Les « scriptores » de la chancellerie apostolique sous le pontificat de Boniface VIII (1295-1303). - article ; n°1 ; vol.128, pg 115-187

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Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1970 - Volume 128 - Numéro 1 - Pages 115-187
73 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1970
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Bernard Barbiche
Les « scriptores » de la chancellerie apostolique sous le
pontificat de Boniface VIII (1295-1303).
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1970, tome 128, livraison 1. pp. 115-187.
Résumé
Bernard Barbiche, Les « scríptores » de la chancellerie apostolique sous le pontificat de Boniface VIII (1295-1303). —
Bibliothèque de l'École des chartes, t. CXXVIII (1970), p. 114-187.
Cet article est fondé d'une part sur les mentions hors de la teneur relevées sur près de 700 bulles originales de Boniface VIII et
d'autre part sur les registres pontificaux de la fin du ХШе et du début du XIVe siècle. Ces deux sources complémentaires
permettent de dresser la liste de quatre-vingt-dix scriptores dont l'activité à la chancellerie apostolique est attestée entre 1295 et
1303 et d'apporter des précisions nouvelles sur leur personnalité, leur carrière et leurs attributions. Sous Boniface VIII, l'effectif
moyen du collège des scribes ne dépasse pas la cinquantaine. La majorité de ces officiers sont originaires de l'Italie centrale et
plus spécialement du Latium. Quelques-uns d'entre eux cumulent leur charge avec d'autres emplois à la chancellerie ou à la
Chambre apostolique, et certains sont investis de missions diverses à l'extérieur de la curie. La fonction de scribe à la fin du ХШе
siècle était considérée comme très honorable ; il ne s'agissait pas toutefois d'un office de tout premier plan. Un petit nombre de
scribes, jouissant de la pleine confiance du vice-chancelier et des notaires, assuraient la distribution des lettres à grossoyer et la
taxation des grosses. Dans ce domaine, la pratique semble avoir été plus souple que ne le laissent entrevoir les constitutions de
la chancellerie.
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Barbiche Bernard. Les « scriptores » de la chancellerie apostolique sous le pontificat de Boniface VIII (1295-1303). In:
Bibliothèque de l'école des chartes. 1970, tome 128, livraison 1. pp. 115-187.
doi : 10.3406/bec.1970.449860
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1970_num_128_1_449860« SCRIPTURES » LES
DE LA CHANCELLERIE APOSTOLIQUE
SOUS LE PONTIFICAT DE BONIFACE V1II
(1295-1303)
par Bernard BARBICHE
Le regretté Robert Fawtier, à qui est revenue la tâche de
mener à son terme l'édition des Registres de Boniface VIII1,
a publié en 1939, dans le tome IV de ce recueil, une longue
introduction dans laquelle il étudie l'organisation et le
fonctionnement de la chancellerie apostolique à la fin du
хше siècle2. L'une des parties les plus neuves de ce travail
est sans doute celle qui est consacrée au personnel de la
chancellerie, et notamment aux scriptores, dont la tâche es
sentielle consistait à grossoyer, sous l'autorité du vicé-
chancelier et des notaires, les minutes des lettres pontifi
cales 3. L'auteur a notamment dressé une précieuse liste
des scribes en exercice sous Boniface VIII, dont les él
éments lui ont été fournis non seulement par les registres
1. Les registres de Boniface VIII, éd. Georges Digard, Maurice Faucon,
Antoine Thomas, Robert Fawtier. Paris, 1884-1939, 4 vol. in-4° [Bibliothèque
des Écoles françaises d'Athènes et de Rome).
2. Sur la chancellerie apostolique au хше siècle, voir principalement,
outre l'Introduction de R. Fawtier, les ouvrages de Michael Tangl, Die pàpstli-
chen Kanzleiordnungen von 1200 bis 1500, Innsbruck, 1894 ; Harry Bresslau,
Handbuch der Urkundenlehre fur Deutschland und Italien, 2 e éd., Leipzig,
1912-1931, 2 vol. in-8° ; et surtout Peter Herde, Béitràge zum pàpstlichen
Kanzlei- und Vrkundenwesen im dreizehnten Jahrhundert, 2e éd., Kallmunz,
1967 (Muňchener hisiorische Studien, Abt. geschibhil. Hilfswissenschaften, he-
rausgegeben von Peter Acht, I).
3. R. Fawtier, Introduction, p. xvi-xxvin. 116 BERNARD BARBICHE
de ce pape, mais encore — et surtout — par ses actes or
iginaux 1.
On sait que la plupart des bulles pontificales, à partir
du xnie siècle, portent sur leur repli le nom abrégé du scribe
qui en a assuré l'exécution. Ce sont ces mentions que Fâw-
tier a rassemblées et mises en œuvre pour dresser son cata
logue, dont l'intérêt et l'originalité résident dans l'ampleur
des dépouillements sur lesquels il est fondé : l'auteur a per
sonnellement examiné 349 actes conservés aux Archives
nationales et à la Bibliothèque nationale de Paris, au Public
Record Office et au British Museum de Londres, aux Ar
chives du Vatican. Il a utilisé en outre le fichier constitué
au début de ce siècle par Mgr Paul-M. Baumgarten et donné
par lui en 1923 à l'École de paléographie et de diplomatique
du Vatican 2, ainsi que les travaux d'Eugène Déprez 3 et
de don Gelasio Caetani4, ce qui porte à 548 le nombre des
documents qu'il a pu étudier directement ou indirectement 5.
Les données ainsi recueillies par Fawtier lui ont permis de
dresser une liste de quelque 120 scribes comportant les
dates et les références des actes sur le repli desquels leur
nom apparaît.
Force est de constater, malheureusement, que ce réper
toire renferme un assez grand nombre d'erreurs portant aussi
bien sur les dates et les cotes des documents cités que sur les
signatures mêmes des scribes. On en trouve presque toujours
1. R. Fawtier, Introduction, p. xx-xxvr.
2. Ce fichier est en cours d'édition par les soins des Archives du Vatican.
Il comprendra quatre volumes dont les deux premiers seulement, couvrant
la période 1198-1304, ont paru : Schedario Baumgarten. Descrizione diploma-
tica di bolle e brevi originali da Innocenzo III a Pio IX, reproduction anas-
tatique avec une introduction et des tables par Giulio Battelli, t. I- II, Città del
Vaticano, 1965-1966, 2 vol. gr. in-8°. Sur cette publication et l'intérêt qu'elle
présente pour les recherches de diplomatique pontificale, voir Germano Gualdo,
Lo « Schedario Baumgarten » e gli studi di diplomatica pontificia, dans Bivista
distoria délia Chiesa in Italia, t. XX (1966), p. 71-81.
3. Eugène Déprez, Becueil des documents pontificaux conservés dans diverses
archives d'Italie (XIIIe et XIVe siècles), dans Quellen und Forschungen aus
italienischen Archiven und Biblioiheken, t. III (1900), p. 103-128 et 255-307.
4. On doit à don Gelasio Caetani la publication des documents de l'Archivio
Caetani, conservé à Rome. Les actes de Boniface VIII sont édités dans le
tome Ier de ce recueil : Règesta chartarum. Regesto délie pergamene delVAr-
chivio Caetani, t. I, Pérouse, 1922, in-fol. (Documenti delV Archivio Caetani).
5. R. Fawtier, Introduction, p. xxxvin. LES « SCRIPTORES )) SOUS BONIFACE VIII 117
la source dans des lectures inexactes, soit que Fawtier ait
mal déchiffré les signatures sur le repli des actes qu'il
a examinés lui-même, soit qu'il ait mal interprété les indica
tions portées sur ses fiches par Mgr Baumgarten, ou r
eproduit les erreurs de ce dernier1.
Considérées chacune isolément, ces erreurs peuvent être
tenues pour négligeables. Mais leur accumulation a faussé
les conclusions que l'on a tirées de la liste de Fawtier2.
D'autre part, les renseignements biographiques complé
mentaires que ce dernier a puisés dans les registres de Boni-
face VIII sont décevants : cinq scribes seulement ont pu
être reconnus avec certitude, grâce au titre de scriptor pape
qui accompagne leur nom dans les actes qui les concernent3.
Dans une douzaine d'autres cas, l'auteur suggère des iden
tifications avec des personnages dont les noms présentent
des similitudes avec les signatures relevées sur le repli des
actes. Mais, outre que certaines de ces identifications ne
1. Ces confusions sont particulièrement regrettables lorsqu'elles ont amené
l'auteur à faire apparaître des signatures de scribes qui n'ont jamais existé.
C'est ainsi qu'il convient de supprimer de sa liste les noms suivants : Angélus
Bon. (mauvaise lecture pour Angélus Rom.) ; Sonifacius et Bonunfacius (Bo-
nusannus) ; C. de Selia (G. de Setia) ; F. B. (F. B.) ; G. Sept. {G. Sept., le même
que G. Septem) ; G. Ser. (O. Ser.) ; J. de MUrro (T. de Murro) ; J. P. et /. Per.
(T. Per.) ; Jac. Bar., Jac. Bonel, Jac. Bune. (Jac. Bocc. ou Bocl.) ; Jac. de
Trebis (Jo. de Trebis) ; Jo. Cane, et Jo. Chut. {Jo. Zone.) ; Jo. M. et Jo. N.
(Jo. Ni.) ; Jo. Pom. (Jo. Pon.) ; Jo. Romanuccii (A. Bomanucii) ; Le. Th. (Jac.
Adi.) ; N. Lucen. (N. Luce) ; О. Gui. (O. Ser.) ; P. Gazude se. (P. Gazii de Set.) ;
P. Bocc. (P. Reat.) ; Sy. J. (Sy. T.) ; T. P. (T. Per.) ; pro Zato de Senh (P. Gatii
de Set.). Il faut en outre supprimer J. de Anton, (sic pour Ancon.), qui n'est
pas un scribe mais un procureur dont le nom apparaît au dos d'un acte, et lire
F. Atin. au lieu de f. acm., J. Laur. au lieu de Jac. Laur., Jo. Zanc. au lieu de
Jo. Zanne et P. de Caf. au lieu de P. de Cas. Signalons enfin qu'il y a dans la
liste de Fawtier plusieurs erreurs de dates et que les références concernant les
Archives d'État de Cologne renvoient en fait à des documents conservés aux de Coblence.
2. Ainsi, M. Bernard Guillemain, se fondant sur le travail de Fawtier,
estime à 77 pour la période 1295-1298 et à 62 au minimum pour 1299-1303 le
nombre des scribes qui ont été en exercice dans le même temps (cf. B. Guil
lemain, Le personnel de la cour de Clément V, dans Mélanges d'archéologie
et d'histoire publiés par l'École française de Rome, t. LXIII (1951), p. 145, 149 ;
et, du même, La cour pontificale d' Avignon, Paris, 1962, p. 65). Ces chiffres
sont nettement trop élevés, comme on le verra plus loin (cf. ci-dessous, p. 171).
3. Ce sont : Blasius natus quondam Johannis de Sancto Johanne de Ana-
gnia, Jacobus de Rocca, Johannes de Pontecorvo, Guido Septem et Bonavitus
ou Bonajutus de Casentino ; R. Fawtier, Introduction, p. xx. BERNARD BARBICHE 118
peuvent être retenues 1, la plupart des scribes cités restent
pour nous des inconnus.
L'analyse à laquelle nous venons de nous livrer fait ap
paraître les deux traits essentiels qui caractérisent l'étude
de Fawtier : d'une part, une direction de recherche neuve
et ingénieuse ; d'autre part, des résultats imparfaits et
incomplets, qui font que son répertoire n'a pu rendre aux
historiens tous les services qu'ils pouvaient en attendre.
Cette double constatation nous a incité à reprendre son
enquête et à la compléter par trois moyens : en utilisant
un matériel diplomatique plus étendu; en considérant non
seulement l'activité propre des scribes mais aussi les fonc
tions temporaires qui pouvaient être confiées à certains
d'entre eux au sein de la chancellerie ; enfin, en essayant
de les situer dans le personnel de la curie romaine par une
étude plus poussée de leur carrière. Nous avons rassemblé
les résultats de notre recherche dans une série de notices
que suivra un commentaire d'ensemble.
* *
Pas plus que Fawtier, nous n'avons pu examiner person
nellement tous les actes originaux sur lesquels repose le
présent article : nous avons vu seulement ceux qui sont
conservés à Paris, aux Archives nationales et à la Bibli
othèque nationale. Les dépouillements que nous avons ef
fectués au cours des dernières années aux Archives natio
nales en vue de l'établissement de V Index actorum ràma-
norum pontificum 2 nous ont permis d'y retrouver 286 bulles
1. Ainsi, Fawtier, ayant lu P. de Cas. la signature du scribe qui signe en
réalité P. de Caf., l'identifie à tort avec le dominicain Petrus de Castro ; In
troduction, p. xxv, n. 1.
2. Cette entreprise internationale connue également sous le nom de « Censi-
mento » a pour but de recenser les bulles des хше et xive siècles (1198-1417)
conservées dans les dépôts d'archives d'Europe et d'Amérique en vue de
compléter la documentation transmise par les registres des Archives vati-
canes. Elle a reçu son impulsion première en 1953 du regretté professeur
Franco Bartoloni, de l'Université de Rome. Cf. F. Bartoloni, Per un cénsimento
dei documenti pontifici da Innocenzo III a Martino V (escluso), Relazione,
discussione e çoto finale, dans La pubblicazione délie fonti del medioevo europeo
negli ultimi 70 anni (1883-1953) [Relazioni, comunicazioni ed atti del Con- LES (( SCRIPTORES )) SOUS BONIFACE VIII 119
de Boniface VIII réparties entre les séries J, L et S1. Nous
avons examiné également 48 bulles conservées au Cabinet
des manuscrits de la Bibliothèque nationale2, dans les
fonds suivants : fonds latin et nouvelles acquisitions la
tines, nouvelles acquisitions françaises, pièces originales,
mélanges de Colbert, collection Baluze, collections de Bour
gogne, de Lorraine et de Picardie3.
Outre ces 334 bulles originales de Boniface VIII que nous
avons pu avoir sous les yeux, nous avons eu recours à diverses
publications, dont la plus importante est le fichier Baumgar-
ten, aisément consultable aujourd'hui dans l'édition qui en est
procurée par les soins des Archives du Vatican 4. Dans le
tome II de cette publication sont reproduites 341 fiches 5
vegno di studi per le fonti del medioevo europeo in occasione del 70° délia fonda-
zione delV Istituto storico italiano, Нота, 14-18 aprile 1953], Roma, 1955,
in- 8°.
1. 168 bulles dans la série J, 117 dans la série L (dont 114 dans le bullaire)
et une dans la série S. Voici les cotes de ces documents : J 262 (nos 16-18) ;
J 336 (n° 11) ; J 348 (n°8 12, 12 bis) ; J 391 (n°8 2-3) ; J 435 (n08 9-17 bis) ;
J 449 (n08 120, 121) ; J 478 (n° 9) ; J 479 (n° 20) ; J 490 (n08 754-756) ; J 512
(n° 28) ; J 632 (n° 30 bis) ; J 653 (n0' 3-12) ; J 683 (n08 8, 8 bis) ; J 684 (n08 33-
33 ter, 38-39 bis) ; J 690 (n° 13228) ; J 692 (n08 1421, 150) ; J 693 (n° 155) ; J 695
(n° 17512) ; J 700 (n°8 94-100 bis) ; J 701 (n08 101-120) ; J 702 (n08 121-137) ;
J 712 (n08 302a-3023b et 3028-302U) ; J 715 (n08 30522-30525) ; J 716 (n08 3-3 ter) ;
J 721 A (n08 1-28) ; J 721 В (n08 3-4) ; J 722 (n08 5-5 ter) ; J 723 (n08 8-11) ;
J 940 (n08 94, 111) ; L 279-287 (bullaire) ; L 452 (n° 22) ; L 619 (n° 20) ; L 966
(n° 57) ; S 1333 В (n° 1). De ces 286 bulles, 233 seulement ont été connues par
Fawtier et 77 par Baumgarten.
2. Nous remercions vivement M. Pierre Gasnault, conservateur à la Biblio
thèque nationale, de l'aide précieuse qu'il a bien voulu nous apporter au
cours de nos recherches au Cabinet des manuscrits.
3. Ces documents sont conservés sous les cotes suivantes : mss. lat 8992
(n" 38), 8999 (n08 21-24, 26-29), 9004 (n08 24-25), 9262 (n° 5), 9271 (n° 20 bis),
9303 (nos 9-10), 11830 (n<> 3), 11832 (n08 38, 40), 11833 (n° 1) ; nouv. acq.
lat., mss. 2274 (n08 51, 53-56, 59-61), 2306 (n° 22), 2530 (n08 53, 60, 62), 2531
(n08 64, 65) ; nouv. acq. fr., ms. 23056 (n° 7) ; pièces originales, ms. 1172 (dos
sier 26709, n° 3) ; mélanges de Colbert, mss. 375 (n08 454-455), 376 (n° 456) ;
collection Baluze, ms. 382 (n° 119) ; collection de Bourgogne, ms. 82 (n08 370,
376) ; collection de Lorraine, ms. 284 (fol. 364) ; collection de Picardie, mss. 284
(n08 24, 25, 32), 289 (n08 140, 142), 294 (n° 67), 298 (n° 63). De ces 48 bulles,
10 seulement ont été connues par Fawtier.
4. Cf. ci-dessus, p. 116, n. 2. Nous avons pu consulter les éléments du
tome III du Schedario Baumgarten, dont la parution est imminente. Pour
faire référence à cette publication, nous avons adopté le sigle « SB » déjà em
ployé par le professeur Battelli dans l'introduction qu'il a placée en tête du
premier volume.
5. SB 4417-4758. La bulle décrite sous le n° 4520 n'est pas de Boniface VIII,
mais de Benoît XII et doit être datée du 15 janvier 1335. BERNARD BARBICHE 120
décrivant 350 bulles originales de Boniface VIII1. 79 d'entre
elles, se rapportant à des documents des Archives nationales,
ne nous ont pas été directement utiles, puisque nous avons
pu examiner les originaux correspondants. Par contre,
nous avons tiré de précieux renseignements des 262 autres.
La plupart de ces fiches sont très complètes et très claires
et n'offrent aucune difficulté d'interprétation. Quelques-unes
néanmoins présentent des lacunes ou des erreurs, que nous
nous sommes efforcé de combler ou de rectifier, en recourant
au besoin à la vérification des originaux eux-mêmes 2.
Les autres publications que nous avons utilisées sont
celles d'Eugène Déprez et de don Gelasio Caetani, déjà
connues par Fawtier 3 ; Y Introduction de ce dernier, dans
la mesure où il est seul à avoir examiné un certain nombre
de documents4; l'inventaire des bulles conservées aux Ar
chives de la Couronne d'Aragon dressé par M. Francisco
J. Miquel Rosell5, qui comprend, outre l'analyse propre
ment dite des documents, leur description diplomatique 6 ;
l'importante étude que le professeur Peter Acht a consacrée
en 1955 aux « .Recipe- Vermerk » sur les actes de Boni-
face VIII7; l'ouvrage du Peter Herde sur la
1. Les fiches SB 4432, 4602, 4608, 4678, 4686 décrivent chacune plusieurs
originaux. Les fiches SB 4517 et 4518 se rapportent au même document;
il en est de même pour les fiches SB 4557 et 4758.
2. Plusieurs archivistes français et étrangers ont bien voulu, à notre requête,
contrôler sur les originaux conservés dans leurs dépôts certaines lectures de
Mgr Baumgarten. A tous, et notamment à M. Germano Gualdo, archiviste
aux Archives du Vatican, nous exprimons notre vive reconnaissance. Nous
remercions également M. R.-H. Bautier, professeur à l'École des chartes,
M. Peter Herde, professeur à l'Université de Francfort, et M. Gerd Ntiske
des renseignements et des avis qu'ils ont bien voulu nous procurer.
3. Cf. ci-dessus, p. 116, n. 3 et 4. Les recueils de Déprez et de Caetani nous
ont fourni des renseignements respectivement sur 6 et 19 bulles.
4. Tous conservés aux Archives du Vatican et au Public Record Office.
5. Francisco J. Miquel Rosell, Regesta de letras pontificias del Archivo de la
Corona de Aragon, sección Cancilleria real (Pergaminos), Madrid, 1948, in-8°.
6. Les bulles conservées aux Archives de la couronne d'Aragon ont été
également décrites par Mgr Baumgarten, qui donne souvent des lectures plus
exactes que celles de M. Miquel Rosell. Nous avons donc fait référence, pour
cette catégorie de documents, à l'une et l'autre publication.
7. Peter Acht, Der Recipe- Vermerk auf den Urkunden Papst Bonifaz' VIII.,
dans Zeitschrift fur bayerische Landes geschichte, t. XVIII (1955), p. 243-255.
Le professeur Acht étudie dans cet article les mentions qui apparaissent sous
le repli d'une bulle du 12 décembre 1302 en faveur des cisterciens conservée « SCRIPTORES » SOUS BONIFACE VIII 121 LES
chancellerie apostolique au xine siècle г ; enfin le catalogue
des bulles des хше et xive siècles conservées en Suisse que
publie le professeur Anton Largiadèr2.
*
Nous avons pu ainsi examiner au total, soit directement
soit indirectement, près de 700 bulles originales de Boni-
face VIII, et nous nous sommes efforcé de tirer de ces docu
ments tous les renseignements qu'ils pouvaient nous livrer
sur l'activité des scribes de la chancellerie apostolique.
Pour cela, il convenait de relever d'abord, comme l'a
fait Fawtier, les signatures qui apparaissent sur le repli des
lettres pontificales, à droite en général et exceptionnelle
ment à gauche3. Celles-ci sont parfois accompagnées d'une
formule {gratis, gratis pro Tali, gratis de mandato Talis,
de Curia, de Camera) qui nous renseigne sur les conditions
dans lesquelles l'acte a été élaboré. Les précisions de ce
genre ne nous intéressent pas directement dans la pers
pective de la présente étude, qui porte sur le personnel de
la chancellerie et non sur le processus d'élaboration des
actes. Par contre, nous avons tiré parti des mentions du
genre Talis pro Tali, ou simplement pro Tali, qui nous in
diquent que le grossoyeur a établi l'acte à la place d'un de
dans les archives de l'abbaye d'Ebrach et en tire des conclusions générales
pour la diplomatique des actes de Boniface VIII.
1. Cf. ci-dessus, p. 115, n. 2. M. Herde a rassemblé dans un tableau pu
blié en appendice (p. 264-287) les observations qu'il a faites sur 525 bulles de
papes du хше siècle, dont 115 de Boniface VIII, qu'il a connues soit direct
ement soit par le fichier Baumgarten ou Y Introduction de Fawtier. Ce tableau
nous a fourni des renseignements de première main sur 2 7 bulles conservées aux
Archives d'État de Bavière.
2. Anton Largiadèr, Die Papsturkunden des Staatsarchivs Zurich von In-
nozenz III. bis Martin V., Zurich, 1963, in-8° ; Id., Die Papsturkunden der
Schweiz von Innozenz III. bis Martin V. ohne Zurich, t. I [1198-1304], Zurich,
1968, in-8°. Ce recueil, publié dans le cadre du « Censimento », nous a fourni
des renseignements sur 24 bulles originales de Boniface VIII.
3. Trois scribes seulement sous Boniface VIII signent sur le repli des bulles
à gauche : Jac. Bocc. ou Bocl., 0. Laud, et P. de Qaf. — Rappelons en outre
qu'on trouve parfois des signatures de scribes au dos de certaines lettres closes
primitivement destinées à être expédiées ouvertes ; cf. R. Fawtier, Introduction,
p. lxxi. BERNARD BARBICHE 122
ses collègues, le motif de ce remplacement étant quelquef
ois précisé1. Nous avons fait figurer dans nos notices le
nom qui, dans des mentions de ce genre, suit la préposition
pro, au même titre que celui qui éventuellement la précède,
puisque le scribe ainsi désigné, même s'il a été empêché
d'exercer ses fonctions, fait néanmoins partie du personnel
de la chancellerie à la date considérée. C'est à lui en effet
qu'est versée l'indemnité provenant de la taxe perçue pour
le grossoiement de la bulle. Nous en trouvons la preuve dans
une bulle du 15 mai 1297 2 qui porte la mention pro Sy.
Reat. à la fois sur le repli à gauche, à la suite du nom du
remplaçant (P. de Caf.), et sous le repli à gauche, à la suite
du nom de l'officier qui fixait le montant de la taxe {H.
Pad.) 3. Cela nous permet de répondre à la question posée
par Fawtier, qui se demandait comment interpréter la
formule pro Tali lorsqu'elle n'était pas précédée du nom du
remplaçant4. Tout s'éclaire dès l'instant où l'on sait que
seul le nom du remplacé avait de l'importance quand il
s'agissait de payer l'indemnité correspondant au grossoi
ement de l'acte5.
Cependant, le relevé des seules signatures figurant sur
le repli des actes pontificaux ne suffit pas à rendre compte
de toutes les tâches que les scribes pouvaient se voir confier
à la chancellerie apostolique. Il fallait également tenir
compte des mentions qu'on trouve sous le repli à gauche
et qui se rapportent d'une part à la répartition entre les
scribes des lettres à grossoyer et d'autre part à la taxation
des grosses 6.
1. Ainsi, sur le repli d'une bulle du 31 janvier 1297, on lit : pro N. de Setia
infirmo (SB 4573).
2. Arch, nat., J 712, n° 302c.
3. M. Peter Herde a tiré des conclusions analogues d'une bulle du 21 mars
1297 qui porte la mention pro Gabino à la fois sur le repli à droite, à la suite
du nom du remplaçant (JV. Per.), et sous le repli à gauche, à la suite du nom
du taxateur (Jac. Босс.) ; Beitràge, p. 189, n. 207 et p. 284, n° 451.
4. Introduction, p. lvi.
5. On peut donc se demander si le remplacement ne correspondait pas,
au moins dans certains cas, à une sorte d'entr'aide bénévole destinée à venir
en aide à des collègues que l'âge ou la maladie mettait dans l'impossibilité
d'exercer leurs fonctions et par là même de toucher leur salaire.
6. Les érudits allemands appellent « iîeeipe- Vermerk » et « Tax- Vermerk »
ces deux sortes de mentions. LES « SCRIPTURES » SOUS BONIFACE VIII 123
Pour comprendre l'intérêt de ces différentes mentions,
il faut se rappeler qu'à l'époque qui nous occupe les of
ficiers chargés de répartir les actes à grossoyer et de taxer
les grosses étaient recrutés au sein d'une petite élite de
scribes, jouissant de la pleine confiance du vice-chancelier
et de son état-major. En principe, la responsabilité des deux
opérations incombait à un seul clerc, le distributor, qui,
d'après une constitution de la chancellerie, restait en fonc
tions pendant six mois 1. Mais M. Peter Herde a montré qu'en
fait ce dernier ne se réservait pas le monopole de la taxat
ion, qui était assurée, la plupart du temps, par d'autres
scribes (taxatores) placés sous son autorité. Il apparaît
même que le distributeur se faisait également suppléer pour
la répartition des minutes à grossoyer 2. On voit par ce qui
précède qu'il est nécessaire, pour avoir une vision comp
lète de l'activité des scribes, de les considérer non seul
ement en tant que grossoyeurs mais aussi, le cas échéant,
en tant que distributeurs et taxateurs, et par conséquent
de tirer parti des mentions qui, sous le repli des actes, at
testent leur intervention en l'une ou l'autre de ces qualités.
Ces mentions, dans le cas qui nous intéresse, ne concernent
pas la répartition des minutes à grossoyer, mais celle des
grosses déjà exécutées et qu'il fallait reproduire en plusieurs
exemplaires. Elles se composent de la lettre 4-', suivie de
deux noms, dont le premier est parfois accompagné d'un
chiffre. On s'accorde en général à interpréter ce 4Í comme
l'abréviation du mot Recipe3, et les deux noms qui suivent
sont, respectivement, celui du scribe à qui l'on donne
l'ordre de reproduire le document (avec éventuellement
l'indication du nombre d'exemplaires)4 et celui du distr
ibuteur. Par exemple, la mention *V H. de Murro II G. Aqui-
1. P. Herde, Beitràge, p. 187; cf. Fawtier, Introduction, p. xix.
2. P. p. 185, 187.
3. M. Gasnault nous signale toutefois qu'à son avis, on peut, dans un certain
nombre de cas au moins, interpréter ce R comme l'initiale du mot Rescribe.
4. R. Fawtier a pris ce chiffre pour le montant de la taxe perçue pour le
grossoiement de l'acte (Introduction, p. lxii), mais le professeur Peter Acht,
dans son article déjà cité, a montré qu'il s'agissait en fait du nombre de grosses
à exécuter. La bulle du 12 décembre 1302 sur laquelle est fondée son étude
comprend douze mentions contenant l'ordre donné à 19 scribes de reproduire
l'acte en 47 exemplaires.

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