Nouvelle interprétation du décor incisé sur une double hache en bronze supposée provenir de Voros - article ; n°1 ; vol.11, pg 135-149

De
Bulletin de correspondance hellénique. Supplément - Année 1985 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 135-149
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
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Colette Verlinden
Nouvelle interprétation du décor incisé sur une double hache en
bronze supposée provenir de Voros
In: Bulletin de correspondance hellénique. Supplément 11, 1985. pp. 135-149.
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Verlinden Colette. Nouvelle interprétation du décor incisé sur une double hache en bronze supposée provenir de Voros. In:
Bulletin de correspondance hellénique. Supplément 11, 1985. pp. 135-149.
doi : 10.3406/bch.1985.5274
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0304-2456_1985_sup_11_1_5274NOUVELLE INTERPRÉTATION DU DÉCOR INCISÉ
SUR UNE DOUBLE HACHE EN BRONZE
SUPPOSÉE PROVENIR DE VOROS
Les motifs incisés des deux côtés de la double hache en bronze supposée provenir
de Voros dans la commune de Mégali Vryssi et actuellement conservée au musée
d'Héraclion (inv. 2504) ont déjà fait l'objet de deux articles dans la revue Kadmos,
l'un de Buchholz dans le premier volume en 1962 et le second de Small dans le
cinquième volume en 1966 (fig. l)1.
Ces motifs sont au nombre de trois. Le premier, représenté au centre de la face A,
ne présente aucun problème d'interprétation puisqu'il s'agit, de toute évidence, d'un
bouclier en huit. En revanche, les autres motifs furent compris de façons très diffé
rentes par les personnes qui en abordèrent l'étude.
Ainsi, le second motif représenté trois fois sur l'objet, de part et d'autre du
bouclier en huit sur la face A et au centre de la face B, fut interprété par Platon,
Paola Cassola Guida et Korres comme un « nœud sacré », tandis que Buchholz, tenté
d'abord d'y voir des têtes d'oiseau, finit par considérer qu'il s'agissait de vêtements
de culte, dans lesquels seraient passées des épingles dont la tête, en forme de boule,
apparaîtrait d'un côté du vêtement et le corps, de forme allongée et pointue, de
l'autre2. Small, qui interprète le motif comme une longue robe, fait remarquer très
justement, en se fondant sur la comparaison avec un cratère d'Enkomi, que les objets
considérés par Buchholz comme des épingles sont en réalité des épées dont le pommeau
est visible d'un côté du vêtement et la lame, ou plus probablement le fourreau, de
(1) H. G. Buchholz, « Eine Kultaxt aus der Messara », Kadmos 1 (1962), p. 166-170 ; T. E. Small,
« A Possible 'Shield Goddess' from Crète », Kadmos 5 (1966), p. 103-107. Le village de Voros (et non Vorou)
se trouve dans la commune de Mégali Vryssi (Monophatsio), située sur les hauteurs, au Nord-Est de la plaine
de la Messara. Les auteurs cités supra fournissent un mauvais numéro d'inventaire pour l'objet : il s'agit du
n° 2504 et non du n° 2404. On trouvera la liste complète des références bibliographiques mentionnant cette
double hache dans G. St. Korres, « Παραστάσεις προσφοράς ίερας έσθήτος καΐ ίεροΰ πέπλου καΐ τα περί
αύτας προβλήματα καΐ συναφή έργα », 4* Congrès (1976) [1981], p. 677-678, n° 8, n. 83 et 84.
(2) N. Platon, KretChron 13 (1959), p. 387; P. Cassola Guida, Le armi difensive dei Micenei nelle
flgurazioni {Incunabula Graeca 56 [1973]), p. 163, n° 154 ; G. St. Korres, loc. cit., p. 677-678, n° 8 ; H. G.
Buchholz, loc. cit., p. 168. Caterina Mavriyannakis, quant à elle, se refuse à interpréter le motif : C. Mavriyan-
nakis, « Double Axe-Tool with an Engraved Buoranium from the District of Amari (Nome of Rethymno) »,
ArehAnAth 11 (1978), p. 208, flg. 10. COLETTE VERLINDEN [BCH Suppl XI 136
Fig. 1. — Double hache en bronze supposée provenir
de Voros (T. E. Small, Kadmos 5 [1966], ûg. 1).
Fig. 2. — Cratère amphoroïde d'Aradippou (cf. n. 4).
l'autre3. Cette interprétation est confirmée par une représentation similaire sur un
autre cratère chypriote, sur lequel des épées, placées dans leur fourreau, apparaissent
au côté de personnages enveloppés dans de longues capes (fig. 2)4. A Santorin,
des fourreaux d'épée sont figurés de la même façon derrière le bouclier-cuirasse, porté
à même le corps, de certains guerriers de la « Fresque miniature » de la paroi Nord
de la pièce 5 de la Maison Ouest5.
Aussi, si le motif figuré sur la double hache de Voros ressemble à d'autres
vêtements, et notamment à certains « nœuds sacrés » et jupes-portefeuille, on peut
considérer toutefois, grâce à la présence de l'épée et au contexte des deux autres
motifs (cf. infra), qu'il s'agit d'un manteau ou d'une cape qui, d'après les vases
(3) T. E. Small, loc. cit., p. 104-105, flg. 3 ; nous n'acceptons cependant pas l'idée de l'auteur concernant
la représentation des personnages, cf. infra, p. 145.
(4) Cf. V. Karageorghis, Mycenaean Art from Cyprus (1968), pi. IV, 1.
(5) Thera VI. Colour Plates and Plans (1974), pi. 7, à droite ; cf. également les fourreaux représentée
à l'arrière des deuxième et troisième personnages du groupe de droite sur la scène de la « réunion au sommet
d'une montagne » appartenant à la même fresque, illustrée ici flg. 5. DÉCOR INCISÉ SUR LA HACHE DE VOROS 137 1985]
chypriotes et les exemples mentionnés ci-dessous, était porté par des personnages
de haut rang6.
A première vue, les vêtements figurés sur la double hache semblent assez proches
des robes-toge des « prêtres syriens », telles que, par exemple, celle portée par un de ces
personnages sur un sceau de Cnossos (fîg. 3)7. On remarquera cependant que la robe
de ces « prêtres syriens » semble enroulée autour du corps, ce qui n'était apparemment
Fig. 3. — « Prêtre syrien ». Sceau de Cnossos Fig. 4. — Sceau d'Hagia Triada (D. Levi, AnnScAtene
(J. Boardman, Greek Gems and Finger Rings 8-9 [1925-1926], flg. 141).
[1970], flg. 102).
pas le cas des vêtements de la double hache de Voros. En effet, sur la face A, ces
derniers semblent constitués d'une partie supérieure arrondie et d'une partie inférieure
divisée en trois bandes horizontales striées verticalement, représentant sans doute
des volants ; sur la face B, le vêtement possède seulement un volant dans le bas,
(6) Cf., par exemple, pour les « nœuds sacrés » : un sceau de Mycènes conservé au Musée National à
Athènes (inv. n° 2318), CMS I, n° 54 ; un autre du « Dépôt des Archives » à Cnossos, Evans, PM IV, p. 602,
608, flg. 597 Ak et une bague en or d'Archanès : P. Cassola Guida, op. cit., p. 31, 133-134, n° 46, pi. VII, 2 ;
s'agit-il bien, cependant, de « nœuds sacrés », cf. infra, p. 145 ? Pour les jupes-portefeuille (ou « jupes à volants »),
cf., par exemple, un sceau de l'Héraion d'Argos, Evans, PM IV, p. 344, flg. 287 c ainsi qu'un sceau de Cnossos :
ibid., flg. 287 a. L'exactitude du rapport de proportions entre le manteau et l'épée confirme l'interprétation
de l'objet comme un long vêtement ; les « nœuds sacrés » possédaient en outre une forme différente dans la
mesure où ils étaient composés d'une boucle, généralement évidée, inclinée sur le côté et enserrée par le nœud qui
se prolongeait par deux extrémités souvent terminées par une frange comme sur les exemplaires en ivoire et
en faïence de Cnossos et de Mycènes (Evans, PM I, p. 430-431, fig. 308-309). L'une des extrémités est souvent
plus longue que l'autre. Les jupes-portefeuille, en revanche, se reconnaissent à leur partie supérieure réticulée
ou en forme d'accordéon comme sur les deux exemples cités supra et surtout à leurs volants multiples et saillants ;
lorsque la jupe est représentée de face elle se caractérise par sa division centrale et par la représentation oblique
des volants, cf. l'étude consacrée à ce sujet dans C. Verlinden, Les statuettes anthropomorphes Cretoises en
bronze et en plomb, du IIIe millénaire au VIIe siècle av. J.-C. (Publications d'Histoire de VArt et d'Archéologie
de V Université catholique de Louvain, XLI, Archaeologia Transatlantica, IV), Louvain-la-Neuve (sous presse).
On remarquera, d'autre part, que la présence d'une jupe de femme serait incongrue en compagnie de motifs
tels que des épées, des carquois et un bouclier en huit.
(7) Cf. Evans, PM IV, p. 405, flg. 336 ; cf. à propos de ces ♦ prêtres syriens » : P. Demargne, « Un prêtre
oriental sur une gemme Cretoise du MR I », BCH 70 (1946), p. 148-153 (liste de ces personnages p. 149) ; cf.
également le paragraphe concernant les robes-toge dans notre publication sur les figurines Cretoises en bronze,
citée n. 6. 138 COLETTE VERLINDEN [BCH Suppl XI
tandis qu'une sorte de longue étole, s'élargissant au-dessus de l'objet sous la forme
d'un col, apparaît sur le côté droit8.
Après une observation plus attentive on constatera que les vêtements figurés
sur la double hache de Voros sont en réalité beaucoup plus semblables à un certain
type de manteaux-capes, de longueur variable, qui, suivant les cas, étaient faits de
peau ou de tissu9. On citera, pour les exemples taillés dans des peaux ou en tout cas
dans des matières épaisses : le « guide » des « moissonneurs » sur le vase d'Hagia Triada,
l'homme figuré à droite sur un sceau du même site (fîg. 4), ainsi que les deux person
nages marchant l'un à côté de l'autre au pied d'une muraille, sur le rhyton en argent
de Mycènes10. On remarquera que, dans ce dernier cas, le manteau est représenté
dans un contexte militaire, ce qui confirme qu'il faisait partie de l'équipement de
certains guerriers.
Deux excellents exemples de manteaux-capes en tissu sont représentés sur les
fragments du mur Nord de la « Fresque miniature » de Santorin figurant une rencontre
de deux groupes de personnes au sommet d'une montagne (fig. 5)11. Dans celui de
droite, le deuxième et surtout le troisième personnage portent un manteau-cape
blanc bordé de noir, ce qui permet de constater qu'ils étaient fermés à l'avant par un
grand nœud visible en haut du vêtement12. Une lanière ou une bande de tissu de
couleur noire, destinée sans doute à maintenir le manteau, est figurée sur l'épaule
gauche du troisième personnage, l'autre épaule étant, semble-t-il, couverte par le
vêtement13. Ce manteau-cape passerait ainsi sous une aisselle et couvrirait une épaule,
comme sur les deux hommes du rhyton en argent de Mycènes et peut-être comme sur
le « guide » des « moissonneurs » dont on ne voit cependant pas l'épaule gauche, mais
où le vêtement passe certainement sous l'aisselle droite14. En revanche, sur le sceau
d'Hagia Triada (fig. 4), le vêtement est porté comme une cape et couvre totalement
(8) Cette longue « étole » est assez semblable à celles figurées sur deux manteaux de « prêtres » : le
« prêtre syrien » cité ci-dessus et la « Porteuse de Brasero » de Santorin, cf. Thera VI, pi. 5. La « robe-toge »
se reconnaît à la représentation de lignes obliques formant des zigzags sur le vêtement, ce qui n'est pas le cas
sur la double hache (cf. les robes-toge des « prêtres syriens » cités par P. Demargne, loc. cit., p. 149, celles des
femmes peintes sur les petits côtés du sarcophage d'Hagia Triada, C. R. Long, The Ayia Triadha Sarcophagus
{SIM A 41 [1974]), pi. 11, 25 et 27 et celle figurée sur un fragment de fresque de Mycènes (W. Taylour,
« Mycenae, 1968 », Antiquity 43 [1969], p. 95, fig. 2).
(9) Cf. à propos de la manière de représenter les vêtements en peaux, le paragraphe sur les jupes de
femme en fourrure ou en peau et celui sur les manteaux et les capes portés par les hommes, dans notre étude
des figurines Cretoises en bronze, citée supra n. 6.
(10) Cf. pour le « Vase des Moissonneurs » : P. Demargne, Naissance de l'art grec {L'univers des formes
[1964]), fig. 234 ; pour le sceau d'Hagia Triada : D. Levi, « Le cretule di Haghia Triada », AnnScAtene 8-9
(1925-1926), p. 131, fig. 141, n° 125, pi. XIV, 125 ; pour le rhyton en argent de Mycènes : Marinatos-Hirmer,
pi. 196. On citera également deux autres 'manteaux représentés sur des sceaux d'Hagia Triada, analogues
aux vêtements de la double hache de Voros par les stries verticales dont leurs différentes parties ou leurs volants
sont ornés : D. Levi, loc. cit., p. 132, fig. 142, n° 126, pi. IX, 126 et p. 142, fig. 157, n° 141, pi. IX, 141.
(11) Thera VI, pi. 7, à gauche.
(12) Le deuxième personnage porte, semble-t-il, une étole jaune sur l'épaule, similaire à celle du « prêtre
syrien » cité supra et à celle du manteau de la face Β de la double hache de Voros.
(13) La position de cette épaule à l'arrière-plan rend cependant ce détail peu visible et donc incertain.
(14) Cette disposition du vêtement rappelle le manteau de la « Porteuse de Brasero » {Thera VI, pi. 5),
ainsi que celui d'une autre femme de Santorin {Thera VII, pi. 65) et de la < Femme aux Épis » de Mycènes
(W. Taylour, loc. cit., flg. 2). DÉCOR INCISÉ SUR LA HACHE DE VOROS 139 1985]
les épaules et les bras. Il semble donc que ce type de manteau pouvait être porté
différemment suivant les cas15.
Des vêtements également de couleur blanche et bordés de noir, similaires à ceux
des deuxième et troisième personnages du groupe de droite dans la scène de la
« réunion au sommet d'une montagne », revêtent aussi les deux hommes qui se font
face au centre de la représentation (fig. 5). Leur vêtement, cependant, est plus long
et porté en cape sur les épaules. Il est également fermé par un nœud, à l'avant. Des
capes identiques mais de différentes couleurs enveloppent aussi la plupart des hommes
assis dans les plus beaux des bateaux de la « Fresque navale » (fig. 6). On remarquera
Fig. 5. — « Fresque miniature ». Akrotiri. Paroi Nord. Fig. 6. — « Fresque navale ». Akrotiri. Navire placé
Réunion au sommet d'une montagne (cf. n. 11). en sixième position dans la flotte (cf. n. 16).
la présence de leurs casques, accrochés au-dessus d'eux, tandis que plusieurs de leurs
armes sont déposées à différents endroits du navire16.
Cette représentation confirme notre interprétation des vêtements de la double
hache de Voros comme étant des manteaux ou des manteaux-capes appartenant
à l'équipement militaire de personnages de haut rang. Toutefois, on remarquera
que de longues capes identiques à celles des « chefs » assis dans les bateaux, mais
faites en peau plutôt qu'en tissu, sont portées sur la même fresque par des hommes
(15) A moins qu'il ne s'agisse de deux manteaux différents, ce qui est toutefois peu probable en raison
de la ressemblance entre le vêtement du « guide » des « moissonneurs » et celui du personnage du sceau d'Hagia
Triada.
(16) En numérotant les sept navires d'après leur position dans la flotte, on constatera que des casques
sont accrochés au-dessus des hommes assis sous les dais au centre des bateaux ou au-dessus de la cabine arrière,
sur chacune de ces embarcations, à l'exception de la troisième, Thera VI, pi. 9. De longs épieux sont figurés
obliquement à l'arrière de chaque bateau, à l'exception du dernier (fragment non conservé). Un objet pouvant
figurer un bouclier en huit renversé (?) est déposé en face du premier personnage assis à l'avant du navire de
tête. Des lignes parallèles représentées au même endroit sur les quatrième et cinquième bateaux pourraient
figurer des objets similaires ou éventuellement des arcs ou des javelots. D'autres objets allongés représentant
peut-être des épées dans leur fourreau sont accrochés obliquement au premier montant du dais du premier et
du quatrième bateau (deux exemplaires superposés sur le quatrième navire). Les objets pouvant figurer
des carquois sont cités infra, p. 142. Il n'est pas impossible que les lignes parallèles brunes figurées sur les
côtés du dais central des navires, à proximité du sommet, au-dessus de la tête des hommes assis, représentent
des épieux, servant notamment à aborder d'autres bateaux, comme cela semble être le cas sur les fragments
de la < Fresque miniature » figurant un combat naval, ibid., pi. 7, à droite.
10 COLETTE VERLINDEN BCH Suppl XI 140
situés dans un contexte qui semble être celui de la vie quotidienne17. Ces capes en
peau étaient sans doute réservées aussi à une catégorie élevée de la population car
elles semblent faire partie de la série des vêtements qui étaient consacrés lors de
cérémonies, comme l'indique un sceau d'origine inconnue, sur lequel deux capes de ce
type sont représentées superposées, à côté d'une femme vêtue d'une longue jupe-
portefeuille (fig. 20)18. Or, il est probable que seuls des vêtements destinés à des
personnes haut placées dans la société minoenne faisaient l'objet de telles consé
crations.
Fig. 8. — Hydrie du « Peintre de Madrid » Fig. 7. — Amphore du « Peintre des Inscrip
tions » (cf. n. 21). (cf. n. 22).
Les capes et manteaux-capes pouvaient donc avoir des utilisations différentes,
probablement suivant la matière dans laquelle elles étaient fabriquées, les capes
en peau étant utilisées lors des batailles mais aussi comme protection contre le froid,
tandis que les capes en tissu de belle qualité, qui faisaient partie de la panoplie militaire
des « chefs », étaient réservées pour les parades, les défilés et les cérémonies19.
Le troisième motif incisé sur la double hache de Voros est représenté de part et
d'autre du manteau de la face B. Buchholz y voyait des vases à serpents et Small
des tours ou des portes de ville20. En réalité, dans le contexte où il est placé, c'est-à-dire
en association avec un bouclier en huit, des manteaux « militaires » et des épées,
l'identification du troisième motif saute aux yeux : il s'agit de carquois, constitués
d'un boîtier apparemment rigide, orné d'un décor géométrique, et d'une longue
lanière, attachée à la partie supérieure et inférieure de l'objet. Le réceptacle pour les
flèches est fermé par un couvercle arrondi dont on devine la charnière sur le carquois
de gauche et la fermeture de sécurité sur celui de droite.
(17) Cf. sur la « Fresque navale » les deux personnages figurés de part et d'autre d'un cours d'eau, à gauche
du « palais » d'où part la flotte, ainsi que ceux qui sont représentés au-dessus et légèrement à gauche du « palais »
situé à l'autre extrémité de la fresque, ibid., pi. 9 ; cf., sur la « Fresque miniature » de la paroi Nord, le petit
personnage entre le « puits » et la construction, pi. 7, à droite.
(18) Cf. H. Th. Bossert, Altkreta2 (1923), fig. 323 d et infra, p. 149.
(19) On remarquera que certains manteaux de cérémonie tels celui de la « Porteuse de Brasero » et de la
femme figurée sur la même fresque que la « Femme aux Épis » de Mycènes, déjà citée supra, semblent constitués
de tissus très épais.
(20) Cf. H. G. Buchholz, loc. cil., p. 170, où l'auteur interprète les lanières des carquois comme des
serpents, et T. E. Small, loc. cit., p. 106. DÉCOR INCISÉ SUR LA HACHE DE VOROS 141 1985]
Fig. 9. — Fragments de fresque de Cnossos figurant des Fig. 10. — Fragment de fresque de Ti-
carquois (A. J. Evans, Knossos Fresco Atlas [1967], pi. E, rynthe figurant la partie supérieure d'un
fig. 3 e, f). carquois (cf. n. 26).
Des carquois de forme similaire ont été fréquemment représentés sur des vases
grecs de la période archaïque. Ils étaient portés soit dans le dos, comme sur une
amphore du « Peintre des Inscriptions » figurant Héraclès combattant Géryon
(fig. 7), où l'on remarquera la forme arrondie du couvercle, soit à la taille, comme sur
une coupe du « Peintre d'Amasis » figurant des exercices de voltige dans un manège,
sur laquelle on notera la forme pointue du couvercle21. Sur une hydrie du « Peintre
de Madrid », on observera qu'Héraclès, dans son corps à corps avec Kyknos, a aban
donné son arc pour se servir de la massue et que, comme c'est probablement le cas
sur un sceau en or de Mycènes étudié ci-dessous, en l'absence de l'arc, délaissé pour
une arme de combat rapproché (dague, épée ou massue), seul le carquois est représenté
(fig. 8)22. Il est ici décoré de chevrons et doté d'un couvercle pointu.
Pour l'époque préhellénique, on possède au moins deux représentations certaines
de carquois sur des fragments de fresques23. La première qui représente des paires de accolés par la base, apparaît sur un ensemble de trois fragments trouvés
à Cnossos et datés du MM III par Evans qui interpréta les objets comme des flûtes
(fig. 9, deux fragments)24. Les carquois, comme sur la double hache de Voros, sont
composés de trois éléments principaux : le boîtier, ici de couleur blanche et décoré
dans un cas de traits bruns, le couvercle pointu, de couleur ocre, et la longue lanière,
attachée à la partie supérieure et à la base du carquois ainsi qu'à un anneau, placé
au centre de l'objet25. Les lanières, de la même couleur ocre que le couvercle, sont
striées de traits brun-foncé comme s'il s'agissait de cordes.
(21) J. Charbonneaux, R. Martin, Fr. Villard, Grèce archaïque {L'univers des formes [1968]), flg. 86
et 96.
(22) Ibid., fig. 345.
(23) Une révision systématique de toute la documentation figurée permettrait certainement d'en ident
ifier d'autres.
(24) Cf. A. Evans, BSA 7 (1900-1901), p. 59 ; PM III, p. 39, flg. 23 ; Knossos Fresco Atlas (1967), pi. E,
flg. 3 e, f . Ces fragments proviennent de la « Threshing-floor Area » au Nord-Ouest du palais. Ils appartiendraient,
d'après Evans, à des représentations de broderies sur des vêtements.
(25) La base et l'anneau sont de couleur brune. Ce dernier, probablement en cuir, est double sur le car
quois représenté à droite sur le fragment principal. Il pouvait sans doute glisser le long du boîtier, ce qui per
mettait d'allonger ou de rétrécir la lanière à volonté. Des traces de traits bruns non restaurées apparaissent
également sur les boîtiers des carquois de ce même fragment. 142 COLETTE VERLINDEN [BCH Suppl XI
La partie supérieure d'un carquois très similaire et jusqu'à présent non identifié
est figurée sur un fragment de la fresque plus tardive de Tirynthe représentant des
chasseurs (fig. 10)26. Une nouvelle fois, les trois parties principales de l'objet sont
parfaitement reconnaissables : le boîtier est blanc et orné de petits traits de couleur
foncée comme sur les carquois de Cnossos et, comme sur ces derniers, le couvercle
est pointu, tandis que la lanière, de couleur sombre, est visible à droite de l'objet.
Elle est empoignée, dans la partie supérieure du fragment, par une main dont on ne voit
que l'extrémité de la paume fermée et le pouce.
Trois autres carquois pourraient être figurés sur les fresques miniatures de
Santorin, dont deux aux côtés des « chefs » assis dans les navires de la « Fresque
navale »27. Le premier se trouverait à droite d'un homme enveloppé dans une cape
blanche, assis à l'avant du sixième navire, tandis que le second pourrait être accroché
au montant de bois situé en face de lui (fig. 6)28. Le troisième objet pouvant être inter
prété comme un carquois est représenté à gauche d'un des « noyés » de la « Fresque
miniature » sur la paroi Nord de la même pièce29. De forme rectangulaire et de
couleur noire, il est doté d'une lanière dans sa partie supérieure qui est ici renversée.
Néanmoins, il pourrait figurer également un bouclier, bien qu'il soit plus petit que
les deux autres boucliers rectangulaires visibles dans l'eau. Cependant, comme la
plupart des grands de l'époque, ces derniers sont tendus de peaux de taureau,
ce qui n'est pas le cas du premier objet, qui pourrait donc constituer une forme
différente, et peut-être étrangère, de carquois30.
Des carquois sont presque certainement illustrés aussi sur des sceaux, et plus
particulièrement sur deux d'entre eux, dont l'un, en or, fut découvert à Mycènes,
tandis que l'autre est supposé provenir de Crète. Le premier, trouvé dans une tombe
du cercle A et daté par conséquent du xvie siècle avant J.-C, figure deux hommes
combattant (fig. 11)31. L'objet en question est figuré, sur le sceau, derrière le guerrier
de gauche, perpendiculairement au torse et parallèlement à l'extrémité de l'épieu
de l'homme portant un bouclier en huit. Il possède une forme parfaitement similaire
à celle des carquois figurés sur les fragments de fresque de Cnossos et de Tirynthe,
c'est-à-dire qu'il est composé d'une partie cylindrique fermée par un couvercle pointu,
situé juste derrière le corps du guerrier, et d'une lanière, accrochée à la base de l'objet
(26) Cf. G. Rodenwaldt, Die Fresken des Palastes {Tiryns, die Ergebnisse der Ausgrabungen des Instituts
II [1912]), p. 122, fragment n° 163, pi. XIV, 2 ; bien qu'il se rapproche de l'identification réelle de l'objet
puisqu'il fait le rapprochement avec le sceau en or de Mycènes (fig. 11), l'auteur se contente cependant de
l'interpréter comme un vase et considère le fragment comme « unerklârt ».
(27) Thera VI, pi. 9.
(28) A moins qu'il ne s'agisse d'une épée dans son fourreau ?
(29) Ibid., pi. 7, à droite.
(30) D'après la couleur, cet objet pourrait être en cuir, ce qui permet d'interpréter l'élément attaché
dans le dos du personnage figuré à droite du « carquois » comme un vêtement en cuir plutôt que comme une
aile d'autruche. 11 aurait glissé des hanches dans le dos, en raison de la position renversée de l'homme. Cette
dernière, comme celle des deux autres personnages figurés à proximité, pourrait s'expliquer par la chute de
ces hommes dans l'eau, soit des bateaux, soit des constructions ou des rochers représentés dans la partie supé
rieure de cette scène, cf. à ce propos : Sp. Marinatos, Thera VI, p. 45. On remarquera qu'une aile d'autruche
dans l'eau n'aurait certainement pas cette forme déployée de l'objet en question car les plumes se seraient
agglutinées les unes aux autres. En outre, si des êtres humains se parent parfois de plumes d'autruche, on les
voit mal cependant utiliser des ailes entières de l'animal pour se vêtir I
(31) Cf. CMS I, n° 11 (Athènes, Musée National, inv. n° 35). DÉCOR INCISÉ SUR LA HACHE DE VOROS 143 1985]
et donc détachée de la partie supérieure32. Comme sur les carquois de Cnossos, des
anneaux centraux divisent le boîtier en deux33. La seule difficulté empêchant une
identification certaine réside dans le fait qu'aucun arc n'est figuré, mais que, au
contraire, l'homme tient une épée en main. Il serait donc plus logique de considérer
l'objet en question comme un fourreau. Cependant, nous avions remarqué à propos
d'une représentation d'Héraclès à l'époque archaïque, que, lors d'un corps à corps,
le célèbre archer abandonnait son arc pour une autre arme et que seul son carquois
était représenté (fîg. 8)u. Ce pourrait être le cas également sur le sceau de Mycènes
Fig. 11. — Sceau en or de Mycènes avec Fig. 12. — Sceau figurant une femme archer
représentation d'un carquois (?) (cf. n. 31). portant un carquois en bandoulière sur le
côté gauche. Origine inconnue (cf. n. 35).
qui représenterait donc un carquois, hypothèse étayée par la forme de l'objet et surtout
par la présence du couvercle pointu, qui serait incongru s'il s'agissait d'un fourreau
d'épée.
Le deuxième sceau, conservé à Berlin Ouest, représente une femme tenant un
arc (fig. 12) 35. Sur son côté gauche apparaît, à hauteur de la taille et perpendiculaire
ment au torse, un objet allongé, maintenu, exactement comme sur l'archer debout
sur un cheval de la coupe archaïque citée plus haut, par une lanière passée en
(32) On remarquera que cette lanière est relativement épaisse et unique, à la différence des houppes
attachées à l'extrémité des fourreaux qui sont généralement plus courtes et composées d'un ensemble de fils
ou de rubans, comme sur les guerriers armés de boucliers rectangulaires de la « Fresque miniature » de Santorin,
cf. Thera VI, pi. 7, à droite.
(33) Ils ne semblent pas situés exactement au centre du boîtier mais dans sa moitié inférieure, cf., à ce
propos, supra, n. 25 ; ces anneaux sont doubles, comme sur l'un des carquois de Cnossos (fig. 9).
(34) Cf. supra, p. 141. Sur la double hache de Voros également, seul le carquois est figuré ; l'arc est
absent. Deux cas similaires d'archers sans arc, représentés dans un combat rapproché la dague ou l'épée à
la main et le carquois à la taille, pourraient être illustrés sur des manches de miroirs en ivoire provenant, l'un
d'Enkomi et l'autre de Kouklia, cf. H. G. Buchholz, V. Karageorghis, Prehistoric Greece and Cyprus* (1973),
nos 1747 et 1748. On remarquera, d'autre part, l'absence générale, dans l'iconographie créto-mycénienne,
de la représentation de fourreaux, aux côtés des guerriers armés d'épées ou de dagues.
(35) Antikenmuseum Staatliche Museen Preussischer Kulturbesitz Berlin, inv. n° Fa 2. Ce sceau, publié
pour la première fois en 1886, est certainement authentique ; cf. A. Furtwângler, G. Loesghcke, Mykenische
Vasen (1886), p. 77, pi. Ε 36 ; Evans, PM IV, p. 577, fig. 560 ; H. Th. Bossert, op. cit. (n. 18), fig. 322 f.

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