract
ABSTRACT The first question was chronological : the presence or absence of human industries in
Europe between the Palaeolithic and the Neolithic. The second one was to establish the continuity of
the remains. The « hiatus » was filled thoroughly through fine stratigraphies only, sieving, paly- nology
and 14-C. A complication came from the « Campignien » (which is neolithic actually) which was
considered from surface sites because of insufficient typology. Research sould have been based on
closed assemblages. The introduction of the very positive notion of culture, though coupled with the
poor method of a unique type fossil, lead to the theory of migrations, in fact a contagion from the
protohistorians. We were able to get rid of that third subject only with the study of the li- thics on a
whole, with a detailed typology (numerous type fossils), showing evolution on the same area and full
stability of the human groups on their traditional territories. Understanding that the armatures were used
for hunting and how large the progress was when the bow was brought in general use before the end of
the cold allowed to put an end to the ideal of wretched mesolithic hunters (4th question) as much as to
mechanical dépendance of industries upon the climate (5th question). The present issue is firstly to
finish and make more accurate the table of the regional groups, which needs a large number of small
well conducted digs. This basis will then enable to give evidence of the hunters' social organization.
Both problems require that searchers of neighbouring areas work together; excellent examples are
those of the friendly behaviours of the searchers from Pi- cardie, Belgium, Luxemburg and Netherlands
towards the author of this paper. Beyond that informal cooperation it becomes urgent to set up the
official structure of interregional organised programs, which are demanded by the current rules about
digging.;
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1993 /TOME 90, n° 5 340
LES PROBLEMATIQUES SUCCESSIVES
DE L'ÉPIPALÉOLITHIQUE
(« MÉSOLITHIQUE »)
Dr Jean-Georges ROZOY
RÉSUMÉ sés par la réglementation actuelle paper. Beyond that informal cooper
des fouilles devient une nécessité ur ation it becomes urgent to set up
La première problématique fut gente. the official structure of interregional
chronologique présence ou ab organised programs, which are de
sence d'industries humaines en Eu manded by the current rules about
rope entre le Paléolithique et le Néol digging. ABSTRACT
ithique. La seconde fut d'établir la
continuité des vestiges. Le « hiatus » The first question was chronologi
■ LE HIATUS ne fut vraiment comblé que par l'emcal the presence or absence of
ploi des stratigraphies fines, du tami human industries in Europe between
sage, par la palynologie et le radio- the Palaeolithic and the Neolithic. La Préhistoire fut créée en 1836,
lorsque С. J. Tomsen, classant et carbone. Une complication vint du The second one was to establish the
« Campignien » (en réalité néoli continuity of the remains. The « hia publiant les antiquités du musée de
thique), qu'une typologie très insuff tus » was filled thoroughly through Copenhague, distingua les trois Ages
isante tirait de sites de surface. Il eût fine stratigraphies only, sieving, paly- de la Pierre, du Bronze et du Fer
fallu se fonder sur des éléments clos. nology and 14-C. A complication (Tomsen, 1836 Worsaae, 1843).
came from the « Campignien » L'introduction très positive de la no Nul, et pas même ces remarquables
tion de culture, mais couplée avec la pionniers, n'avait alors la moindre (which is neolithic actually) which
méthode si médiocre du fossile d was considered from surface sites idée du déroulement ni surtout de
l'immensité des temps préhistoirecteur unique, mena à la théorie des because of insufficient typology. Re
migrations, en fait une contagion de search sould have been based on riques, dont la subdivision en
puis la Protohistoire. On ne put venir closed assemblages. The introduct époques allait être l'affaire des dé
cennies suivantes. En 1847 J. Bouà bout de cette troisième problémat ion of the very positive notion of cul
cher de Perthes établit la contempo- ique que par l'étude de tout l'ou ture, though coupled with the poor
ranéité de certains vestiges humains tillage avec une typologie détaillée method of a unique type fossil, lead
et d'animaux disparus, « antérieurs (fossiles directeurs multiples), per to the theory of migrations, in fact a
mettant de montrer l'évolution sur contagion from the protohistorians. au Déluge ». En 1861 Ed. Lartet,
place et la grande stabilité des ayant fouillé en Périgord, propose de We were able to get rid of that third
groupes humains dans leurs terri subject only with the study of the li- distinguer des Ages successifs fon
toires traditionnels. La compréhens thics on a whole, with a detailed t dés, comme en géologie, sur les an
ion du rôle des armatures dans la imaux d'accompagnement. En 1869 ypology (numerous type fossils), sho
chasse et du grand progrès consti wing evolution on the same area and G. de Mortillet montre qu'il faut clas
ser d'après les industries, et dans le tué par la généralisation de l'arc full stability of the human groups on
avant la fin du froid permit d'en finir their traditional territories. Unders même temps J. Lubbock (1865)
avec le misérabilisme attribué aux tanding that the armatures were forge les termes de Paléolithique et
chasseurs mésolithiques (quatrième Néolithique qui connaîtront à juste used for hunting and how large the
problématique) comme avec une dé progress was when the bow was titre un succès durable.
pendance mécanique des industries brought in general use before the L'opposition frappante entre les envers le climat (cinquième problé end of the cold allowed to put an end caractères de ces deux grandes divmatique). La problématique actuelle to the ideal of wretched mesolithic isions, l'absence apparente de toute est d'abord de compléter et préciser hunters (4th question) as much as to transition de l'une à l'autre, créent le tableau des groupes régionaux, ce mechanical dépendance of indust dès lors le problème du soit-disant qui nécessite un nombre élevé de ries upon the climate (5th question). hiatus la France et l'Europe entière, petites fouilles bien menées. Cette The present issue is firstly to finish envahies par la forêt, seraient alors base permettra ensuite de mettre en and make more accurate the table of devenues inhabitables (bibliograévidence l'organisation sociale des the regional groups, which needs a phie dans Rozoy, 1978). Pour archers. Ces deux problématiques large number of small well conduct G. de Mortillet (1874), au contraire, il exigent la collaboration des cher ed digs. This basis will then enable ne s'agissait que d'« une simple lto give evidence of the hunters' socheurs des régions voisines, dont acune de nos connaissances (...), les des exemples parfaits sont fournis cial organization. Both problems re restes de l'époque de transition ou par l'attitude amicale des chercheurs quire that searchers of neighbouring de passage n'ont pas encore été areas work together; excellent picards, belges, luxembourgeois et trouvés et reconnus. » néerlandais envers le présent auteur. examples are those of the friendly
Au-delà de cette coopération info behaviours of the searchers from Pi- La problématique essentielle de
rmelle, la constitution officielle de l'Epipaléolithique était donc alors cardie, Belgium, Luxemburg and Ne
programmes interrégionaux therlands towards the author of this d'établir l'existence ou l'absence ;
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d'industries humaines entre la fin tues était déjà connue avant même tourbe à Ahrensburg (Rust, 1943) et
du Paléolithique et le début du à Loshult (Peterssen,1951 Malmer, les travaux de Piette (Daleau, 1878
Néolithique. 1958, 1968, et fig. 1). L'existence G. de Mortillet, 1883 ; A. de Mortillet,
des armatures microlithiques poin- 1885, 1896). Nul, toutefois, ne son
La querelle du hiatus dura qua geait à leur importance, ni surtout à
rante ans, et se termina officiell ce qu'ils pussent avoir leur place
ement par la découverte de l'Azilien dans le fameux hiatus : on en faisait
par Ed. Piette (1889 à 1904, v. « une industrie » (parallèle au Néoli
Rozoy, 1978), que d'ailleurs tous thique), non une culture. Il faudra le n'admirent pas volontiers (« Touras- (lent) développement des recherches
sien » pour de Mortillet, 1894). En en stratigraphie fine, et surtout
réalité, l'Azilien ne comble nullement l'adoption du tamisage systémat
la totalité du hiatus, de loin s'en faut, ique, pour en montrer la position vé
et en 1963 G. Childe (dont, il est vrai, ritable. Ed. Piette (1874, p. 313)
ce n'est pas la partie) peut encore fouillait bien en stratigraphie, mais
laisser entendre qu'à ses yeux il sub démêlait (croyait-il) en deux jours
siste une coupure avec vacuité. une série « des plus compliquées ».
L'Azilien classique, nous le savons
Pourtant, la découverte de l'Ah- maintenant, ne couvre guère que
l'oscillation d'Allerôd (peut-être le rensbourgien (Rahir, 1920 ; Rust,
Dryas III et le début du Préboréal 1943, 1951, 1958, et fig. 2), celles du
avec l'Azilien évolué). Le reste du Maglemosien (Friis-Johansen, 1919
Préboréal, le Boréal et le début de Svaerdborg, publié en français), du
l'Atlantique s'écoulent avec d'autres Sauveterrien (Coulonges 1928, 1931,
cultures avant l'irruption du Néoli 1935), auraient dû montrer la voie.
thique. On avait donc admis un peu Mais la régression marquée des
prématurément la disparition du f études préhistoriques entre les
ameux hiatus. deux guerres mondiales dans les
principaux pays européens saignés à
Pour G. de Mortillet comme pour blanc par le massacre, et où la Pré
Piette il s'agissait d'époques solu histoire était désormais aux mains de
tréenne, magdalénienne, touras- littéraires surtout préoccupés d'art,
sienne (azilienne), tardenoisienne, retarda considérablement cette prise
robenhausienne, ayant valeur uni de conscience. R. Daniel, fouillant
verselle, ce qui dispensait d'avoir à Montbani dans les années 30, n'avait
reconnaître des faciès régionaux. (il l'a dit souvent au présent auteur)
G. de Mortillet considérait avec bon aucunement l'idée d'une période
sens sa classification comme limitée de transition : le hiatus était comblé
à l'Europe occidentale (c'était déjà par l'Azilien, le Tardenoisien était une
trop), mais ses élèves et E. Cartail- industrie spéciale, c'était (Breuil
hac sont allés beaucoup plus loin. l'avait dit) le fait de nomades venus
On peut comprendre que le souci d'Afrique, et se tenant, par atavisme,
capital de la chronologie l'ait, alors, sur les milieux sableux. Après la
emporté sur toute autre considérat guerre de 1939-1945, devant les pro
ion. Ce qui n'est pas normal, c'est grès accomplis, cette opinion dispar
de se heurter aujourd'hui au même ut progressivement. Mais en 1965,
dédain des différences régionales, lorsque fut commencé le travail qui
alors que la suite temporelle et aboutit aux « Derniers chasseurs »,
même certaines de ces disparités elle était encore en discussion.
sont bien établies jusque dans beau
coup de détails. La problématique du moment,
essentiellement chronologique,
aurait donc exigé la stratigraphie
fine, le tamisage, l'interprétation des ■ L'INCOMPREHENSION emplois des armatures (ce dernier DES ARMATURES point expliquant les différences avec MICROLITHIQUES le Paléolithique), toutes choses qui
ne furent acquises que dans les an
Le phénomène des armatures nées 1950-1970 avec le renouveau
pointues microlithiques corres scientifique de la Préhistoire.
pond à l'invention, à la diffusion et
à l'usage généralisé de l'arc et de
la flèche. Malgré la publication en ■ LE CAMPIGNIEN français par Friis-Johansen dès
1919, cela ne sera compris que
Depuis 1886, à la suite de Ph. Sabeaucoup, beaucoup plus tard,
lmon (1886, 1891, Salmon, d'Ault du lorsque d'autres armatures auront Fig. 1 - La flèche de Loshult et ses armatures. 4 et Mesnil et Capitan 1898), on dénom- été retrouvées emmanchées dans la 5 armatures de la 2" flèche du même gisement. ;
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Ci»! °
Fig. 2 - Ahrensbourgien : Geldrop III-1, tableau équilibré des armatures. Si ce n'est pas de l'Epipaléolithique (« Mésolithique »), qu'est-ce qui en sera ?
mait Campignien, ce qui n'était pas à couche unique (Sud des Pays-Bas) considérée maintenant comme une
grave, mais on plaçait avant le Néoli ont été les bases essentielles per méthode fossile.
thique, ce qui l'était beaucoup plus, mettant une telle démonstration,
Par contre, un progrès important des ensembles lithiques ramassés en jusque dans le détail, pour l'essentiel
surface et qui paraissaient plus gros entre la seconde guerre mondiale et fut réalisé par l'introduction de la no
siers que ceux « du » Néolithique au tion de culture, c'est-à-dire que les les années 60-70 (Escalon, passim,
quel, en réalité, ils appartenaient. La objets découverts furent considérés Barrière, 1973-1974 Bandi, 1963
comme le produit de groupes hucomparaison, sur des bases typolo bibliographie dans Rozoy, 1978).
giques insuffisantes, avec le Magle- mains cohérents possédant leurs tr
aditions propres. Même si ces mosien (qui en réalité contient des
groupes furent alors vus de façon rarmatures microlithiques, et beau LES MIGRATIONS coup plus nombreuses que les omantique et si leurs caractéristiques
lithiques furent tenues pour plus imhaches, Friis-Johansen 1919) était à
Toute la première moitié du XXe portantes qu'elles ne le sont, c'était la source de cette erreur qui fut re
un pas en avant (S. P. F. ,1929) par prise en 1950 par L.-R. Nougier. Il siècle fut entièrement dominée, en
ce qui nous concerne, par le sys rapport à la notion précédente eût fallu se fonder sur des élé
ments clos. On se trouva donc, pen tème du fossile directeur unique, qui d'époques uniformes pour toute la
fut pratiquement un recul sur la pé Terre, avec progrès continu obligatdant plus de 60 ans, avec deux i
riode précédente, recul dû à un ap oire. Cette introduction de la notion ndustries très différentes, le
de culture sera très lente et hésiTardenoisien et le Campignien, trou profondissement très insuffisant de
la typologie. Le progrès considér tante. Toutefois, la théorie des mivées toutes deux dans le Bassin pa
ables accomplis par les premiers ty- grations contient en germe l'idée risien qui en demeure le centre géo
même de culture et y conduira igraphique, et censées toutes deux pologistes (Bourlon, 1911, par
précéder le Néolithique ancien pro exemple) n'avaient pas été assimilés mmanquablement, quoique par des
voies fort détournées. prement dit. G. Bailloud (1970, 1971) par la masse des chercheurs, qui
voyaient toujours la Préhistoire de et le présent auteur (1971, p. 540)
Le Tardenoisien vint donc de montrèrent que ces objets ne sont, façon romantique et s'en tenaient à
un outil caractérisé par époque. La l'Inde (Mortillet, 1897), puis en France et en Belgique, pas anté
d'Afrique, soit du Capsien (Capitan, rieurs au Néolithique moyen. conséquence directe en fut, par
souci de trouver les origines de 1931 ; Mendes-Correa, 1933), par
La seconde problématique de l'Espagne et le détroit de Gibraltar, chaque culture, la théorie des migra
l'Epipaléolithique fut donc d'établir soit de Sébil (Vignard, 1928, 1954) tions. La genèse de chaque nou
la continuité chronologique des i par le Proche-Orient ou, à nouveau, veauté ne pouvait encore être saisie
ndustries : le hiatus ne pouvait être par l'Espagne, soit encore des deux sur place, faute de séries assez dé
considéré comme comblé que si l'on côtés à la fois, ou par l'Italie (Octo- taillées, les fossiles directeurs choisis
prouvait la présence humaine pour n'étaient pas assez précis (les micro- bon, 1925) et de toute façon de la ré
tous les moments, pour chacune des gion méditerranéenne (Breuil, 1937). lithes géométriques en général, et
oscillations climatiques comprises On en vit même jusqu'en Australie non le segment de cercle, la pointe à
entre la fin du Paléolithique et le (Vignard, 1948 ; S.P.F., 1929). troncature oblique ou le triangle scal
début du plus ancien Néolithique ene), et l'intérêt porté à la Préhistoire
Dans le même temps, des « trdans la région considérée. Ce qui par de nouvelles couches d'intellec
ibus » munies du tranchet et de la supposait une connaissance assez tuels, à culture plus littéraire, ne pou
hache (et dont on ignorait totaleprécise de cette succession, et aussi vait manquer d'entraîner, outre ce
de son déroulement réel en dates ment, en France, qu'elles aient eu flou romantique, une contagion des
absolues. Les progrès considérables des armatures microlithiques) phénomènes migratoires récemment
« s'avançaient le long des rives de la de la Palynologie, puis les analyses mis en évidence pour la Protohist
par le Radiocarbone, appliquées les Baltique » (Breuil, 1937), car il était oire.
bien entendu que ces sauvages ne uns et les autres à des stratigraphies
La méthode du fossile directeur pouvaient être que des nomades et fines (Cornille, Montclus, Rouffignac,
(ou « indicateur ») unique doit être par conséquent des errants en quête Birsmatten) comme à des gisements ;
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Partie Nord Partie Sud perpétuelle de nouveaux territoires
(« ces tribus vagabondes porteuses
de microlithes peu encombrants »,
Vignard, 1954). Cela, en réalité, est le
propre des cultivateurs ou pasteurs,
qui épuisent la terre, ou des guerriers PLAINEVAUX
en quête d'esclaves, plus tard, à
l'âge du bronze contagion de la
Protohistoire.
LE MISERABILISME
Dans la mesure où un intérêt et
hnographique était porté à nos « peu
plades », on confondait invariabl
ement les caractères attribués à
l'industrie du silex (où l'énorme pro
grès accompli par l'arc et la flèche
était totalement incompris) avec
ceux de la population, et l'on parlait
d'une vie misérable (Déchelette,1908
Capitan, 1931 ; Péquart, 1937), ou
de « dégénérescence » en raison de
la disparition de l'art animalier figurat
if (et sans voir le passage à un stade
supérieur d'abstraction). Manger des
escargots paraissait aussi (sauf aux
Bourguignons, sans doute) le comble
Fig. 3 - Sites épipaléolithiques de la vallée de l'Ourthe, d'après Rahir (1907). Les 80 sites sont en majorité à la rupde la misère. C'est l'idée des « r ture de pente, mais il est difficile de savoir quelle est la portée des conditions actuelles de recherche (labour, etc.) sur ôdeurs de grèves « (strandloo- leur découverte. Les petits sites ont été figurés, mais la prospection ne peut être considérée comme exhaustive. En tous cas il n'y a pas de comparaison possible avec le très faible peuplement paléolithique. pers, Clark, 1955 Evans, 1969) qui
néglige les trouvailles d'os de cerf et
de sanglier dans les déchets de cui
sine (Lubbock, 1865, les Danois ont
celui-ci limité à quelques îlots relat la totalité de l'outillage, et l'emploi prouvé depuis longtemps que l'on ne
ivement denses dans un désert glacé d'une typologie détaillée distipouvait pas vivre sur les seuls co
nguant suffisamment les variétés (Rozoy, 1987, 1992). quillages, Peterssen, 1922). Pour
d'outils (et même de matériel brut de d'aucuns, cette soit-disant pauvreté
débitage). extrême allait jusqu'à la disparition
pure et simple (Childe, 1963, p. 66). LA CONTINUITÉ Il fallut donc, en prolongement et DES INDUSTRIES Il fut facile de montrer (Rozoy, perfectionnement des travaux de Dan
1978, chap. 21) que les biotopes iel et Vignard (1953), et avec la co
post-glaciaires, non pas difficiles, llaboration de R. Daniel (1966) et Pour prouver ou infirmer la
mais au contraire plus riches que d'autres chercheurs (G.E.E.M., 1969 théorie des migrations, il était indi à 1975), établir et préciser une liste- ceux de la steppe ou de la taïga, per spensable de procéder à des analyses
mettaient une aisance bien supé type (Rozoy, 1967). Celle-ci n'est rien beaucoup plus détaillées des indust
rieure à celle que connurent les de plus qu'un système de fossiles ries. Dans le cas particulier, il ne
Paléolithiques. D'ailleurs, la multipli directeurs multiples, organisé de pouvait s'agir presque exclusivement
cité des gisements retrouvés en t façon à permettre des comparaisons que d'outils de silex (ou de déchets :
émoigne éloquemment (Rozoy, 1985 aussi bien quantitatives que qualitale microburin, les nucleus, le débi-
et fig. 3). La population, bien loin de tives, et en particulier en utilisant des tage), puisque beaucoup de sites
se réduire ou de disparaître (ou graphiques cumulatifs, mais aussi sont sur des sables siliceux où l'os
d'être « acculée à la mer »), s'est des histogrammes et de multiples n'est pas conservé, et sa préservaalors fortement multipliée. L'Epipa- autres procédés. Importante est tion inégale dans les autres gise
léolithique est la première période où aussi la prise en considération des ments ne permet guère de comparai
tout notre pays (et toute la zone tem styles (de débitage et de confection sons. D'ailleurs, même dans les sites
pérée) fut occupé entièrement, à des outils), des déchets (microburin) calcaires, l'Epipaléolithique ne comp
l'échelle du canton et même de la et du matériel brut de débitage orte, dans nos régions, que peu
commune. On peut estimer la popul (Rozoy, 1968, 1978). d'outils (ou objets de toute sorte) en
ation de la France au Boréal à envi autres matières que le silex.
ron 50 000 habitants, également ré Au moyen de ces instruments, et
partis (Rozoy, 1978, pp. 1083 à Les points essentiels pour r grâce aux travaux précis de multiples
collègues, il fut possible de montrer 1108 Rozoy, 1992), contre ésoudre cette troisième problémat
8 à 10 000 pour le Magdalénien final, ique étaient la prise en compte de (Rozoy, 1978) pour plusieurs régions, :
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notamment la frontière belgo-néer- lées « tardenoisiennes », par suite de industries, y compris de nombreux
landaise, la vallée suisse de la Birse l'usage inconsidéré du fossile direc détails propres à chaque province,
au sud de Bâle, la Provence, non teur unique, « le » trapèze, d'ailleurs pendant plusieurs milliers d'années.
seulement la continuité temporelle vu trop globalement, car ce ne sont Cette analyse typologique détaillée,
des occupations (et donc l'absence pas du tout les mêmes trapèzes que loin d'être la « virtuosité méthodolo
gique stérile » que critiquent les de tout hiatus pour ces zones), mais dans le Bassin parisien.
aussi la continuité culturelle et l'évo adeptes de la « New Archaeology »,
Aucun doute ne demeure dans les lution sur place des industries de débouche donc directement sur l'
esprits correctement informés sur le puis le Paléolithique. Citons en par interprétation ethnographique qui
fait que les manques, comme l'avait ticulier la preuve faite de la dérivation parut si longtemps le point faible de
prévu G. de Mortillet, sont uniquelocale de l'Ahrensbourgien à partir l'école française. La mise en év
ment dans nos connaissances, et ne du Tjongérien (et du « Mésolithique » idence pour l'Épipaléolithique du
correspondent pas à des périodes « changement en mosaïque » à partir de l'Ahrensbourgien) dans le
où ces parties de l'Europe auraient Sud des Pays-Bas (fig. 4). Souli (Rozoy, 1978, 1992) déjà dépisté
été inhabitées. En fonction de la gnons tout de suite les différences pour le Paléolithique inférieur par
continuité culturelle dans les régions régionales importantes sur lesquelles J. Chavaillon (1978) n'est pas la
environnantes et les périodes d'eil sera nécessaire de revenir plus moindre des avancées récentes en
ncadrement, maintenant bien loin la diversification est maintenant Préhistoire.
connues, il ne peut faire de doute bien plus poussée qu'au Paléoli
non plus qu'il en ait été de même Cette stabilité des groupes régiothique, essentiellement du fait de
pour la plupart des provinces encore naux va de pair avec le parallélisme l'importante augmentation de la po
incomplètement connues. La conti (approximatif) de leurs évolutions. pulation. Aussi la thèse présentée en
nuité culturelle demeure toutefois Des phénomènes analogues, mais 1978 ne pouvait-elle donner que
à démontrer dans chaque cas, car non identiques, apparaissent simul'ossature de cette régionalisation,
des déplacements de frontières peu ltanément, ou avec d'assez faibles qui reste à préciser.
vent survenir et, au moins pour le décalages, dans des régions voi
Pour d'autres provinces il sub passage au Néolithique, des pro sines, et ces faits interculturels,
siste actuellement des lacunes, blèmes d'immigration peuvent réell bien souvent, sont transmis assez
d'ailleurs de plus en plus brèves et ement se poser. Les régions étant vite d'un bout à l'autre de l'Europe
ne concernant pas, de région à ré plus petites qu'au Magdalénien, et pour qu'il devienne difficile de saisir
gion, les mêmes moments. Au-delà d'ailleurs les gisements aussi, cela leur point de départ. C'est ainsi que
de ces périodes encore obscures, on suppose un nombre assez élevé de la mode des trapèzes typiques se r
trouve dans ces zones (Bassin pari petites fouilles. épand vers 5.850 avant notre ère, et
sien, Périgord, etc.) des successions que seules des considérations tech
non seulement chronologiques, mais niques (latéralisation) permettent
encore culturelles, avec dérivation d'en présumer le lieu d'invention en
des industries sur place. Ainsi, par Belgique. Il est des provinces, touteL'ÉVOLUTION SUR PLACE
exemple, la continuité culturelle ab fois, pour demeurer plus ou moins
solue (fig. 5), établie par l'étude des longtemps réfractaires à certaines
outils du fonds commun, entre le En employant les mêmes mé nouveautés ainsi l'Ardennien et le
Sauveterrien classique et les thodes, il fut facile de faire apparaître Beaugencien, aux trapèzes, le Lim-
couches supérieures à trapèzes trou la grande stabilité des groupes hu bourg belgo-néerlandais, aux lames
vées dans les mêmes stratigraphies mains sur leurs territoires tradi et lamelles Montbani. On peut ce
et qui avaient initialement été tionnels : on suit l'évolution de leurs pendant décrire pour tout notre
>-*=^ ^ч-*-*- Mlb О VII О H IQ Gltl-1 G Ш-?
Fig. 4 - La continuité Tjongérien - Ahrensbourgien - Epipaléolithique. Les tendances évolutives passent d'une période à l'autre, les changements sont ceux des armatures (donc du mode de chasse), les outils communs sont ce qui montre la continuité. A. Burins, perçoirs La disparition des burins se continue du Tjongérien à l'Ahrensbourgien. Celle des perçoirs, déjà effectuée, se maintient. En Suisse, les deux évolutions vont de pair (réduction plus précoce des burins à Bruggli). Dans le Sud-Est les burins sont déjà réduits. B. Lamelles à bord abattu, lamelles retouchées comme dans le Birstal, il y a disparition des lamelles à bord abattu de style paléolithique et ensuite réinvention d'autres lamelles à bord abattu d'un autre style. Ce n'est pas une continuité. Le point bas du graphique est ici antérieur au point bas des burins, dans le Birstal c'est l'inverse. Les lamelles retouchées ont un développement net, mais modéré (il est plus fort en France). :
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1M ttf
to
couche 3 des armatures du stade moyen (colonnes 7 à 1 0)
pays, et même pour l'Europe, des seule pour laquelle la communauté prédateur dans un cas (fût-ce en
stades successifs : très ancien, scientifique a eu beaucoup de mal à Afrique à l'époque actuelle chez les
admettre d'appliquer le principe de Pygmées), et producteur dans ancien, moyen, récent, final, dont
le parallélisme est dans l'ensemble G. de Mortillet, énoncé dès 1869, de l'autre.
très bon. Il devient alors possible classer selon l'industrie (lithique ou
d'attribuer par la typologie les sites autre) et non selon les animaux d'a Mais pour la limite entre le Paléol
isolés et sans datation absolue à l'un ccompagnement. Personne ne dis ithique et l'Epipaléolithique, qui est
ou l'autre stade (mais ceux-ci durent cute sérieusement que la distinction relativement proche de la transfor
environ 1 000 ans chacun). J.-L. entre le Paléolithique moyen et le Pa mation climatique, on rencontre en
Slachmuylder (1985) a même déve léolithique supérieur, par exemple, core beaucoup de très bons esprits,
loppé un traitement informatique soit dans la nature des produits hu et même parfois parmi les spécial
permettant, dans une région où sont mains. Le système de Lartet (1861, istes de la période (Dewez, 1973)
connues suffisamment de bases, Age du grand ours, Age du renne, pour définir le passage au moyen de
d'attribuer avec une bonne vraisem Age de l'aurochs, etc.) a été aban considérations naturalistes : essent
blance une date approximative à de donné très rapidement le Paléoli iellement la fin de la glaciation et les
tels gisements. thique supérieur se caractérise par changements qui lui sont liés dans la
des industries plus laminaires, par flore et la faune. Seraient, selon cette
des grattoirs au lieu de racloirs, par opinion, paléolithiques les industries
l'abondance des burins, par l'usage se déroulant pendant la glaciation ■ LES CAUSES de l'os, par l'apparition de l'art, etc. seraient « mésolithiques » (ou, à la rDES CHANGEMENTS De même, nul ne songerait depuis igueur, épipaléolithiques) celles qui
bien longtemps à contester que la sont à l'holocène. Cette théorie sur
Une autre particularité des études distinction entre l'Epipaléolithique année, remontant aux balbutiements
sur l'Epipaléolithique (« Mésolithi (« Mésolithique ») et le Néolithique de la Préhistoire vers 1860-1870, ne
que ») est que cette période est la soit dans les activités de l'Homme, tient aucun compte des réalités, et !
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en particulier de la microlithisation rieur, les changements dans les i 1978) a fourni par la même occasion
des armatures de chasse c'est-à- ndustries et, plus avant, dans les une bonne charpente, un cadre qui
est probablement valable pour l'esdire, en définitive, de l'utilisation gé modes de vie, proviennent d'inven
néralisée de l'arc et de la flèche tions et surtout de généralisations de sentiel. Il reste toutefois à l'habiller,
car à peine la moitié des groupes lcomme moyen essentiel de celles-ci, ce qui suppose l'aptitude
chasse, et donc comme base fon de l'ensemble de la population à en ocaux ont été identifiés. Et l'on ne
damentale de toute la vie humaine saisir le mécanisme et à les utiliser. peut évidemment exclure que des
pour ces époques. Il a en effet, été L'arc et la flèche ont certainement été corrections soient nécessaires ici ou
facile de montrer (Rozoy, 1978, inventés plusieurs fois, en particulier là, en fonction des découvertes nouv
dans le Solutréen du Parpallo, pour elles. C'est le cas en particulier des p. 1009-1010) que les armatures de
l'Azilien sont déjà, en grande major ne citer qu'un exemple, mais ce n'est excellents travaux de J.-P. Fagnart
ité, des pointes de flèches et non qu'après le Magdalénien final que (1982, 1991) et de Th. Ducrocq (1987
pas de sagaies (les expériences me l'on assistera à leur persistance et à à 1991) en Picardie, qui ont permis
nées depuis lors, Rozoy, 1993 a, leur généralisation. Ce qui incite à récemment d'identifier et de préciser
confirment vigoureusement qu'il ne penser que le niveau conceptuel la culture de la Somme (Rozoy, 1992,
peut être question, sous peine d'inef moyen s'était, entre-temps, élevé, 1993 b, c) dont il sera question plus
loin. Il doit être possible aussi mainficacité, de mettre des armatures autrement dit, que l'évolution céré
aussi légères sur des sagaies lan brale s'était poursuivie. tenant de préciser les groupes occu
cées avec un propulseur). La chose pant la Bretagne (Kayser, 1989,
est plus évidente encore pour les i 1992). On trouvera ci-après deux
ndustries postérieures, et en particul ■ POUR UNE APPROCHE exemples des problèmes posés par
ier pour l'Ahrensbourgien au Nord ces délimitations et de quelques PLUS ETHNOGRAPHIQUE
(daté du Dryas III, et ayant fourni des techniques d'approche.
arcs et des flèches), comme pour le Les problématiques précédValorguien (remontant à l'Allerôd entes, sous leur aspect principalcomme l'Azilien) au Sud, qui sont ■ LE PROBLEME ement chronologique, présentaient tous deux bien avant la fin de la gla DE L'ARDENNIEN des incidences ethnographiques ciation les Ahrensbourgiens tuaient importantes : hiatus par inhabitabildes rennes dans une toundra avec ité, uniformité universelle ou mo La délimitation et même l'exides flèches armées de microlithes saïque de cultures, unicité ou dualité stence autonome de l'Ardennien que Rahir (1920, 1928) avait considé (Campignien - Tardenoisien), migra ont été contestées (Gob, 1981) et rés comme tardenoisiens, ce qui tions ou continuité culturelle avec nos collègues belges ont, depuis la pour l'époque était parfaitement ra transformation des industries l'une en parution de l'ouvrage « Les derniers isonnable. la suivante, errance sans but ou sta chasseurs », mis au jour ou repris
Une des conséquences particuli bilité territoriale, misérabilisme ou a plusieurs sites (L'Ourlaine, Lausberg,
isance, chasse à la lance ou à l'arc, èrement pernicieuses de cette impro Lausberg-Miny et Pirnay, 1979,
priété est que, après avoir défini le sans parler encore de la nature de la 1982 la station Leduc, Gob, 1985,
Paléolithique comme glaciaire et le nourriture (coquillages ou viande). La etc.) dont l'interprétation pose pro
Mésolithique post-glaciaire, résolution (pour l'essentiel) de ces blème dans le cadre actuel de l'A
on en vient à s'interroger sur les mot problèmes fait que l'Epipaléolithique rdennien. Rappelons que cette cul
ifs de cette transformation, et l'on est maintenant amené au niveau de ture se distingue du Tardenoisien par
conclut doctement que le change compréhension d'ensemble qui est divers caractères, les uns qualitatifs,
sensiblement celui des autres les autres quantitatifs. Le taux d'ament du climat en est la cause Pour
se perdre ensuite en conjectures sur grandes périodes de la Préhistoire. rmatures y est généralement très bas,
Que peut-on (en dehors de quel de l'ordre de 12 à 22 %, contre les mécanismes. Par exemple, on a
dit que l'arc était nécessaire dans la ques détails à revoir, par exemple 50 à 70 % dans le Tardenoisien
forêt « pour tirer entre les branches » sur le Montmorrencien) envisager moyen. Corrélativement, le rapport
maintenant comme directions de r nucléus/armatures y est très élevé (ceux qui écrivent cela n'ont pas ex
périmenté, ils n'ont pas passé des echerche pour mieux connaître cette (70 à 450 nucleus pour 100 armat
période ? La chronologie étant ures, contre 2 à 25 dans le Tardenheures à rechercher leur meilleure
flèche dans les buissons, on retrouve maintenant bien établie, la r oisien). Les outils sur éclats y sont
bien plus facilement une sagaie de echerche de stratigraphies perd de très abondants (25 à 40 %, pour
2,70 m). Il y a là un splendide ra son importance au profit de l'étude 3 à 25 % dans le Tardenoisien), en
isonnement circulaire qui vaudrait des stations de plein-air qui sont particulier les éclats retouchés, et ce,
tout autant dans les sites sur sables d'être cité en exemple dans les cours susceptibles de livrer des informa
de philosophie. Il nous faut, bien au tions sur le mode de vie, tant par (Hergenrath, Marlemont) où l'on ne
chacune d'elles-mêmes que par leur peut croire qu'ils soient accidentels. contraire, remarquer que l'arc et la
Les outils sur lames de la 5e classe flèche apparaissent avant la fin du distribution.
froid (Rozoy, 1 989), on pourrait alors, sont plus abondants que ceux sur l
Les travaux des décennies précé amelles (6e classe) qui l'emportent foselon le même vieil adage post hoc,
dentes ont mis en évidence de très propterea ex hoc, se demander si rtement dans le Tardenoisien.
importantes différences régioc'est l'invention de l'arc qui a provo Qualitativement, le style de débi- nales : au point que l'on a parfois pu qué le réchauffement du climat...
hésiter à identifier certaines séries li- tage n'est pas vraiment celui de
Il est bien évident que, tout thiques, par exemple à Lautereck Coincy, parce qu'il est plus épais, et
comme pour le passage du Paléoli (Taute, 1966). Certes, le travail de il y a beaucoup d'éclats. Les classes
thique moyen au Paléolithique mise en ordre chronologique (Rozoy, d'armatures sont aussi diverses que :
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dans le Tardenoisien, mais les seg • Tard enoisi en ments de cercle n'apparaissent que В Prťřardtno tard ; les triangles scalènes ne comp
ortent jamais de allongés,
mais toujours des scalènes à petit
côté concave, c'est l'inverse dans le
Tardenoisien. Les pointes à tronca
ture ne sont pas plus grandes que
les autres armatures, les pointes à
base transversale ne sont que tard
ivement du style du Tardenois et
comportent des formes spéciales.
Enfin, lors de l'évolution, les trapèzes
typiques et le style de Montbani ne
pénètrent que très marginalement,
ce qui rend difficile la distinction du
stade récent.
Lors de la définition de l'Arden-
nien, on disposait sur le massif ar-
dennais ou à proximité immédiate
(Marlemont, Hergenrath) de 8 sites
plus ou moins utilisables (Les Ma-
zures, Busch Brand, Flônnes 2, La
Roche aux Faucons (pentes et pla
teau), Sougné, Marlemont,
Flônnes 1, Oizy, fig. 6), plus les r
amassages de T. Delville dans la val
lée de la Semois, et d'autres séries
moins importantes que l'auteur
n'avait pu examiner (Laide Fosse,
Belvaux, Septrou, Wegnez), mais Fig. 6 - Tardenoisien, Ardennien et culture de la Somme. La ligne hachurée figure le massif primaire ardennais. Pour les noms des sites, voir Rozoy, 1978 et Rozoy, 1993 b. Les deux traits en tireté au bord de l'Ardenne figurent les dont les caractéristiques connues limites successives de l'Ardennien et du Tardenoisien au stade ancien (la plus au Nord, incluant Roc-la-Tour dans le confirmaient les précédentes. Tous Tardenoisien) et au stade moyen (incluant Marlemont dans l'Ardennien). Par contre la limite postulée près d'Amiens entre La Chaussée Tirancourt et Dreuil est illusoire, comme dit au texte, seule la limite sur l'Oise paraît valable, sous ces sites, à des degrés divers, parta réserve même des hésitations actuelles concernant Nanteuil, Bonneuil et Maurégny. Forêt et gibier étant analogues sur les différents sols, il semble que les archers se soient délimités en fonction des bassins fluviaux les Ardenniens geaient tous les caractères ci-dessus dans celui de la Meuse, la culture de la Somme dans celui de la Somme, et aussi des cours des fleuves l'Oise entre Tardenoisien et culture de la Somme, la Seine entre les Tardenoisiens Nord et Sud. décrits, compte tenu des éclats r
etouchés que certains auteurs ne
considèrent pas comme des outils,
mais qui sont présents en abon
ceux du Tardenoisien, mais nettement région d'un plus grand nombre de sédance dans les caisses de déchets plus élevé que ceux de l'Ardennien (et ries étudiables, et il faudra examiner (La Roche aux Faucons). Aucun ne les séries allemandes voisines : Broc- même plus de 60 % pour Lausberg, pouvait, pour de multiples raisons,
1982, sous réserve de vérification, ce kenberg, etc. être assimilé au Tardenoisien propre taux atteindrait ceux du Tardenoisien ment dit, c'est-à-dire au Tardenoi et semble confirmé par le rapport nu- On ne peut distinguer correctesien du Tardenois (qui cependant cléus/armatures assez bas : 30). En ment des groupes régionaux d'is'étend, avec Roc-la-Tour II, jusque
outre, forte dominance des segments ndustries si l'on ne dispose pour sur le bord de l'Ardenne). Marlemont
de cercle, et une datation vers 7 000 chacun que d'un trop petit nombre était le seul site du Bassin parisien à
avant notre ère, à un moment où les de sites. Et la zone frontière entre présenter ces caractères, formant
autres sites de l'Ardenne n'ont pas de les espaces d'occupation respectifs avec les sites de l'Ardenne un en segments du tout (si ce n'étaient les est le point le plus délicat. En ce qui semble très homogène (fig. 7).
segments, on pourrait rapprocher concerne le Tardenoisien et l'Arden
Telle était du moins la situation l'Ourlaine du groupe d'Arlon, Noël, nien, on sait déjà qu'un certain che
avant la fouille de l'Ourlaine, qui eut 1977 ; Rozoy, 1978, p. 659). Il est vauchement existe, puisque Marle
lieu au moment de la parution des bien évident que ce site (qui n'a mont, dans le Bassin parisien,
« Derniers chasseurs ». Or ce site, loin jusqu'à présent pas été examiné en présente tous les caractères habi
dans le massif ardennais par rapport détail par le présent auteur) pose un tuellement retrouvés sur le massif a
au Bassin parisien, présente un très sérieux problème d'attribution rdennais (Rozoy, 1978, p. 639, et
nombre important de caractères com culturelle et que celui-ci ne pourra fig. 7), tandis que Roc-la-Tour II, sur
muns avec le Tardenoisien, en parti être résolu que par l'inclusion dans un l'Ardenne, est typiquement tardenois
culier le faible nombre des éclats r ensemble beaucoup plus vaste et, ien, au point qu'il a même été pris
etouchés (10 %, Gob, 1981), un fort surtout, mieux fourni. La fouille de la comme gisement-modèle du stade
taux de microburins (200 pour 100 a Roche-à-Fépin (Rozoy, 1990) apporte ancien de cette culture (Rozoy, 1978,
rmatures), un taux d'armatures de une première confirmation, la valeur p. 396). Cette particularité a été ex
40 % environ (compte tenu des éclats prédictive du groupement régional pliquée par l'hypothèse d'un dépla
retouchés et des lamelles cassées (fig. 8) est remarquable, mais il de cement de la frontière entre les deux
meure important de disposer dans la groupes au cours du temps, les Таг- dans l'encoche), plus bas que tous

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