Néolithisation et Néolithique ancien d'Aquitaine - article ; n°2 ; vol.74, pg 559-582

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1977 - Volume 74 - Numéro 2 - Pages 559-582
Résumé. — Les niveaux supérieurs, « tardenoisiens », du Martinet, à Sauveterre-la-Lémance, ont fait l'objet d'interprétations divergentes, surtout en ce qui concerne le niveau 7, qui a livré ensemble des microlithes, des flèches à ailerons et pédoncule et de la céramique. Cette association a longtemps servi de base à l'idée que l'Aquitaine continentale se serait néolithisée très tardivement. L'étude de la céramique — jusqu'ici presqu'entièrement inédite — du Martinet et de la Borie del Rey y révèle l'existence d'un Néolithique ancien très proche de Rou- cadour C, associé au lithique « Tardenoisien III ». Les éléments récents (flèches à ailerons et pédoncule, et quelques tessons) n'apparaissent qu'au Martinet, en intrusion, tandis qu'à la Borie del Rey seule existe la céramique de type Roucadour C. La position chronologique de ce « Roucadourien » peut être fixée, entre la date С 14 de Rouffignac, couche 2, et celle de Roucadour, couche C, soit dans la seconde moitié du 5e millénaire. Ce groupe s'étend, hors du Lot, au Haut-Agenais et à la vallée de la Vézère, et peut-être jusqu'à l'Atlantique (le Bétey ?). Sur la côte basque, le site de Mouligna à Bidart peut en être rapproché, bien que plus récent d'après le С 14. L'isolement culturel de Roucadour paraît donc s'atténuer. Les influences, sensibles dans la céramique comme dans le lithique, font penser surtout à la Méditerranée occidentale, plus particulièrement peut-être à la zone orientale des Pyrénées et à la péninsule ibérique. La continuité manifeste des industries, du « Tardenoisien I » au « Tardenoisien III » (Néolithique ancien en réalité), montre l'appartenance de ces trois stades à un même cycle culturel. La présence d'animaux domestiques dès les premiers stades, au Cuzoul, confirmerait cette façon de voir et montrerait que, dès le « Tardenoisien I », vers le début du 6e millénaire ? on passe à un Néolithique en formation. La véritable rupture, en effet, ne se situe pas entre le « Tardenoisien II » sans céramique et le « Tardenoisien III » avec céramique, mais entre le Sauveterrien et les industries à trapèzes, de type Cuzoul, pour lesquels il faut abandonner défini- vement le terme de Tardenoisien.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1977
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Julia Roussot-Larroque
Néolithisation et Néolithique ancien d'Aquitaine
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1977, tome 74, N. 2. pp. 559-582.
Résumé
Résumé. — Les niveaux supérieurs, « tardenoisiens », du Martinet, à Sauveterre-la-Lémance, ont fait l'objet d'interprétations
divergentes, surtout en ce qui concerne le niveau 7, qui a livré ensemble des microlithes, des flèches à ailerons et pédoncule et
de la céramique. Cette association a longtemps servi de base à l'idée que l'Aquitaine continentale se serait néolithisée très
tardivement. L'étude de la céramique — jusqu'ici presqu'entièrement inédite — du Martinet et de la Borie del Rey y révèle
l'existence d'un Néolithique ancien très proche de Rou- cadour C, associé au lithique « Tardenoisien III ». Les éléments récents
(flèches à ailerons et pédoncule, et quelques tessons) n'apparaissent qu'au Martinet, en intrusion, tandis qu'à la Borie del Rey
seule existe la céramique de type Roucadour C. La position chronologique de ce « Roucadourien » peut être fixée, entre la date
С 14 de Rouffignac, couche 2, et celle de Roucadour, couche C, soit dans la seconde moitié du 5e millénaire. Ce groupe s'étend,
hors du Lot, au Haut-Agenais et à la vallée de la Vézère, et peut-être jusqu'à l'Atlantique (le Bétey ?). Sur la côte basque, le site
de Mouligna à Bidart peut en être rapproché, bien que plus récent d'après le С 14. L'isolement culturel de Roucadour paraît donc
s'atténuer. Les influences, sensibles dans la céramique comme dans le lithique, font penser surtout à la Méditerranée
occidentale, plus particulièrement peut-être à la zone orientale des Pyrénées et à la péninsule ibérique. La continuité manifeste
des industries, du « Tardenoisien I » au « Tardenoisien III » (Néolithique ancien en réalité), montre l'appartenance de ces trois
stades à un même cycle culturel. La présence d'animaux domestiques dès les premiers stades, au Cuzoul, confirmerait cette
façon de voir et montrerait que, dès le « I », vers le début du 6e millénaire ? on passe à un Néolithique en
formation. La véritable rupture, en effet, ne se situe pas entre le « Tardenoisien II » sans céramique et le « Tardenoisien III »
avec céramique, mais entre le Sauveterrien et les industries à trapèzes, de type Cuzoul, pour lesquels il faut abandonner défini-
vement le terme de Tardenoisien.
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Roussot-Larroque Julia. Néolithisation et Néolithique ancien d'Aquitaine. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1977,
tome 74, N. 2. pp. 559-582.
doi : 10.3406/bspf.1977.8468
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1977_hos_74_2_8468de la Société préhistorique française, tome 74, 1977, Eludes el Travaux, fascicule 2 Bulletin
Néolithisation et Néolithique ancien d'Aquitaine
par Julia Roussot-Larroque (*.
Résumé. — Les niveaux supérieurs, « tardenoisiens », du Martinet, à Sauveterre-la-Lémance, ont fait
l'objet d'interprétations divergentes, surtout en ce qui concerne le niveau 7, qui a livré ensemble des microlithes,
des flèches à ailerons et pédoncule et de la céramique. Cette association a longtemps servi de base à l'idée que
l'Aquitaine continentale se serait néolithisée très tardivement. L'étude de la céramique — jusqu'ici presqu'entièrement
inédite — du Martinet et de la Borie del Rey y révèle l'existence d'un Néolithique ancien très proche de Rou-
cadour C, associé au lithique « Tardenoisien III ». Les éléments récents (flèches à ailerons et pédoncule, et
quelques tessons) n'apparaissent qu'au Martinet, en intrusion, tandis qu'à la Borie del Rey seule existe la cér
amique de type Roucadour C. La position chronologique de ce « Roucadourien » peut être fixée, entre la date
С 14 de Rouffignac, couche 2, et celle de Roucadour, couche C, soit dans la seconde moitié du 5e millénaire.
Ce groupe s'étend, hors du Lot, au Haut-Agenais et á la vallée de la Vézère, et peut-être jusqu'à l'Atlantique
(le Bétey ?). Sur la côte basque, le site de Mouligna à Bidart peut en être rapproché, bien que plus récent d'après
le С 14. L'isolement culturel de Roucadour paraît donc s'atténuer. Les influences, sensibles dans la céramique
comme dans le lithique, font penser surtout à la Méditerranée occidentale, plus particulièrement peut-être à la
zone orientale des Pyrénées et à la péninsule ibérique.
La continuité manifeste des industries, du « Tardenoisien I » au « Tardenoisien III » (Néolithique ancien
en réalité), montre l'appartenance de ces trois stades à un même cycle culturel. La présence d'animaux domest
iques dès les premiers stades, au Cuzoul, confirmerait cette façon de voir et montrerait que, dès le « Tarde
noisien I », vers le début du 6e millénaire ? on passe à un Néolithique en formation. La véritable rupture, en
effet, ne se situe pas entre le « Tardenoisien II » sans céramique et le « Tardenoisien III » avec céramique,
mais entre le Sauveterrien et les industries à trapèzes, de type Cuzoul, pour lesquels il faut abandonner défini-
vement le terme de Tardenoisien.
Dès la publication des premiers résultats, les — niveau 7, deux zones contiguës, plus claires,
fouilles de L. Coulonges dans les gisements de reposant sur le niveau précédent, Tardenoisien
Sauveterre-la-Lémance eurent un retentissement III ;
considérable en Europe occidentale. Les strat niveau 8, terre argileuse avec débris de igraphies observées par L. Coulonges, surtout briques, poteries, scories de fer, Age du Fer, celle de l'abri du Martinet, ont servi et servent Gallo-Romain (Coulonges, 1935). encore de base pour la connaissance de l'Epipa-
léolithique-Mésolithique d'Aquitaine. Bien au- Une même séquence a été rencontrée, sous delà du cadre régional, on les invoque dans tous forme partielle ou complète, dans deux autres les essais de synthèse concernant cette période. gisements des environs de Sauveterre, le Roc
Allan et la Borie del Rey à Blanquefort-sur- Au Martinet, en avant de l'abri, les niveaux Briolance (Lot-et-Garonne), confirmant ainsi la archéologiques se présentaient de la manière validité de la stratigraphie du Martinet. Enfin, suivante :
au Cuzoul de Gramat (Lot), R. Lacam et A.
— niveau h, couche de cendres noires, repo Niederlender ont fouillé un gisement stratifié
sant sur des éboulis calcaires stériles, Sauve- dont la succession d'industries correspond aussi,
terrien ; dans ses grandes lignes, à celle du Martinet
(Lacam et Niederlender, 1944). — niveau 5, reposant immédiatement sur la
couche précédente, brun et cendreux, peu étendu, De cet ensemble de données se dégagent les Tardenoisien 1 ; principaux points suivants :
— niveau в, de même couleur et de même — individualisation du Sauveterrien, industrie étendue que le précédent, reposant dans sa partie caractérisée par les microlithes pygmées — gauche sur celle-ci, ailleurs sur la couche sauve- triangles surtout — , les pointes de Sauveterre, terrienne, Tardenoisien II ; les lamelles à dos étroites, parfois tronquées,
un débitage donnant des lames souvent mal
venues et irrégulières, et la technique du micro- (*) Institut du Quaternaire, Université de Bordeaux I, 33 - Talence. burin.
559 — remplacement brusque (couche 5 du Mart les plus évidentes de ces industries étant à
inet) du Sauveterrien par une industrie à tra chercher dans les niveaux IV à VII du Cuzoul
pèzes dérivée de la lame, avec un débitage diffé de Gramat, site quercynois qui n'est, après tout,
qu'à une soixantaine de kilomètres à l'est de rent, plus régulier, donnant des lames et lamelles
plus larges ; la technique du microburin est Sauveterre.
toujours en honneur ; les lames denticulées —
Cette assimilation pure et simple des industries considérées par Coulonges comme des éléments à trapèzes du Martinet au Tardenoisien de la de faucille — et les lames à coches abondent.
région éponyme, admise avec diverses nuances Les armatures de type sauveterrien — triangles,
jusqu'à ces dernières années (Octobon, 1935, pointes de Sauveterre — et les lamelles scalènes
1948 ; Barrière, 1956 ; Escalon de Fonton et ont disparu (Coulonges, I.e., p. 23). Lumley, 1957) a fait l'objet de récentes critiques
— identité quasi-complète de l'outillage des de J.-G. Rozoy (1971 b et 1976). Cet auteur sou
Tardenoisiens I et II, avec seulement une évolu ligne les différences notables qui séparent le
tion de la forme des trapèzes, dont la grande Tardenoisien classique du Bassin Parisien et les
troncature devient concave, produisant un léger industries à trapèzes de la moitié sud de la
cran du côté de la petite base, et l'apparition France, qualifiées jusque-là de « tardenoi
d'armatures à retouche envahissante, dont des siennes » ou « tardenoïdes ». Définissant le
flèches tranchantes, « premières manifestations Tardenoisien comme « l'ensemble des industries
néolithiques » (ibid, p. 24). à armatures microlithiques trouvées dans le
Tardenois » (1971, p. 346), le Dr Rozoy ne peut — caractère néolithique du Tardenoisien III, accepter une extension de ce terme à l'ensemble avec un outillage lithique de même technique des industries à trapèzes d'Europe occidentale. que les Tardenoisiens I et II (Coulonges, p. 26) Cette extension paraît à J.-G. Rozoy d'autant recevant seulement quelques adjonctions étran plus inexacte que le Tardenoisien, tel qu'il le gères, sous la forme du « pic ou retouchoir ». conçoit, comporte justement des stades ancien Quant aux flèches à pédoncule et ailerons de et moyen à peu près dépourvus de trapèzes. De ce niveau, elles semblent à l'auteur dérivées des même qu'il existe, dans la région éponyme, des armatures tardenoisiennes locales par simple stades anciens du Tardenoisien sans trapèzes, évolution (I.e., p. 30). L'existence de la poterie et un stade récent à trapèzes, il faudrait syméconfirme « le caractère bien néolithique du triquement, selon le Dr Rozoy, parler de Sauve- niveau Tardenoisien III du Martinet ». terrien récent à trapèzes dans la zone du
terrien. En d'autres termes, le Tardenoisien n'est Prenant pour base ces données, diverses ten
pas toujours à trapèzes, et les industries à tratatives de synthèse ont été proposées, la première
pèzes ne sont pas toujours tardenoisiennes. en date étant celle de L. Coulonges lui-même
en conclusion de son ouvrage. La position chro Il conviendrait donc de bannir définitivement nologique du Sauveterrien et sa qualité de groupe les termes de « Tardenoisien I, II et III » pour culturel ont été très vite acceptées par presque désigner les industries qui succèdent au Sauve- tous les auteurs. En revanche, au niveau des terrien classique dans le Sud-Ouest et le Sud industries « tardenoisiennes » du Haut-Agenais, de la France. des divergences d'interprétation se sont fait jour
Quelle que soit la position adoptée sur l'opporet des travaux récents ont ramené l'attention
tunité de ce terme — et nous aurons à y revenir sur ce problème.
— un problème irritant demeure posé, celui de
Pour L. Coulonges, le Tardenoisien du Mart l'apparente continuité évolutive des soi-disant
inet ne serait autre que le faciès continental « Tardenoisiens » II et III du Martinet. Il y a là
de ces industries à microlithes trapézoïdaux deux industries dont l'une serait encore épipa-
dont « l'aire de dispersion... est immense » ; léolithique ou mésolithique, et l'autre franche
le niveau 3 du Martinet, ou « Tardenoisien I », ment néolithique, voire postérieure, mais avec
serait l'équivalent de Montbani dans la région des types d'armatures, un outillage commun et
du Tardenois, ou encore du de un débitage pratiquement identiques. Le stade
l'Allemagne centrale (Coulonges, p. 53-54). Il se récent reçoit seulement quelques éléments nou
différencierait du Tardenoisien côtier (Muge, veaux, des « pics ou retouchoirs », 3 flèches à
Hoëdic-Téviec) par l'absence des grands triangles ailerons et pédoncule et de la céramique. Il en
à dos épais et des trapèzes à troncatures très va de même au Cuzoul de Gramat à ceci près
concaves et par le recours fréquent à la tech que le « Tardenoisien III » y est représenté par
nique du microburin. deux niveaux superposés (niveaux VI et VII) ;
dès le niveau VI apparaissent de grandes flèches Les niveaux à trapèzes du Haut-Agenais foliacées bifaciales, tandis que les flèches à seraient donc purement et simplement intégrés ailerons et pédoncule et la céramique ne se trouà la grande famille tardenoisienne, largement vent que dans le niveau VII (Lacam et al., 1944). répandue en Europe occidentale et assimilable
en dernier ressort à la blade and trapeze Cette continuité évolutive de l'outillage, cette
industry de J. G. D. Clark (1958). Seule, l'évo « transition insensible sans solution de conti
lution ultérieure en Tardenoisien II et III revê nuité » de l'Epipaléolithique au Néolithique a
été très fortement soulignée dans les publications tirait une certaine originalité locale, les parentés
560 L. Goulonges, puis de Lacam et Niederlender. même gisement, « voisin de l'âge du Bronze » de
(en fait, très certainement Bronze moyen). « La Ces derniers, fouilleurs également de la dolině
fin des industries tardenoïdes s'inscrirait dès de Roucadour, se sont efforcés d'intégrer ces
gisements dans une séquence chronologique et lors au début du 1Г millénaire, et non du IV »,
culturelle unique. Leurs tentatives, suivies de tandis que « l'essentiel du Chasséen de Rouc
adour... » doit être mis sans doute en parallèle beaucoup d'autres, se sont soldées, à notre point
de vue, par un échec, ou, plus exactement, par avec le « Tardenoisien II » (Cauvin, 1971, pp.
des demi-vérités dont le poids s'est fait sentir 63-64). Cette position attardée des industries
« tardenoïdes » d'Aquitaine est en accord avec par la suite, grevant lourdement la connaissance
du Néolithique régional. les idées exprimées en 1957 par M. Escalon de
Fonton et H. de Lumley pour qui les Tarde- En effet, si l'on se fie à la stratigraphie du noisiens I et II de l'Agenais seraient contemMartinet, apparemment confirmée par celle du porains du Néolithique et le Tardenoisien III, Cuzoul, l'évolution interne du Mésolithique paraît du Chalcolithique. Dans un tel schéma, le Néose poursuivre sans heurt jusqu'à une période lithique ancien de Roucadour apparaît comme très récente du Néolithique, ou plus vraisembla un phénomène très isolé et marginal, difficile blement, jusqu'au Chalcolithique ou au Bronze à intégrer dans une conception d'ensemble de ancien, caractérisé par des flèches à ailerons et la néolithisation du Sud-Ouest de la France. pédoncule et de la céramique à cordons digités.
En 1973, nous avons fait connaître l'existence Aussi, en 1944, Lacam et Niederlender mettent
de microlithes (trapèzes du Martinet, llèches de en parallèle le niveau VII du Cuzoul et le niveau
Montclus) en milieux post-mésolithiques, et en de l'âge du Bronze de Roucadour (« certains
particulier dans des contextes chalcolithiques de fragments de poteries et des pointes de flèches
la civilisation d'Artenac (Fontaine de la Demoisà pédoncule — qui, à Roucadour, sont dans le
elle à Saint-Léon-sur-1'Isle, Dordogne ; Roussot- niveau de l'âge du Bronze — nous font placer
Larroque, 1973 et 1974). Ce fait, confirmé par le niveau VII, au plus tard, au Néolithique
de nouvelles trouvailles hors d'Aquitaine (Jous- avancé » I.e., p. 42). Bien plus tard, lorsque,
saume, 1976), ne nous incita pourtant pas à sous l'influence de J. Arnal, la couche G de
rajeunir en bloc jusqu'au Chalcolithique le Roucadour aura été reconnue comme Néolithique
« Tardenoisien III », d'autant que les niveaux ancien, Niederlender et Lacam tendront à vieillir
artenaciens à microlithes de la Fontaine de la au moins le niveau VI du Cuzoul, qui repré
Demoiselle surmontent en stratigraphie des cousenterait pour eux un stade ultime du Mésoli
ches de Néolithique moyen-récent dépourvues thique, bientôt suivi par la néolithisation (Nie
de telles armatures. Aussi, loin de conclure avec derlender, Lacam et Arnal, 1966). Mais le
M.-C. Cauvin (1976, p. 1435) que notre découproblème des éléments plus récents du « Tar-
verte « confirme définitivement » une datation denoisien III » restera posé.
très basse de la fin de la séquence tardenoisienne L. Coulonges, quant à lui, restera fidèle à en Périgord, nous mettions au contraire l'accent l'idée d'un « Tardenoisien III » tardif : « nous sur le problème, irritant et non résolu, de l'appaobserverons dans les gisements en place le rente continuité des « Tardenoisiens » II et III contact immédiat du Tardenoisien III avec des du Martinet et du Guzoul (Roussot-Larroque, restes de bronze et de fer. Ce que l'on dit le 1976). Néolithique avec les haches polies ou taillées
n'a pas été trouvé en stratigraphie. Dans l'Age- L'hypothèse d'une coexistence, en Aquitaine,
nais, les belles haches polies ou taillées... sont de groupes distincts de « Tardenoisiens évolués »
contemporaines du Bronze... Ce que l'on dit le et de Néolithiques vrais n'emportait pas non
plus notre conviction. Tel fut le sens de notre Néolithique, le Ghalcolithique et le Bronze dans
l'Agenais est tout simplement un tout » (Cou réponse à un article où J.-G. Rozoy posait la
longes, 1965), ou encore : « la conception du question de contacts réduits entre des isolats
Néolithique en tant que grande période des temps locaux épipaléolithiques et des groupes chalco
préhistoriques... est une erreur en tant qu'elle lithiques durant quelques siècles (Rozoy, 1971,
concerne le Sud-Ouest de la France » (Cou p. 147). En effet, pour admettre cette possibilité,
longes, 1959). il faudrait supposer que « le Néolithique a pénét
ré si tard dans le Centre-Ouest... qu'un contact Cette idée d'un Tardenoisien tardif et pro a bien pu y avoir lieu entre des Epipaléolithiques longé, occupant en Aquitaine la place dévolue tardifs (donc avec des armatures très évoluées) ailleurs au développement du Néolithique, a eu et le Chalcolithique » (Rozoy, Le, p. 149). Or, un succès durable. Sous des formes diverses, au contraire, la découverte de stratigraphies couelle a été reprise par presque tous les auteurs vrant la plus grande partie du Néolithique et le ayant eu à traiter de la Préhistoire récente du Ghalcolithique dans cette région (Roquefort, Sud-Ouest. Nous citerons en particulier G. Bar Fontaine de la Demoiselle) rend impossible rière (1956) et M.-C. Cauvin (1971). Cet auteur, désormais toute explication de ce genre. reprenant l'idée exprimée en 1944 par Lacam
et Niederlender, tend à mettre en parallèle le Ainsi le problème de la vraie nature du « Tar
« Tardenoisien III » du Martinet, non pas avec denoisien III » d'Aquitaine et de sa place dans la
le niveau inférieur, Néolithique ancien, de Rou chronologie restait posé, revêtant même une
cadour (couche G), mais avec le niveau A du acuité accrue à mesure que progressait notre
561 connaissance du Néolithique régional et que se
comblait l'écart par rapport aux grandes régions
voisines.
Or, constatation surprenante si Ton songe à
toute la littérature suscitée par le « Tardenoisien
final » d'Aquitaine, la céramique du niveau 7 du
Martinet n'a jamais été publiée jusqu'ici, ni,
semble-t-il, étudiée en détail. Il en va de même
de la céramique du « Tardenoisien III » de la
Borie del Key, gisement dont, à vrai dire, la total
ité des niveaux supérieurs est demeurée inédite.
La situation est d'ailleurs la même pour le
niveau VII du Cuzoul, dont nous savons seul
ement qu'il était « mélangé ». Les industries lithi-
ques de ces niveaux « Tardenoisien III » fort bien
publiées et illustrées par les fouilleurs, n'ayant
pu permettre de résoudre les problèmes posés, il
convenait donc d'en examiner la céramique, dont
la valeur diagnostique est d'ordinaire bien supé
rieure. Par un heureux concours de circons
tances, l'inventaire et le classement des séries
sauveterriennes et postérieures de la collection
Coulonges, acquise par le département de Lot-
et-Garonne, nous ont été récemment confiés par
la Direction des Antiquités Préhistoriques d'Aquit
aine. Qu'il nous soit ici permis d'exprimer à
J.-Ph. Rigaud, directeur, à Mlle Labit, conser
vatrice des musées de Lot-et-Garonne, et à
J.-M. Le Tensorer l'assurance de notre vive recon
naissance. Comme prévu, c'est dans cette mod
este série de tessons que résidait la solution du
problème.
Fig. 1. — Le Martinet, Sauveterre-la-Lémance (Lot-et-Garonne). Nous allons examiner successivement la cér Fouilles L. Coulonges. Céramique du niveau 7, « Tardenoisien III ». Musée d'Agen. amique du niveau 7 du Martinet, puis celle du
niveau correspondant de la terrasse de la Borie
del Rey.
n" 1). Partie supéBords. — Vase n° 1 (fig. 1,
rieure avec bord d'un gobelet tronconique épais,
dont le diamètre à l'ouverture avoisine les I. LE MARTINET
105 mm. La surface extérieure porte de légères
traînées verticales, que nous ne considérons pas Le produit des fouilles de L. Coulonges au comme un décor mais comme des traces de façonMartinet n'a pas été intégralement conservé par nage non éliminées par une dernière finition. le fouilleur et se trouve dispersé entre plusieurs Epaisseur max. : 12 mm. Surface externe brun- musées et collections. On doit à M.-C. Cauvin la rouge foncé, intérieur gris foncé. Pâte truffée de publication d'une petite série de la collection graviers de quartz atteignant 7 mm de long. La Vaufrey ; celle-ci ne semble pas avoir comporté cassure parallèle au bord est lisse et concave ; de céramique. Au Musée des Antiquités Natio c'est l'indice révélateur de céramiques montées nales, grâce à la bienveillante autorisation de au colombin avec une technique défectueuse, qui R. Joffroy, conservateur en chef et H. Delporte, ne permet pas d'éviter le décollement des colom- conservateur, nous avons pu étudier cette autre bins insuffisamment adhérents les uns aux petite série de Tardenoisien III que possède le autres. Nous retrouverons le même caractère sur musée. d'autres tessons du Martinet.
La collection Coulonges renferme encore 24
Vase n° 2 (fig. I, n° 7). Partie supérieure d'un tessons et 1 fusaïole, auxquels s'ajoutent 3 autres
vase tronconique dont le bord est brusquement fragments décorés et 1 fusaïole du Musée des
Antiquités Nationales. On est d'abord frappé par aminci de l'intérieur, formant une sorte de mép
la fragmentation de la céramique et l'impression lat. La tranche de ce bord est profondément
d'un manque d'homogénéité de l'ensemble. entaillée par des incisions parallèles obliques
(à l'ongle ?). Diamètre, environ 165 mm à 1 ouAucun vase n'a pu être entièrement reconstitué,
mais nous avons pu établir le profil partiel de verture ; épaisseur, 15 mm. Surfaces brun-rouge
deux récipients. La série comporte 3 fragments comme la cassure, boursouflées par des graviers
de quartz arrondis atteignant 4 mm de diamètre ; de bords, 7 tessons décorés, 1 anse, 1 fond plat
et 2 fusaïoles. aspect très grossier.
562 de bord très fin, légèrement ourlé 8 à 11 mm, dégraissant de quartz fin. Du même Fragment
(fig. 1, n" 2). Surface lissée et un peu lustrée, vase ou d'un autre très semblable provient un
brun-gris foncé à l'extérieur, ocre sale à l'inté tesson du M.A.N. dont les caractéristiques géné
rieur, cassure à noyau gris foncé. Dégraissant rales sont les mômes (fig. 2, n"s 1 et 2).
très fin sableux. Epaisseur max., 6 mm. Qualité Décor plastique composé d'un cordon en are bien supérieure à celle des deux vases précédents. de cercle, partiellement arraché. (M.A.N.). Le
Anse. — Petite anse faite d'un bouton perforé dessin général du motif ne peut être deviné ;
(fig. I, n" 4) sur un tesson d'assez bonne facture, peut-être se situait-il au voisinage d'une anse ?
relativement fin (6 mm). Surface corrodée ocre Céramique ocre clair sale, dégraissant assez fin,
clair rougeâtre, dégraissant peu visible. Perfo épaisseur 11 mm (lig. 2, n° 5).
ration par un bâtonnet (fui a laissé une trace Fragment de vase à fond plat dont la base est très nette. soulignée d'une ligne d'empreintes de doigt
Décors. — Tesson à chevrons verticaux tracés juxtaposées (M.A.N.) . Couleur brique, pâte dure n° 3). par incision à la pointe mousse (fig. I, et très cuite ; épaisseur, 10 mm (fig. 2, n° 7).
Surface assez irrégulière, mate, ocre-rougeâtre
à l'intérieur comme à l'extérieur, cassure grise. Autres tessons. — Un fragment indique un col
Epaisseur, 10 mm. Dégraissant sableux formé de éversé. Pâte à gros dégraissant de graviers de
grains de quartz ne dépassant pas 1 à 2 mm de quartz, très abondants et atteignant 5 mm de
diamètre, avec quelques fines particules de mica. long. Extérieur brun foncé rougeâtre, intérieur
brun-gris rougeâtre, cassure gris foncé. Surface Décor formé d'une ligne de dépressions (au
irrégulière et bosselée. Epaisseur, 12 mm. Un doigt ?) sur un tesson à dégraissant très fin de
autre tesson, sans caractère particulier, est du quartz ; épaisseur, 8 mm. Surface extérieure ocre
même genre de pâte. clair sale, intérieur ocre rose comme la cassure ;
n° 6). cuisson excellente (fig. I, Tesson de forme subrectangulaire dont deux
côtés parallèles sont formés du bord lisse d'un
même colombin, qui n'adhérait à ses voisins que
par la couche superficielle, intérieure et exté
rieure, étirée par lissage, sur 1 à 2 mm d'épais
seur seulement. Le plan de contact de ces colom-
bins est fortement oblique. La largeur du
colombin entre les deux bords atteint 54 mm, ce
qui suppose un étirement supérieur à la moyenne
des gisements du secteur. A titre de comparaison,
à Roucadour la hauteur moyenne des colombins
de la couche G est de 22 mm, le plus étiré
n'atteignant que 42 mm de haut. La pâte com
porte un dégraissant fin sableux avec menues
particules de mica. Cuisson excellente, pâte dure
et homogène, surfaces parfaitement lissées,
mates. Intérieur, extérieur et cassure d'un brun-
gris sale (fig. 2, n° 3). Deux autres tessons, sans Illustration non autorisée à la diffusion
caractère particulier, sont d'une pâte sableuse du
même genre.
Tesson subrectangulaire dont les deux bords,
supérieur et inférieur, sont également formés des
bords lisses d'un même colombin, dont la hauteur
est de 35 mm et l'épaisseur de 9 mm. Contraire
ment au fragment précédent, ce colombin montre
un plan de contact sensiblement perpendiculaire
aux surfaces du vase. La pâte, d'assez bonne
qualité, comporte un dégraissant fin avec un
peu de mica et de menus grains de quartz
arrondis. Extérieur ocre clair grisâtre sale, inté
rieur et cassure également. Cuisson bonne et tra
itement très correct des surfaces. Fig. 2. — Le Martinet, Sauveterre-la-Lémance (Lot-et-Garonne). Fouilles L. Coulonges. Céramique du niveau 7, « Tarde- Trois tessons provenant probablement du noisien III ». M.A.N., nos 1, 5, 7 ; Musée d'Agen, nos 2-4. même vase. Dégraissant de quartz arrondi pou
vant atteindre 2 mm de diamètre, visible à
Grand morceau (en deux fragments, cassure l'extérieur. Surface extérieure ocre clair sale,
ancienne) de vase à cordon fortement impres mate et d'aspect poreux ; intérieur gris-brun
sionné au doigt. Perforation au-dessus du cordon. comme la cassure. Epaisseur max. : 11 mm.
Céramique brun-rougeâtre à l'extérieur, brune à Départ d'un relief, oreille, cordon ou anse ?
l'intérieur et grise dans la cassure. Epaisseur, sur deux de ces tessons.
563 à dégraissant formant de gros points Moyens de préhension. — Deux oreilles, probaTesson
blancs constellant les surfaces (calcaire ?,) ; blement horizontales, saillantes, pourraient pro
épaisseur, 7 mm. Ocre-jaune. venir d'un même vase. La pâte sableuse à dégrais
sant fin est ocre sale à l'extérieur, gris-brun clair Tesson à dégraissant peu visible, surface gris à l'intérieur, et gris foncé dans la cassure. Les foncé mate ; dans la cassure on voit nettement surfaces rugueuses sont mates (fig. 3, n"s 7 et 8). le bord lisse du colombin.
Une anse fragmentaire, en boudin irrégulier, Deux tessons, provenant probablement de vases est de la même pâte rougeâtre que l'un des fonds différents, mais de pâte assez analogue : gros coniques (fig. 3, n° 11). dégraissant de billes de quartz crevant la sur
face boursouflée ; couleur rouge-brun. Epaisseur, Décor. — Un tesson porte un relief avec trois 13 mm pour l'un, 10 pour l'autre ; bord lisse empreintes (de doigt ?) en arc de cercle. Céradu colombin visible. mique ocre clair, mate, de bonne qualité
moyenne, à dégraissant de quartz avec un peu Deux fusaïoles, taillées dans des tessons de
de calcaire blanc, pâte assez tendre. Epaisseur, fonds plats ; l'une (collection Coulonges) est vis 8 mm (fig. 3, n" 6). iblement faite sur un tesson tourné, l'autre
(M.A.N.) sur tesson très cuit semble pour le Un petit fragment semble porter le départ d'un
cordon lisse (ou oreille ?), il est en pâte ocre à n° moins 6). protohistorique, Il en est de même voire du plus fragment récente de (fig. fond 2, dégraissant fin peu distinct (fig. 3, n° 12).
plat, n" 7, fig. 2.
Autres tessons. — Quelques fragments, d'après
leur couleur et leur texture, semblent provenir
d'un même vase, ou de vases très proches. Ainsi,
II. — LA BORIE DEL REY divers fraginents avec bords de colombins dé
collés en biseau sont de la même couleur rouge-
brun que le bord n" 1, le fond conique n° 10 ou La série de la Borie del Rey comporte 120 l'anse cassée n° 11. Des graviers de quartz arron
tessons, dont 5 bords, 2 fonds, 3 moyens de dis atteignant 6 mm de diamètre sont noyés dans préhension et 1 décor. la pâte très friable, rougeâtre jusqu'au cœur. La
surface extérieure, sommairement lissée, est parBords. — Bord appointé par amincissement fois traversée par les billes de quartz. L'épaisseur interne ; le bord inférieur du colombin est nett varie de 15 à 8 mm. ement concave et lisse. Pâte brun-rougeâtre à
Correspondant au fond conique n° 9, 7 autres l'extérieur et dans la cassure. Dégraissant de
tessons de pâte sableuse brun-jaune, d'une graviers de quartz atteignant 6 mm. Epaisseur
max., 13 mm (fig. 3, n° 1). épaisseur variant de 13 à 7 mm ; cuisson bonne,
couleur homogène dans l'épaisseur. Bord appointé ; dégraissant de graviers de
Un tesson concave indique un col éversé ; il quartz crevant parfois la surface lissée irrégu
est relativement fin, brun-rouge, avec dégraissant lièrement et fendillée. Pâte rougeâtre dans
de quartz de faibles dimensions, atteignant au l'épaisseur, brun-gris à l'extérieur, gris foncé à
maximum 1 mm ; l'intérieur et la cassure sont l'intérieur. Epaisseur max., 13 mm (fig. 3, n° 2).
gris foncé ; les surfaces sont bien lissées, la qual
Menu fragment de bord, on y remarque le bord ité n'est pas inférieure à la bonne céramique
inférieur lisse du colombin, nettement concave. moyenne des phases ultérieures du Néolithique.
Céramique brun rougeâtre à dégraissant de Trois tessons d'un même vase, mais non quartz arrondi, très voisine comme texture du coaptables, sont au contraire d'un aspect très bord n" 1, mais avec un brusque élargissement
grossier, avec pâte pétrie de graviers de quartz interne sous le bord. La forme générale ne peut dépassant parfois 8 mm de long et crevant les être conjecturée (fig. 3, n" 3).
surfaces ; extérieur fendillé, beige-ocre clair,
Fragment rappelant, par la forme et la texture, intérieur et cassure gris-rougeâtre. Epaisseur,
le bord précédent, mais non coaptable et d'une 14 mm. La forte courbure des tessons indique un
épaisseur n° 4). supérieure, atteignant 16 mm (fig. 3, vase de dimensions modestes.
Tesson rouge clair dans l'épaisseur avec dé
Bord arrondi assez fin, surfaces beige clair graissant de gros graviers de quartz atteignant
7 mm ; l'épaisseur est de 12 mm. constellées de dégraissant blanc, calcaire ; épais
seur max., 8 mm (fîg. 3, n" 5). Tesson très épais, jaune-ocre à l'intérieur et à
l'extérieur, gris clair dans la cassure, dégraissant Fonds. — Deux fonds de vases, coniques par très fin presque invisible. Aspect mat et poreux, épaississement extérieur de la paroi. L'un, prove avec traces d'éléments végétaux. Epaisseur, nant, semble-t-il, d'un vase assez grand, est d'une 20 mm. pâte sableuse ; l'autre est d'une céramique un
iformément rougeâtre. Sa surface extérieure est Tesson d'une céramique grise, dure et bien
irrégulièrement lissée, l'intérieur est très érodé cuite, assez fine, dégraissant sableux fin ; épais
(fig. 3, nus 9 et 10). seur, 5 mm.
564 ralement montée au colombin ou boudin, mais
ces colombins sont curieusement fabriqués puis
que le lissage a été exécuté sur les tranches supé
rieures et inférieures comme sur les parois
latérales... ils tiennent les uns aux autres par
1 mm de pâte à l'extérieur et à l'intérieur... »
«... Les dégraissants sont presque tous faits de
petites billes de quartz entières ou concassées.
Les couleurs des parois sont brunes ou rouges,
plus rarement beiges. » (Niederlender, Lacam
et Arnal, 1966, pp. 17-19).
Cette similitude va jusqu'aux détails techno
logiques : dégraissant de graviers de quartz
crevant les surfaces, pâtes parfois littéralement
pétries de dégraissant, bords appointés minces
s'épaississant rapidement, le galbe étant obtenu
par un changement d'épaisseur de la paroi, qual
ité très variable de la céramique, dont certains
tessons sont de qualité acceptable, d'autres révè
lent une grande maladresse d'exécution, colom
bins mal collés ne tenant que par les quelques
millimètres de couche superficielle. Précisons ici
que ce défaut de fabrication si caractéristique ne
vient pas, à notre avis, d'un « lissage » de la
surface des colombins, comme l'a écrit J. Arnal,
car les qu'on les fabrique en les rou
lant entre les doigts ou sur une surface unie, sont
nécessairement lisses eux-mêmes. C'est d'ailleurs
pour cela que le potier, lorsqu'il monte son vase,
utilise fréquemment un peigne pour scarifier la
Fig. 3. — La Borie del Rey, Blanquefort-sur-Briolance (Lot-et- tranche des colombins, qu'il enduit ensuite de Garonne). Fouilles L. Coulonges. Céramique du « Tarde- barbotine pour en favoriser l'adhérence. C'est noisien III ». Musée d'Agen. pour avoir ignoré ou négligé ce procédé que les
potiers primitifs du Haut-Agenais, comme ceux La comparaison des céramiques du Martinet de Roucadour, ont fabriqué des vases dépourvus et de la Borie del Rey fait apparaître un très de solidité. Leur technique aurait pu donner des grand nombre de similitudes ; la seule diffé résultats acceptables s'ils avaient utilisé une rence, c'est que la série du Martinet révèle l'i argile très plastique et très humide, car les ntrusion de quelques éléments plus récents, ce colombins, dans ce cas, se collent relativement que confirme pleinement la comparaison des bien sans scarification et sans barbotine. Il séries lithiques des deux gisements agenais, semble au contraire que la terre employée ici, puisque le « Tardenoisien III » de la Borie del non épurée ou mal épurée (car on se demande si Rey ne contient pas de flèches à ailerons et le gravier de quartz qu'elle contient est une pédoncule ni aucun autre élément évoquant le adjonction volontaire — un dégraissant au sens Chalcolithique ou le Bronze. Les deux fusaïoles vrai du terme — ou bien une impureté non et le fond plat n° 7, fig. 2, du Martinet appar éliminée) était très maigre et probablement tiennent certainement à des périodes bien posté trop sèche, d'où la médiocrité du résultat obtenu rieures au reste du mobilier. Ces intrusions parfois. En revanche, notons-le, la cuisson ne proviennent probablement, en réalité, du niveau 8, paraît pas mauvaise ; elle est même excellente sus-jacent au « Tardenoisien III ». Ainsi, l'exi dans certains cas et quelques vases sont d'une stence d'un niveau non remanié à la Borie del Rey assez bonne qualité. Quoi qu'il en soit, une permet de replacer correctement dans le temps grande partie des vases du Martinet ou de la ce « Tardenoisien final » du Martinet sur lequel Borie del Rey semble le fait de potiers peu doués, a si longtemps reposé le dogme du retard culturel maîtrisant encore assez mal les techniques cérade l'Aquitaine continentale. miques, et l'on peut ici encore leur appliquer le
Pour le reste, la céramique du Martinet et de texte où J. Arnal suggère que peut-être « les
la Borie est tellement semblable à celle du Néoli premiers occupants de Roucadour étaient des
thique ancien de la couche С de Roucadour qu'on mésolithiques locaux désirant se moderniser
pourrait pratiquement reprendre mot pour mot mais incapables de s'adapter suffisamment bien
la description du Dr J. Arnal : « le caractère à la fabrication des pots, ce qui leur donne une
principal de la poterie... est si l'on peut dire son grande originalité ». Pourtant, presque partout
non-conformisme. Peu de tessons se ressemblent ailleurs, les premières céramiques du Néolithique
entre eux et les formes n'obéissent à aucune ancien sont d'une très belle qualité, et la
règle... Néanmoins, une technique de fabrication gaucherie des potiers de Roucadour ou de l'Age-
commune se détache. Cette céramique est nais contraste vivement avec les splendides
565 du Cardial ancien de la Méditerranée. poteries dour G ne contient aucun élément qui ne se
Aussi faut-il se garder de l'idée fausse qu'une retrouve aussi dans le « Tardenoisien III » du
poterie est d'autant plus grossière qu'elle est plus Haut-Agenais.
ancienne, car l'expérience a montré que le Poursuivant la comparaison, on pourrait contraire est souvent vrai, du moins à l'intérieur ajouter que les éclats de défense de sanglier d'une culture donnée, et ne tirer pour le moment signalés à Roucadour G existent également à aucune conclusion prématurée de la médiocrité Sauveterre-la-Lémance. Quant aux autres objets technique de notre céramique du Néolithique d'os ou de bois de cerf de Roucadour, on leur ancien d'Aquitaine. trouverait sans peine des points de comparaison
dans des gisements attribués au Mésolithique
Ainsi, au Martinet comme à la Borie del Rey, final. Ainsi, tel « brunissoir ou spatule épaisse »
nous venons de rencontrer un Néolithique ancien en os de bovidé (Roucadour, pi. III, 3) n'est
dont la céramique est fortement apparentée, autre qu'une de ces « haches » en os ou bois
sinon même identique, à celle de la couche С de cerf, analogue à celles de Birsmatten (H 1),
de Roucadour. Si nous comparons maintenant de Montclus (niveaux castelnoviens), de Belle-
les industries lithiques de ces trois gisements, fonds (couche inférieure) ou de Rouffignac
nous rencontrons une première difficulté, liée à (couche 4 c, sauveterrienne) sur lesquelles le
la disparité numérique des séries en présence. Dr Rozoy a récemment attiré l'attention (Rozoy,
Au Martinet, même si la dispersion des séries 1973).
interdit de donner un décompte de l'outillage, Le grès à rainure de Roucadour G (Le, pi. II, nous connaissons actuellement, en regroupant la 8) a également des analogues en milieu tardecollection Coulonges, la série Vaufrey et celle noisien. Notons enfin que les haches en pierre du Musée des Antiquités Nationales, 103 armat polie manquent jusqu'ici dans tous les gisures microlithiques provenant du niveau « Tar- ements considérés, qu'il s'agisse du Martinet, de denoisien III ». A la Borie del Rey, dont le mobil la Borie del Rey, du Cuzoul ou de Roucadour G. ier « tardenoisien », inédit, semble avoir été Cependant, si l'on en croit J. Arnal, il ne faut intégralement conservé par L. Coulonges, nous peut-être pas accorder trop d'importance à ce parvenons au chiffre de 32 armatures pour le fait : « l'absence de hache polie, étant donné niveau correspondant, tandis qu'à Roucadour la la pauvreté du niveau ne saurait être concluante. couche G n'a livré en tout et pour tout que D'aucuns en feront un signe d'archaïsme, c'est 5 pièces de cette catégorie. La disparité numér possible mais non probant » (ibid., p. 26;. ique serait du même ordre pour l'outillage
commun des trois gisements. La faiblesse numér Ainsi, ce « petit groupe d'indigènes, entièr
ique du lithique de Roucadour G s'affirme donc ement isolé culturellement de ses voisins » (Bail-
sur toute la ligne, rendant très aléatoire toute loud, 1975) qui vivait dans la dolině de Roucad
our, à la charnière du 5° et du 4° millénaire velléité de comparaison. On y constate seulement
avant notre ère, apparaît maintenant sous un la présence d'une industrie sur lames et lamelles,
dont des lamelles à coches et denticulées et des nouveau jour. Sans préjuger de l'attribution
grattoirs en bout de lamelle, ainsi que quelques culturelle du niveau 7 du Cuzoul, dont la cér
petits grattoirs denticulés sur éclats courts. Ces amique n'est pas encore connue, on peut affirmer
pièces ont de parfaits homologues au Martinet que cette culture du Néolithique ancien, ce
et à la Borie. Parmi les armatures microlithiques, Roucadourien, pour reprendre le terme proposé
par J. Arnal, a connu dans le Sud-Ouest de la le seul type représenté à Roucadour G est la
flèche tranchante à retouche envahissante ou France une certaine extension. Certes, les gis
ements de Sauveterre-la-Lémance et de Blanque- couvrante sur la face dorsale, semi-abrupte sur
fort-sur-Briolance ne sont qu'à une soixantaine la face ventrale, connue sous le nom de « flèche
de Montclus » ; deux de ces flèches sont trapézoï de kilomètres à vol d'oiseau de Roucadour, mais
dales, une autre est asymétrique. Ces pièces il semble que la diffusion de cette culture origi
rappellent étroitement celles du Martinet et de nale ne s'est pas arrêtée en Haut-Agenais et qu'on
la Borie. D'ailleurs, Niederlender, Lacam et peut en retrouver la trace plus loin. En Périgord,
Arnal ont déjà souligné que « l'outillage lithique M. -G. Cauvin a fait connaître quelques vestiges
néolithiques recueillis par R. Daniel dans l'abri du niveau G de Roucadour se rapproche beaucoup
du Tardenoisien III (couches 6 et 7) du Cuzoul » Pageyral aux Eyzies, site jadis fouillé par E.
(Le, p. 28). En revanche, nous ne suivrons pas Rivière (Cauvin, 1971 b). Bien que n'ayant pas
ces auteurs lorsqu'ils ajoutent que cette industrie une connaissance directe du mobilier, nous
« a perdu tout caractère mésolithique (absence serions portée à penser que le bord de vase tuli-
de pointes tardenoisiennes, de microburins) ». piforme à incisions parallèles sur la tranche,
En effet, revoyant le mobilier de Roucadour grâce ainsi que la fléchette à base concave et la pointe
triangulaire à retouche abrupte inverse de la à l'amabilité de Mme Vve Niederlender, nous y
avons remarqué un très beau microburin en bout base "et d'un bord (Le, fig. 1, 2 et 4) comme les
microburins, les grattoirs denticulés et les lames de lamelle provenant de la couche G. D'autre
part, l'absence de « pointes tardenoisiennes » Montbani de ce site, pourraient bien appartenir
dans une série de 5 armatures seulement n'a au même horizon culturel que la couche G de
aucune signification statistique. On peut tout au Roucadour. Dans ce contexte, on notera avec
plus noter que l'industrie lithique de intérêt la présence d'une meule.
566 Au-delà de la Vézère, les indices deviennent
plus lions. Pourtant, si l'on s'appuie sur la seule
typologie lithique, bon nombre de gisements
d'Aquitaine présentent des types d'outils, en
particulier d'armatures, qui font irrésistiblement
penser au « Tardenoisien III ». La difficulté vient
de ce que certains de ces types ont eu une très
longue persistance. Ainsi le trapèze du Martinet,
la ilèche de Monlclus, symétrique ou asymét
rique, le segment et le triangle du Bétey, repa
raissent dans la civilisation chalcolithique d'Ar-
tenac, avec les lames et lamelles Montbani et la
technique du microburin. Dans ces conditions,
l'attribution des sites de plein air sans strat
igraphie et sans céramique est des plus aléatoires.
Il est bien difficile pourtant, de ne pas songer
Illustration non autorisée à la diffusion au Bétey à Andernos (Gironde), station située
sur l'estran, en dessous du niveau des hautes
mers, où J. Ferrier a recueilli, sans stratigraphie,
un abondant mobilier appartenant à diverses
époques, du Sauveterrien à la Protohistoire (Ferr
ier, 1938). Parmi les armatures, on note la
présence de grands triangles peu réguliers, sur
lame relativement large, différents de ceux du
Sauveterrien régional, parfois à retouche bifa- Г
ciale semi-abrupte, ou encore à alter
nante. Il y a aussi des flèches de Montclus et,
bien entendu, une série relativement importante
de triangles et de segments du Bétey (une soixan
taine d'exemplaires). Malheureusement, la cér
amique est peu typique et son long séjour dans
les vases marines ne facilite pas le diagnostic.
L'existence d'un groupe humain du Néolithique
ancien sur le rivage actuel du Bassin d'Arcachon
n'est donc qu'une hypothèse à vérifier, et rien
de plus pour l'instant. On ne peut davantage
décider si les armatures du type « Tardenoisien
III », fréquentes sur les sites du littoral médo-
cain et des étangs de la Gironde trahissent une
néolithisation précoce ou, au contraire, appar Fig. remarque fois très récolte Mouligna Bidart, à (d'après C. base 4. Chauchat). évasé par — G. bord trapèze concave C. Néolithique à (Bidart, Daguin, Laplace particulièrement qui Bidart, Chauchat) de à porte (d'après vase retouche Pyrénées-Atlantiques), bord ancien Détroyat décoré ; une de C. n° inverse G. vase Chauchat) 3, (d'après (?) ligne Marsan) Etche-Spi un de et et semi-abrupte la fonds d'impressions fragment Passemard) Blanchet. côte ; ; segment n" à coniques basque Bidart, 1, 2, Mouligna de Plateau du ; nos (d'après On ; la trapèze bord Bétev, n° probase 5-7, de 1, y à
tiennent aux cultures chalcolithiques qui ont
laissé un peu partout dans ces parages leurs
flèches à ailerons et pédoncule.
Sur le rivage de l'Atlantique, nous disposons
pourtant de données plus solides concernant le
Néolithique ancien du Sud-Ouest de la France.
fondes, circulaires, déterminant une série de Il s'agit ici du gisement des tourbes de Mouligna
petites bosses dans l'intérieur du récipient (Pasà Bidart (Pyrénées-Atlantiques), qui a fait l'objet
semard, 1920). Ce décor, bien que pas absolud'analyses polliniques (Oldfield, 1961) et de
ment spécifique, ferait penser à la grande famille datations par le radiocarbone (Chauchat, 1974).
des céramiques impressionnées (fig. 4, n° 4). En L'analyse pollinique y a révélé une phase de
outre, Cl. Chauchat a fait connaître deux tessons deforestation précoce, d'origine probablement
de fonds coniques (fig. 4, nos 6 et 7). Ce pourrait humaine, et le С 14 a donné les dates de 5550
être là un point commun avec le Roucadourien. ± 150 B.P. (soit 3600 B.C.) pour la base de la
Enfin, le même Cl. Chauchat a figuré un couche, et 5650 ± 110 B.P. (soit 3700 B.C.) pour
le haut de la même couche, inversion apparente n° trapèze 2), trouvé à retouche sur inverse le plateau plate de de Bidart la base avec (fig. un 4,
qui conduit J. Evin à proposer une moyenne,
3650 B.C., pour l'ensemble. Cette date, qui peut pic n° asturien, 3) provenant et un trapèze d'Etche-Spi, à base dans concave la (fig. même 4,
paraître un peu récente pour un Néolithique commune. Ce trapèze était associé à quelques ancien, correspond à une industrie comportant tessons épais et grossiers à gros dégraissant des pics sur galets d'allure asturienne et des
sableux (Chauchat, 1968). silex. Nous reproduisons ici, d'après G. Marsan
(1972), un segment du Bétey recueilli à Mouligna Toujours au Pays Basque, mais dans l'inté
par G. Laplace (fig. 4, n° 1). De Mouligna encore rieur cette fois, la région d'Arudy possède plu
proviennent quelques tessons, recueillis autre- sieurs grottes où des niveaux épipaléolithiques
567

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