Palais et fisc à l'époque carolingienne : Attigny - article ; n°2 ; vol.140, pg 133-162

De
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1982 - Volume 140 - Numéro 2 - Pages 133-162
Domaine rural acquis par Clovis II en 651, Attigny fut une résidence du maire du palais Pépin à partir de 749. Devenu un palais avec l'avènement des Carolingiens, il cessa d'être fréquenté après 931. La fonction essentielle de ce palais découle de sa situation géographique située à proximité de la voie romaine Reims-Trêves, la localité constituait une étape commode entre est et ouest du royaume franc, puis entre les royaumes de Francie occidentale et de Lotharingie. Le fisc d'Attigny, mentionné pour la première fois en 877, peut être connu par l'analyse de trois diplômes, dont deux très postérieurs à la période carolingienne. Il englobait au début du Xe siècle au moins trois mille cinq cents hectares et regroupait quatre sinon six ~~villae~~. Les donations de terre faites au début du Xe siècle, ou dès la fin du IXe, des églises royales ne touchent une faible partie du fisc Attigny, qui passe ainsi à peu près intact dans le domaine royal capétien. Il constitue la dot de la fille de Philippe Ier, Constance, lors de son mariage avec le comte de Champagne, Hugues, vers 1093. Démembré par ce prince au profit de l'église de Reims et de l'abbaye de Molesmes, il est à l'origine des seigneuries ecclésiastiques d'Attigny et de Sainte-Vaubourg.
30 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1982
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Josiane Barbier
Palais et fisc à l'époque carolingienne : Attigny
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1982, tome 140, livraison 2. pp. 133-162.
Résumé
Domaine rural acquis par Clovis II en 651, Attigny fut une résidence du maire du palais Pépin à partir de 749. Devenu un palais
avec l'avènement des Carolingiens, il cessa d'être fréquenté après 931. La fonction essentielle de ce palais découle de sa
situation géographique située à proximité de la voie romaine Reims-Trêves, la localité constituait une étape commode entre est
et ouest du royaume franc, puis entre les royaumes de Francie occidentale et de Lotharingie. Le fisc d'Attigny, mentionné pour la
première fois en 877, peut être connu par l'analyse de trois diplômes, dont deux très postérieurs à la période carolingienne. Il
englobait au début du Xe siècle au moins trois mille cinq cents hectares et regroupait quatre sinon six villae. Les donations de
terre faites au début du Xe siècle, ou dès la fin du IXe, des églises royales ne touchent une faible partie du fisc Attigny, qui passe
ainsi à peu près intact dans le domaine royal capétien. Il constitue la dot de la fille de Philippe Ier, Constance, lors de son
mariage avec le comte de Champagne, Hugues, vers 1093. Démembré par ce prince au profit de l'église de Reims et de l'abbaye
de Molesmes, il est à l'origine des seigneuries ecclésiastiques d'Attigny et de Sainte-Vaubourg.
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Barbier Josiane. Palais et fisc à l'époque carolingienne : Attigny. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1982, tome 140,
livraison 2. pp. 133-162.
doi : 10.3406/bec.1982.450265
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1982_num_140_2_450265r o
PALAIS ET FISC À L'ÉPOQUE CAROLINGIENNE
ATTIGNY*
par
Josiane BARBIER
Attigny est l'un des plus célèbres palais des souverains carolin
giens. Il demeure néanmoins mal connu, ce qui peut sembler d'autant
plus paradoxal que, à partir du xvne siècle, plusieurs érudits s'y
sont intéressés, aussi bien Mabillon que des historiens locaux comme
G. Marlot, J.-B. Hulot et L. Péchenart1. Leurs dissertations et monog
raphies apparaîtraient vieillies par le seul fait que, depuis les tr
avaux de Péchenart (1904), les principaux textes relatifs à, Attigny
ont reçu une édition critique. Surtout l'historiographie carolingienne
a fort évolué : il faut rappeler ici tout ce que l'on doit aux recherches
des historiens allemands contemporains sur les fiscs et les palais
royaux2.
Ceux-ci ont notamment contribué à. éclairer les notions de palais
(palatium) et de fisc (fiscus). A l'époque carolingienne, le palais était
une résidence royale où s'effectuaient des actes de gouvernement.
Désignant également l'édifice où siégeait le souverain, le palatium
* Les références aux éditions de textes, aux ouvrages à caractère général, ainsi qu'aux
travaux ayant un objet plus restreint mais cités au moins deux fois, seront données en
abrégé dans les notes. Une liste des abréviations utilisées accompagnées des références
complètes est présentée page 161.
1. Dom Jean Mabillon, De re diplomatica libri VI, 3e éd., Naples, 1789, 2 vol., 1. IV, p. 248-
249 ; dom Guillaume Marlot, Histoire de la ville, cité et université de Reims, métropolitaine de
la Gaule belgique..., Reims, 1843-1846, 4 vol., t. III, p. 231-234; H.-L. Hulot, Attigny;
abbé L. Péchenart, Coup d' œil sur Attigny, Reims, 1904. Attigny : Ardennes, arr. Vouziers,
ch.-l. cant.
2. Outre les ouvrages généraux de Wolfgang Metz (Das karolingische Reichsgut, eine
verfassungs- und verwaltungs geschichtliche Untersuchung, Berlin, 1960) et de Cari Richard
Brühl (Fodrum), il convient de citer la publication collective de monographies consacrées
aux palais carolingiens et ottoniens, entreprise depuis 1963 par le Max- Planck-Institut für
Geschichte de Göttingen : Deutsche Königspfalzen, Beiträge zu ihrer historischen und archäolo
gischen Erforschung, ainsi que les travaux relatifs aux palais de Francia occidentalis : C. R.
Brühl, Palatium und Ciçitas, Studien zur Profantopographie spätantiker Civitates corn 3. bis
zum 13. Jahrhundert. I : Gallien, Cologne-Vienne, 1975 ; Eugen Ewig, Résidence et capitale
pendant le haut Moyen Age, dans E. Ewig, Spätantike» und fränkisches Gallien, Gesammelte
Schriften (1952-1973), t. I, Munich, 1976, p. 362-408.
BIBL. ÉC. CHARTES. 1982. 2 10 >
134 JOSIANE BARBIER
a été le mieux analysé par G. R. Brühl qui propose de le définir par
« la durée, la signification, la fréquence de la résidence ou de la pré
sence royale et par l'existence de constructions représentatives de
la royauté »l. Les palais, lorsqu'ils étaient ruraux, étaient liés à,
un ensemble agricole qui fournissait une partie au moins de la sub
sistance du souverain et de la cour. Cet ensemble pouvait être un
fiscus, terme qui paraît avoir désigné une unité d'administration
groupant une ou plusieurs unités économiques (villae)2.
Palatium, fiscus, Attigny fut l'un et l'autre. Après une analyse
portant sur le palais, on décrira le fisc tel qu'on peut l'entrevoir,
puis les donations dont palais et fisc firent l'objet. Ce réexamen
du passé d'Attigny ne sera qu'une relecture des sources écrites —
essentiellement diplomatiques — • qui mentionnent Attigny, dans
le sillage des monographies de palais carolingiens, afin de permettre
d'éventuelles comparaisons.
* * *
L'histoire du domaine royal d'Attigny s'inscrit entre 651 et 1093.
En effet, à, la différence de l'immense majorité des biens fiscaux,
les circonstances de l'entrée dans le fisc royal, celles de
sa cession par les souverains, sont connues : vers 651, l'abbé de Saint-
Aignan d'Orléans, Leodebodus, échangea avec le roi Glovis II son
domaine d'Attigny contre le viens de Fleury-sur-Loire 3 ; vers 1093,
Philippe Ier donna en dot à, sa fille Constance, épouse du comte de
Champagne Hugues, sa villa d'Attigny4.
Si, durant plus de quatre siècles, Attigny demeura dans les mains
des souverains, c'est seulement pendant la moitié de cette période
qu'on le trouve mentionné : car il faut attendre le premier diplôme
authentique délivré à Attigny, un acte du maire du palais Pépin
pour l'abbaye de Saint-Denis, du 17 août 749 5, pour qu'apparaisse
1. G. R. Brühl, Fodrum, t. I, p. 93 ; définition reprise en français par Fernand Vercau-
teren, L'hôtel du roi..., dans Le Moyen Age, t. 74, 1968, p. 583.
2. C. R. Brühl, op. cit., p. 95 et suivantes.
3. M. Prou et A. Vidier, Chartes de Saint-Benoît-sur-Loire, t. I, n° 1, p. 1-19 : testament
de Leodebodus, 27 juin 651 ; R.- H. Bautier, introduction à : Helgaudde Fleury, Vie de Robert
le Pieux, p. 33-34.
4. J. Laurent, Cartulaires de Molesme, 1er cartulaire, n° 20, t. II, p. 28-31 ; date du mariage
de Constance et de Hugues : d'après M. Bur, Comté de Champagne, p. 273-274.
5. M. G.H.D.Mer.,n°2l, p. 106-107 ;B.-M.,n°58, p. 31, place ce diplôme à l'année 750.
Les Ann. Petav., p. 9, rapportent, à l'année 727, le décès d'un certain Danihel à Attigny
(in Attiniaco). Selon l'éditeur Pertz, ce Danihel serait Ghilpéric II, connu également sous
le nom de Daniel. Il s'agirait donc de la première mention d'Attigny postérieure à 651, et
du premier séjour royal attesté dans cette localité- Cette interprétation n'est pas sans sou- ATTIGNY 135
un nouveau témoignage sur Attigny, par lequel débute une série
de mentions qui s'achève en 978 1. Il s'écoulera ensuite cent vingt ans
avant qu' soit à nouveau cité, au moment où il passe dans Attigny
le domaine du comte de Champagne. 749-978 : ce laps de temps
où se concentre la quasi-totalité des témoignages relatifs à Attigny
correspond à la période carolingienne.
C'est pendant cette période, précisément entre 749/757 et 921,
que les sources qualifient Attigny de palatium, palais : la multipli
cation soudaine des mentions d'Attigny à, partir de 749 et leur dis
parition tout aussi brutale après 978 pourraient s'expliquer par
la fonction de palais alors dévolue à Attigny. Cela nous amène à,
nous intéresser à ce palatium, plus particulièrement à sa « durée
d'existence » et à son rôle.
I. Le palais.
Bien que les conclusions que l'on peut en tirer soient limitées à.
la fois par l'emploi exclusif du terme à l'époque carolingienne, et
par la fréquence avec laquelle les auteurs carolingiens usèrent de
la synecdoque2, le relevé systématique de l'utilisation du mot palatium
pour qualifier une localité constitue une première approche de la
durée d'existence d'un palais.
Ce sont les sources diplomatiques qui donnent les dates extrêmes
auxquelles Attigny fut qualifié de palatium : en 749, le jugement
lever de problème. En effet, une autre source, le premier continuateur du, pseudo-Frédégaire,
situe en 721 à Noyon le décès de Ghilpéric II (J. M. Wallace-Hadrill, Fredegar, p. 89). Ce
témoignage contradictoire ferait-il défaut, le bien-fondé de l'identification de Pertz appar
aîtrait sujet à caution, car aucun élément du contexte ne permet de le suivre ; à moins de
croire que toute personne homonyme d'un souverain et mourant à Attigny doive être ident
ifiée avec ce souverain — ce que Lappenberg, éditeur des Ann. Mos., p. 494, n. 21, ne s'e
stime pas en droit de penser — , l'identité entre Ghilpéric II et le Danihel des Ann. Petav. reste
à démontrer. Il demeure cependant que les Ann. Petav. apportent la première mention
d'Attigny postérieure à l'échange de Leodebodus. Du moins à première vue. Car si les Ann.
Laur. et les Ann. Mos., dont s'est inspiré le rédacteur des Ann. Petav., attribuent à l'an
née 727 le décès d'un certain Daniel (Ann. Laur., p. 24) ou Danihel (Ann. Mos., p. 494),
l'événement aurait pris place en un lieu nommé Latiniacus (Ann. Laur.) ou Latiniagus
(Ann. Mos.). Dans ces conditions, la version Attiniacus pourrait bien être une corruption
de Latiniacus... On ne peut donc que conclure au peu de vraisemblance de la mort de Chil-
péric II à Attigny en 727, et d'une quelconque mention d'Attigny à cette même date.
1. Entre 749 et 978, ces deux dates comprises, Attigny est mentionné soixante-dix fois ;
978 : Richer, Hist., 1. Ill, chap. 74, t. II, p. 90. Compte établi à partir des diplômes royaux,
des capitulaires, des conciles, des Ann. regni Fr., des Ann. Bert., des Ann. de Flodoard et
des Hist, de Richer. Ces soixante-dix mentions se rapportent bien évidemment à des él
éments ou à des événements de nature différente.
2. Sur l'emploi du terme palatium, voir C. R. Brühl, Fodrum, p. 17 ; sur la synecdoque,
ibid., p. 92. JOSIANE BARBIER 136
de Pépin en faveur de Saint-Denis1 commence ainsi : ...cum nos...
in Attiniaco cilla, in palatio nostro... résider emus..., tandis que la
date de lieu du premier diplôme royal délivré à Attigny, du 10 août
757 2, est la suivante : Attiniaco palatio publico. Quant au terminus
ad guem, il est fourni par le précepte de Charles le Simple du 11 juin
921 3, dont la date de lieu est : Attiniaco palatio. Ces limites chrono
logiques suggèrent qu'Attigny fut une résidence du maire du palais
Pépin, avant de devenir un palais avec l'accession de celui-ci à. la cou
ronne, puis cessa d'être fréquenté après le règne de Charles le Simple.
En tout cas, le terminus a quo paraît corroboré par l'absence de tout
séjour royal et de toute mention d'Attigny antérieurs à, 749. Si l'on
se trouve ici en désaccord avec les conclusions de dom Mabillon,
pour qui Clovis II avait établi un palais à Attigny4, on retrouve
en revanche le schéma désormais bien connu de l'apparition de nom
breux palais ruraux avec l'avènement des Carolingiens, qui marque
un tournant dans les habitudes résidentielles des souverains francs5.
En ce qui concerne la période postérieure à 921, l'absence de l'emploi
de palatium pour qualifier Attigny, le fait qu'aucun diplôme royal
ne fut plus passé dans cette localité pourraient bien signifier qu'At
tigny n'était plus un palais. Toutefois, l'examen des sources narra
tives s'avère nécessaire, car elles mentionnent sept fois Attigny entre
923 et 978, ces dates incluses6.
Si elles n'accolent jamais, entre 923 et 978, le mot palatium au
nom Attiniacus, peut-on en déduire qu'Attigny n'avait plus cette
fonction? Alors que les diplômes royaux qualifient Attigny de palais
depuis 757, ce n'est qu'en 854 que ce déterminatif apparaît dans
les sources narratives 7 ; auparavant il est de règle, aussi bien pour
les Annales regni Francorum que pour les Annales Bertiniani, de
désigner Attigny comme une cilla, ou de le mentionner sans épithète ;
après 854, revient seize fois dans les Annales Bertiniani,
six fois seulement il est accompagné du mot palatium. Même chose
chez Flodoard : dans les Annales, il cite six fois Attigny, et ne l'accom
pagne d'une épithète qu'une fois8. Richer procède également ainsi.
1. M.G.H.D.Mer., n° 21, p. 106-107.
2. M.G.H.D.Pip., n» 9, p. 13-14.
3. Ph. Lauer, Actes de Charles III, n° CX, t. I, p. 264-265.
4. J. Mabillon, op. cit., 1. IV, p. 248.
5. E. Ewig, op. cit., et C. R. Brühl, Remarques sur les notions de « capitale »et de « résidence »
pendant le haut Moyen Age, dans Journal des savants, 1967, p. 193-215.
6. Flodoard, Ann., 923, p. 13, 924, p. 14, 931, p. 50, 940, p. 77, 951, p. 132 ; Richer, op. cit.,
1. 1, chap. 44 (923), t. I, p. 86, 1. I, chap. 55 (929), t. I, p. 108, 1. Ill, chap. 74 (978), t. II, p. 90.
7. Ann. Bert., p. 69.
8. Flodoard, op. cit., 951, p. 132. ATTIGNY 137
Dans ces conditions, on ne peut arguer de l'absence du terme palatium
pour conclure qu'après 921 Attigny n'était plus un palais.
Il est possible de tourner la difficulté en comparant les expressions
qui qualifient Attigny, dans les sources narratives, avec celles qui
sont employées pour des localités connues par ailleurs comme pal
ais. Richer dans ses Historiae mentionne Attigny quatre fois : deux
fois il le qualifie de sedes regia, deux fois de fiscus regius1. Or Com-
piègne, dont Richer parle comme d'un palais2, et qui apparaît avec
cette fonction dans les diplômes de Louis IV, Lothaire et Louis V3,
est également pour Richer une sedes regia*. De même pour Laon :
palatium dans les diplômes de Lothaire et Louis V 5, il est chez Richer
une sedes regia6. Il semble donc qu'Attigny, placé sur le même plan
que des localités qui étaient des palatia, puisse être présumé tel.
Dans un passage de Richer, toutefois, Attigny et Gompiègne sont
affectés de qualificatifs différents : il s'agit du chapitre consacré
à l'expédition d'Otton II en France, en 978 7, au cours de laquelle
Otton II, après avoir pillé et brûlé le fisc d'Attigny, détruisit presque
entièrement le palais de Gompiègne (...Otto...fiscum...regium Ati-
niacum diripit atque comburit... palatium Compendiense pêne diri-
puit...). Deux explications peuvent rendre compte de cette diffé
rence de qualificatifs. En premier lieu, on peut penser qu'Attigny
n'était plus un palais mais un simple fisc. Une autre interprétation
est néanmoins envisageable : l'expédition d'Otton II était la réplique
à, celle effectuée par Lothaire quelques mois plus tôt, et qui avait
abouti au pillage du palais d'Aix 8. Il est possible que Richer ait voulu
accentuer le parallèle entre Compiègne et Aix-la-Chapelle, d'une
part en employant la même tournure pour désigner les deux palais,
palatium Aquense9 et palatium Compendiense, d'autre part en uti
lisant pour le seul Gompiègne le terme palatium et en passant sous
silence le fait qu'Attigny était un palais. Dans ce cas, il faudrait ad
mettre que Gompiègne était, pour Richer, comparable à, Aix-la-
1. Sedes regia : Richer, op. cit., I. I, chap. 44 (923), t. I, p. 86, et 1. I, chap. 55 (929), t.I,
p. 108 ; fiscus regius : ibid., ]. II, chap. 30 (942), t. I, p. 170 et 1. Ill, chap. 74 (978), t. II, p. 90.
2. Ibid., 1. Ill, chap. 74 (978), t. II, p. 90.
3. Ph. Lauer, Actes de Louis IV, n° IV (936), p. 13 ; L. Halphen et F. Lot, Actes de Lo
thaire et Louis V, n° VI (955), p. 15, n° XI (958), p. 25, n° XXXIV-XXXVI (974), p. 86-87
et 89, no XXXVIII (975), p. 92, n° XLIII (979), p. 101, n° LI (984), p. 124, n° LVI (979-986),
p. 133.
4. Richer, Hist, 1. II, chap. 43 (945), t. I, p. 196.
5. L. Halphen et F. Lot, op. cit., n° I (954), p. 4, n° VII (955), p. 17.
6. Richer, op. cit., 1. Ill, chap. 2 (954), t. II, p. 10.
7. Ibid., 1. Ill, chap. 74 (978), t. II, p. 90.
8.1. Ill, 71 t. II, p. 88.
9. Ibid., 1. Ill, chap. 68 (978), t. Il, p. 84. 138 JOSIANE BARBIER
Chapelle, et qu'il n'en allait pas de même pour Attigny, soit qu'At-
tigny n'ait justement plus été un palais, soit que son importance
ou sa fonction aient été moins en rapport avec celles du palais d'Aix
que ne l'étaient celles du palais de Gompiègne. Cette dernière hypo
thèse ne permet donc pas de conclure sur le maintien du palais d'Atti-
gny en 978.
Si 978 doit être tenue pour la date extrême à, laquelle Attigny
a pu être un palais (l'absence de mentions de ce lieu après cette date
ne peut en effet autoriser à y voir encore une résidence royale), il
ressort du long développement précédent que c'est entre 921 et 978
qu' cessa d'être un palatium, et qu'il est nécessaire d'user Attigny
d'une nouvelle méthode pour mieux approcher le terminus ad quem.
On utilisera ici l'analyse proposée par C. R. Brühl, en reprenant
certains de ses éléments.
En premier lieu, « les constructions représentatives de la royauté » :
le palais, au sens actuel du terme, est attesté en 808 et en 916 * ;'
son existence est probable en 924 et 931, lorsque le roi Raoul séjourne
à Attigny2, ou en 940, quand Hugues le Grand et Herbert de Ver-
mandois y conduisent Otton Ier3. Peut-être endommagé lors de
l'invasion hongroise de 926 4, il fut sans doute brûlé en 978 par
Otton II5. Quoi qu'il en soit, l'existence à, Attigny de bâtiments
d'apparat, à peine signalée dans les documents, n'est qu'une consé
quence de la présence royale.
Celle-ci varie considérablement d'un règne à l'autre, ainsi que
le montre le tableau qu'on en peut dresser selon les règnes6. La fr
équence des séjours royaux s'établit, par souverain, comme suit :
Pépin vint à Attigny tous les 4,5 ans
Carloman 3 ans
Charlemagne 10,5 ans
Louis le Pieux 8,5 ans
Charles le Chauve 2 ans le Gros 3 ans
1. 808 : M.G.H.Capit., n° 53 [Capitulare missorum), t. I, p. 140 ; 916 : Ph. Lauer, Actes
de Charles III, n° LXXXVI, t. I, p. 192-196.
2. Flodoard, Ann., p. 24 et p. 50.
3. Ibid., p. 77.
4.p. 34 : les Hongrois ravagèrent en 926 le pays de Voncq, localité voisine d' Attigny :
ils ont donc pu venir jusqu'à Attigny. En tout cas, c'est à cette occasion que les reliques de
sainte Vaubourg, conservées jusqu'alors dans la chapelle du palais (Ph. Lauer, op. cit.,
n° LXXXVI, t. I, p. 192-196), furent transportées à Reims. Voncq : Ardennes, arr. Vouziers,
cant. Attigny.
5. Richer, Hist., 1. Ill, chap. 74, t. II, p. 90.
6. Ce tableau ne tient pas compte des séjours que firent à Attigny des souverains autres
que ceux de Francia occidentalis, Louis le Germanique en 858 et 875, Louis le Jeune en 880. ATTIGNY 139
Charles le Simple 3,5 ans
Raoul 6,5 ans
On constate que certains rois ne vinrent jamais à, Attigny (du
moins, les sources ne mentionnent jamais leur passage) : il s'agit
de Louis le Bègue, Eudes, Robert, Louis IV1, Lothaire et Louis V.
Ce sont Charles le Chauve et Charles le Simple qui vinrent le plus
fréquemment à, Attigny, Charlemagne et Louis le Pieux le moins.
La période où les passages royaux furent les plus fréquents se situe
entre 859 et 874 : Charles le Chauve y vint alors tous les ans, parfois
même deux fois par an. En outre, entre 864 et 877, Attigny fut un
lieu d'émission de monnaies2. C'est donc durant les quinze dernières
années du règne de Charles le Chauve que se situe l'apogée d'Attigny.
A l'opposé, il y eut un déclin après le règne de Charles le Simple :
aucun diplôme n'y fut plus délivré après 921, la dernière assemblée
s'y tint en 924 3, le dernier passage royal attesté est de 931 4. On
recherchait la date à laquelle Attigny avait cessé d'être un palais :
à la lumière de ce qui précède, on peut dire qu'Attigny ne fut plus
un palais après 931, car, par la suite, plus aucun roi n'y séjourna.
749-931 : telle est la période au cours de laquelle Attigny fut un
palais. Pour préciser sa fonction, on recourra une fois encore à, la
méthode présentée par C. R. Briihl, en recherchant la signification
des présences royales dans ce palais, à, défaut de pouvoir cerner leur
durée ; cette question, en effet, par suite de la fréquente absence
d'informations précises sur l'itinéraire royal, ne peut être abordée
de façon systématique.
Sur quarante-deux passages royaux attestés, trente-trois eurent
lieu pendant une période de l'année qui est connue. Parmi eux, six
s'effectuèrent entre décembre et mars. Un seul souverain fêta Noël
à, Attigny : Charlemagne, en 771 et en 785 5. Pâques y fut célébrée
1. Richer, op. cit., 1. II, chap. 30, t. I, p. 170, 172, place à Attigny une conférence qui
aurait réuni Louis IV, Otton, Hugues le Grand, Arnoul de Flandre, Guillaume Longue-Épée,
Herbert. Ph. Lauer, dans Le règne de Louis IV d'Outremer, Paris, 1900 (Bibliothèque de l'École
des hautes études, sciences philologiques et historiques, 127), p. 84, n. 1, montre qu'il s'agit
d' « un déplacement fait par Richer de l'entrevue d'Attigny de 940... où Hugues le Grand
et Herbert firent hommage à Otton ». Aucun passage de Louis IV à Attigny n'est donc attesté.
2. Jean Lafaurie, Moneta palatina, avec le catalogue des monnaies frappées par les ateliers
des palais (planches I-IV), dans Francia, t. 4, 1976, p. 72 et 84.
3. Flodoard, op. cit., p. 24.
4. Ibid., p. 50.
5. Louis le Germanique se trouvait à Attigny à la Noël 875 (Ann. Bert., 875, p. 199). Il
s'était rendu dans ce palais pour soulever le royaume de Charles le Chauve en l'absence de
son frère. Il s'agissait donc d'un séjour fortuit, différent du séjour royal effectué dans le
cadre d'un itinéraire préétabli, le seul dont l'analyse nous intéresse ici. ATTIGNY 140
TABLEAU DES PRÉSENCES ROYALES
A ATTIGNY
Souverains Dates Sources
et nombre de présences
attestées
Pépin le Bref 2 Pertz 21 749, août
(maire du palais)
Pépin le Bref 3 MGHDPip. 9 757, août 13 760, juin
762* Mansi XII/661
Ann. regni Fr. 765, mai
Carloman 1 769, mars MGHDKarl.45,46
Charlemagne 4 Ann. regni Fr. 771, Noël
785, apr. juin regni Fr.
Ann. Fr. 785, Noël regni Fr. 786, Pâques
Louis le Pieux 3 822,août-sept. Ann. regni Fr.; BM 759
822* Mansi XIV/403
834, nov.-déc. BM 932, 933, 934
834* Mansi XIV/655
838, apr. le 31 oct. Ann. Bert.
Charles le Chauve 19 841, mai Tessier 3
843, juillet 23
Tessier 94 847, avr.-mai
847* Loup de F., 86
Tessier 171; Ann. B( 854, avr.-juin
MGHCapit. 261
Tessier 208-210 859, juin
860, déc. 223
Tessier 238 862, avr.
Nota. — L'astérisque ir i dicrue les conciles. JOSIANE BARBIER 141
Ann. Bert. Charles le Chauve 865,Car.-Paques 865, juillet (suite) 865* Mansi XV/ 679
866 Ann. Bert.
867, apr. le 19 juin
868 Ann. Bert. 869
Ann. Bert. 870, mai
Te ssier 340 juin
870* Mansi XVI/561; Flod.,
Hist. III/22
871 Ann. Bert. 872, apr. oct.
874, av. l'été Ann. Bert.
874*, 1er juillet Mansi XVII A, 2e part./
159
874, no v. Tessier 376
Louis le Bègue
1 880 Ann. Bert. Louis III et Carloman
Charles le Gros 1 MGHCapit. 1721, 1722 886, août
Eudes
8 Lauer V Charles le Simple 894, sept. LVI 907, avr.
914,janv. Lauer LXXVI LXXXVI 916, juin
Lauer LXXXIX 917, mai XCIII 918, avr.
Lauer CX 921, juin
923 Flod., Ann.
Robert
Raoul 924 Flod., Ann.
931

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