Les scléractiniaires de Moorea. Ile de la Société (Polynésie française). - article ; n°77 ; vol.39, pg 55-75

De
Journal de la Société des océanistes - Année 1983 - Volume 39 - Numéro 77 - Pages 55-75
En mai et juin 1978, des prospections en scaphandre autonome, jusqu'à la profondeur de 45 m ont été conduites sur les pentes externes des récifs- barrières et dans les récifs et lagons de Moorea, archipel de la Société. Au total, 74 Scléractiniaires et 2 Hydrocoralliaires ont été recensés. Psammocora profundacella, Montipora cf. tuberculosa, Pontes lutea et Synaraea convexa vivent aussi bien dans les eaux peu profondes qu'à plus de 40 m, aussi bien en mer ouverte que dans le lagon. Dans celui-ci, les eaux sont riches en particules en suspension et les caractéristiques chimiques sont modifiées en raison d'arrivées d'eau douce insulaires.
Il s'agit d'espèces remarquablement euryèces. Certaines espèces, vivant seulement sur les pentes externes, entre 0 et 20 m, peuvent être qualifiées d' « hydrodynamophiles ». Le genre Echinopora et 12 espèces sont mentionnés pour la première fois dans le Pacifique Central.
In May and June was done a diving research up to 45 m depth in the outer slopes of the wall reef and in the reefs and the lagoon of Moorea, Society Archipelago. All in all there were established 74 Scleractinia and 2 hydrocorals. Psammocora profundacella, Montipora cf. tuberculosa, Pontes lutea and Synaraea convexa were growing in the surface water as well as in more than 40 m depth, in the open ocean as well as in the lagoon, in waters with dense suspensions and angered chemical quality by influence of a river mouth. There are significant euryoecious species. Other species were living on the outer slopes above 20 m only and may be called hydrodynamophile species. The genus Echinopora and in addition 12 other species were ascertained for the first time in the central Pacific.
In den Korallenriffen von Moorea, Gesellschaftsinseln, wurden 1978 tauchertechnische Untersuchungen bis 45 m Tiefe auf den Außenhängen des Wallriffes und in den Lagunenriffen durchgeführt. Insgesamt wurden 74 Scleractinien und 2 Hydrokorallen festgestellt. Psammocora profundacella, Montipora cf. tuberculosa, Porites lutea und Synaraea convexa wuchsen im oberflächennahen Wasser bis in über 40 m Tiefe, im offenen ozeanischen Wasser wie in der Lagune, bei starken Suspensionen und durch Süßwasserzufluß verändertem Chemismus. Sie sind deshalb ökologisch als echte euryöke Arten charakterisiert. Eine Anzahl weiterer Arten wurden nur auf den Außenhängen des Wallriffs oberhalb 20 m Tiefe gefunden und können wahrscheinlich als « hydrodynamophile Arten » angesprochen werden. Die Gattung Echinopora und weitere 12 Scleractinia-Arten sind neu für den Zentralpazifik.
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1983
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Jean-Pierre Chevalier
Dietrich H. H. Kuhlmann
Les scléractiniaires de Moorea. Ile de la Société (Polynésie
française).
In: Journal de la Société des océanistes. N°77, Tome 39, 1983. pp. 55-75.
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Chevalier Jean-Pierre, Kuhlmann Dietrich H. H. Les scléractiniaires de Moorea. Ile de la Société (Polynésie française). In:
Journal de la Société des océanistes. N°77, Tome 39, 1983. pp. 55-75.
doi : 10.3406/jso.1983.2789
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jso_0300-953X_1983_num_39_77_2789Résumé
En mai et juin 1978, des prospections en scaphandre autonome, jusqu'à la profondeur de 45 m ont été
conduites sur les pentes externes des récifs- barrières et dans les récifs et lagons de Moorea, archipel
de la Société. Au total, 74 Scléractiniaires et 2 Hydrocoralliaires ont été recensés. Psammocora
profundacella, Montipora cf. tuberculosa, Pontes lutea et Synaraea convexa vivent aussi bien dans les
eaux peu profondes qu'à plus de 40 m, aussi bien en mer ouverte que dans le lagon. Dans celui-ci, les
eaux sont riches en particules en suspension et les caractéristiques chimiques sont modifiées en raison
d'arrivées d'eau douce insulaires.
Il s'agit d'espèces remarquablement euryèces. Certaines espèces, vivant seulement sur les pentes
externes, entre 0 et 20 m, peuvent être qualifiées d' « hydrodynamophiles ». Le genre Echinopora et 12
espèces sont mentionnés pour la première fois dans le Pacifique Central.
Abstract
In May and June was done a diving research up to 45 m depth in the outer slopes of the wall reef and in
the reefs and the lagoon of Moorea, Society Archipelago. All in all there were established 74
Scleractinia and 2 hydrocorals. Psammocora profundacella, Montipora cf. tuberculosa, Pontes lutea and
Synaraea convexa were growing in the surface water as well as in more than 40 m depth, in the open
ocean as well as in the lagoon, in waters with dense suspensions and angered chemical quality by
influence of a river mouth. There are significant euryoecious species. Other species were living on the
outer slopes above 20 m only and may be called "hydrodynamophile" species. The genus Echinopora
and in addition 12 other species were ascertained for the first time in the central Pacific.
Zusammenfassung
In den Korallenriffen von Moorea, Gesellschaftsinseln, wurden 1978 tauchertechnische Untersuchungen
bis 45 m Tiefe auf den Außenhängen des Wallriffes und in den Lagunenriffen durchgeführt. Insgesamt
wurden 74 Scleractinien und 2 Hydrokorallen festgestellt. Psammocora profundacella, Montipora cf.
tuberculosa, Porites lutea und Synaraea convexa wuchsen im oberflächennahen Wasser bis in über 40
m Tiefe, im offenen ozeanischen Wasser wie in der Lagune, bei starken Suspensionen und durch
Süßwasserzufluß verändertem Chemismus. Sie sind deshalb ökologisch als echte euryöke Arten
charakterisiert. Eine Anzahl weiterer Arten wurden nur auf den Außenhängen des Wallriffs oberhalb 20
m Tiefe gefunden und können wahrscheinlich als « hydrodynamophile Arten » angesprochen werden.
Die Gattung Echinopora und weitere 12 Scleractinia-Arten sind neu für den Zentralpazifik.Les scléractiniaires de Moorea.
île de la Société (Polynésie française)
par
* 3 et Dietrich H. H. KUHLMANN 2 3 Jean-Pierre CHEVALIER (f)
Introduction bien plus grande, les fonds marins environ
nants s'abaissent au moins à — 1 600 m,
Les îles de la Société sont situées dans la atteignant parfois plus de 2 000 m de profon
partie centrale du Sud-Pacifique tropical et se deur, avec une forte déclivité, tout près de
subdivisent en îles occidentales, sous-le-vent, Moorea. Un récif-barrière d'une largeur
et en îles orientales, du vent. Elles sont sou approximative de 100 m s'est développé sur
mises aux alizés dominants de secteur est. Le les flancs de l'île, au fur et à mesure de la
marnage est faible : 40 à 50 cm en moyenne. montée du niveau marin en période post
Toutes les îles polynésiennes possèdent des glaciaire (Chevalier, 1977, p. 286) ; ce récif-
complexes récifaux étendus (à l'exception des barrière entoure totalement l'île mais, au
îles Marquises), mais la faune madréporique nord-est, s'approche si près de la côte qu'il
en est encore mal connue bien qu'il existe devient un récif frangeant sur quelques kilo
quelques ouvrages sur le sujet : Agassiz, mètres.
1903 — Davis, 1918 — Crossland, 1927, Les stations de récolte sont indiquées sur la
1928, 1929, 1931, 1935, 1939 — Hoffmeister, carte de Moorea (Fig. 1). Il n'a pas été pos
1929 — Ranson, 1952 — Deneufbourg, 1971 — sible d'explorer d'une manière exhaustive le
Guilcher et al., 1966, 1968, 1969 — Cheval pourtour de l'île, faute de temps : aussi
ier, 1973, 1977). Il semble, en outre, que les d'autres Scléractiniaires pourront être ult
communautés coralliennes des récifs polynés érieurement découverts dans cette région (voire
iens peuvent varier sensiblement d'île en île. des espèces nouvelles pour la science), au
En mai et juin 1978, l'un des auteurs (Ktihl- cours de futures missions.
mann) a effectué les récoltes sur le terrain, en
plongée au scaphandre autonome, sur les dif
férentes zones géomorphologiques de l'île de Coraux de la barrière récifale.
Moorea (autrefois appelée : Eimeo) — Archi
pel de la Société. Située à 15 km au nord- Une barrière récifale d'une longueur totale
ouest de Tahiti (Fig. 1), cette île d'origine d'environ 50 km entoure l'île de Moorea. Par
volcanique a une superficie de 132 km2. La sa croissance intensive, le Scier actinia forme
côte nord est entaillée par deux baies pro la masse principale du matériel de construc
fondes : la baie d'Opunohu et la baie de tion du récif comme celle du matériel de rem
Cook. Malgré la proximité de l'île voisine, plissage du lagon. En raison des facteurs éco-
1. Institut de Paléontologie, Muséum National d'Histoire Naturelle, 8, rue de Buffon, 75005 Paris.
2. Zoologisches Museum im Museum fur Naturkunde der Humboldt-Universitât zu Berlin, InvalidenstraBe 43,
1040 Berlin, DDR.
3. Centre de l'Environnement de Moorea, Muséum National d'Histoire Naturelle et École Pratique des Hautes
Études en Polynésie française, B.P. 12 Polynésie française. 56 SOCIÉTÉ DES OCÉAN1STES
150* 55' S 150'50'S 150*45'S
17*30'W
17*35'W
Fie 1. — L'île de Moorea et ses récifs coralliens — les stations de prélèvements sont indiquées par un «masque
et tuba ».
logiques particuliers qui s'exercent sur elle, la est/ouest (ou vice-versa) dont la vitesse
faune corallienne de la barrière récifale dif dépasse souvent 0,5 m/s. La houle et les
fère considérablement de celle du lagon. Nous vagues provoquent sur le récif un ressac per
avons étudié sa composition faunistique, et manent de force modérée à violente.
parfois la structure des communautés, en plu Jaubert, Thomassin et Vasseur (1976, p. 300-
sieurs endroits différemment exposés aux 310) ont précédemment décrit le profil du
actions hydrodynamiques. récif. À partir du front récifal et en direction
de la mer, nous distinguons les zones géomor
phologiques ci-après (ce qui correspond à une
1. — Le site de Tiahura. zonation très légèrement modifiée par rapport
à celle des auteurs cités, notamment en ce qui
On appelle récif de Tiahura, une partie du concerne les limites bathymétriques de plu
complexe récifo-lagonaire de Moorea située à sieurs subdivisions, phénomène en relation
la pointe nord-ouest de L'île ; ce rëcif s'étend avec la répartition des peuplements coral
du motu « Tiahura », à l'ouest, jusqu'à la liens) (Fig. 2) :
passe « Taotoi », à l'est, sur environ 1,5 km
— crête algale : de 0 à —0,5 m. de longueur. Un lagon de faible profondeur,
— glacis supérieur : de — 0,5 à — 6 m. et d'une largeur moyenne de 800 m, au centre
duquel se trouve un chenal profond de 5 à correspondant à une plateforme rainu-
rée : de — là — 6 m. 8 m, sépare un récif frangeant, en amont,
— zone à contreforts et vallons : de —6 à d'un récif-barrière, en aval. L'orientation
— 15 m. nord-ouest de ce récif le protège des vents
— cuvettes sableuses : à — 15, — 16 m. alizés mais non pas de la houle qui bat les
— zone à éperons et sillons : de — 16 à flancs nord-ouest ou nord-est du front récifal.
Suivant la direction du vent, il se forme à — 35 m.
— glacis inférieur : de — 27 à — 40 m. l'extérieur du récif de Tiahura un courant ■
DE L'ÎLE DE MOOREA 57 CORAUX
7^?zSiig?^ ^ fi r'-^i
Fig. récif, sable, 2. — b g Bloc-diagramme — crête système algale, inférieur c de — la sillons des pente éperons, d'érosion, externe h — du d pré-récif. récif — pente de Tiahura, douce, e avec — système ses différents supérieur habitats, des éperons, a — plateau f — lit de
Pocillopora verrucosa (Ellis et Solander, 1.1. — La crête algale.
1786) woodjonesi Vaughan, 1918 Une crête algale peu développée, d'une lar
Acropora abrotanoides (Lamarck, 1816) geur de 6 à 8 m, prolonge le platier compact humilis (Dana, 1846) fronto-récifal subémergeant sur près de 100 hyacinthus (Dana, 1846) m, en direction de la pente externe. Cette Acropora rotumana (Gardiner, 1898) crête présente une structure irrégulière, due à Montipora spumosa (Lamarck, 1816)
de nombreuses cavités. Elle est immergée sous cf. venosa (Ehrenberg, 1834)
0,2 à 0,5 m d'eau, à mi-marée. Les algues Porites lobata Dana, 1846
calcaires (Lithothamniées) y sont fortement Leptastrea purpurea Dana, 1846
Millepora platyphylla Ehrenberg, 1834 prédominantes et l'ont bâtie pour l'essentiel ;
toutefois, le taux de recouvrement des Sclé-
Un certain nombre de colonies de coraux ractiniaires avoisine 20 % et l'on relève les
situées entre 1 et 4 m de profondeur sont dominances suivantes :
endommagées, voire rasées, en quelques
Pocillopora brevicornis setchelli Hoffmeis- points, suite à des mouvements d'eau trop
ter, 1929 6 % brusques et à des transports de sédiments damicornis Linné, 1758 3 % (Fig. 3). Le taux de recouvrement passe proPocillopora elegans meandrina Dana, 1846 1 °7o gressivement de 1 à 5 % jusqu'à la profonAcropora humilis (Dana, 1846) 6 % deur de — 4 m, pour croître ensuite de façon samoensis (Brook, 1891) 1 °7o
brusque et atteindre successivement les valeurs hyacinthus (Dana, 1846) 3 %
de 10 % à — 5 m, et de 20 °7o à — 6, — 7 m.
Toutes les colonies de la crête algale pos Cette zone de transit vers les contreforts et
sèdent une forme compacte, « tassée », par vallons a une largeur d'environ 20 à 40 m.
laquelle elles s'adaptent fort bien à la surface
du substrat. Ainsi le ressac, même très vio 1.3. — La plate-forme rainurée.
lent, ne peut les arracher facilement.
Des sillons d'érosion de 10 à 50 m de lon
gueur, orientés perpendiculairement à la côte, 1.2. — Le glacis supérieur.
coupent le glacis supérieur du bord de la
Vers l'extérieur, la crête algale se prolonge pente externe (dans 1 m d'eau) jusqu'à une
par une pente douce (légère inclinaison de profondeur de 4 à 6 m ; leur profondeur va
10°), jusqu'à une profondeur de —5 à rie ainsi de 1 à 6 m. Leur existence résulte
— 7 m. Très souvent soumise aux mouve sans doute à la fois de la marée et des trans
ments de la houle et des vagues, elle se pré ports de galets et de sédiments. Ce processus
sente sous forme d'un glacis soit nu, soit se poursuit actuellement, comme le prouvent
recouvert d'une mince couche sableuse. Le de nombreux restes de rochers et de coraux
degré de recouvrement par les coraux est infé sur le fond des sillons ; la plupart de leurs
rieur à 1 °/o sur les premiers mètres de la parois sont abruptes et crêtées, ou irrégulièr
pente (0,5 % à — 2,5 m), mais les espèces ement déchiquetées. Bien que les organismes
sessiles éprouvent quelques difficultés à peu- sont relativement nombreuses : 58 SOCIÉTÉ DES OCÉAN1STES
Fie 3. — Éléments caractéristiques des assemblages coralliens dans les eaux calmes du récif-barrière de Tiahura :
En haut Pocillopora cf. woodjonesi Vaughan, partiellement détruit par abrasion. À gauche Acropora hyacinthus
(Dana), au centre un petit Montastrea curta (Dana) et Acropora rotumana (Gardiner).
pier le fond des sillons, en raison de la pré Acropora rotumana (Gaardiner, 1898) valida (Dana, 1846) sence d'éboulis en mouvement permanent, les
Montipora cf. venosa (Ehrenberg, 1834) parois sont peuplées (au moins par endroits),
Pavona maldivensis (Gardiner, 1905) avec de plus fortes densités de peuplement en varions Verrill, 1864 haut qu'en bas, et sur les endroits déchiquetés Fungia scutaria Lamarck, 1801 que sur les substrats lisses et abrupts. Jau- Porites australiensis Vaughan, 1918 bert, Thomassin et Vasseur (1976, p. 306) ont lobata (Dana, 1846) relevé en ce lieu la présence d'organismes ses- Porites lutea Edwards et Haime, 1851
siles parmi lesquels nous citerons Melobesia, Echinopora cf. lamellosa (Esper, 1795)
Didemnida, Hydrozoaires (ces derniers ont été Leptastrea purpurea (Dana, 1846)
étudiés plus en détails par Vervoort et Vastransversa Klunzinger, 1879
Montastrea curta (Dana, 1846) seur, 1977), Bryozoaires, Leucetta, Disticho-
Balanophyllia sp. pora violacea Pallas, Scléractiniaires, une
Millepora platyphylla Ehrenberg, 1834 Dendrophyllide, Balanophyllia et les espèces
Distichopora violacea Pallas, 1766 ci-après :
Le taux de recouvrement par les ScléractiPsammocora contigua (Esper, 1797) *
niaires est encore ici de l'ordre de 5 °ïo. En profundacella Gardiner,
outre, signalons la présence de l'oursin Echi- 1898 *
nostrephus aciculatus Agassiz, dans les cavités Pocillopora verrucosa (Ellis et Solander,
1786) * de grandeur adéquate à l'intérieur des colo
Acropora cf. diversa (Brook, 1891) * nies de Porites sp. humilis digitifera (Dana, 1846) * scherzeriana Bruegge- 1.4. — La zone à contreforts et vallons.
mann, 1878 *
À partir de 5 à 7 m de profondeur, la platAcropora hyacinthus (Dana, 1846) *
eforme rainurée se prolonge jusqu'à la proAcropora quelchi (Brook, 1893) *
fondeur de 16 m en structures oblongues, robusta decipiens (Brook, 1892) * rosaria (Dana, 1846) * orientées perpendiculairement au récif-bar- DE L'ÎLE DE MOOREA 59 CORAUX
rière, en forme de langues d'une longueur de Favia sp.
60 à plus de 100 m et d'une largeur de 10 à Leptastrea purpurea (Dana, 1846)
Leptastrea transversa Klunzinger, 1879 30 m, mesurant 2 à 4 m de hauteur, que l'on
Montastrea curt a (Dana, 1846) appelle des contreforts ; entre ceux-ci sont
Lobophyllia hemprichi (Ehrenberg, 1834) intercalés des vallons. Les deux structures
Millepora platyphylla Ehrenberg, 1834 prennent leur origine à partir de la plate-forme Distichopora violacea Pallas, 1766 rainurée, mais les vallons ont un angle d'incl
inaison (30 à 35°) supérieur à celui des contre La densité de population de coraux la plus forts (15 à 25°). Cependant, les flancs de ces élevée se trouve à une profondeur approximat
derniers ont la plus grande inclinaison ive de 10 à 13 m, avec un recouvrement moyenne de 45 à 60° et forment même par moyen de 80 %. Celui-ci n'est que de 65 %
endroits de petites saillies. À ces niveaux, on sur les pentes des vallons, à la même profon
trouve des grottes atteignant une hauteur de deur, ce qui démontre l'effet stimulant
1 m et, plus rarement, des tunnels pouvant qu'exercent sur la croissance des coraux les
atteindre jusqu'à 6 m de long. Alors que les turbulences d'eau plus fortes au-dessus des vallons passent peu à peu, à partir de — 11, contreforts.
— 12 m, vers un fond sableux, peuplé seul Le lit sableux situé à une profondeur de
ement de façon clairsemée par des colonies de — 15 — 16 m sépare le système « contreforts
coraux vivants et partiellement recouvert et vallons » du système « éperons et sillons ».
d'éboulis, les contreforts portent un peuple Il présente peu ou pas de populations madré-
ment dense de coraux jusqu'à leur limite poriques vivantes.
bathymétrique inférieure. Ce sont :
Psammocora profundacella Gardiner, 1.5. — La zone à éperons et sillons.
1898
La zone à éperons et sillons ressemble à la Pocillopora elegans Dana, 1846 8%
zone à contreforts et vallons quant à sa verrucosa (Ellis et Solander,
12 <% forme et son orientation, mais elle s'en distin1786)
Acropora cf. diversa (Brook, 1891) 1 % gue par la taille des saillants et des rentrants humilis digitifera (Dana, 1846) 2% et par le fait qu'il ne s'agit pas cette fois des samoensis (Brook, 1891) 1 % prolongements vers le bas du glacis supérieur
Acropora hyacinthus (Dana, 1846) 3 % compact et légèrement incliné : ces structures mangarevensis Vaughan, 1906 reposent librement sur la pente. D'une part, microphthalma (Verrill, 1869) leur longueur (de 80 à 120 m) est un peu Acropora nasuta (Dana, 1846)
supérieure à celle des contreforts et des valcf. nobilis (Dana, 1846) 1 %
lons, leur inclinaison (d'environ 40°) étant quelchi (Brook, 1893) 7 %
également un peu plus forte. D'autre part, les Acropora robusta decipiens (Brook, 1892) 10% rotumana (Gardiner, 1898) 4% hauteurs et les largeurs des deux séries de fosyringodes (Brook, 1892) 1 % rmations sont du même ordre de grandeur
5 % Acropora valida (Dana, 1846) dans les deux cas. La zone à éperons-sillons
Astreopora myriophthalma (Lamarck, 1816) se trouve à une profondeur comprise entre 16 Montipora erythraea Marenzeller, 1906 et 35 m. foveolata (Dana, 1846) En ce qui concerne les peuplements de cf. tuberculosa (Lamarck, 1816) 1 9b coraux, les deux zones présentent non seulMontipora cf. venosa (Ehrenberg, 1834) .1 9o
ement les mêmes espèces, mais aussi le même verrilli Vaughan, 1907
taux de recouvrement, soit 60 °/o, jusqu'à la Gardineroseris planulata (Dana, 1846)
profondeur de 20 m. Plus bas, la densité de Pavona clavus (Dana, 1846)
1 9b population des coraux vivants diminue brusPayona maidivensis (Gardiner, 1905)
Pavona varions Verrill, 1864 .2% quement jusqu'à une valeur de 10 °/o. Notons * Fungia concinna 1864 les espèces suivantes : * scutaria Lamarck, 1801
* Herpolitha Umax (Houttuyn, 1772) Pocillopora verrucosa Ellis et Solander,
* stricta (Dana, 1846) 1786
Parahalomitra robusta (Quelch, 1886) Acropora valida (Dana, 1846)
Napopora irregularis Quelch, 1886 1 9b Astreopora myriophthalma (Lamarck, 1816)
Po rites australiensis Vaughan, 1918 1 9b Montipora cf. tuberculosa
Porites lobata Dana, 1846 2% verrilli Vaughan, 1907 lutea Edwards et Haime, 1851 1 9b Leptoseris mycetoseroides Wells, 1954
Synaraea convexa Verrill, 1864 3 9b Pachyseris speciosa (Dana, 1846)
Favia stelligera (Dana, 1846) Pavona maidivensis (Gardiner, 1905) 60 SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES
* Pavona varions Verrill, 1864 nue ; ils sont recouvert exclusivement par des
Fungia concinna 1864 sables. paumotensis Stutchbury, 1833
Fungia scutaria Lamarck, 1801
2. — La pointe Aroa. Herpolitha Umax (Houttuyn, 1772)
Parahalomitra robusta (Quelch, 1886) La côte nord-ouest de l'île de Moorea est Napopora irregularis Quelch, 1886 2% une exception physiographique : le lagon se Pontes lutea Edwards et Haime, 1851 1 %
rétrécit, puis disparaît complètement, là où le Synaraea convexa Verrill, 1864 1 %
* récif -barrière, réuni à la côte, devient un récif Favia stelligera (Dana, 1846)
* d'îlot (Fig. 1). Cette partie, appelée sur les Montastrea curta (Dana, 1846)
Acanthastrea echinata (Dana, 1846) cartes marines « pointe Aroa », se trouve
sous l'influence d'un hydrodynamisme violent
On y trouve plus fréquemment des colonies produit conjointement par l'alizé de secteur
de coraux morts (taux de recouvrement de nord-est et la houle.
20 °7o). Tandis que la plupart des contreforts À partir d'une profondeur de 15 m il y a,
et des vallons disparaissent assez brusquement ici également, des éperons et des sillons de
dans les sédiments de la dépression sous- récif d'environ 100 m de long, de 3 à 4 m de
contrefort, les éperons pour leur part réappar haut et de 20 à 50 m de large. Certains pré
aissent par places, sur le glacis inférieur, sentent en leur milieu, et à la profondeur de
sous forme de petits massifs calcaires isolés. — 15 m, des dépressions oblongues grossièr
On peut également trouver à cet endroit des ement parallèles au front récif al, appelées :
roches tombées du récif. Comparativement à lacunes transversales aux éperons ; elles sont
la zone des contreforts, on est là en présence jonchées de débris de coraux et de galets
d'une faune corallienne légèrement modifiée. grossiers. Les éperons se terminent à une pro
fondeur de 32 à 35 m. Cette zone comprend
les espèces suivantes : 1.6. — Le glacis inférieur.
Pocillopora cf. verrucosa (Ellis et Solander,
Les petits massifs madréporiques saillant du 1786)
sable au-delà de la dépression sous-éperon, ou Acropora exilis (Brook, 1892)
les roches calcaires se trouvant sur le sable, Astreopora myriophthalma (Lamarck, 1816)
Montipora composita Crossland, 1952 forment un passage graduel au glacis infécf. minuta Bernard, 1897 rieur. Celui-ci se termine à une profondeur de verrilli Vaughan, 1907 43 à 45 m, en une pente caillouteuse. Des
Gardineroseris planulata (Dana, 1846) colonies partiellement vivantes y croissent sur Leptoseris incrustons (Quelch, 1886) un substrat mort de roches coralliennes. Le mycetoseroides Wells, 1954 taux de recouvrement par les galets est de 10 Pachyseris speciosa (Dana, 1846)
à 15 % et celui des Scléractiniaires vivants Pavona maldivensis (Gardiner, 1905)
inférieur à 1 % ; ce sont : varions Verrill, 1864
Fungia concinna 1864 Stylocoeniella guentheri Bassett-Smith, 1890 * repanda Dana, 1846 Psammocora profundacella Gardiner, 1898 *
Herpolitha Umax (Houttuyn, 1772) Pocillopora cf. solida Quelch, 1886 * stricta (Dana, 1846) verrucosa (Ellis et Solander, Parahalomitra robusta (Quelch, 1886) 1786) *
Napopora irregularis Quelch, 1886 Acropora granulosa (Edwards et Haime, Porites australiensis Vaughan, 1918 1860) * lobata Dana, 1846 valida (Dana, 1846) *
Synaraea convexa Verrill, 1864 Astreopora myriophthalma (Lamarck, 1816) *
Favia stelligera (Dana, 1846) Montipora composita Crossland, 1952 •
Leptastrea transversa Klunzinger, 1879 verrucosa (Lamarck, 1816) * Montastrea curta (Dana, 1846) * Pavona varions Verrill, 1864 * Acanthastrea echinata (Dana, 1846) * Porites australiensis Vaughan, 1918 ♦ Lobophyllia hemprichi (Ehrenberg, 1834) * sp. *
Cyphastrea serailia (Forskal, 1775) *
Comme sur la pente externe de Tiahura, Leptastrea purpurea (Dana, 1846) *
des blocs calcaires isolés saillant du sable Montastrea curta (Dana, 1846) *
assurent la transition vers un champ caillouAcanthastrea echinata (Dana, 1846) *
teux, sur le glacis inférieur.
À partir de la profondeur de 45 m, les Jusqu'à 25 m de profondeur, les éperons
fonds présentent une forte inclinaison sont recouverts de denses populations de CORAUX DE L'ÎLE DE MOOREA 61
coraux, dont le taux de recouvrement s'élève étudiés à différents endroits dans des condi
tout d'abord à 80 °/o, puis diminue progress tions écologiques variées.
ivement le long de la pente ; ceci est dû aux
mouvements d'eau plus forts dans cette
1. — Le secteur de Hauru. région, par rapport à Tiahûra, phénomène
qui réduit considérablement la sédimentation Derrière le récif Hauru, situé sur la côte
des particules fines. nord-ouest de Moorea, le lagon présente des
caractéristiques différentes de celui situé der
3. — La pointe Faaupo. rière le récif de Tiahura : il est plus large
(plus de 1 000 m) et le chenal qui le traverse
Le récif d'îlot d'Aroa s'achève à l'est par n'a pas de contours aussi nets. La raison en
la pointe Faaupo. Le fond présente ici une est que le courant y est plus modéré, puisqu'il
légère inclinaison aux profondeurs comprises est provoqué par des vents venant surtout de
entre 13 et 16 m. On y relève surtout la pré l'ouest ; il en résulte un secteur de lagon pro
sence d'Acropores : ils forment des haies tégé par les îles et le récif du flanc nord-
denses qui atteignent, avec les autres coraux, ouest. Toutefois, le ressac peut avoir une très
un taux de recouvrement global de 50 %. Ce grande force, ce que prouvent de nombreuses
sont : colonies d'Acropores en forme de table, effri
tées et renversées. Ainsi, ce lagon présente Psammocora profundacella Gardiner, 1898 *
fréquemment sur le fond un étalage uniforme Pocillopora cf. woodjonesi Vaughan, 1918 2
Acropora cf. diversa (Brook, 1891) * de coraux brisés et de matériaux bioclastiques humilis (Dana, 1846) 15 (Chevalier, 1977, p. 284). L'eau arrivant avec quelchi (Brook, 1893) * les lames déferlantes s'écoule plus ou moins
Acropora robusta (Dana, 1846) 18 régulièrement vers l'arrière pour ressortir par decipiens (Brook, 1892) 5 la passe « Taota », environ 5 km à l'est. Ce rotumana (Gardiner, 1898) 5 mouvement est de sens contraire à celui proAcropora syringodes (Brook, 1892) voqué par le vent de secteur sud-ouest, de valida (Dana, 1846)
sorte que les eaux de toute la région sont souMontipora cf. tuberculosa (Lamarck, 1816)
mises à une agitation permanente, régulière, Pavona varions Verrill, 1864
et les suspensions fines sont entraînées. Napopora irregularis Quelch, 1886
Leptastrea purpurea (Dana, 1846) Ceci explique que les blocs coralliens mont
Plesiastrea versipora Lamarck, 1816 rent une répartition plus diffuse dans les
eaux claires que, par exemple, dans le lagon
On trouve également dans ce secteur un de Tiahura ; mais ceci n'exclut cependant pas
important herbier d'Halimeda, aux thalles l'augmentation de leur taux de recouvrement
très grands et très denses. À cette extrémité en direction de la mer. On relève les espèces
orientale, le récif d'îlot est soumis à des mou ci-après :
vements d'eau très violents, dûs à la houle et
Psammocora profundacella Gardiner, 1898 * aux alizés. On a pu mesurer un courant d'eau
Pocillopora brevicornis Lamarck, 1816 * de 70 cm/s à la profondeur de 10 m, lonverrucosa (Ellis et Solander, geant la côte vers le nord, le 26 juin 1978 1786) • (jour sans vent, au cours duquel les plongeurs Acropora corymbosa (Lamarck, 1816) ♦ ont travaillé sur la pente externe) ; sa vitesse humilis (Dana, 1846) ♦
était encore de 50 cm/s, un peu au-dessus du pulchra (Brook, 1891) ♦
fond à la profondeur de 14 m. On peut fac Acropora quelchi 1893) *
ilement imaginer que, les jours de grand vent, Montipora cf. australiensis Bernard, 1897 ♦
le courant d'eau est beaucoup plus fort. Étant erythraea Marenzeller, 1906 * spumosa (Lamarck, 1816) * donné que les suspensions fines et les séd
Montipora cf. tuberculosa (Lamarck, 1816) ♦ iments sont ainsi immédiatement éloignés, les
Montipora verrucosa 1816) ♦ eaux sont très transparentes et la visibilité sur
Gardineroseris planulata (Dana, 1846) * le fond était encore de 30 m. Pavona cactus (Forskal, 1775) * varions Verrill, 1864 *
Fungia concinna 1864 ♦ Coraux du lagon. paumotensis Stutchbury, 1833 ♦
Fungia repanda Dana, 1846 *
Les coraux du lagon sont surtout des Napopora irregularis Quelch, 1886 ♦
formes d'eau calme pouvant supporter un Porites australiensis Vaughan, 1918 ♦
degré de suspensions fines très élevé. On les a Pontes lobata Dana, 1846 ♦ SOCIÉTÉ DES OCÉANISTES 62
Fie 4. — Pontes australiensis Vaughan, dans les eaux calmes et claires du lagon, derrière le récif-barrière de Hauru.
Synaraea convexa Verrill, 1864 glaciaires du niveau de la mer et de plusieurs
Leptastrea purpurea (Dana, 1846) oscillations de l'île (Chevalier, 1977, p. 284). transversa Klunzinger, 1879 Ainsi, l'ancien récif-barrière a été rattaché à
Montastrea curta (Dana, 1846) l 'île-mère pour devenir un récif frangeant. La
Acanthastrea echinata (Dana, 1846) pointe « Faaupo », le point le plus à l'est de Millepora platyphylla Ehrenberg, 1834 Moorea, fait également partie de cette
ancienne formation qui date d'environ 1 300
On peut retrouver, à environ 100 à 150 m à 2 300 ans et qui se caractérise par de nomb
de la crête algale, une densité de coraux telle reuses inclusions de coraux (Chevalier, 1977,
que les colonies aussi bien mortes que v p. 286). Un peu plus au sud, le lagon qui
ivantes (d'espèces différentes pour la plupart) s'étend tout autour de l'île réapparaît et
s'anastomosent par endroits en petites plat s'élargit aussitôt. Dans cette région de transi
eformes ou en un récif compact plus important tion du récif d'îlot au récif-barrière, le littoral
(Fig. 4). À cet endroit, les eaux étaient calmes présente la zonation suivante :
et claires avec une visibilité d'environ 15 m à
1. — Sur la rive apparaissent encore les une profondeur comprise entre 1 et 1,5 m, le
conglomérats récif aux anciens, culminant à matin du 16 mai 1978.
environ 60 à 70 cm au-dessus du niveau de la
mer. Leur partie émergée est peuplée de Lit-
torina coccinea (Gmelin), tandis que la partie 2. — Le secteur de Faaupo.
intertidale est peuplée de Nerita plicata Linné.
Sur le flanc nord-est de Moorea, le lagon 2. — La partie la plus interne du lagon est
n'est plus qu'un étroit chenal d'embarcation un chenal d'embarcation de 4 à 5 m de large, disparaissant même le long du récif d'îlot, et résultant des masses d'eau arrivant par le un lac résiduel : le lac « Temae ». Il s'agit récif -barrière, ainsi que du reflux et de l'écou-. aujourd'hui d'une région essentiellement ter lement vers le sud. Son fond ( — 1,5 m) est restre, résultat de la formation de couches recouvert de sable grossier et de galets. d'alluvions et de la consolidation ultérieure de
3. — Les petits massifs d'Acropora hyacin- coraux cassés et de matériaux bioclastiques, le
tout accompagné d'abaissements thus (la plupart morts) et les blocs de Porites

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