Lettres inédites concernant les croisades (1275-1307). - article ; n°1 ; vol.52, pg 46-63

De
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1891 - Volume 52 - Numéro 1 - Pages 46-63
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1891
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Charles-Victor Langlois
Charles Kohler
Lettres inédites concernant les croisades (1275-1307).
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1891, tome 52. pp. 46-63.
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Langlois Charles-Victor, Kohler Charles. Lettres inédites concernant les croisades (1275-1307). In: Bibliothèque de l'école des
chartes. 1891, tome 52. pp. 46-63.
doi : 10.3406/bec.1891.447640
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1891_num_52_1_447640LETTRES INÉDITES
CONCERNANT LES CROISADES
(1275-1307)
Les lettres que nous publions plus loin se rattachent toutes à
l'histoire des états chrétiens du Levant pendant la deuxième moitié
du xiiie siècle et les premières années du xive. Elles ont été copiées
au Record Office de Londres et au British Museum par l'un des
signataires de la présente notice qui recherchait dans ces dépôts
des documents d'un autre ordre. Le mauvais état de conservation
où elles se trouvent en a rendu la lecture très difficile. Dans
quelques-unes, la moisissure a fait disparaître l'encre, et même
rongé le papier en maints endroits. Cette circonstance, jointe à
l'intérêt exceptionnel de la plupart d'entre elles, en commandait
la publication. Aucune ne porte de date d'année, mais les noms,
les récits ou les mentions d'événements qu'elles contiennent four
nissent généralement des indications chronologiques assez précises.
Nous allons donc essayer de les dater, et nous donnerons en note
du texte quelques éclaircissements sur les personnages cités et les
faits racontés.
Celle que nous inscrivons sous le n° I est une lettre de Hugues
Revel, grand maître de l'Hôpital, à Edouard Ier, roi d'Angleterre
(20 nov. 1272 à 7 juill. 1307), écrite à Acre le 30 septembre. La
dernière mention que nous possédions de Hugues Revel est du
25 septembre 1276 ; la première qui nous soit parvenue de son
successeur dans la maîtrise, Nicole le Lorgne, est du 18 sep
tembre 1278 *. Il est donc certain que la présente lettre a été
1. Delaville Le Roulx, Archives, bibliothèque et trésor de l'ordre de Saint-Jean
de Jérusalem à Malle, p. 211; cf. Rohricht, Zusutze und Verbesserungen zu
Du Cange, Les familles d'outre-mer, éd. E. Rey. Berlin, 1886, in-4°, p. 5. INÉDITES CONCERNANT LES CROISADES. 47 LETTRES
rédigée entre les derniers jours de 1272 ou les premiers de 1273,
époque où la nouvelle de l'avènement d'Edouard Ier au trône
d'Angleterre dut arriver en Palestine, et le 18 septembre 1278,
époque où la maîtrise de Hugues Revel avait pris fin. Le grand
maître y rapporte que les Tartares, marchant sur la Syrie, ont
atteint les Aiguës-Froides, très vraisemblablement un affluent
de l'Euphrate1 ; que le soudan se trouve à Damas et qu'il vient
de faire une incursion en Arménie, d'où il a remporté un grand
butin. Or, entre 1272 et 1278, la seule année qui nous paraisse
répondre à ces quelques données historiques est 1275. Nous
savons qu'en mars 1275 El Malek ed-Daher Bibars, Soudan
d'Egypte, envahit la petite Arménie, la mit au pillage, puis se
retira à Damas8 ; qu'en la 674e année de l'hégire (27 juin 1275-
14 juin 1276) les Tartares ou Mongols de Perse s'avancèrent
du côté de la Syrie, jusqu'à El-Birâ sur l'Euphrate, et que Bibars,
sortant de Damas, en novembre 1275, se porta contre eux et
les força à s'éloigner3. Ces rapprochements ne nous apportent
assurément pas une certitude absolue, mais on ne peut douter, je
crois, que le soudan dont il est fait mention dans notre document
ne soit Bibars. Comme ce prince mourut le 30 juin 12774, la
lettre de Hugues Revel, datée du 30 octobre, ne serait en tous
cas pas postérieure à 1276.
Notre n° II est une lettre de Guillaume de Beaujeu, grand
maître du Temple, au même roi d'Angleterre, datée d'Acre, le
2 octobre. G. de Beaujeu ayant occupé les fonctions de grand
maître du 13 mai 1273 au 18 mai 1291 5, l'intervalle de temps
pendant lequel cette lettre a pu être écrite est bien plus considé-
1. Les Gestes des Chiprois, publ. par G. Reynaud pour la Société de l'Orient
latin, pp. 208, 210, 296.
2. Makrizi, Hist, des sultans Mamlouks, éd. Quatremère, t. I, p. 123 ; Aboul-
feda, Annales (Hist, orient, des crois., t. I, p. 154-5); Bedr-Eddyn Alaïny, Le
Collier de Perles (ibid., t. II, lre part., p. 248-9); Annales de T. S. (dans Arch,
de l'Orient latin, II, и, p. 456) ; Gestes des Chiprois, p. 202 ; Éracles, 1. XXXIV,
ch. 20 (Hist, occid. des crois., t. II, p. 467); M. Sanudo, Sécréta fidel. crucis,
I. III, part. XII, ch. 14 (Gesta Dei per Francos, p. 226) ; cf. Rôhricht, Études
sur les derniers temps du royaume de Jérusalem (Arch, de l'Orient latin,
II, i, 405).
3. Makrizi, ouvr. cité, p. 127, et Aboulfeda, ouvr. cité, p. 155.
4. Sur cette date voy. R. Rôhricht, Études sur les derniers temps du royaume
de Jérusalem. Les combats du sultan Bibars (Arch, de l'Orient latin, t. II, i,
p. 406, n. 169).
5. Voy. Rôhricht, Zusâtze , p. 17. 48 LETTRES INEDITES
rable que pour la précédente. Gomme, d'ailleurs, en fait d'év
énements historiques, elle n'en mentionne aucun qu'il soit possible
d'identifier d'une façon certaine, la date que nous lui assignerons
ne devra pas être acceptée sans réserve. Voici, parmi les circons
tances qu'elle relate, celles qui peuvent servir à formuler une
hypothèse sur ce point : G. de Beaujeu vient d'arriver par mer à
Acre, le 15 septembre. Il a fait sans doute une traversée de
plusieurs jours, puisqu'il dit avoir essuyé plusieurs tempêtes. Son
absence de Terre-Sainte a dû être assez longue, car l'objet de sa
lettre est de faire connaître au roi l'état dans lequel il a retrouvé
ce pays. Le sultan est aux environs de Damas avec une grosse
armée. Le bruit court que les Таг tares approchent [de la Syrie].
Un passage général aura lieu prochainement. — De ces divers ren
seignements on peut conclure, avec quelque vraisemblance, que
la lettre a été, comme celle de Hugues Revel, écrite en 1275. En
1274, Guillaume de Beaujeu avait assisté au concile de Lyon, où
l'on s'était occupé des affaires de la Terre-Sainte1, et, suivant
FEracles, il était rentré à Acre le 29 septembre 12752. Cette
dernière date ne s'accorde pas exactement avec celle que donne
la lettre, mais l'écart est minime, et il ne serait pas bien témé
raire de supposer que le chroniqueur ait commis une erreur
aussi légère. J'ajoute que Guillaume de Beaujeu, après son voyage
de 1274-1275, ne paraît pas avoir quitté de nouveau la Terre-
Sainte, et je rappelle qu'en 1275 les Tartares et le Soudan d'Egypte
se trouvaient bien dans les conditions indiquées par la lettre3.
Notre n° III est une lettre de Jean et de Jacques Vassal,
ambassadeurs d'Abaga, roi des Tartares, et de Léon III, roi
d'Arménie, à Edouard Ier, roi d'Angleterre. L'ambassade de ces
deux personnages en Occident est rapportée par d'autres témoi
gnages 4. On sait qu'avant de se rendre en Angleterre, ils pas
sèrent par l'Italie, où ils se trouvaient à la fin de 1276. Leur
1. Sacrosancta concilia, éd. Labbe, t. XI, p. 938 et suiv. — Éracles,
liv. XXXIV, ch. xix, xxv, xxvi [Hist, occid. des crois., t. II, p. 465, 471, 472);
M. Sanudo, Sécréta fidelium crucis, 1. III, part. XII, ch. xiii {Gesta Dei per
Francos, p. 225).
2. Liv. XXXIV, ch. xxi, p. 468.
3. Voy. plus haut, p. 47.
4. Rémusat, Relations des rois de France avec les empereurs mongols (dans
les Mém. de VAcad. des inscriptions, t. VII, p. 245 et s.), où sont cités ces
témoignages. — Cf. Rôhricht, Études... Les batailles de Hims, 1281 et 1299
{Arch. de l'Orient latin, I, p. 650, n. 81). CONCERNANT LES CROISADES. 49
lettre à Edouard Ier, datée de Viterbe, le 25 novembre, est donc
vraisemblablement de cette année. Elle fournit sur l'ambassade
de Jean et Jacques Yassal des détails nouveaux et curieux.
Les nos IY et V sont des lettres de Nicole le Lorgne, grand
maître de ГДорИа1, à Edouard Ier. Gomme elles paraissent se
rapporter au même événement, nous les examinerons ensemble.
Le n° V, écrit à Acre le 5 mars, contient un récit, assez suc
cinct d'ailleurs, de la bataille de Hims, livrée en 1281 par les Tar-
tares au sultan Kelaoun1. Nicole le Lorgne indiquant que cette
bataille eut lieu « a 30 jors doctovre prochain passé, » sa lettre
doit être datée du 5 mars 1282. — Le n° IV, écrit à Acre le
25 septembre, est relatif à une marche des Tartares vers la
Syrie, et nous avons tout lieu de croire que l'expédition en ques
tion fut celle qui se termina par la bataille de Hims. La date en
serait donc 1281.
Le n° VI est une lettre de créance de Léon, roi d'Arménie,
pour Théodore, chantre de l'abbaye de Trazargue, Baudouin de
Negrino et Léon, chevaliers, ses conseillers et ambassadeurs, qu'il
envoie au roi d'Angleterre, Edouard, pour lui faire connaître les
périls auxquels est exposée l'Arménie, et lui demander des secours.
Elle est datée d'Incisium (Sis), le 28 mars. Trois documents,
émanés d'une même source et relatifs au même objet, permettent
de fixer approximativement l'époque où cette lettre fut écrite. Les
deux plus anciens, de teneur presque identique et de même date,
sont des lettres du roi d'Angleterre Edouard II à Léon IV d'Ar
ménie, et à Jean, de l'ordre des Frères mineurs, fils aîné de
Léon III d'Arménie, datées de Westminster, le 3 mars 1308.
Edouard y accuse réception de lettres de créance, données par
l'un et par l'autre de ces personnages à Théodore, chantre de
l'abbaye de Trazargue, Baudouin de Negrino et Léon, cheval
iers. Il a entendu les récits de ces ambassadeurs, touchant les
périls que court l'Arménie, et il en exprime toute sa douleur.
Il ajoute que, monté récemment sur le trône, il a trop d'affaires
sur les bras pour pouvoir, à l'heure présente, s'occuper de celles
de l'Orient. Le troisième document est une lettre d'Edouard II
au châtelain de Douvres, du 14 mars 1308, lui donnant l'ordre
de laisser passer librement Baudouin de Negrino et Léon, cheva-
1. Sur cette bataille, voy. R. Rôhricht, Études... Les batailles de Hims, 1281
et 1299 (Arch. de l'Orient latin, I, p. 633).
1894 4 SO LETTRES INÉDITES
Hers, qui doivent s'embarquer dans le port pour retourner en
Orient1. On ne peut douter, je crois, que l'ambassade arménienne,
dont il est question dans les trois pièces citées ci-dessus, ne soit
celle que mentionne notre lettre de créance. Les noms des ambas
sadeurs, ^Г objet de l'ambassade sont les mêmes, et les termes dont
se sert Edouard dans sa réponse reproduisent en partie ceux du
message de Léon. Donc ce message, daté de Sis, le 28 mars, serait
du roi Léon IV; il ne pourrait être postérieur à l'année 1307,
puisqu'il était certainement parvenu en Angleterre dès avant
le 3 mars 1308, ni antérieur à l'année 1305, où Léon IV,
encore mineur, ceignit la couronne sous la tutelle de son oncle
Haythoum II, qui, descendu volontairement du trône d'Armén
ie, avait pris l'habit de frère Mineur et le nom de frère Jean2.
Selon toute vraisemblance, c'est de l'année 1307 qu'on doit
le dater. Du moins ne pourrait-on le faire remonter d'un ou
deux ans plus haut sans donner une raison plausible du retard
qu'aurait eu la réponse du roi d'Angleterre, et cette raison,
aucun document, à notre connaissance, ne la fournit.
D'ailleurs, l'envoi d'une ambassade en 1307 pour réclamer le
secours de l'Europe s'explique parfaitement par les événements
qui venaient de se passer dans le royaume d'Arménie3. Ce
royaume, surtout depuis la chute de Saint-Jean-d'Acre, n'avait
cessé d'être en butte aux attaques des Sarrasins. Incapable d'y
résister avec ses seules ressources, et subissant, plutôt qu'il ne
le demandait, l'appui du khan des Tartares, il désirait plus que
jamais intéresser à sa cause l'Occident chrétien. Mais une diff
iculté se présentait. De tous temps, les Arméniens avaient cherché
à maintenir l'indépendance temporelle et spirituelle de leur église
vis-à-vis de celle de Rome. Dans ces conditions pouvaient-ils
espérer que les puissances occidentales montrassent un grand
zèle à les secourir? S'ils faisaient cesser le schisme ou consentaient
1. Rymer, Feeder a, 2e éd., t. III, p. 65, 68. Théodore, abbé de Traz argue,
n'est pas mentionné dans la dernière pièce ; peut-être ne repartit-il pas pour
l'Orient en même temps que Baudouin de Negrino et Léon.
2. Rec. des hist, des crois. Hist, arméniens, t. I, p. exiv.
3. Nous devons la plupart des renseignements qui vont suivre et de ceux
que nous donnerons en note de la pièce à l'obligeance de M. A. Carrière, pro
fesseur à l'École des langues orientales, qui a bien voulu traduire pour nous
divers passages de l'Histoire du Sissouân, du P. Alishan, et dépouiller les notes
qu'il a réunies sur l'histoire de l'Arménie. CONCERNANT LES CROISADES. 51
tout au moins à un rapprochement, ils se créeraient des droits
sérieux à leur protection. Aussi un parti nombreux, dirigé par le
patriarche Grégoire, s'était-il formé pour cimenter l'union des
deux églises. Au mois de mars 1307, sous l'influence de ce parti,
un concile se réunit à Sîs, capitale du royaume. Vingt-six évêques
orientaux, dont plusieurs orthodoxes, dix-huit abbés et docteurs
arméniens et quatorze grands barons du royaume y assistèrent1.
Les actes de l'assemblée, datés du 19 mars, stipulèrent de nomb
reuses et importantes concessions de l'église arménienne à
l'église romaine2. Si donc les suppositions que nous avons émises
plus haut sur la date de la lettre sont exactes, le roi d'Arménie
et son tuteur auraient, presque immédiatement après la clôture
du concile, dépêché une ambassade en Europe pour y faire valoir
les concessions de leur église et réclamer, en retour, des subsides
devenus de jour en jour plus nécessaires. Les trois ambassadeurs3
arrivèrent-ils en Angleterre à temps pour remettre leurs lettres
en mains du destinataire, Edouard Ier, mort le 7 juillet 1307? On
ne le sait. En tout cas, ce fut son fils et successeur, Edouard II,
qui y répondit. Mais, à l'époque où celui-ci écrivit ses deux lettres,
Léon IV et frère Jean n'existaient plus. Le 17 novembre 1307,
ils avaient été assassinés sous un prétexte futile par le général
tartare Pilarghou.
Nous publions enfin sous le n° VII une lettre sans adresse ni
signature, qui fait partie d'un recueil de formules épistolaires
copié au xive siècle. Il y est question d'une victoire remportée par
les chrétiens sur le Soudan d'Egypte, près du Caire. Ce récit, écrit
en français d'Angleterre, doit être purement imaginaire, et nous
ne voyons aucun événement auquel on pourrait le rattacher,
même de loin. A-t-il été composé spécialement pour le formulaire
où nous l'avons trouvé ou bien transcrit d'un autre recueil du
même genre ? Il est difficile de se prononcer là-dessus.
La riche collection des « Royal letters », conservée au Public
Record Office de Londres, avait déjà fourni à différents éditeurs4
1. Hist, armén. des crois., t. I, p. lxx.
2. Ibid., p. 465, 548.
3. Nous formulerons en note de la pièce (voy. plus loin, p. 62, n. 1,2) quelques
hypothèses sur l'identité de deux d'entre eux.
4. Rymer, Fœdera, I, 506 : Lettre de Geoffroy, évêque d'Hébron (Royal let
ters, n° 2246); Champollion-Figeac, Lettres de rois, reines, etc., I, 288, 338
(Coll. des Documents inédits) : Lettres de Nicole le Lorgne (Royal letters, LETÎHES INEDITES 52
des documents intéressants pour l'histoire de l'Orient latin, et
nous sommes loin d'affirmer que l'on ne trouvera pas encore à
n° 2247; cf. Bull, delà Soc. de l'hist. de France, 1834) et de Joseph de Cancy
(Royal letters, n° 3913). Voici, d'après l'original, le texte correct de la lettre
de Nicole le Lorgne, que l'on pourra comparer avec l'édition de M. Cham-
pollion :
« Au très haut et puissant seingnor et plus especial bienfaitor outre tos autres
princes et seingnors de terre mon seingnor Eddouart, par la grace de Dieu
très noble roy d'Engleterre, dus d'Aquitaine et seingnor d'Irlande, li siens en
toutes chozes, fl'rere Nycole Le Lorgne, humble maistre de la sainte maizon de
l'hospital de Saint Johan de Jerusalem et gardien des povres de Crist, en tout
hennor et toute reverence salus et preste volante a toz ses roiaus comandamens
et plaizirs. Cher mie seingnor, toutes foes que nos trovons messages qui voi-
sant à la vostre roial maisté, je vos faizons volantiers assavoir Testât de la
terre sainte. Par quoy faizons assavoir a la vostre puissance que la dicte terre
est emmot feble point et weide plus de gens d'armes que ne fu onques ; mais et
d'autre part il y a corru ceste année si grant pestilence de sechirece, qui toz
les blez de ce pais et de la paienisme, par toute Soirie, Hermenie et l'isle de
Chippre, a gastés, que le mine deu forment estoit montez, quant ces lettres
furent faites, à iiij bezans et plus, et ne se pooit encore trover ; porquoi il nos
a covenu a mander en diverses parties d'outre la mer por querre forment por
maintenir noz seingnors malades et nos frères. D'endroit, sire, de vostre estât,
loquel Nostre Sire multiplie en boenne prospérité, proions a la roial
maisté que nos en doiés faire certain, loquel nos desirons a oïr sur toutes
chosses. Et se deu nostre, encore soit il petis, savoir volés la certaineté, sains
somes par la grace Nostre Seignor présentement, toz jors appareillés de dire et
de faire toutes celles chosses que porriens conoistre que fussiant a vostre hen
nor et l'essaucement de la vostre haute puissance. Vosz hauz comandamenz et
plaizirs nos faites assavoir, s'il vos plait, lesquels somes prest de l'acomplir en
tot et par tot, comme por le roy deu monde loquel nos avons a plus bienfaitor
et cher. Et Diex accroisse vostre hennor pur lone tens.
Escrites a Acre, a xxvj jor de juingnet. »
La lettre de Joseph de Cancy est trop longue pour être reproduite ici,
mais voici les principales variantes qu'une collation attentive nous a permis
de relever : éd., p. 288, 1. 6, au lieu de « nostre haut excel..., » lire « vostre
hautesce; » 1. 10, au lieu de « ly mie dou mes d'octobre, » lire « l'yssue; » —
p. 289, 1. 24, au lieu de « prone, » lire « prous; » 1. 27, au lieu de « seu, »
lire « sen; » — p. 290, 1. 3, au lieu de « naguarres pour, » lire « naguaires por; »
1. 18, au lieu de « poudrère, » lire « poudrete; » — p. 291, 1. 12, au lieu de
« reposquant, » lire « neporquant; » 1. 15, au lieu de « piexe, » lire « piece; »
1. 18, au lieu de « morussent, » lire « montrent; » — p. 272, 1. 21, au lieu de
« veri, » lire « vérité; » — p. 293, 1. 25, au lieu de « samar, » lire « semer ; »
— p. 294, 1. 1, au lieu de « soigne, » lire « secours ; » 1. 12, au lieu de « moin, »
lire « main. » — La date a été omise par l'éditeur; elle est ainsi conçue :
« Escrites au derrain jor de mars. » Donc cette lettre est, non pas de la fin
de l'année 1281, comme le suppose Champollion, mais du 31 mars 1282. CONCERNANT LES CROISADES. 53
y glaner après nous. On est présentement en train d'y fondre
une grande quantité de pièces qui , depuis leur transfert de la
Tour de Londres au Record Office, n'ont jamais été communiq
uées ni utilisées. C'est un nouveau champ, très fertile, qui sera
prochainement ouvert aux investigations des érudits1.
Ch. Kohler et Ch. V. Langlois.
I.
Lettre de Hugues Revel, grand maître de V Hôpital, à Edouard Ier,
roi d'Angleterre.
Acre, 30 septembre [Í275].
A très haut et puissant monseignor Edoart, por la grace Deu très
noble roi d'Engleterre, seingnor d'Yrlande, dux d'Aquitaine, ffrere
Hugue Revel, por cele meisme grace 2 humble [maistre] de la maison
de l'ospital Saint Jehan de Jerusalem et garde des povres Jesucrist,
recomend[e] soy meismes en sa bone grace, avecques tole manière
de servize et de honor.
Sire, por ce que n[os tenons por] certein que voz oiez volantiers
noveles de la terre sainte, nos les vos faisons
Encore sache la vostre hautesce que de cele
trive3 que vos plot que fust [en]-
core se mainliengt, car le sodans en tient ce qu'il veaut et non plus
veaut et ensi nos cornent a vivre
et a passer tant que vos autres seingnors le
sodans, sire, encore a Damas et assemle tans de gens cum il
1. Les formulaires conservés dans les bibliothèques de la Grande-Bretagne
sont aussi une source importante, qui a été trop peu utilisée jusqu'ici. Voyez
notamment un recueil, sur lequel nous nous réservons de revenir, dont il existe
au moins deux exemplaires : Lambeth Palace Library, ms. n" 221, fol. 224-
246, et Br. Mus., Old regius mss., n° 12 D XI, fol. 12-69.
2. Successeur de Guillaume de Châteauneuf dans la maîtrise. Il apparaît pour
la première fois le 9 octobre 1258 (voy. les ouvrages cités ci-dessus,
p. 46, n. 1).
3. Le 22 avril 1272, pendant le séjour du prince Edouard en Palestine, une
trêve de dix ans, dix mois, dix semaines, dix jours et dix heures avait été
conclue à Césarée entre les chrétiens et le sultan Bibars. On croyait que le
prince Edouard n'avait pas consenti à cette paix. La lettre de Hugues Revel
semble prouver le contraire. LETTRES INÉDITES 54
puet. Des Tatars . se aprochent des Aiguës-
Froides et sont pres d'Ermenie et hont mandé querre le rey d'Erme-
nie1 a ceo que il porra aver de gens, et il s'apareille de l'aler.
Et sachiés que nos créions ores la venue des Tatars рог trois raisons :
l'une que Abaga2 deveit aler au grant Cham3 qui l'aveit mandé querre
et qui voleit aveir conte dece que Alahaou4, son pere d'Abaga, aveit
gahagnié en Perse et a Baudac et au Gayre et a Halape ; ce qu'il
mot grant paor est une des raisons ; l'autre que quant li sodans fu issu
de Babiloine et ot fait ce que il deveit faire en Hermenie, il s'entor-
nerent arriers en Babiloine a l'orbage [sic) et refreichia о ses gens, car
li sodans avoit fait mot grant guahan en Hermenie-, d'autre part grant
maladie vint en son ost, dont il perdit mot de gens et de bestes
quantité, et que mot es apovrie sa ost et nul ne fait semlan de retor-
nier de riens, et ce est l'autre raisons que nos y veons ; la tierce si
est que il est mot enguoyssans et mot eschars qu'il done sous3 as
gensz a cheval et a pié a tant cum trover en puet, et por ce nos semle
il qu'il ait a faire ou qu'il beie a grever la cretienté en aucune
[maneire] ; Dex ne le voille ne le doint poeir ! Autres noveles,
sire, non ha de sa que nos puissons [mander a] la vostre hautesce.
Hier, sire, por la grant corteisie que nos veismes en la vostre hau
tesce mes nos en arsitz a faire vos autimes prières. Vérités
est, sire, que nos au de benefices d'église
vienent a la vostre main et vos en faites grace a qui vos plaist, por
quoi nos mandons un nostreneve a la vostre seignorie que de ce que
vos doneriez a un autre, que, s'il plaisoit a la vostre hautesce, que vos
le deveies porvoir d'aucune chose que senleroit a la vostre
1. Léon III, roi d'Arménie (1270 à 1289, 6 févr.) avait prié le khan des Tar-
tares de se joindre à lui contre Bibars, après l'invasion de son royaume par le
sultan, enmars 1275 (Haython, Fleur des hist. d'Orient, ch. 34, éd. L. de Backer).
2. Abaga, khan des Tartares occidentaux ou Mongols Gingiskhanides de Perse,
1265 à 1282, 30 mars.
3. Khoubilaï, khan des Tartares orientaux, devenu plus tard (1280) empereur
de Chine.
4. Houlagou (1259 à 1265, 8 févr.), frère de Mangou-Khan, avait mis fin
en 1258 au califat d'Orient, après avoir conquis Bagdad (Baudac). Il occupa
ensuite Harrân (Carrae, le Cayre) etAlep (Halape), en janv.-févr. 1260. C'est sans
doute à ces événements qu'il est fait allusion ici. Nous rappelons qu'à la suite
de la conquête de Bagdad, Mangou avait abandonné toute la partie occidentale
de son empire à Houlagou, qui devint ainsi la souche des Gingiskhanides de
Perse.
5. « Sous » est probablement mis pour soue, c.-à-d. solde.

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