Nouvelles considérations sur les incinérations Bronze final de la nécropole de Champ-Crose à Chabestan (Htes-Alpes) et sur les modes funéraires dans les Alpes occidentales du XIVe au XIe siècle av. J.-C. - article ; n°8 ; vol.87, pg 250-256

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1990 - Volume 87 - Numéro 8 - Pages 250-256
RESUME Un nouvel examen et une recontextualisation des incinérations de la nécropole de Chabestan, jusqu'alors rattachées au Bronze final 3b, permettent une datation du début de cette période (BF 1 et 2a). Les incinérations de Champ-Crose attestent l'introduction du mode sépulcral des Champs d'Urnes dans les Alpes occidentales. Ce mode ne supplante pas toutefois le recours à l'inhumation, de la part de cultures à fortes spécificités régionales. L'origine des incinérations alpines doit être recherchée plutôt au sud qu'au nord des Alpes.
ABSTRACT New investigations into the Chabestan cemetery cremations, formely attributed to the Late Bronze Age 3b, have enabled them to be dated to the beginning of the period (LB 1 and 2a). The Champ-Crose cremations testify to the introduction of Urnfield burial rites in the western Alps. These rites did not however totally replace inhumation, which continued to be carried out by cultures with strong regional characteristics. The origin of these cremations in the Alps region should be sought to the south of the Alps rather than to the north.
7 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Joël Vital
Nouvelles considérations sur les incinérations Bronze final de la
nécropole de Champ-Crose à Chabestan (Htes-Alpes) et sur les
modes funéraires dans les Alpes occidentales du XIVe au XIe
siècle av. J.-C.
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1990, tome 87, N. 8. pp. 250-256.
Résumé
RESUME Un nouvel examen et une recontextualisation des incinérations de la nécropole de Chabestan, jusqu'alors rattachées
au Bronze final 3b, permettent une datation du début de cette période (BF 1 et 2a). Les incinérations de Champ-Crose attestent
l'introduction du mode sépulcral des Champs d'Urnes dans les Alpes occidentales. Ce mode ne supplante pas toutefois le
recours à l'inhumation, de la part de cultures à fortes spécificités régionales. L'origine des incinérations alpines doit être
recherchée plutôt au sud qu'au nord des Alpes.
Abstract
ABSTRACT New investigations into the Chabestan cemetery cremations, formely attributed to the Late Bronze Age 3b, have
enabled them to be dated to the beginning of the period (LB 1 and 2a). The Champ-Crose cremations testify to the introduction of
Urnfield burial rites in the western Alps. These rites did not however totally replace inhumation, which continued to be carried out
by cultures with strong regional characteristics. The origin of these cremations in the Alps region should be sought to the south of
the Alps rather than to the north.
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Vital Joël. Nouvelles considérations sur les incinérations Bronze final de la nécropole de Champ-Crose à Chabestan (Htes-
Alpes) et sur les modes funéraires dans les Alpes occidentales du XIVe au XIe siècle av. J.-C. In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1990, tome 87, N. 8. pp. 250-256.
doi : 10.3406/bspf.1990.9444
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1990_num_87_8_9444Bulletin de I; SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1990 /TOME 87/8
Nouvelles considérations sur les incinérations
-Bronze final de la nécropole de Champ-Crose
à Chabestan (Hautes- Alpes) et sur les modes
funéraires dans les Alpes occidentales
du XIVe au ХГ siècle avant J.-G
par Joël Vital
confrontation des documents à un large cadre de
RESUME comparaison. Cette exigence eut pour effet indirect
la proposition d'une nouvelle hypothèse concernant
la chronologie des sépultures à incinération de la Un nouvel examen et une recontextualisation des
nécropole de Chabestan (Vital, 1984, p. 254) ; ces incinérations de la nécropole de Chabestan,
réflexions sont à l'origine de l'article présenté ici. jusqu'alors rattachées au Bronze final 3b, permettent
une datation du début de cette période (BF 1 et 2a).
Les incinérations de Champ-Crose attestent l'intr
oduction du mode sépulcral des Champs d'Urnes dans
les Alpes occidentales. Ce mode ne supplante pas
// - SITUATION ET HISTORIQUE toutefois le recours à l'inhumation, de la part de
cultures à fortes spécificités régionales. L'origine des
incinérations alpines doit être recherchée plutôt au
sud qu'au nord des Alpes. La nécropole de Champ-Crose est située sur une
basse terrasse de rive gauche du Petit Buëch, à
environ 25 km au sud-ouest de Gap (fig. 1), dans une
région de communication essentielle entre la vallée ABSTRACT du Rhône et la Plaine padané, via les bassins de la
Drôme et de la Durance.
New investigations into the Chabestan cemetery
cremations, formely attributed to the Late Bronze
Age 3b, have enabled them to be dated to the
beginning of the period (LB 1 and 2a).
The Champ-Crose cremations testify to the intr
oduction of Urnfield burial rites in the western Alps.
These rites did not however totally replace inhumat
ion, which continued to be carried out by cultures
with strong regional characteristics. The origin of
these cremations in the Alps region should be sought
to the south of the Alps rather than to the north.
Fig. I - Situation des nécropoles à incinérations des Alpes occidentales. Ville I - INTRODUCTION repère : Lyon (L). Nécropole de Champ-Crose à Chabestan (Hautes-
Alpes : 1), incinération de la grotte du Gardon à Ambérieu-en-Bugey
(Ain : 2), de Buoux/Salen (Vaucluse : 3), nécropole de Nice/ Nos travaux sur les céramiques de l'âge du Bronze Youri (Alpes Maritimes : 4). Nécropole lombarde de Scamozzina di
des sites du Défilé de Donzère réclamaient une Albairate (5), pour mémoire. 251
La fouille des tertres débuta dans les dernières
années du XIXe siècle sous la conduite de D. Martin,
puis de G. de Manteyer ensuite. La destruction du
tumulus 6 et les menaces pesant sur les autres \____^ —
monuments nécessitèrent la reprise des fouilles entre 0 1km
1961 et 1972, sous la direction de J.-C. Courtois
(Courtois, 1976).
Au total, quatre monuments, nos 3, 4, 5 et 9,
abritaient des sépultures à incinération. Les trois
dernières furent attribuées au Bronze final III (Court
ois, 1968, 1976, p. 84 ; Bocquet, 1976, p. 493), ou à 3m TUMULUS 4 « l'extrême fin d'un Bronze final III attardé ou au
Hallstatt ancien » pour le tumulus 4 (Courtois, 1962,
p. 567). Les monuments 3 à 5 se concentrent dans la
partie sud de la nécropole, le tumulus 9 se situant au
centre (fig. 2).
///- LE TUMULUS 3
L'un des plus important de la nécropole de
Champ-Crose, le tumulus 3 abritait les restes d'au
moins quatre sépultures du Premier âge du Fer
incluses dans une masse de galets et de sédiments. Il
mesurait 17 m x 11 m pour une hauteur de 1,1 m.
Dans le quart nord-est du monument furent dé
gagés les « très rares vestiges d'une sépulture pr
imaire à incinération en urne », semblant déposée sur
le sol antique (Courtois, 1968, p. 112, fig. 70). La
nature exacte des vestiges composant cette incinéra
tion reste inconnue. Fig. 2 - Plan de la nécropole de Champ-Crose à Chabestan (Hautes-Alpes) ;
plans et coupes des tumulus à incinérations, d'après Courtois 1968, 1976 et
Martin 1902 b. Mobilier archéologique d'après Courtois 1968 (tumulus 4)
et les originaux conservés au Musée de Gap.
IV - LE TUMULUS 4
ment ovalisée, montre une surface lissée et une
coloration noire dominante. Six cannelures horizont
Les informations relatives à ce tumulus sont assez ales ornent la partie supérieure et trois d'entre elles
succinctes (Courtois, 1962, 1968, 1976). De forme s'interrompent sur une languette horizontale asymét
ovale et mesurant 10 m x 7 m, il était progressive rique soulignée sur une face par une cannelure
ment arasé par les labours et sa hauteur maximum au (fig- 2).
centre ne dépassait plus 0,5 m ; la fouille ne pouvait La partie inférieure absente fit supposer l'existence en être différée. Les relevés et les clichés alors d'un fond arrondi, au lendemain de la découverte. effectués indiquent la présence d'une couronne cen Les récipients comparables et mieux conservés de trale de pierres de classe 0-5 cm, large d'environ quelques ensembles médio-rhodaniens conduiraient 50 cm (Courtois, 1968, fig. 19). Des gros blocs isolés plutôt actuellement à affecter une base plate à de classe 20-40 cm accompagnaient la couronne ; ils l'exemplaire de Chabestan. Deux formes ont été purent faire office de couverture à l'incinération trouvées en contexte, dans la couche F4, Bronze attestée par des restes d'os calcinés et les fragments final 1, de l'abri de Coufin 2 à Choranche (Isère : d'un unique récipient associé à une bague en bronze Vital, Bintz et coll., à paraître) et dans la fosse 25, (Courtois, 1976). Ces vestiges semblent avoir été Bronze final 1, du site de plein air de la Roberte à déposés à même le sol originel (Courtois, 1968, Châteauneuf-du-Rhône (Drôme : fouilles A. Bee- fig. 23). ching : Vital, Susini et Baud, à paraître). La grotte
La bague est un simple anneau de section circulaire du Loup à Saint-Laurent-sous-Coiron (Ardèche :
(fig. 2). Le récipient de forme irrégulière et légère- inédit) et la Baume des Anges à Donzère (Vital, 252
1987, à paraître, fig. 16/11, fig. 26 et 27) renfermaient
VI- LE TUMULUS 9 plusieurs jarres à col de même facture, attribuées au
Bronze final 2a. La languette asymétrique est attes
tée sur des jarres du Bronze final de la grotte de la
Chauve-Souris à Donzère et de la grotte des Cloches Ses dimensions étaient de 9 m x 10 m, pour une
à Saint-Martin-d'Ardèche (Vital, 1984, pi. 141 ; hauteur maximum de 0,9 m. Plusieurs inhumations
1986, fig. 5/5). du Premier âge du Fer furent dégagées dans la masse
et dans la partie inférieure du tertre constituées de La fragmentation du récipient de Chabestan et la sédiments et de blocs disséminés (fig. 2). Les trois dispersion des restes, liées au démantèlement d'une sépultures les mieux conservées sont rapportées au éventuelle protection en pierre, évoquent une possi Premier âge du Fer (Martin, 1902 b ; Courtois, ble violation ancienne du monument. 1976).
Dix à quinze centimètres sous la surface primitive
du sol et à l'aplomb de deux des inhumations, une
poche de 0,5 m de profondeur « uniquement pleine
de cendres, de charbons et d'ossements calcinés en V - LE TUMULUS 5 débris » fut recoupée par une tranchée menée jus
qu'à 0,45 m de profondeur. Des fragments puis le
fond d'un vase « fruste et incomplet » reposant sur
une petite dalle furent recueillis à 1,45 m de la
C'est l'un des tertres majeurs de la nécropole, avec surface du tumulus. Sous la dalle apparut le bord
le tumulus 3. De forme subcirculaire, d'un diamètre d'une seconde poterie, plus fine que la précédente,
de 15 m, haut de 1,8 m, il renfermait les vestiges « pleine de centres et d'ossements calcinés, reposant
d'une quinzaine d'inhumations du Premier âge du dans une cavité de 15 cm de profondeur creusée dans
Fer. Elles étaient entourées par des couronnes « en les graviers de la basse terrasse » (Martin 1902 b). Le
gros galets constituant l'armature du tertre hallstat- premier récipient ne semble pas avoir été conservé,
tien, surimposées au noyau primitif de quelques gros contrairement au second extrait après consolidation
blocs, apparemment hérités du tumulus originel, in situ.
datant du Bronze final » (Courtois, 1968, p. 95) La grande écuelle de l'incinération la plus ancienne (fig- 2). (fig. 2), légèrement ovalaire et de couleur noire,
Deux aires distantes de 4 m livrèrent des témoins montre une surface uniforme lissée et mate portant
d'incinérations antérieures à l'inhumation centrale des cannelures obliques irrégulières séparées, relat
du Premier âge du Fer. L'incinération nord ne ivement profondes. Seul un fragment est aujourd'hui
semble pas avoir livré de vestiges archéologiques. conservé au Musée de Gap et la partie inférieure a
Les restes mobiliers de l'aire sud sont représentés par été restituée à partir des descriptions de David
« quelques tessons de l'urne cinéraire brunâtre gros Martin et d'une photographie (Courtois, 1962,
sière, à fond plat et ornée de minces cordons fig. 5). La morphologie de ce récipient est tout à fait
parallèles en très léger relief » (Courtois, 1968, p. 93) comparable à celles des formes de l'incinération de
et par un important fragment d'épingle à tête de Saint-Gervais à Auxerre (Yonne : Mordant, 1984,
pavot décorée de triangles hachurés, de lignes et de fig. 2/4), de la grotte de Courchapon (Doubs :
chevrons incisés. Le motif décoratif (Courtois, op. Richard, 1980, n° 138 à 140) ; Pétrequin, 1982), de
cit.) ainsi que la présence de ce type d'épingle dans l'inhumation 20 de la nécropole des Vicreuses à
les séries des stations littorales du Léman et du Lac Pougues-les-Eaux (Nièvre : Bouthier, Daugas et Vi
du Bourget (Audouze et Courtois, 1970, p. 24) tal, 1988, fig. 3) et, plus proche de nous, de la Baume
conduisirent à une datation du Bronze final 3. des Anges à Donzère (Drôme : Vital, 1984, pi. 43/3
L'existence d'objets plus anciens que les périodes et 4). Les trois derniers exemplaires sont attribués au
d'occupations a été confirmée sur plusieurs sites Bronze final 2a, alors que le mobilier métallique
lacustres récemment fouillés sur le Plateau suisse associé à l'urne d'Auxerre pourraient indiquer le
(Vinelz-Làndti BE et Hauterive-Champréveyre NE) Bronze final 1.
et serait à mettre au compte du conservatisme des
protohistoriques. Dans les nécropoles nord-alpines,
les épingles à tête de pavot sont par contre toujours
VII - CHRONOLOGIE ET MODES FUNEassociées à des sépultures du Bronze final 1 (Beck,
RAIRES 1980). Les exemplaires de comparaison directs sont
malheureusement privés de contexte : Genève-Eaux-
Vives GE ; Grandson-Corcelettes VD (Beck, 1980,
pi. 44/19 et 20) et Donzère Baume des Anges (Vital, Cinq incinérations antérieures aux inhumations de
1984, pi. 161/8). l'Age du Fer ont donc été dégagées au fil des années :
253
distinction du — ou des — courant culturel responsabà Chabestan : deux dans le monument 5, une dans les
monuments 4 et 3 et une unique incinération double le de son implantation, nous verrons plus loin que
les données du cadre régional de comparaison se dans le monument 9. Dans deux cas (tombes 4 et 9)
révèlent essentielles. un classement des incinérations au Bronze final 2a
s'impose, alors que l'une des incinérations du tumul Par contre, l'incinération plus méridionale de Nice/ us 5 pourrait relever du Bronze final 1. Les éléments Youri (fig. I, fig. 3/2), récemment découverte de réflexion concernant le tumulus 3 font défaut. (Alpes-Maritimes : Arnaud, Buchet, Dubar et Mul-
ler, 1987, renvoit sans conteste à des exemples sud- Le médiocre état de conservation des incinéra
alpins : tombes A et F de la nécropole de Scamozzina tions, à l'exception de celles de la fosse 9, évoquent
di Albairate en Lombardie (Vannacci Lunazzi, 1971, de possibles violations anciennes et n'autorisent que
pi. 1) (fig. 3/4 et 5). quelques remarques concernant les modes de dépôt,
relatives de surcroît à un corpus peu développé. Si les
sépultures du Premier âge du Fer semblent avoir
remanié ou fait disparaître tout aménagement de VIII - IMPLICATIONS couverture des incinérations 5 et 9, le tertre coiffant
l'incinération 4 semble bien être synchrone de celle-ci
(aucune trace d'aménagement postérieur). Notre proposition visant à une modification de la
datation des incinérations de Chabestan, de la fin du Deux modes funéraires sont attestés à Chabestan :
Bronze final vers le Bronze final 1 et 2a, est — dépôt à même le sol des ossements et du
mobilier d'accompagnement (incinérations 4, 5 et
3 ?) ;
— enfouissement des produits de la crémation
dans une urne surmontée d'une dallette (incinéra
tion 9).
Les dépôts cinéraires au sol sont connus aussi bien
au nord qu'au sud des Alpes, incinération 8 (BF 1) du
Bois des Refuges à Misy-sur- Yonne (Seine-et-
Marne : Mordant C, D. et coll., 1977) et incinéra
tions 17 et 18 (Proto-Villanoviennes) d'Ascona (Tes-
sin : Crivelli, 1953-54), par exemple.
Les urnes enterrées et accompagnées de coffrage
ou de couvercle en pierre sont par contre plus
caractéristiques du sud des Alpes incinérations 15 et
16 d'Ascona (op. cit.), de Cologno al Serio (Lombard
Illustration non autorisée à la diffusion ie : Vannacci Lunazzi, 1971), 22 et 87
de Canegrate (Lombardie : Rittatore Vonwiller,
1953-54), de Gorduno et de Locarno-S. Jorio (Tes-
sin : Primas, 1972).
La répartition des tombes à incinération de
Champ-Crose en deux zones distinctes est difficil
ement interprétable ; elle pourrait revêtir plusieurs
significations :
— géographiques et/ou culturelles : incinéra
tion 9, au centre de la nécropole, enfouie suivant les
canons sud-alpins (en coffre) ; incinérations 3 et 5, au
sud, simplement déposées au sol suivant un mode
plus ubiquiste ? ;
— chronologiques : l'incinération 9 pourrait seule
relever du Bronze final 2a, les autres étant un peu
antérieures. Cette hypothèse va à rencontre des
résultats de l'analyse typologique de la jarre du
tumulus 4. Fig. 3 - Mobilier des incinérations alpines du Bronze final 2a. 1 : grotte du
gardon à Ambérieu-en-Bugey (d'après Guey, 1958 et photo Bornatico) ;
2 : Buoux/Salen (d'après Muller, Bouville et Lambert, 1987) ; 3 : nécroA l'évidence, le nombre réduit de sépultures pole de Nice/Youri Arnaud, Buchet, Dubar et Muller, 1987). 4 et interdit toute proposition sérieuse concernant l'orga 5 : Nécropole lombarde de Scamozzina di Albairate (d'après Vannacci
nisation de la nécropole. Pour ce qui est de la Lunazzi, 1971). 254
(Vaucluse : Sauzade, 1983, pp. 194-195), grotte des confirmée par défaut d'éléments de comparaison
Fées à Châteauvieux (Var : Lagrand, 1968, 1976) ; dans les complexes les plus représentatifs du Bronze
— au Bronze final 2b, alors que le rite de l'incinéfinal 3b médio-rhodanien :
ration se généralise dans l'aire du groupe Rhin- — en Ardèche : Castelas de Baravon à Gras
Suisse-France orientale, ce sont des inhumations qui (Gallet et coll., 1986) ;
— dans la Drôme : les Gandus à Saint-Ferréol- sont connues dans l'ouest des Alpes : Francillon/
Baume Sourde (Drôme : Vital, 1988), Creys-et- Trente-Pas (Daumas et Laudet, 1985) et sites du
Pusignieux (Isère : renseignement J.-L. Voruz), Défilé de Donzère (Vital, 1984 et 1987) ;
Douvaine (Haute-Savoie : Bocquet, 1976). Les rites — dans l'Isère : Sérézin-du-Rhône (Bocquet,
funéraires de la nécropole de Croix-Tombée à Pé- 1969) ;
— dans l'Ain : site fluvial littoral des Barlières à rouges (Ain : Vital, 1988) sont plus difficiles à
identifier. Les vestiges du Bronze final furent emSerrières-de-Briord (Nicoud, Thiériot et Vital,
portés lors de l'exploitation d'une gravière avant 1989).
toute intervention. Le mobilier RSFO du Bronze
La présence d'incinérations du début du Bronze final 2b accompagnait des inhumés dont la datation
final dans les Alpes occidentales se confirme donc, est incertaine : contemporaine des dépôts ou corre
après la découverte déjà ancienne et souvent ignorée spondant à une réutilisation du Bas-Empire (Chalard,
de la grotte du Gardon à Ambérieu-en-Bugey (Ain : 1980) ; aucun reste d'incinération ne fut toutefois
Bornatico, Dumond et Stabile, 1957, fig. 6) (fig. 3/1). découvert durant les fouilles, renforçant la probabil
ité d'inhumations au Bronze final 2b.
Le fait le plus important réside dans l'existence à
L'introduction de l'incinération au Bronze final 2a Chabestan d'une véritable nécropole de type Champ
intervient alors que s'individualisent en Rhône-Alpes d'Urnes. Il est permis de supposer que d'autres
des groupes culturels originaux caractérisés par la incinérations, sans couverture tumulaire du Premier
détention de céramiques cannelées spécifiquement âge du Fer assurant repérage et protection, ont pu
alpines ; l'ancrage régional de ces populations se échapper aux investigations et demeurent enfouies à
confirme au Bronze final 2b (Vital, 1984, 1986 et Champ-Crose.
1987). Cette emprise culturelle du domaine alpin
occidental au Bronze final 2 constitue actuellement la Ces nouvelles considérations enrichissent la docu
meilleure explication au caractère diffus et éphémère mentation relative à l'évolution des rites funéraires
du rite de l'incinération durant les deux premiers des Alpes occidentales, durant les deux premiers
tiers du Bronze final (BF 1 à BF 2b). tiers du Bronze final.
Dans l'état actuel des données, deux étapes ma
jeures doivent être distinguées, correspondant aux
transitions entre les trois premiers stades du Bronze
final :
IX- VALIDATION CHRONOLOGIQUE — au Bronze final 1, l'inhumation individuelle
(Crémieu, Isère : Bocquet, 1969) supplante les inhu
mations groupées du Bronze moyen (Saint-Paul-de-
Varces, Isère : Bocquet 1969 ; salle IG de la grotte Nous avons récemment proposé, pour les Alpes du Hasard à Tharaux, Gard : Roudil et Soulier, occidentales, un modèle de progression du courant 1976) ; dans les Alpes du Nord, cette étape corre culturel nord-oriental à partir de ses mobiliers métalspond au développement des influences septentrio liques et céramiques (Vital, 1989). Ce courant connales issues du Bassin parisien et de la vallée du naît son extension maximale au Bronze final 1 ; il ne Rhin. La possible incinération Bronze final 1 de dépasse pas alors la limite des Préalpes à l'est, Chabestan (n° 5) relèverait d'une dynamique compar suivant une ligne reliant Donzère au coude du Rhône able, mais probablement d'origine orientale cette en Valais. Au sud-est, c'est le domaine d'influence fois, le sud des Alpes étant soumis directement aux du courant alpino-méridional. Cette bi-partition des influences d'Italie septentrionale où l'incinération est influences est un trait caractéristique du Bronze connue depuis la fin du Bronze moyen ; final 1 alpin. — au Bronze final 2a, l'incinération des défunts
Au Bronze final 2a, les sites alpins et péri-alpins apparaît aussi bien au nord, au centre, qu'au sud des
Alpes (fig. 1) : grotte du Gardon à Ambérieu-en- ont en commun un grand nombre de formes cérami
ques. Ainsi, les jattes surbaissées et les formes à Bugey, Ain (fig. 3/1) ; Chabestan, Hautes-Alpes ;
Buoux/Salen, Vaucluse (fig. 3/3) (Muller, Bouville et cannelures bouclées sont attestées du sud du Jura
Lambert, 1987), Nice/Youri (op. cit., fig. 3/2), sans (Lains : Daugas et Pétrequin, 1970, fig. 6/1) à la côte
que disparaisse l'inhumation : Fontaines/Bois des méditerranéenne (Arnaud, Buchet, Dubar et Muller,
1987), en passant par la vallée de Г Ardèche (Vallon- Vouillants, grotte de La Balme/déversoir (Isère :
Pont-d'Arc et Saint-Martin-ď Ardèche). Cette répar- Bocquet, 1969), aven des Esclargades à Lagnes :
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255
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Première séance S. P. F. 1991
consacrée au Thème
« Les grands chantiers »
Samedi 9 février 1991
Auditorium de la Pyramide du Louvre
J.-P. Mohen, Gérant, n° C.P.P.A.P. 28 888 Imp. LABOUREUR et Cie, 36101 Issoudun Cedex - Tél. 54 21 00 87

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