Marijke J. Klokke et Karel R. Van Kooij (éd.) : Fruits of Inspiration. Studies in Honour of Prof. J. G. de Casparis, retired Professor of the Early History and Archeology of South and Southeast Asia at the University of Leiden, the Netherlands, on the occasion of his 85th birthday - article ; n°1 ; vol.89, pg 385-391

De
Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient - Année 2002 - Volume 89 - Numéro 1 - Pages 385-391
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Publié le : mardi 1 janvier 2002
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Pierre-Yves Manguin
Marijke J. Klokke et Karel R. Van Kooij (éd.) : Fruits of
Inspiration. Studies in Honour of Prof. J. G. de Casparis, retired
Professor of the Early History and Archeology of South and
Southeast Asia at the University of Leiden, the Netherlands, on
the occasion of his 85th birthday
In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 89, 2002. pp. 385-391.
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Manguin Pierre-Yves. Marijke J. Klokke et Karel R. Van Kooij (éd.) : Fruits of Inspiration. Studies in Honour of Prof. J. G. de
Casparis, retired Professor of the Early History and Archeology of South and Southeast Asia at the University of Leiden, the
Netherlands, on the occasion of his 85th birthday. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 89, 2002. pp. 385-
391.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_2002_num_89_1_4030Comptes rendus 385
rares et ténues dont on dispose. La pauvreté des données sur ce sujet devrait parfois
amener à plus de modération dans les interprétations, surtout s 'agissant de la prétendue
guilde qui aurait été la plus puissante, celle des artisans de perles de type « indo-pacifique ».
Dans un deuxième temps, l'auteur montre comment les informations que fournissent
les perles contribuent à reconstituer l'histoire du commerce maritime asiatique. Là encore,
on regrettera le zèle de certaines interprétations non fondées, qui affaiblissent un peu cette
conclusion.
P. Francis conclut à juste titre que l'étude des perles devrait être tenue pour une
discipline à part entière, à l'instar de la céramologie ou de la numismatique. Mais pour
que les historiens et archéologues la reconnaissent en tant que telle, l'étude de ces
artefacts doit emprunter une approche scientifique et, comme le fait P. Francis, embrasser
de larges aires géographiques.
Bérénice Bellina
Marijke J. KLOKKE & Karel R. van KOOIJ (éd.), Fruits of Inspiration. Studies in Honour
of Prof. J. G. de Casparis, retired Professor of the Early History and Archeology of
South and Southeast Asia at the University of Leiden, the Netherlands, on the
occasion of his 85th birthday, Groningen, Egbert Forsten (Gonda Indological Studies,
vol. XI), 2001, xxiv+566 p., ill. [ISBN 90 6980 137-X, 1 10 €].
Ce volume d'hommage, depuis longtemps en préparation, est sorti de presse quelques
mois à peine avant le décès de J. G. de Casparis. Ce dernier aura donc pu apprécier
combien son enseignement et ses relations professionnelles, toujours si chaleureuses,
auront porté ces « fruits de l'inspiration » annoncés dans le beau titre de l'ouvrage. Pas
moins de trente articles de contenu, de taille et de qualité très divers composent ce
Festschrift, qui portent sur l'histoire, les religions, l'art et l'architecture de l'Asie du Sud
et du Sud-Est. Ces contributions sont précédées d'une brève préface des deux éditeurs,
d'un curriculum vitae très succinct et d'une bibliographie de J. G. de Casparis, et elles
sont suivies d'un index fort détaillé de près de 30 pages.
La grande variété des articles rassemblés par les responsables de l'édition de ce
volume est le reflet fidèle des fruits portés par une longue carrière de chercheur et
d'enseignement : J. G. de Casparis a débuté comme assistant du sanskritiste J. Ph. Vogel,
mais il a, dès 1939, poursuivi sa carrière épigraphiste auprès du Service archéo
logique des Indes néerlandaises, puis, après l'interruption de la guerre, auprès du service
qui lui succède au sein de la nouvelle République d'Indonésie. Il y a enseigné jusqu'en
1959 (et soutenu sa thèse en 1950, à l'Universitas Indonesia de Jakarta)2. Il sera ensuite,
pendant près de vingt années, l'un des piliers du corps enseignant de la SOAS de Londres,
avant d'être promu en 1978 au grade de professeur d'histoire ancienne de l'Asie du Sud et
du Sud-Est à l'université de Leiden. Il a aussi plus brièvement enseigné à l'université de
Hawai'i à Honolulu. Il a été, comme un Maurice Durand ou un Louis-Charles Damais à
l'École française d'Extrême-Orient, l'un des dignes représentants de cette génération qui a
permis la transition, dans les études sud-est asiatiques, entre l'orientalisme d'avant-guerre,
dont George Cœdès reste le plus beau fleuron, et la génération actuellement en activité,
qui fonctionne en partenariat avec les chercheurs asiatiques.
2. On se souviendra que Louis-Charles Damais, dans le BEFEO 54 (1968, p. 295-520), a écrit un
long compte rendu analytique d'une série d'ouvrages épigraphiques publiés par J. G. de C. en Indonésie
entre 1950 et 1958, dont il dit qu'elle « fera époque dans les études historiques sur l'Indonésie ». 386 Comptes rendus
II va sans dire qu'un compte rendu équilibré d'un ouvrage aussi foisonnant n'est pas à
la portée d'un auteur isolé. N'ayant pas compétence dans tous les domaines abordés, je me
contenterai parfois, par la force des choses, de remarques succinctes sur le contenu de
certaines contributions. Avant de passer plus ou moins brièvement en revue celles-ci,
quelques réflexions s'imposent sur leur répartition par disciplines. Celle-ci témoigne
malheureusement de la désaffection dramatique dont souffrent les études épigraphiques
sur l'Asie du Sud-Est : si de nombreux auteurs, anciens étudiants ou collègues de J. G. de
Casparis, fondent leurs articles sur l'épigraphie, prise comme source historique, un petit
nombre d'entre eux a laissé une œuvre d'épigraphiste. En France, on sait que la succession
de Claude Jacques n'est pas mieux assurée, alors même que, dans toute l'Asie du Sud-Est,
les inscriptions non déchiffrées s'accumulent3. En Indonésie même, la situation n'est
aujourd'hui pas meilleure, la relève de la génération qu'ont contribué à former J. G. de
Casparis et L.-Ch. Damais n'étant pas assurée, après les décès successifs de Boechari et de
M. M. Sukarto Kartoatmodjo. J. G. de Casparis, cependant, s'il a surtout fait œuvre écrite
d'épigraphiste, a enseigné et écrit aussi sur l'histoire de l'art et des religions : dans ces
domaines, ce livre rend un vibrant hommage, de Sri Lanka et de l'Inde à l'Asie du Sud-
Est, en Indonésie surtout, à un maître dont l'auteur de ce compte rendu peut témoigner
combien il y était respecté scientifiquement, et apprécié humainement.
Par fidélité aux préoccupations premières de l'œuvre de J. G. de Casparis, l'essentiel
des articles de ce volume concerne les rapports complexes et changeants entre les cultures
du sous-continent indien et celles des pays de l'Asie du Sud-Est, prenant en compte
jusqu'aux transformations modernes des sociétés indonésiennes. On regrettera cependant
qu'une seule contribution fasse référence aux résultats des fouilles archéologiques de ces
deux dernières décennies sur les sites côtiers de l'Asie du Sud-Est, qui ont tant transformé
la perception des origines de ce long processus qu'est l'indianisation de la région. En ce
sens, ce livre reflète malheureusement une approche bien datée des connaissances en la
matière, peu en phase avec l'esprit si ouvert de J. G. de Casparis, toujours à l'affût de
nouvelles avancées scientifiques. Il a été l'un des premiers à qualifier le processus
d'indianisation de « relation durable »4 et aurait sans doute apprécié que l'on dise mieux,
dans ce livre, combien ces rapports entre l'Inde et l'Asie du Sud-Est s'inscrivent dans une
longue durée qui prend ses racines dans la pré- et la protohistoire, plusieurs siècles avant
que l'on ne puisse parler d'« indianisation ». Aucune des contributions de ce volume n'est
le fait d'un archéologue qui ait fouillé sur cette période cruciale pour la formation de
l'Asie du Sud-Est et pour la compréhension globale du processus d'indianisation. Un long
parcours reste encore faire en Asie du Sud-Est pour que l'archéologie et l'histoire soient
enfin réconciliées, malgré les efforts de l'European Association of Southeast Asian
Archaeologists, dont les congrès rallient régulièrement les deux camps. Seule la
contribution de l'historienne Himanshu Prabha Ray (« South and Southeast Asia: the
commencement of a lasting relationship ») relève ce défi ; elle y reprend sous une forme
abrégée l'essentiel des résultats des travaux qu'elle a publiés depuis une douzaine
d'années, où elle a magistralement élucidé le rôle des réseaux marchands bouddhiques
dans l'indianisation de l'Asie du Sud-Est (mais en ignorant comme dans ses travaux
antérieurs la part des réseaux vaisnava). Dans cet article, elle se réfère à quelques
plus récents sur la question. Malheureusement, pour la diffusion des techniques nautiques,
3. On notera tout de même la création toute récente à l'École française d'Extrême-Orient du
programme « Corpus des inscriptions khmères », qui a pour ambition de revivifier l'étude de l'épigraphie
khmère dans une approche intégrée.
4. India and Maritime South East Asia: A Lasting Relationship, Kuala Lumpur, University of
Malaya [Third Sri Lanka Endowment Fund Lecture], 1983. Comptes rendus 387
elle suit une bien mauvaise synthèse publiée par A. Horridge5. Elle y insiste aussi, ajuste
titre, sur le nécessaire approfondissement de l'étude des groupes sociaux qui ont été à
l'origine de ces échanges, des deux côtés du golfe du Bengale, et des transferts techno
logiques entre ces communautés (techniques nautiques, mais aussi céramiques mises au
jour dans les sites archéologiques tant indiens que sud-est asiatiques, dont il faut
impérativement mener à bien une étude comparative approfondie).
R. A. L. H. Gunawardana traite des rôles respectifs de Sri Lanka et de l'Inde du Sud
dans la diffusion du bouddhisme theravâda (« Cosmopolitan Buddhism on the move:
South India and Sri Lanka in the early expansion of Theravâda in Southeast Asia »). Dans
cet article qui se veut exhaustif, il passe en revue quelque 1500 ans d'échanges entre les
deux rives de l'océan Indien, et au-delà vers la Chine, en insistant sur le lien intime entre
réseaux marchands cosmopolites et communautés bouddhiques polyglottes. Malheureus
ement, comme c'est trop souvent le cas, un bon historien du sous-continent indien (en
l'occurrence ici de Sri Lanka) produit lorsqu'il aborde les rivages sud-est asiatiques un
travail décevant, car coupé de toute lecture récente sur le passé de la région. Ainsi, les
pages sur les statues dites « d'Amaravati » trouvées en Asie du Sud-Est ne font référence
qu'aux seuls travaux de Pierre Dupont ou de Jean Boisselier, ignorant les recherches plus
récentes de Sarah Schastok qui en font des pièces plus tardives que ce que l'on pensait
auparavant6. Une référence à la statue du Buddha, datée du VIIe- VIIIe siècle, mise au jour il
y a quelques années à Sumatra-Sud (site de Tingkip), si clairement influencée par les
écoles d'art de Sri Lanka qu'on se demande si elle n'en a pas été directement importée,
aurait renforcé sa démonstration. Par ailleurs, une partie de l'argumentation de cet auteur,
pour les périodes les plus anciennes, est fondée sur la distinction entre cabotage et
navigation hauturière : l'un ayant, dit-il, historiquement précédé l'autre, seules les
traversées en droiture de l'océan Indien après le IIIe siècle E. C. auraient favorisé les ports
de Sri Lanka, situés sur la route directe vers l'Asie du Sud-Est. Mais cette distinction
chronologique n'est valable que pour les tout débuts de la navigation, certainement pas
pour les périodes historiques dont il est question ici. Le choix entre cabotage et navigation
hauturière est purement fonctionnel, dépendant de la route à parcourir, de la cargaison, de
choix économiques, et non pas d'une prétendue incapacité à naviguer hors de vue des
côtes.
P. V. B. Karunatilaka démontre pour sa part avec brio la fausseté de l'idée reçue selon
laquelle il n'y aurait pas eu de caste marchande à Sri Lanka (« Velanda-kula: the rise of a
merchant caste in medieval Sri Lanka »). Il lie l'apparition de ce changement dans la
structure sociale du pays à la montée en puissance des échanges maritimes à partir du XIIe
siècle et à la participation croissante de Sri Lanka au sein de ces réseaux marchands de
l'océan Indien. Il démontre au passage que la hiérarchie rituelle des castes, loin d'être
figée, pouvait se modifier pour accompagner les transformations sociales et économiques
de la société.
A. G. Menon, dans un travail d'une grande originalité (« Copper plates to silver plates:
Cholas, Dutch and Buddhism »), démontre de façon convaincante comment un groupe de
villages de l'Inde du Sud, offerts par les souverains Cola pour l'entretien du vihâra construit
près de Nâgapattinam par le souverain de Srïvijaya (don enregistré sur les plaques de cuivre
dites « de Leiden »), a continué d'être ainsi cédé par les Nayaks aux Portugais, puis aux
5. A. Horridge, « The Austronesian conquest of the Sea-Upwind », in P. Bellwood, J. T. Fox &
D. Tryon (éd.), The Austronesians, Canberra, ANU, RSPacS, 1995, p. 134-151.
6. S. Schastok, « Bronzes in the Amaravati style: Their role in the writing of Southeast Asian
history », in M. J. Klokke & P. L. Scheurleer (éd.), Ancient Indonesian sculpture, Leiden, KITLV Press
(VKI165), 1994, p. 33-56. 388 Comptes rendus
Hollandais (dons enregistrés alors sur des plaques d'argent). L'auteur met bien ainsi en
évidence le lien intime qui a longtemps uni commerce et religion dans ces États côtiers de
l'océan Indien liés aux réseaux marchands hauturiers, quelle que soit la période.
Nombre d'articles publiés dans ce volume ont été écrits par des historiens de l'art,
discipline en vogue aux Pays-Bas, dépositaire de riches collections indonésiennes et qui
continue de s'enrichir de travaux de qualité. Deux d'entre eux envisagent un corpus de
données indiennes sans que le problème de son transfert en Asie du Sud-Est ne soit
envisagé. Karel van Kooij étudie un motif iconographique (« Indra' s Heaven in Early
Hindu Art») dans un contexte purement indien. Le travail d'Ellen Raven concerne la
seule typologie des monnaies Gupta (« Defining Gupta mint idioms: The Chattra coins of
Candragupta II »). De même, quelques-uns des articles sur l'Asie du Sud-Est abordent des
problèmes iconographiques assez localisés : Marijke Klokke analyse avec précision la
combinaison atypique de motifs décoratifs de Java-Centre et de Java-Est dans le temple en
briques de Gunung Gangsir (« Candi Gunung Gangsir, a unique temple in East Java ») et
démontre au passage que la rupture entre les périodes de Java-Centre et de Java-Est n'est pas
si absolue qu'on a bien voulu l'écrire. Nandaná Chutiwongs étudie en détail une cloche
javanaise en bronze dont la poignée est en forme de vajra (« A ritual object from Java »).
D'autres contributions tentent avec plus ou moins de succès d'élargir leur problémat
ique au transfert des formes artistiques entre Inde et Asie du Sud-Est. Marije Duijker,
dans un aller et retour pregnant entre textes vieux-javanais et statuaire, éclaire le dévelop
pement du rôle si typiquement javanais du personnage de Bhïma et marque bien en quoi
ces développements diffèrent de ceux survenus en Inde ou en Asie du Sud-Est
continentale (« The significance of Bhïma's weapons in his stone représentations: An art
historical approach »). Prangopal Paul et Debjani Paul montrent comment l'artiste de
Chine ou du Sud-Est asiatique libéré du canon iconographique arrive à exprimer avec plus
de conviction l'idée de compassion associée à certaines images d'Avalokitesvara
(« Iconographie tradition and artistic freedom: Ponderings on a form of the Buddhist God
of Mercy »). Pauline L. Scheurleer étudie de façon systématique les usages rituels et les
représentations, de l'Inde à Java, des kundikà ou kundï (« The kamandalu containing the
amrta: the transformation and reinterpretation of an Indian water vessel in ancient Java »).
On regrettera, dans cet article si exhaustif par ailleurs, que l'auteur n'ait pas considéré les
données archéologiques abondantes sur l'usage profane de ces vases à gargoulette,
désignés aujourd'hui couramment sous le nom javanais de kendi. Leur apparition en Inde
ou en Asie du Sud-Est dans des assemblages antérieurs au IVe siècle E. C, au Funan par
exemple, permet de considérer le transfert de ces formes dans une perspective moins
étroitement iconographique. Edi Sedyawati, fidèle à son approche quantitative de
l'iconographie, l'applique ici à l'analyse du concept de « local genius », forgé par
H. G. Quaritch Wales en 1951 et souvent repris par les archéologues indonésiens pour
désigner la capacité des artistes locaux à créer des formes originales à partir de prototypes
indiens. Elle identifie ainsi à Java plusieurs centres successifs de création - dans l'espace
et dans le temps - qui restent proches des canons indiens ; ces centres artistiques sont
aussi ceux du pouvoir politique, alors que, au fur et à mesure que l'on s'en éloigne, dans
l'espace comme dans le temps, les artistes locaux prennent progressivement plus de
libertés (« Quantitative analysis on the problem of 'local genius' »). Janice Stargardt passe
longuement en revue les données existantes sur un grand reliquaire du Ve- VIe siècle et une
inscription sur or qui lui est associée, mis au jour dans les années 1920 dans la ville Руп
de Srï Ksetra. Du fait que leur contexte archéologique est relativement bien attesté, elle
peut en déduire nombre de conclusions sur les rapports étroits entre communautés
theravâda d'Inde et de Birmanie (« The great silver reliquary from Srï Ksetra: the oldest
Buddhist art in Burma and one of the world's oldest Pâli inscriptions »). Comptes rendus 389
D'autres contributions abordent des problèmes comparables par le biais de l'étude des
monuments religieux construits en Asie du Sud-Est. Haryati Soebadio prend l'exemple du
célèbre site de Ratuboko, à Java-Centre, sur l'épigraphie duquel J. G. de Casparis a publié
des travaux remarqués, pour montrer que toute restauration qui est coupée de l'étude du
contexte culturel du monument, exprimé en particulier dans les textes, est vouée à l'échec
(« The archaeological site of Ratuboko: a case of problems of restoration and
interpretation »). Dans la même veine, Soekmono (doyen des archéologues indonésiens,
décédé avant la parution de ce livre) analyse un passage décrivant le Borobudur dans la
Serai Centhini - texte à vocation encyclopédique javanais du début du XIXe siècle : il
présente un témoignage décisif en faveur de l'existence d'une statue inachevée du Buddha
dans le stupa central du célèbre temple, tranchant ainsi une querelle qui a opposé nombre
d'orientalistes hollandais (« Serai Centhini and the rejected Buddha from the main stupa
of Borobudur »). C'est une fois encore le Borobudur qui fait l'objet de toutes les
attentions de Jan Fontein. Dans une brève mais brillante contribution (« The sarïra of
Borobudur»), il tranche une autre controverse à propos de ce monument, dont on sait
combien il est sans parallèle en Inde : il y montre que ce stupa ne devait pas
nécessairement renfermer des reliques matérielles du Buddha. La figuration même des
nombreux textes canoniques apparaissant sur les bas-reliefs du Borobudur - dont le
répertoire est déjà une innovation par rapport à l'Inde - peut en effet avoir été considérée
comme représentant l'essence du corps de l'enseignement du Buddha, et donc comme des
reliques {sarïra), au même titre que les reliques corporelles, essence du corps du Buddha.
Le bref article de M. C. Subhadradis Diskul (« Prasat Poei Noi in northeastern Thailand »)
est simplement descriptif et confirme que ce temple khmer, construit dans le style du
Bayon, était dédié à Visnu. Une contribution écrite par John N. Miksic, Widya Nayati et
Tjahjono (« Recent archaeological research at Candi Plaosan ») donne l'état des
connaissances sur le complexe de temples bouddhiques de Plaosan, près du Prambanan,
après qu'il a fait l'objet de fouilles en 1996 et 1997. On sait que sa riche épigraphie avait
été étudiée par J. G. de Casparis.
Après l'iconographie et les monuments, ce sont les sources écrites qui font l'objet de
plusieurs autres articles de ce livre. Claude Jacques fait porter sa contribution sur « Les
noms posthumes des rois dans l'ancien Cambodge », qu'il analyse tout au long des
périodes préangkorienne et angkorienne, sans pouvoir toujours les expliquer, mais en
notant que, malgré leur forme indienne, ils ne semblent pas suivre un usage venu de
l'Inde. L'épigraphie, comme on l'a déjà fait remarquer, sert surtout dans cet ouvrage de
support à des analyses historiques. Titi Surti Nastiti inscrit sa contribution dans les
« gender studies » : « Role and status of women in ancient Java ». À travers l'épigraphie
et la littérature javanaises, mais sans négliger l'iconographie, elle démontre combien les
femmes - outre leur rôle bien connu dans l'économie villageoise et domestique et dans les
rituels - ont très souvent tenu des rôles politiques au niveau local, et ont parfois accédé
aux plus hauts rangs de la hiérarchie de l'État (on connaît plusieurs souverains de sexe
féminin). Mais, comme les femmes modernes, celles-ci étaient tenues d'assumer en plus
les rôles d'épouse et de mère, avec toutes les responsabilités afférentes. L'auteur montre
bien aussi que ces rôles étaient acquis par la naissance plus que par le mérite. Hariani
Santiko, en se fondant comme d'autres avant elle sur le corpus des plus anciennes
inscriptions de Java, et sur les remarques du Chinois Faxian à son passage à Java en 414,
tente d'apporter un éclairage nouveau à la religion des rois de Java-Ouest au Ve siècle
(« The religion of King Purnawarman of Târumânagara »). Ses remarques sur un
probable rituel védique lié aux trois enjambées de Visnu, destiné à assimiler le souverain
au dieu, et ainsi à légitimer son pouvoir, sont pertinentes. Mais cet article (probablement
écrit comme d'autres dans cet ouvrage longtemps avant sa mise sous presse) ne tient pas 390 Comptes rendus
compte des travaux récents de ses collègues indonésiens sur les sites archéologiques de
Java-Ouest ou de Sumatra-Sud dans les années 1990, sans parler des données icono
graphiques disponibles pour la même période au Funan.
Deux contributions par Amrit Gomperts (« Sanskrit jyotisa terms and Indian
astronomy in Old Javanese inscriptions ») et Willem van der Molen (« How many days is
a month? A problem of time in the Old Javanese Wirataparwa ») traitent de problèmes
plus techniques : le premier examine longuement les modalités diverses du transfert et de
l'adoption des traditions mathématiques astronomiques et astrologiques indiennes à Java
et à Bali, par un aller et retour constant entre textes indiens et javanais ; le deuxième est
plus préoccupé par une erreur de calcul inexplicable dans un texte javanais par ailleurs
très soucieux de bien noter le temps qui passe : on ne pourrait l'élucider qu'en proposant
une glose non attestée du mot lek (« lune » au lieu de « mois »).
Les préoccupations se font plus historiques et de plus grande portée quand on aborde
les contributions de J. J. Ras et de Jan Wisseman Christie. Le premier, pour mieux
comprendre le fonctionnement de l'État javanais, analyse mythes de fondation et de
légitimation qui mettent en valeur la relation primordiale, dans l'ancienne Java, entre
rituel et politique (« Sacral kingship in Java »). Le clergé, qu'il soit bouddhiste, vaisnava
ou šaiva, y est toujours représenté comme le médiateur incontournable avec le divin, qui
seul peut donner au roi sa légitimation. Ce clergé est donc tout puissant, puisqu'il a le
pouvoir de faire ou défaire les rois. Jan Christie, pour sa part, continue d'approfondir, par
touches successives, sa connaissance de l'histoire de Java-Centre à l'époque de Mataram.
Son article dans ce livre amène de nouveaux éléments pour Г elucidation du problème des
rapports entre les deux dynasties parallèles et rivales des Šailendra et des Sanjaya
(« Revisiting early Mataram »). On sait que les données permettant de reconstruire
l'histoire politique des VIIIe et IXe siècles sont fragmentaires et confuses (ne serait-ce que
du fait des grandes variations dans les différents noms attribués à un même souverain). On
en était donc resté jusqu'ici, pour l'essentiel, aux reconstructions effectuées par J. G. de
Casparis dans les années 1950. Partant de l'inscription alors inconnue de Wanua Těngah
III, datée de 908, l'auteur, pour reprendre ses mots, a pour ambition « d'ouvrir de
nouvelles avenues aux débats ». Jan Christie ne propose pas moins que de considérer la
division entre les Šailendra et les Sanjaya, dès le VIIIe siècle, comme « plus apparente que
réelle ». À la lecture de cet article de trente pages si lourd de conséquences pour l'histoire
de Java, et donc de tout l'ouest de l'Asie du Sud-Est (on sait que les Šailendra régneront à
Srïvijaya, et donc jusqu'en péninsule Malaise), on regrettera que le format du livre n'ait
pas permis à son auteur de mieux développer ses nombreuses hypothèses, en les dotant en
particulier d'un appareil critique plus copieux. On n'en attend que plus impatiemment la
publication plus détaillée des résultats de ses recherches.
Alors même que textes littéraires et épigraphes sont en partie contemporains à Java (la
compilation des plus anciens textes datés y remonte au Xe-Xle siècle), il est rare que le
corpus des uns et des autres soit mis en parallèle. Le remarquable dictionnaire vieux-
javanais du P. Zoetmulder7 ne prend pas en considération le corpus du vocabulaire
épigraphique. Le superbe article de A. Teeuw, vétéran des études littéraires, qui clôt le
volume, est un vibrant plaidoyer pour que ce schisme cesse (« Kahulunan and Sri
Kahulunan »). Louis-Charles Damais le premier, dès 1949, puis J. G. de Casparis dans sa
thèse, enfin Damais à nouveau dans son long compte rendu critique de cette dernière
{supra, note 2), avaient déjà abordé le problème du sens de kahulunan (reine, reine mère,
simple titre de fonctionnaire, nom de lieu, etc.), et d'autres ont encore tenté de l'élucider
7. P. J. Zoetmulder, Old Javanese-English Dictionary, 's-Gravenhage, Koninklijk Instituut voor
Taal-, Land- en Volkenkunde, 1982, 2 vol. rendus 391 Comptes
après eux. A. Teeuw, dans ce fascinant article, retrace son usage dans de nombreux contextes
(y compris dans l'original sanskrit du texte vieux-javanais du Mahâbhârata) et conclut... à
l'impossibilité de conclure en l'état des données, mais en ayant au passage élucidé un
problème épineux de l'épigraphie en vieux-malais et ouvert plusieurs nouvelles pistes.
Si l'on excepte la contribution de Denys Lombard, consacrée à un manuscrit français
du XVIIe siècle («À propos d'un manuscrit oublié de Herbert de Jager (1683)»),
H. I. R. Hinzler est le dernier auteur de ce livre à écrire sur les textes, ou plutôt sur les
supports des textes non épigraphiques. Son article débute et s'achève, non sans humour,
comme les livres dont eiie parle, par des colophons qui le dédient à J. G. de Casparis. Son
titre dit tout de son contenu et de la méthode énumérative et purement descriptive à
laquelle elle se cantonne : « The book in ancient Java: books, writing, writing material,
and reading in written and visual evidence ».
Je terminerai le survol de cet ouvrage en mentionnant l'article qui l'ouvre par ordre
alphabétique, dont l'auteur est Clara Brakel-Papenhuyzen, bonne connaisseuse de la vie
dans les cours modernes de Java-Centre, dont on rappellera qu'elles sont musulmanes
depuis plusieurs siècles (« Rajaweda, a royal sacrifice »). L'auteur y décrit des pratiques
rituelles annuelles qui, pour être des survivances de cultes hindouistes passés, n'en ont pas
moins gardé toute leur pertinence. Il s'agit, entre autres, de rituels d'exorcisme (ruwatan),
où Durga est invoquée pour la protection du royaume. Partant de l'observation ethno
graphique, Clara Brakel retrace brillamment l'évolution de ces rituels en remontant aux
textes en vieux-javanais, puis en retrouvant leur description dans l'abondante littérature de
cour des XIXe et XXe siècles.
Comme on le voit, ces trente contributions, à quelques exceptions près, traitent de
questions qui prolongent, avec plus ou moins de bonheur, les recherches de J. G. de
Casparis. On s'étonnera donc que les éditeurs se soient contentés de les classer par ordre
alphabétique : dans un genre, le Festschrift, qui produit nécessairement des ouvrages
décousus, un semblant d'ordre aurait quelque peu atténué cet effet convenu, d'autant, me
semble-t-il, qu'il y avait là suffisamment de matière. Si le bel index compense en partie ce
manque d'organisation thématique, on aurait encore apprécié, dans l'introduction des
éditeurs, un effort de synthèse : un bref état des lieux de la recherche sur l'histoire
ancienne de l'Asie du Sud-Est et de ses rapports avec l'Inde aurait été de circonstance et
aurait mieux montré peut-être combien nous sommes redevables des inestimables travaux
de J. G. de Casparis. On aurait aimé, aussi, avoir des précisions biographiques sur chacun
des trente auteurs de nationalités et de disciplines si diverses. Le temps qui a passé entre
l'écriture des contributions et leur publication finale en 2001 en rend quelques-unes
partiellement caduques (deux auteurs, Denys Lombard et Soekmono, sont décédés en
janvier 1998 et en 1997). Le nombre assez élevé de coquilles et de fautes de style
témoigne aussi de problèmes éditoriaux d'autant plus difficilement acceptables qu'il s'agit
d'un ouvrage fort cher.
Comme c'est bien souvent le cas lors de la lecture d'un volume de mélanges de
circonstance, on sort de cet exercice - ici de longue haleine - quelque peu frustré. Mes
reproches un peu sévères sur la forme ne doivent pas décourager pour autant le lecteur. La
qualité de ce livre, où l'on n'a pas lésiné en outre sur les belles illustrations, est
remarquable. Surtout, comme on aura pu en juger par la présentation de son contenu, le
lecteur curieux de l'histoire de l'Inde et de l'Asie du Sud-Est trouvera matière à réflexion
dans la grande variété de thèmes abordés, dans le nombre des voies ouvertes et des
questionnements pertinents.
Pierre- Yves MANGUIN

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