Notes sur les cultivars d'arbre à pain dans le Nord de Vanuatu - article ; n°1 ; vol.88, pg 3-18

De
Journal de la Société des océanistes - Année 1989 - Volume 88 - Numéro 1 - Pages 3-18
Résumé.
Un inventaire partiel des cultivars d'arbre à pain a été réalisé en 1983 puis 1986 dans huit îles de l'archipel de Vanuatu. Un total de 132 noms de cultivars fut obtenu. L'étude porte essentiellement sur la signification de ces noms, sur la description des cultivars et sur la tradition orale attachée à l'arbre à pain. Il semble qu'à Vanuatu la présence de l'arbre à pain soit ancienne et que la reproduction de l'espèce se fasse principalement par voie sexuée (graines).
Summary.
The names of 1 32 breadfruit cultivars were collected in eight islands of Vanuatu archipelago during 1983 and 1986. The study focus mainly on the name meaning, on the traditional description of the cultivars and on the oral tradition linked with the species. The breadfruit seem to be of ancient domestication in Vanuatu. The species is commonly propagated by seeds.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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Annie Walter
Notes sur les cultivars d'arbre à pain dans le Nord de Vanuatu
In: Journal de la Société des océanistes. 88-89, 1989-1-2. pp. 3-18.
Résumé
Résumé.
Un inventaire partiel des cultivars d'arbre à pain a été réalisé en 1983 puis 1986 dans huit îles de l'archipel de Vanuatu. Un total
de 132 noms de cultivars fut obtenu. L'étude porte essentiellement sur la signification de ces noms, sur la description des
cultivars et sur la tradition orale attachée à l'arbre à pain. Il semble qu'à Vanuatu la présence de l'arbre à pain soit ancienne et
que la reproduction de l'espèce se fasse principalement par voie sexuée (graines).
Abstract
Summary.
The names of 1 32 breadfruit cultivars were collected in eight islands of Vanuatu archipelago during 1983 and 1986. The study
focus mainly on the name meaning, on the traditional description of the cultivars and on the oral tradition linked with the species.
The breadfruit seem to be of ancient domestication in Vanuatu. The species is commonly propagated by seeds.
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Walter Annie. Notes sur les cultivars d'arbre à pain dans le Nord de Vanuatu. In: Journal de la Société des océanistes. 88-89,
1989-1-2. pp. 3-18.
doi : 10.3406/jso.1989.2850
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jso_0300-953X_1989_num_88_1_2850sur les cultivars d'arbre à pain Notes
dans le Nord de Vanuatu
par
Annie WALTER *
Si elle lui permit de découvrir les îles qui Hédin (1943) la situaient en Indonésie. Barrau
portaient son nom, la mutinerie qui survint à écrivait en 1957 (p. 118) :
bord de son navire, le H. S. M. Bounty, « Tout porte à croire que Artocarpus altilis est
empêcha le Capitaine Bligh de remplir sa bien originaire de la vaste région indo-malayo-
mission : transporter des plants d'arbre à pain océanienne ».
(Artocarpus altilis, Parkinson) des îles océa
niennes jusqu'aux Antilles anglaises, pour y Cinq ans plus tard il reprenait cette même
nourrir à bon marché les esclaves des plantat phrase à la page 173 de sa thèse (Barrau, 1962)
ions. C'est au cours d'un deuxième voyage mais précisait un peu plus loin dans l'ouvrage
qu'il y parvint et débarqua, en janvier 1793, (P- 225) :
150 plants sur l'île de Saint Vincent. « subdivision indo-malaise du centre indien
L'arbre à pain était alors largement cultivé avec extension à la Nouvelle-Guinée » 2.
dans toute la zone indo-océanienne, bien que
son importance dans l'économie vivrière fût Quelques années plus tard Purseglove (1972)
très variable d'une île à l'autre. Il était princ plaçait l'aire d'origine de l'arbre à pain en
Mélanésie 3 et Barrau la situait dans une région ipalement utilisé à des fins alimentaires pour la
s'étendant des Philippines à la Papouasie-Nou- pulpe et les graines de son fruit, mais son écorce
fournissait également un matériau à la confec velle-Guinée. C'est, semble-t-il, la région la
tion d'étoffe et sa sève servait de glu (Barrau, plus probable sinon d'origine, du moins de
1965). Aux Tokelau le bois est encore utilisé domestication de l'arbre à pain. Bien que la
pour construire les pirogues ou comme bois de distinction soit parfois difficile il faut toutefois
chauffage (Whistler, 1988). Les Bontoc des faire une différence entre l'aire d'origine d'une
Philippines utilisment la sève dans les pièges à plante cultivée, qui est où l'espèce se
oiseaux (Cox-Bodner et Gereau, 1988). trouve à l'état sauvage, l'aire de domestication,
Aujourd'hui encore l'origine de la plante ne qui est celle où la plante fut pour la première
fois reproduite volontairement par l'homme et semble pas faire l'objet d'un consensus général
l'aire de diversification, qui est celle où la et certains auteurs écrivent :
culture soigneuse de la plante aboutit à la «Breadfruit Artocarpus altilis (Parkinson), production de nombreux cultivars. En ce sens probably' native to Polynesia » (Atchley Fosb. is on peut donc dire que la Mélanésie est l'une and Cox, 1984). des aires d'origine et de domestication de
Il semble toutefois que la plante soit origi Artocarpus altilis et la Polynésie son aire de
diversification. naire de Mélanésie '. altilis possède des formes sémini- De Candolle (1883) ainsi qu'Haudricourt et
• ORSTOM : département santé.
1. Nous remercions vivement V. Lebot qui a bien voulu relire, commenter et corriger la première version de ce
manuscrit.
2. La subdivision indo-malaise de ce centre indien comprenait l'Indochine, l'Indonésie occidentale et les Philippines.
3. Purseglove, J. W., 1972, p. 448 : " Child (1964) considers that the weight of evidence is in favour of an original home
for the coconut in the Melanesian area between 145" et 180" E, that is roughly from New-Guinea to Fiji, a view with which I
concur. This region is also the home of the breadfruit, Artocarpus altilis (Park.) Fosberg. " SOCIÉTÉ DES OCÊANISTES
L' fères et des formes aspermes. Les formes Artocarpus altilis est un arbre monoïque
séminifères s'observent en Mélanésie, Indon chez lequel la fertilisation croisée existe. La
ésie, Philippines et Micronésie. Parmi elles, on descendance obtenue par voie sexuée présente
note des formes stériles, la graine avortant donc des caractères variables, par mélange de
rapidement en empêchant la reproduction par matériel génétique. Les caractères intéressants
voie generative4. Les formes aspermes sont peuvent être conservés par clonage, c'est-à-
présentes dans toute la zone indo-océanienne, dire en mutipliant la plante par voie asexuée
en étant toutefois plus abondantes en Polynésie (drageons), ce qui nécessite l'intervention de
et en Micronésie. Leur reproduction se fait, il l'homme. Mais, ne l'oublions pas, il faut cinq
va sans dire, par voie végétative et donne lieu à ans avant que l'arbre parvienne à maturité et il
une série d'individus identiques ou clones. La porte des fruits durant une cinquantaine d'an
majorité des arbres à pain cultivés de nos jours nées, ce qui est relativement long face à l'e
sont donc reproduits par voie végétative, rejets spérance de vie humaine. Ajoutons à cela le fait
ou boutures de racines. Dès lors comme l'ont que le nombre d'arbres plantés par un individu
écrit Haudricourt et Hédin (1987, p. 34) : est, à Vanuatu, relativement faible et nous
arrivons à la conclusion que le procédé de « L'amélioration de ces plantes consiste à
diversification de cette plante fut nécessafaire l'inventaire de tous les clones existants, en
irement très long. Le grand nombre de morphotvue de la recherche des plus méritants. »
ypes observés dans certaines îles (44 à Pente
Des inventaires de ce type ont été faits côte, 65 sur Ambrym) témoigne donc d'une
en Polynésie, mais, en ce qui concerne Vanuatu, domestication très ancienne et sans doute aussi
il n'existe aucune donnée publiée depuis l'ar d'une diversification naturelle, reconnue par
ticle de Murney (1894). Encore ne nous fourn l'homme mais non produite par lui. En effet
it-il qu'une liste de 65 noms relevés sur l'île un horticulteur peut très bien observer, par
d'Ambrym. Dans son dictionnaire des langues exemple dans un ancien jardin retourné à la
d'Aniwa et de Futuna, Capell (1984) donne jachère, un nouveau morphotype d'arbre à
deux listes de noms. La première, comprenant pain, obtenu par reproduction sexuée, entre
21 termes, est située après le terme kuru, nom deux formes séminifères voisines. Il peut en
générique du fruit à pain dans cette langue. La cueillir les fruits, le nommer, le décrire. Mais il
seconde, comprenant 31 termes, se trouve au n'est pas dit qu'il en prélève un drageon et le
terme « breadfruit ». Malheureusement ces deux multiplie. Il ne le fait sans doute que si les
listes sont totalement différentes. De plus, les caractères de ce plant l'intéressent. Néanmoins,
noms situés dans la première sont regroupés appelé à disparaître ou à être multiplié, l'arbre
sous le terme de « varieties » tandis que ceux de est connu et répertorié. Les listes descriptives
la seconde le sont sous celui de « species ». comprennent donc certainement des noms de
Cette liste contient également le terme kuru. morphotypes apparus spontanément par voie
S'agit-il donc de noms génériques ou de noms sexuée, puis nommés et décrits par l'homme
de cultivars? Par ailleurs Linch (1977) donne mais peu ou pas utilisés par lui. Le nom,
dans son dictionnaire de la langue de Lenakel, d'ailleurs, peut subsister quelques temps alors
une liste de quatre noms et Paton (1973) même que la plante a disparu.
signale dans un dictionnaire de langue Lonwol- Ainsi de génération en génération, des mor
wol (Ambrym) qu'il existe différents arbres à photypes nouveaux apparaissent et d'autres
pain. disparaissent. Seuls demeurent ceux qui présen
Ce travail vise donc à combler une lacune et tent les caractères les plus intéressants. Et
à fournir des informations inédites sur les ce sont ceux-là, peut-être, qui sont reproduits
noms et la description des arbres à pain dans le par voie végétative. Encore a-t-il fallu que
nord de Vanuatu, même si les listes que nous les premiers horticulteurs fassent cette observa
livrons ne sont pas exhaustives et si les info tion : la descendance d'une plante reproduite
rmations qu'elles contiennent sont incomplètes. par clonage a plus de chances, a priori, de
A Vanuatu l'arbre est reproduit par les deux conserver les caractères du plant-mère qu'une
voies, végétative et generative. Nous sommes plante reproduite par graines. Il est évident que
en face d'un certain nombre de morphotypes, la pratique du bouturage a précédé cette obser
identifiés et nommés par l'horticulteur d'au vation. La fructification n'a lieu que quelques
jourd'hui. Mais il est difficile de savoir quelle mois par an, limitant à cette période les
est la réalité génétique qui se cache derrière ces possibilités de reproduction par voie generative
morphotypes. tandis que les drageons sont présents tout au
4. Bennett et Nozzolillo (1987) ont montré, en étudiant à Trinidad les fruits d'un arbre à pain âgé de six ans, que le
nombre de graines contenues dans un fruit variaient de 12 à 151, la moyenne étant de 59 par fruit. À PAIN À VANUATU L'ARBRE
long de l'année et peuvent donc être repiqués à Vate (Erakor), Maewo (Saritamata), Vanua-
tout moment. De plus, l'horticulteur mélanés lava (Mosina), Epi (Burumba), Malakula (Mar-
ien, habitué à la culture des tubercules qui se phago et Lorlow), Santo (Wusi et Pialulup)
multiplient par voie végétative, a pu observer et Tanna (Waisisi). Ces listes de noms vernacu-
très tôt les effets du bouturage sur la descen laires ne concernent à chaque fois qu'un seul
dance. Il sait qu'elle est identique, en général, à groupe linguistique (Tableau 1).
la plante mère mais aussi que cette dernière
peut parfois donner naissance à deux individus
différents par leur morphotype. Tableau 1. — Localisation linguistique des
De graines en drageons, d'arbre oublié en noms de cultivars d'arbre à pain, donnés
arbre multiplié, d'auto-fertilisation en fert dans cet article.
ilisation croisée, l'espèce Artocarpus alîilis est,
à n'en pas douter, une espèce modifiée par
l'homme tout au long d'un processus de domest Ile Village Langue ication et de diversification lent et comp
lexe, en perpétuelle évolution. Il est alors Pentecôte Vansemakul apma
primordial, à un moment donné, de faire un Vate Erakor vate-sud
inventaire descriptif de tous les morphotypes Maewo Saritamata peterara
existants, avant que certains d'entre eux ne Vanua-lava Mosina mosina
disparaissent. Ce recensement du patrimoine Epi Burumba baki
Marpagho Malakula axamb génétique permet la réalisation ultérieure de Lorlow labo collections vivantes sur lesquelles une étude
Santo Wusi wusi peut être faite. Ils sont la base de piamatsina Pialulup toute entreprise d'amélioration de l'espèce. Tanna Waisisi whitesand Avant de poursuivre, nous aimerions pré
ciser un point de terminologie. Les noms
de morphotypes $ Artocarpus altilis désignent,
nous l'avons dit, des clones ou des plants Parallèlement à ces listes de noms nous
reproduits par voie sexuée. Il est donc difficile, avons noté les caractéristiques des cultivars
sans l'avoir étudié précisément, de savoir lequel énumérés, telles que nous les donnaient les
est un clone et lequel ne l'est pas 5. Par contre horticulteurs, les mythes d'origine de l'arbre à
la plupart de ces arbres à pain sont cultivés et pain et les procédés de conservation utilisés.
résultent d'une sélection par l'homme. Nous
pouvons donc admettre, dans une première 1° Les noms de cultivars et leur signification.
approche, que les arbres à pain sont des
cultivars, selon la définition qu'en a donnée Le nom générique de l'arbre à pain est, dans
Lebot (1988, p. 126) à la suite du CNIPC : les groupes visités :
« un ensemble de plantes qui sont clair (butsu) beta Pentecôte (apma)
ement différenciées par des caractères morpholog natptam Vate (vate-sud)
pehr Vanua-lava (mosina) iques, physiologiques, cytologiques, chimiques
batau Maewo (peterara) ou autres, et qui les conservent après reproduct
Epi (baki) burperep ion sexuée ou asexuée ».
na-mbRav Malakula (axamb) (labo) Ce terme sera utilisé dans la suite de cet nimbetep
lewu Santo (wusi) article pour désigner les différents arbres à
lebu (wailapa) pain. nape'ho Santo (piamatsina) Nous avons décrit les cultivars d'arbres à Tanna (whitesand) nemey pain à Pentecôte, en octobre 1982, au cours
d'un travail ethnobotanique visant à inventor A Pentecôte l'arbre à pain fait partie de
l'arboriculture, comme tous les arbres fruitiers. ier la flore du groupe Apma et à en étudier les
usages. Tous les noms relevés concernent des Il semble que ce soit également le cas aux
cultivars de la région d'Aliak, au sud de Banks (Vienne, 1984).
L'arbre appartient en propre à celui qui l'a Melsisi. Les autres noms d'arbre à pain ont
été obtenus durant l'année 1986, au cours de planté, indépendamment des droits sur la terre,
séjours d'étude ethnographique sur les îles de II peut, aux abords des jardins, être une
5. Il faudrait pour cela faire le recensement des arbres, un à un, en précisant pour chacun son nom vernaculaire, qui l'a
planté, comment il l'a fait (graine ou drageon) et de quel cultivar provenait son matériel végétal. SOCIÉTÉ DES OCÊANISTES
marque des droits fonciers qui restera lorsque caractères physiques (couleur ou forme de la
le sol sera mis en jachère. Plus généralement il feuille) (Walter et Cabalion) \
est planté dans l'espace villageois, constituant
ainsi une réserve de nourriture d'accès et
d'entretien faciles. Chacun récolte les fruits des Tableau 2. — Referents des noms de cultivars
arbres qui lui appartiennent en propre, la d'arbre à pain.
récolte se faisant de décembre à février. L'arbre
à pain, lorsqu'il marque les limites foncières
d'une parcelle, peut ainsi se retrouver à l'état Referents Nbre de cas sauvage, au bout d'un certain temps de jachère.
Pour peu qu'il s'agisse d'une forme séminifère, 1) caractères morphologiques
l'arbre produit de nouveaux individus dont le couleur 4
morphotype peut être différent du pied-mère : forme/croissance 7
graine 4 « C'est dans la jachère, dans la brousse que se
formaient ainsi les nouveaux clones » (Haudri- 2) ressemblances
autre végétal 17 court, 1964).
animal 12
Nous avons recueilli 44 noms de cultivars corps humain 1
sur Pentecôte, 3 sur Vate, 7 sur Maewo, 17 sur 3) caractères organo-leptiques
Vanua-Lava, 17 sur Epi, 7 à Marpagho (Mala- goût 7
kula), 6 à Lorlow (Malakula), 9 à Wusi cuisson du fruit 3
(Santo), 12 à Pialulup (Santo), 10 sur Tanna. 4) termes géographiques
Au total 132 noms de cultivars ont donc été impersonnel 9
recueillis (Annexe). Tous ces noms ont une village/île 3
signification bien que, parmi celles-ci, certaines 5) nom d'homme 7 n'aient pu être précisées 6. Il y a, à Vanuatu, un
6) objet coutumier 6 très grand nombre de langues, non pas coupées
les unes des autres mais reliées en un véritable 7) divers 12
chaînage linguistique. Certaines d'entre elles
comportent plusieurs dialectes. Ce morcelle
ment aboutit au fil du temps à la perte de Parfois le nom du cultivar renvoie à un
certaines langues, parlées par un petit nombre caractère utile. Ainsi quatre noms signalent la
de locuteurs et de certains dialectes. Des termes présence de graines : bi (Pentecôte) ; wabi
anciens, incompris de nos jours, ont subsisté (Pentecôte) ; biubulidari (Maewo) et sur (Epi).
Les termes de wabi et de sur désignent précidans le vocabulaire botanique. Il faut toutefois
noter le cas de Pialulup à Santo où les noms sément les graines de fruit à pain, un autre
d'arbre à pain n'ont pas, nous dit-on, de terme désignant les graines en général. Ce
signification particulière. La population de ce détail indique l'importance de l'organe aux
village est assez hétérogène, récemment immi yeux des horticulteurs, que ce soit pour la
grée de la côte Nord-Ouest de la même île. Il multiplication ou pour l'usage alimentaire.
est probable, mais non certain, que ces noms Trois autres noms renvoient à la croissance
renvoient à un ancien dialecte aujourd'hui spontanée de la plante, sans intervention de
disparu et incompris. l'homme : betawotan (Pentecôte) ; raulap (Pente
Les noms de cultivars d'arbre à pain font côte) ; wo (Pentecôte). Deux noms font référence
principalement référence à des caractères mor aux liens, sans que l'on sache s'il s'agit là d'un
phologiques de la plante ou à sa ressemblance ancien usage de la plante : sarinditi (Maewo) et
avec d'autres spécimens du monde végétal ou rot (Vanua-Lava). Trois noms précisent les
animal (Tableau 2). Ceci est propre à la façon conditions de cuisson du fruit : menonok,
de nommer les plantes alimentaires à Vanuatu. cuisson rapide (Pentecôte) ; perlot, nom de lap-
Nous avions déjà montré que les noms de lap (Vanua-lava) ; tsepto, à consommer le
cultivars de plantes alimentaires, le plus sou matin (Epi) et malhemb, faire le lap-lap (Malak
vent bien connus des horticulteurs, étaient ula). Enfin quatre noms signalent la saveur
beaucoup plus précis dans leur signification sucrée du fruit : betamamak (Pentecôte), berep-
que les noms des autres plantes, ces derniers sopwa (Epi), bresa (Epi) et nasobRu (Malak
faisant le plus souvent référence aux seuls ula). Tout ceci indique, s'il en était besoin,
6. Signalons toutefois que la signification du nom n'a pas été précisément étudiée à Lorlow et à Waisisi.
7. Walter, A. et Cabalion, P., Nomenclature et classification des plantes chez les Surimaranis. L'ARBRE À PAIN À VANUATU
combien les noms de plantes recèlent d'informat toire que par rapport à ceux des autres culti
ions sur leurs usages. Le vocabulaire bota vars... Les descriptions obtenues au cours des
nique, en même temps qu'il désigne une plante, enquêtes ethnobotaniques ne sont significatives
informe aussi sur ses caractères utiles. Toutef que pour l'aire de culture concernée. »
ois il ne s'agit là que d'indications qui ne
Nous ajouterions, en ce qui concerne l'arbre doivent pas être prises au pied de la lettre dans
à pain et d'autres plantes alimentaires, que les l'étude d'une plante, mais qui doivent être
descriptions spontanées sont toujours parcelconfirmées par des renseignements complémenta
laires et varient légèrement d'un informateur à ires.
l'autre. Ce ne sont pas de vraies descriptions Le nom de la plante peut aussi donner des
mais c'est un énoncé de la (ou des) particularindications sur sa provenance, île ou village.
ités morphologiques qui permet de différencier Enfin, un nom d'homme est parfois donné à un
des autres le cultivar nommé. Il s'y ajoute des cultivar. Il s'agit le plus souvent du nom de
caractères organo-leptiques utiles à connaître celui qui l'a découvert.
pour pouvoir utiliser la plante au mieux.
La majorité des descriptions porte sur l'o2° Description des cultivars relevés.
rgane utile de la plante, c'est-à-dire le fruit
Dans le cadre du travail que nous avions (Annexe). Les descripteurs utilisés sont les
entrepris, l'étude à l'aide de grilles de descrip suivants :
teurs codifiés des cultivars inventoriés n'a pas — taille de l'arbre,
été faite. En effet, ce genre de travail est —de la feuille,
entrepris sur des cultivars réunis en collection — aspect de la feuille : entière, lobée ou
vivante au même endroit, afin d'éliminer les franchement découpée, perforée ou non ; coulvariations dues au milieu. Hors il faut cinq ans eur, pour qu'un pied commence à produire. Il nous — taille du fruit : petit, moyen ou volumi
était donc impossible de faire une telle étude. neux, Les descriptions que nous donnons sont celles — forme du fruit : rond, allongé ou ovale,
que nous ont livrées les horticulteurs. Elles — présence ou non de graines,
fournissent des informations parfois très inté —ou non d'un long pédoncule, ressantes mais restent subjectives pour plu — qualité de la peau du fruit : dure ou non ;
sieurs raisons. présence d'épines ou non ; couleur ; présence Tout d'abord elles renvoient à un système de de taches noires, classification botanique traditionnel qui diffère — qualité de la floraison : fruits abondants ;
toujours légèrement d'un groupe à l'autre. fruits restant longtemps sur l'arbre ; fruits Ainsi les horticulteurs de Pentecôte et de mûrissant en deux temps, Vanua-lava s'intéressent principalement à l'as — qualité de la pulpe : douce et sucrée ;
pect des feuilles et à la forme du fruit, ceux épaisse et sèche ; couleur jaune ou franchement d'Epi et de Malakula privilégient la qualité de blanche (la couleur crème habituelle n'étant
la peau du fruit, lisse ou épineuse, et les jamais précisée), propriétés organo-leptiques de la pulpe, ceux — qualité de cuisson : rapide ou au cont
de Tanna font très attention à la taille de raire très longue, nécessitant parfois une l'arbre tandis que ceux de Maewo et de Santo- préparation particulière, ouest décrivent très peu leurs cultivars. — mode de cuisson : pudding ou cuit au
Ensuite, les différents cultivars sont certes four. Il n'est précisé que lorsqu'il est exclusif. repérés avec précision, mais comparativement
les uns aux autres. Un tel donne des fruits plus Parmi tous ces descripteurs nous allons
allongés que celui-là, tel autre possède des étudier ceux qui nous paraissent utiles pour
feuilles un peu plus petites qu'un autre, le l'amélioration éventuelle de l'espèce : présence
dernier enfin possède une pulpe de couleur de graines dans la pulpe, présence d'épines sur
jaune dont seule la nuance permet de le la peau, taille du fruit, qualités de la pulpe et
distinguer de son homologue à pulpe égale rapidité de cuisson.
ment jaune.
Ces difficultés à repérer un cultivar en sui
vant les descripteurs traditionnels avaient déjà Cultivars à graines. été signalées par Lebot à propos du Kava
(Piper methysticum) (1988, p. 64) : Cinq descriptions font mention de l'existence
« Les caractères retenus par la coutume pour de graines, soient pour dire qu'elles sont nomb
reconnaître un kava n'ont de valeur classifica- reuses et parfois très grosses : bi (Pentecôte), SOCIÉTÉ DES OCÊANISTES 8
wabi (Pentecôte), sur (Epi), soit pour dire qu'il à faire tomber ces fruits, alors celui-là sera
n'y en a pas ou peu : rakrakawul (Pentecôte) et le propriétaire de l'arbre.
liepwilina (Santo). Leur présence dans les
Les années passèrent et l'arbre porta des autres cultivars n'est pas précisée. Les classif
fruits. Chacun monta sur l'arbre et essaya d'en ications traditionnelles repérant en priorité les
faire tomber les fruits. Mais aucun n 'y parvint. caractères qui s'éloignent de la norme, il est
Aucun sauf Birisilsil qui, en chantant, parvint à donc certain qu'il existe d'autres cultivars à
faire tomber les fruits à pain. Ses frères furent si graines, non signalés puisque leur nombre ne
jaloux et en colère qu'ils tuèrent Birisilsil et paraissait pas anormal et puisque la question
l'enterrèrent au pied de l'arbre à pain qu'il avait n'était pas précisément posée.
planté. Comme nous l'avons dit plus haut la multi
Mais dorénavant on sut comment multiplier plication de l'arbre à pain se fait principal
l'arbre à pain de village en village. ement par voie végétative, mais aussi par voie
Sachant que le beta wo a la réputation generative. Il semblerait que cette dernière soit
de pousser sans intervention de l'homme, il utilisée chez les apmas du centre Pentecôte'. Les
semble bien s'agir là d'un mythe racontant la horticulteurs de cette région nous ont dit qu'ils
domestication d'une plante par l'homme. On reproduisaient les arbres à pain à partir des
remarquera que dans les deux mythes celui qui graines et, lorsque cela n'était pas possible, à
permit la domestication de la plante paya de sa partir de drageons. Ils nous ont de plus signalé
vie sa découverte ! De plus, seul celui qui deux cultivars 8 capables de se reproduire sans
planta l'arbre, réussit à en cueillir les fruits. Le l'intervention de l'homme. Il s'agit de betawo-
mythe fixe ainsi les lois de l'arboriculture selon tan et de wo qui, comme leur nom l'indique,
lesquelles seul le propriétaire d'un arbre est poussent tout seul. Une légende de cette région
autorisé à en récolter les fruits. (Mabonlala, 1986) fait état de la reproduction
du fruit à pain à partir des graines. Dix frères
décident un beau jour de planter des arbres à
pain. Ils mettent tous en terre des graines Les peaux «épineuses».
bouillies, sauf le plus jeune qui utilise une
graine fraîche. Bien sûr, il est le seul à obtenir Les descriptions font huit fois mention de
un bel arbre garni de fruits ! Ses frères jaloux l'existence d' « épines » sur la peau. Les culti
voulurent le tuer et il dut, pour leur échapper, vars qui présentent ce caractère semblent part
se transformer en crabe. iculièrement abondants à Epi.
Un autre mythe, recueilli cette fois à Nama- Pentecôte : liptultul.
ram dans le nord du pays Apma par une élève Vate : puka.
de l'école d'agriculture de Tagabe (Annick Epi : sur, bombouro, bresa, surnamarbumba.
Tabibang), fait également état de la multiplica Malakula (Marpagho) : nasobRu.
tion de l'arbre à pain à partir de ses graines. Santo (Pialulup) : nape'opore.
«Il n'y avait autrefois sur Pentecôte qu'un
seul arbre à pain. C'était le beta wo. Un jour
dix frères décidèrent de le multiplier dans leur La taille du fruit. village. Chacun prit une partie de la plante. Le
premier prit une feuille, le second une toute jeune
La taille du fruit est une donnée très subfeuille non déroulée, le troisième une feuille
jective, lorsqu'elle n'est pas accompagnée de morte. Le quatrième prit une branche, le ci
mesures. Chacun juge la taille d'un spécimen nquième une racine, le sixième un pédoncule de
par rapport à celle des différents individus fruit, le septième l'ècorce, le huitième l'enveloppe
qui composent la collection, un gros fruit des jeunes feuilles, le neuvième l'inflorescence.
de Vanua-Lava étant peut-être jugé de taille Le dixième, qui s'appelait Birisilsil, prit une
moyenne à Epi. Ces données sont donc à graine. Chacun s'en retourna au village et planta utiliser localement. ce qu'il avait pris. Mais bientôt tout mourut sauf
Les cultivars à très gros fruits ne semblent la graine qui continua à pousser. Les dix frères
pas manquer à Vanuatu, puisque les horticulse disputèrent, assurant chacun que cette graine
teurs en ont signalés 35, dont voici la liste : et cet arbre leur appartenaient. Alors Birisilsil
dit : Pentecôte : liptultul, lahmoro, maptibon, wowe-
— Mes frères attendons que l'arbre porte ses taden, tabimeres, vin bilan vi, wotlolbul.
fruits et nous verrons bien. Celui qui réussira Maewo : biubulido.ri.
8. Nous avons maintenu le terme « cultivar » car nous pensons qu'il s'agit de formes séminifères domestiquées et
retournées à l'état sauvage et non de réelles formes sauvages. L'ARBRE À PAIN À VANUATU
Vanua-lava : tantôt, tenenom, qwalmat, numwel, et tamot ont par contre une chair épaisse et
permismis, sahper, watasiwol. dure, parfois difficile à cuire.
Epi : bakol, snobo, berepsowa.fan, bwingbwing,
sorniu.
Malakula (Marpagho) : nasobRu, malhemb, Les modes de cuisson.
lihasmwe.
Le fruit à pain est préparé de différentes (Lorlow) : nendengo, luko, netalay-
ban. façons. Il peut être grillé à la pierre, cuit à
Santo (Wusi) : raupwete, napore. l'étouffé au four, parfois découpé et bouilli, (Pialulup) : nahoero'o, tchumtchum, wohata, souvent râpé et cuit en pudding. Suivant les
melewoke. cultivars tel ou tel mode de cuisson est préféré.
Tanna : Kavekepahau, selbay. Ainsi la chair souple et élastique du bresa d'Epi
Malheureusement la pulpe du liptultul, du se prête bien à la confection des nalots, déli
tamot et du malhemb n'est pas très savou cieuses petites boules de pâte cuite au lait de
reuse contrairement à celle du bakol, du coco, tandis que les gros sorniou d'Epi sont
snobo et du berepsopwa qui est particulièr cuits en entier au four, accompagnant la viande
de porc. Ils sont ensuite grattés et découpés en ement tendre et douce.
Il existe par ailleurs 21 cultivars à petits morceaux, servis sur une feuille de bananier
fruits qui sont : avec des portions de viande. Leur taille import
ante permet de régaler facilement un grand Pentecôte : lolmeme, wawulang.
nombre de convives. Waewo : talavose.
Certains fruits à pain nécessitent une prépaVanua-lava : perlot, permut, gobi, tuturer.
ration particulière avant de pouvoir être conEpi : bombouro, surnamarbumba, gonausu.
sommés. Le fruit du sevo et du bwingbwing, par Malakula (Marpagho) : manham, namalhoR
exemple, est cuit très longtemps à la pierre, (Lorlow) : manvi.
puis enterré dans le sable en bordure de mer. Santo (Wusi) : liolio.
La peau, alors assouplie, peut être grattée puis (Pialulup) : ara ara, liholiho, tenamanu,
la chair est découpée en quartiers. Le fruit du nabosulu.
basis peut être préparé de la même façon mais, Tanna : numnumin, nasamel, keleifi.
plus généralement, il est découpé en très petits
Mis à part surnamarbumba qui nécessite une morceaux déposés sur une feuille de lap-lap
longue cuisson, ces cultivars produisent géné enduite de lait de coco, puis cuit au four ou au
ralement des fruits à la chair sucrée et légère bambou.
qui cuit très rapidement. Il s'agit d'une excel En fait, les modes de préparation et de
lente nourriture pour les enfants en bas âge. cuisson du fruit à pain sont très nombreux et
ne peuvent être touts décrits dans ce document.
Il faut toutefois retenir que chaque cultivar a
Qualité de la pulpe. ses modes de cuisson ou même ses moments de
consommation privilégiés. Ainsi le tseptso est-il
Généralement la pulpe du fruit à pain est de rôti pour le premier repas du matin, le snobo
couleur jaune très pâle. Elle peut chez certains est préparé en lap-lap au nakamal, les jours de
cultivars être blanche : temenon, qwalmat et pluie, par les hommes qui aiment à discuter
watasiwol à Vanua-lava, levhulu à Santo et autour de cette collation, le beta mamak, râpé
keleifi à Tanna. Parfois elle est franchement et rapidement cuit, est offert au visiteur inat
jaune comme celle des 18 cultivars suivants : tendu. Enfin, n'oublions pas que les porcs sont
friands du fruit à pain qu'ils mangent cru. Pentecôte : siskauni, taba.
Maewo : biubulido.ri, maliago.
Vanua-lava : dowon, perlot, pehnvawar, me- 3° Mode de conservation du fruit à pain.
rekwo, permut, tuturer.
Comme l'avaient déjà noté de nombreux Malakula (Lorlow) : nendango, manvi:.
auteurs, le fruit à pain peut être conservé par Epi : surnamarbumba, berepsopwa, bombouro.
fermentation. Cette technique a été particuliSanto (Pialulup) : navito'o, nabosulu, hati
èrement bien étudiée par Atchley et Cox (1985) arara.
en Micronésie où ce mode de conservation est
Les fruits à la chair la plus douce pro encore bien développé. Autrefois ce procédé
viennent des cultivars sebwek, bakol, snobo, de conservation était utilisé à Vanuatu mais
tsangon, bresa, berepsopwa, bombouro et nasa aujourd'hui il s'est quelque peu perdu. Toutef
mel. Ceux de betatamla, liptultul, sevo malhemb ois, les années où la production de fruits est SOCIÉTÉ DES OCÊANISTES 10
abondante, on prépare encore cette pâte fer- mère pour lui parler. Elles restèrent là toutes
mentée que nous avons nous-même goûtée, deux à bavarder et le soleil commença bientôt à
dans la région de Melsisi. Les fruits découpés tomber. La toute petite fille qui accompagnait la
vieille avait faim. Elle pleurait et pleurait. Alors sont déposés dans des bassins de corails émer
l'esprit dit à sa mère : gés à marée basse puis recouverts de feuilles et
de pierre. La pulpe fermentée est ensuite — Attends là, moi je vais aller chercher un fruit
écrasée, mêlée à du lait de coco et parfois pour elle.
sucrée puis cuite aux très petits bambous. Cette
Elle partit, se coupa un sein puis revint le donner préparation fort agréable peut elle-même se
à sa mère. C'était le premier fruit à pain. Elles le conserver quelques temps en la plaçant dans de
rôtirent et le donnèrent à manger à la toute petits paniers, au dessus du foyer.
petite fille. Les gens des Maskelynes construisaient de
petits bassins de pierre dans lesquels ils dépos Nous avons déjà noté qu'un mythe, origiaient les fruits à pain. Ils recouvraient le tout naire de Pentecôte faisait état de la multiplicade feuilles à lap-lap puis de pierres. Les fruits tion du fruit à pain et non de son origine. Aux pouvaient être utilisés dans le mois suivant Banks l'origine du fruit est attribuée à Qwat
pour préparer des lap-lap. L'emploi de ce qui l'introduisit en même temps que la banane. procédé n'a pas été retrouvé au sud de Mala- Parfois on se souvient, comme à Pentecôte, kula. du premier arbre à pain connu sur l'île. Il s'agit A Epi on préparait le mêle. Il fallait creuser à Wusi du lehula dont les chauves-souris dans le sol un grand trou dans lequel on dévoraient les graines et à Maewo du sagwai mettait les fruits à pain mûrs. Certains rôtis dont le nom signifie le ciel.
saient alors les fruits, d'autres non. Puis le tout A côté de ces mythes d'origine l'arbre à pain était soigneusement enveloppé de feuilles et est parfois mis en scène dans des contes, recouvert de terre. L'herbe repoussait sur ces comme celui, assez curieux, que nous avons petits monticules qui étaient toujours repé- recueilli à Piaulup. rables. Le mêle était ouvert lorsqu'il n'y avait
Un jour Melora le démon planta un arbre à plus rien d'autre à manger, parfois au bout
pain. Bientôt celui-ci porta des fruits. Le démon d'un an et les fruits étaient à nouveau cuits
dit : avant d'être consommés. Aujourd'hui le mêle
— Dansons toute la nuit et demain nous est rarement préparé car, nous dit-on, les
hommes sont sédentarisés en bord de mer alors rons les fruits.
qu'autrefois ils vivaient en brousse, se dépla Alors il chanta : çaient souvent et avaient besoin de nourriture
Melora, ancêtre aux longs cheveux, disponible là où ils passaient. Le mêle semble-
combien ta main a-t-elle de doigts ? t-il s'associe donc à la mobilité et non à la
Ta main en a cinq sédentarité.
elle en a dix, pas plus. La technique de conservation du fruit à pain
Tous en bas, par fermentation est également retrouvée dans
il monte, il descend, les îles du centre et du sud de l'archipel
le menteur, le menteur ! (Bonnemaison, 1986, p. 295).
4° Mythes d'origine de l'arbre à pain. Les cinq doigts de la main mentaient tous à
Melora. Le petit doigt chantait et dansait avec Les mythes océaniens font souvent naître lui, mais les autres grimpaient à l'arbre et
l'arbre à pain d'un corps humain. Voici celui cueillaient tous les fruits. Au petit matin Melora
que nous avons recueilli à Marpagho, dans le et Petit Doigt partirent cueillir les fruits mais il
sud de Malakula, auprès de Telina et Linet : n'en restait plus. Ils durent se contenter des
fruits pourris. // y avait autrefois une femme qui mit au
On nous expliqua que ce conte faisait monde une fille. Celle-ci se maria avec un
référence aux hommes qui trompaient souvent homme d'un autre village mais bientôt ils mour
leurs ancêtres. Dans sa structure ce conte urent tous les deux. La femme ignorait que sa
rappelle aussi ceux qui mettent en scène dix fille était morte et au bout d'un certain temps,
frères dont le plus jeune joue souvent le rôle n 'ayant aucune nouvelle, elle partit au village de
principal. sa fille en emmenant avec elle sa toute petite
La mythologie, qui est aussi mémoire et fille. En arrivant au village elle comprit que son
enseignement, contient de nombreuses infoenfant était morte et en eut tant de chagrin que
rmations sur les relations que l'homme entrete- l'esprit de la jeune femme dëcédée vint près de sa L'ARBRE À PAIN À VANUATU 11
Barrau, J. : 1976. — " Breadfruit and relatives " in nait avec ses plantes. Si, comme l'affirme
Simmonds, N. W. : Evolution of crop plants ; Longman, Roosman, London, pp. 57-58.
" The number of origin myths is roughly Bennett, F. D. et Nozzolillo, C. : 1987. — " How many
proportional to the importance of the plant in seeds in a seeded breadfruit, Artocarpus alt His (Mora-
the local diet. " ceae)?; Economic Botany, 41, 3, pp. 370-374.
Bonnemaison, J. : 1986. — Les fondements d'une identité :
il serait intéressant de recueillir à Vanuatu les territoire, histoire et société dans l'archipel de Vanuatu
mythes qui traitent de l'origine de l'arbre à (Mélanésie) ; Livre I : L'arbre et la pirogue ; ORSTOM,
Collection Travaux et Documents n° 201, Paris, 540 p. pain.
Selon les quelques données dont nous dispo Candolle de, A. : 1883. — Origine des plantes cultivées ;
Germer Baillière et C°, Paris, 377 p. sons l'arbre a pu, dans cette région, y être
Capell, A. : 1984. — Futuna-Aniwa dictionary, with domestiqué et multiplié. Quoiqu'il en soit il
grammatical introduction ; Pacific Linguistics, series C, existe aujourd'hui de nombreux cultivars, sémi- n° 56, Canberra, The Australian National University, nifères ou aspermes, dont les modes de prépa 252 p.
ration et de conservation sont variés. L'arbre à Charpentier, M. : 1982. — Atlas linguistique du sud
pain est dans le Nord de Vanuatu une plante Malakula; 3 V., SELAF, CNRS-Paris, ACCT-Paris.
ancienne dont l'utilisation est bien maîtrisée et Cox-Bodner, C. et Gereau, R. E. : 1988. — " A contribut" qui est encore largement consommée. Pour ion to bontoc ethnobotany ; Economie Botany, 42, 3,
finir nous donnerons deux autres utilisations pp. 307-369.
de la plante, relevées à Pentecôte. La sève de Haudricourt, A. G. : 1964. — « Nature et culture dans la
civilisation de l'igname : origine des clones et des clans » ; l'arbre est utilisée comme glu, soit pour colmat
L'Homme, Revue Française d'Anthropologie, janvier-avril, er les blessures faites à l'igname au moment de pp. 93-103. sa récolte, soit pour protéger les arbres frui
Haudricourt, A. G. et Hédin, L. : 1987 (1™ éd. : 1943). — tiers des prédateurs. Elle est déposée sur les
L'homme et les plantes cultivées ; A. M. Métaillé, Paris, branches, près des fruits, et les oiseaux vien 281 p. nent s'y coller les pattes. Le bois est utilisé Laxamana, N. B. : 1984. — " Heating value of some comme bois à brûler ou comme bois de cons philippine woods, non-woods and barks " ; F. P. R.D.I. truction pour les poteaux des habitations. Le Journal (Philippines), 13, 3-4, pp. 6-12.
tronc est creusé en pirogue ou sculpté pour la Lebot, V. : 1988. — Les kavas en Océanie (Piper methysli-
fabrication du balancier et de la rame. Enfin, cum Forst. et Piper wichmanii C.D.C.J : étude pluridisci
outre le fruit, on consomme également les plinaire d'une culture traditionnelle ; Thèse de Physiol
ogie, biologie des organismes et populations. Universités toutes jeunes feuilles, cuites à la vapeur dans
des sciences et techniques du Languedoc, 256 p. un bambou.
Lebot, V. et Cabalion, P. : 1986. — Les kavas de Vanuatu : Nous aimerions conclure en disant que ces
cultivars de Piper methysticum Forst. ; ORSTOM, Collecquelques noms de cultivars, relevés dans le tion Travaux et Documents n° 205, Paris, 234 p. nord de Vanuatu, n'épuisent certes pas toutes
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damment circuler d'île en île, est toutefois très Murray, Rev. C. : 1894. — " Varieties of breadfruit, new
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